Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

mercredi, 26 mai 2010

Le roi, chef des familles

Un père de famille doit consentir aux mariages

Le maréchal de Tavannes disait : « Commander à son royaume ou à sa maison, il n’y a de différence que les limites. »

Louis XIV commande à son royaume comme à sa maison. En celle-ci nul mariage ne peut se faire sans son agrément. Le duc et la duchesse d’Orléans ont cru qu’ils pourraient marier leurs enfants à leur désir ; une union est projetée. Le roi les fait venir, leur fait une sévère réprimande et le projet est rompu. De même pour le prince et la princesse de Conti, Louis XIV décide du mariage de leurs enfants comme de ceux du duc d’Orléans. Le prince et la princesse croient pouvoir résister :

Le roi, écrit Saint-Simon, prit toutes sortes de ménagements puis, voyant qu’il n’avançait pas, il parla en roi et en maître et déclara à Mme la princesse de Conti qu’il voulait le double mariage de ses enfants et qu’il l’avait décidé et qu’il les ferait tous deux malgré elle.

Ce qui ne manqua pas.

Dans la noblesse, nulle union ne peut être contractée sans l’agrément du roi. Fréquemment, le prince signe au contrat, élève à cette occasion l’époux en dignité, érige une de ses terres en marquisat ou en duché ; parfois même il fait les frais de la noce et dote la fiancée.

De même pour les familles de robe. Olivier d’Ormesson écrit qu’il a dû solliciter l’agrément royal pour unir sa fille au futur président de Harlay. Généralement Louis XIV se borne à donner des conseils. A la duchesse de La Ferté il dit : — Madame, votre fille est bien jeune. — Il est vrai, Sire, mais cela presse ; parce que je veux M. de Mirepoix et que, dans dix ans, quand Votre Majesté connaîtra son mérite, et qu’elle l’aura récompense, il ne voudra plus de nous. . Au duc d’Elbeuf, au contraire, qui veut se remarier à l’âge de soixante-quatre ans, le roi objecte qu’il est trop vieux : — Sire, je suis amoureux.

C’était prendre Louis XIV par son faible ; nul, plus que lui, n’aima l’amour et les amoureux. Le duc d’Elbeuf eut permission de suivre la voix de son cœur et, le lendemain, il épousait Mlle de Navailles. Sollicitude qui s’étend jusque dans les provinces. Incessamment, par des gentilshommes qu’il ne connaît pas, de qui il n’a peut-être jamais entendu le nom, le roi est prié de contribuer à l’établissement d’une fille : le contrôleur général des finances a des fonds destinés à cet objet.

On sait d’autre part la fécondité de ces familles de gentilshommes campagnards. Ici encore, en vertu du caractère de ses fonctions, le roi doit intervenir. Que d’exemples à citer ! Bornons-nous à celui de ce gentilhomme breton, nommé d’ailleurs très bourgeoisement M. Denis, et que les bureaux du Contrôle général désignent familièrement comme « le gentilhomme qui fait trois enfants à la fois et attend avec impatience les bontés du roi. »

Un père de famille veille à la bonne entente dans les ménages

Une fois nos gens en ménage, le roi, père de famille, qui s’est occupé de leur union, doit continuer de s’occuper de leurs affaires. La maréchale de la Meilleraye, secrètement remariée à Saint-Ruth, vient conter ses malheurs à Louis XIV : son mari lui donne des coups de bâton. Le roi mande Saint-Ruth et lui fait une réprimande. Saint-Ruth promet d’être plus doux ; mais bientôt, — c’était plus fort que lui — il se remet à battre sa femme. Celle-ci de se plaindre de nouveau au roi, qui mande à nouveau Saint-Ruth, qui fait de nouvelles promesses, auxquelles il manque de nouveau. Louis XIV résolut d’aviser. Saint-Ruth était bon soldat. Il fut envoyé avec un commandement à l’armée d’Irlande où l’affaire s’arrangea. Saint-Ruth eut la tête enlevée d’un boulet de canon, ce qui le mit dans l’impossibilité de continuer à bâtonner sa femme.

Le jeune duc de Richelieu fut envoyé à la Bastille parce qu’il n’aimait pas la duchesse, son épouse. Le sémillant gentilhomme fut gardé sous les verrous, plusieurs semaines durant, dans « une solitude ténébreuse ». Ce sont ses expressions ; quand la porte s’ouvrit et Mme de Richelieu entra gracieuse et charmante, parée de ses plus brillants atours. « Le bel ange, écrit le duc, qui vola de ciel en terre pour délivrer Pierre, n’était pas aussi radieux. » Un bon moyen pour ranimer l’amour conjugal quand, par un mauvais coup de vent il est venu à s’éteindre, et qui doit nous faire pardonner à la Bastille un ou deux de ses inconvénients.

Tâche essentielle du roi. Il ouvre la porte des demeures, prend part à l’honneur, à la tranquillité et au bonheur domestiques, veille à ce que les affaires du mari prospèrent, à ce que les enfants soient bien soignés et obéissants.

Au fait, les dossiers des intendances provinciales sont remplis de querelles burlesques : gendres et belles-mères, femmes jalouses, belles-sœurs acariâtres, voisins querelleurs. Ce sont des bonnets déchirés, des souliers furtivement introduits dans des soupières, de l’eau de vaisselle répandue du haut d’un premier sur un passant qui la reçoit tout à propos ; et puis aussi des bottes de mousquetaire trouvées très inopinément dans la chambre de Madame.

Tout cela est scrupuleusement noté, décrit, examiné, pesé et soupesé, puis transmis à l’intendant qui le transmet au ministre, qui le transmet au roi, qui prononce paternellement sa sentence. On voit de ces romans comiques qui, pendant deux ans, tiennent l’attention du ministre en éveil ; encore, après deux ans, l’affaire n’est-elle pas terminée et la dernière pièce du dossier est-elle une note du subdélégué informant le gouvernement royal « qu’il ne manquera pas de lui donner avis de ce qui se passera dans ce ménage.  »

Frantz FUNCK-BRENTANO

(Source: Vive le Roy: http://www.viveleroy.fr/Le-roi-sous-l-Ancien-regime-par,3...)

20:17 Publié dans Monarchie | Lien permanent | Commentaires (0)

vendredi, 21 mai 2010

Le roi justicier

Le roi est le juge suprême, l’apaiseur

Le vieux Bodin écrit en ses fameux Livres de la République : « Le roi traite ses sujets et leur distribue la justice, comme le père fait à ses enfants. »

Les premiers rois, Hugues Capet, Robert le Pieux, déclarent en termes précis que le roi n’a de raison d’être que s’il rend la justice. Le roi était dans le royaume la source de la justice, toute justice émanant de lui. Il ne pouvait en être autrement.

Parmi les mille et mille groupes locaux, familles, seigneuries, villes, qui se partageaient le royaume, et dont chacun avait une vie et une existence indépendantes, le roi était le seul lien, l’unique autorité supérieure ; la seule autorité capable d’intervenir dans les différends qui surgissaient entre eux.

Par le fait même que le roi est le juge suprême, il est le pacificateur, l’apaiseur, dit saint Louis.

De la justice à cheval aux cours de justice (les Parlements)

A vrai dire, dans les premiers temps, ce rôle de justicier ne fut pas celui d’une magistrature assise, on dirait plutôt d’une magistrature à cheval. La robe fourrée de vair est remplacée par la broigne de cuir ou par le baubergeon à mailles de fer. On voit le magistrat suprême sur les routes, heaume lacé en tête, avec cuissart, gorgerette et haubert.

Par un effort constant, les rois parviennent, au XIIIe siècle, à introduire dans le royaume un ordre relatif. Saint Louis peut alors faire le justicier, non plus sur les grands chemins, l’épée au poing, mais dans sa chambre assis au pied de son lit, ou bien à l’ombre des chênes de Vincennes, entouré de ses conseillers.

Une miniature du XVe siècle, conservée à la Bibliothèque de l’Arsenal, représente Charles V assis dans le péristyle de son palais, en face de la porte grande ouverte, tel que les chroniqueurs du XIIIe siècle représentent saint Louis. Il est entouré de trois ou quatre conseillers. Devant lui deux plaideurs discutent avec si grande véhémence que l’un d’eux en perd son chapeau. Cependant que s’éloignent par la porte, et sur la route qu’on voit se dérouler au loin, une théorie de plaideurs satisfaits, deux par deux, les adversaires réconciliés, bras dessus, bras dessous, et devisant amicalement de la manière dont le roi vient d’accommoder leur affaire.

Ces traditions, comme les précédentes, se maintinrent beaucoup plus longtemps et avec plus de force qu’on ne serait tenté de le croire au premier abord. Les transformations qui s’opérèrent avec le temps, la multiplication et la facilité plus grande des moyens de transport, le prodigieux développement d’une ville comme Paris, voisine de la résidence royale, firent qu’un souverain comme Louis XIV n’aurait plus, comme saint Louis, pu donner audience à ceux de ses sujets qui seraient venus débattre devant lui leurs différends.

Cependant Louis XIV encore recevait chaque semaine ceux qui se présentaient et les plus pauvres, les plus mal vêtus. Dans ce moment les princes du sang, de séjour à la Cour, se groupaient auprès du roi ; les bonnes gens passaient devant le prince, à la queue le leu, à la queue du loup, et lui remettaient en propres mains un placet où leur affaire était exposée. Ces placets étaient déposés par le roi sur une table, qui se trouvait près de lui, et ensuite examinés par lui en séance du conseil, comme en témoigne la mention « lu au roi » qui se trouve sur nombre d’entre eux. Nous avons ici l’origine et, comme on le verra par la suite, la raison d’être des lettres de cachet, dont la forme nous surprend, nous indigne même aujourd’hui. Elles étaient en harmonie avec les mœurs, avec les plus fortes traditions de l’ancien temps.

D’autre part, le nombre croissant et la complication de plus en plus grande des affaires obligèrent le roi de s’en remettre à ses conseillers. Ainsi furent créés les Parlements, qui exercèrent la justice par délégation immédiate du pouvoir royal et en représentants du roi.

Frantz FUNCK-BRENTANO

(Source: Vive Le Roy: http://www.viveleroy.fr/Le-roi-sous-l-Ancien-regime-par,3...)

20:12 Publié dans Monarchie | Lien permanent | Commentaires (0)