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jeudi, 29 juin 2017

Voter : du moindre mal au vote utile

La doctrine morale du moindre mal Retour à la table des matières

Les bons philosophes expliquent que le mal n’a pas d’identité propre, car il n’est que l’absence de bien. Le moindre mal n’est donc qu’une insuffisance de bien. Et, dans ce sens, le moindre mal est exactement la même chose que le plus grand bien possible. Comme dans l’exemple de la bouteille à moitié pleine ou à moitié vide, nous savons que le niveau peut être chargé de plus à moins.

Nous savons que les diverses contraintes internes et externes nous éloignent toujours de la perfection individuelle et sociale. C’est pour cela que la doctrine du moindre mal, qui exige toujours de rechercher le plus grand bien possible et d’éviter le mal autant que possible, est toujours valable.

Face à un choix — en supposant que notre unique responsabilité soit de choisir — il n’y a pas d’autre possibilité de rectitude morale que de choisir le meilleur. Et, si tout est mauvais, il faut choisir le moindre mal. Et il ne sera pas superflu de convenir que, dans certains cas, refuser de choisir, c’est-à-dire, l’abstention, en dépit d’être un mal, peut être le véritable moindre mal que nous recherchons. Tout cela, en supposant — insistons là-dessus — que notre seule responsabilité soit de choisir.

Les choses changent, comme nous le verrons, si notre responsabilité n’est pas de choisir, mais de faire ou de proposer. En fin de compte, nous vivons dans une société pluraliste dans laquelle nous avons le devoir de participer. Ce devoir sera-t-il rempli par le simple choix passif du moindre mal ? Si nous sommes invités à participer, à faire, à construire, il faudra faire le bien.

La tactique politique du moindre mal Retour à la table des matières

La tactique politique du moindre mal n’est pas limitée à la période électorale, car elle consiste à proposer des maux (moindres) pour éviter que ne triomphent d’autres maux (pires). C’est la tentation politique qui nous assaille quand nous avons la responsabilité de faire des propositions. Or, du point de vue moral, il ne peut jamais être licite de proposer un mal, même si c’est un mal mineur. La proposition d’un mal de la part de celui qui devrait proposer un bien donne lieu au très grave péché de scandale qu’est « l’attitude ou le comportement qui porte autrui à faire le mal » (Cat. 2284).

Voici quelques arguments qui montrent que la tactique du moindre mal n’est pas bonne.

  • La doctrine catholique est claire : elle affirme que la conscience ordonne « d’accomplir le bien et d’éviter le mal » (Cat. [1], 1706 et 1777), que l’on ne peut « faire le mal », si l’on recherche le salut (Cat. 998) et qu’il n’est « jamais permis de faire le mal pour qu’il en résulte un bien » (Cat. 1789).
  • La responsabilité des laïcs catholiques ne peut se limiter à choisir passivement parmi les maux que les ennemis de l’Église veulent bien offrir, mais doit être une participation active et directe, « ouvrant les portes au Christ ».
  • La tactique du moindre mal revient à attribuer aux catholiques un rôle médiocre et passif dans le nouveau système « confessionnellement » laïque.
  • La tactique du moindre mal transforme en quotidienne une situation exceptionnelle.
  • Une situation de moindre mal prolongée fait que le moindre mal est de plus en plus grave. Les moindres maux d’aujourd’hui sont trop importants pour ne pas mettre en évidence une confrontation radicale avec l’Évangile. L’individualisme, la relativisation de l’autorité, la primauté de l’opinion publique, la vision scientifico-rationaliste du monde, etc. se manifestent par la perte de la foi, la crise de la famille, la corruption, l’injustice et les déséquilibres à l’échelle mondiale...
  • La tactique du moindre mal s’est révélée inefficace dans le passé pour atteindre le pouvoir ou, même, pour réduire le mal.
  • Il est nécessaire d’annoncer dans son intégralité le message de l’Évangile, compte tenu que « là où le péché pervertit le climat social, il faut faire appel à la conversion des cœurs et à la grâce de Dieu (...) » et « il n’y a pas de solution à la question sociale en dehors de l’Évangile » (Cat. 1896).
  • La proposition d’un mal de la part de celui qui devrait proposer un bien donne lieu au très grave péché de scandale qu’est « l’attitude ou le comportement qui porte autrui à faire le mal » (Cat. 2284). À cet égard, l’enseignement de Pie XII est très clair :
    Se rendent coupables de scandale qui instituent des lois ou des structures sociales menant à la dégradation des mœurs et à la corruption de la vie religieuse, ou à des conditions sociales qui, volontairement ou non, rendent ardue et pratiquement impossible une conduite chrétienne conforme aux commandements (...). Il en va de même (...) de ceux qui, manipulant l’opinion publique, la détournent des valeurs morales (Discours du 01/06/1941 - Cat. 2286).
  • Un mal est toujours un mal et « il est erroné de juger de la moralité des actes en ne considérant que l’intention ou les circonstances » (Cat. 1756).

Comment naît la tactique du moindre mal ? Retour à la table des matières

Historiquement la tactique du moindre mal naît dans l’Europe chrétienne post-révolutionnaire et est le fait de deux mouvements politiques catholiques : le catholicisme libéral et la démocratie chrétienne. Il est difficile de discerner les motifs qui conduisent leurs promoteurs à l’adopter. Les tenants du moindre mal sont souvent des ecclésiastiques et des catholiques inquiets des progrès de la Révolution et désireux de faire quelque chose dans un contexte d’une faiblesse de la réponse catholique face à la révolution libérale.

On peut arriver à la tactique du moindre mal pour des raisons diverses qui se chevauchent et s’entremêlent.

  • Par « contamination » de la pensée révolutionnaire et éblouissement devant l’apparente perfection des nouvelles idéologies. En recherchant, par exemple, un compromis entre l’Église et un système politique (nationalisme, parlementarisme, régime des partis, ...).
  • Par exagération des « maux » de l’Ancien Régime et son identification avec la doctrine catholique elle-même.
  • Par fatigue dans la lutte contre-révolutionnaire ou après une intense période de persécution religieuse.
  • Dans une apparente urgence de transaction avec les ennemis de l’Église afin qu’un travail apostolique minimum soit, au moins, toléré par des autorités hostiles [2].
  • Par les manœuvres des partis révolutionnaires qui, intentionnellement, cherchent à semer le doute et la division parmi les catholiques.
  • En raison de l’absence de véritables hommes politiques catholiques qui encourage l’ingérence du clergé dans le domaine politique.
  • Par la candeur des catholiques qui ont une confiance absolue envers des règles du jeu établies par leurs ennemis.
  • Par la mise en avant d’une réussite politique immédiate en oubliant que :
    Le Royaume ne s’accomplira (...) pas par un triomphe historique de l’Église selon un progrès ascendant mais par une victoire de Dieu sur le déchaînement du mal (Cat. 677).
  • Par une perte croissante d’orientation et un man que de formation du peuple catholique qui génèrent le pessimisme ou le manque de foi en l’efficacité salvifique des principes chrétiens de droit public.
  • Par un refroidissement de la foi. En effet, sans le secours de la grâce, il est très difficile de « découvrir le sentier, souvent étroit, entre la lâcheté qui cède au mal et la violence qui, croyant le combattre, l’aggrave » (Centesimus Annus, 25 - Cat. 1889).

Comment la tactique du moindre mal a-t-elle évolué ? Retour à la table des matières

La tactique du moindre mal ne s’est pas introduite d’un seul coup. Elle l’a fait progressivement au cours des deux derniers siècles. Dans l’histoire politique des pays européens, on peut identifier les phases suivantes :

  • Dans un premier temps, après le choc violent de la Révolution, et en arguant de la contingence des régimes politiques au regard de l’Église, les tenants du moindre mal tolèrent, permettent et même favorisent la dissolution des structures politiques et sociales traditionnelles (monarchie, corporations, institutions religieuses, biens communaux, etc.), qui étaient, de fait, un obstacle à la Révolution.
  • Parallèlement à la sécularisation de la politique et en disciples de Machiavel, ils commencent, au moment de faire des propositions, à taire les arguments religieux dans l’espoir de capter ainsi le soutien des non-catholiques. D’aucuns en viennent à affirmer, pour ne pas mentionner la Rédemption que « La doctrine chrétienne est plus importante que le Christ », ce qui est du pur pélagianisme...
  • L’étape suivante consiste en une tentative des catholiques autour d’un programme minimum, non pour présenter une solution alternative au nouveau régime, mais pour mieux s’y intégrer avec l’idée de « le changer de l’intérieur » [3]. Et l’on en vient, ainsi, à discréditer les autres tactiques catholiques...
  • Une technique fréquente chez les tenants du moindre mal est d’essayer de gagner la sympathie de la hiérarchie (catholique) par des promesses « de paix et de réconciliation » qui permettent la reconstruction matérielle des églises et le maintien régulier du culte. Il s’agit d’une tentative désespérée de sauver « ce qui peut être sauvé », de séduire la hiérarchie de l’Église. Cela pourrait être une option exceptionnelle mais non le type courant de la participation politique catholique.
  • Parfois, ce sont des évêques ou des membres du clergé eux-mêmes qui font la promotion des groupes politiques de cette tendance. Cette ingérence appauvrit l’action politique des catholiques, la fait « aller à la remorque » des propositions révolutionnaires et compromet l’Église. Quand un évêque espagnol influent demande de faire de l’action sociale « pour que les travailleurs de l’Église ne disparaissent pas », il fausse la finalité de la véritable action sociale, qui ne peut être un simple instrument de catéchèse, mais un devoir de justice de responsabilité pour les laïcs.
  • Le cas du Ralliement proposé par Léon XIII, qui a encouragé les ennemis de l’Église en France, ou la véritable trahison de certains évêques mexicains envers les Cristeros, miraculeusement excusée par les fidèles, sont deux exemples des conséquences désastreuses auxquelles peut conduire la tactique du moindre mal. En ce domaine, le concile Vatican II, quand il exige que les membres du clergé s’abstiennent de toute activité politique, représente une correction importante. Le lâche acharnement de certains chrétiens qui recherchent la survie purement matérielle de l’Église est un contre-témoignage scandaleux. Ils oublient que le mal moral est « sans commune mesure plus grave » que le mal physique (Cat. 311).
  • Plus récemment, dans l’euphorie qui a suivi le concile Vatican II, on a cherché la désintégration des États, associations et institutions catholique, avec l’idée de tenter de gagner, ainsi, l’opinion publique et d’atteindre tous les recoins du tissu social. Non seulement, on a détruit les vieux outils mais rien n’a été conquis — ou si peu — qui n’était déjà catholique !
  • La dernière étape de la tactique du moindre mal est la promotion du « vote utile » qui, paradoxalement, est en contradiction avec la doctrine du moindre mal. Elle préconise, en effet, que l’on ne vote plus pour l’option la moins mauvaise, mais pour celle qui a les plus grandes chances de succès, même si elle est pire que les options qui ont moins de chances !

L’inefficacité de la tactique du moindre mal Retour à la table des matières

Il n’est pas question, ici, de condamner ceux qui ont soutenu ou soutiennent les différents aspects de la tactique du moindre mal. Il s’agit seulement de mettre en évidence son échec. Pourquoi un tel échec ?

  • Parce que les énergies qu’il faudrait consacrer à proposer des biens parfaits se perdent à proposer des moindres maux.
  • Parce que c’est une option de retrait, pessimiste, dans laquelle l’homme politique catholique cache ses talents par crainte ou fausse prudence.
  • Parce que la tactique du moindre mal prêche la résignation ; et non précisément la résignation chrétienne, mais la soumission et la tolérance au tyran, à l’injustice et à la violation des droits. Avec la tactique du moindre mal, on n’aurait jamais décidé le soulèvement national espagnol de 1936 et le Mur de Berlin ne serait jamais tombé. Il n’y aurait pas eu la Guerre d’Indépendance espagnole, ni l’insurrection catholique en Vendée, ni les Carlistes en Espagne, ni les Cristeros au Mexique. Et la propagation de l’islam en Europe n’aurait peut-être pas trouvé d’opposition. Ni Lépante, ni les croisades, ni la Reconquista n’auraient eu lieu...
  • Parce que le moindre mal est présenté comme une façon intelligente d’avantager l’Église économiquement et matériellement. L’on oublie seulement que la plus grande richesse de l’Église – sa seule richesse — est le témoignage de la Vérité, témoignage qui, s’il est encore vivant aujourd’hui, est dû au sang des martyrs.
  • Parce que les exemples abondent qui montrent que la tactique du moindre mal a donné le pouvoir à des partis qui, en se servant du vote catholique, ont mis en place une législation anti-chrétienne (divorce, avortement, majorité précoce, etc). Cela s’est passé dans plus de la moitié de l’Europe !

En définitive, la tactique du moindre mal est, elle-même, une défaite anticipée, une sorte de commode suicide collectif. C’est le recul la position honteuse et défensive, le complexe d’infériorité. En défendant une tactique du moindre mal, les chrétiens renoncent à tenir le premier rôle dans l’histoire, comme si le Christ n’était pas Seigneur de l’histoire. Ils se croient machiavéliques alors qu’ils ne sont qu’une ombre en déroute. Ils nient, dans la pratique, la possibilité d’une doctrine sociale chrétienne et nient la réalité historique d’une société qui, avec toutes ses imperfections, a été chrétienne. La tactique du moindre mal, en tant que contrepoids nécessaire à une Révolution — fondamentalement anti-chrétienne —, a toujours échoué, dès son origine.

Au contraire, l’histoire de l’Église et des peuples chrétiens est remplie de magnifiques exemples à travers lesquels l’optimisme – ou mieux, l’espérance chrétienne — nous enseigne qu’il est possible, avec l’aide de Dieu, de construire de véritables sociétés chrétiennes. La politique chrétienne n’est pas un mythe dans la mesure où,aujourd’hui encore, nous vivons des acquis de la société chrétienne occidentale ancienne.

Conclusion Retour à la table des matières

Il est encourageant de constater que, grâce à Dieu, les erreurs philosophiques ou théologiques, quand elles s’incarnent dans des mouvements, restent soumises à la réalité des choses et arrivent rarement à développer les ultimes conséquences de leurs principes. C’est pourquoi le résultat de l’action politique, même si elle part de principes erronés, est incertain et surprenant.

De la même façon, l’accession au gouvernement politique de saintes personnes ne suffirait pas à garantir la perfection des actions [4]. Ayant reconnu cette limitation considérable de la réalité politique, notre responsabilité de laïcs catholiques ne peut être la résignation, mais la lutte pour s’approcher de l’idéal de perfection que propose également l’Évangile au plan social.

La doctrine de l’Église demande aux laïcs catholiques une participation active à la vie politique, qu’ils soient seuls ou accompagnés. Un appel à l’unité entre les catholiques ne peut exiger plus qu’une union autour d’une même idée du bien commun. Et cette action politique catholique est de la seule responsabilité des laïcs, et non de l’Institution hiérarchique : des laïcs seuls ou des laïcs regroupés, mais, des laïcs !

En résumé :

  • la doctrine morale du moindre mal est valable si notre responsabilité est uniquement le choix ;
  • la tactique politique du moindre mal est dangereuse et inefficace ;
  • la tactique politique du vote utile est pur machiavélisme. Bien qu’elle contredise, en apparence la tactique du moindre mal, c’est une variation du même concept qui stérilise l’action politique des laïcs catholiques et donne la victoire à leurs ennemis.

[1Catéchisme de l’Église Catholique.

[2NDLR : Le concordat de 1801, en France, en est un exemple frappant

[3Cf. sur viveleroy.fr le caractère subversif de la méthode des Groupes réducteurs et noyaux dirigeants.

mercredi, 24 juin 2009

Nos raisons contre la République (I)

Les « grands principes »

La fausse liberté.

Le libéralisme est la doctrine politique qui fait de la Liberté le principe fondamental par rapport auquel tout doit s'organiser en fait, par rapport auquel tout doit se juger en droit.

 

Dans l'ordre politique, le libéralisme, exprimé à la première phrase du Contrat social et au premier article de la Déclaration des Droits de l'Homme, porte que l'Homme naît libre. Le libéralisme veut dégager l'individu humain de ses antécédences, ou naturelles, ou historiques. Il l'affranchira des liens de famille, des liens corporatifs et de tous les autres liens sociaux ou traditionnels.

 

Je dis que le libéralisme supprime donc en fait toutes les libertés.

 

Libéralisme égale despotisme.

 

En effet : comme il faut vivre en société, et que la société exige un gouvernement, le libéralisme établira le gouvernement de la société en accordant un suffrage à chaque liberté et en faisant le total de ces souverains suffrages. La majorité, exprimant ce que Rousseau appelle la volonté générale, exprimera ainsi en quelque sorte une liberté générale : la volonté de la majorité devient dès lors un décret-loi contre lequel personne ni rien ne sauraient avoir de recours, si utile et si raisonnable, ou si précieuse et si sacrée que puisse être cette chose ou cette personne.

 

Liberté générale  ! Mais plus de libertés particulières  !

 

La liberté-principe établit une règle qui, très logiquement, ignore les forces et les libertés particulières; elle se vante de créer toute seule la liberté de chacun; mais, en pratique, l'histoire le montre bien, cet individualisme annule les individus. C'est son premier effet. Le second est de tyranniser, sans sortir du «  droit  » tous les individus n'appartenant pas au parti de la majorité, et ainsi de détruire les derniers refuges des libertés réelles. Tels sont les deux effets successifs de la Liberté politique (ou volonté du peuple) sous son aspect le plus connu, qui est celui de la «  démocratie libérale  »ou démocratie fondée sur la Liberté, Liberté fondant son gouvernement.

L'égalité imaginaire.

Dans un État puissant, vaste, riche et complexe comme le nôtre, chacun assurément doit avoir le plus de droits possible, mais il ne dépend de personne de faire que ces droits soient égaux quand ils correspondent à des situations naturellement inégales.

 

Quand donc, en un tel cas, la loi vient proclamer cette égalité, la loi ment, et, les faits quotidiens mettant ce mensonge en lumière, ôtant aux citoyens le respect qu'ils devraient aux lois de leur pays, ceux-ci en reçoivent un conseil permanent de dénigrement et de fronde, d'anarchie et d'insurrection.

***

L'égalité ne peut régner nulle part; mais son obsession, son désir, établissent un esprit politique directement contraire aux besoins vitaux d'un pays : l'égalitarisme démocrate tue la discipline militaire et le peuple a besoin d'une armée; l'égalitarisme démocrate, par l'envie qu'il distille, tue la concorde civile, la cordialité, la paix entre particuliers, et le peuple a besoin de concorde, de paix, de cordialité.

***

Parmi les théoriciens de la révolution russe, les uns disent qu'elle est la démocratie pure, les autres soutiennent qu'elle est l'antidémocratie.

 

La conciliation est simple : on peut vouloir supprimer l'égalité au moyen de telle ou telle construction révolutionnaire, mais sans l'égalitarisme on ne fait pas de révolution.

 

Une classe a réduit une autre classe en esclavage. C'est l'inégalité soviétique.

 

Mais le bouleversement se fait au nom de l'égalité, et la classe victorieuse prétend s'organiser elle-même sur le plan égalitaire et démocratique, auquel la nature des choses s'opposera.

***

La journée du 14 juillet 1789 nous ayant apporté la Liberté, la nuit du 4 août suivant nous a valu l'Égalité : voilà ce que nous avons lu dans l'histoire officielle. On commence à savoir ce que fut cette bonne Bastille, hôpital pour les demi-fous et maison de retraite pour les demi-criminels, envahie et détruite par une bande de malfaiteurs et d'étrangers, la plupart allemands, avouait Marat : il importe de revenir sur la légende des privilèges renoncés au 4 août.

 

En nous la racontant, les historiens révolutionnaires oublient de faire savoir que l'âge d'or du Tiers-État de France se place au XVIIIe siècle.

 

Quelque avantage réel qu'ait perdu la Noblesse dans cette triste nuit, ce n'est pas elle, ce n'est pas le Clergé non plus qui en auront beaucoup souffert, c'est la députation des villes, c'est l'Ordre de la bourgeoisie et du peuple gras.

***

L'égalité et l'uniformité sont si peu «  le progrès  » qu'elles fournissent la plus oppressive des règles.

 

Seul le privilège affranchit.

 

Il y a des situations particulières : si l'on veut les régler, il faut des lois particulières. Le mot privilège n'a aucun autre sens. Mais il reste loisible à des politiques irréfléchis de se gendarmer contre un mot, de se croiser les bras par la haine

 

d'un mot et de laisser ainsi les réalités de l'économie et du travail français tomber dans un gâchis et dans un chaos pour lequel le nom d'anarchie est trop doux.

La fraternité révolutionnaire.

Ce mauvais décalque du précepte évangélique de charité est sorti d'une confusion entre la loi effective de la nature et la loi idéale d'amour. Le dévouement, le sacrifice, la douceur sont des vertus qui s'acquièrent au prix de mille efforts. La bienveillance même est le lot de rares tempéraments favorisés par un atavisme prospère ou par un milieu social protecteur.

 

Ces choses n'existent guère à l'état sauvage.

 

Dire aux hommes : - « Rien n'est plus facile que d'être des frères; vos instincts sont bons, bonnes les choses; il n'y a d'obstacle à l'universelle embrassade que la perversité de quelques monstres oppresseurs, semeurs d'inimitié, dont il faut vous débarrasser  »... ; leur dire cela, c'est montrer du doigt chacun de leurs voisins comme un de ces monstres pervers, car il n'est point possible de ne trouver jamais autour de soi que des visages bienveillants et des sympathies rayonnantes : c'est inoculer le délire logique de la persécution, Taine l'a très bien démontré.

 

La loi des suspects est née de là, ainsi que toute la Terreur. Le personnage de Saint-Just, cet idyllique massacreur qui étonna Alfred de Vigny, s'explique ainsi par la nature mensongère de la philanthropie, qui ne conduit qu'à un travesti doucereux, mais odieux, de l'égoïsme et de la faiblesse d'esprit.

***

Jamais le mot de Bacon «  pour vaincre la nature, il faut d'abord lui obéir  » ne fut donc mieux réalisé.

 

Puisque le sentiment de la fraternité s'engendre d'une bienveillance accidentelle ou d'un rare effort vertueux, on aurait dû le laisser s'épancher de l'âme des saints personnages et des grands hommes sur les foules qui en auraient été imbibées, réjouies, améliorées.

 

Tout au contraire, c'est aux foules qu'on l'a tout de suite enseigné et ce cri «  nous sommes des frères  », poussé d'en bas vers les hauteurs, a signifié très rapidement : « A bas tout ce qui est au-dessus de nous  ! A bas tous les meilleurs que nous...  »

Charles Maurras

lundi, 22 juin 2009

La Révolution glorifiée par un de ses fils, l’anticlérical Clémenceau (1891)

(Renaissance européenne, septembre 2007).

« J’approuve tout de la Révolution : j’approuve les massacres de septembre (...). J’approuve les noyades de Nantes, les mariages républicains où les vierges accouplées à des hommes, par une imagination néronienne, avant d’être jetées dans la Loire, avaient à la fois l’angoisse de la mort et la souffrance de la pudeur outragée. J’approuve les horreurs de Lyon, où l’on attachait des enfants à la gueule des canons, et les égorgements de vieillards de quatre-vingt-dix ans et de jeunes filles à peine nubiles. Tout cela forme un bloc glorieux et je défends qu’on y touche. Je défends que, sur un théâtre qui dépend de l’Etat, un dramaturge illustre vienne, après plus de cent ans révolus, prononcer une parole de pitié, qui serait un outrage aux mânes augustes de Robespierre et de Marat. » .

Georges Clémenceau

jeudi, 11 juin 2009

Sur le travail dominical

« Et Dieu bénit le septième jour et le sanctifia. » (Gn 2,3)

 

 

Commençons cet article par la lecture du livre de l’Exode[1] : « Lorsque le Seigneur eut fini de parler à Moïse sur la montagne de Sinaï, Il lui remit les deux tables de la Loi, tables de pierre, écrites par le doigt de Dieu dont le 3ème commandement est le suivant : «  Souviens-toi de sanctifier le jour du sabbat. Pendant six jours tu travailleras, et tu feras tous tes ouvrages. Mais le septième jour est le jour du repos consacré au Seigneur, ton Dieu: tu ne feras aucun ouvrage en ce jour, ... Car c’est en six jours que le Seigneur a fait le ciel et la terre, et la mer et tout ce qui est en eux, et il s’est reposé le septième jour. C’est pour cela que le Seigneur a béni le jour du sabbat et l’a sanctifié ».

 

Lorsqu’ après l’expulsion du jardin d’Eden notre Divin Maître nous remet sa loi, la confiance entre le créateur et la créature se reconstruit sur l’obéissance en Sa loi. Celle ci comprend notamment cet ordre de ne pas travailler le dimanche. Nous pouvons ainsi sur ce point citer Monseigneur Dufour, Evêque d’Arles et Aix : « pour un chrétien, le repos dominical est un commandement d’amour divin. Le disciple du Christ, à moins d’y être obligé par son métier, doit veiller à ne pas travailler ni faire ses courses le dimanche. Nous avons six jours pour travailler et nous occuper de nos affaires courantes. Redécouvrons le dimanche, ce septième jour qui est consacré à Dieu ».

 

L’actuel gouvernement républicain s’apprête aujourd’hui à souiller l’âme française par cette désobéissance au commandement de sanctification du septième jour de la semaine.

 

Des « catholiques d’aujourd’hui » telle le ministre Nadine Morano se disent à même de soutenir cette mesure en mépris complet de l’encyclique Rerum Novarum [2]  par laquelle le Saint Père Léon XIII s’est élevé avec la plus grande fermeté contre le travail le dimanche et la surexploitation des classes laborieuses.

 

L’homme a déjà expérimenté la méconnaissance des commandements divins en mangeant la pomme proposée par le démon. Le résultat fut l’expulsion du paradis, le péché originel, notre mort et notre décomposition, les imperfections de la chair, ect… Le rôle du serpent dans la proposition du fruit défendu de l’enrichissement par le travail dominical est aujourd’hui continué par le moloch républicain, continuation de la maçonnerie luciférienne. Le rôle d’Eve va continuer d’être joué par les usuriers et les tièdes dont Saint Pie X dénonce la lâcheté  [3] .

 

 

(Pour lire la suite, cliquez ici)



[1] (Ex 20, 8-11)

[2] (Encyclique Rerum Novarum (Des choses nouvelles), publiée le 15 mai 1891 par le pape Léon XIII).

[3] (In Jean Ousset, « Pour qu’Il règne », édition DMM page 246 : citation de Saint Pie  X : « De nos jours plus que jamais, la force principale des mauvais c’est la lâcheté et la faiblesse des bons et tout le nerf du règne de Satan réside dans la mollesse des chrétiens »).