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samedi, 26 novembre 2011

Philippe Égalité

 

 

Louis-Philippe-Joseph d’Orléans (1747-1793)

 

Pourquoi existe-t-il des orléanistes ? Pourquoi ne croient-ils pas Philippe Égalité qui avoue être le fils d’un cocher ? « Vous savez bien, Mirabeau, que ces titres de prince et d’altesse ne me conviennent pas, que je les ai reniés depuis longtemps, et que, depuis longtemps ; je ne rougis plus de Montfort le cocher. » Pourquoi, eux qui ignorent le principe d’indisponibilité de la Couronne, ne reconnaissent-ils pas ses renonciations publiques ? « je déclare que je déposerai sur le bureau ma renonciation formelle aux droits de membre de la dynastie régnante, pour m’en tenir à ceux de citoyen français. » Ne serait-ce pas qu’à l’instar d’Égalité qui vote la mort de Louis XVI, ils sacrifient eux-aussi la monarchie traditionnelle de droit divin sur l’autel de l’idéologie ? « convaincu que tous ceux qui ont attenté ou attenteraient par la suite à la souveraineté du peuple méritent la mort, je vote la mort. » 

 

 Introduction de VLR

Philippe Égalité par Alfred Nettement, in La Mode, 5 novembre 1842.

AVERTISSEMENT : Tous les titres ont été ajoutés par VLR pour faciliter la lecture en ligne.

 Étapes de la vie de Louis-Philippe-Joseph d’Orléans

Nous allons faire de l’histoire. Nous mettrons nos deux mains sur notre cœur pour contenir la colère et l’indignation, si elles veulent s’en échapper. Nous laisserons de côté les malédictions et les flétrissures que la justice et le mépris public ont entassées sur la tête de celui qui échangea le nom de ses aïeux contre le sobriquet de Philippe-Égalité, et nous montrerons le personnage au lieu de le maudire ; nous raconterons sa vie, vous la jugerez.

Accordez-nous, mon Dieu ! tout ce qu’il faut de force, de courage, de patience, pour écrire sans mourir de dégoût et de honte, la vie de monseigneur Louis-Philippe-Joseph d’Orléans, né au Palais-Royal, le 13 avril 1747, mort sur l’échafaud, le 6 novembre 1793, sous le nom de Philippe-Égalité.

Dans ce récit nous ne parlerons pas seuls ; d’abord afin d’amener devant le ; lecteur des témoins qui déposent de l’exactitude de nos récits, ensuite pour nous soulager un peu du poids de l’horrible tâche que nous avons acceptée. Tacite, oui Tacite lui-même, ce terrible historien qui égalait la flétrissure aux attentats des criminels, et qui exécutait par effigie, dans ses pages vengeresses ; les monstres qu’il peignait, Tacite aurait reculé devant la pensée d’écrire une pareille vie. N’importe, nous allons le tenter.

On peut distinguer trois périodes dans la vie du duc d’Orléans :
- le temps qui précéda la révolution de 1789 ;
- le temps pendant lequel il essaya de conduire cette révolution et de la faire aboutir au but sinistre qu’il lui avait marqué ;
- le temps enfin où il ne fit que suivre le torrent révolutionnaire, en cherchant à se faire amnistier de sa naissance et de ses richesses par ses crimes. Ce sont les trois époques qu’il s’agit de dérouler devant vos yeux.

 Éléments de la personnalité du duc d’Orléans

Portrait du duc d’Orléans

Avant d’entrer dans ce récit, il ne sera pas sans intérêt de donner une idée du physique du prince. Les hommes aiment à savoir quels étaient les traits de celui dont on leur raconte l’histoire, et il leur semble qu’ils le suivent mieux travers les événements quand son visage ne leur est pas inconnu.

Sous ce rapport, comme sous tout autre rapport, la Providence avait été pleine de libéralités pour le duc d’Orléans. Outre qu’elle l’avait fait naître prince et maître d’une fortune immense, elle lui avait donné une haute stature et un visage beau et régulier.

Mais Philippe semblait destiné à abuser de tous les dons de la Providence.
- Son nom, vous savez ce qu’il en fit ;
- sa fortune, il la dilapida, et bientôt la débauche et l’ivrognerie eurent flétri sur son front le rayon de beauté que Dieu y avait mis.

Lorsque nous l’avons vu, dit un de ses biographes, l’agitation de son sang, échauffé et appauvri par sa manière de vivre, avait couvert son front de rougeurs et de boutons. Sa tête était presqu’entièrement dégarnie de cheveux, et l’on disait que ses courtisans se faisaient épiler pour lui ressembler. [1]
Ce front couvert de pustules, cette face rouge et marquée des stigmates du vice, firent dire à un contemporain : « que l’âme du duc d’Orléans transpirait à travers tous ses pores. »

L’amour du plaisir

Ses premières années furent données tout entières à la dissipation,
- à des plaisirs sans pudeur et sans retenue,
- à la licence des amours faciles et
- à de grossières orgies.

Toute femme qui permettait à M. le duc d’Orléans de la regarder en face, était déshonorée.

Le Palais-Royal, Mousseau, le Raincy, étaient déjà montrés au doigt par l’indignation publique, comme autant de Caprées.

On racontait des choses étranges, des banquets infâmes et des débauches honteuses dont ces lieux étaient le théâtre. Les orgies de la régence, qui étaient demeurées dans la mémoire des peuples, comme marquées d’un cynisme extraordinaire, se trouvaient égalées, surpassées. Le temps des roués semblait revenu.

Le duc d’Orléans, dit un historien de la révolution, avait manifesté, de bonne heure, des goûts pervers et des inclinations honteuses ; il était devenu le compagnon et l’ami de tous les seigneurs dégradés de ce temps.
Cela allait si loin, que lorsque Laclos, qui était un des familiers du prince, écrivit son cynique roman des Liaisons dangereuses, chacun crut que ce n’était pas son imagination qu’il avait consultée, mais ses souvenirs.

Les trois passions qui marquèrent ces premiers temps de la vie du duc d’Orléans, semblent avoir été
- l’amour du plaisir,
- la soif des richesses et
- un certain besoin de célébrité qui lui faisait rechercher les regards de la foule et lui prépara plusieurs fois d’humiliants échecs, car le duc d’Orléans n’avait point cette force de caractère qui permet de tenter les grandes entreprises ; il était même incapable d’arriver jusqu’à la célébrité, cette petite monnaie de la gloire.

Souvent ces trois vices, qui étaient les traits généraux de son caractère, se combinaient ensemble pour produire des fruits honteux.

La soif des richesses

Ainsi, il était de notoriété à la cour, qu’il s’était servi de ses orgies et de ses débauches pour abréger la vie de M. le prince de Lamballe dont la mort était pour lui une excellente affaire, attendu que, comme gendre du vertueux duc de Penthièvre, il devenait son unique héritier dès que le fils de ce prince avait cessé d’exister.

Le besoin de célébrité

Ses efforts pour acquérir de la célébrité, ne se signalèrent d’abord que par l’habileté qu’il mettait à conduire un attelage à travers les rues de Paris.

Cette habileté, plus digne d’un cocher que d’un prince, dit un historien, lui valut plus de railleries que d’applaudissements.
Cependant il tenta, dans une circonstance remarquable, d’attirer sur lui les regards de la foule, mais l’issue qu’eut cette tentative le couvrit de ridicule. Il avait demandé à monter dans un aérostat, lors des premiers essais qu’on fit de cette ingénieuse machine.
Au moment de s’élever, il eut peur, et sauta de la nacelle, lit-on dans les mémoires de cette époque, en bravant sans pudeur, les risées et les sarcasmes de la foule.
Ainsi, le duc d’Orléans sortait d’une témérité par une poltronnerie. C’est l’image de sa vie toute entière. Il devait commencer tous ses crimes par l’orgueil et les finir par la peur. Ce vice si peu princier, si peu français, était le fond de la nature du duc d’Orléans : sans force contre le péril, il n’avait de courage que contre le mépris.

Ce caractère qui n’appartient qu’à lui, dans notre histoire, devait bientôt se manifester dans une autre circonstance.

Pervertir

Quoique possesseur d’une immense fortune, dit un des biographes, qui le traite avec le plus de faveur, il fit des dettes en voulant la rendre plus considérable encore.

Le jardin de son palais était une promenade publique, seulement il fallait être vêtu décemment pour la fréquenter.

Il fit entourer ce jardin de constructions brillantes, afin de les louer à tous ceux qui se présenteraient, et il l’ouvrit à tout le monde, sans exception, de manière que l’on vit cette promenade bientôt couverte de la population la plus grossière et la plus perverse.

Au lieu de l’air pur et du bel ombrage que, pendant les jours d’été, les Parisiens venaient chercher dans les allées du Palais-Royal, ils ne trouvèrent plus, sous les nouveaux portiques, que l’exemple des mauvaises mœurs et les tableaux de la plus honteuse dissolution.

D’un autre côté, cette spéculation, qui avait ôté aux maisons voisines une partie de leur valeur et de leur agrément, mécontenta beaucoup de propriétaires, et elle donna lieu à quelques satires contre le duc. On le représenta dans le costume d’un chiffonnier ramassant des loques à terre (des locataires). Le duc d’Orléans ne fit que rire du mépris public. [2]

Il faut avouer que ces satires et ce mépris étaient loin d’être immérités.
Dans le jardin du Palais-Royal, dit un autre historien, le duc d’Orléans avait donné un scandale qu’aucun prince ne donna jamais ; la cupidité vint s’unir à la débauche, et d’Orléans osa lever un tribut sur la prostitution. Ce fut dans son palais que des maisons furent construites, et que le vice vint solder cette tourbe d’agents que l’infamie de leurs mœurs attachait à ce prince. [3]
Si l’on ajoute à cela que tous les amis du duc d’Orléans appartenaient à la faction des sceptiques et des athées, on reconnaîtra que la licence des mœurs, unie à celle des esprits et donnant la main à l’amour du lucre, faisait, en ce moment, de ce palais l’image de l’état social qu’on préparait à la France. Il ne s’agissait que de reculer les murailles de ces lieux honteux, jusqu’à leur faire contenir toute la société.

La pauvre princesse d’Orléans

Le prince qui agissait ainsi, et qui donnait asile à la débauche et à la prostitution, avait épousé, comme on l’a vu, la vertueuse fille du vertueux duc de Penthièvre. La duchesse d’Orléans souffrait des fautes et des torts de son mari, en attendant qu’elle eût à rougir de ses crimes. Elle était malheureuse, mais un noble sentiment de dignité lui interdit la plainte jusqu’au moment où le duc d’Orléans, introduisit le scandale de ses mœurs presque dans sa propre maison.

Nous voulons parler du jour où, aussi coupable comme père que comme époux, il n’hésita pas à donner pour gouverneur à son fils et à sa fille, madame de Genlis, qui passait dans tout Paris, pour sa maîtresse attitrée. Voilà quel était le respect qu’il avait pour la vertu de sa femme, pour l’innocence de ses fils et la pudeur de sa fille !

 L’ambition d’une vie publique

L’affaire du combat d’Ouessant

Jusqu’ici on n’a vu paraître le duc d’Orléans que dans sa vie privée qui devint publique à force de scandales ; sa vie d’ambition commença au combat d’Ouessant.

Il convoitait la survivance de la charge de grand amiral, qui appartenait au duc de Penthièvre, son beau-père ; pour se donner des titres à cette charge, il désira faire une campagne navale.

La guerre de l’indépendance de l’Amérique, qui avait amené une rupture entre la France et l’Angleterre, lui offrait une occasion naturelle de satisfaire ce désir ; il s’embarqua à bord du vaisseau le Saint-Esprit, qui faisait partie de la flotte du comte d’Orvilliers. Il devait arriver au duc d’Orléans dans cette circonstance, précisément ce qui lui était arrivé quand il avait voulu monter dans la nacelle d’un aérostat.

On raconta qu’au combat d’Ouessant, le 27 juillet 1778, où la marine française soutint sa renommée, le duc d’Orléans s’était caché à fond de cale pendant l’action.

Ce qu’il y a de certain, c’est que le vaisseau le Saint-Esprit n’obéit pas aux signaux que lui fit le vaisseau du comte d’Orvilliers, de tenir le vent pour empêcher les Anglais de passer, ce qui, selon l’opinion d’un grand nombre de contemporains, sauva la flotte anglaise d’une, entière destruction.

Ce fut à ce propos que la marquise de Fleury, dont le duc d’Orléans avait dit qu’elle était la femme la plus laide de la cour, répliqua, par ce mot qui fit fortune :

Monseigneur le duc d’Orléans ne se connaît pas plus en signalements qu’en signaux.
On comprend que la conduite du duc d’Orléans au combat d’Ouessant, n’était pas de nature à favoriser sa candidature pour la dignité de grand amiral.

Elle échoua. Mais le roi, voulant adoucir l’amertume d’un refus, le nomma colonel général des hussards.

Le duc d’Orléans vit dans cette faveur une sanglante ironie qu’il attribua à la reine, et ce fut, à partir de ce moment, qu’il lui voua cette haine implacable qui devait élever tant d’échafauds.

Du Franc-Maçon au chef de parti

Dès lors, il s’éloigna de Versailles, se plongea plus avant dans la débauche ; mais, en même temps, réunit avec une plus vive sollicitude, autour de lui, des hommes perdus de mœurs et d’honneur, mais d’un esprit hardi, conspirateurs de position, qui ne peuvent vivre que lorsque les sociétés meurent et qui, ayant besoin de tout confondre et de tout bouleverser, afin de trouver dans la perversité publique l’impunité pour leur vie privée, se montrent à la veille des révolutions comme les oiseaux de proie à la veille des batailles.

Le prince semblait se mettre en mesure pour jouer un rôle dans une situation que tout le monde commençait à prévoir. Il fit un voyage à Londres, et, en revenant de cette ville, affecta dans sa mise, dans ses goûts, dans ses manières une anglomanie qui était alors populaire. Il réussit aussi à se faire nommer grand-maître des francs-maçons de France, et cette vaste association secrète devint entre ses mains un puissant moyen d’influence.

En un mot, toutes ses actions, toutes ses paroles dénonçaient, chez lui, l’intention de se poser comme le chef des mécontents du royaume.

L’occasion s’offrit bientôt au duc d’Orléans de faire l’essai de ses qualités comme chef de parti. Après la convocation des notables, le roi s’était rendu au parlement pour faire enregistrer des édits financiers devenus nécessaires par la situation du trésor.

Dès le commencement de la séance, dit un historien de la révolution,le duc d’Orléans semblait en proie à une vive agitation ; ses traits étaient altérés.

Il prit la parole et demanda au roi si la séance présente était un lit de justice.

Le roi répondit que c’était une séance royale.

Alors le duc reprit : « Sire, je supplie votre majesté de permettre que je dépose dans le sein de la Cour la déclaration que je regarde cet enregistrement comme illégal. »

À la suite de cette protestation et de l’arrêt de la Cour qui le suivit, le duc d’Orléans fut exilé dans sa terre de Villers-Cotterets. Cette âme sans ressorts plia sous le poids de cette disgrâce peu sévère. Dans un séjour délicieux, habité par tous les plaisirs, il montra autant d’accablement que s’il eut été déporté dans une île déserte.
Le duc d’Orléans, dit M. Thiers, consigné à Villers-Cotterets, ne pouvait se résigner à son exil. Dépourvu à la fois de la dignité d’un prince et de la fermeté d’un tribun, il ne sut pas supporter une peine aussi légère, et, pour obtenir son rappel, il descendit à de misérables supplications envers la reine, son ennemie personnelle. [4]
Ainsi, cette tentative se terminait encore comme toutes celles que le duc d’Orléans avait faites. Il sortait de toutes situations difficiles comme il était sorti de la nacelle de l’aérostat : chez lui, c’était toujours la lâcheté qui avait le dernier mot.

Député de la Constituante

La convocation des États-généraux ouvrit une plus vaste carrière aux instincts pervers de M. le duc d’Orléans.

Ce ne fut pas sans peine qu’il se fit élire membre de cette Assemblée, et il fallut, pour ainsi dire, qu’il dérobât le siège qu’il obtint dans la Constituante, comme s’il devait, y avoir toujours quelque chose d’équivoque dans sa situation.

Quels que fussent tous ses moyens de popularité, lit-on dans la Biographie universelle [5], il n’était pas assuré de se faire nommer aux États-généraux ; mais le marquis de Livron, sa créature, s’étant rendu à Crespi, au moment des élections, comme pour visiter les bâtiments du prince, s’y prit avec tant d’adresse auprès des électeurs de la noblesse, que, malgré leur répugnance à se montrer en opposition avec la cour, il leur fit élire par acclamation le duc d’Orléans, qui, leur avait-il dit, n’accepterait certainement pas. Mais, peu de temps après, on vit, avec beaucoup d’étonnement, le prince venir lui-même à Crespi remercier et prêter serment.
Tel fut l’espèce d’escamotage politique à l’aide duquel le duc d’Orléans entra dans la Constituante.

 Révolutionnaire actif et conspirateur

Scènes pré-révolutionnaires

Deux jours avant la réunion de cette Assemblée, avaient éclaté les affreux désordres auxquels le pillage des magasins de Réveillon avaient donné le signal.

Parmi les figures patibulaires mêlées au peuple, dit le républicain Prudhomme, la police signala plusieurs paysans de la paroisse de Villers-Cotterets où le duc d’Orléans avait une belle propriété, et ceux-ci n’étaient pas les moins actifs.

Mais voici, une circonstance qui est encore plus remarquable.

La famille d’Orléans, allant au château de Villers-Cotterets, traversa l’émeute et fut extrêmement fêtée. On fit arrêter la voiture où se trouvait la duchesse pour l’applaudir. Cette princesse fut étonnée d’un accueil qu’elle n’avait assurément pas provoquée, car elle n’était rien moins qu’initiée aux projets ambitieux et sinistres de son mari. [6]

Ainsi, dans les scènes de désordre qui servirent de préambule à la révolution française, le nom et l’influence du duc d’Orléans paraissaient déjà. On lisait sa signature mal effacée au bas de ces premiers crimes, prélude de crimes plus affreux. La progression des crimes devait, en effet, rapidement marcher, et l’on allait trouver le nom du duc d’Orléans accolé à toutes les sinistres journées qui heurtaient déjà à l’huis de l’histoire comme pressées de commencer.

Le militant révolutionnaire

À peine entré dans l’Assemblée, il s’assoit au milieu des membres les plus révolutionnaires ; le coin duquel partent les motions les plus subversives et les plus incendiaires est publiquement appelé le Palais-Royal.

En même temps, par une coïncidence remarquable, toutes les insurrections, tous les assassinats se trament dans le jardin du Palais-Royal.

Ce furent dans les jardins du Palais-Royal que furent provoqués les premiers mouvements révolutionnaires, dit la Biographie universelle, toutes les émeutes s’y formaient ; c’est de là que partaient les rassemblements ; le plus important se forma devant le café de Foy dans la soirée du 12 juillet.

On porta le buste du duc dans les rues avec celui de Necker. Suivant divers rapports publiés sur cet événement, on le vit à Paris, dans son palais, applaudissant de ses fenêtres aux mouvements populaires, et bientôt après parcourant les rues en wisky, puis assistant aux Séances de l’Assemblée de Versailles.

Un historien de la révolution complète ainsi les détails :
Les discours les plus révolutionnaires étaient proférés dans les cafés et les jardins. Là, se rassemblaient tous les hommes perdus qui affluent dans la capitale pour cacher leurs crimes, et cette tourbe d’étrangers, misérable instrument d’une haine aveugle pour la France. Tel était le peuple du duc d’Orléans. On répandait, en son nom, l’or à pleines mains, pour solder toutes les infamies et tous les crimes.
Ce fut là que se réfugièrent les soldats révoltés qui avaient abandonné leurs drapeaux, et des témoins irrécusables ont affirmé avoir vu le duc d’Orléans jeter à ces déserteurs, qui s’enivraient avec des prostituées, des billets de caisse et de l’argent.

Le 14 juillet 1789

Toutes ces scènes de désordres précédèrent et amenèrent la journée du 14 juillet 1789, qui devait être fameuse par la prise de la Bastille.

Le duc d’Orléans, dit la Biographie universelle, était à l’Assemblée dans la journée du 14 juillet.

La veille de cette journée, des séditieux le désignèrent pour lieutenant-général du royaume, et au même instant, les couleurs vertes, arborées la veille furent foulées aux pieds et remplacées par le bleu, le rouge et le blanc, qui étaient les couleurs de la maison d’Orléans.

Voici comment Bertrand de Molleville raconte la suite de ces événements dans ses Mémoires :
En vertu des délibérations d’un comité dévoué au duc d’Orléans, et qui tenait ses séances au village de Montrouge, ce prince devait avertir le roi du danger de sa situation et lui demander la lieutenance-générale du royaume, ou en d’autres termes, la couronne.

Le duc se présenta dans la matinée à la porte de la chambre du roi et s’informa du baron de Breteuil, qui en sortait, s’il pouvait parler sa majesté.

Le ministre répondit que le roi ne voulait voir personne, mais que S. A. pouvait lui écrire si elle jugeait convenable, ou si elle le préférait, adresser sa lettre à lui, baron de Breteuil, qui la mettrait sous les yeux du monarque. Le duc préféra ce dernier parti.

Mais au lieu de réclamer la lieutenance-générale du royaume, il se contenta de prier le baron de Breteuil de solliciter pour lui la permission de passer en Angleterre, où il avait l’intention de se rendre, si les affaires prenaient une tournure fâcheuse. [7]

C’est que le génie de la peur était encore une fois apparu à Philippe-Joseph d’Orléans,
- comme le jour où il avait sauté de l’aérostat,
- comme le jour du combat d’Ouessant,
- comme le jour où il fut exilé à Villers-Cotterets,
- comme le jour où il se réunit au Tiers-État à la tête de la minorité de la noblesse et où, s’étant évanoui, il fut déshabillé, de sorte qu’on s’aperçut qu’il s’était plastronné ; précaution présomptueuse qui indiquait que le duc d’Orléans, se rendant peu de justice à lui-même, s’imaginait avoir un cœur à défendre.

Philippe semblait placé entre deux furies,
- l’ambition qui le précipitait dans tous les crimes,
- la peur qui le jetait dans toutes ses lâchetés. Il avait le désir de tous les attentats, mais c’était un désir stérile et impuissant ; il n’avait pas même le dernier des courages, celui du crime.

Les complices du duc d’Orléans, dit un historien déjà cité, l’entraînèrent au château dans la matinée du 15. Il s’agissait de saisir l’occasion des troubles de Paris pour le faire investir du titre de lieutenant-général du royaume. Mais le cœur lui faillit, il n’osa se présenter devant le roi.

Incapable d’être un chef de parti, ce lâche ambitieux, que poursuivait déjà le mépris de ses complices, n’était que le mannequin de la faction à laquelle il prêtait son nom et son or.

Le comble du déshonneur

Il est difficile, en effet, de se faire une idée du mépris où était tombé, dès cette époque, le duc d’Orléans. Les récits seraient trop pâles pour l’exprimer.

Voici comment un des écrivains les plus remarquables du Journal des Débats [8], l’a mis en action dans un ouvrage où il a essayé de rendre la physionomie de la première période de la révolution, avec ses mœurs, ses hommes et ses idées :

Au plus fort de ce silence, nous entendîmes le bruit d’une porte qui s’ouvrait à deux battants. Un homme entra en s’annonçant, dès l’antichambre, par des imprécations contre les valets.

Voilà ; dit Mirabeau, une voix qui parle ici plus haut qu’à la tribune ; on voit bien qu’il n’y a rien à dire ici.

À cette voix qui leur était connue, quelques femmes devinrent pâles et tremblantes.

Ne craignez rien, dit Mirabeau, ce n’est pas ici comme dans le souterrain du Raincy. Que vient donc chercher ici le premier prince du sang à cette heure ? je l’aurais cru en Angleterre ou couché dans un des mauvais lieux de son palais.

En relevant les yeux, le regard de Mirabeau tomba sur le nouveau venu ; c’était un homme de la taille la plus élégante, à la figure incertaine, au regard douteux et méchant. Il entendit Mirabeau et il ne rougit pas. Seulement, ses deux sourcils se contractèrent ; il chercha, de côté et d’autre, assez de soutiens et d’amis pour se mettre en colère. Mais, comme il n’en trouva pas, il se contenta de dire :

Vous savez bien, Mirabeau, que ces titres de prince et d’altesse ne me conviennent pas, que je les ai reniés depuis longtemps, et que, depuis longtemps ; je ne rougis plus de Montfort le cocher.

À ces mots, un sombre murmure parcourut et agita l’Assemblée. Mirabeau regarda le prince de la tête aux pieds, avec le sourire du plus profond mépris.

Messieurs et mesdames, ne le croyez pas, s’écria-t-il, il en a menti. Montfort arrive ici comme un quartier supplémentaire ; Montfort n’est ici qu’une prétention de plus. Il est étrange que cet homme se croie le droit de changer de nom, quand ce nom il l’a plus souillé que son père. Il est étrange qu’il vienne ici changer de père comme on change de livrée ; déshonorer un honnête cocher qui ne lui a rien fait et insulter sa mère, parmi nous, comme il a insulté sa femme, cette femme si vertueuse et si accomplie, qu’il a forcée de paraître tremblante et chrétienne dans une profane assemblée de francs-maçons.

Tel apparaissait le duc d’Orléans à un écrivain du Journal des Débats dans le commerce de la vie privée, lorsqu’il cherchait à rendre, sur la toile, cette physionomie mêlée de crimes et de vices, ce caractère pétri de sang et de boue.

L’acteur des journées d’octobre

Les crimes du duc d’Orléans devaient bientôt faire oublier ses vices, et la boue de ses mains allait disparaître sous le sang que virent couler les journées des 5 et 6 octobre. Il est impossible de nier que le signal de ces horribles journées qui faillirent tourner, quatre années plus tôt, la sinistre page du régicide, n’ait été donné par le duc d’Orléans. La Biographie Universelle, favorable, autant qu’on peut l’être, au duc, l’avoue elle-même.

Beaucoup de témoins, dit-elle, affirmèrent l’avoir reconnu dirigeant les assaillants et leur indiquant les issues. Il fut désigné plusieurs fois dans la procédure que le Châtelet commença, et les déclarations parurent tellement graves, que ce tribunal demanda que le prince fût dépouillé de son inviolabilité, pour être livré à la justice. L’Assemblée nationale nomma une commission ; mais le rapporteur Chabrou écarta tout ce qui était à la charge du duc et l’affaire en resta là.

On sait que, dans les journées des 5 et 6 octobre, il s’agissait d’assassiner la reine, et de forcer le roi par la terreur à quitter Versailles, après quoi on aurait fait nommer le duc d’Orléans roi par l’Assemblée.

La déposition qui a le mieux éclairci le but et la cause de cette journée est celle de M. de Virieu. M. de Virieu rapporta une conversation dans laquelle Mirabeau lui avait formellement déclaré qu’on avait déjà voulu une fois, à l’époque du 14 juillet, faire le duc lieutenant-général du royaume.

Sa timidité, avait continué Mirabeau, a fait tout manquer. Il n’a tenu qu’à lui, on lui avait fait son thème, on lui avait préparé ce qu’il avait à dire [9].
Voilà pour la cause et le but.

Quant à l’exécution, tous les historiens rapportent que les héroïnes de ces sanglantes Journées sortirent des repaires de la prostitution que contenait, en si grand nombre le Palais-Royal

Plusieurs des complices du Palais-Royal, dit encore un de ces historiens, ont revêtu des habits de femmes ; parmi ces hommes travestis on a reconnu Laclos et plusieurs familiers d’Orléans. Le duc d’Orléans lui-même avait passé la nuit du 5 à Paris ; il avait été vu à cheval à la Porte-Maillot, couvert d’une redingote grise et s’entretenant avec des hommes du peuple. Puis à Versailles, puis de nouveau à Paris dépêchant et attendant des courriers.

Enfin, quand le moment de l’action fut arrivé, le duc d’Orléans se décida à paraître ;

Les brigands se jettent sur les factionnaires, dit M. le vicomte de Conny ; Deshuttes, qui a respecté, jusqu’au dernier moment, l’ordre qui lui défend de faire usage de ses armes, tombe percé de mille coups. Son corps est déchiré en lambeaux, sa tête est suspendue au bout d’une pique. L’homme à la grande barbe, armé d’une hache, est à son poste.

Le duc d’Orléans paraît au milieu des bandes ; il porte à son chapeau une large cocarde ; il agite en riant la badine qu’il tient à sa main, il traverse lentement la foule qui s’ouvre en faisant retentir l’air de ces cris : Vive le duc d’Orléans ! Vive notre père d’Orléans ! Vive notre roi d’Orléans !

Cependant la grille de la cour s’ouvre bientôt à de nouvelles hordes. Le duc d’Orléans les conduit au grand escalier, leur indique de la main l’appartement de la reine et se dirige vers celui du roi [10].

Tout manqua encore une fois, selon la parole de Mirabeau, par la lâcheté du duc d’Orléans. Arrivé à là porte du roi, la peur le prit, et il n’osa entrer. Ce fut en apprenant cette nouvelle preuve d’une incurable pusillanimités, que Mirabeau proféra ce mot si connu :

Qu’on ne me parle plus de cet homme, il a l’âme d’un laquais.
Ce qui a fait dire à un écrivain républicain de nos jours, que Mirabeau insultait les laquais et flattait le duc d’Orléans.

Si le duc d’Orléans faiblit dans la partie du crime qui demandait de l’énergie, on peut dire qu’il se surpassa dans celle qui ne demandait que de la scélératesse.

Quand le cortège hideux qui ramenait à Paris, le roi et la reine, précédé d’égorgeurs qui portaient les têtes des gardes du corps coupées et dégouttantes de sang, passa devant la terrasse du château de Passy, un homme fut aperçu qui se cachait derrière des jeunes enfants et cherchait à voir sans être vu, c’était d’Orléans.

On avait osé amener ses fils et sa fille ; dit un historien, et les placer en première ligne pour les faire assister à la honte de la monarchie et au crime de leur père.

Un peu plus loin, dans les Champs-Élysées, un nouveau crime vint montrer que le duc d’Orléans n’avait pas abandonné la partie et qu’il s’essayait au régicide.

À l’endroit le plus élevé des Champs-Élysées, dit le républicain Prudhomme, une mère, à côté de sa fille, tomba morte d’un coup de feu. On remarqua que ce fut au moment où la voiture du roi passa devant cette femme. Les assistant virent bien que le coup n’était point adressé à cette infortunée ; on en voulait à un autre personnage plus important dans l’ordre politique. La majorité des spectateurs pencha à croire qu’une main orléaniste avait mal ajusté son arme. Sur la place de la Révolution, il fut tiré encore deux ou trois coups de fusil ; ils furent naturellement attribués à la même cause [11].

Pour couronner la conduite qu’il avait tenue pendant ces journées qui avaient vu la reine poursuivie dans son lit par des égorgeurs, les têtes des gardes-du-corps coupées et promenées, le roi et la reine ramenés à Paris par des bandes sanglantes, quatre tentatives de régicide, le duc d’Orléans fit illuminer le soir le Palais-Royal.

Fuite à Londres

Cependant la justice instruisait, le Châtelet demandait que le duc d’Orléans fût conduit sur les bancs des criminels ; le général Lafayette lui avait ordonné impérieusement de partir.

Le duc d’Orléans dont la vie était composée d’intermittences, de scélératesse et de lâcheté, fut atteint de ce mal ignoble de la peur, dont il était tourmenté, et s’enfuit à Londres, en demandant au roi, qui eut la générosité d’y consentir, de colorer sa fuite par une mission. Il n’échappait au mépris de la France que pour se trouver en face du mépris de l’Angleterre.

Quand le duc d’Orléans se rendit à Londres, disent les Mémoires du temps, Pitt affecta de partir pour la campagne, à l’instant où le prince arrivait ; le roi ne lui accorda que fort tard une audience de quelques minutes, durant laquelle il lui dit :

« Le roi de France ma donné connaissance des événements arrivés dans son royaume ; j’en suis sensiblement touché. Je n’ignore pas non plus l’extrême courage de la reine et son grand caractère. Je suis bien aise de témoigner ces sentiments au premier prince du sang de France ». [12]

Ajoutons que le peuple anglais, saisi aussi de mépris pour le fauteur des journées des 5 et 6 octobre, l’apostropha en plein théâtre, et le força à chanter le God save the King.

Le séjour du duc d’Orléans en Angleterre dura huit mois. Pendant ces huit mois, il ne cessa pas de correspondre avec ses complices. Il envoya son adhésion par écrit au serment civique du 4 janvier 1790.

L’instigateur de l’insurrection du Champ-de-Mars

Quand on prépara le Champ-de-Mars pour la fédération,

il se fit représenter par les prostituées et par ces misérables de toutes les classes, honte et fléau de la population parisienne. (Nous citons les expressions d’un historien.)

Bientôt après, il revint. La procédure du Châtelet, qui établissait d’une manière si terrible sa culpabilité, devint inutile, par suite du décret de l’Assemblée qui n’autorisa point sa mise en jugement

Dès qu’il est de retour, lit-on, dans la Biographie Universelle c’est-à dire, dès le 11 juillet 1790, les attaques contre les constitutionnels commencent ; les mots de traître Lafayettecirculent dans les clubs et dans les groupes, et le jardin du Palais-Royal devient le théâtre de violences de toute espèce.

Le peuple de Paris, excité, se jette dans le parti extrême de la révolution. Ce parti s’empare du duc, qui se livre sans retour à ce honteux esclavage.

Bientôt la présence du duc d’Orléans à Paris fut signalée par de nouveaux malheurs et de nouveaux crimes.

L’insurrection du Champ-de-Mars fut encore l’œuvre de ce prince.

Ce furent Laclos, son secrétaire, et Brissot, spécialement protégé par madame de Genlis, dit la Biographie universelle, qui rédigèrent la pétition ou adresse aux départements qui demandait que LouisXVI fût mis en jugement et déchu du trône.

Cette pétition devint le signal de l’insurrection du Champ-de-Mars réprimée par Bailly.

À ce témoignage on peut ajouter le témoignage de madame Rolland, témoin oculaire, et dont l’impartialité ne saurait être suspecte :

Laclos, dévoué à d’Orléans, dit madame Rolland dans ses mémoires, fit cette proposition aux Jacobins qui l’accueillirent, et près de qui elle fut appuyée par un détachement de quelques centaines de coureuses tombées du Palais Royal dans le lieu de ses séances. Je les y vis arriver.  [13]

Ainsi la sanglante journée du Champ-de-Mars qui coûta plus tard la vie à Bailly qui avait réprimé l’insurrection, avait été préparée et combinée par ce prince.

On peut dire que ce fut là le terme de la direction qu’il imprimait à la révolution.

 Révolutionnaire suiveur et apeuré

Depuis ce moment, il ne fit guère que suivre, cherchant toujours à ramasser une couronne dans le chaos sanglant de tant de crimes et de tant de fureurs, mais tremblant et éperdu devant le génie plus énergique des hommes dont il avait cru faire ses instruments, et qui ne se servirent plus de lui que comme d’un outil de corruption et de meurtre, qu’ils jetèrent quand ils n’en eurent plus besoin.

Le jouet de Danton

Après la répression de l’émeute du Champ-de-Mars, le duc d’Orléans, suivant son invariable habitude, avait été saisi d’un de ces accès de couardise, dans lesquels il retombait toujours, chaque fois qu’il avait fait quelque tentative nouvelle. Il déserta le club des Jacobins, et vint se présenter au club des Feuillans qu’on avait fondé, dans ce temps, pour défendre et maintenir tout ce qui restait de la monarchie.

Mais bientôt après, il retourna aux Jacobins qui ne gardèrent plus aucune mesure et qui commencèrent à prêcher l’insurrection de tous les peuples contre les rois, doctrine subversive qu’adopta l’Assemblée législative qui succéda, sur ces entrefaites, à la Constituante.

Le duc, pendant la durée de cette nouvelle assemblée, réunit autour de lui les hommes qui composaient la faction sanguinaire de Danton. On appelait indifféremment les dantoniens du nom d’orléanistes, les orléanistes du nom de dantoniens, et l’on est réduit à se demander si c’était le duc d’Orléans ou si c’était Danton qu’on insultait par cette confusion.

D’Orléans participa donc à tous les crimes de cette faction, tantôt par suite de cette damnable ambition qui continuait à brûler son cœur, tantôt par suite de la peur ignoble dont il était travaillé.

Danton connaissait les deux ressorts de ce honteux caractère. Dans toute parole qu’il lui adressait, il laissait percer le tranchant du fer de la guillotine et briller le cercle d’or d’une couronne volée, et il conduisait son esclave, moitié par terreur, moitié par une convoitise scélérate, à toutes les bassesses et à tous les attentats

Son renoncement pour lui et ses descendants au nom d’Orléans

Lorsque la journée du 10 août eut rendu Louis XVI prisonnier, lit-on dans la Biographie Universelle, Manuel, un des dantoniens, déclara au duc qu’il devait renoncer au nom de sa famille et accepter celui d’Égalité, qui lui serait proposé par la Commune de Paris.

Philippe accepta ce nom avec reconnaissance ; et, dans une lettre de remerciement, il déclara qu’on ne pouvait lui en donner un qui fût plus conforme à ses sentiments.

C’est à partir du 15 septembre 1792, que le duc d’Orléans prit le nom d’Égalité. Voici quelle était la teneur de l’acte de la Commune de Paris qui, sur sa demande, donnait ce nom à l’ancienne maison d’Orléans :

Sur la demande de Louis-Philippe-Joseph, prince français, le conseil-général arrête :

1) Louis-Philippe-Joseph et sa postérité porteront désormais pour nom de famille Égalité ;

2) le jardin connu jusqu’à présent sous le nom de Palais-Royal, s’appellera désormais jardin de la Révolution.

Son implication dans le massacre de la princesse de Lamballe

Quelques jours avant cette époque, c’est à dire dans les journées des 5 et 6 septembre, la princesse de Lamballe avait été égorgée.

Le duc d’Orléans, disent les Mémoires du temps, était animé contre madame de Lamballe de la double soif de la vengeance et de l’intérêt.

Depuis les journées d’octobre, madame de Lamballe lui avait exprimé tous ses mépris et avait refusé toute communication avec lui ; en la faisant tuer, il gagnait un douaire de cent mille écus qu’elle touchait sur la fortune de la duchesse d’Orléans, sa belle sœur ; la mort de madame de Lamballe fut son ouvrage .

Il importe d’ajouter qu’après avoir présenté la tête de la princesse de Lamballe au Temple, la troupe des égorgeurs vint planter la pique qui soutenait cette tête sous les fenêtres du duc d’Orléans.

C’était, dit un historien, l’heure où le prince allait se mettre à table ; il s’avança, examina froidement la tête et passa dans la salle à manger.

Le conventionnel

Bien peu de temps après, le 22 Septembre, il entrait à la Convention.

Le terme de sa carrière politique approchait. Il ne lui restait plus qu’un dernier acte à commettre, et il y marchait en chancelant sous le poids d’une double ivresse, celle de la terreur et celle de l’orgie.

Son palais était devenu un antre, dit la Biographie universelle, où tous les scélérats se donnaient tous les excès de la débauche.
Il avait pris la main de la révolution pour la conduire, et la main de fer de la révolution, broyant, dans sa redoutable étreinte, cette main sans vigueur, le traînait à sa suite.

La République avait été proclamée ; en vain Merlin, un des complices du duc d’Orléans avait voulu réserver aux assemblées primaires, le droit de rétablir la royauté. À mesure qu’on avançait sur cette fatale route, les espérances d’Égalité diminuaient, mais aussi sa peur redoublait et suppléait à l’espérance qu’il avait perdue.

C’est ainsi qu’il arriva jusqu’au procès de Louis XVI.

Sa renonciation au trône pour lui et ses enfants

Le 7 décembre, il écrivit une lettre dans le Moniteur, afin de démentir la clameur publique qui le dénonçait comme aspirant au trône.

Plusieurs journaux, disait-il dans cette lettre, affectent de publier que, dans le cas où Louis XVI ne serait plus, je suis placé derrière le rideau pour mettre mon fils ou moi a la tête du gouvernement.

Je ne crois pas, Messieurs, que vos comités entendent priver aucun parent du roi d’opter entre la qualité de citoyen français et l’expectative soit prochaine, soit éloignée du trône ; je conclus donc à ce que vous rejetiez purement et simplement l’article de vos comités, mais, dans le cas où vous l’adopteriez, je déclare que je déposerai sur le bureau ma renonciation formelle aux droits de membre de la dynastie régnante, pour m’en tenir à ceux de citoyen français. Mes enfants sont prêts à signer de leur sang qu’ils sont dans les mêmes sentiments que moi [14].

Le régicide jacobin

C’était ainsi que le duc d’Orléans cherchait à se faire oublier. Mais, comme l’a dit M. Thiers :

Il restait le souvenir ineffaçable de son ancienne existence, et le témoignage, toujours présent, de ses immenses richesses.

Les Jacobins n’étaient donc pas disposés à se contenter du témoignage d’humilité qu’il donnait. Il parlait, dans sa lettre, de signer sa profession de foi républicaine avec du sang ; c’est dans celui de Louis XVI qu’on lui ordonna de tremper la plume qu’on remit entre ses mains parricides.

Obligé de se rendre supportable aux Jacobins ou de périr, dit encore M. Thiers, il prononça la mort de son parent.

Les Mémoires du temps rapportent que le conseil du duc d’Orléans hésitait ; mais que Danton, instruit par Robespierre des irrésolutions d’Égalité, se rendit chez lui dans une des nuits qui précédèrent le fatal jour, et qu’il lui déclara qu’il fallait être régicide avec les Jacobins ou guillotiné avec Louis XVI.

Pour mieux épouvanter ce cœur lâche et pusillanime, on mit en avant une motion d’exil contre lui qu’on ne fit que suspendre.

Ce n’était point assez que de donner sa voix.

Lepelletier de Saint-Fargeau, dit un historien de la révolution, sur lequel les Jacobinsavaient jusque-là compté, avait entraîné vingt-cinq de ses amis à voter pour toute autre peine que la mort.

Tout paraissait perdu à la Montagne ; alors Danton court au Palais-Royal, et raconte à Égalité la défection de Saint-Fargeau. Il le subjugue, court de là chez Saint-Fargeau, l’entraîne au Palais-Royal, et là, Égalité, flattant son ambition, l’amena à cette horrible résolution, devant laquelle il reculait encore ; cet acte était l’arrêt de mort de Louis XVI.

Ainsi, la révolution, ce sinistre banquier de ce brelan de mort, se servait de la main de Philippe-Égalité, comme d’un râteau sanglant pour ramasser les votes régicides.

Le 16 janvier, un homme d’une pâleur livide, s’avançait vers la tribune et prononçait ces paroles condamnées à l’immortalité :

Uniquement occupé de mon devoir, convaincu que tous ceux qui ont attenté ou attenteraient par la suite à la souveraineté du peuple méritent la mort, je vote la mort.

Un murmure d’horreur parcourut l’Assemblée lorsqu’elle entendit Égalité, quoique l’assemblée s’appelât la Convention.

Les tribunes mêmes se turent, quoiqu’elles fussent là pour applaudir le crime.

L’attente de la révolution était surpassée.
- Égalité avait tenu la parole régicide qu’il avait donnée ; il vota contre l’appel, et vota contre le sursis.
- Il obéit en tout et jusqu’au bout ; s’il n’exécuta pas Louis XVI, c’est parce qu’on ne pensa point à l’exiger.

Le misérable ne pensait plus à régner, il pensait à vivre ; pour vivre, il se serait fait bourreau.

Le pardon du roi Louis XVI

Le roi Louis XVI fut guillotiné le 21 janvier 1793 sur la place Louis XV, et, pour se venger de ses bourreaux, le roi-martyr écrivait la lettre suivante à son frère Louis XVIII quelques heures avant son supplice :

Paris, le 20 janvier 1795.

Mon cher frère,

J’obéis à la Providence et à la force en allant porter sur l’échafaud ma tête innocente. Ma mort impose à mon fils le fardeau de la royauté : soyez son père et gouvernez l’État pour le lui rendre tranquille et florissant.

Mon intention est que vous preniez le titre de régent du royaume ; mon frère Charles-Philippe prendra celui de lieutenant-général.

Mais c’est moins par la force des armes que par une liberté bien entendue et des lois sages, que vous rendrez à mon fils son héritage usurpé par les factieux.

N’oubliez jamais qu’il est teint de mon sang et que ce sang vous crie clémence et pardon.

Votre frère vous en prie, votre roi vous l’ordonne.

Louis. (Note de l’éditeur.)

 La fin du duc d’Orléans

Son arrestation

Il ne régna point cependant. Bientôt après, le 21 janvier, les Jacobins livrèrent Philippe-égalité aux Girondins ; ils avaient pressé dans leurs mains ce déplorable prince comme une éponge imbibée de boue et de sang, et lui avaient fait rendre tout ce que sa bassesse et sa lâcheté contenaient de crime ; maintenant ils le rejetaient avec dégoût.

En même temps, le prince de Galles déchirait son portrait et Dumouriez le flétrissait de son mépris.

Ce fut pourtant la défection de ce général qui devint le prétexte de l’arrestation d’Égalité. On le comprit dans le sanglant anathème lancé contre la famille des Bourbons.

Ses anciens amis firent plus, ils demandèrent et obtinrent l’arrestation des personnes attachées à son service.

Merlin de Douai, un de ses conseillers les plus intimes, se trouvant frappé par le décret, déclara qu’il avait cessé d’avoir des rapports avec lui, dès le moment où il avait reconnu qu’il était un traître.

Le duc, conduit le 7 avril 1793, à la mairie par ordre de Pache, courut à l’Assemblée pour alléguer ses crimes et revendiquer sa honte.
- On ne pouvait pas le considérer comme un Bourbon, lui qui s’appelait Égalité,
- on ne pouvait le confondre avec la famille royale que l’on proscrivait, lui régicide.

Pour qu’aucun opprobre ne manquât au duc d’Orléans, une seule voix s’éleva en sa faveur, ce fut celle de Marat ! Cette protection acheva de le flétrir, mais ne le sauva pas.

Envoyé à Marseille, dans la nuit du 9 au 10 avril, le Tribunal des Bouches-du-Rhône le trouva innocent.

Le duc, cependant, continua a être détenu par ordre du Comité de salut public.

Sa condamnation à mort

On le conduisit à Paris, où il fût condamné à mort comme Girondin, par le Tribunal révolutionnaire, qui semblait avoir eu à cœur de trouver le seul crime dont Égalité fût innocent, afin de ne pas donner à la révolution, qui vivait de forfaits odieux, le spectacle d’un homme condamné pour ses crimes.

Un pauvre serrurier avait été condamné à mourir le même jour que Philippe-Égalité. Quand on voulut le faire monter dans la fatale charrette, il refusa obstinément.

Je suis condamné à mort, disait-il, c’est vrai, mais le Tribunal ne m’a pas condamné à aller à l’échafaud dans la compagnie et dans la même charrette que cet infâme scélérat d’Orléans.

Il fallut employer la force pour jeter le malheureux serrurier dans le tombereau. Ainsi le peuple, dont Philippe-Joseph d’Orléans avait voulu se faire l’égal, refusait, par la voix de cet ouvrier, d’accepter une flétrissante égalité, et de coudoyer les crimes de celui qui avait voulu coudoyer ses haillons.

 Conclusion

Telle fut la vie, telle fut la mort du duc d’Orléans.

Nous avons promis de garder jusqu’au bout notre sang-froid, nous tiendrons notre parole. Mais si l’on nous demandait pourquoi, le jour de l’anniversaire de sa mort, nous avons tracé ce portrait, un écrivain du Journal des Débats [15] nous fournirait pour répondre ces paroles qui serviront de conclusion à notre travail :

Pour figurer le crime, il ne s’offrait à moi que trop de modèles. J’ai pris le mien dans un palais, comme un effrayant contraste. J’ai choisi, et cette préférence lui est due, ce prince qui descendit tous les degrés de l’échelle sociale pour se faire peuple ; non le peuple qui travaille, mais le peuple rouge de sang et de vin, qui égorge pour égorger et rentre ensuite à la maison tranquille comme le bourreau qui a fini sa tâche.

Si ce prince, ce peuple, ce bourreau, se sont rencontrés dans un seul homme, pouvais-je laisser de côté un personnage d’une physionomie si franchement scélérate ?

Pouvais-je trouver quelque part un exemple plus frappant de folie et de méchanceté ?

Ce prince, qui n’a de droits qu’à l’impartialité, et que j’ai représenté tel qu’il m’a paru :
- avare et prodigue tout à la fois,
- débauché sans être voluptueux,
- qui ne laissa pas même au crime sa seule dignité, l’énergie ;
- homme qui n’osa jamais regarder un homme en face ;

ce prince, il est à moi, il m’appartient par tous les droits de l’histoire. Ses lâchetés, ses vices, ses orgies, ses fanfaronnades tout cela est de mon domaine.

Vous me demandez grâce pour lui : mais
- a-t-il fait grâce, lui ?
- A-t-il eu pitié de la plus belle des femmes, de la plus malheureuse des reines, de la plus contristée des mères ?

J’attache son nom au poteau infamant, dites-vous ? Mais n’a-t-il pas dressé l’échafaud où Marie-Antoinette est montée, traînée d’un bras par la haine, de l’autre par la calomnie.

Non, pour cet homme, je ne mentirai pas à ma conscience et à la vérité.

Ce qu’a dit l’écrivain du Journal des Débats est fort bien dit, et voilà précisément pourquoi, ce jourd’hui, 6 novembre 1842, quarante-neuf ans écoulés après le supplice du prince régicide, nous publions cette vie de Louis-Philippe-Égalité.

Alfred NETTEMENT (1842)

 

Notes

[1] Biographie annuelle, d’orléans.

[2] Biographie Universelle.

[3] Histoire de la Révolution, par M. de Conny.

[4] Histoire de la Révolution, par M. Thiers.

[5] Biographie universelle, d’Orléans.

[6] Histoire des crimes commis pendant la révolution française, par Prudhomme.

[7] Mémoires de M. Bertrand de Molleville.

[8] M. Jules Janin dans Barnave.

[9] Déposition de M. Virieu devant le Châtelet.

[10] Histoire de la Révolution.

[11] Prudhomme, Histoire des crimes commis pendant la révolution.

[12] Mémoires de madame Roland.

[13] Mémoires du temps.

[14] Moniteur.

[15] M. Jules Janin, préface de Barnave.

 

Source: Vive Le Roy

mardi, 15 juin 2010

Henri Comte de Paris (1908-1999) ou la tradition orléaniste (VII)

L’avenir appartient au prince légitime : le Duc d’Anjou

Double paradoxe :

  • la politique des princes d’Orléans a toujours constitué la meilleure propagande des légitimistes ;
  • la passivité ou la timidité de la branche aînée a permis la durée de l’usurpation orléaniste.

Il est pourtant possible de sortir de l’ornière. Grâce au Comte de Paris qui aura poussé jusqu’à ses ultimes conséquences la logique de son système, l’orléanisme se meurt.

L’avenir du royalisme français appartient au Duc d’Anjou, désormais débarrassé de l’hypothèque espagnole. C’est à lui qu’il incombera, et à ses fils après lui, s’il plait à Dieu, de relever l’espérance. Les royalistes français peuvent et doivent aider ce jeune prince qui a eu, à ce jour, le mérite de se garder avec une sage prudence, de toute initiative intempestive. Il avait devant lui un néant politique. Le nom qu’il porte, dont il sait tout le poids, lui interdisait les aventures ridicules ou folkloriques. Cette réserve, qui n’est ni scepticisme, ni renoncement, le laisse intact pour l’heure du destin.

L’orléanisme a souhaité rompre avec la tradition pour se faire accepter de la démocratie ; la monarchie légitime garde pour tâche et mission de rompre avec le conformisme de la démocratie moderne afin de renouer avec la tradition et les sources vives d’une doctrine créatrice.

Guy Augé

(Source: Vive Le Roy)

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lundi, 14 juin 2010

Henri Comte de Paris (1908-1999) ou la tradition orléaniste (VI)

L’avis de ceux qu’il a courtisés

De surcroît, la navrante intrigue gaulliste du Comte de Paris a entraîné des appréciations à peine courtoises de la part de personnalités proches du Général : « Ces mémoires, écrit Pierre Lefranc dans Le Figaro du 20 avril 1979,constituent la description d’une grande illusion et d’une non moins grande désillusion ». Le Prince « connaissait bien mal, et pour tout dire n’avait pas compris son interlocuteur ».

Michel Debré, dans Le Point, pense que De Gaulle « ne voyait sûrement pas l’avenir prévisible comme le Comte de Paris paraît l’avoir envisagé ».

Maurice Couve de Murville, dans France-soir des 8-9 avril :

Il doit y avoir dans cette affaire une large part de malentendu, comme on dit en style diplomatique.

Et Jacques Soustelle, encore moins diplomatiquement, au même journal :

J’ai toujours eu la conviction que De Gaulle menait en bateau le Comte de Paris pour neutraliser les éléments d’une certaine droite traditionaliste et royaliste — et il y en avait beaucoup dans l’armée.

Dominique Jamet, dans L’Aurore du 16 avril :

L’affirmation tardive du Comte de Paris semble plus que sujette à caution pour ne pas dire totalement invraisemblable, bref mensongère… À soixante-dix ans, ce prince qui ne nous gouverne pas brûle toujours de faire don à la France de sa royale personne. Il peut se la garder, en réserve de la République, comme on dit.

En son style propre, Libération qu’affectionnent tant les jeunes orléanistes de la N.A.R., titre sur « un comte à dormir debout » et parle aimablement d’une « vieille ganache gâteuse, curieusement dotée d’un physique de rastaquouère » :

Monseigneur est prêt à brader toute sa légitimité pour un strapontin. Monseigneur est à vendre, il n’a même pas la grandeur des principes inutiles.

Insolente et blessante vérité !…

De l’échec de l’orléanisme

Avec le secours des média de la République (Marianne doit bien cela aux Orléans), les Mémoires du Comte de Paris connaitront certainement un honorable succès de librairie. Mais en dépit de toutes ses « braderies », le Comte de Paris vieillissant pourra-t-il jamais faire le « poids » démocratique qu’il ambitionne ? On en doute, et on déplore qu’il ait voulu soumettre l’héritage historique dont il se réclame au tribunal de l’opinion.

Le Comte de Paris et les princes d’Orléans sont français sans interruption, cela est entendu ; il n’empêche que ce prétendant, qui, d’ailleurs, ne prétend pas vraiment ou très confusément, connaît fort mal la vraie nature de la monarchie nationale. Il enregistre sans esprit critique la légende révolutionnaire, exalte « 89 et 93 », et déserte ostensiblement (comme l’y inclinaient les habitudes de sa famille) le combat contre-révolutionnaire. Pour finir, il avoue, avec une émotion mal contenue, son échec familial, l’indifférence politique et l’oisiveté de ses enfants. Mais cet échec personnel n’est pas celui de la tradition monarchique française. Il n’est, et ne peut être, que celui de l’orléanisme, au sens spécifique du terme.

La branche d’Orléans peut bien abandonner l’héritage de Louis-Philippe sans mettre à mal le royalisme. Elle est toujours partie intégrante de la Maison de France (ou de Bourbon) ; elle n’en est pas la tête, ni l’expression politique. Il faudra bien demain, s’en souvenir pour reconstruire et continuer. Les fidèles du Comte de Paris ne sont pas tous, loin s’en faut, des orléanistes, la plupart sont des « fusionnistes », persuadés d’accomplir un devoir de légitimistes en reconnaissant, avec répugnance celui qu’on leur a présenté comme « le chef de la Maison de France ».

Pareillement, déjà, en 1883, Joseph Du Bourg, l’homme lige d’Henri V, s’inclinait la mort dans l’âme devant Jean III de Bourbon-Anjou, libéral et franc-maçon dit-on, néanmoins « héritier nécessaire » des rois très-chrétiens. En 1940 — les Mémoires du Comte de Paris le confirment — Charles Maurras refusa de rencontrer le prince qui l’avait défié en faisant savoir qu’il « défendait l’héritage contre l’héritier ».

Guy Augé

(Source: Vive Le Roy)

 

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dimanche, 13 juin 2010

Henri Comte de Paris (1908-1999) ou la tradition orléaniste (V)

Bilan politique du Comte de Paris

Le bilan des multiples compromissions

Quel est donc, en définitive, le bilan politique du Comte de Paris ? Qu’apporte-t-il à l’idée monarchique, quelles perspectives laisse-t-il entrevoir ? Quel accueil a-t-il rencontré ?

Le bilan, tel qu’il se dégage de ses propos, de ses dernières déclarations à la presse, est bien mélancolique, parfois pathétique. C’est un évident constat d’échec à tous les plans. Le Prince porte « la blessure d’une vie déçue », exprime lassitude et désabusement.

Lui qui s’est voulu en position d’arbitre, de recours, de porteur d’un message historique à la disposition du pays, a dû, en réalité, se salir sans aucun bénéfice ; il a constamment choisi son camp, celui qui paraissait triompher, et s’est retrouvé non moins constamment berné, déconsidéré.

Ainsi a-t-il tour à tour répudié, après y avoir cru,

  • l’Action française,
  • le Maréchal,
  • Laval,
  • la troisième force,
  • le Général enfin.

Tout cela pour aboutir, presque symboliquement, en septuagénaire blasé, à la gestion d’un institut de gériatrie.

Un digne représentant de la tradition orléaniste

Sa tactique n’a jamais été brillante parce que sa stratégie était fausse, et qu’elle était foncièrement celle de l’orléanisme historique : depuis Égalité, depuis Louis-Philippe, les Orléans, « princes modernes », « intelligents » et cultivés, volontiers mémorialistes, impénitents arrivistes, tenaces ambitieux, se sont offerts comme incarnation de « la meilleure des républiques ».

Ils oubliaient seulement que, sur ce terrain, ils seraient toujours battus. Qu’a-t-on besoin, en France [13], d’un roi pour perfectionner la démocratie ? La République est, chez nous, la forme historique de la démocratie, et suffit amplement à la tâche.

Autre serait la vocation d’un monarque légitime : non point conforter les idoles de la tribu, flatter la classe politique, prendre le vent et l’air du temps, mais dénoncer courageusement les faux dogmes, les illusions du modernisme (qui sont, au demeurant, aussi incrustées à droite qu’à gauche). Il y aurait là, pour un jeune prince intelligent, ambitieux de servir, réactionnaire au sens salubre du terme - tel que le redécouvre en ce moment un Jean-Marie Paupert [14] -, une tâche exaltante. Mais à quoi sert de proposer au peuple le reflet de ses fantasmes et de ses routines ?

Ceux qui ambitionnent de guider les nations ne devraient pas se mettre à la remorque des modes passagères, que l’on prend toujours avec retard et inutilement. L’explication des échecs successifs du Comte de Paris tient pour une bonne part à cette démarche, typique de ses maîtres en démocratie chrétienne qui s’essoufflent toujours à prendre le train en marche et sont en retard d’une rame.

Pour prétendre arbitrer, il faudrait être indiscutable. Or, le Comte de Paris, l’histoire de ses tergiversations, de ses sincérités changeantes l’atteste, n’est jamais resté au-dessus de la mêlée.

Il a choisi, et, faute de réussir, on peut constater qu’il a tout perdu. Même en ses engagements gaullistes (un peu tardifs il est vrai), puisque l’héritage s’est partagé sans lui.

Ma personne est tout, mon principe n’est rien

Ce faisant, il a voulu chasser un souvenir qui taraude les princes d’Orléans : celui du Comte de Chambord, ce « roi du grand refus » comme l’appelle dans un méchant livre le “duc” de Castries, héritier des grands notables du XIXe siècle qui combattirent impitoyablement Henri V [15]. Du moins le descendant de Charles X avait-il, à défaut d’être restauré, préservé son principe, gagné l’estime de ses adversaires, légué l’image d’une monarchie purifiée.

Que peut transmettre le Comte de Paris ?

Bien sûr, le Prince a désarmé beaucoup d’animosités ou de préventions contre sa personne. Mais en voulant mouler sa “légitimité historique” (d’ailleurs inexistante en droit strict, nous le savons de reste) dans une légitimité démocratique et populaire,

  • il a perdu la notion même de royauté héréditaire.
  • Il est devenu un candidat personnel au pouvoir,
  • il a banalisé ses prétentions en s’alignant bon gré mal gré, sur d’ordinaires politiciens démocrates.
  • Il a cherché à revenir dans les fourgons du gaullisme (après avoir tâté ceux de Vichy, et peut-être de l’Allemagne,
  • et après avoir intrigué à Alger, avec toutes les communautés, franc-maçonne comprise [16], contre Darlan, sans autre résultat que de ternir une fois de plus le blason taché des Orléans) ; il s’est humilié sans convaincre.

Faute d’avoir osé représenter quelque chose par sa naissance, il s’est dépensé en pure perte. Ce n’était pas, d’ailleurs, humilité de roi mais orgueil d’ambitieux, même si l’ambition peut ici passer pour noble.

Le Comte de Paris s’est réinséré dans la classe politique de la démocratie française ; il s’est fait respecter d’elle (est-ce un réel succès ?), mais paradoxalement, le général De Gaulle qu’il encense l’a empêché de remplir le rôle de recours qu’il espérait. Le recours, ce fut De Gaulle. Et la République musclée qu’il a installée coupait l’herbe sous les pieds du Prétendant. Le gaullisme n’a pas aidé le Comte de Paris ; il a, au contraire, retiré tout intérêt à l’accommodement qu’il proposait. Et il a finalement stérilisé l’action monarchiste puisque les contre-révolutionnaires sont désavoués par lui, et que les jeunes néo-orléanistes deviennent un simple appendice du gaullisme de gauche ou du réformisme.

La vaine attente de la grande catastrophe

René Johannet, dans l’article précité des Écrits de Paris, faisait encore très justement observer que les espoirs du Comte de Paris reposaient sur l’explosion d’une grande catastrophe nationale. Ce que confirment ses déclarations à Pierre Desgraupes dans Le Point (n° 342 des 9-15 avril 1979) :

Les Français ne peuvent aller à la monarchie ou appeler la monarchie que s’ils en ont besoin comme d’un recours. Il faudrait donc imaginer une situation d’angoisse, de difficultés. Parce que, tant qu’on est sur la route tranquille du bien-être et de la satisfaction générale, il n’y a évidemment pas de raison de changer de régime.

Acceptons l’espèce : mais alors, objectait Johannet avec bon sens, si catastrophe il y a, ira-t-on chercher à sauver les idéaux du régime de faillite ?

En sortant d’une épidémie de choléra, quel médecin essaiera de se faire une clientèle en se vantant d’avoir perfectionné le choléra ?

Les errements juridiques de l’orléanisme

Le Comte de Paris désigne son « successeur »

Plus grave, probablement, pour la confusion des idées royalistes : le Comte de Paris vient de placer les errements juridiques de l’orléanisme à leur comble par suite d’échecs familiaux qu’il porte sur la place publique. Depuis quelques années, déjà, il avait émis la prétention, contraire à toutes les traditions matrimoniales de notre Monarchie, d’autoriser (ou de refuser) les mariages de ses enfants. Ainsi a-t-il décidé d’écarter tels de ses fils et petits-fils de sa succession.

On se demande de quel droit. Le morganatisme, la doctrine des mariages inégaux, n’a jamais eu lieu en France (Gaston d’Orléans, frère de Louis XIII, confronté violemment à ce roi, en savait quelque chose !) [17]. Par ce biais, il serait trop facile au souverain, une fois encore, de violer le principe majeur de l’indisponibilité de la Couronne. Visiblement, les orléanistes ont mal assimilé cette loi fondamentale.

Le Comte de Paris contre l’hérédité

Le Comte de Paris va maintenant ouvertement plus loin. Toute la France sait que son fils aîné a quitté son épouse la princesse Marie-Thérèse, en abandonnant ses cinq enfants dont deux sont anormaux. Le Comte de Paris a quelques bonnes raisons de s’en offusquer [18]. Mais il n’est pas fondé à remettre en question l’hérédité par primogéniture. Or, voilà précisément ce qui ressort de ses propos au Point, au Figaro magazine ou à Paris match au moment du lancement de ses mémoires.

Devant Pierre Desgraupes, il déclare nettement qu’il ne faudrait pas revenir à l’hérédité :

J’estime que le pouvoir use énormément et que personne, aucune famille ne pourra jamais garantir à la nation que, de génération en génération, la volonté et la capacité du successeur seront identiques à celles du prédécesseur, en admettant qu’elles aient été bonnes.

Et il conclut qu’on devrait choisir dans la famille « le successeur le plus désigné par ses qualités », précisant, avec « une angoisse réelle », que son fils aîné n’a pas « la même vocation », « les mêmes aspirations » que lui.

À Louis Pauwels, du Figaro magazine, il expose des idées du même genre :

La monarchie héréditaire pose un problème : les générations futures auront-elles la même ambition les mêmes capacités ? Or, nous devons garantir à la nation une continuité de valeur et de qualité. C’est pourquoi, si j’étais appelé, l’une de mes premières préoccupations serait… de trouver, pour continuer l’œuvre que j’aurais entreprise, le plus méritant parmi mes successeurs… Il faudrait donc trouver un nouveau mécanisme de désignation. Peut-être un Conseil d’État. Il est certain que le peuple a son mot à dire dans une monarchie élective, et c’est bien ainsi : la succession ne doit pas être une affaire de famille qui se règle entre père et fils, mais une grande affaire nationale.

Des élucubrations qui décrédibilisent la monarchie

« On ne choisit pas son Roi ! » : les orléanistes ont bonne mine quand ils se targuent de cette incontestable vérité, mais seulement après avoir choisi, en négation du vieux droit, la famille d’Orléans, et alors que le Comte de Paris, pour ce qui le concerne, invite les Français à « choisir le plus méritant » !… Décidément, on voit de moins en moins pourquoi déroger à la règle traditionnelle de primogéniture pour faire le jeu d’un prince si peu orthodoxe.

Tout cela est assez effarant pour des royalistes tant soit peu au courant des coutumes successorales. Que l’on rencontre des élucubrations dans une presse particulièrement mal informée des questions dynastiques pourrait s’admettre ; mais que le chef de la branche d’Orléans, prétendant au trône de France, vienne cautionner autant de fantaisies qui sont la négation même de la monarchie française traditionnelle, est d’autant plus grave que ce prince passe aux yeux du public pour l’interprète autorisé de la tradition.

Notes

[13] Le Comte de Paris ne manque pas d’illustrer sa conception du recours à la monarchie démocratique par le bel exemple espagnol. On est fondé à trouver cet exemple peu probant et médiocrement honorable pour les Bourbons. Mais, de surcroît, la situation de la France est incomparable : elle ne sort pas du franquisme : tout au plus lui faudrait-il sortir de la République, ce qui n’est pas exactement la même démarche que celle d’outre-Pyrénées…

[14] Cf. Jean-Marie PAUPERT, Péril en la demeure, récits et rétractations, Paris, éditions France-Empire, 1979, notamment pp. 231-234, 272-280. Beaucoup de remarques tonifiantes d’un progressiste repenti, et qui ose le dire. Son propos est d’Église, mais il est aisément extensible au conformisme politique (qu’il nomme « connivence »). Que l’on nous permette de citer rapidement. Page 232 : « Puisque nous avons le malheur de vivre en un temps de stérile hostilité interdisant toute création doctrinale, morale, artistique, conservons du moins ce que nous a légué le passé fructueux. Puis, vomissant le monde, peut-être pourrons-nous recréer ».Page 234 : « Croyez-vous qu’on ait besoin de vous, qu’on attende après cette mauvaise doublure que vous rêvez d’être de l’humanitarisme progressiste, libertaire et vaguement socialiste ? Vous ne faites que bêler avec les moutons que l’on mène à l’abattoir… » Page 274 : « Ce recours nécessaire et vivifiant aux racines, ce retour salutaire et rafraîchissant aux sources par quoi je caractériserais volontiers la réaction (c’est-à-dire le vrai progrès, puisque nous sommes aujourd’hui dans l’impasse)… »

[15] Cf René de la Croix, comte (dit, à tort, duc) de CASTRIES, Le grand refus du Comte de Chambord, Paris, 1970.

[16] Cf. les Mémoires, p. 195 : … « Non seulement je réclamais le concours des conseillers généraux légalement mandatés représentant (sic) élus des trois départements, mais je désirais m’assurer l’agrément des personnalités les plus représentatives des communautés arabes, juives, chrétiennes et franc-maçonnes. » En ce qui concerne sa participation à l’assassinat de l’amiral Darlan, le Comte de Paris vient de démentir catégoriquement tout en concluant de façon prudente son récit : « Ma conviction profonde est qu’il est impossible… de faire porter sur l’un ou l’autre des acteurs, et ils étaient nombreux à Alger, l’entière responsabilité. Tous y ont leur part, plus ou moins directe » ( Mémoires, p. 220). Or, Henri d’Orléans était un des acteurs de l’imbroglio d’Alger. Et il a dialogué à la télévision française, sans indignation apparente, avec M. Ragueneau qui avoue hautement son rôle dans l’assassinat. Chacun sait, d’autre part, que le Comte de Paris, en 1942, reçut à Alger Henri d’Astier et l’abbé Cordier qui poussèrent le jeune Bonnier de la Chapelle à supprimer Darlan. Robert POULET suggère, dans Rivarol (n° 1472 du 26 avril 1979) cette interprétation de bon sens : « La version la plus probable est que les propos du Prince, dictés par son impatience de conspirateur, se heurtant à l’obstacle d’une personne, eurent le caractère d’un souhait fervent qui, à tort, fut compris comme une consigne formelle par ses interlocuteurs. »

[17] Sur le « morganatisme », voir l’article de Paul WATRIN dans La Science historique, t. XXX, 2e semestre 1935, pp. 65-71.

[18] Dans Paris match (n° 1560 du 20 avril 1979) il confie à Vick Vance : « Mon fils aîné mène une vie que je regrette et qui est parfaitement oisive. Il a une femme charmante et il a cinq enfants dont deux handicapés. Je ne critique pas mon fils de vivre avec quelqu’un d’autre. On peut faire ce qu’on veut, mais on ne laisse pas tomber sa famille et surtout les enfants malades. On n’a pas le droit. Je ne pardonne pas ça. »

(Source: Vive Le Roy)

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samedi, 12 juin 2010

Henri Comte de Paris (1908-1999) ou la tradition orléaniste (IV)

Le Comte de Paris de l’après-guerre

Comment réécrire l’histoire

On ne peut donc se départir d’un malaise lorsque le Prince, récrivant l’histoire, se montre si perspicace prophète du lendemain, si enthousiaste thuriféraire du gaullisme, et si méprisant censeur du vichysme. Si discret, aussi, sur les heures sombres de l’épuration où tant de ses amis furent frappés.

Voici son jugement dans Ici France du 15 novembre 1947 :

L’État français du maréchal Pétain, autocratie de droit où l’autorité était en fait détenue par une oligarchie capitaliste, joignait la confusion à l’arbitraire …

Dans ses Mémoires, il parle du Maréchal avec commisération, et de son entourage maurrassien avec une rancune mal contenue :

Vichy non plus ne m’attirait guère. Sous les arbres du parc, près des sources thermales, c’étaient, pêle-mêle, les anciens d’ Action française et les hommes de droite, que la défaite avait encore davantage raidis, qui s’entassaient dans des palaces vieillots transformés en ministères, et qui exhortaient la France à la dignité, à l’acceptation du destin malheureux et au deuil de la démocratie exécrée. (p. 169)

Aller à Vichy à cette époque, c’était un peu me compromettre avec eux et rentrer dans les fourgons de l’étranger. ( ibid.)

Je donnai comme directive d’éviter de s’engager avec Vichy, et, le moment venu, de rallier les mouvements de résistance ou de les susciter" (p. 162).

Une grande fermeté dans l’affaire algérienne

L’épisode le plus récent reste l’affaire algérienne. Là, les mémoires du Comte de Paris sont prolixes. Le Prince assure ses lecteurs qu’il a compris très tôt la nécessité de décoloniser, et que, dès juillet 1954, lors de sa première entrevue avec le Général (p. 247), il partageait avec lui cette conviction, de même qu’il avait admiré la « grande qualité intellectuelle et morale » de Pierre Mendès-France sur le même sujet (p. 238) !

Pourtant, dans une déclaration à L’Express (n° 32 du 26 décembre 1953), il affirmait péremptoirement que

la condition de la grandeur et de la prospérité française est la conservation de nos territoires d’outremer.

Aujourd’hui, il fait l’éloge de la politique gaullienne de décolonisation qu’il certifie avoir été « dans la droite ligne de celle que les Capétiens avaient poursuivie pour la construction et la grandeur de la France » (p. 282). Et, plus loin, il tire ce jugement :

Avec sa ténacité, son sens de la grandeur française, son souci des réalités nationales et internationales, de Gaulle avait su trouver le sentier étroit qui dégageait la France d’une impasse où s’épuisait, jour après jour, son prestige. Il la libérait pour des tâches nouvelles (p. 288).

Les textes parlent d’eux-mêmes et dispensent du commentaire. Les machiavéliens diront que le Prétendant sacrifiait la cause de l’Algérie française à l’espoir d’une restauration. Mais, supposé qu’il en soit ainsi — ce qui serait cher payer la restauration pour un prince se présentant comme désintéressé et tellement soucieux de ne pas verser le sang français ! —, force serait de reconnaître que cette mauvaise action fut un marché de dupes.

Car si, à tort ou à raison, le Comte de Paris crut aux assurances, verbales ou écrites du Général (« Le Prince peut désormais compter que moi en tout et pour tout » !), les résultats sont là, et De Gaulle n’a pas joué les Monk. Le Comte de Paris s’est compromis, il a prostitué ses principes en admettant qu’il en ait [12], il a gravement entaché la crédibilité de la monarchie sans obtenir l’ombre d’un commencement de réussite.

Le républicain

Sa compromission est allée loin : n’a-t-il pas songé à une candidature à la présidence de la République « sans former le moindre espoir de restauration monarchique » (p. 306) ? Se présenter, c’était, dit-il, « renoncer de fait et d’esprit à toute autre forme d’accession au pouvoir. C’était affaire d’honneur » !

Suit un exposé d’allégeance à la souveraineté populaire et au suffrage universel oracle des temps nouveaux :

Un chef suprême, en cette fin du XXe siècle, en France, ne peut et ne doit être que l’élu du suffrage universel. — Ensuite, il convient que le lien ainsi établi entre citoyen et pouvoir soit, de façon permanente, confirmé à intervalles réguliers, raffermi … Du suffrage de millions de citoyens doit venir, plus que la légalité, la légitimité du mandataire (pp. 308-309).

Nul doute que Maurras ne se soit étranglé d’indignation dans sa tombe. Mais le Comte de Paris a autant d’allergie pour Maurras que pour Joseph de Maistre et le Comte de Chambord. Il avoue au contraire son inclination pour la démocratie chrétienne (p. 231), et pour un centre « étayé par les socialistes et les radicaux ». Et il étale son mépris des contre-révolutionnaires, qui, assurément, le lui rendent avec intérêts.

Notes

[12] BARBEY d’AUREVILLY disait : « Les Orléans, que sacrifieraient-ils de leurs principes, ils n’en ont pas ! » (“La fusion”, La Mode du 10 août 1850).

(Source: Vive Le Roy )

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vendredi, 11 juin 2010

Henri Comte de Paris (1908-1999) ou la tradition orléaniste (III)

Le Comte Paris et le régime de Vichy

Bien qu’il soit discret sur son attitude durant l’Occupation — alors qu’une bonne moitié de son livre est une apologie du gaullisme —, il aurait pu ajouter qu’il ne fut pas non plus un très farouche opposant à Vichy. L’ancien (et futur) « dauphin de la République » aurait consenti à devenir celui du Maréchal.

Le 1er juillet 1941, il écrit à ses amis une circulaire aujourd’hui introuvable, mais dont Jean Bourdier a restitué quelques passages [9] :

Il y a un an, la France déposait les armes, vaincue et désemparée au point qu’on pouvait se demander si elle sauverait son indépendance et son unité séculaire. Un grand soldat, le maréchal Pétain, se voua à cette tâche sacrée.

Aux Français trompés, meurtris, il donna les premières paroles d’apaisement et d’espoir. La France s’est prise peu à peu à renaître… Incontestablement, la France vit, se reprend, se reconstruit sous la pensée et sous l’action du Maréchal.

Malgré les ruines, malgré les difficultés matérielles, malgré les embûches et les inerties, cet homme de la Providence a pu accomplir ce triple miracle d’éviter la disparition totale de notre patrie, de permettre au pays, par sa seule présence, de continuer à vivre, enfin d’engager la France sur les voies de ses grandes destinées traditionnelles en rompant avec les principes du régime déchu.

Il s’offrait à perpétuer par la monarchie l’œuvre du Maréchal :

Les pensées du Maréchal procèdent des mêmes inspirations que les nôtres. Il convient d’aider à leur diffusion et à leur défense… La propagande monarchiste doit soutenir et prolonger les enseignements du Maréchal.

Il y a peut-être mieux encore : Henri d’Orléans avoue être allé rencontrer Pierre Laval, le lendemain de son entrevue avec le Maréchal à Vichy, et à la demande de celui-ci. Mais cela se passait le 7 août 1942 : or, le 13 décembre 1942, dans une conférence de presse tenue à l’hôtel du Parc, Pierre Laval, malicieusement, tirait de sa poche une lettre du Prétendant datée du 16 novembre et en donnait lecture aux journalistes éberlués, ceux d’Action française y compris. Laval moquait la “loyauté” du Prince qui lui écrivait :

Je compte sur vous, Monsieur le Président, pour nous donner des certitudes que nous n’attendons plus de personne ici. [10].

Le Comte de Paris et Hitler

S’il faut en croire la caution de Martin Bormann, le Comte de Paris aurait également pris ses précautions du côté de Hitler qui l’atteste en ces termes :

Se rappelant sans doute que les princes électeurs allemands se faisaient couronner par les Français, le prétendant français au trône s’est adressé à moi après l’armistice, me faisant savoir qu’il se conformerait en tout temps aux lois allemandes. Quel manque de caractère ! [11]

À notre connaissance, le témoignage n’avait jamais été démenti lors de sa publication en Allemagne, puis en Angleterre et en France.

Rendant compte récemment de l’accueil trouvé dans la presse par les Mémoires d’exil et de combat, l’organe de la N.A.R., Royaliste, dans son n° 292 (p. 7) mentionne une allusion de M. Philippe Bouvard (qui nous avait échappé) de façon aussi dédaigneuse que vague :

Côté poubelle, enfin, signalons l’article faussement objectif de Philippe Bouvard qui a ramassé dans on ne sait quel caniveau la légende des contacts entre le Comte de Paris et Hitler. Bien sûr, le prince dément avec fermeté.

Notre intention n’est pas de colporter des ragots. Mais la référence que Bertrand Renouvin ignore, ou feint d’ignorer, existe : nous la lui donnons car elle nous trouble. Pourquoi un Martin Bormann irait-il forger un faux contre le Comte de Paris dont il n’avait cure ?

On aimerait connaître au moins le commencement de vérité de cette curieuse affaire. Si le Comte de Paris a effectivement (et tardivement) démenti, dont acte, Martin Bormann n’est de toute façon plus en mesure de s’expliquer. Le Comte de Paris le peut. Mais il y a tant de palinodies chez ce prince pour se gagner les puissants du jour que celle-ci serait à peine plus invraisemblable que d’autres, solidement attestées, dont lui-même se fait moins pudiquement l’écho …

Notes

[9] Cf. Jean BOURDIER, Le Comte de Paris, un cas politique, pp. 87-88.

[10] Cité dans Renée Pierre GOSSET, Expédients provisoires, Paris, 1945, p. 243, en note.

[11] HITLER, Libres propos sur la guerre et la paix, recueillis sur l’ordre de Martin Bormann, traduction française, Paris, 2, 1954, p. 317.

(Source: Vive Le Roy: http://www.viveleroy.fr/Henri-Comte-de-Paris-1908-1999-ou... )

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mercredi, 09 juin 2010

Henri Comte de Paris (1908-1999) ou la tradition orléaniste (II)

Un Prétendant moderne libéré du royalisme

Se libérer du royalisme orléaniste maurrassien

Le prince Henri, auquel on ne saurait sans injustice contester le goût du métier politique, la ténacité, le désir de servir son pays, et l’ambition de parvenir aux affaires à n’importe quel prix, violence mise à part, est parti de ce postulat que le mouvement monarchiste, réduit à ses propres forces, était incapable d’obtenir la restauration.

Il a donc cherché à se “libérer du royalisme” [2] en rompant spectaculairement avec l’Action française. Il l’explique au début de son ouvrage, racontant sa prise de conscience, son manque d’enthousiasme pour les idées et la personnalité de Maurras, dont il reconnaît « l’intelligence lumineuse », mais réprouve le caractère raisonneur et l’« intransigeante certitude ». Il en trace un portrait peu flatteur :

Tout en lui respirait l’autorité : le torse bombé, la moustache et la barbe volontiers hérissées, et ce nez, bourgeonnant, énorme, vineux, qui donnait à l’ensemble de la physionomie quelque chose de démodé, de pathétique et d’effrayant [3].

Ses sympathies allaient plutôt aux dissidents de l’A.F., Georges Valois, Bernanos surtout qui lui « apportait un souffle merveilleux, une pensée neuve et forte, irradiante de lumière » [4].

Enterrer le vieille légitimité

De façon révélatrice, il manifeste son hostilité foncière, très orléaniste, au Comte de Chambord, — « celui du drapeau blanc », ainsi qu’il le nomme avec mépris, oubliant l’écrasante responsabilité de ses ancêtres dans l’affaire de la restauration manquée ! Il ne s’agit pas seulement ici, prenons-y garde, d’une antipathie ad hominem, mais de la répudiation consciente du principe de légitimité traditionnelle sans lequel, précisément, le Comte de Chambord disait n’être rien.

À l’extrême opposé de cette attitude, le Comte de Paris voudrait être quelqu’un en se « faisant pardonner d’être prince », suivant le conseil de Louis-Philippe à ses fils.

Le Prétendant se flatte d’avoir écrit (p. 362) que « la vieille légitimité, détruite dans le sang et la colère, n’a jamais été vraiment restaurée », et il assume ce propos de Berdiaeff :

… Le vieux légitimisme est mort, il appartenait à l’autre histoire, et c’est courir après un fantôme que de poursuivre sa restauration.

Il ajoute, enfonçant le clou afin que nul n’en ignore :

Dans un temps où l’effet de la loi religieuse est de plus en plus réduit en étendue et en profondeur, où la famille, là où elle subsiste encore, se contracte en une cellule solitaire, où l’héritage est disloqué par les mœurs et les lois, où l’exercice de la gestion des biens acquis par voie de succession est de plus en plus contesté et de moins en moins pratiqué dès lors que ces biens sont de quelque importance, serait-il raisonnable de songer à faire renaître une légitimité que fondaient les croyances religieuses, la durée d’une famille et le droit héréditaire ? [5]

Le sauveur des idéaux de la République

Alors, pensera-t-on, le Comte de Paris n’est plus monarchiste ? — La réalité est moins tranchée. Le Prince, très Orléans en cela, a voulu récupérer la contre-tradition de sa lignée, l’image du « prétendant moderne ». Écoutons-le s’en expliquer (p. 118) :

Mon milieu sociologique était contre moi : il me tenait pour un prince révolutionnaire et ne manquait pas de Maurras, j’étais, décidément, le prince rouge. — Le qualitatif ne me déplaisait pas. Venant de milieu d’extrême droite, il marquait la distance qui me séparait du conservatisme, et ma volonté de dégager de nouvelles solutions politiques et sociales.

On aura retenu, en passant, l’assimilation de l’extrême droite au conservatisme, qui, en effet, prouve le peu de familiarité du Prétendant avec cette famille d’esprit, et la complaisance démagogique du propos.

Le Comte de Paris reste monarchiste, mais d’une façon très personnelle, et son rêve a toujours été de refaire une monarchie par les républicains puisque les monarchistes sont impuissants et que la réalité est devenue républicaine.

Il rejoint le thème de la « monarchie élective », exhumé par quelques « nouveaux philosophes » ces derniers temps pour faire leur cour à l’hôte de l’Élysée à la grande indignation des royalistes purs. « Le principe que j’incarne peut être précieux même en République », confiait-il, en 1956, à son biographe officieux [6].

Dans une édifiante interview à l’hebdomadaire italien Espresso, en septembre 1957 [7], il ajoutait : « Je sais bien que si je devais ma position seulement au hasard d’une longue histoire, cette position ne serait presque rien ». Mais, disait-il encore,

je crois être l’homme le plus apte à sauver les idéaux de la République.

Le Comte de Paris s’est efforcé de se rendre sympathique à la classe politique dirigeante, afin d’être accepté comme l’ultime recours de la démocratie en cas de catastrophe nationale. Pour y parvenir, il a fait à peu près toutes les concessions possibles et imaginables : sa monarchie ne serait qu’un perfectionnement de la République.

Cette monarchie ne brille pas par l’originalité : en 1948, proposant l’« esquisse d’une Constitution démocratique et monarchique », il expliquait que celle de 1946 « serait maintenue en vigueur », sauf quelques modifications de détail, timidement référendaires [8] : dans un « rapport sur l’avenir de la France au général De Gaulle » d’août 1966, à côté de plates flagorneries au chef de l’État en place (« Aucun homme n’a jamais atteint et n’atteindra jamais, par le seul élan de son patriotisme et la force de sa volonté, à la hauteur souveraine où se situe le général de Gaulle qui, pour tous les Français et pour le monde, est la pure image de la patrie. »), il précisait :

La Constitution de 1958, réformée en 1962, doit être conservée intégralement. […] On se gardera d’oublier que cette Constitution a été voulue par une très forte majorité de Françaises et de Français, il nous faut donc ne rien changer ni à la lettre, ni à l’esprit de nos institutions, c’est-à-dire à la pratique qui en est faite par le général de Gaulle.

Dans ses Mémoires, il avoue candidement (p. 314) : « Sous aucune des trois républiques je n’avais pris le parti de l’opposition. »

Recours de la République, le Comte de Paris se veut même, désormais, le recours de la démocratie :

Je souhaite, déclare-t-il à Royaliste (n° 293, pp. 8-9), que la formule la plus démocratique possible soit instaurée en même temps que la monarchie. Le principe que j’incarne est un élément de sécurité, il garantit que la France évoluera vers un régime démocratique. En outre il est évident qu’il ne faut pas briser les institutions politiques mais y ajouter des structures de dialogue.

Très exactement, pour qui sait entendre, le Comte de Paris n’a plus de principe propre à représenter et il frappe de stérilité toute action royaliste.

Michel HERSON, ancien secrétaire général adjoint de l’U.D.R., l’un des (rares) gaullistes à authentifier la thèse du Prince, abondait dans le même sens en donnant son témoignage dans le Monde du 11 mai 1979 :

Ce dont il est question, en fin de compte, c’est de sauver la démocratie telle qu’elle apparaît — n’est-ce pas évident ? — mieux préservée par les monarchies, toujours plus nombreuses en Europe occidentale, que dans les républiques déjà livrées au totalitarisme à l’Est comme en Amérique latine, ou menacées de violence et d’arbitraire là où, encore parlementaires, elles laissent les divisions nationales s’étaler dans l’impuissance.

Tout cela constitue ce qu’on peut à bon droit, appeler un néo-orléanisme, mais n’a plus grand chose à voir avec la légitimité monarchique et la tradition royale historique de la France.

Notes

[2] Philippe DU PUY de CLINCHAMPS, Le royalisme, Paris (Que sais-je n° 1259), 1967, p. 101. « On est frappé, en lisant les Mémoires du Comte de Paris, de constater combien sa critique de Maurras (qu’on aurait pu, après tout, mener en profondeur), reste superficielle pour en pas dire jalousement mesquine. Le vrai reproche du Prince à celui qui lui a pourtant permis de garder un certain relief dans la France contemporaine est d’avoir porté ombrage à la Maison de France ! »

[3] Mémoires, p.75

[4] ibid., p. 86

[5] La constatation du Comte de Paris, provocation mise à part, ne manque pas d’une certaine pertinence. C’est « un prince du XXe siècle » dira aimablement Gilbert COMTE dans sa recension du Monde (16 avril 1979). Mais ne passe-t-on pas, une fois de plus, à côté de la question véritable qui est de savoir s’il convient à celui qui se pose en « chef de la Maison de France » d’opter pour le système ou pour la Contre-Révolution ? Pierre DEBRAY, concluant une série d’articles remarqués dans le mensuel Je suis Français (n° 18, mars 1979), écrit : « Il serait utopique de prétendre rétablir l’hérédité biologique de façon durable à la tête de l’État alors qu’elle disparaît progressivement au profit de l’hérédité sociocratique dans le domaine économique, et que, sous le couvert de la démocratie, une oligarchie s’est emparée tout à la fois des partis politiques, des banques et des grandes entreprises. C’est tout un système qu’il faut commencer par casser, une révolution qui s’impose pour chasser la féodalité qui opprime la nation… Rétablir la monarchie sans un prince résolu à détruire le système et un mouvement populaire décidé à le soutenir, relève d’une mystification dont le seul effet serait d’abolir, pour toujours, l’idée monarchique. (C’est nous qui le soulignons). »

[6] Merry BROMBERGER, Le Comte de Paris et la Maison de France, Paris, 1956, p. 104.

[7] Largement traduit dans Rivarol, n° 349 du 19 septembre 1957, d’après lequel nous citons.

[8] Cf. Raison garder, publication du secrétariat politique du Comte de Paris, Paris, 1950, p. 247.

(Source: Vive Le Roy: http://www.viveleroy.fr/Henri-Comte-de-Paris-1908-1999-ou...)

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mardi, 08 juin 2010

Henri Comte de Paris (1908-1999) ou la tradition orléaniste (I)

Ma personne est tout, mon principe n’est rien

Les Orléans ont toujours été dynastes, cependant les Lois Fondamentales du Royaume les placent très loin derrière la branche aînée d’Anjou. Un prince d’Orléans désirant malgré tout satisfaire une ambition royale doit donc renoncer au principe de légitimité pour ne mettre en avant que sa seule personne. Feu le Comte de Paris est l’exemple extrême de cette stratégie préconisée par son aïeul, l’usurpateur Louis-Philippe. L’abandon de la transcendance ― pourtant inhérente à la monarchiele condamna tantôt à faire une cour servile au pouvoir en place, tantôt à se prostituer à l’opinion du jour, abdiquant de fait tout courage et tout honneur.

Qui est donc le Comte de Paris ?

En avril 1956, dans un article paru aux Écrits de Paris, René Johannet, essayant de discerner « l’avenir du Comte de Paris », s’exprimait en ces termes :

La position du Comte de Paris est l’une des plus étranges que l’on puisse imaginer. De tous les prétendants au trône de France qui se sont succédé depuis un siècle, il est assurément le plus zélé, le plus actif, le plus ambitieux.

Il n’en a pas moins réussi à faire abroger la loi d’exil portée contre lui. Mieux : il cousine avec la gauche avancée, traite de pair à compagnon avec Mendès, Edgar Faure, collabore au Monde, se voit cité par un ministre en plein Chambre. Que la République vienne à disparaître, il en sera le dernier témoin, le témoin de ses affres les plus secrètes.

Pour retrouver semblable anomalie, force nous est de remonter aux beaux jours du parti radical, quand on expédiait d’office à Bruxelles les nouvelles recrues de marque pour être présentées au prince Victor [1]. Soit dit entre nous, ça n’a pas mené très loin le prince Victor.

Cela n’a pas, non plus, mené très loin le Comte de Paris, puisqu’au terme d’un demi siècle de vie politique il publie un livre désenchanté [ses Mémoires, note VLR], et donne quelques déclarations qui laissent mal augurer du devenir de sa Maison. Mais ce peut être grave pour le royalisme français, et il convient d’en prendre la mesure.

Notes

[1] Il s’agit, bien sûr, du prince Victor-Napoléon, prétendant bonapartiste, qui passait pour presque aussi « rouge » que le pittoresque Napoléon (Jérôme), dit “Plon-Plon”.

(Source: Vive Le Roy: http://www.viveleroy.fr/Henri-Comte-de-Paris-1908-1999-ou... )

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mardi, 02 juin 2009

Sur une certaine idée de la tradition

(par Jacqueline BEAU de LOMENIE , Cahier de Chiré n°2, 1987)


Mgr le Comte de Paris, qui, passant superbement outre au droit régalien en vertu duquel la Couronne dispose des Princes, et non les Princes de la Couronne, se proclame le seul prétendant légitime au Trône des Lys, a récemment commis un essai au style irréprochablement radical-socialiste (1).

De ce parti on disait naguère qu’il était comme le radis, blanc à l’intérieur et rouge au-dehors. Il se trouve que ces deux couleurs caractérisent aussi l’image d’une certaine tradition; celle de la Maison d’Orléans.

A cette tradition son actuel héritier ne faillit nullement, quand, en père noble, il déshérite son «dauphin », tout en se livrant par ailleurs aux excès d’une démagogie digne de celle de l’ancêtre Philippe-Egalité à sa belle époque.

 En ce temps-là, l’héritier d’une des grosses fortunes du royaume briguait le pouvoir en usant de tous les artifices et maléfices de la Maçonnerie dont il était le Grand Maître, tirant profit de toutes les équivoques du libéralisme avancé: tout en contestant tout, il n’en faisait pas moins avancer ses affaires personnelles qu’il confondait libéralement avec celles de l’Etat. Et ce n’étaient que congratulations aux truands, filles publiques, échappés des galères, spéculations financières sur les fruits du travail d’autrui, trafics d’influence, achats de consciences, transferts de capitaux à l’étranger, pratique de toutes les variantes de la criminalité d’affaires, débauche de publicité par gens de lettres et de théâtre interposés.

A son souverain, Louis-Philippe-Joseph disait OUI.. Mais... pour se livrer en privé à la joyeuse critique contre l’exercice solitaire du pouvoir. Lui-même et ses fils participaient activement aux sociétés de pensée dont Augustin Cochin (redécouvert depuis peu après un long purgatoire dans l’histoire sorbonnique) a magistralement démontré qu’elles ont préparé la Révolution, jouant, à l’aide des Lumières le rôle que Gramsci devait, ultérieurement attribuer au « pouvoir culturel , indispensable prélude à la prise du pouvoir politique.
En ces cercles politico-philosophiques, se coagulait la crème de la noblesse d’épée et de robe, liée à la bourgeoisie janséniste, en vue de préserver leurs privilèges ou d’en conquérir d’autres.
Philippe y trônait, tout en oeuvrant, avec son gang du Palais- Royal, le Club des Enragés, à une révolution rien moins que populaire.

Les fils du prince félon, les jeunes (Chartres et Beaujolais, jouaient eux aussi à Autrement. Coiffés du bonnet rouge de la résistance au roi, ils retrouvaient au club des Jacobins, les ducs de Broglie, de Noailles, d’Aiguillon, La Fayette, le marquis de Montesquiou, l’évêque apostat et prince de Talleyrand-périgord, en compagnie des Cochon-Lapparent, Anacharsis Clootz, Choderlos de Laclos et autres notabilités de la gauche fraternelle et généreuse.
Hélas ! Comme l’a dit Chateaubriand, ce sont les patriciens qui ont consacré la Révolution. Et, la nuit du 4 août s’étant étendue sur la France, le prince de la décrispation nationale renonçait solennellement à ses droits dynastiques, a ses titres, à son nom, pour lui-même et pour sesdescendants... mais non à sa fortune...

A son patronyme, il substituait celui d’Egalité, se proclamant publiquement, sans le moindre égard pour les auteurs officiels de ses jours, le fils d’un palefrenier des écuries paternelles.
Avant de passer lui-même au fil du rasoir national, le ci-devant d’Orléans y avait envoyé son auguste souverain et cousin, grâce à l’obligeant concours des vingt-cinq voix dont disposait à l’Assemblée le camarade Le Pelletier de St-Fargeau dont aime à se réclamer l’éminent descendant d’icelui, M. Jean d’Ormesson de l’Académie française et du Figaro-Magazine, qui se fit aux obsèques d’Aragon le panégyriste de l’écrivain rouge faute d’avoir réussi à lui faire endosser l’habit vert.

Nonobstant les renonciations de l’aïeul régicide, l’actuel Monsieur d’Orléans-Egalité prétend aujourd’hui à son héritage, encore que la loi française frappe d’interdit celui d’un parricide.
Làs! L’infortuné semble durement payer le forfait ancestral, comme si La Justice, poursuivant inexorablement Le Crime, actualisait le terrible propos de Chateaubriand

« Si les Orléans venaient à régner au nom des vices et des crimes de leurs ancêtres, où donc serait la Providence ? Ils ont beau faire, ils ont beau dire, ils ne parviendront jamais à coller la tête de Philippe-Egalité sur le tronc sanglant de Louis XVI. »

Aux prises avec ses difficultés à régner sur sa propre famille, Mgr le Comte de Paris ne manque pas pour autant à la tradition des cadets bourbonniens. Ne confiait-il pas, à la veille de l’élection de 1981 à Paris-Match, que « le succès de M. Marchais ne lui ferait pas peur » et qu’il « n’avait jamais fait pour sa part d’anticommunisme ».

Aussi n’est-il nullement exclu de le voir, aux côtés de M. Edgar Faure, le remplaçant de M. Baroin, ex-Grand Maître du Grand Orient tombé en plein ciel des lumières (tropicales), concélébrer sous le patronage du président de la République les fêtes votives de 1789, à la gloire des égorgeurs.

Tant il est vrai que bon sang ne saurait mentir

Au fait, comment appelait-on le bourreau, sous l’Ancien Régime? Monsieur de Paris.

 

(I) - Comte de Paris : L’avenir dure longtemps




 

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mardi, 31 mars 2009

Actualité de la Monarchie

Alors que la crise sévit, non seulement dans le domaine économique, mais aussi religieux, spirituel, moral, l'heure est venu de faire les comptes et de tirer les enseignements qui s'imposent!

Force est de constater que ces problèmes sont inhérents à l'institution et au régime actuels.

Philippe Ploncard d'Assac, dans son ouvrage Le nationalisme français, SPP, 2000, établit en effet, une distinction entre le Régime, entendu au sens de "principes politiques et philosophiques sur lesquels s'appuie le pouvoir pour gouverner", et l'Institution "qui va couronner l'Etat, comme symbole représentatif".

Le régime qui sévit actuellement en France supporte plusieurs acceptions; démocratique (en théorie), oligarchique (en réalité), mondialiste, laïciste, maçonnique; bref, en un mot: ANTI CATHOLIQUE D'ABORD, ANTI FRANCAIS ENSUITE. (Les tenants et aboutissants de la merdocratie sont MAGISTRALEMENT EXPOSÉS ICI.)

L'Institution qui nous représente (si l'on peut dire) est la république. La république, c'est la personnification de l'instabilité. Il n'est que de se rappeler la valse des ministères sous la IIIème République!

Et M. Ploncard de rappeler qu'une république "peut aussi être nationaliste". Oui, mais rappelons-nous les expériences franquistes, salazaristes et même pétainistes. Qu'est-il advenu du régime une fois l'homme fort disparu? Il a disparu lui aussi!

L'un des nombreux avantages de la monarchie légitime de droit divin (parce que reconnaissant la toute Puissance de Dieu, sans jamais être une théocratie), réside dans ses institutions, qui permettaient au monarque et à ses conseillers d'opérer un travail sur le long terme, dont tous bénéficiaient, les corps intermédiaires (donc les travailleurs) en premier lieu! Ces institutions permettaient au pays de continuer à vivre, même en cas de folie du roi, comme ce fût le cas avec Charles VI Le Fol.

Ainsi, la monarchie de l'"Ancien Régime", mettaient en place un régime où Dieu était premier servi, où la France (et donc son peuple) était intelligemment administrée (puisque le roi était dépositaire du royaume (et non du peuple, évidemment) pour les générations futures; il y avait encore plus intérêt). La pérennité des ces valeurs étant garantie par un système institutionnel stable et solide!

Comparons maintenant avec les "valeurs" promues par la république française, et mises en place par un personnage qui change tous les 5 ans (au minimum), employant lui-même des ministres qui changent régulièrement! Qui connaît les noms des différents ministres, tout au long d'un quinquennat?

Le seul élément durable, étant l'influence occulte des puissances d'argent, des lobbys divers, et des sociétés secrètes (dont la FM est l'antichambre, le vivier, le réservoir...), le tout au détriment de la France et des Français (et bien évidemment de la religion Catholique).

Le peuple a l'illusion d'avoir son mot à dire, de participer au pouvoir par l'intermédiaire de son bulletin de vote. Mais concrètement, quelle est la responsabilité des ministres?

Prenons l'exemple, tout à fait hypothétique bien sur, d'un ambitieux qui viendrait au pouvoir, d'une façon ou d'une autre, non pour servir l'intérêt général (sans parler de l'intérêt national, quel mot ringard!), mais pour servir ses intérêts, pis, l'intérêt d'une cause occulte. Il va donc agir contre les personnes qu'il est censé représenter pendant quelques temps, puis il va être remercié ou recyclé dans un autre ministère. Pour ma part, je suis toujours épaté par la polyvalence de ceux qui nous gouvernent, qui passent successivement du portefeuille des finances à celui de l'intérieur, puis celui de l'Education etc.

Les personnes ne sont plus choisies pour leurs mérites, mais pour leur capacité à débiter de belles phrases, qui vont faire vibrer notre corde sensible à plein. 

La suppression des corps intermédiaires, des corporations spécialement, nuisent à l'épanouissement personnel, autant qu'au pays dans son ensemble.

Alors qu'avec les corporations de métiers par exemple, les administrés s'exprimaient dans leur domaine de compétences, en même temps qu'ils constituaient un corps intermédiaire, de protection et de défense des corps de métiers, un tempérament vis-à-vis des éventuelles iniquités étatiques. Les "citoyens" s'expriment désormais sur des sujets qu'ils ne connaissent pas, lors des élections présidentielles par exemple. Il est sûr qu'en posant les mauvaises questions, on obtiendra les mauvaises réponses.

On nous fait croire que les syndicats représentent les intérêts des travailleurs? Soit. Mais ils participent eux aussi d'un principe inique et contre-productif; celui de la lutte des classes. Comment voulez-vous faire avancer quelque chose, si les deux protagonistes sont dressés l'un contre l'autre??? Les patrons et les ouvriers ont tout intérêt à travailler en bonne intelligence, puisque la survie de leur entreprise en dépend!!

Ce bref aperçu de ces quelques points d'achoppement fait apparaître non la désuétude poussiéreuse et le nostalgisme forcené de la monarchie légitime de droit divin, mais ses atouts indéniables, pour qui veut bien honnêtement y réfléchir.

"Nous sommes en ce domaine, comme en bien d'autres, les serviteurs de la vérité et non les promoteurs d'une légende dorée destinée à nous faire vivre dans le rêve et l'illusion. Pour que la monarchie légitime soit un jour restaurée dans le respect des vieilles lois fondamentales, sans doute faudra-t-il que Dieu s'en mêle. Cependant, rien ne se fera sans notre persévérance et notre détermination." (extrait d'une ETUDE FONDAMENTALE de l'Union des Cercles Légitimistes de France, DISPONIBLE ICI)

Cela ne se fera effectivement pas aujourd'hui, peut être même pas demain (comme il l'a été dit dans la rubrique "Bienvenue!"). Mais dès lors que l'on est convaincu de la nécessité d'une telle démarche, et que l'Histoire nous donne doublement raison (positivement, et à contrario), il n'y a que des raisons d'espérer, et de tout faire maintenant, pour préparer et construire demain. Saint Jeanne d'Arc l'avait bien dit: "les Hommes bataillent, Dieu donne la Victoire"!

Il faut se fixer un but, et ensuite prendre les moyens qui s'imposent pour y parvenir. Ils sont de trois ordres, successivement la prière, l'étude puis l'action.

Nous vous exhortons à la prière, et nous vous fournissons humblement quelques pistes d'étude. L'action passe par la formation, l'information (collage, tractage, blog, militantisme, débat d'idée, formation, sport ...), la participation à des associations, en vue du bien commun, de la charité etc. 

Enfin, en guise de conclusion, laissons la parole à deux illustres hérauts de l'idéal légitimiste:

"La Monarchie en France, c'est la maison royale de France indissolublement unie à la nation. Mes pères et les vôtres ont traversé les siècles, travaillant de concert, selon les mœurs et les besoins du temps, au développement de notre belle patrie. Pendant quatorze cents ans, seuls entre tous les peuples de l'Europe, les Français ont toujours eu à leur tête des princes de leur nation et de leur sang. L'histoire de mes ancêtres est l'histoire de la grandeur progressive de la France…" Henri V, Comte de Chambord, 1852

"Avec le 21è siècle, s'ouvre le siècle de la société de l'information qui s'affirmera face à la production. Qu'allons-nous faire pour nous y adapter en continuant à maintenir nos valeurs et celles qui fondent l'identité française ? C'est à nous tous que ce message s'adresse", Prince Louis de Bourbon (Louis XX), 1999.

 

 

Camillo

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