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dimanche, 18 mars 2012

Le Testament politique de RICHELIEU (Extraits)

 

Consignes pour une société heureuse

 

 

 

Loin de l’image véhiculée par les romans, le Testament politique révèle un ministre soucieux du concours de chacun au bien commun selon un effort proportionnel à son rang. Ainsi il énonce au Roi ses devoirs et lui prodigue des conseils dans le gouvernement des ordres de son Royaume. Le Cardinal lui rappelle aussi que, devant le tribunal céleste, on est d’abord jugé à l’aune du zèle qu’on a manifesté à accomplir sa charge publique avec justice. Assurément, le droit divin constitue la clé de voûte de la société : «  Le règne de Dieu est le principe du gouvernement des États ; et en effet c’est une chose si absolument nécessaire, que sans ce fondement il n’y a point de Prince qui puisse bien régner, ni d’État qui puisse être heureux. »

 

 

 Introduction

Armand-Jean du Plessis de Richelieu, est né le 9 septembre 1585. Il est usuel de placer son action et sa doctrine sous le signe d’une promotion sans faille de ce qu’on appelle l’absolutisme monarchique.

De fait, l’histoire de son ministériat de presque deux décennies illustre une indomptable volonté au service dune grandeur royale qui ne semble souvent que le support précaire d’une puissance d’État, qui a sa « raison » que la raison commune ignore. Ne va-t-il pas, d’une formule terrible, jusqu’à poser dans sa maxime d’État 80 qu’ « en affaires d’État, il n’est pas comme des autres :
- aux unes, il faut commencer par l’éclaircissement du droit ;
- aux autres par exécution et possession
 » ?

Pourtant, la pensée comme l’action de Richelieu est souvent caricaturée. On le taxe un peu vite de machiavélisme ou de tacitisme même s’il est vrai qu’il affranchit la morale des gouvernants des règles ordinaires de la morale.

On admet à la légère la formule frappante de Siri dans ses Anecdotes du ministère du cardinal de Richelieu, le décrivant comme « le Tibère de notre siècle ». (On oublie d’ailleurs que Siri, ce disant, voulait louer la grandeur du cardinal.)

Le choix de textes qui suit, tiré du Testament politique [1], contribuera à affiner un jugement commun non pas tout à fait faux mais trop peu nuancé en présentant les traits plus traditionnels, ou en tous cas moins « modernistes », d’une réflexion complexe [2] [3].

Richelieu, politique réaliste et trop amant de l’État, demeure malgré tout le Premier ministre d’un roi très chrétien qui fait toute sa place au Roi des Rois et un noble français qui ne comprend sa société qu’en ordres organiquement hiérarchisés [4].

Stéphane RIALS.


 Rex christianissimus

Dieu étant le Principe de toutes choses, le souverain Maître des Rois, et celui seul qui les fait régner heureusement, si la dévotion de V.M. [Votre Majesté, note de VLR] n’était connue de tout le monde, je commencerais ce chapitre qui concerne sa personne, en lui représentant, que si elle ne suit les volontés de son Créateur, et ne se soumet à ses lois, elle ne doit point espérer de faire observer les siennes, et de voir ses sujets obéissants à ses ordres.

 Règne de dieu par le prince

Le règne de Dieu est le principe du gouvernement des États ; et en effet c’est une chose si absolument nécessaire, que sans ce fondement il n’y a point de Prince qui puisse bien régner, ni d’État qui puisse être heureux.

(…) c’est une chose si connue de chacun par sa propre raison, qu’il ne tire pas son être de lui-même, mais qu’il a un Dieu pour Créateur, et par conséquent pour Directeur, qu’il n’y a personne qui ne sente que la nature a imprimé cette vérité dans son cœur avec des caractères qui ne peuvent s’effacer.

Tant de Princes se sont perdus, eux et leurs États, pour fonder leur conduite sur un jugement contraire à leur propre connaissance ; et tant d’autres ont été comblés de bénédictions, pour avoir soumis leur autorité à celle dont elle dérivait, pour n’avoir cherché leur grandeur qu’en celle de leur Créateur ; et pour avoir un peu plus de soin de son règne que du leur propre, que je ne m’étendrai pas davantage sur une vérité trop évidente pour avoir besoin de preuve.

 La Couronne et la Tiare

L’ordre que Dieu veut être observé en toutes choses, me donne lieu de représenter à V.M. 
- qu’ainsi que les Princes sont obligés à reconnaître l’autorité de l’Église, à se soumettre à ses saints Décrets, et y rendre une entière obéissance en ce qui concerne la puissance spirituelle que Dieu lui a mise en main pour le salut des hommes, et
- qu’ainsi qu’il est de leur devoir de maintenir l’honneur des Papes comme successeurs de Saint Pierre, et Vicaires de Jésus-Christ,
- aussi ne doivent-ils pas céder à leurs entreprises, s’ils viennent à étendre leur puissance au-delà de ses limites.

Si les Rois sont obligés de respecter la Tiare des Souverains Pontifes, ils le sont aussi de conserver la puissance de leur Couronne.

Cette vérité est reconnue de tous les théologiens ; mais il n’y a pas peu de difficulté de bien distinguer l’étendue et la subordination de ces deux Puissances.

En telle matière il ne faut croire
- ni les gens du Palais, qui mesurent d’ordinaire celle du Roi par la forme de sa Couronne, qui étant ronde, n’a point de fin ;
- ni ceux qui par l’excès d’un zèle indiscret se rendent ouvertement partisans de Rome.

 Vouloir le raisonnable

La lumière naturelle fait connaître à un chacun, que l’homme ayant été fait raisonnable, il ne doit rien faire que par raison, puisqu’autrement il ferait contre sa nature, et par conséquent contre celui même qui en est l’Auteur (…)

(…) il s’ensuit clairement, que si l’homme est souverainement raisonnable, il doit souverainement faire régner la raison, ce qui ne requiert pas seulement qu’il ne fasse rien sans elle, mais l’oblige de plus à faire, que tous ceux qui sont sous son autorité la révèlent et la suivent religieusement.

 De la guerre juste

Au jugement des mieux sensés, la guerre est quelquefois un mal inévitable ; et en d’autres rencontres il est absolument nécessaire, et tel qu’on en put tirer du bien (…)

Je soutiens, et c’est chose véritable, qu’il n’y en peut avoir d’heureuse, qui ne soit juste ; parce que si elle ne l’était pas, quand l’événement en serait bon selon le monde, il en faudrait rendre compte au Tribunal de Dieu.

 Le Prince en son conseil

Ce n’est pas une petite question entre les Politiques, de savoir si un Prince qui se gouverne en son État par sa tête, est plus à désirer que celui qui ne se fiant pas tant à ses lumières, défère beaucoup à son Conseil, et ne fait rien sans son avis.

On ferait des volumes entiers des raisons qui se peuvent mettre en avant de part et d’autre : mais réservant cette question au fait particulier qui m’oblige à le rapporter en ce lieu, après avoir préféré le Prince qui agit plus par son Conseil que par le sien propre, à celui qui préfère sa tête à toutes celles des conseillers, je ne puis que je ne dise, qu’ainsi que
- le plus mauvais gouvernement est celui qui n’a autre ressort que la tête d’un Prince, qui étant incapable, est si présomptueux, qu’il ne fait état d’aucun Conseil :
- le meilleur de tous est celui dont le principal mouvement est en l’esprit du Souverain, qui bien que capable d’agir par soi-même, a tant de modestie et de jugement, qu’il ne fait rien sans bon avis, fondé sur ce principe, qu’un œil ne voit pas si clair que plusieurs (…)

Un Prince capable est un grand trésor en un État. Un Conseil habile et tel qu’il doit être n’en est pas un moindre ; mais le concert de tous les deux ensemble est inestimable, puisque c’est de là que dépend la félicité des États.

 Le conseiller du Prince

La capacité des Conseillers ne requiert pas une suffisance pédantesque ; il n’y a rien de plus dangereux pour l’État, que ceux qui veulent gouverner les Royaumes par les maximes qu’ils tirent de leurs livres : ils les ruinent souvent tout à fait, par ce moyen, parce que le passé ne se rapporte pas au présent, et que la constitution des temps, des lieux et des personnes est différente.

Elle requiert seulement
- bonté et fermeté d’esprit,
- solidité de jugement, vraie source de la prudence,
- teinture raisonnable des Lettres, connaissance générale de l’Histoire et de la constitution présente de tous les États du monde, et particulièrement de celui auquel on est.

Deux choses sont principalement à considérer à ce propos.
- La première, que les plus grands esprits sont plus dangereux qu’utiles au maniement des affaires ; s’ils n’ont beaucoup plus de plomb que de vif-argent, ils ne valent rien pour l’État (…)
- La seconde remarque (…) ( : ) La présomption est un des grands vices qu’un homme puisse avoir dans les charges publiques (…)

Le plus habile homme du monde doit souvent écouter les avis de ceux qu’il pense même être moins habiles que lui.

 La noblesse

Il faut considérer la Noblesse, comme un des principaux nerfs de l’État, capable de contribuer beaucoup à sa conservation et à son établissement.

Elle a été depuis quelque temps si rabaissée par le grand nombre des Officiers que le malheur du siècle a élevés à son préjudice, qu’elle a grand besoin d’être soutenue contre les entreprises de telles gens.

L’opulence et l’orgueil des uns accablent la nécessité des autres, qui ne sont riches qu’en courage, qui les porte à employer librement leur vie pour l’État, dont les Officiers tirent la subsistance.

Comme il les faut soutenir contre ceux qui les oppriment, il faut avoir un soin particulier d’empêcher qu’ils ne traitent ceux qui sont au-dessous d’eux, comme ils sont traités des autres.

C’est un défaut assez ordinaire à ceux qui sont nés dans cet Ordre, d’user de violence contre le peuple, à qui Dieu semble avoir plutôt donné des bras pour gagner sa vie, que pour la défendre. Il est très important d’arrêter le cours de tels désordres par une sévérité continue (…)

Ceux qui étant préjudiciables au public, ne lui sont pas utiles, il est certain que la Noblesse qui ne lui sert point à la guerre, n’est pas seulement inutile, mais à charge à l’État, qui peut en ce cas être comparé au corps qui supporte le bras paralytique comme un faix qui le charge, au lieu de le soulager.

Comme les Gentilshommes méritent d’être bien traités lorsqu’ils sont bien, il faut leur être sévère s’ils manquent à ce à quoi leur naissance les oblige ; et je ne fais aucune difficulté de dire, que ceux qui dégénérant de la vertu de leurs aïeuls, manquent de servir la Couronne de leurs épées et de leur vies avec la constance et la fermeté que les Lois de l‘État requièrent, mériteront d’être privés des avantages de leur naissance, et réduits à porter une partie du faix du peuple.

L’honneur leur devant être plus cher que la vie, il vaudrait beaucoup mieux les châtier par la privation de l’un que de l’autre.

Ôter la vie à des personnes qui l’exposent tous les jours pour une pure imagination d’honneur est beaucoup moins que leur ôter l’honneur, et leur laisser la vie, qui leur est en cet état un supplice perpétuel.

S’il ne faut rien oublier pour maintenir la Noblesse en la vraie vertu de ses pères, on ne doit aussi rien omettre pour la conserver en la possession des biens qu’ils lui ont laissés, et procurer qu’elle en puisse acquérir de nouveaux.

 La vénalité et l’hérédité des offices

Au jugement de la plus grande partie du monde, le plus souverain (« remède » aux « dérèglements de la Justice ») consiste à supprimer la vénalité, à éteindre l’hérédité des Offices, et à les donner gratuitement à des personnes d’une capacité et d’une probité si connue, que leur mérite ne puisse être contesté par l’envie même (… )

Cependant bien qu’il soit presque toujours dangereux d’être singulier dans son avis, je ne puis que je ne dise hardiment, qu’en l’état présent des affaires, et en celui qu’on peut prévoir pour l’avenir, il vaut mieux selon ma pensée, continuer la vénalité et l’hérédité des Offices, qu’en changer tout à fait l’établissement (…)

Aussi, bien que la suppression de la vénalité et de l’hérédité des Offices soit conforme à la raison, et à toutes les Constitutions du Droit ; si est-ce néanmoins que les abus inévitables, qui se commettraient en la distribution des charges dépendantes de la simple volonté des Rois, dépendraient par conséquent de la faveur et de l’artifice de ceux qui se trouveraient plus puissants auprès d’eux, rendant la façon par laquelle on y pourvoit maintenant, plus tolérable que celle dont on s’est servi par le passé, à cause des grands inconvénients qui l’ont toujours accompagnée (…)

Il faut en ce cas succomber à la faiblesse, et se contenter plutôt d’une règle modérée, que d’en établir une plus austère, et qui serait peut-être convenable, sa rigueur étant capable de causer quelque ébranlement à ce qu’on veut affermir (…)

Au lieu que la suppression de la vénalité et de l’hérédité des Offices devrait ouvrir la porte à la vertu, elle l’ouvrirait aux brigues et aux factions, et remplirait les charges d’Officiers de basse extraction, souvent plus chargés de Latin que de biens, dont il arriverait beaucoup d’inconvénients (…)

Une basse naissance produit rarement les parties nécessaires au Magistrat ; et il est certain que la vertu d’une personne de bon lieu a quelque chose de plus noble que celle qui se trouve en un homme de petite extraction. Les esprits de telles gens sont d’ordinaire difficiles à manier, et beaucoup ont une austérité si épineuse, qu’elle n’est pas seulement fâcheuse, mais préjudiciable.

 Le peuple en son état

Tous les Politiques sont d’accord, que si les peuples étaient trop à leur aise, il serait impossible de les contenir dans les règles de leur devoir.

Leur fondement est, qu’ayant moins de connaissance que les autres ordres de l’État beaucoup plus cultivés ou plus instruits, s’ils n’étaient retenus par quelque nécessité, difficilement demeureraient-ils dans les règles qui leur sont prescrites par la raison et par les Lois.

La raison ne permet pas de les exempter de toutes charges, parce qu’en perdant en tel cas la marque de leur sujétion, ils perdraient aussi la mémoire de leur condition ; et que s’ils étaient libres de tribut, ils penseraient l’être de l’obéissance.

Il les faut comparer aux mulets, qui étant accoutumés à la charge, se gâtent par un long repos plus que par le travail : mais ainsi que ce travail doit être modéré, et qu’il faut que la charge de ces animaux soit proportionnée à leur force ; il en est de même des subsides à l’égard des peuples, s’ils n’étaient modérés, lors même qu’ils seraient utiles au public, ils ne laisseraient pas d’être injustes (…)

Il y a un certain point qui ne peut être outrepassé sans injustice ; le sens commun apprenant à un chacun qu’il doit y avoir proportion entre le fardeau, et les forces de ceux qui le supportent.

 Abrégé des devoirs du prince

En un mot, si les Princes ne font tout ce qu’ils peuvent pour régler les divers Ordres de leur État :
- S’ils sont négligents au choix d’un bon conseil, s’ils en méprisent les avis salutaires.
- S’ils n’ont un soin particulier de se rendre tels, que leur exemple soit une voix parlante.
- S’ils sont paresseux a établir le règne de Dieu, celui de la raison, et celui de la justice tout ensemble.
- S’ils manquent à protéger les innocents, à récompenser les signalés services qui sont rendus au Public, et à châtier les désobéissances et les crimes qui troublent l’ordre de la discipline, et la sûreté des États.
- S’ils ne s’appliquent pas autant qu’ils doivent à prévoir et à prévenir les maux qui peuvent arriver, et à détourner par de soigneuses négociations les orages, que des nuées amènent aisément souvent de plus loin qu’on ne pense.
- Si la faveur les empêche de bien choisir ceux qu’ils honorent des grandes charges, et des principaux emplois du royaume.
- S’ils ne tiennent puissamment la main à établir l’État en la puissance qu’il doit être.
- Si en toutes occasions ils ne préfèrent les intérêts publics aux particuliers ; quoiqu’ils soient bien vivants d’ailleurs,

ils se trouveront beaucoup plus coupables que ceux qui transgressent actuellement les Commandements et les Lois de Dieu ; étant certain, qu’omettre ce à quoi on est obligé, et commettre ce qu’on ne doit pas faire, est une même chose.

Je dois encore représenter à V.M. que si les Princes, et ceux qui sont employés sous eux, aux premières dignités du Royaume, ont de grands avantages sur les particuliers, ils possèdent un tel bénéfice à titre bien onéreux, puisque, non seulement ils sont sujets par omission aux fautes que j’ai marquées, mais qu’il y en a même encore plusieurs autres de commission, qui leur sont particulières.

S’ils se servent de leur puissance pour commettre quelque injustice ou quelque violence, qu’ils ne peuvent faire comme personnes privées, ils font par commission un péché de Prince et de Magistrat, dont leur seule autorité est la source, et duquel le Roi des Rois leur demandera au jour du Jugement un compte très particulier (…)

Beaucoup se sauveraient comme personnes privées, qui se damnent en effet comme personnes publiques.

 

(Mémoire  n°3,Institut des Sciences Historiques)

 

Notes

[1] Reprod. de l’éd. d’Amsterdam, 1689, Bibliothèque de philosophie politique et juridique, Centre de philosophie politique et juridique de Caen, 1985.

[2] Nous avons modernisé l’orthographe mais non la ponctuation.

[3] Il est vrai que le ton du Testament est plus modéré dans l’ensemble que celui des Maximes d’État.

[4] Deux bonnes lectures sur les idées de Richelieu : la grande thèse d’Étienne Thuau, Raison d’État et pensée politique à l’époque de Richelieu, Armand Colin, 1966 ; et l’article de Jean Orcibal, « Richelieu, homme d’Église, homme d’État », Revue d’histoire de l’Église de France. 1948.

 

Source: Vive Le Roy

vendredi, 04 juin 2010

La Légitimité (II)

La Révolution contre la légitimité

Le principe d’autonomie de la modernité : la souveraineté trouve sa source en elle-même

Malheureusement, la synthèse thomiste, si réaliste, du XIIIe siècle, n’a pas tenu en doctrine ; elle a été battue en brèche très tôt par les courants nominalistes, qui sont à l’origine de la réflexion moderne et des concepts nouveaux de souveraineté, de monarchie pure [2], de contrat social, de positivisme légaliste.

Il appartenait à la Révolution française de porter cette tendance à son paroxysme sous le nom de souveraineté populaire, définie d’après Rousseau comme expression de la volonté générale.

Alors que la souveraineté royale, même aux plus beaux jours de l’absolutisme bourbonien, restait le moyen du bien commun, et n’avait jamais prétendu trouver en elle-même sa propre justification, la neuve souveraineté populaire fit triompher le positivisme juridique, assimilant le droit aux lois, et les lois à la seule volonté souveraine du législateur. Le peuple devenait un souverain qui n’avait plus besoin d’avoir raison pour valider ses actes.

La puissance autonome est une puissance sans limite, totalitaire

Bien sûr, on trouve des libéraux aux origines de la Révolution française, et le libéralisme, né dans les cercles aristocratiques de l’Ancien Régime, a voulu borner les prérogatives de l’exécutif, rogner l’État ; mais l’idéologie du contrat social, proprement moderne et nominaliste, issue de Hobbes autant que de Rousseau, ne laissait plus subsister aucun contrepoids à la souveraine puissance du Léviathan-législateur.

Conférer au “peuple” la souveraineté de Léviathan ne se ramenait pas, quoiqu’on en ait pu dire, à un simple changement de titulaire de la toute-puissance : c’était une mutation décisive du concept de souveraineté, la porte ouverte au totalitarisme. Car le tyran de naguère pouvait bien s’arroger de fait la toute-puissance : il trouvait toujours en face de lui quelque Antigone — « cette petite légitimiste », disait Maurras ! — pour lui rappeler l’existence de principes supérieurs ; et le roi absolu, d’ailleurs timidement législateur, savait que le droit naturel reposait sur l’observation d’une nature extérieure, et qu’il lui fallait gouverner « à grand conseil ».

Au contraire, le souverain du nouveau régime issu de la Révolution émet cette prétention formidable d’être, non point canal ou interprète du droit, mais source de tout droit, de toute justice. Selon la percutante formule de Jean Madiran, la loi expression de la volonté générale mettait au pluriel le péché originel [3].

Peu importe qu’ensuite le totalitarisme ait varié, s’incarnant tantôt dans une assemblée collective, tantôt dans un chef charismatique plébiscité, ou que la nature des choses et la force des traditions lui aient opposé quelques obstacles : l’exorbitante et subversive prétention révolutionnaire, expression de la démocratie moderne [4], subsistait avec la virtualité totalitaire.

Il suffit de jeter un coup d’œil sur les régimes du monde contemporain, tous démocratiques comme il se doit (et sans excessif illogisme !), pour apprécier le point d’aboutissement de notre « grande Révolution », comme l’appelle le Comte de Paris.

Guy AUGÉ

(Source: Vive Le Roy: http://www.viveleroy.fr/La-legitimite-par-Guy-AUGE-1979,9... )

Notes

[2] Avec, ici, en outre, une filiation platonicienne contre laquelle réagissait la doctrine du « gouvernement mixte » d’Aristote.

[3] Jean MADIRAN. On ne se moque pas de Dieu, Paris. 1957, p. 61.

[4] Sur la distinction entre démocratie antique (ou classique) et démocratie moderne, voir notamment Jean MADIRAN. Les deux démocraties, Paris. Nouvelles éditions latines. 1977. et aussi Cl. POLIN. op., cit., 2e partie, titre II. pp. 231 et suiv.

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mercredi, 26 mai 2010

Le roi, chef des familles

Un père de famille doit consentir aux mariages

Le maréchal de Tavannes disait : « Commander à son royaume ou à sa maison, il n’y a de différence que les limites. »

Louis XIV commande à son royaume comme à sa maison. En celle-ci nul mariage ne peut se faire sans son agrément. Le duc et la duchesse d’Orléans ont cru qu’ils pourraient marier leurs enfants à leur désir ; une union est projetée. Le roi les fait venir, leur fait une sévère réprimande et le projet est rompu. De même pour le prince et la princesse de Conti, Louis XIV décide du mariage de leurs enfants comme de ceux du duc d’Orléans. Le prince et la princesse croient pouvoir résister :

Le roi, écrit Saint-Simon, prit toutes sortes de ménagements puis, voyant qu’il n’avançait pas, il parla en roi et en maître et déclara à Mme la princesse de Conti qu’il voulait le double mariage de ses enfants et qu’il l’avait décidé et qu’il les ferait tous deux malgré elle.

Ce qui ne manqua pas.

Dans la noblesse, nulle union ne peut être contractée sans l’agrément du roi. Fréquemment, le prince signe au contrat, élève à cette occasion l’époux en dignité, érige une de ses terres en marquisat ou en duché ; parfois même il fait les frais de la noce et dote la fiancée.

De même pour les familles de robe. Olivier d’Ormesson écrit qu’il a dû solliciter l’agrément royal pour unir sa fille au futur président de Harlay. Généralement Louis XIV se borne à donner des conseils. A la duchesse de La Ferté il dit : — Madame, votre fille est bien jeune. — Il est vrai, Sire, mais cela presse ; parce que je veux M. de Mirepoix et que, dans dix ans, quand Votre Majesté connaîtra son mérite, et qu’elle l’aura récompense, il ne voudra plus de nous. . Au duc d’Elbeuf, au contraire, qui veut se remarier à l’âge de soixante-quatre ans, le roi objecte qu’il est trop vieux : — Sire, je suis amoureux.

C’était prendre Louis XIV par son faible ; nul, plus que lui, n’aima l’amour et les amoureux. Le duc d’Elbeuf eut permission de suivre la voix de son cœur et, le lendemain, il épousait Mlle de Navailles. Sollicitude qui s’étend jusque dans les provinces. Incessamment, par des gentilshommes qu’il ne connaît pas, de qui il n’a peut-être jamais entendu le nom, le roi est prié de contribuer à l’établissement d’une fille : le contrôleur général des finances a des fonds destinés à cet objet.

On sait d’autre part la fécondité de ces familles de gentilshommes campagnards. Ici encore, en vertu du caractère de ses fonctions, le roi doit intervenir. Que d’exemples à citer ! Bornons-nous à celui de ce gentilhomme breton, nommé d’ailleurs très bourgeoisement M. Denis, et que les bureaux du Contrôle général désignent familièrement comme « le gentilhomme qui fait trois enfants à la fois et attend avec impatience les bontés du roi. »

Un père de famille veille à la bonne entente dans les ménages

Une fois nos gens en ménage, le roi, père de famille, qui s’est occupé de leur union, doit continuer de s’occuper de leurs affaires. La maréchale de la Meilleraye, secrètement remariée à Saint-Ruth, vient conter ses malheurs à Louis XIV : son mari lui donne des coups de bâton. Le roi mande Saint-Ruth et lui fait une réprimande. Saint-Ruth promet d’être plus doux ; mais bientôt, — c’était plus fort que lui — il se remet à battre sa femme. Celle-ci de se plaindre de nouveau au roi, qui mande à nouveau Saint-Ruth, qui fait de nouvelles promesses, auxquelles il manque de nouveau. Louis XIV résolut d’aviser. Saint-Ruth était bon soldat. Il fut envoyé avec un commandement à l’armée d’Irlande où l’affaire s’arrangea. Saint-Ruth eut la tête enlevée d’un boulet de canon, ce qui le mit dans l’impossibilité de continuer à bâtonner sa femme.

Le jeune duc de Richelieu fut envoyé à la Bastille parce qu’il n’aimait pas la duchesse, son épouse. Le sémillant gentilhomme fut gardé sous les verrous, plusieurs semaines durant, dans « une solitude ténébreuse ». Ce sont ses expressions ; quand la porte s’ouvrit et Mme de Richelieu entra gracieuse et charmante, parée de ses plus brillants atours. « Le bel ange, écrit le duc, qui vola de ciel en terre pour délivrer Pierre, n’était pas aussi radieux. » Un bon moyen pour ranimer l’amour conjugal quand, par un mauvais coup de vent il est venu à s’éteindre, et qui doit nous faire pardonner à la Bastille un ou deux de ses inconvénients.

Tâche essentielle du roi. Il ouvre la porte des demeures, prend part à l’honneur, à la tranquillité et au bonheur domestiques, veille à ce que les affaires du mari prospèrent, à ce que les enfants soient bien soignés et obéissants.

Au fait, les dossiers des intendances provinciales sont remplis de querelles burlesques : gendres et belles-mères, femmes jalouses, belles-sœurs acariâtres, voisins querelleurs. Ce sont des bonnets déchirés, des souliers furtivement introduits dans des soupières, de l’eau de vaisselle répandue du haut d’un premier sur un passant qui la reçoit tout à propos ; et puis aussi des bottes de mousquetaire trouvées très inopinément dans la chambre de Madame.

Tout cela est scrupuleusement noté, décrit, examiné, pesé et soupesé, puis transmis à l’intendant qui le transmet au ministre, qui le transmet au roi, qui prononce paternellement sa sentence. On voit de ces romans comiques qui, pendant deux ans, tiennent l’attention du ministre en éveil ; encore, après deux ans, l’affaire n’est-elle pas terminée et la dernière pièce du dossier est-elle une note du subdélégué informant le gouvernement royal « qu’il ne manquera pas de lui donner avis de ce qui se passera dans ce ménage.  »

Frantz FUNCK-BRENTANO

(Source: Vive le Roy: http://www.viveleroy.fr/Le-roi-sous-l-Ancien-regime-par,3...)

20:17 Publié dans Monarchie | Lien permanent | Commentaires (0)

mardi, 25 mai 2010

Le front populaire de la monarchie

Un roi accessible à tous ses sujets

Le plus brillant théoricien de l’ancienne monarchie du XIXe siècle, Bonald, s’exprime ainsi : « Quelle haute idée nos pères ne devaient-ils pas avoir de la royauté, puisqu’ils respectaient des rois qui marchaient pour ainsi dire au milieu d’eux, dépouillés de tout l’éclat qui les environne aujourd’hui.  »

Dès la fin du XIe siècle, Guibert de Nogent oppose la bonhomie paternelle des rois de France à la hauteur des souverains étrangers. « Dans les rois de France, dit-il, brille une modestie toute naturelle.  » Il cite à leur sujet la parole de l’Écriturequ’ils font revivre : « Prince, ne t’exhausse pas, mais sois parmi tes sujets comme un des leurs.  »

Le palais de nos rois, ouvert à tout venant, avait la simplicité des demeures bourgeoises. L’Anglais Walter Map y entre, comme les autres, il aborde le roi. C’était Louis VII. La conversation s’engage.

A votre prince, disait Louis VII en parlant de la Cour d’Angleterre, il ne manque rien : chevaux de prix, or et argent, étoffes de soie, pierres précieuses, il a tout en abondance ; à la Cour de France, nous n’avons que du pain, du vin et de la gaieté.

L’Anglais voit dans ces paroles un grand éloge des monarques de son pays et admire la courtoisie dont fait preuve le roi de France.

Au XIIIe siècle, le roi se promenait à pied dans les rues de Paris où chacun l’abordait sans plus de façon. L’histoire a conservé un dialogue qui se serait établi entre un jongleur et Philippe-Auguste. L’histrion demande un secours au roi, parce qu’il est, assure-t-il, de sa famille. — Comment es-tu mon parent ? dit le roi. — Je suis votre frère, seigneur, par Adam le premier homme ; seulement son héritage a été mal partagé et je n’en ai pas eu ma part. — Viens demain et je te donnerai ta part.

Le lendemain, dans son palais, Philippe-Auguste aperçoit le jongleur parmi la foule qui y était entrée. Il le fait avancer et, lui remettant un denier : — Voilà la portion que je te dois. Quand j’en aurai donné autant à chacun de nos frères descendus d’Adam, c’est à peine si, de tout mon royaume, il me restera un denier. L’anecdote manquerait-elle d’authenticité, la transmission par un contemporain n’en serait pas moins caractéristique.

Louis XIV écrit :

S’il est un caractère singulier dans cette monarchie, c’est l’accès libre et facile des sujets au prince.

On entrait dans le palais du roi comme dans un moulin. Les étrangers ne cessent pas d’en exprimer leur surprise. J’allai au Louvre, écrit Locatelli en 1665,

je m’y promenai en toute liberté, et, traversant les divers corps de garde, je parvins enfin à cette porte qui est ouverte dès qu’on y touche, et le plus souvent par le roi lui-même. Il vous suffit d’y gratter et l’on vous introduit aussitôt. Ce roi veut que tous ses sujets entrent librement.

Le roi et la reine ne disposent que de peu d’intimité

Le prestolet Bolonais assiste à la toilette de la reine qui se faisait en public : Pendant qu’on la coiffait, écrit Locatelli, elle portait un léger corset de toile blanche, bien garni de baleines, serré à la taille, et une jupe si étroite qu’elle semblait enveloppée d’un sac de soie. La reine coiffée, les pages apportaient ses vêtements de dessus, d’une jolie étoffe, extrêmement riche, à fleurs alternativement bleues et or sur fond d’argent, et les ornements qui lui furent ajustés à la taille par des cavaliers. Ils la lacèrent même et achevèrent de l’habiller, mais les femmes placèrent les bijoux de la tête et du corsage. La toilette terminée, elle se tourna vers les étrangers, fit une belle révérence et vola pour ainsi dire à l’appartement de la reine-mère (Anne d’Autriche).  » Il y avait tant de monde dans la pièce que Locatelli ne put bien voir la reine qu’à ce moment « et seulement dans le grand miroir placé devant elle où se reflétait toute la chambre ».

Il en sera encore ainsi sous Louis XVI. En 1770 la dauphine Marie-Antoinette prend séjour au château de la Muette. Sa toilette se fait en public. Afin qu’un plus grand nombre de personnes puissent y assister, on dispose des banquettes sur des gradins en amphithéâtre. La Dauphine en écrit à sa mère :

Je mets mon rouge et me lave les mains devant tout le monde ; ensuite les hommes sortent, les dames restent et je m’habille devant elles.

La maison du roi est celle de tous

La maison du roi devenait une place publique. Le premier venu s’y comportait librement. Un chacun y était chez lui. On imagine la difficulté d’y maintenir l’ordre et la propreté. C’était, du matin au soir, une cohue turbulente et bruyante de gens de toutes sortes de conditions. Les dessous et les encoignures des escaliers, les couloirs, les balcons, les tambours des portes servaient à satisfaire toutes sortes de besoins. Par endroits, les châteaux du Louvre, de Vincennes ou de Fontainebleau devenaient des sentines. Pour entrer chez la reine, les dames relevaient leurs jupes. Jusqu’au troisième quart du XVIIe siècle, le Louvre est signalé pour ses ordures et ses puanteurs.

Nicolas de la Mare, intendant de la maison du comte de Vermandois, écrit à ce sujet :

En plusieurs endroits de la cour, dans les allées (couloirs) d’en haut, derrière les portes et presque partout, on y voit mille ordures, on y sent mille puanteurs insupportables, causées par les nécessités naturelles que chacun y va faire tous les jours, tant ceux qui sont logés dans le Louvre, que ceux qui y fréquentent ordinairement et qui le traversent. On y voit en plusieurs endroits des balcons et des avances chargés de ces mêmes ordures et des immondices, balayures et bassins des chambres que les valets et servantes y vont jeter tous les jours.

Certaines parties du château de Versailles, et jusqu’à la fin de l’Ancien Régime, dégageront pareillement toutes sortes de parfums. Viollet-le-Duc raconte qu’ayant visité, sous la Restauration, le palais de Versailles, en compagnie d’une vieille dame qui avait fréquenté l’ancienne Cour, on passa par un corridor où il sentait fort mauvais. Et la marquise de se boucher le nez avec cette réflexion : — Voilà qui me rappelle un bien beau temps.

Louis XIV avait essayé de réagir. Bussy-Rabutin l’admire d’être parvenu à mettre un peu d’ordre dans sa demeure et à lui donner «  la propreté du particulier.  »

On comprend que ces traditions anciennes, et que l’on ne pouvait pas modifier, aient inspiré au roi le désir de transférer à Versailles la demeure de la monarchie. A Paris, avec l’accroissement de la ville et la multiplication des rapports entre le roi et ses sujets, on en était venu à ne plus pouvoir respirer. Il en fut d’ailleurs au palais de Versailles comme à Paris. La demeure royale reste ouverte à tout venant.

Nous passâmes, écrit Arthur Young qui en est tout surpris, à travers une foule de peuple et il y en avait plusieurs qui n’étaient pas trop bien habillés.

Young vient une seconde fois à Versailles : le roi venait de quitter ses appartements où chacun entrait librement ; il y note « ces petites marques de désordre » laissées par la vie quotidienne dans les pièces qui n’ont pas encore été rangées.

Les repas en public

Le public était plus particulièrement admis au « grand couvert » qui avait lieu régulièrement tous les dimanches et — ce qui est à noter — les jours de fête dans la famille royale. Celle-ci se trouvait alors réunie tout entière, y compris les princes du sang. Louis XIV s’astreignit à dîner en public jusqu’aux derniers jours de sa vie, jusqu’au 24 août 1715 — il devait mourir le Ier septembre. Son état de fatigue ne lui avait pas permis de quitter sa robe de chambre. «  J’observai, note Saint-Simon, qu’il ne put avaler que du liquide et qu’il avait peine à être regardé. »

Sous Louis XV, les Parisiens, les provinciaux viendront assister au repas du roi pour admirer sa prestance, son élégance, mais plus encore son adresse à faire sauter le haut de la coque d’un œuf, prestement, du revers de sa fourchette. «  Attention ! le roi va manger son œuf !  » A ce moment, les dames assises auprès du souverain s’écartaient de lui pour que la foule le pût mieux voir. Louis XV savait le plaisir que ses sujets trouvaient à ce détail : aussi s’astreignait-il à manger régulièrement des œufs à son grand couvert. Louis XV est sans doute l’homme du monde qui a mangé le plus grand nombre d’œufs à la coque.

Les badauds, note Mme Campan, qui venaient le dimanche à Versailles, retournaient chez eux, moins enchantés de la belle figure du roi, que de l’adresse avec laquelle il ouvrait ses œufs.

Au dessert, le roi offrait à toutes les dames présentes des fruits et des glaces. En 1772, une jeune Genevoise, Rosalie de Constant, vient assister au grand couvert. « On offrit, écrit-elle, les glaces du dessert aux dames qui étaient là pour voir. Je les trouvai bien bonnes. »

Des voyages organisés pour Versailles

Pour transporter à Versailles les Parisiens qui désiraient aller voir le monarque, on avait organisé des manières d’omnibus, appelés, les uns, des « carabas » et les autres « des pots de chambre ». En voici la description :

Vingt voyageurs, moyennant dix sols chacun, s’entassaient dans l’énorme cage aux essieux grinçants, aux ferrailles rebondissant sur le pavé, au milieu d’un nuage de blanche poussière. Les autres s’asseyaient aux côtés de l’automédon, se perchaient sur la bâche, ou se pressaient dans les paniers suspendus aux côtés. Huit forts chevaux tiraient le coche, et quand, à la montée de Sèvres, sablonneuse et malaisée, l’attelage suait, soufflait, était rendu, toute la compagnie descendait pour le soulager un peu, et gravissait la côte en devisant.

Ceux qui prenaient place sur le devant de la voiture étaient appelés « les singes » et ceux dont le siège se trouvait à l’arrière étaient appelés «  les lapins ». L’expression voyager en singe et en lapin existe de nos jours encore en Bretagne. On y entend dire : « Je me suis placé « en singe »  », ce qui veut dire en avant, ou « en lapin », ce qui signifie à l’arrière de la voiture.

Le singe et le lapin, écrit Mercier, descendent à la grille dorée du château, ôtent la poudre de leurs souliers, mettent l’épée au côté, entrent dans la galerie et les voilà qui contemplent à leur aise la famille royale et qui jugent de la physionomie et de la bonne grâce des princesses. Ils font ensuite les courtisans tant qu’ils veulent. Ils se placent entre deux ducs, ils coudoient un prince trop empressé, qui retient son geste quand il l’a outrepassé, et rien n’empêche le lapin et le singe de figurer dans les appartements et au grand couvert de la Cour.

Le roi fait partie de la famille

Aussi, comme le note encore Mercier,

dans toute la France on s’entretient de la Cour de Versailles, et il est rare que, dans la ville la plus écartée, il n’y ait quelqu’un qui ne puisse dire de visu, pour y être venu en caraba ou en pot de chambre, comment le roi est fait, combien la reine aime les « pommes d’orange », si la Dauphine est jolie et si les princesses marchent d’un bon air.
Chacun, dit Rétif de la Bretonne,— ceux mêmes qui ne l’avaient jamais vu — considérait le roi comme une connaissance personnelle.

Les événements qui concernent le roi et la reine sont pour la France entière des événements de famille. La maison du roi est au propre la « maison de France ».

Au voyage d’Alsace à Paris, que fit Marie Leszczynska, fiancée à Louis XV, les populations accourent pour la saluer. Des paroisses entières arrivent, bannières en tête, chantant des cantiques, s’agenouillant devant leur nouvelle reine. Les routes sont semées d’herbes et de fleurs.

Le même esprit se retrouve dans le discours que les dames de la Halle viennent faire à leur jeune reine Marie Leszczynska le 14 novembre 1725, dès son arrivée à Fontainebleau. La femme Gellé porte la parole au nom de ses camarades :

Madame, j’apportons nos plus belles truffes à Votre Majesté. Je souhaiterions en avoir davantage. Mangez-en beaucoup et faites-en manger au roi, car cela est fort bon pour la génération. Nous vous la souhaitons bonne et heureuse et j’espérons que vous nous rendrez tous contents.

Invitation générale aux noces du Dauphin

Au bal donné pour le mariage de Marie-Josèphe de Saxe avec le Dauphin, fils de Louis XV, tout le monde est invité, je veux dire tous les Français : c’est une fête de famille. Quelques-uns de ces cousins du roi sont même assez mal élevés : ils sont montés sur les banquettes de soie pour mieux voir les danseuses et répondent par un mot aussi énergique que laconique aux huissiers qui veulent les faire descendre.

Au mariage de Marie-Antoinette avec le Dauphin qui, sur le trône, se nommera Louis XVI, l’esprit qui préside est le même. Tout le monde, indistinctement, entre dans la grande Galerie des Glaces où la famille royale est assemblée. Des tables de jeu ont été disposées. Les dames qui ne jouent pas ont pris place sur des gradins disposés tout au long de la galerie, contre le mur. En face, du côté des fenêtres qui donnent sur le « tapis vert », a été disposée une balustrade qui règne d’une extrémité à l’autre de la galerie. Par là passe le peuple. Tout le monde est admis sans autre formalité, pourvu qu’on ne soit pas malpropre, ni loqueteux et qu’on suive l’itinéraire fixé. Mme la Dauphine, future reine de France, est assise à côté du roi son beau-père, et, avec eux, la famille royale a pris place autour d’une grande table où le roi, la reine, les princes et princesses causent familièrement et jouent bourgeoisement aux cartes, tandis que le peuple défile en dévisageant la jeune mariée, la future reine, et tous les membres de la maison de France.

En parlant de la mise au lit de la future reine de France, le soir des noces, le maréchal de Saxe écrit de son côté :

Certes, il y a des moments où il faut toute l’assurance d’une personne formée pour soutenir avec dignité ce rôle. Il y en a un, entre autres, qui est celui du lit, où l’on ouvre les rideaux lorsque l’époux et l’épouse ont été mis au lit nuptial, qui est terrible, car toute la Cour est dans la chambre.

La Reine accouche en public

La reine, la Dauphine vont donner un héritier à la couronne. L’accouchement doit se faire en public, devant tout le monde, sous les yeux du peuple à qui l’enfant appartient. « C’est la grandeur de vous et de votre enfant », disait Henri IV à Marie de Médicis. La sage-femme a reconnu les douleurs. Aussitôt Henri IV prévient la reine des usages de la Cour. Marie lui répond qu’elle a toujours été résolue de faire tout ce qu’il jugerait bon :

— Je sais bien, ma mie, que vous voulez tout ce que je veux ; mais je connais votre naturel, qui est timide et honteux, et je crains que, si vous ne prenez une grande résolution, les voyant, cela vous empêche d’accoucher.

Le roi, écrit la sage-femme, alla ouvrir la porte de la chambre et fit entrer toutes les personnes qu’il trouva dans l’antichambre et grand cabinet. Je crois qu’il y avait deux cents personnes. De sorte qu’on ne pouvait se remuer pour porter la reine dans son lit. J’étais infiniment fâchée de la voir ainsi.

Mme Boursier proteste contre la présence de tant de gens :

Le roi m’entendit, qui vint me frapper sur l’épaule et me dit :

— Tais-toi, tais-toi, sage-femme ; ne te fâche point ; cet enfant est à tout le monde, il faut que chacun s’en réjouisse.

L’enfant paraît : c’est un Dauphin.

Par tout le bourg (Fontainebleau), écrit Mme Boursier, toute la nuit, ce ne furent que feux de joie, tambours et trompettes ; tonneaux de vin défoncés pour boire à la santé du roi, de la reine et de M. le Dauphin ; ce ne furent que personnes qui prirent la poste pour aller en divers pays en porter la nouvelle et par toutes les provinces et bonnes villes de France.

Voici l’accouchement de la dernière reine avant la Révolution. Le garde des Sceaux, les ministres et secrétaires d’État attendaient dans le grand cabinet avec la « maison du roi », la « maison de la reine » et les grandes entrées. Le reste de la Cour emplissait le salon de jeu et la galerie. Tout à coup une voix domine : « La reine va accoucher !  »

La Cour se précipite pêle-mêle avec la foule. L’usage veut que tous entrent en ce moment, que nul ne soit refusé. Le spectacle est public. On envahit la salle en une telle bousculade que les paravents autour du lit de la reine en sont renversés. La chambre se transforme en une place publique. Des Savoyards montent sur un meuble pour mieux voir. Une masse compacte emplit la pièce :

— De l’air ! crie l’accoucheur.

Le roi se précipite sur les fenêtres et les ouvre avec la violence d’un furieux. Les huissiers, les valets de chambre sont obligés de repousser les badauds qui se bousculent. L’eau chaude, que les praticiens ont demandée, n’arrivant pas, le premier chirurgien pique à sec le pied de la reine. Le sang jaillit. Les deux Savoyards, montés sur une commode, se sont pris de querelle et se disent des injures. Les voisins interviennent. C’est un vacarme. Enfin Marie-Antoinette ouvre les yeux : elle est sauvée.

Le roi meurt en public

Comme le roi est venu au monde, ainsi doit-il mourir, entouré des siens, c’est-à-dire de tout le monde. Louis XIII est à Saint-Germain, dans le château neuf, aujourd’hui presque entièrement détruit. Anne d’Autriche était demeurée au vieux château, celui qui se dresse, de nos jours encore, sur la jolie terrasse dominant la Seine. Dans les moments où le roi allait bien, il pouvait jouir de quelque repos, demeurer un peu tranquille, dans une retraite relative ; mais du moment où son état empirait, l’étiquette reprenait ses droits. Cette étiquette, nous la connaissons. Le flot des courtisans qui demeurent avec la reine dans le vieux château, augmenté d’un flot de Parisiens accourus de la capitale, envahissent la chambre où le roi agonise et se pressent en une masse remuante et compacte.

La nostalgie de la simplicité des vieux usages

Avec son profond sentiment social, Napoléon comprit bien la raison de ces coutumes héréditairement enracinées dans la maison de France. Il avait songé à rétablir le « grand couvert », c’est-à-dire le repas en public, de la famille régnante, puis il y avait renoncé : il y eût été gêné. Ni Louis XIII, ni Louis XIV, ni Louis XV, ni Louis XVI ne l’étaient. Et il ajoute ces paroles qui marquent bien le caractère de ces vieux usages :

Peut-être aurait-on dû borner cette cérémonie au Prince impérial et seulement au temps de sa jeunesse, car c’était l’enfant de la nation ; il devait dès lors appartenir à tous les sentiments, à tous les yeux.

 

Frantz FUNCK-BRENTANO

(Source: Vive le Roy: http://www.viveleroy.fr/Le-roi-sous-l-Ancien-regime-par,3...)

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lundi, 24 mai 2010

Le roi est une personne ecclésiastique

Du caractère sacerdotal de la royauté

Tel a donc été essentiellement le roi de France : un justicier et qui, non seulement rend la justice, mais est la source de toute justice dans son royaume comme un père dans sa famille.

Et les fonctions judiciaires avaient entre ses mains d’autant plus d’autorité, qu’elles y paraissaient surnaturelles et presque divines.

  • « La monarchie de Hugues Capet, écrit Achille Luchaire, est la royauté de caractère sacerdotal : le roi est un ministre de Dieu.  »
  • « La fonction royale, dit-il encore, est une mission divine. »
  • Suger représente Louis VI comme « le vicaire de Dieu dont il porte la vivante image en lui-même ».

Au XVe siècle encore, on regardait le roi comme la première personne ecclésiastique. Le peuple se précipitait sur le passage du roi pour toucher le bas de sa robe comme une relique.

Le roi thaumaturge

Louis XIV et Louis XV opérèrent des guérisons de scrofules et d’écrouelles dont nous avons de nombreux procès-verbaux.

Le Bolonais Locatelli, d’une part, et de l’autre un Allemand, le docteur Nemeitz, donnent la description de la cérémonie à Paris, à laquelle ils ont assisté. Elle se déroule dans les longues salles voûtées, au rez-de-chaussée du Louvre, où se trouve aujourd’hui le musée des Antiques. Les malades, atteints de scrofules ou d’écrouelles, sont rangés sur deux files. Louis XIV pose la main sur la tête de chacun et dit : « — Dieu le guérisse. » Puis il l’embrasse. Il y avait là des centaines de malheureux, on en compta jusqu’à huit cents un même jour, atteints de ces maladies de peau. On les avait assurément lavés au préalable ; pour arriver au bout, il n’en fallait pas moins au roi un bon estomac.

Après la cérémonie dans la cathédrale de Reims où il venait d’être sacré roi de France (octobre 1723), Louis XV, âgé de treize ans, conformément à l’usage traditionnel se rendit à l’église abbatiale de Saint-Rémi pour y entendre la messe.

Au long du parcours, où l’on avait tendu les tapisseries de la Couronne, les gardes suisses et françaises faisaient la haie. Les grenadiers à cheval, les mousquetaires blancs et les mousquetaires noirs, ainsi nommés de la robe de leurs montures, ouvraient la marche, suivis des chevau-légers ; puis la prévôté de l’hôtel marchant à pied. Les seigneurs de la Cour, couverts de soie et de dentelles, sur leurs chevaux richement harnachés précédaient les trois destriers du roi qui allaient sans cavalier, conduits par la bride, sous des caparaçons de velours bleu, brodés d’or et d’argent, puis douze pages à cheval, et les trompettes de la Chambre, les cent Suisses avec leurs fraises de toile à plusieurs rangs, hallebarde sur l’épaule. Immédiatement devant le roi, chevauchait le prince Charles de Lorraine, premier écuyer ; enfin, le jeune roi Louis XV, en habit de velours rubis, brodé d’or : il était charmant, avec sa jolie figure encadrée de boucles claires et ses grands yeux bleus. Les rênes de son cheval étaient tenues par deux écuyers ; six gardes écossais marchaient sur les côtés. Le cortège se fermait par les gendarmes de la Garde.

On avait hésité à imposer au jeune prince la cérémonie des écrouelles à cause de la fatigue extrême qu’elle lui devait occasionner ; après quoi l’on avait reconnu qu’il était impossible de la supprimer, la tradition l’imposait. Aussi bien les malades s’étaient fait transporter à Reims de tous les points de la France.

Le 29 octobre, après avoir entendu la messe en l’abbaye de Saint-Rémi, le jeune roi passa dans le grand parc qui l’avoisinait. Sur les deux côtés des longues avenues, au pied des ormes séculaires dont les feuilles jaunies couvraient déjà le sol d’un tapis troué, les malades, scrofuleux et paralytiques, étaient rangés en files, au nombre de deux mille environ.

Louis XV parut, sous un manteau de drap d’or où se détachait le cordon bleu clair de l’ordre du Saint-Esprit, et l’insigne, une colombe aux ailes éployées, étincelant de diamants. Les deux huissiers de la Chambre, en pourpoint de satin blanc, en mantelet de velours blanc noué de rubans d’argent, en toque de satin blanc empanachée de plumes blanches, leurs masses d’or sur l’épaule, marchaient devant lui. Les huiles du sacre venaient de le sanctifier.

Il s’arrêta devant chacun des malades et lui touchant doucement la joue du revers de la main, il dit : « Le roi te touche, Dieu te guérisse.  »

Le grand aumônier, qui suivait, mettait à chacun une piécette d’argent dans la main, cependant que les tambours des Suisses roulaient comme le tonnerre.

Peu après, les intendants des diverses provinces faisaient parvenir à la Cour des certificats attestant un certain nombre de guérisons.

Frantz FUNCK-BRENTANO

(Source: Vive le Roy: http://www.viveleroy.fr/Le-roi-sous-l-Ancien-regime-par,3...)

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vendredi, 21 mai 2010

Le roi justicier

Le roi est le juge suprême, l’apaiseur

Le vieux Bodin écrit en ses fameux Livres de la République : « Le roi traite ses sujets et leur distribue la justice, comme le père fait à ses enfants. »

Les premiers rois, Hugues Capet, Robert le Pieux, déclarent en termes précis que le roi n’a de raison d’être que s’il rend la justice. Le roi était dans le royaume la source de la justice, toute justice émanant de lui. Il ne pouvait en être autrement.

Parmi les mille et mille groupes locaux, familles, seigneuries, villes, qui se partageaient le royaume, et dont chacun avait une vie et une existence indépendantes, le roi était le seul lien, l’unique autorité supérieure ; la seule autorité capable d’intervenir dans les différends qui surgissaient entre eux.

Par le fait même que le roi est le juge suprême, il est le pacificateur, l’apaiseur, dit saint Louis.

De la justice à cheval aux cours de justice (les Parlements)

A vrai dire, dans les premiers temps, ce rôle de justicier ne fut pas celui d’une magistrature assise, on dirait plutôt d’une magistrature à cheval. La robe fourrée de vair est remplacée par la broigne de cuir ou par le baubergeon à mailles de fer. On voit le magistrat suprême sur les routes, heaume lacé en tête, avec cuissart, gorgerette et haubert.

Par un effort constant, les rois parviennent, au XIIIe siècle, à introduire dans le royaume un ordre relatif. Saint Louis peut alors faire le justicier, non plus sur les grands chemins, l’épée au poing, mais dans sa chambre assis au pied de son lit, ou bien à l’ombre des chênes de Vincennes, entouré de ses conseillers.

Une miniature du XVe siècle, conservée à la Bibliothèque de l’Arsenal, représente Charles V assis dans le péristyle de son palais, en face de la porte grande ouverte, tel que les chroniqueurs du XIIIe siècle représentent saint Louis. Il est entouré de trois ou quatre conseillers. Devant lui deux plaideurs discutent avec si grande véhémence que l’un d’eux en perd son chapeau. Cependant que s’éloignent par la porte, et sur la route qu’on voit se dérouler au loin, une théorie de plaideurs satisfaits, deux par deux, les adversaires réconciliés, bras dessus, bras dessous, et devisant amicalement de la manière dont le roi vient d’accommoder leur affaire.

Ces traditions, comme les précédentes, se maintinrent beaucoup plus longtemps et avec plus de force qu’on ne serait tenté de le croire au premier abord. Les transformations qui s’opérèrent avec le temps, la multiplication et la facilité plus grande des moyens de transport, le prodigieux développement d’une ville comme Paris, voisine de la résidence royale, firent qu’un souverain comme Louis XIV n’aurait plus, comme saint Louis, pu donner audience à ceux de ses sujets qui seraient venus débattre devant lui leurs différends.

Cependant Louis XIV encore recevait chaque semaine ceux qui se présentaient et les plus pauvres, les plus mal vêtus. Dans ce moment les princes du sang, de séjour à la Cour, se groupaient auprès du roi ; les bonnes gens passaient devant le prince, à la queue le leu, à la queue du loup, et lui remettaient en propres mains un placet où leur affaire était exposée. Ces placets étaient déposés par le roi sur une table, qui se trouvait près de lui, et ensuite examinés par lui en séance du conseil, comme en témoigne la mention « lu au roi » qui se trouve sur nombre d’entre eux. Nous avons ici l’origine et, comme on le verra par la suite, la raison d’être des lettres de cachet, dont la forme nous surprend, nous indigne même aujourd’hui. Elles étaient en harmonie avec les mœurs, avec les plus fortes traditions de l’ancien temps.

D’autre part, le nombre croissant et la complication de plus en plus grande des affaires obligèrent le roi de s’en remettre à ses conseillers. Ainsi furent créés les Parlements, qui exercèrent la justice par délégation immédiate du pouvoir royal et en représentants du roi.

Frantz FUNCK-BRENTANO

(Source: Vive Le Roy: http://www.viveleroy.fr/Le-roi-sous-l-Ancien-regime-par,3...)

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mercredi, 19 mai 2010

La politique de Jeanne d'Arc (VI)

IX - CINQ CENTS ANS APRES JEANNE D'ARC

Bref, la politique d’abord, le roi net, un roi qui règne et qui gouverne, un roi véritablement maître de son commandement :

Les organisations religieuses ne suffisent pas à tout quand elle demande à Charles VII de lui abandonner ses droits et quand elle les lui rend au nom de Dieu, sainte Jeanne d'Arc elle-même constitue et reconnaît un Roi de la terre de France, quel que soi le bienfait qui descende du ciel à sa voix.

Il s'en suit que, dans tous les développements de sa mission temporelle, Jeanne d'Arc a pratiqué et enseigné une politique d'Action Française. Les conférences dont j'ai tiré les analyses qui précèdent s'achèvent sur la constatation de faits qui étaient alors flagrants

Les principes estimés les plus salutaires, ceux que les royalistes contemporains recommandent comme sûrement adaptés à la monarchie restaurée du XXe siècle, ont été connus, adoptés, pratiqués par la restauratrice du XVe siècle.

Est-ce la simple harmonie préétablie des intelligences ? Ou leur filiation morale ? Les hommes qui, entre 1904 et 1908, prirent l'initiative du grand retour au culte de l'héroïne en imposèrent la célébration dans les rues pavoisées et fleuries de toutes nos villes, ceux qui livrèrent de longues batailles et firent de longs jours de prison pour cet amour de la Sainte de la Patrie furent les hommes de l'Action française, conduits par Maurice Pujo et ses lieutenants : Plateau, Maxime Real del Sarte; Lucien Lacour. Le républicain Barrés sut charmer et dompter les parlementaires pour les dresser au culte de Jeanne : ces royalistes entraînèrent un peuple au pied de son autel

Mais cette conclusion partielle doit induire à la vue générale que voici

"Les mystiques hauteurs du noble sujet qui n'a été abordé ici qu'en tremblant nous feront-elles accuser d'une sorte d'irrévérence pour en avoir détaché, isolé, rafraîchi le détail par de fréquents recours à des images trop modernes ? On peut se consoler en disant que l’analyse ne sera pas inutile si elle contribue dans quelque mesure à montrer que, à cinq cents ans de distance, sentiments, méthodes, doctrines peuvent être les mêmes pour servir utilement le même pays.

" De fortes valeurs morales, durables et supérieures aux vivants éphémères, font les seules nations dignes de ce nom. Les grands peuples vivent par l’immortel Ainsi durent-ils par leurs dynasties. Inversement, ils ont aussi les dynasties qu'ils ont méritées.

" Le solide honneur de la France est de se prévaloir de la plus belle des races de rois.

" Face à l'éternité, dans une agonie imprégnée du sentiment religieux le plus pénétrant, comme il faisait son examen de conscience tout haut devant la cour, Louis XIV laissa tomber du lit de mort ces paroles :

" - Je m'en vais, mais l'État demeure. Continuez à le servir, Messieurs. "

" Ainsi peut s'exprimer l'espérance terrestre.

" Elle n'est pas simple. Il ne me semble pas qu'il puisse être interdit d'honorer en sainte Jeanne d'Arc la fidélité à ce qu'il y a de moins caduc dans cet ordre demi-divin de notre Patrie naturelle : le Roi,  l'État.

Charles Maurras

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vendredi, 14 mai 2010

La politique de Jeanne d'Arc (IV)

VII - AIDE-TOI, LE CIEL T'AIDERA

Un dernier conflit, fort possible et même éventuel, devait être écarté de l'âme de Jeanne d'Arc. Fut-ce par sa foi ? Par sa raison ? Toutes les deux ont dû jouer d’accord.

Jusque dans les conseils royaux, à leur entour, pour peu que les sujets fidèles fussent éloignés ou endormis, manquait-il de voix religieuses, ou même sacristines, pour murmurer à Jeanne un Voyons, Jeanne ! un peu scandalisé?

Elle qui parlait sans cesse du Roi du Ciel, qu'avait-elle à faire de ce roitelet de la terre ? Évidemment, le royaume était malheureux. Mais de quoi? Des péchés de ses rois, sans compter ceux des régnicoles.

La reine-mère, abominable et traîtresse, avait perdu, avec le pays, tous ses droits.

Son fils menait une vie dissolue qui faisait vergogne à la chrétienté.

Et la légende ajouta même : " Cette dame de beauté ? Cette Agnès Sorel !... " Ce qui revient à anticiper au moins de dix ans.

Mais, reprenaient les malignes voix, ce dauphin n'était-il pas triste,, mou, fainéant ? Efféminé? Indolent? Sans valeur morale ? Quelle force avait-il? Et quelles ressources, dans la cour besogneuse où il déjeunait de deux petits poulet sans chair et, de la queue d'un maigre mouton I Non, non, des voix venues du ciel n'avaient pas pu rallier Jeanne d'Arc 'à cette cause perdue d'avance!

Au demeurant, si, pour régner' en France, le Seigneur et, Maître divin ne voulait ni de l'Anglais puissant ni de l'opulent Bourguignon, Si la Providence tenait à relever la couronne, de lys, il fallait commencer par une expiation des Princes et du Peuple, de tous les Princes et de tout le Peuple. Des processions, des pèlerinages, des grand'messes et, des messes basses chantées d'un bout à l'autre du royaume, comme vous nous le demandez, Jeanne, à la bonne heure! Nous ne nous séparons de vous que sur un point: non seulement cela est nécessaire, mais, en outre c'est suffisant. Rien d'autre n'importe. Absolument rien.

Qu'au surplus le Roi commence par devenir un digne fils de Louis IX, le saint Roi; que' ses soldats, un par un, que ses sujets, jusqu'au dernier, deviennent des héros et des saints; que, par leur œuvre de mortification et de charité, ils en arrivent à s’entrouvrir le cœur à toutes les grâces, et vous n'aurez plus le moindre combat à livrer, ô Pucelle sainte ! Qui sait même, ô très bonne Jeanne, si votre ,oriflamme ne suffira point à la Direction, à l'Administration, au Gouvernement?

Notre peuple d'anges et d'archanges sera tellement droit et pur' qu'il ne sera métier de gendarmes, ni de prévôts, 'ni de' sénéchaux, ni de juges. Dites un mot: un tel paradis sera sur la terre, que tigres d'Angleterre et lions de Bourgogne deviendront, les uns et les autres, agneaux. Voilà, Jeanne, votre mission, la seule juste I Dieu n'a pas besoin des tueries. Dieu n'a pas besoin de soldats! non plus que de princes! non plus que de rois I Arrière les baïonnettes! Et vive le Pape romain!

Doutez-vous que Jeanne ait pu entendre ce discours, ou le discours pareil, de quelque disciple un peu précoce de M. Sangnier? Je ne commets aucun anachronisme. Tels faux mystiques de son temps, qui avaient des rapports avec les hypocrites du même siècle, osèrent bien accuser la libératrice et pacificatrice d'avoir pris goût aux combats auxquels l'avait réduite l'envahisseur-agresseur : dans le texte de la. rétractation prétendue, l'évêque faussaire Cauchon avait introduit une phrase où Jeanne était censée s'accuser d’avoir désiré cruellement l’effusion du sang humain. Telle fut la pensée de bons amis de l'ennemi. Telle elle est sans grands changements. Car, fort ancienne, elle ne manque pas non plus de modernité.

Peut-être que Jeanne voyait cela d'avance. Qui sait!

Cependant elle répondait qu'une bataille sainte était nécessaire. Pour que Dieu donne la victoire, les gendarmes ont à batailler. C'est presque son mot textuel

Les œuvres pies sont nécessaires, mais - elles doivent être aidées par l’action des hommes.

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mercredi, 11 novembre 2009

Suite des caractères de la Royauté

ARTICLE PREMIER : L’autorité royale est absolue.

Pour rendre ce terme odieux et insupportable, plusieurs affectent de confondre le gouvernement absolu et le gouvernement arbitraire. Mais il n’y a rien de plus distingué, ainsi que nous le ferons voir lorsque nous parlerons de la justice.

PREMIERE PROPOSITION. Le prince ne doit rendre compte à personne de ce qu’il ordonne.

« Observez les commandements qui sortent de la bouche du roi, et gardez le serment que vous lui avez prêté. Ne songez pas à échapper de devant sa face, et ne demeurez pas dans de mauvaises œuvres, parce qu’il fera tout ce qu’il voudra. La parole du roi est puissante ; et personne ne lui peut dire : Pourquoi faites-vous ainsi ? Qui obéit n’aura point de mal80. »

Sans cette autorité absolue, il ne peut ni faire le bien ni réprimer le mal : il faut que sa puissance soit telle, que personne ne puisse espérer de lui échapper : et enfin la seule défense des particuliers, contre la puissance publique, doit être leur innocence.

Cette doctrine est conforme à ce que dit saint Paul : « Voulez-vous ne craindre point la puissance ? Faites le bien81. »

DEUXIEME PROPOSITION. Quand le prince a jugé, il n’y a point d’autre jugement.

Les jugements souverains sont attribués à Dieu même. Quand Josaphat établit des juges pour juger le peuple : « Ce n’est pas, disait-il, au nom des hommes que vous jugez, mais au nom de Dieu82. »

C’est ce qui fait dire à l’Ecclésiastique : « Ne jugez point contre le juge83. » A plus forte raison contre le souverain juge, qui est le roi. Et la raison qu’il en apporte, « c’est qu’il juge selon la justice. »

Ce n’est pas qu’il y juge toujours, mais c’est qu’il est réputé y juger, et que personne n’a droit de juger, ni de revoir après lui.

Il faut donc obéir aux princes comme à la justice même, sans quoi il n’y a point d’ordre ni de fin dans les affaires.

Ils sont des dieux, et participent en quelque façon à l’indépendance divine. « J’ai dit : Vous êtes des dieux, et vous êtes tous enfants du Très-Haut84. »

Il n’y a que Dieu qui puisse juger de leurs jugements et de leurs personnes. « Dieu a pris sa séance dans l’assemblée des dieux ; et, assis au milieu, il juge les dieux85. »

C’est pour cela que saint Grégoire, évêque de Tours, disait au roi Chilpéric, dans un concile : « Nous vous parlons, mais vous nous écoutez si vous voulez. Si vous ne voulez pas, qui vous condamnera, sinon celui qui a dit qu’il était la justice même86 ? »

De là vient que celui qui ne veut pas obéir au prince n’est pas renvoyé à un autre tribunal : mais il est condamné irrémissiblement à mort comme les ennemis du repos public et de la société humaine. « Qui sera orgueilleux et ne voudra pas obéir au commandement du pontife, et à l’ordonnance du juge, il mourra et vous ôterez le mal du milieu de vous87. » Et encore : « Qui refusera d’obéir à tous vos ordres, qu’il meure88 : » C’est le peuple qui parle ainsi à Josué.

Le prince se peut redresser lui-même, quand il connaît qu’il a mal fait, mais contre son autorité, il ne peut y avoir de remède que dans son autorité.

C’est pourquoi il doit bien prendre garde à ce qu’il ordonne. « Prenez garde à ce que vous faites ; tout ce que vous jugerez retombera sur vous : ayez la crainte de Dieu ; faites tout avec grand soin89. »

C’est ainsi que Josaphat instruisait les juges à qui il confiait son autorité : combien y pensait-il quand il avait à juger lui-même !

TROISIEME PROPOSITION. Il n’y a point de force coactive contre le prince.

On appelle force coactive, une puissance pour craindre et exécuter ce qui est ordonné légitimement. Au prince seul appartient le commandement légitime ; à lui seul appartient aussi la force coactive.

C’est aussi pour cela que saint Paul ne donne le glaive qu’à lui seul. « Si vous ne faites pas bien, craignez : car ce n’est pas en vain qu’il a le glaive90. »

Il n’y a dans un Etat que le prince qui soit armé : autrement tout est en confusion, et l’Etat retombe en anarchie. […]

« Voici le droit du roi qui régnera sur vous, dit le Seigneur : Il prendra vos enfants, et les mettra à son service ; il se saisira de vos terres, et de ce que vous aurez de meilleur, pour le donner à ses serviteurs, » et le reste.

Est-ce qu’ils auront droit de faire tout cela licitement ? à Dieu ne plaise ! Car Dieu ne donne point de tels pouvoirs : mais ils auront droit de le faire impunément à l’égard de la justice humaine. C’est pourquoi David disait91 : J’ai péché contre vous seul ; ô Seigneur, ayez pitié de moi ! » « Parce qu’il est roi, dit saint Jérôme sur ce passage92, et n’avait que Dieu seul à craindre. » […]

Bossuet

lundi, 22 juin 2009

La Révolution glorifiée par un de ses fils, l’anticlérical Clémenceau (1891)

(Renaissance européenne, septembre 2007).

« J’approuve tout de la Révolution : j’approuve les massacres de septembre (...). J’approuve les noyades de Nantes, les mariages républicains où les vierges accouplées à des hommes, par une imagination néronienne, avant d’être jetées dans la Loire, avaient à la fois l’angoisse de la mort et la souffrance de la pudeur outragée. J’approuve les horreurs de Lyon, où l’on attachait des enfants à la gueule des canons, et les égorgements de vieillards de quatre-vingt-dix ans et de jeunes filles à peine nubiles. Tout cela forme un bloc glorieux et je défends qu’on y touche. Je défends que, sur un théâtre qui dépend de l’Etat, un dramaturge illustre vienne, après plus de cent ans révolus, prononcer une parole de pitié, qui serait un outrage aux mânes augustes de Robespierre et de Marat. » .

Georges Clémenceau

jeudi, 18 juin 2009

La disparition de la dernière Monarchie de Droit Divin. (Le Chevalier délibéré, n°54)


«Toutes les monarchies de droit divin ayant été détruites au XIX° et XX° siècle, il restait encore entre l’Inde et la Chine, un minuscule Etat que la difficulté des communications et l’absence de richesses naturelles avait préservé des délices de la « démocratie» droit-de-l’hommesque, nous avons nommé le Bhoutan. Des sauvages, en quelque sorte, gouvernés par un monarque héréditaire qui plongeait son peuple dans l’obscurantisme : jusqu’en 1999 il ne connaissait pas la télévision!

«Un pareil scandale ne pouvait durer. Les “big-brothers” de la finance internationale se demandaient comment faire pour tirer ces pauvres gens de “l’obscurantisme” ; fallait-il initier une guerilla “spontanée” ou déclencher une “révolution des oeillets” comme naguère au Portugal, une “révolution orange”, comme récemment en Ukraine ? En l’absence d’une préparation médiatique (comme on parle en guerre d’une préparation d’artillerie), cela aurait nécessité une “opération de sensibilisation” de trop longue durée. “L’art royal” des hauts initiés avait un autre tour dans son sac : pourquoi ne pas organiser, comme dans d’autres pays destinés à devenir esclaves de la camarilla mondialiste, l’invasion par les immigrés?

«Au Bhoutan, ce furent les réfugiés népalais qui, à partir des années 1980, commencèrent à s’infiltrer sérieusement, obligeant le roi Jigme Singye Wangchuck à préserver “l’identité culturelle du pays menacée, notre seule richesse” (comme le souligne le rédacteur du journal Bhutan Times) en mettant en place une politique de fermeté baptisée “une nation, un peuple”. Politique approuvée par la quasi-totalité de la population, y compris les Bhoutanais d’origine népalaise, se traduisant par l’expulsion des clandestins. Ceux-ci, selon une technique bien connue (autre facette de “ l’art royal “ ?) étant recueillis dans des camps de réfugiés du Népal, où ils constituent un vivier de révolutionnaires.

« Devant les menaces “humanitaires” qui se précisaient, le roi abdiqua en 2006, à 52 ans, en faveur de son fils de 28 ans, Jigme Khesar Namgyal Wangchuck, étudiant à Oxford. Est-ce le résultat de cette éducation britannique, l’inexpérience de la jeunesse ou la prise de conscience de l’impossibilité de résister à l’offensive du totalitarisme “démocratique” menée par les USA? Quoi qu’il en soit, passant outre aux avis de ses conseillers et à la volonté quasi unanime de son peuple de conserver le régime de la monarchie absolue qui avait si bien réussi à ce petit pays, le nouveau roi vient de créer de toutes pièces des partis politiques et d’organiser des élections ».

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La Tour du Pin et la Question Juive

(R.P. Pègues OP, maître en théologie, étude parue dans la revue l’Ordre Social Chrétien n°9, Janvier 1934)


La question juive est de nouveau passionnément actuelle. Il sera d’un haut intérêt de rappeler, à ce sujet, l’enseignement du marquis de La Tour du Pin. On y verra la sûreté de son information et la sagesse de ses conseils.

 

I – La nation juive


Et, d’abord, l’auteur des Jalons de route nous avertit que les objets successifs de son étude l’ont conduit à cette conviction que les Juifs sont une nation. Deux faits surtout : au premier plan l’affaire Dreyfus; à l’arrière-plan, le Congrès du Sionisme, qui, dans le même temps où l’affaire éclatait, réunissait, pour la seconde fois, à Bâle, des Israélites de tous pays, afin de rechercher les moyens de reconstituer à Jérusalem un Etat indépendant sous le nom caractéristique de Sion  ont rendu facile à toucher ce qu’on n’apercevait pas assez jusqu’ici. Désormais, on ne devra jamais perdre de vue « que nous sommes un royaume du Christ et que si la nation déicide s’en approche, ce ne peut jamais être que pour lui donner le baiser de Judas ».

On voudra bien considérer que, sous la plume de l’auteur, cette dernière proposition ne doit s’entendre que de la nation déicide comme telle ou de ses membres en tant que tels, non de tel ou tel membre de la nation juive qui aura pu abjurer son esprit et s’adjoindre sincèrement au « royaume du Christ »,  ou qui, pour des raisons particulières, peut échapper, ici ou là, au véritable esprit de sa nation.
Pour mieux nous faire saisir cet esprit de la nation juive en opposition directe avec l’esprit du « Royaume du Christ », qu’est l’Eglise catholique et dont faisaient partie autrefois les nations chrétiennes, comme telles, ayant à leur tête la France, le marquis de La Tour du Pin caractérise en quelques traits essentiels ce qu’il appelle la cité juive mise en regard de la cité chrétienne.
Il constate « qu’en fait, comme en droit, les Juifs ne différent entre eux que quantitativement, mais pas qualitativement : ils sentent de même en tout ce qui est intime, agissent de même en tout ce qui est vis-à-vis de l’étranger. Ainsi n’y a-t-il pas chez eux de divisions non plus que de distinctions sociales apparentes. La cité est un bloc. »

Ce bloc de la cité juive existe et se perpétue « au sein des autres nations, dans des conditions à nulle autre analogues, c’est-à-dire sans territoire propre et sans gouvernement apparent ».
Et il s’explique par le caractère que revêtent chez lui les trois bases de toute société parmi les hommes; savoir : la religion, la famille, la propriété.

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