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jeudi, 22 juillet 2010

Les massacres de septembre (IX)

Les responsabilités

Les massacres de septembre ne sont pas perpétrés par le peuple mais par un tout petit nombre

Ces paroles renfermaient un impudent mensonge, une injure gratuite envers le peuple de Paris et la nation tout entière.

Le forfait de septembre a été l’œuvre de quelques scélérats ; il n’a pas été celui du peuple. La France et Paris lui-même en sont innocents.

Ceux qui ont perpétré le crime ont voulu se décharger sur une foule anonyme, parlant irresponsable, de l’épouvantable fardeau. Le peuple a bon dos : il faut charger le peuple ! Multiplier le nombre des coupables, c’est réduire le crime en poussière, c’est le rendre impalpable et le dérober aux revendications de l’histoire. De là, cette explication que les journées de septembre sont dues à une effervescence populaire, à une sorte de rage du patriotisme parisien, surexcité par la prise de Verdun et l’entrée des Prussiens sur le territoire français.

Ce système, qui remonte à Robespierre et qui fut tout aussitôt propagé, comme un mot d’ordre, par les organisateurs des massacres, a été souvent reproduit de nos jours.

En présence des pièces officielles et des documents authentiques qui sont sortis de toutes parts dans ces derniers temps, il n’est plus discutable.

Tout d’abord, les massacres furent exécutés par un très petit nombre d’hommes :

  • trois cents au plus, selon Roch Marcandier, témoin oculaire ;
  • deux cents, d’après Louvet,
  • une centaine au dire de Brissot.
  • À la Conciergerie, à la Force, les tueurs n’étaient guère qu’une douzaine.

Les massacres sont prémédités et cautionnés par l’Assemblée et la Commune

Pendant cinq jours, ils accomplirent leur œuvre en toute paix, comme des journaliers leur travail, en face de l’Assemblée, de la Commune, du Comité de surveillance, d’un maire disposant de la force publique, d’une garde nationale de cinquante mille hommes !

Peu de jours avant les massacres, les administrateurs de police firent mettre en liberté un certain nombre de prisonniers auxquels s’intéressaient quelques-uns des meneurs.

  • Danton sauva Charles Lameth, plusieurs prêtres des écoles chrétiennes ;
  • Beaumarchais dut la vie à Manuel ;
  • l’abbé Béradier à Camille Desmoulins et à Robespierre, ses anciens élèves de Louis-le-Grand ;
  • Marat lui-même sauva plusieurs prisonniers.

Enfin, hier encore on pouvait voir aux archives de l’Hôtel-de-Ville et de la Préfecture de police des pièces d’une éloquence sinistre, d’un réalisme effrayant, attestant la préméditation de l’horrible trame : procès-verbaux, dépêches, ordres, arrêtés, factures des fournisseurs, quittances des bourreaux, registres d’écrou maculés de vin et de sang. La Commune de 1871 a fait disparaître ces traces matérielles de la complicité de la Commune de 1792 dans la boucherie de septembre.

Mais Dieu a permis que l’œuvre du pétrole fût impuissante à anéantir les preuves de l’accusation. Grâce à de patients chercheurs, les documents relatifs aux journées maudites ont été intégralement reproduits et livrés au public. L’histoire reste en pleine possession de la vérité : elle a le devoir de la redire.

Les vrais responsables du massacre : Marat et Danton

Or, la vérité, la voici :

  • La pensée des massacres commence par germer dans le cerveau de Marat. « La face et la main de Marat sont restées empreintes dans le suaire de septembre », a dit Edgard Quinet. Il conçut le drame dont le comité de surveillance ordonna la mise en scène avec une habileté supérieure, un art terrible, selon le mot des deux historiens révolutionnaires, Buchez et Roux.
  • Les premiers rôles sont remplis par Danton, Billaud-Varennes, Manuel, Panis et Sergent ; Santerre, le chef inactif de la garde nationale (un rôle muet). Robespierre ne paraît pas sur la scène, mais ses yeux de chat-tigre luisent au fond de la coulisse.
  • Le ministre de l’intérieur et le maire de Paris, Roland et Pétion, se confinent dans l’emploi des Jocrisse.
  • Nous négligeons les comparses et les machinistes.

En résumé, tout fut arrêté d’avance dans le crime de septembre, tout fut prémédité :

  • le triage des prisonniers,
  • la désignation des victimes réservées à la mort,
  • le choix des ouvriers,
  • la fixation de leur salaire.

La Commune ne mit pas le travail des massacres aux enchères de la fureur publique ; elle l’exécuta en régie administrative. C’était plus expéditif et plus sûr.

Le sang qu’elle fit jaillir coula longtemps. Le ruisseau de la rue Sainte-Marguerite, grossi de tous les affluents que lui fournissait chaque jour la guillotine, devint bientôt un large fleuve, le fleuve se fit torrent et le torrent finit par emporter la plupart des septembriseurs et l’horrible Commune elle-même, — les bourreaux après les victimes.

Georges de Cadoudal

Source: Vive Le Roy

mardi, 20 juillet 2010

Les massacres de septembre (VIII)

Massacres en province

Sur le nombre des victimes

Quel fut le chiffre précis des victimes de septembre ? Les uns le fixent à huit mille ; les autres le font descendre au-dessous d’un millier. La vérité est que, pour les huit prisons de Paris, le nombre des morts, tel qu’il résulte des documents authentiques, oscille entre treize cent soixante-huit et quatorze cent cinquante-huit. Le premier de ces deux chiffres est donné par M. Mortimer-Ternaux, dont on connaît l’érudition scrupuleuse.

Mais les tueries ne s’arrêtèrent pas à l’enceinte de la capitale ; elles eurent leur contre-coup en province. On peut suivre la trace du sang de septembre depuis la cour de l’Abbaye, à travers toutes les prisons parisiennes, jusqu’à Meaux, à Reims, à Charleville, à Caen, à Lyon, à Orléans, à Versailles et ailleurs encore, jusqu’au fond même de petits villages affiliés à la société des Jacobins.

La Commune revendique les massacres et cherche à les généraliser au reste du pays

Dès le 3 septembre, les membres du Comité de surveillance adressèrent à toutes les municipalités une circulaire renfermant l’apologie officielle de l’épouvantable forfait.

Danton la fit partir sous le couvert du ministère de la justice. Cette circulaire, signée de Duplessis, Panis, Sergent, Lenfant, Jourdeuil, Marat, Deforgues, Duffort, Cally, fut emportée par les commissaires que la Commune expédiait pour activer l’enrôlement des volontaires et réchauffer l’esprit public. On y lisait :

La Commune de Paris se hâte d’informer ses frères de tous les départements qu’une partie des conspirateurs féroces, détenus dans les prisons, a été mise à mort par le peuple : actes de justice qui lui ont paru indispensables pour retenir par la terreur des légions de traîtres cachés dans ses murs, au moment où il allait marcher à l’ennemi ; et, sans doute, la nation entière, après la longue suite de trahisons qui l’ont conduite sur les bords de l’abîme, s’empressera d’adopter ce moyen si nécessaire de salut public.

Quelques municipalités suivent

Les “ frères ” de la Commune ne répondirent que trop bien à ce furieux appel.

  • À Meaux, il y eut treize victimes, dont sept prêtres insermentés ;
  • à Reims, on tua un officier supérieur, M. de Montrosier, cinq chanoines et plusieurs autres prêtres ;
  • à Caen, la rage démagogique se rua principalement sur le procureur général-syndic du département, Georges Bayeux, qui fut égorgé sur la place Saint-Sauveur.
  • Quatre prêtres furent massacrés à Conches, petit bourg situé près d’Autun.
  • Lyon eut aussi ses scènes d’horreur et de sang. Sept officiers démissionnaires succombèrent sous les coups d’une foule d’assassins, secrètement dirigés par Chalier, le futur terroriste de la cité.

Le duc de La Rochefoucault, ancien président du département de Paris, que la Révolution naissante avait entouré de popularité et qui était devenu odieux à la multitude pour sa courageuse conduite au 20 juin, se trouvait aux eaux de Forges. Un commissaire de la Commune reçoit la mission de le faire prisonnier et de le conduire sous bonne escorte à Paris, ainsi que sa mère la duchesse d’Anville, âgée de quatre-vingts ans, la duchesse de la Rochefoucault et Mme d’Astorg. Près de Gisors, le cortège est assailli par une multitude armée de sabres et de bâtons. Frappé d’un coup de pierre à la tempe, le prisonnier est renversé et achevé à coups de bâton sous les yeux de ses gardiens.

Le massacre des prisonniers d’Orléans et de Versailles

Les prisons d’Orléans regorgeaient de prisonniers destinés à être jugés par la haute cour. Parmi eux se trouvaient

  • le duc de Cossé-Brissac,
  • Mgr de Castellane, évêque de Mende ;
  • M. Delessart, ancien ministre de l’intérieur ;
  • M. d’Abancourt, dernier ministre de la guerre sous Louis XVI,
  • Étienne Larivière, juge de paix de la section Henri IV, etc.

Un ramassis de voleurs sous les ordres d’un homme atroce, Fournier l’Américain, se rendent à Orléans. Les prisonniers, entassés sur sept chariots, après avoir été dépouillés de leur or et de bijoux précieux, sont dirigés à petites journées sur Paris, malgré les ordres précis de l’Assemblée.

Ils arrivent le 9 septembre à Versailles. Les sicaires du comité de surveillance les y avaient devancés !

À deux heures de l’après-midi le convoi, s’engageant sur la route de Saint-Cyr, se trouvait à la hauteur de l’Orangerie, quand une troupe d’hommes armés de piques et de sabres se rua sur les prisonniers.

Malgré les efforts courageux jusqu’à l’héroïsme du maire de Versailles, Georges Richard, tous les chariots furent envahis à la fois, et, en moins d’une heure, quarante-quatre cadavres sanglants et défigurés jonchaient le pavé de la rue de l’Orangerie. Neuf prisonniers parvinrent à s’échapper à la faveur du tumulte.

La troupe de Fournier qui était composée de deux mille hommes armés jusqu’aux dents assista impassible aux massacres. Puis la bande des tueurs, portant comme des trophées les membres palpitants de leurs victimes, se rendit à la maison d’arrêt, où elle égorgea vingt-six détenus.

Le lendemain de cette journée, dont les Versaillais ont gardé longtemps l’effrayant souvenir, l’armée expéditionnaire, aux ordres de Fournier, entra dans Paris, tambours battant et drapeaux déployés. Elle se dirigea vers la place Vendôme et s’arrêta devant l’hôtel qu’occupe encore aujourd’hui le ministère de la justice.

Danton parut sur le seuil et adressa aux bandits une allocution qui se terminait par ces mots :

Celui qui vous remercie, ce n’est pas le ministre de la justice, c’est le ministre du peuple.

Georges de Cadoudal

Source: Vive Le Roy

mercredi, 14 juillet 2010

Les massacres de septembre (VI)

 Saint-Firmin, la Conciergerie, la Force, etc.

Pendant que l’on massacrait aux Carmes et à l’Abbaye, on tuait aussi à Saint-Firmin, à la Conciergerie, au Châtelet, à la Salpêtrière, aux Bernardins, à Bicêtre et à la Force.

Le massacre du petit séminaire de Saint-Firmin

Les bâtiments du petit séminaire de Saint-Firmin, devenus aujourd’hui la caserne de gendarmerie de la rue Saint-Victor, avaient reçu quatre-vingt-treize prêtres insermentés dans le courant du mois d’août. La section du Jardin-des-Plantes (dite des Sans-Culottes) présida à leur exécution. Le grotesque Henriot commanda le massacre.

Soixante-dix-neuf prêtres furent frappés, précipités des fenêtres et achevés dans la rue. Une femme, qu’on appelait la Tueuse et dont le véritable nom était Marie-Anne-Gabrielle, femme Vincent, abattit d’un coup de bûche l’ancien curé de Saint-Nicolas-du-Chardonnet. « Cet infortuné, dit un témoin, tomba à genoux et, joignant les mains, s’inclina la face contre terre ; un dernier coup l’acheva. »

Le 26 mai 1871, une autre femme se rencontra avec un autre prêtre ; une tueuse de seize ans porta le coup de mort à Mgr Surat, vicaire général de Paris, qui lui disait : « Mademoiselle, n’aurez-vous pas pitié ! »

Les mêmes bourreaux et les mêmes victimes semblent se donner rendez-vous à toutes les étapes de la Révolution.

Le massacre de la Conciergerie

À la Conciergerie, la boucherie commença le 2 septembre, entre quatre et cinq heures du soir. Elle dura jusqu’au lendemain.

Une des premières victimes fut Luce de Montmorin, acquitté par le tribunal du 17 août.

Puis, vinrent sept officiers suisses transférés de l’Abbaye à la Conciergerie.

Enfin des détenus ordinaires, prisonniers obscurs, malfaiteurs vulgaires, condamnés ou simplement prévenus pour crimes ou délits de droit commun. Ils furent confondus avec les prisonniers politiques dans l’égalité du massacre. Peut-être se rencontra-t-il parmi eux quelque bon larron.

La Commune massacre aussi les vagabonds, prostituées et enfants en maison de correction

Les prisons du Châtelet, de la Salpêtrière, du cloître des Bernardins et de Bicêtre ne contenaient que des voleurs, des femmes de mauvaise vie, des aliénés, des pauvres, des vagabonds ; elles n’en furent pas moins déblayées par les travailleurs aux gages de la Commune.

Il entrait dans le plan des meneurs de simuler une insurrection générale attaquant toutes les prisons à la fois. Le massacre était organisé en vue des Suisses, des hommes de cour, des royalistes, des nobles et des prêtres : les malfaiteurs, les fous et les mendiants passèrent par-dessus le marché clans le traité conclu avec la mort.

À Bicêtre se trouvaient des enfants condamnés à quelques années de correction. Plusieurs d’entre eux avaient à peine atteint leur douzième année ! Ceux-là ne furent pas faciles à faire mourir.

Il nous en ont tué trente-trois, les malheureux ! racontait quarante ans plus tard à un historien des prisons de Paris, un vieux gardien du Bicêtre. Les assommeurs nous disaient, et d’ailleurs nous avons pu le voir par nous-mêmes, que ces pauvres enfants étaient bien plus difficiles à assommer que les hommes faits. Vous comprenez, à cet âge, la vie tient bien. Ils nous en ont tué trente-trois ! On en avait fait une montagne, là dans ce coin où l’on démolit, à votre droite. Le lendemain, quand il a fallu les enterrer, c’était un spectacle à fendre l’âme ! Il y eu avait un qui avait l’air de dormir comme un ange du bon Dieu ; mais les autres étaient horriblement mutilés.

La Commune préside le massacre de la prison de la Force

L’action plus ou moins directe, plus ou moins cachée de la Commune se fit sentir dans tous les massacres que nous venons de rappeler. À la Force, elle s’exerça publiquement et comme au grand jour.

Entre cette dernière prison et l’Hôtel-de-Ville, les allées et venues furent continuelles, dans les journées des 2 et 3 septembre. Des délégués de l’horrible cénacle y apparurent revêtus de l’écharpe municipale et vinrent y parler en maîtres. On voit successivement Hébert, Moneuse, Rossignol, Luillier, Chépy occuper le fauteuil du simulacre de tribunal qu’on installa à la Force, comme à l’Abbaye, comme aux Carmes.

Cent soixante-neuf victimes y furent frappées et quelques-unes, M. de Rulhières, Baudin de la Chesnaye, avec d’épouvantables raffinements.

Hébert fit mettre en liberté plusieurs dames de la cour : Mmes de Tourzel, de Mackau, de Navarre, de Sainte-Brisse, etc. Ce Tibère de bas étage aimait encore plus l’argent que le sang ; ses fureurs révolutionnaires s’apaisaient à la vue d’une bourse bien garnie.

Il désirait également, assure-t-on, sauver la princesse de Lamballe. Le duc de Penthièvre, beau-père de la princesse, avait mis cent mille écus à la disposition d’agents secrets dans le but de racheter les jours de sa belle-fille. Mais tous les efforts furent impuissants à préserver cette tête charmante du fer des assassins. Mme de Lamballe avait contre elle son rang, sa beauté, sa vertu et la tendre affection de Marie-Antoinette. C’était plus qu’il n’en fallait pour mourir en septembre 1792 !

Georges de Cadoudal

Source: Vive Le Roi

dimanche, 11 juillet 2010

Les massacres de septembre (IV)

Épisodes. — Mlle de Sombreuil et Mlle Cazotte

Les massacres reprennent à l’Abbaye

Les prisonniers entassés dans les cachots, dans les salles, dans la chapelle de l’Abbaye, prêtaient l’oreille aux bruits de la nuit, redoutant des appels de mort. Quelques-uns priaient, d’autres préparaient leur défense ou écrivaient leurs dernières volontés. Parmi eux se trouvaient deux prêtres qui avaient échappé au massacre de la veille : l’abbé Lenfant, prédicateur du Roi, et l’abbé de Rastignac, vicaire général d’Arles.

L’abbé Lenfant était frère d’un des membres de la Commune, que Panis et Sergent s’étaient associés pour former le comité directeur des massacres. Dès le 2 septembre, Maillard avait reçu un ordre ainsi conçu :

Il vous est ordonné de juger tous les prisonniers de l’Abbaye sans distinction, à l’exception de l’abbé Lenfant que vous mettrez dans un lieu sûr.

Cet ordre fut renouvelé dans la matinée du 3.

Au point du jour, les deux vénérables confesseurs de la foi, qui avaient blanchi au service du sanctuaire, montèrent à la tribune de la chapelle et annoncèrent aux détenus la prochaine reprise des massacres. Un mouvement électrique précipita tous les prisonniers à genoux. Ils reçurent une absolution générale et la bénédiction in articulo mortis.

Vers dix heures, Maillard et sa bande reprirent leurs sièges, et les assassins leur besogne. L’abbé de Rastignac périt l’un des premiers ; le dévouement de sa nièce, Mme de Fausse-Landry, qui était venue partager sa captivité, fut impuissant à arracher aux bourreaux ce vieillard de soixante-dix-huit ans.

Plus heureuses, Mlle de Sombreuil et Mlle Cazotte parvinrent à attendrir les meurtriers.

L’intercession de Mlle de Sombreuil en faveur de son père

Le marquis de Sombreuil, maréchal de camp, gouverneur des Invalides depuis 1780, avait assurément bien des titres à la haine des hommes de septembre.

Sa fille plaida sa cause avec tant d’éloquence, d’habileté et d’énergie devant l’affreux tribunal, qu’elle lui arracha la vie du vieux soldat royaliste. Maillard rendit un verdict d’acquittement.

Les assassins prirent dans leurs bras l’héroïque jeune fille et la portèrent jusque dans la rue. Mais une nouvelle épreuve l’y attendait…

Ici nous laissons parler le propre fils de Mlle de Sombreuil, devenue plus tard comtesse de Villelume. Voici comment il s’exprime dans une lettre rendue publique par M. Alfred Nettement :

Ma mère n’aimait point à parler de ces tristes et affreux temps. Jamais je ne l’ai interrogée ; mais parfois, dans des causeries intimes, il lui arrivait de parler de cette époque de douloureuse mémoire. Alors, je l’ai plusieurs fois entendue dire que, lors des massacres, M. de Saint-Marc sortit du tribunal devant son père et fut tué d’un coup qui lui fendit le crâne ; qu’alors elle couvrit son père de son corps, lutta longtemps et reçut trois blessures.

Ses cheveux, qu’elle avait très longs, furent défaits dans la lutte ; elle en entoura le bras de son père, et, tirée dans tous les sens, blessée, elle finit par attendrir ces hommes. L’un d’eux, prenant son verre, y versa du sang sorti de la tète de M. de Saint-Marc, y mêla du vin et de la poudre, et dit que, si elle buvait cela à la santé de la nation, elle conserverait son père. Elle le fit sans hésiter et fut alors portée en triomphe par ces mêmes hommes.

Depuis ce temps, ma mère n’a jamais pu porter les cheveux longs sans éprouver de vives douleurs. Elle se faisait raser la tête. Elle n’a jamais non plus pu approcher du vin rouge de ses lèvres, et, pendant longtemps, la vue seule du vin lui faisait un mal affreux.

Signé : Comte de Villelume Sombreuil.

Plusieurs historiens ont nié le fait du verre de sang bu par Mlle de Sombreuil. Devant l’attestation même du fils de la victime, le doute n’est plus permis.

L’intercession de Mlle Cazotte en faveur de son père

Mlle Élisabeth Cazotte, jeune fille de vingt ans, d’une beauté accomplie, trouva pour sauver son père, des paroles non moins persuasives que Mlle de Sombreuil. Elle aussi parvint à désarmer la rage des bourreaux.

Mais son bonheur fut de courte durée. Écroué de nouveau le 12 septembre, Cazotte fut traduit le 24 devant le tribunal révolutionnaire institué le 17 août. Sa tête tomba le lendemain sur la place du Carrousel, pendant que sa fille était retenue prisonnière à la Conciergerie. Il était accusé d’avoir entretenu des correspondances avec des émigrés et d’avoir voulu favoriser l’évasion du roi. La mort seule pouvait expier de tels crimes.

Martyre de deux prêtres amis

Mais revenons à l’Abbaye. Vers la fin du carnage, ou amena aux bourreaux deux prêtres, deux frères en Jésus-Christ, qu’unissait la plus tendre amitié. Ils se tenaient étroitement enlacés. — Vois, dit à l’un d’eux un chef des tueurs en lui montrant la cour encombrée de cadavres, voilà le sort réservé à ceux qui refusent de se soumettre aux lois. Fais le serment ou à l’instant tu vas mourir. — Donnez-nous, répond le prêtre, le temps de nous préparer à la mort ; permettez-nous de nous confesser l’un à l’autre, voilà la seule grâce que nous vous demandons. Faire le serment que vous nous demandez ce serait renoncer à des articles essentiels de notre foi. Plutôt la mort que l’apostasie ! — Eh bien, qu’ils se confessent ! répondent les égorgeurs. Ils donneront le temps aux curieux du quartier de venir nous voir faire justice de ces coquins.

Les deux prêtres se retirent dans un angle de la cour. Après s’être confessés, ils se déclarent prêts à mourir. On place les martyrs sur un lit de paille, où on les égorge au milieu des rires et des applaudissements de l’assistance.

L’œuvre de mort accomplie, on procéda au dépouillement des cadavres, avant de les livrer aux tombereaux des fossoyeurs. Cette opération se fit en présence des commissaires et avec un certain luxe d’inventaires et de procès-verbaux. Ce qui n’empêcha pas les montres en or, les bagues et, en général, tous les bijoux précieux qui avaient appartenu aux victimes, de devenir, pour la plupart, la proie de leurs assassins. Leur prix servit à rembourser les dépenses, conformément aux instructions de la Commune qui avait autorisé le comité des Quatre-Nations a prendre LES FRAIS SUR LA CHOSE.

Quelques rescapés

Il entrait dans les instructions des tueurs en chef de prononcer quelques acquittements. Journiac de Saint-Méard fut mis en liberté avec de grandes marques de respect, sur le témoignage d’un tueur provençal.

Des citoyens généreux vinrent, au péril de leur vie, réclamer des prisonniers appartenant à leurs sections, et Maillard fit plusieurs fois droit à leurs demandes, tout en les avertissant de ne pas les renouveler.

Une dame d’honneur de la reine, la princesse de Tarente, dut son salut à la fermeté de son attitude et de ses discours. L’ordre étant donné de la reconduire en prison jusqu’à nouvel ordre : « La liberté ou la mort ! » s’écria-t-elle, en empruntant à ses bourreaux une de leurs formules. Elle fut rendue à la liberté.

Quant à l’abbé Lenfant, dont les jours avaient été conservés sur l’ordre si précis des administrateurs de police, il fut mis en lieu sûr. Relâché le 5 septembre, après avoir donné tout ce qu’il possédait, il fut signalé par des femmes qui crièrent : Voilà le confesseur du roi ! Il fut saisi, ramené rue de Bucy, et massacré en face même de la prison.

On fait disparaître les traces du massacre

Quand tout fut terminé à l’Abbaye, quand les cachots n’eurent plus de proie à livrer aux séides de la Commune, on se mit en devoir d’obéir à l’ordre suivant, que Panis et Sergent avaient adressé au directeur de la prison :

Monsieur, vous ferez sur-le-champ enlever les corps des personnes de votre prison qui n’existent plus. Que, dès la pointe du jour, tout soit enlevé et emporté hors de Paris, dans des fosses profondes bien recouvertes de terre. Faites, avec de l’eau et du vinaigre, laver les endroits de votre prison qui peuvent être ensanglantés, et sablez par-dessus….

À la Mairie, le 3 septembre, une heure du matin. — Panis, Sergent.

Les ouvriers de la Commune de Paris ont pu laver le pavé de la cour de l’Abbaye et sabler par-dessus ; le sang et la boue n’en sont pas moins restés. Tous les sables des rivages, toute l’eau de l’Océan ne sauraient suffire à effacer la tache sanglante. Comme celle de Macbeth, elle apparaîtra éternellement aux mains souillées de la Révolution.

Georges de Cadoudal

Source: Vive Le Roy

vendredi, 02 juillet 2010

Les massacres de septembre (I)

Fin Août 1792, l’Assemblée législative souhaite dissoudre la Commune de Paris tant ses excès l’exaspèrent. C’est compter sans les F Danton et Marat qui en ont besoin comme instrument de terreur pour poursuivre la Révolution. Ainsi Danton lui obtient-il encore plus de pouvoir grâce à un argument promis à un bel avenir : « la Patrie est en danger. » Alors le cauchemar se réalise : on abolit toutes les libertés, on encourage la délation, on arrête les suspects ; puis dans d’effroyables conditions, on massacre les prisonniers : des prêtres surtout, des gentilshommes, des soldats, de simples suspects de sympathies royalistes, mais aussi des enfants en rééducation, des mendiants et même des prostituées.

Les suites du dix août

La journée du 10 août ne renversa pas seulement la royauté, elle porta un coup mortel à l’Assemblée législative ; elle dispersa, en un seul jour, les forces sociales rassemblées pendant des siècles ; elle ne laissa debout qu’un pouvoir : la Commune.

Alors s’organisa le plus effroyable despotisme.

La démagogie, une démagogie sans précédents dans l’histoire, étendit sur Paris son sceptre de fer. Le règne de l’Épouvante s’inaugura. La France tout entière se mit à frissonner à la vue du Géryon révolutionnaire qui dressait ses trois têtes monstrueuses : Marat, Robespierre et Danton.

La Commune organise la Terreur

Ayant à sa disposition l’armée, la police et les clubs, la Commune se sentit maîtresse de la situation et comprit qu’elle pouvait tout oser.

  • Elle commence par organiser tout une armée d’espions et de délateurs ; puis,
  • elle décrète l’arrestation des suspects, des publicistes royalistes ;
  • elle rend les femmes et les enfants responsables des actes de leurs époux et de leurs frères.
  • Elle frappe d’incapacité civique les signataires des protestations contre le 20 juin, contre le camp des vingt mille.
  • Elle supprime le droit de pétition, la liberté de la défense, la liberté de la presse, la liberté de conscience.
  • Elle viole le secret des lettres ; fait fermer les barrières, suspendre les passeports.
  • Elle abolit les qualifications de monsieur, de madame, pour y substituer celles de citoyen et de citoyenne.
  • Elle abat les statues de Louis XIV, de Henri IV ; brise les bustes de Necker, de la Fayette, de Bailly ; ordonne la démolition des portes Saint-Denis et Saint-Martin (ces dernières furent heureusement préservées grâce à l’intervention du littérateurs Dussault) ; sous prétexte de faire disparaître tous les signes de féodalité, elle mutile les monuments publics, les livres, les manuscrits précieux ;
  • elle gaspille les richesses artistiques.

L’Assemblée “ arme ” la Commune

Pendant ce temps, que faisait l’Assemblée ?

  • Elle élaborait une loi de police générale, dont le but était de transférer la police politique aux municipalités révolutionnaires, et qui allait devenir un puissant moyen de terreur entre les mains de la Commune.
  • Elle décrétait la formation d’une cour martiale pour juger les auteurs « des crimes du 10 août », c’est-à-dire les soldats qui, en défendant la royauté contre l’émeute, n’avaient fait qu’obéir à la voix du devoir et de l’honneur.

La Commune obtient l’instauration d’un tribunal révolutionnaire

Mais cette cour martiale, limitée aux faits militaires, ne pouvait convenir aux dictateurs de l’Hôtel-de-Ville. Il leur fallait un tribunal extraordinaire revêtu de pouvoirs généraux, illimités, instrument docile de leurs fureurs et de leurs vengeances, une véritable chambre ardente, un tribunal d’assassins.

Pour l’obtenir, la Commune emploie contre l’Assemblée les moyens d’intimidation révolutionnaire qui lui avaient déjà si bien réussi au 10 août ; elle pousse si loin l’insolence de la menace qu’elle arrive à soulever l’indignation des montagnards et des jacobins les plus effrontés, tels que Choudieu et Thuriot.

Cependant la Commune l’emporte et le tribunal du 17 août est institué. Tous ses membres, juges, accusateurs publics, directeurs du jury, greffiers, étaient électifs et devaient décider en dernier ressort.

  • Plus de recours en cassation,
  • plus d’interrogatoire préalable,
  • plus de délai entre l’arrêt de mort et l’exécution ;
  • toutes ces formalités, suprêmes garanties des accusés, consacrées par les législations criminelles de tous les peuples civilisés, sont mises à néant comme de funestes entraves à la célérité de la justice nationale.

Le Tribunal révolutionnaire commence son œuvre de mort

Aussitôt installé, le nouveau tribunal fonctionne. La guillotine est dressée en permanence sur la place du Carrousel.

Le 21 août, à dix heures du soir, elle fait tomber, à la lueur des flambeaux, la tête d’un pauvre maître d’écriture, Collenot d’Anglemont, accusé d’embauchage pour le compte de la Cour.

Le 23, l’intendant de la liste civile, Laporte, expie le crime irrémissible de s’être montré comptable intègre et serviteur fidèle.

Le 25, à neuf heures du soir, DuRozoy, rédacteur de la Gazette de Paris, gravit les marches de l’échafaud en s’écriant : “ Un royaliste comme moi devait mourir le jour de la Saint-Louis !

Mais la machine de mort n’allait pas assez vite au gré des assassins. Il fallait terrifier l’opinion par des coups sans cesse répétés. Une seconde guillotine est installée sur la place de Grève.

Un soir, le bourreau, saisi d’effroi en montrant au peuple la tête d’un supplicié, tombe roide mort sur le pavé.

Une réaction se manifeste dans l’esprit public à la vue de tout ce sang ; elle gagne jusqu’aux juges et jurés. Aux sentences capitales succèdent plusieurs acquittements : D’Affry, colonel des Suisses, Dossonville, officier de paix, sont mis en liberté ; mais la sentence d’absolution dont Luce et Armand de Montmorin sont l’objet est accueillie par les hurlements des séides de la Commune : sous la pression de leurs menaces, le président est contraint de faire reconduire le premier à la Conciergerie, le second à l’Abbaye. Les égorgeurs de septembre allaient bientôt les y retrouver.

Danton sauve la Commune et son Tribunal

Cependant, l’Assemblée législative supportait impatiemment l’usurpation de l’Hôtel-de-Ville. Se sentant appuyés par l’opinion publique, les députés songeaient à demander compte aux dictateurs des pouvoirs dont ils usaient si abominablement et de l’argent qu’ils avaient manié.

Un décret était préparé, prononçant la dissolution de la Commune insurrectionnelle. Celle-ci comprit que, si elle était discutée, elle était perdue.

Un seul homme pouvait la sauver : Danton. Il lui appartenait corps et âme ; il assistait à toutes ses délibérations ; il s’inspirait de son esprit ; il lui soufflait ses propres fureurs. C’est lui, aidé de Marat, qui avait divisé le corps municipal en comités distincts placés sous la haute direction d’un comité de surveillance générale, sinistre embryon du Comité de salut public, dont le seul nom était une terreur et faisait pâlir les plus intrépides. Son autorité de ministre était doublée par l’influence révolutionnaire que lui donnait le Comité de surveillance. Entre ses mains, le glaive de la loi était un poignard, la justice un crime. Il avait un pied dans la légalité, un autre dans l’insurrection. De là une double et formidable puissance.

Les victoires prussiennes à la frontière parurent à Danton une occasion favorable pour détourner de la Commune le coup qui la menaçait. En surexcitant le patriotisme des députés, il espérait concentrer toute leur attention sur les périls extérieurs de la France et opérer ainsi une diversion favorable à ses complices et à ses propres desseins.

Source: Vive Le Roy