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lundi, 19 juillet 2010

Les massacres de septembre (VII)

La princesse de Lamballe

“ Procès ” et meurtre de la princesse de Lamballe

Marie-Thérèse-Louise de Savoie-Carignan, princesse de Lamballe, surintendante de la maison de la Reine, comparut le 3 septembre à huit heures du matin devant l’infâme tribunal.

La vue des bourreaux, l’odeur du sang, tout l’appareil de la « justice du peuple, » lui causèrent un saisissement tel qu’elle s’évanouit à diverses reprises.

Après un bref interrogatoire, le président lui dit :

Jurez l’amour de la liberté et de l’égalité, la haine du roi et de la reine.Je ferai volontiers le premier serment, répondit-elle ; quant au second, il n’est pas dans mon cœur.

Quelqu’un lui dit tout bas : Jurez tout, ou vous êtes morte !

Elle baissa la tête et ne répondit rien. — Eh bien, sortez, ajouta la même voix, et quand vous serez dans la rue, criez : Vive la Nation !

Soutenue par un des chefs des égorgeurs, la princesse paraît sur le seuil. Mais elle oublie la recommandation salutaire ; en présence des cadavres amoncelés, un seul cri s’échappe de ses lèvres : Dieu, quelle horreur ! et elle s’évanouit.

Elle fut tuée à coups de pique, sur un tas de corps morts ; on la dépouilla de ses vêtements, et les bourreaux commirent sur ses restes mutilés des atrocités devant lesquelles l’histoire épouvantée s’arrête dans l’impuissance de les redire.

Mise en scène macabre pour meurtrir la famille royale

Sa tête coupée, placée au haut d’une pique, fut promenée dans Paris par un nommé Chariot, qui, suivi d’une troupe de cannibales, la porta successivement à l’abbaye Saint-Antoine, dont l’abbesse, Mme de Beauveau, était l’amie de la princesse ; au Palais-Royal, à l’hôtel du duc de Penthièvre, et enfin au Temple. Le sanglant cortège pénétra dans l’enclos jusqu’au pied de la tour qui renfermait la famille royale.

On entendit le bruit des tambours, et bientôt les cris de la populace, raconte Cléry dans le Journal du Temple ; la famille royale sortit de table avec, inquiétude et se réunit dans la chambre de la Reine. Je descendis pour dîner avec Tison et sa femme, employés au service de la Tour. Nous étions a peine assis, qu’une tête au bout d’une pique fut présentée à la croisée. La femme de Tison jeta un grand cri ; les assassins crurent avoir reconnu la voix de la Reine, et nous entendîmes le rire effréné de ces barbares….

C’était la tête de Mme la princesse de Lamballe ; quoique sanglante, elle n’était point défigurée ; ses cheveux blonds, encore bouclés, flottaient autour de la pique.

Je courus aussitôt vers le Roi. La terreur avait tellement altéré mon visage, que la Reine s’en aperçut ; il était important de lui en cacher la cause ; je voulais seulement avertir le Roi ou Madame Élisabeth, mais les deux municipaux étaient présents. « Pourquoi n’allez-vous pas dîner ? » me dit la Reine.

« Madame, lui répondis-je, je suis indisposé. »

Dans ce moment, un municipal entra dans la Tour, et vint parler avec mystère à ses collègues… Cependant les cris du dehors augmentaient ; on entendait très distinctement des injures adressées à la Reine.

Un autre municipal survint, suivi de quatre hommes députés par le peuple, pour s’assurer si la famille royale était dans la Tour. L’un d’eux, en habit de garde national, portait deux épaulettes, et, armé d’un grand sabre, il insista pour que les prisonniers se montrassent à la fenêtre ; les municipaux s’y opposèrent.

Cet homme dit à la Reine du ton le plus grossier : « On veut vous cacher la tête de la Lamballe que l’on vous apportait, pour vous faire voir comment le peuple se venge de ses tyrans ; je vous conseille de paraître, si vous ne voulez pas que le peuple monte ici. »

À cette menace la Reine tomba évanouie ; je volai à son secours, Madame Élisabeth m’aida à la placer sur un fauteuil ; ses enfants fondaient en larmes et cherchaient par leurs caresses à la ranimer.

Cet homme ne s’éloignait point ; le Roi lui dit avec fermeté : « Nous nous attendons à tout, Monsieur, mais vous auriez pu vous dispenser d’apprendre à la Reine ce malheur affreux… »

Après le meurtre de Mme la princesse de Lamballe, quelques acquittements eurent lieu à la Force. Mathon de la Varenne, avocat au Parlement de Paris ; Weber, frère de lait de Marie-Antoinette ; Chamilly, valet de chambre du Roi, furent mis en liberté, et c’est grâce à leurs témoignages directs que l’histoire a pu recueillir la plupart des faits que nous venons de relater.

Georges de Cadoudal

Source: Vive Le Roy