samedi, 05 décembre 2009
Antigone, Vierge-Mère de l'Ordre
Une nouvelle adaptation d'Antigone remet à l'ordre du jour le drame de conscience posé par l'acte de désobéissance pieuse de la fille d'Œdipe à la tyrannie de Créon. Celui-ci, dernier roi de Thèbes, s'est permis d'interdire la sépulture de Polynice, frère d'Antigone, coupable d'avoir pris les armes contre la Cité. Mais la vierge thébaine méprise cette loi, affronte le tyran, ensevelit son frère, est condamnée à mort, bien qu'elle ait invoqué, contre un délit d'un jour, les lois sûres, les lois inécrites des dieux.
On s'accorde généralement à comprendre cette révolte comme la voix de la conscience humaine, universelle et éternelle, élevée au nom d'un impératif stoïcien et kantien. C'est la protestation moderne de l'Un contre toutes les formes de la Communauté. C'est l'énonciation du droit de la Personne contre la Cité, c'est le conflit de la politique et de la morale: on va même jusqu'à dire l'hostilité de l'Ame au corps de la Société, la sédition de l'Individu contre l'Espèce. Ainsi fait-on d'Antigone une Ennemie de la Loi sociale et comme l'incarnation sublime de l'Anarchie. Je n'ose compter tous les bons humanistes et tous les hommes d'ordre qui ont adopté et recommandé cette interprétation.
C'est un contresens complet.
J'en ai toujours eu l'impression. Elle me semblait déjà claire dès ma lointaine première lecture, lorsque, voilà près de soixante-dix ans, sous la direction de mon cher monseigneur Penon, j'essayais de déchiffrer le texte et de
le comprendre, en osant même transporter un ou deux chœurs dans le pauvre bégaiement de mes rythmes français. Je viens de relire Antigone. Il n'y a pas de doute: l'anarchiste de la pièce n'est pas elle, c'est Créon. Créon a contre lui les dieux de la Religion, les lois fondamentales de la Cité, les sentiments de la Cité vivante. C'est l'esprit même de la pièce. C'est la leçon qui en ressort: Sophocle n'a pas voulu nous peindre seulement le sursaut de l'amour fraternel ni même dans le personnage de Hémon, fiancé d'Antigone, celui de l'Amour tout court. Ce qu'il veut montrer aussi c'est le châtiment du tyran qui a voulu s'affranchir des Lois divines et humaines.
Antigone en a bien le sentiment. Dès le début, parlant de son dessein à sa sœur, en se prévalant de la beauté de l'acte, elle déclare refuser de manquer à la Loi souveraine que respectent les dieux. Lorsque le tyran lui reproche de préférer ce qu'elle aime à la patrie, c'est lui qui parle, c'est lui qui nous est montré prenant sa folie pour de la sagesse, et qui veut identifier son jugement particulier aux nécessités de salut public: toute la suite du drame va démontrer le contraire par la conséquence même de la mauvaise action de Créon qui détruira la Cité au lieu de la maintenir, ruinera l'Autorité et la Royauté au lieu de les sauver.
Que Polynice fût coupable d'avoir combattu contre sa patrie, rien de plus assuré. Mais il y a injustice, car démesure et disproportion entre la faute et la peine: pourquoi? Parce que ce châtiment, la privation de sépulture, était le plus sévère, le plus violent qui pût être infligé dans la Cité thébaine. Imaginez dans la Cité
chrétienne un criminel que le pouvoir temporel voudrait punir par la privation du salut éternel, par la précipitation dans l'enfer éternel... C'est ainsi que Créon a condamné le mâne de Polynice à errer mille ans le long du Styx, faute de recevoir ces rites sacrés de la sépulture qui confèrent aussi aux survivants, à la famille antique, le droit de continuer dignement les ancêtres morts.
Créon aurait pu exercer sa puissance en outrageant le cadavre, en le couvrant d'opprobre, en multipliant contre lui les mémoriaux de l'exécration. Mais il passe son droit quand il prétend livrer la chair de son neveu coupable aux chiens et aux vautours. Il commet là un acte aussi inconstitutionnel que le serait celui d'un roi de France s'avisant de désigner son successeur au détriment de son fils aîné, ou léguant sa couronne à une fille! L'usurpation du Droit ainsi commise par le Souverain est si formelle qu'elle est d'abord sentie par les craintifs vieillards du Chœur quand ils lui concèdent, mais en tremblant, la faculté de se servir de toutes les lois à sa guise envers les morts et les vivants: ils se doutent de l'illégalité monstrueuse! Sous la menace, ils lui promettent de lui obéir, mais, disent-ils, de peur d'être mis à mort... Et quand la mauvaise nouvelle arrive, quand le garde vient dire que les rites interdits ont été mystérieusement décernés au corps de Polynice, les premiers mots du même Chœur sont pour demander au roi si cela ne vient pas des dieux, ainsi que les vieillards ne pouvaient s'empêcher de le penser d'abord en silence. Cela met Créon en fureur. Cet énergumène prétend qu'il est inadmissible de vouloir supposer que les dieux se soient mis en peine de Polynice. Il traite le Chœur de vieux et
de fol, il l'accuse de rébellion contre son pouvoir, de jalousie, de perfidie... Ce n'est pas un Chef que fait parler Sophocle, ce n'est pas un homme d'Etat, c'est le tyran au sens moderne, le despote, égaré par le vertige du pouvoir. Sur quoi, le Chœur, demeuré seul, se plaint que l'homme soit sujet à toujours confondre les lois issues de frêles mains humaines avec les lois des dieux qui sont inébranlables. Il va jusqu'à conclure que le gouvernement d'un homme ainsi fait n'est pas bienfaisant pour la Ville, pour la Patrie. Ainsi ce personnage impersonnel manifeste l'esprit de l'ouvrage, et nous n'en sommes qu'au début.
Que répond Antigone au premier interrogatoire? Que l'arrêt de Créon n'était pas légal. Il n'avait pas été promulgué par Zeus, ni enregistré par Dité. Un simple édit, même royal, n'est pas assez fort pour infirmer les principes inécrits, ces données synthétiques de l'Ordre, ces hautes traditions des Autels, des Foyers, des Tombeaux, dont nul ne connaît l'origine et auxquels la simple décision «d'un homme» ne peut se comparer. S'il la prend pour une folle, il se trompe : c'est lui qui est fou. Elle le lui dit. Ce qui l'enrage encore. Le Chœur a peur, Antigone affirme cependant devant lui que tous, ici, l'approuveraient si la crainte ne fermait les bouches devant un arbitraire puissant. Créon veut invoquer l'opinion publique de ses Thébains : - Ils voient comme moi, répond-elle, ils ne parlent que pour te plaire...
Sophocle fait parler ses personnages selon leur caractère. Aussi Créon allègue-t-il le bien, le mal, les bons, les méchants, les amis, les ennemis. Cela ne peut toucher Antigone qui repousse de haut toutes ces excuses et
plaidoiries personnelles. Survient Ismène, sa sœur; elle revendique immédiatement une part dans l'acte dont elle reconnaît plus que la gloire: la légitimité. Elle regrette de n'avoir pas, elle aussi, honoré son frère mort. Là, le caractère tyrannique du rôle de Créon s'accuse et s'accentue encore. Le poète lui fait dire des paroles impies: d'un chef, il faut exécuter tous les ordres, petits ou grands, justes ou non! Après s'être déchaîné contre l'indiscipline et l'anarchie, ce possédé se retourne et s'insurge, en fait, contre la justice, qui est l'un des principes et l'une des fins de son autorité. Or cet argument de l'Autorité et de l'Etat n'est déjà point admis comme décisif par Sophocle, tel que Créon le fait valoir.
Prenons-y bien garde, lorsque son pauvre fils déchiré d'amour, le malheureux Hémon, veut fléchir son père, que fait-il? Il invoque aussi l'intérêt du règne, celui de l'Autorité, de l'Ordre, de l'Etat. Il rapporte que toute la Cité murmure, Thèbes juge Antigone la moins coupable des femmes, elle qui va mourir pour un acte si beau, quand on lui devrait plutôt une couronne d'or! Voilà le cri public. Hémon demande à son père de s'en rendre compte, de ne pas s'en tenir à sa propre pensée, sa pensée isolée, ni à son sentiment unique (celui que la critique moderne prête à Antigone). Hémon veut que son père écoute les gens qui pensent bien.
- Telle est la voix du peuple entier de Thèbes, insiste Hémon.
- Alors, reprend le père, c'est le peuple qui va commander?.. Sur quoi, le jeune homme ose se tourner vers le Chœur et le prend à témoin que son père parle comme un enfant ! Le tyran argue de son droit sur la
Cité. Le jeune homme répond qu'on ne peut pas régner sur un pays désert. - Tu discutes ton père! - Tu manques à la piété. - Je maintiens mon pouvoir. - Tu bafoues les dieux. - Tu es asservi par une femme. - Je ne suis pas, du moins, asservi par le Mal... Et, Créon accusant son fils de folie, peu s'en faut qu'il ne s'entende traiter de fou lui-même... Ce serait la seconde fois qu'il serait ainsi souffleté! Donc, Thèbes, Hémon, Antigone pratiquent la même religion, ils suivent la même loi qui fait l'ambiance morale de la pièce, la pensée de Sophocle et de toute la Grèce. Loin de tenir à la solitude stoïque, Antigone est une légitimiste héroïque et farouche; elle s'apparente à tous les rôles sympathiques de l'Odyssée et d'Athalie. Sophocle, Racine et Homère ont le cœur politique du même côté. C'est pourquoi, de tout temps, entre 1898 et 1944, l'Action française n'eut jamais cesse de rectifier, en ce sens, la définition d'Antigone.
. . .
Mais Antigone marche à la mort: O tombeau! O lit nuptial! Ses dernières paroles ont été pour protester qu'elle n'a violé aucune loi:
- On l'accuse d'impiété, elle, la Piété même!
C'est alors que surgit un personnage qui, s'il restait le moindre doute sur la question, en trancherait les derniers nœuds. Figurons-nous, un quart d'heure après le supplice de Jeanne d'Arc, quelqu'un comme le Pape de Rome venant dire aux Anglais: - Oui, c'est bien cela, vous avez brûlé une sainte! Le devin Tirésias remplit ici ce rôle théologique : il vient affirmer à Créon, conformément au
cri de la Ville, que le Ciel est contre lui, qu'il court à de nouveaux désastres, que les augures et les présages le condamnent, lui! Si les membres déchirés du corps sans sépulture ont soufflé leur peste sur ses autels, la faute en est au seul Créon: - Cède au mort, ne l'irrite plus, écoute une bonne parole... Ce qui ne manque pas de déchaîner, pour la dernière fois, les cris de fureur de Créon. Tirésias, qui fut son bon conseiller et son pontife dévoué, est traité de vendu, bravé, défié, bafoué, ce qui amène une sorte d'excommunication solennelle, dans laquelle le Pouvoir religieux fait connaître au Pouvoir civil, sorti de son cadre, tiré de son échelon, que l'expiation directe va commencer: un homme de la propre chair de Créon va périr parce qu'il a privé le mort des funérailles dues, parce que son impiété a volé les « dieux d'en bas » sur lesquels n'ont de pouvoir ni les hommes, ni même les dieux d'en haut: les Erinnyes déchaînées feront entendre des cris d'horreur et de fureur jusque dans le foyer de Créon.
Menaces effrayantes! Elles ébranlent Créon, elles le retournent, il est trop tard. Antigone s'est tuée dans son tombeau, Hémon manque de tuer son père, et se tue lui-même. Le messager qui fait le récit conclut que pareil manque de sagesse est pour les hommes le pire des maux. Rien de plus exact. Contre la religion, contre les dieux, contre les lois fondamentales de la Cité et de la race et, je répète, contre son propre pouvoir, contre la mesure de la raison et le bien de l'Etat, Créon est le type accompli de l'insurrection. Il s'accuse lui-même de son égarement, de l'isolement qu'il s'est infligé, et quand sa femme s'est immolée à son tour, il se confesse encore le seul coupable. Alors que le Chœur, désormais revenu à son mouvement spontané de la première scène, déclare le Bonheur fils de l'unique Sagesse et du Respect des dieux, tandis que l'orgueil du Moi humain est conduit à payer l'excès de ses prétentions. S'il y avait à célébrer quelque part les funérailles de quelque fameux Anarchiste couronné, je demande quel autre thrène pourraient jouer les grandes orgues, à cette occasion.
Non, l'image courante d'Antigone est à réviser. C'est elle qui incarne les lois très concordantes de l'Homme, des Dieux, de la Cité. Qui les viole et les défie toutes? Créon. L'anarchiste, c'est lui. Ce n'est que lui.
Charles Maurras
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mardi, 02 juin 2009
Sur une certaine idée de la tradition
(par Jacqueline BEAU de LOMENIE , Cahier de Chiré n°2, 1987)
Mgr le Comte de Paris, qui, passant superbement outre au droit régalien en vertu duquel la Couronne dispose des Princes, et non les Princes de la Couronne, se proclame le seul prétendant légitime au Trône des Lys, a récemment commis un essai au style irréprochablement radical-socialiste (1).
De ce parti on disait naguère qu’il était comme le radis, blanc à l’intérieur et rouge au-dehors. Il se trouve que ces deux couleurs caractérisent aussi l’image d’une certaine tradition; celle de la Maison d’Orléans.
A cette tradition son actuel héritier ne faillit nullement, quand, en père noble, il déshérite son «dauphin », tout en se livrant par ailleurs aux excès d’une démagogie digne de celle de l’ancêtre Philippe-Egalité à sa belle époque.
En ce temps-là, l’héritier d’une des grosses fortunes du royaume briguait le pouvoir en usant de tous les artifices et maléfices de la Maçonnerie dont il était le Grand Maître, tirant profit de toutes les équivoques du libéralisme avancé: tout en contestant tout, il n’en faisait pas moins avancer ses affaires personnelles qu’il confondait libéralement avec celles de l’Etat. Et ce n’étaient que congratulations aux truands, filles publiques, échappés des galères, spéculations financières sur les fruits du travail d’autrui, trafics d’influence, achats de consciences, transferts de capitaux à l’étranger, pratique de toutes les variantes de la criminalité d’affaires, débauche de publicité par gens de lettres et de théâtre interposés.
A son souverain, Louis-Philippe-Joseph disait OUI.. Mais... pour se livrer en privé à la joyeuse critique contre l’exercice solitaire du pouvoir. Lui-même et ses fils participaient activement aux sociétés de pensée dont Augustin Cochin (redécouvert depuis peu après un long purgatoire dans l’histoire sorbonnique) a magistralement démontré qu’elles ont préparé la Révolution, jouant, à l’aide des Lumières le rôle que Gramsci devait, ultérieurement attribuer au « pouvoir culturel , indispensable prélude à la prise du pouvoir politique.
En ces cercles politico-philosophiques, se coagulait la crème de la noblesse d’épée et de robe, liée à la bourgeoisie janséniste, en vue de préserver leurs privilèges ou d’en conquérir d’autres.
Philippe y trônait, tout en oeuvrant, avec son gang du Palais- Royal, le Club des Enragés, à une révolution rien moins que populaire.
Les fils du prince félon, les jeunes (Chartres et Beaujolais, jouaient eux aussi à Autrement. Coiffés du bonnet rouge de la résistance au roi, ils retrouvaient au club des Jacobins, les ducs de Broglie, de Noailles, d’Aiguillon, La Fayette, le marquis de Montesquiou, l’évêque apostat et prince de Talleyrand-périgord, en compagnie des Cochon-Lapparent, Anacharsis Clootz, Choderlos de Laclos et autres notabilités de la gauche fraternelle et généreuse.
Hélas ! Comme l’a dit Chateaubriand, ce sont les patriciens qui ont consacré la Révolution. Et, la nuit du 4 août s’étant étendue sur la France, le prince de la décrispation nationale renonçait solennellement à ses droits dynastiques, a ses titres, à son nom, pour lui-même et pour sesdescendants... mais non à sa fortune...
A son patronyme, il substituait celui d’Egalité, se proclamant publiquement, sans le moindre égard pour les auteurs officiels de ses jours, le fils d’un palefrenier des écuries paternelles.
Avant de passer lui-même au fil du rasoir national, le ci-devant d’Orléans y avait envoyé son auguste souverain et cousin, grâce à l’obligeant concours des vingt-cinq voix dont disposait à l’Assemblée le camarade Le Pelletier de St-Fargeau dont aime à se réclamer l’éminent descendant d’icelui, M. Jean d’Ormesson de l’Académie française et du Figaro-Magazine, qui se fit aux obsèques d’Aragon le panégyriste de l’écrivain rouge faute d’avoir réussi à lui faire endosser l’habit vert.
Nonobstant les renonciations de l’aïeul régicide, l’actuel Monsieur d’Orléans-Egalité prétend aujourd’hui à son héritage, encore que la loi française frappe d’interdit celui d’un parricide.
Làs! L’infortuné semble durement payer le forfait ancestral, comme si La Justice, poursuivant inexorablement Le Crime, actualisait le terrible propos de Chateaubriand
« Si les Orléans venaient à régner au nom des vices et des crimes de leurs ancêtres, où donc serait la Providence ? Ils ont beau faire, ils ont beau dire, ils ne parviendront jamais à coller la tête de Philippe-Egalité sur le tronc sanglant de Louis XVI. »
Aux prises avec ses difficultés à régner sur sa propre famille, Mgr le Comte de Paris ne manque pas pour autant à la tradition des cadets bourbonniens. Ne confiait-il pas, à la veille de l’élection de 1981 à Paris-Match, que « le succès de M. Marchais ne lui ferait pas peur » et qu’il « n’avait jamais fait pour sa part d’anticommunisme ».
Aussi n’est-il nullement exclu de le voir, aux côtés de M. Edgar Faure, le remplaçant de M. Baroin, ex-Grand Maître du Grand Orient tombé en plein ciel des lumières (tropicales), concélébrer sous le patronage du président de la République les fêtes votives de 1789, à la gloire des égorgeurs.
Tant il est vrai que bon sang ne saurait mentir
Au fait, comment appelait-on le bourreau, sous l’Ancien Régime? Monsieur de Paris.
(I) - Comte de Paris : L’avenir dure longtemps
12:02 Publié dans Monarchie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
mardi, 26 mai 2009
Manifeste légitimiste (V)
La légitimité contestée
INTRODUCTION
Au cours des différents chapitres de ce manifeste, nous avons rappelé que l’autorité possédait le caractère d’être paternelle, c’est-à-dire d’être exercée par un homme.
Nous avons montré que les lois fondamentales désignaient cette personne par un ensemble de règles fondées sur la nature, ayant le mérite d’être simples et claires, ce qui a mis la succession de France au-dessus des convoitises qui assaillent d’ordinaire l’autorité.
Cependant c’est un fait patent que la monarchie légitime, incarnée par le prince que désignent les principes que nous avons rappelés, ne gouverne plus le pays depuis 1830.
Il est donc impossible d’envisager une modification coutumière du droit royal depuis cette date. Aucun nouveau trait coutumier, impliquant répétition et constance, ne saurait être observé - et pour cause - depuis 1830.
Nous nous trouvons ainsi devant l’alternative suivante :
• soit la coutume est abrogée, et en ce cas c’est la royauté française qui est morte, non seulement en fait - ce qui est patent - mais aussi en droit.
• soit elle n’est qu’engourdie et l’héritier est nécessairement celui que saisissent les lois fondamentales du royaume.
Une telle affirmation ne devrait soulever aucune contestation :
• pour ceux qui croient à l’abrogation de la coutume, peu importe celui qu’elle aurait désigné.
• pour ceux qui croient à un simple sommeil, le prince qui remplit toutes les conditions ne peut être que Louis de Bourbon, né le 25 avril 1974.
Et pourtant, il y a contestation et cette contestation ne date pas d’aujourd’hui ! Elle date exactement de 1883 !
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mercredi, 20 mai 2009
On a retrouvé le testament politique de Louis XVI
Via le Salon Beige
Il avait disparu depuis la Révolution française. Il se cachait dans une collection américaine où il vient d'être acquis par un Français, collectionneur de manuscrits anciens. Le testament politique de Louis XVI est une œuvre politique majeure, datant de la fuite à Varennes, dans la nuit du 20 juin au 21 juin 1791. Avant de partir, Louis XVI ne veut pas quitter Paris sans laisser un document expliquant les raisons de sa fuite. Il entend s'adresser à son peuple. Aussi rédige-t-il cette Déclaration à tous les Français, un manuscrit de seize pages, qui deviendra son «testament politique» (à ne pas confondre avec le testament qu'il rédigera dans la prison du Temple avant de monter sur l'échafaud). Son contenu n'était pas ignoré, dans la mesure où le texte a été reproduit dans de nombreux documents, mais l'original avait disparu. Dans ce texte, il juge que les réformes de l'Assemblée et l'attitude des clubs, «calomniateurs et incendiaires», ont porté atteinte à «la dignité de la Couronne de France». Il s'en prend notamment au poids excessif des comités de la Constituante, notamment le Comité des recherches qui exerce «un véritable despotisme plus barbare et plus insupportable qu'aucun de ceux dont l'histoire ait jamais fait mention». En voici la conclusion :
"Français, et vous surtout Parisiens, vous habitants d'une ville que les ancêtres de Sa Majesté se plaisaient à appeler la bonne ville de Paris, méfiez-vous des suggestions et des mensonges de vos faux amis, revenez à votre Roi, il sera toujours votre père, votre meilleur ami. Quel plaisir n'aura-t-il pas d'oublier toutes ses injures personnelles, et de se revoir au milieu de vous lorsqu'une Constitution qu'il aura acceptée librement fera que notre sainte religion sera respectée, que le gouvernement sera établi sur un pied stable et utile par son action, que les biens et l'état de chacun ne seront plus troublés, que les lois ne seront plus enfreintes impunément, et qu'enfin la liberté sera posée sur des bases fermes et inébranlables. A Paris, le 20 juin 1791, Louis."
10:19 Publié dans Monarchie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
lundi, 18 mai 2009
Vidéo
Bien que créée par un groupe proche de l'Alliance royale et des Orléans, nous ne résistons pas au plaisir de vous recommander une vidéo bien sympathique (trouvée sur l'excellent blog du Christ Roi), sur les méfaits de la gueuse...
17:02 Publié dans Monarchie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
jeudi, 14 mai 2009
Manifeste légitimiste (IV)
Du bon exercice de l’autorité royale
INTRODUCTION
Le pouvoir du roi lui vient de Dieu et il exerce la suprême autorité temporelle en son nom. Nous donnons ici quelques considérations sur la manière, pour un roi, d’exercer l’autorité conformément à ce principe. Nous nous inspirons principalement du livre de Dom Claude Martin, Le Pasteur Solitaire. (5)
Ces considérations sont davantage des conseils spirituels qu’un traité politique. Nous espérons ainsi être plus accessibles et plus utiles à tous ceux qui, ne serait ce que de manière très éloignée, participent à l’autorité royale en ayant quelque responsabilité.
Tout pouvoir légitime vient de Dieu (voir Rm 13,1) (2) et a la capacité d’obliger en conscience au nom de Dieu, non pas à cause de la science des supérieurs, de leur prudence ou de quelque autre qualité qui est recherchée dans l’exercice de l’autorité, mais en vertu de la volonté de Dieu. (3) C’est pourquoi celui qui résiste à l’autorité légitime exerçant légitimement son autorité,“résiste à l’ordination divine” (Rm 13, 2). (4) Ainsi s’exprimait le cardinal Ottaviani dans le schéma préparatoire à une constitution sur l’Église pour le concile Vatican II.
Ce bref paragraphe contient un principe important contre la Révolution. Celle-ci détruit l’autorité en prétendant qu’elle provient des inférieurs : “le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément ” (article 3 de la déclaration des droits de l’homme de 1789). Si l’on veut rétablir l’ordre naturel chrétien, il faut commencer par rétablir la vraie notion de l’autorité, et affirmer que celle-ci vient de Dieu et non du peuple.
Toutefois il ne suffit pas de rétablir le principe. Car la “crise de l’autorité”, nousdit le même schéma, ne provient pas seulement “de doctrines erronées”, “mais aussi parfois d’un pouvoir mal compris et mal exercé”.
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lundi, 11 mai 2009
Manifeste légitimiste (III)
L’AUTORITE DANS L’INSTITUTION MONARCHIQUE : CARACTERES ET TRANSMISSION
INTRODUCTION
L’étude des systèmes politiques pourrait suivre une classification historique, philosophique, géographique ou autre. Ce ne sont pourtant pas ces critères qui ont été retenus par les auteurs. Ces classifications n’auraient en fait aucun sens. Monarchie, démocratie, oligarchie, tyrannie, gérontocratie etc : cette classification reprise par tous les auteurs repose sur la forme revêtue par l’autorité.
C’est dire l’importance de l’autorité et de la forme qu’elle revêt pour la compréhension d’un régime politique. Il est donc nécessaire d’étudier non seulement la forme, qui permet de comparer un régime aux autres, mais surtout l’origine et les caractères de cette autorité, car c’est selon eux que la forme à été choisie.
Nous nous attacherons donc à mettre en évidence le lien très étroit entre la conception de l’autorité et les institutions mises en place dans l’ancien régime. Il est une expression relative à la conception de l’autorité sous l’ancien régime dont l’importance est révélée par les polémiques qu’elle suscite encore : c’est l’expression “pouvoir absolu de droit divin”, interprétée de diverses manières aussi bien par ceux qui la dénonçaient que par ceux qui la défendaient. Or il est nécessaire de comprendre cette définition si l’on veut comprendre la monarchie Très-Chrétienne qui y trouve son origine. “Comprendre” dans le sens de “prendre avec” , c’est-à-dire prendre parti. Que ce soit pour défendre ou attaquer. Car c’est bien dans ce cadre que nous travaillons.
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jeudi, 07 mai 2009
Manifeste légitimiste (II)
Légitimité naturelle et légitimité théologique
INTRODUCTION
En ces temps de Révolution il importe de rappeler certaines réalités aux catholiques soucieux de restaurer une société chrétienne. Par une extraordinaire naïveté ils sont encore nombreux à croire à la loi du nombre : une majorité numérique de catholiques dans le pays suffirait à rendre celui-ci catholique. D’autres, plus avertis, estiment qu’il suffit que les institutions reconnaissent le Christ-roi, son Eglise et ses enseignements. Des mouvements comme la Cité Catholique de Jean Ousset et plus récemment Civitas pensent sérieusement faire de la politique en se contentant d’énoncer les principes chrétiens du pouvoir sans se soucier de la forme des institutions à mettre en place.
Dans le présent exposé nous nous proposons de montrer que ces bonnes intentions ne sauraient suffire. Il importe avant tout de bien comprendre à quoi sert l’institution, puis à l’école de l’Histoire, de chercher sa forme la meilleure pour rétablir la Cité de Dieu dans notre pays.
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lundi, 04 mai 2009
Introduction à la politique (Manifeste légitimiste (I))
I - LES ACTIONS HUMAINES
Il existe trois ordres d’actions humaines par ordre croissant dans la noblesse :
La fabrication
Le sujet transforme une matière extérieure, il produit des objets utiles à l’homme, comme par exemple le travail de l’industrie, de l’artisanat, de l’artiste. La fabrication n’est pas le propre de l’homme, il partage cette opération avec les animaux ; c’est donc la moins noble des actions humaines. La fabrication est l’objet des sciences techniques ou sciences appliquées.
L’action
Le sujet se transforme lui-même intérieurement, par exemple l’enrichissement intérieur du sujet par sa participation à la vie sociale : famille, éducation, associations… L’action est le propre de l’homme. L’action est l’objet de la science morale.
La contemplation
Le sujet contemple la Vérité, la Beauté, le Bien. Dans l’antiquité, il ne pouvait s’agir que des vérités métaphysiques (considérations sur l’être). Dans la chrétienté, il s’agit en plus des vérités théologiques : la contemplation de Dieu Lui-même par la connaissance qu’Il nous donne de Lui dans la révélation et par la grâce. La contemplation n’est pas le propre de l’homme, il partage cette opération avec les substances angéliques ; c’est donc la plus noble des actions humaines.
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jeudi, 30 avril 2009
Vers un ordre social chrétien (IV)
V - DE L’ESPRIT D’UNE LEGISLATION CHRETIENNE
DU TRAVAIL
I - Peut-il y avoir une législation chrétienne du travail ?
Oui, sans doute, s’il y a une justice sociale chrétienne, un droit social chrétien, que cette législation ait pour objet de définir et de protéger dans le contrat de travail.
Non, si l’on ne voit avec l’Ecole classique dans l’expression de Justice sociale qu’un « néologisme qui cache le vague de la pensée sous l’impropriété des termes » ; — « qu’un mot qui n’a point de sens ». — Non, si l’on prend pour point de départ de l’étude de cette législation la conviction « qu’il n’y a pas de justice sociale ou particulière, et que si l’on parle quelquefois de justice légale, c’est une manière de qualifier l’injustice
En restreignant ainsi l’idée de justice à celle de la justice commutative, on dit alors fort logiquement que la société ne doit rien aux pauvres, «une obligation de charité ne pouvant jamais devenir une obligation de justice », et l’on donne l’exemple suivant de l’application de ces principes : « Rome ancienne possédait une notion très exacte de ce que réclame la justice dans les relations des hommes, et cependant elle envoyait les esclaves malades ou infirmes mourir dans une île du Tibre. Si elle connaissait la justice, elle ignorait la charité. »
Elle estimait, sans doute, comme l’auteur lui-même de cette appréciation le pose en thèse quelques lignes plus haut, que « la société ne doit rien aux pauvres ».
Eh bien, j’en demande pardon aux juristes dont j’ai reproduit ici le langage récent, ceci est la justice sociale païenne, ce n’est pas la justice sociale chrétienne, car, dans le christianisme, la charité n’est pas de conseil, elle est de précepte. « Si votre justice n’est pas plus parfaite que celle des docteurs de la loi et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux », a dit Notre-Seigneur Jésus-Christ.
Et comme un de ces docteurs lui demandait quel était le plus grand commandement, il le lui dit et ajouta « Voici le second qui lui est semblable : vous aimerez votre prochain comme vous-même; c’est dans ces deux commandements que sont renfermés toute la loi et les prophètes. »
Voilà donc bien l’esprit de la loi chrétienne, voilà le principe de la justice sociale chrétienne.
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