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lundi, 09 août 2010

Groupes réducteurs et noyaux dirigeants (II)

 

 

 LA RÈGLE DU JEU

  • Ce spécialiste de “pédagogie non directive”, vient de rassembler douze personnes autour d’une table pour leur faire « prendre conscience » des nécessités d’un “recyclage” …
  • Une dizaine de personnes se sont réunies pour « échanger » sur une actualité brûlante qui « fait problème ».
  • Deux cents étudiants se sont regroupés dans un amphithéâtre pour mettre au point une “plate-forme de revendications”, etc.

Parmi les modes de déroulement possible de ce genre de réunion, la plus courante à l’heure actuelle est certainement celle que nous allons définir ici. Mais la manière dont nous allons procéder, suppose que l’on mette en évidence ce qui n’est souvent que diffus, latent, implicite. Nous emploierons, dans ce but, certains mots clés, frappés en gros caractères.

Deux principes de base : Liberté - Égalité

Tout d’abord, on peut dégager deux règles essentielles :

La première est la liberté absolue pour les délibérants de penser et de dire ce qu’ils veulent. Cette règle peut être implicite, ou posée ouvertement en absolu. Aucune contrainte, (sauf celle-là). Chacun doit être libre de parler quand il veut. Aucune norme, aucune loi objective, aucune référence morale, aucun dogme, n’est reconnu a priori. À chacun sa vérité, ses convictions, son opinion.

La seconde règle est l’égalité des délibérants. Ici encore la chose peut être implicitement admise, simplement parce que tel est l’état moyen des esprits. On peut aussi la voir explicitée, posée clairement comme une règle du jeu par l’une des personnes présentes, ou par un animateur. C’est pourquoi ce genre de groupe se réunit souvent autour d’une table ronde, dont la forme même marque l’absence de hiérarchie, garantie de l’égalité des participants.

Il est important de remarquer que ces deux règles sont réciproques l’une de l’autre. Sans l’égalité des membres, l’un d’eux pourrait imposer son avis, son idée, son point de vue ou son expérience. Il n’y aurait plus de liberté. L’une garantit l’autre. L’une est indispensable à l’autre.

Les deux tendent à la même fin. Cette fin, nous l’appellerons “libéralisation maximale” .

En effet, la philosophie générale de ces deux principes, qu’elle soit explicite ou implicite, est que les participants de la réunion soient libérés au maximum de toute loi comme de toute autorité. Ainsi, dira-t-on parfois, les individus qui composent le groupe seront dégagés des « habitudes », des « préjugés », des « tabous », des « inhibitions », qui les « conditionnent ».

La règle du jeu est-elle possible ?

Mais la règle du jeu rend celui-ci apparemment impossible. Si l’on met en présence des personnes nécessairement diverses par l’âge, le sexe, l’expérience, etc., leur connaissance du problème que l’on va mettre en débat sera “inégale”. Ainsi, les avis seront différents.

Au nom de la liberté, chacun exprimera son point de vue. Tout naturellement on cherchera à convaincre les autres que l’on a raison.

Or, au nom de l’égalité, aucune autorité n’est reconnue pour prendre une décision, ou simplement pour imposer les compétences ou l’expérience de quelqu’un.

Dès lors, la réunion devient une série d’exposés divergents dont la résultante moyenne est nulle. C’est ce qu’on appelle généralement un “tour de table”. La machine va-t-elle rester bloquée avant d’avoir commencé à tourner ? Aucune décision, aucun acte ne pourra-t-il se dégager de la réunion ? Pourtant l’on veut « faire marcher l’appareil ». Implicitement ou explicitement, la libéralisation maximale n’est-elle pas souhaitée par tous ?

Dès lors, elle devient l’objectif essentiel de la réunion, et prend le pas sur le prétexte autour duquel elle fut organisée.

Cette obstination peut être due à la volonté méthodique d’un technicien de groupe, d’un animateur socioculturel, d’un psychotechnicien, ou simplement d’un manipulateur astucieux.

Mais elle peut aussi naître spontanément de l’état moyen des esprits. Il suffit pour cela que la majorité soit convaincue qu’il n’ y a pas de vérité objective, donc pas de réalité susceptible de s’imposer à tous comme norme de pensée ou d’action.

Dès lors en effet, la liberté des délibérants devient un absolu, car chacun paraît en droit de se forger une vérité relative, qui sera son opinion. Et puisqu’elle ne sera que son opinion, elle ne peut avoir plus de poids qu’une autre, car elle n’est pas moins subjective. L’égalité paraît donc nécessaire.

Argument moteur : La Fraternité

Mais il répugne à la nature humaine de parler sans but. L’étalage d’opinions contradictoires est irritant, et provoque un « blocage » des esprits. Pour que l’on puisse continuer de réaliser le « travail social » que l’on recherche, il faut trouver une « motivation » au groupe, lui maintenir sa cohésion. Il faut un “argument moteur”.

C’est aux mêmes principes libéraux que l’on va demander de le fournir.

  • Puisqu’il n’y a pas de vérité, mais seulement des opinions, il est indispensable de s’unir pour en forger une qui sera celle du groupe.
  • Puisqu’il n’y a pas de loi extérieure à celui-ci, à laquelle on doive se soumettre, il faut en forger une qui lui soit intérieure, c’est à dire basée sur la volonté générale. Ce sera en somme la résultante des opinions, égales entre elles, des personnes qui forment le groupe, ou si l’on veut, l’opinion moyenne.

Cet argument moteur peut se résumer ainsi :

Messieurs, seuls nous ne pouvons rien ; livrés à notre individualisme, notre opinion sera inutile. Or il faut bien déboucher sur quelque chose, ce qui suppose de nous unir, d’établir une fraternité entre nous. Quitte à renoncer parfois à quelque chose de notre opinion personnelle, nous devons nous forger une volonté commune. Grâce à cette union nous serons plus forts.

Notes

[1] St. Thomas De principiis Naturae, Des principes de la réalité naturelle.

Source: Vive Le Roy

jeudi, 05 août 2010

Groupes réducteurs et noyaux dirigeants (I)

Comment ces étudiants sérieux, après seulement quelques participations aux AG de grévistes, se sont-ils mutés, pour les uns en révolutionnaires hargneux et violents, et pour les autres en couards prêts à toutes les concessions ? Comment cette Conférence des Évêques de France a-t-elle pu déboucher sur des déclarations aussi insipides, consensuelles et pusillanimes ? C’est que ces deux groupes — et tant d’autres avec eux — ont en commun leur mode de fonctionnement en société de pensée. Catholiques, monarchistes et autres défenseurs du droit naturel ! impossible de survivre en démocratie sans s’instruire au préalable de cette technique de subversion de la pensée réaliste.

 

 Introduction de VLR

Nous publions ici un large extrait de l’ouvrage Groupes réducteurs et noyaux dirigeants dans sa version de 1973. Un grand merci à son auteur-éditeur ― Adrien Loubier ― d’avoir permis à VLR la mise en ligne exclusive de ce travail capital.

On lira avec intérêt l’ouvrage complet que l’on peut commander aux Éditions Sainte-Jeanne-d’Arc, Les Guillots, 18260 Villegenon.


 UN CERTAIN GENRE DE GROUPE

Voilà une expression qui peut paraître hermétique ; elle exprime pourtant assez bien le problème que nous allons nous efforcer de cerner dans les lignes qui suivent.

En effet nous n’avons pas l’intention de nous livrer à une étude exhaustive d’une espèce particulière de groupe humain, telle que :

  • syndicats,
  • groupes de travail,
  • clubs idéologiques,
  • cercles d’action catholique,
  • symposium,
  • forum,
  • séminaire,
  • recyclage,
  • ou tant d’autres prétextes réguliers ou occasionnels de réunions.

C’est plutôt aux caractères qu’ils peuvent avoir en commun, à leur forme sociologique, que nous voudrions nous attacher.

C’est pourquoi nous commencerons en parlant d’un certain genre de groupe, que nous définirons, non pas par son étiquette ou son profil extérieur, mais par les lois qui régissent sa nature et son fonctionnement interne.

Nous allons évoquer un certain genre de groupe que l’on pourra aisément reconnaître un peu partout grâce à sa règle du jeu et à son mode de vie, quelle que soit la raison immédiate qui a provoqué sa réunion.

Enfin, si nous disons « un certain genre de groupe », c’est en vue d’éviter toute globalisation ou généralisation abusive.

Notes

[1] St. Thomas De principiis Naturae, Des principes de la réalité naturelle.

Source: Vive Le Roy

Israël détruit des églises et des monastères au Liban, le Qatar les reconstruit !

 

Le généreux donateur

Au cours de son récent séjour au Liban, l’émir du Qatar, Sheikh Hamad Bin Khalifa Al-Thani, s’est rendu en compagnie du président de la République libanaise, Michel Suleiman, au monastère orthodoxe Saint-Mimas, en partie détruit par des tirs israéliens en juillet 2006 et restauré grâce à des fonds qataris. Il en est de même pour la restauration de l’église Catholique de la ville. Le maire a ensuite offert les clefs de la localité à l’émir puis les deux chefs d’Etat ont visité le monastère et l’église.

Le Qatar contribue à la restauration de plus de quarante monastères et des églises dans le sud du Liban.

D’APRES : http://www.orthodoxie.com/2010/08/liban-le-qatar-finance-la-restauration-dune-quarantaine-de-monast%C3%A8res-et-%C3%A9glises-dans-le-sud.html
ET (en Arabe) : http://www.qenshrin.com/details.php?id=22310

Vous ne trouverez pas cette information dans les médias qui incitent au choc des civilisations …

Source: Les Intransigeants

mercredi, 04 août 2010

La querelle du droit naturel (V)

 

 Conclusions

Il est temps de conclure. Nous le ferons par quelques séries de remarques.

Tout d’abord, nous voudrions souligner que le droit naturel ne fut pas une simple construction de l’esprit. Aristote décrivait ce qu’il observait dans les Cités grecques de son temps ; ses idées inspirèrent durablement les juristes romains et continuèrent à guider la pratique médiévale. La méthode des juristes en fut marquée : pour les adeptes du droit naturel classique, le droit est une casuistique, une confrontation d’opinions et d’espèces, une recherche patiente. Ce système connut de longs siècles d’utilisation, alors que les déductions légalistes des modernes ne couvrent dans l’histoire qu’une période relativement brève.

Soulignons ensuite que les accusations portées contre le jusnaturalisme moderne ne concernent pas le droit aristotélicien-thomiste :

  • loin d’être un dogmatisme autoritaire immuable, c’est une méthode souple, réaliste, véritablement empirique ;
  • loin d’être une construction idéaliste rivalisant avec le droit positif, c’est une manière sérieuse de fonder l’autorité des lois positives humaines, sans pourtant les ériger en despotes ;
  • loin d’être un subjectivisme étroit, c’est un droit objectivement tiré de la nature ;
  • loin de confondre le droit avec la morale, c’est la doctrine qui précise le mieux l’objet spécifique du droit et le situe à l’intérieur de la morale.

En bref, le droit naturel classique, correctement compris, représente un double dépassement du positivisme et de l’idéalisme, ces deux grandes erreurs dont les philosophies du droit modernes ne sont jamais parvenues à s’affranchir complètement. Et, par là, il demeure d’une singulière actualité.

Guy Augé

Source: Vive Le Roy

“Un Poison violent” : un film christianophobe tourné dans nos églises !

Des adolescents pré-pubères qui se souillent dans les bois. Une gamine qui lave son grand-père tout nu. Une mère qui parle de choses curieuses avec sa fille, au delà de simples questions intimes sur la sexualité. Un Prêtre qui cherche à avoir des relations sexuelles avec une paroissienne divorcée. De la christophobie et du rejet de Dieu tout au long d’un film apparemment ultra-soporifique. Un titre de film reprit du titre d’une chanson du sioniste pervers Serge Gainsbourg … Oui, il s’agirait bien du film bobo de l’année !

La chaîne Arte (dont nous connaissons les origines “franco-allemandes” [sic] …) serait intervenue dans la production (via Arte France Cinema, également financée en partie par l’Etat) … La distribution internationale serait assurée par Films Distributions dont un certain Sébastien Msika est le secrétaire général, Aurélie Tobelem est la Directrice des affaires générales, Sébastien Beffa est le partenaire commercial … etc …



Poison violent : un film christianophobe tourné dans nos églises !

« Un poison violent », c’est le récit d’une histoire d’amour entre deux « jeunes adolescents » de 14 ans dans le « Finistère très profond ». Anna, jouée par la gracieuse Clara Augarde, une jeune fille « engluée dans une famille catholique pratiquante » (Libé, excellent retranscripteur de l’esprit du film) qui se prépare au sacrement de la Confirmation, « dernière étape dans son engagement catholique » (sic. Quand on lit le synopsis du film, on a l’impression qu’elle achève un master 2 !). Pierre, « un adolescent libre et solaire se souciant peu de Dieu » joué par Youen Gourvil Leboulanger.

Que croyez-vous qu’il se passe ? Anna évangélisant Pierre ? Ne rêvez pas ! Plutôt… Pierre chevauchant Anna, très légèrement vêtue, allongée et pas spécialement partante au début… avant qu’on ne les voie nus en train de s’embrasser. Il faut dire que le producteur, Justin Taurand (société « Les films du bélier« ) aime bien les amourettes mettant en scène… de jeunes adolescents. N’a-t-il pas réalisé en 2002 le court-métrage « Derrière les volets » ainsi résumé : « Dans un village corse, César, un adolescent, rencontre Alice. Alors que ses parents sont à la plage, il l’entraîne dans sa maison louée pour l’été. A défaut de pouvoir se parler, ils font l’amour. » Quand ce ne sont pas les films homos. « Les films du bélier » nous préparent en effet un long métrage pour le 22 septembre prochain intitulé « Homme au bain » avec dans le rôle principal François Sagat, une star du porno gay. Synopsis : « entre Gennevilliers et New-York, Omar et Emmanuel ne s’épargnent rien pour apporter à l’autre la preuve qu’ils ne s’aiment plus ». Le film sera interdit aux moins de 16 ans…

« Un poison violent », c’est sous des airs innocents, une charge violente contre « le poids de la religion qui [empoisonne]« (selon les termes de Marie Laborie, présentatrice sur Arte) la jeune Anna, mais aussi sa mère (Lio) et… le prêtre (Stefano Cassetti). Au rendez-vous : une caricature du catholicisme (on entend lors d’un minuscule bout d’homélie un évêque, l’air austère pour ne pas dire sévère, déclarer : « les tendances de la chair s’opposent à l’Esprit » et Lio accuse sur Arte la religion catholique de ne pas regarder « avec bienveillance » et de « bafouer » le corps), un pacte d’athéisme et d’hédonisme entre le grand-père grabataire (Michel Galabru) et sa petite fille Anna. Mais aussi Anna qui toilette le corps nu de son grand-père, un curé en col romain fou amoureux d’une paroissienne et prêt à passer à l’acte (c’est elle qui se refuse)…

« Un trajet d’émancipation« qui traduit évidemment la rupture avec l’« enfance assez croyante » de Katell Quillévéré, la réalisatrice.

Vous imaginez bien qu’avez une telle trame, le film « Un poison violent » bénéficie de nombreux soutiens. Son budget de 2,32 millions d’euros inclut 350 000 euros d’investissements en préachat et coproduction d’Arte France Cinéma mais aussi des préachats de Canal + et Ciné Cinéma sans oublier les soutiens financiers des régions Bretagne et Pays de la Loire.

Ce qui est beaucoup plus inattendu, c’est le soutien du curé de Pleyben qui, après avoir lu le script en entier, a accepté le tournage dans l’église de Brasparts (qui fait partie de l’ensemble paroissial de Traon-ar-Méné) avec même, paraît-il, un vrai prêtre figurant. Au téléphone, il m’assure que « ça n’est pas un drame », que « le film n’est pas si terrible que ça ». C’est seulement une attaque en règle contre l’enseignement moral – incompris – de l’Eglise, trois fois rien… « Et puis ce sont des choses qui arrivent ». Les relations sexuelles entre ados de 14 ans ? Les prêtres qui ne respectent pas leur engagement ? Certes, mais de là à cautionner ! « Je n’allais pas leur demander de changer leur script ! ». Pourquoi pas ? Si les réalisateurs de films veulent tourner dans des églises catholiques, ils n’ont qu’à respecter l’Eglise, son enseignement et ses prêtres !

Le Père Claude Caill, curé de la paroisse Saint Louis de Brest, me confie quant à lui ne pas avoir eu de « vision globale » du film. « Le tournage en l’église de Brasparts avait déjà eu lieu, tout était enclenché et la mairie de Brest nous avait demandé d’accepter. » Sa paroisse est réputée plus traditionnelle que les autres à Brest : on y célèbre la messe Paul VI mais les filles ne sont pas admises au service de l’autel. « Lorsque le tournage dans l’église a eu lieu, en présence d’un jeune vicaire, je n’étais pas là mais en camp avec des scouts d’Europe ou des SUF. Je regrette ce tournage, si j’avais su, ça aurait été niet » m’assure-t-il avec amabilité. Je lui suggère d’être plus curieux et méfiant à l’avenir.

Car une des scènes du film, celle de la Confirmation, a été tournée en juillet 2009 dans l’église Saint Louis, à Brest en présence de 400 figurants (dont beaucoup de paroissiens pour éviter tout comportement irrespectueux. Savaient-ils que le film dans lequel il vont apparaître véhicule un message christianophobe ?). Reconstruite au titre des dommages de guerre après les bombardements alliés, achevée à Noël 1957 et consacrée en 1958, l’édifice est la propriété de la commune (manifestement pas pressée de la restaurer malgré des fuites d’eau quand il pleut)… Le curé n’en reste pas moins l’affectataire exclusif.

Il est quand même dommage que le tournage dans deux églises bretonnes d’un film qui s’en prend grossièrement à l’Eglise catholique, à son enseignement moral, à la figure du prêtre et à la chasteté n’ai pu être empêché ! Mais le mal est fait et « Poison violent » sort mercredi au cinéma. Une prouesse que de tourner un film christianophobe avec autant de figurants chrétiens pratiquants…

Pour votre information, Katell Quillévéré s’est illustrée par la réalisation d’un court-métrage « érotique » en 2009 dans le cadre de la série longue « Cyprine » avec Fabianny Deschamps, réalisatrice de « Pascoa », un court-métrage destiné à la campagne pour la légalisation de l’avortement au Portugal en 2007.

Quant à la chanteuse (et actrice, il paraît) Lio, elle « [s'est] faite avorter plein de fois » et considère l’avortement comme un « droit inaltérable » (sic). Elle ose après ça se déclarer « contre la peine de mort à 400 000% »… (21 décembre 1991).

Côme Dubois et Thibaud Coupry

SOURCE : http://www.riposte-catholique.fr/breves/poison-violent-un-film-christianophobe-tourne-dans-nos-eglises

Article relayé sur le Blog des Intransigeants

lundi, 02 août 2010

La querelle du droit naturel (IV)

 

 Le droit naturel classique

Ces prémisses un peu longues, bien que très résumées, étaient indispensables pour tenter de présenter la doctrine de l’authentique droit naturel des classiques.

Un système juridique peut être caractérisé par l’objet, les sources et le contenu du droit qu’il propose. Voyons ce qu’il en est à cet égard du système aristotélicien-thomiste [10].

Le droit, c’est le juste

Pour Aristote (que saint Thomas reprendra très fidèlement), le droit, c’est le juste (Dikaion, Id quod justum est). Mais qu’est-ce que le juste ?

Dans un premier sens, très extensif, le « juste général » est synonyme de la loi naturelle et participe de la loi éternelle. Saint Thomas nous explique que c’est le plan de Dieu sur le choses, mais nous ne le connaissons point.

Il existe, dans un second sens, une signification spécifique, beaucoup plus intéressante pour le juriste : c’est le « juste particulier », dont l’objet est le bon partage, suum cuique tribuere («  rendre à chacun le sien  »). C’est là une définition très réaliste de l’office du juge et qui permet de bien délimiter le droit par rapport aux disciplines voisines.

Aristote ajoutait que l’essence de la justice était la recherche d’une égalité ou d’une proportionnalité dans le partage : il distinguait la justice distributive (avec une proportion géométrique), de la justice communative (où prévaut la proportion arithmétique), la seconde servant à rétablir les ruptures d’équilibre (notamment dues aux échanges) que la première s’efforçait de réaliser dans sa répartition.

Le juste naturel

Le juste naturel (dikaion phusikon), tire sa source, comme son nom l’indique, en premier lieu et principalement de la nature, de l’observation du monde extérieur. Nous avons déjà expliqué en quel sens cela était concevable : la raison humaine lit le droit dans l’observation de la nature, dans les modèles justes qu’elle offre.

Cependant, si la nature est une source objective et riche, elle n’est pas toujours suffisamment explicite, et elle reste très mouvante. Or, le juge a besoin de solutions fermes, précises, relativement durables. Autrement dit, il a besoin de lois (dikaion nomikon). Car ce serait une grossière erreur de supposer le droit positif (nous ne disons pas le positivisme juridique !) en opposition avec la doctrine du droit naturel : bien au contraire, cette doctrine est probablement la seule a pouvoir donner un fondement satisfaisant à l’autorité des lois humaines.

Les sociétés étant naturelles ont besoin de chefs ; et le rôle des chefs légitimes est précisément de faire des lois, de prescrire des solutions ou de les adapter.

La loi positive est donc dans un rapport de complémentarité plutôt que d’antagonisme avec le juste naturel. Elle s’inspire autant que possible et parfois directement de la nature ; mais très souvent la nature est vague ou indéterminée ; les déterminations du législateur seront donc forcément arbitraires.

C’est pourquoi la doctrine jus-naturaliste ne confère pas aux lois une autorité inconditionnelle : œuvre de la raison humaine, en grande partie, les lois ne sont pas infaillibles ; on ne leur obéit, on ne les applique que si elles sont et demeurent justes.

La loi est un instrument au service du droit qui reste au-dessus d’elle ; aussi est-il toujours possible d’atténuer ou de corriger la loi par l’équité.

On voit bien, par conséquent, que la caractéristique de ce système est son extrême souplesse plutôt que le dogmatisme autoritaire et l’immutabilité dont on lui fait généralement reproche. On pourrait assez exactement parler à son propos d’empirisme organisateur. Et il n’est pas surprenant qu’il ait heurté, par une certaine imprécision qui lui est propre, le besoin de certitude, le systématisme et le mathématisme des modernes.

L’essence et le contenu du droit

Les divergences se retrouvent aussi quant à l’essence du droit, quant à son contenu.

Le mot « droit », dans notre langue moderne, s’est substantivé ; pourtant, à l’origine, dikaion est un adjectif ; les Romains, de même, parlaient du justum, de l’id quod justum est, « cela qui est juste ». La grammaire ici est expressive, car pour les classiques le droit est une valeur à chercher plutôt qu’un ensemble de règles données par avance. Le juste, c’est la recherche de la bonne solution, appliquée à chaque cas concret, hic et nunc , accordée à l’espèce comme l’adjectif à son substantif [11].

Il n’existe donc pas, à proprement parler, de règles expresses de droit naturel, et le droit naturel ne se confond pas avec les lois, ni même, en son sens rigoureux, avec la loi naturelle : saint Thomas, dans la Somme théologique, consacre tout un traité aux lois ; mais ce n’est pas là qu’il nous parle du droit : il y consacre un autre traité, nettement distinct [12].

Le droit naturel classique ne prétendait nullement revêtir une forme déductive, une rigueur scientifique ; il restait l’art des prudents, il s’exerçait dans le contingent.

Notes

[10] Les deux sources essentielles de la doctrine classique sont L’Éthique nichomaquéenne d’Aristote, livre V, et le De Jure et justifia de saint Thomas, S. th. II a II ae, qu. 57 sq. On trouvera des références détaillées dans les ouvrages visés par la note (1).

[11] Cf. Michel VILLEY, « Une définition du droit », dans les Archives de philosophie du droit, 1959, p. 47-65.

[12] Le traité des lois prend place dans la Ia II ae (qu. 90 et suiv.), alors que le traité du droit et de la justice se situe dans la IIa II ae (qu. 57 sq.). C’est l’erreur de trop nombreux interprètes que de vouloir chercher la pensée de saint Thomas sur le droit en consultant ce qu’il écrit de la loi.

Source: Vive Le Roy

vendredi, 30 juillet 2010

La querelle du droit naturel (III)

 Les fondements du droit naturel classique.

Une philosophie classique soumise au réel mais avide de connaître son extraordinaire diversité

Si l’idée de droit naturel paraît tellement impensable à Kelsen et à la plupart de nos contemporains, c’est dans la mesure où ils raisonnent sur des postulats qui se sont dégagés précisément contre l’ontologie d’Aristote et de saint Thomas.

Ayant, arbitrairement, réduit la nature à la matière et au déterminisme des lois « physiques », les modernes se sont ensuite évidemment trouvés incapables d’en tirer du devoir-être, des normes et du juste.

La philosophie classique avait de la nature une perception très différente : au lieu de plier le réel aux exigences de la logique, aux catégories quantitatives d’une pensée mathématique, elle jetait sur le monde extérieur un regard plus naïf et plus réceptif.

La nature des classiques affecte des dimensions cosmiques, autrement plus amples que l’étroite nature humaine que certains modernes consentent encore plus ou moins à prendre en considération. Elle englobe tout ce qui existe, non pas simplement les aspects matériels, mais l’intégralité du complexe humain, corps et esprit, les institutions sociales, les familles, les groupements d’affaire, les Cités…

Pour Aristote, toutes ces choses sont “naturelles”, éclosent en quelque sorte comme des plantes, naturellement, alors qu’elles passent pour être artificielles et conventionnelles aux yeux des modernes adeptes du contrat politique ou social.

En outre, cette nature aristotélicienne-thomiste recèle de la beauté, de l’harmonie, de l’ordre, des valeurs, bref des causes finales.

La nature de l’homme : c’est sa fin

À côté des êtres singuliers qui sont la réalité première, apparaissent des formes, des essences générales, substances secondes dégagée par abstraction et qui constituent les universaux de la fameuse querelle ; viennent enfin les causes finales, car les mouvements des êtres ont une signification qui les valorisent.

Il existe donc bien, dans le cadre de cette nature cosmique globale, une « nature de l’homme », mais c’est sa fin, c’est son épanouissement ultime. De telle sorte que cette nature qui est un terme, un devenir, nous ne pouvons que l’ignorer dans sa perfection, dans son achèvement.

Une approche inductive et objective et non déductive et subjective

Pour chercher l’ordre naturel, c’est du monde visible que partent les classiques et ce qu’ils rencontrent, c’est l’homme social, concret, divers, changeant parce qu’il est libre. Saint Thomas nous dit explicitement [7] que la nature humaine est muable (natura hominis est mutabilis).

Cependant, la diversité du réel nous offre un terrain de recherche et d’expérimentation, elle permet de reconnaître des modèles justes, c’est-à-dire réussis, des exemples à poursuivre, des échecs à proscrire.

Et alors il devient possible de puiser un droit réellement objectif à travers l’observation de cette riche nature. Sans doute est-ce l’esprit de l’observateur qui aura à reconnaître les modèles justes ; mais l’esprit ne les tirera pas de lui-même, de quelque connaissance innée ; c’est tout de même à la nature extérieure qu’il empruntera, qu’il se référera.

Il reste que tout cela implique des postulats initiaux assez nets :, ce qui ne va pas sans l’idée de Dieu [8] et

  • la négation de l’absurdité du monde
  • une suffisante confiance dans la connaissance humaine pour qu’elle reste apte à connaître de ces valeurs naturelles [9].

Notes

[7] Somme théologique, II a II ae, qu. 57, art. 2.

[8] Le Dieu des philosophes, d’ailleurs, davantage que le Dieu de la Révélation : Aristote n’était pas chrétien, mais il était religieux.

[9] En dépit de la tache originelle. Selon l’augustinisme, la déchéance adamique était trop grande pour permettre autre chose qu’un positivisme divin.

Source: Vive le Roy

mercredi, 28 juillet 2010

L’essence satanique de la Révolution française

 

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La Révolution qui est survenue en France à la fin du XVIIIe siècle, faisant qu'il y a bien, malgré l'aveuglement de nos contemporains, un avant et un après 1789, le passage, par l'effet d'une fracture violente et radicale, entre un monde fondé sur des valeurs sacrées, et un autre livré et dominé par les puissances auxquelles nous sommes à présent soumis et asservis, est une révolte contre l'ordre naturel et surnaturel établi par Dieu.



Foncièrement antichrétienne et antireligieuse, elle s’est attaquée avec une sorte de fureur irrationnelle à l'église, tuant son clergé, combattant sa hiérarchie, ses institutions, ses dogmes, et, pour mieux la renverser, elle a voulu arracher et détruire, par une politique systématique qui poussa la folie jusqu'à établir un nouveau calendrier afin d'effacer des mémoires le temps grégorien, définitivement les fondements mêmes du christianisme.



Pourtant, les acteurs qui animèrent la Révolution semblent être de simples marionnettes sans réelle influence sur le cours des choses, des pantins suspendus à des fils actionnés par des mains inconnues ; à cet égard Joseph de Maistre écrit :



« La Révolution française mène les hommes plus que les hommes ne la mènent. (...) Plus on examine les personnages en apparence les plus actifs de la Révolution, et plus on trouve en eux quelque chose de passif et de mécanique. On ne saurait trop le répéter, ce ne sont point les hommes qui mènent la Révolution, c’est la Révolution qui emploie les hommes. On dit fort bien quand on dit qu’elle va toute seule. Cette phrase signifie que jamais la Divinité ne s’était montrée d’une manière si claire dans aucun événement humain. »



De la sorte, dirigée par des fantômes, la Révolution n’en fut que plus dangereuse, plus menaçante, car non dépendante de la décision ou du charisme d’un homme. Ne reposant pas sur la volonté de ceux qui en servent la cause, la Révolution posséda de ce fait une capacité de nuisance non maîtrisable, un devenir et une logique échappant à toutes les règles habituelles qui, jusqu’alors, régissaient l’Histoire.





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Joseph de Maistre

 

Comme le souligne Joseph de Maistre :



« Un des plus grands crimes qu’on puisse commettre, c’est sans doute l’attentat contre la souveraineté, nul n’ayant des suites plus terribles. Si la souveraineté réside sur une tête, et que cette tête tombe victime de l’attentat, le crime augmente d’atrocité. Mais si ce Souverain n’a mérité son sort par aucun crime ; si ses vertus même ont armé contre lui la main des coupables, le crime n’a plus de nom. »



L’incroyable passivité générale, la quasi indifférence dans laquelle Louis XVI fut exécuté fait de ce régicide un crime collectif :



« jamais un plus grand crime n’appartint à un plus grand nombre de coupables »,



en conséquence :



« Chaque goutte du sang de Louis XVI en coûtera des torrents à la France... »



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Ainsi, on peut affirmer qu’un effroyable vertige criminel s’est emparé de la France révolutionnaire, est que ce mystère ne peut trouver son explication que dans un ordre d’une nature étrangère à l’intelligence humaine.



Pire encore, cet ordre étranger, échappe non seulement au domaine de la loi de la raison naturelle, mais aussi au règne substantiel de la vérité ontologique qui féconde et donne la vie. C’est pourquoi soutiendra Maistre :



« Le mal n’a rien de commun avec l’existence ; il ne peut créer, puisque sa force est purement négative : le mal est le schisme de l’être ; il n’est pas vrai. Or ce qui distingue la Révolution française, et ce qui en fait un événement unique dans l’histoire, c’est qu’elle est mauvaise radicalement ; aucun élément de bien n’y soulage l’oeil de l’observateur : c’est le plus haut degré de corruption connu ; c’est la pure impureté. »



Une « pure impureté », le jugement est implacable, mais il est certes à la hauteur de l’œuvre de forfaiture commise à l’encontre d’une institution sacrée, de l’attentat contre un monde qui avait sans doute ses imperfections, mais qui avait su protéger au fil des siècles par ses vénérables institutions les plus hautes vertus dont l’esprit est capable, respectant la bienfaisante hiérarchie des valeurs et plaçant la religion au centre de toutes les activités des hommes sur cette terre. Auparavant, comme nous le savons, les anciens levaient les yeux vers le Ciel, scrutant l’immensité en y cherchant la rassurante présence de Dieu. Le renversement du regard, la désorientation du cœur et de l’âme, le rejet de Dieu pour faire de l’homme, en l’exaltant inconsidérément, la nouvelle idole d’un culte sanguinaire, telle est l’entreprise sacrilège de la Révolution.



Ceci explique pourquoi :



« Il y a dans la Révolution française, un caractère satanique qui la distingue de tout ce qu’on a vu et peut-être de tout ce qu’on verra. (...) Le discours de Robespierre contre le sacerdoce, l’apostasie solennelle des prêtres, la profanation des objets du culte, l’inauguration de la déesse Raison, et cette foule de scènes inouïes où les provinces tachaient de surpasser Paris ; tout cela sort du cercle ordinaire des crimes, et semble appartenir à un autre monde. »







La contre-révolution et son principe



Joseph de Maistre comprendra donc très bien que la Révolution ne peut être authentiquement combattue que par la mise en œuvre d’un principe inverse, d’une négation radicale des bases doctrinales du ferment corrupteur révolutionnaire.



Si la Révolution est de nature satanique, écrit Maistre à l’évêque de Raguse en 1815,

« elle ne peut être véritablement finie, tuée, que par le principe contraire, qu’il faut simplement délier (c’est tout ce que l’homme peut faire) ; ensuite il agira tout seul. »



Au fond la méthode du redressement salvateur est simple pour Maistre, il s’agit en effet de « délier le principe contraire », pour ainsi dire de le libérer, de lui rendre sa capacité d’action et d’intervention au sein de la réalité collective, de l’autoriser à pénétrer de nouveau spirituellement et organiquement toutes les différentes couches du corps social. Le résultat de ce redressement « contre-révolutionnaire », Maistre l’expose sans détour avec une surprenante clarté :

« Cette immense et terrible Révolution fut commencée, avec fureur qui n’a pas d’exemple contre le catholicisme et pour la démocratie ! Le résultat sera pour le catholicisme et contre la démocratie. »



De ce fait, voici la définition la plus précise, la plus juste, la plus exacte de ce qu’est l’essence profonde de la contre-révolution, de sa perspective et son objet propre :



« Le rétablissement de la monarchie qu’on appelle "contre-révolution", ne sera point une "révolution contraire", mais le "contraire de la révolution". »



Enfin, comment ne pas citer en forme de synthèse de la conception politique maistrienne les dernières lignes du chapitre V des Considérations sur la France, lignes où Maistre prédit un possible rétablissement du christianisme et de la royauté, après leur triomphe sur les épreuves infligées par l’histoire :



Français ! faites place au Roi très-chrétien ; portez-le vous même sur son trône antique ; relevez son oriflamme, et que son or, voyageant d’un pôle à l’autre, porte de toute part la devise triomphale :



CHRISTUS REGNAT, VINCIT, IMPERAT !

 

Article publié sur le blog du Cercle légitimiste Robert de Baudricourt

mardi, 27 juillet 2010

La querelle du droit naturel (II)

 

  La vision corrompue du droit naturel et sa critique.

Nous comprenons, aujourd’hui encore, le droit naturel, non pas à la manière d’Aristote et de saint Thomas, mais en héritiers du nominalisme et des doctrines modernes, ce qui implique une double déviation sur le sens de « droit » et sur celui de « nature ».

La conception nominaliste du droit naturel

Pour le nominalisme, en effet, seuls les individus sont réels et les concepts n’ont pas d’existence propre.

Le droit n’a donc plus de fin spécifique ; il n’est qu’un ensemble de règles ou de lois et se définit par cette forme légaliste plutôt que par son objet.

Quant à l’idée de nature, elle a subi une réduction un aplatissement, un appauvrissement redevables surtout, semble-t-il, à la conception dualiste de Descartes opposant la res cogitans à la res extensa, l’esprit à la matière, le corps à l’âme. De là cette vision d’une nature matérialiste, quantitative, mécaniste, d’où l’on serait bien en peine de tirer quelque droit.

Que va donc désigner, dans ces conditions, l’expression “droit naturel” ?

Un ensemble de règles idéales, immuables, tirées de la raison de l’homme exclusivement ou d’une définition a priori de l’essence de la nature humaine individuelle. Ces règles idéales s’opposeraient, plus ou moins selon les circonstances, au droit positif, autre corps de règles posées par le législateur, et pourvues, quant à elles, de la sanction étatique.

La conception moderne du droit naturel

Parfois aussi, on qualifie de naturel un droit sacral tiré des Écritures et de la Révélation : c’était là une vieille tentation de l’augustinisme du haut Moyen âge, contre laquelle est venue réagir, précisément, saint Thomas d’Aquin, mais qui n’a jamais totalement disparu ; contre le thomisme, elle devait alimenter, à partir des XIVe-XVe siècles, le courant nominaliste franciscain, la réaction luthérienne et même, dans une certaine mesure, la scolastique espagnole tardive de Suarez, Vitoria, Molina au XVIe siècle, et le néo-thomisme contemporain.

Le droit naturel sacral, définitivement laïcisé par Grotius, Pufendorf et Wolf, allait, en effet, rejaillir sur la renaissance thomiste de la fin du XIXe siècle : l’influence est très sensible, par exemple, chez un Taparelli d’Azeglio, auteur d’un code de droit naturel, finalement beaucoup plus wolfien et suarezien que véritablement thomiste.

Les faiblesses de la conception moderne du droit naturel

Or, à définir de la sorte le droit naturel, on l’expose à une série de critiques graves qui expliquent la désaffection dans laquelle il est tombé aux XIXe-XXe siècles, notamment sous l’effet du criticisme kantien et du sociologisme.

De deux choses l’une, en effet.

  • Ou bien, première hypothèse, le droit soi-disant naturel des modernes prend effectivement l’aspect d’un code idéal, immuable, axiomatique, et il installe un dualisme dans le droit, il rivalise dangereusement avec le droit positif. En ce cas, l’on a beau jeu de stigmatiser les faiblesses d’un jus-naturalisme artificiellement déduit de prémisses trop étroites (la nature individuelle), fragiles et subjectives (les apriorismes de la raison). Idéologiquement, le droit naturel ne fait que recouvrir d’un faux-semblant juridique des attitudes passionnelles ou des intérêts de classes ; techniquement, il est vain et dangereux, vain dans la mesure où il a besoin de se transformer en droit positif pour devenir effectif, dangereux en ce sens qu’il peut affaiblir l’efficacité de ce droit positif chaque fois qu’il n’est pas reçu et juridicisé par lui. Pratiquement, son individualisme le condamne à n’être qu’un catalogue de droits subjectifs de la personne, tirés d’un prétendu « état de nature » présocial ou sombre dans un dogmatisme autoritaire et rigide.
  • Ou bien, seconde hypothèse, on renonce à l’édification d’un système axiomatique pour s’en tenir à l’identification du droit naturel avec la loi naturelle immuable mais vague, ce qui a pour effet de réduire le droit naturel à quelques préceptes moraux, imprécis dans leur extrême originalité : que peut déduire le juge d’une maxime telle que celle suivant laquelle «  il faut faire le bien et éviter le mal » ? De ce point de vue, le droit naturel devient « une belle étiquette sur une bouteille vide », comme l’a dit, en particulier, des théories du néokantien Stammler, inventeur d’un “droit naturel” à contenu variable.

Par conséquent, qu’on lui accorde trop, ou trop peu, le droit naturel des modernes n’est pas satisfaisant pour le juriste : ses relations avec le droit positif et avec la morale sont mal délimitées. D’ailleurs, s’agit-il vraiment de droit naturel ?

  • Un droit tiré de la raison est un droit rationnel ;
  • un droit tiré de la Révélation est un droit surnaturel ;
  • les innombrables traités sur la loi naturelle sont des traités de Morale.

Les objections contemporaines contre le droit naturel

Le droit naturel authentique est un droit lu dans la nature extérieure. Mais est-ce possible ?

La pensée moderne et contemporaine ne le croit pas et ne peut pas même le concevoir, formée qu’elle a été dans le mépris d’Aristote, l’ignorance de saint Thomas, les présupposés du nominalisme, puis du dualisme cartésien, du criticisme kantien et du positivisme comtiste.

Le juriste-philosophe contemporain autrichien, Hans Kelsen, est très net sur ce point :

La nature constituant un système de faits, n’a pas de volonté et ne peut, par conséquent, prescrire un certain comportement humain… De ce qui est (Sein), on ne saurait tirer une conclusion sur ce qui doit être (Sollen). En cherchant à tirer de la nature des normes pour le comportement humain, la théorie rationnelle du droit naturel repose sur un paralogisme. Il en va de même de la tentative pour déduire de telles normes de la raison humaine. Des normes qui prescrivent un comportement humain ne peuvent provenir que de la volonté. Et cette volonté ne peut être qu’une volonté humaine si nous excluons des spéculations métaphysiques… La raison humaine peut comprendre et décrire ; elle ne peut pas prescrire. [5]

Ainsi donc, pour le positiviste néokantien Kelsen, il n’y a pas l’ombre d’une hésitation : on ne saurait extraire à partir de l’être (du Sein), un devoir-être (un Sollen).

Déjà Henri Poincaré, dans une formule analogue, non moins connue, excluait la possibilité logique d’arriver à un impératif en partant d’un indicatif [6]. Ces objections sont-elles aussi décisives que le croient les adversaires contemporains du droit naturel ?

À l’égard du droit naturel moderne, elles portent certainement, et nous les ferions nôtres, en en rajoutant au besoin. Il est bien vrai que la prétention de tirer un droit et, de surcroît, un droit immuable, intemporel, à partir de la seule nature humaine n’est pas sérieuse. Il n’en peut résulter qu’un positivisme masqué et toute la mauvaise métaphysique des droits subjectifs de la personne humaine.

Ces constructions ont débouché sur les théories de l’autonomie de la volonté et du consensualisme, dont notre droit privé traîne encore d’anachroniques conséquences justement dénoncées ; mais n’oublions pas qu’elles ont également engendré

  • le contrat social,
  • les droits de l’homme inaliénables et imprescriptibles,
  • la démocratie moderne,
  • bref, toute la charpente idéologique de l’individualisme libéral.

Mais condamner une mauvaise métaphysique ne devrait pas entraîner le rejet de toute métaphysique, comme dans la réaction sociologiste contemporaine qui se borne à substituer une erreur nouvelle (le « factualisme », la soumission aveugle aux « faits ») à une erreur ancienne (le légalisme juridique).

Un examen plus attentif de l’authentique droit naturel des fondateurs permet de constater que la plupart des critiques portées au droit naturel en soi, et qui valent en effet pour son acception moderne déformée, n’ont pas de prise sur la doctrine classique.

Guy Augé

Notes

[5] Hans KELSEN, Was ist Gerechtigkeit ?, Wien, 1953, p. 38.

[6] Henri POINCARE. Dernières pensées, Paris, 1913, p. 225.

Source: Vive Le Roy

lundi, 26 juillet 2010

La querelle du droit naturel (I)

Les détracteurs du droit naturel ignorent souvent qu’ils s’en prennent aux conceptions modernes de Grotius, Kant ou Taparelli d’Azeglio, très éloignées du droit naturel classique énoncé par Aristote et Thomas d’Aquin. Non déductif mais inductif, le droit naturel s’obtient par la soumission de l’intelligence au réel, par l’observation patiente de la nature dans les modèles justes qu’elle offre. Parce que le juste concret est sa finalité, il confère leur autorité aux lois, mais leur ôte tout caractère absolu : il permet, si nécessaire, de les corriger ou de les atténuer. À ce titre, le droit naturel constitue plus que jamais le remède au légalisme, cette plaie de nos sociétés modernes.

  Équivoque sur le droit naturel [1]

La question du droit naturel a fait couler beaucoup d’encre, et elle reste l’une des clés de la philosophie du droit. Tour à tour ou concurremment, les juristes, les moralistes, les philosophes, les théologiens s’y sont penchés avec intérêt. Le sujet est très encombré, et pourtant il n’est pas certain qu’il soit parfaitement éclairé, même si l’on s’en tient, comme nous voudrions le faire ici, au strict point de vue juridique. Sur ce plan précis, des travaux récents ont été effectués qui apportent des lumières nouvelles à une vieille querelle, et mériteraient de notre part beaucoup d’attention [2].

En France, à l’heure actuelle, le droit naturel n’est guère pris en considération parmi les juristes : la majorité d’entre eux est gagnée au positivisme et au sociologisme ambiants. Or, ce discrédit provient surtout, semble-t-il, d’une grave équivoque qu’il conviendrait de dissiper avant toute chose.

Le jusnaturalisme remonte, dans sa formulation, au IVe siècle avant notre ère, puisqu’Aristote n’a pas usurpé sa réputation d’en être le père spirituel.

Ses idées furent reprises et magistralement intégrées à la vision chrétienne du monde par saint Thomas d’Aquin au XIIIe siècle.

Malheureusement, entre ce droit naturel classique des fondateurs et nous, un écran déformant a été placé par l’école du droit naturel moderne [3], issue du fameux juriste néerlandais Hugo Grotius (1583-1645), et continuée par une postérité que l’on peut faire culminer avec Emmanuel Kant (1724-1804) [4]. Mais le droit naturel moderne n’a rien de commun avec le droit naturel classique, n’était son appellation de droit naturel, au demeurant assez abusive. Il en serait plutôt la déformation systématique, la caricature ou la négation.

Hélas ! la version frelatée devait prévaloir dans les esprits, et c’est elle que continue d’évoquer, généralement, aux yeux des contemporains, l’expression de « droit naturel ».

Si l’on croit souhaitable de réhabiliter pleinement cette notion, et nous sommes fermement de cet avis quant à nous, le premier pas est de laver le droit naturel de sa contamination moderniste. Entendons par là qu’il faut soigneusement se garder de confondre ce que la philosophie “moderne” (des XVIe-XVIIIe siècles) baptisait “droit naturel”, avec ce que la philosophie aristotélicienne-thomiste entendait sous cette même expression. Car le conflit est d’ordre philosophique : c’est au niveau de l’ontologie et de la théorie de la connaissance que se situent les racines de la controverse sur le droit naturel, qu’apparaissent ou que s’obscurcissent l’intelligibilité et la possibilité d’un authentique droit naturel, c’est-à-dire d’un droit lu dans la nature extérieure objective.

Voilà ce qu’il s’agit de préciser à gros traits : le problème est trop vaste et trop complexe pour se trancher en quelques lignes. Il exigerait de longs développements, notamment dans sa genèse historique. Nous nous bornerons à essayer de l’introduire.

Pour ce faire, nous exposerons :

  • d’abord la vision corrompue du droit naturel « moderne » et les critiques (souvent légitimes) qu’on ne manque pas de lui adresser, mais que l’on aurait tort d’appliquer au droit naturel indistinctement ;
  • puis nous examinerons, par comparaison, les présupposés tout différents du réalisme classique et ce qu’il en résulte quant au but, quant aux sources et quant à l’essence du droit.

Au terme de ces développements, nous serons mieux en mesure d’apprécier la valeur du système et l’exacte portée des objections qu’on lui adresse.

Guy Augé 

Notes

[1] Article de Guy AUGÉ, La querelle du droit naturel, in Tradition Française, N°28-29, Mai-Juin 1967, pp.5-6.

[2] Nous nous inspirerons dans cet exposé des travaux de notre maître. M, Michel VILLEY, professeur à la Faculté de Droit de Paris, dont on peut consulter les Leçons d’histoire de la philosophie du droit, 2e éd., Dalloz, 1962 et le Cours d’histoire de la philosophie du droit (4 fascicules parus à ce jour, polygraphiés par les « Cours de droit » à Paris), ainsi que les articles qu’il a donnés aux Archives de philosophie du droit. — À l’étranger, signalons les recherches de MM. René MARCIC, FECHNER, KAUFMANN qui vont plus ou moins dans le même sens.

[3] Nous simplifions, car il est évident qu’il y eut, dès l’Antiquité, des oppositions à Aristote. Les épicuriens, les sceptiques, les stoïciens — ou même les platoniciens — représentent des visions différentes ou des refus du droit naturel. Au Moyen âge, nous le signalons par ailleurs au texte, un courant important, apparenté au néoplatonisme, s’est réclamé de saint Augustin et d’un droit sacral. Mais les modernes récupéreront en définitive ces diverses tendances, avec la via moderna des nominalistes tout d’abord, puis avec la Renaissance humaniste.

[4] L’influence de Kant sur le droit naturel a été complexe. Un courant néokantien a pu se dire jusnaturaliste en identifiant droit naturel et droit rationnel (Vernunftrecht). C’est précisément lui qui, en dehors des néothomistes, alimente la renaissance contemporaine d’une idée (erronée) de droit naturel. Mais un second courant, pareillement nourri de la pensée kantienne, a pu également alimenter le positivisme juridique, en se réclamant de la métaphysique traditionnelle. Un KELSEN appartient à ce second courant, alors que STAMMLER ou DEL VECCHIO ressortissent au premier.

Source: Vive Le Roy

dimanche, 25 juillet 2010

Philippe le Bel et Boniface VIII (II)

Du côté maçonnique et ésotérique que reproche-t-on à Philippe le Bel ?

Une seule chose : la destruction de l’Ordre du Temple. Pourquoi ? Qui étaient les Templiers ? Que représentent-ils pour un franc-maçon d’aujourd’hui, pour ses compagnons de route ?

Bref rappel sur l’histoire de l’Ordre du Temple

Là encore, reportons-nous quelques siècles en arrière…

En 1118, à l’époque triomphante du royaume de Jérusalem, le Champenois Hugues de Payens, Geoffroy de Saint-Omer et sept autres chevaliers proposent au roi Baudouin II de mettre à sa disposition, sous la forme d’un ordre militaire et religieux, une troupe permanente. Cette troupe se donne pour mission d’assurer aux pèlerins la liberté des routes et tient quartier dans une partie du palais royal, qu’on appelle, alors, le Temple de Salomon.

En 1128, Hugues de Payens se rend au concile de Troyes, où il fait solennellement approuver son Ordre. Quelques années après, saint Bernard confie, à son secrétaire Michealensis, le soin d’adapter à cette vie guerrière la règle bénédictine…

Le 13 octobre 1307, au matin, le Grand Maître du Temple, Jacques de Molay est arrêté à Paris.

Le 22 mars 1312, par la bulle Vox in excelso [10], le pape Clément V supprime l’Ordre du Temple.

Le 11 mars 1314, le cardinal d’Albano, deux autres cardinaux et l’archevêque de Sens, mandatés par le pape, condamnent à la prison perpétuelle le Grand Maître des Templiers, le Visiteur de France et les Commandeurs d’Aquitaine et de Normandie. Jacques de Molay et Geoffroy de Charnay, Commandeur de Normandie, au lieu de confesser publiquement leurs fautes, rétractent leurs aveux. Relaps, selon le droit de l’époque, ils sont, alors, remis, par les cardinaux, au prévôt de Paris qui les fait brûler par ordre du roi.

Le Temple, un ordre turbulent

On croit généralement que la persécution qui fond sur eux, le 13 octobre 1307, est subite, inattendue, foudroyante, et doit, sans conteste, être regardée comme le résultat d’un concert intéressé entre le pape et le roi de France. Il n’en est point ainsi ! Il y a longtemps que nombre de princes chrétiens se plaignent de l’attitude des Templiers et que les yeux de la cour de Rome sont ouverts sur les désordres des chevaliers ! Quelques faits…

  • En 1172, le roi Amaury de Jérusalem est contraint de prendre d’assaut la résidence du Grand Maître, pour incarcérer l’assassin d’un ambassadeur ismaïlien qu’il venait de recevoir et que les Templiers avait massacré, lui et son escorte. Décidé à demander au pape la suppression de l’Ordre, la mort l’empêchera de mener à bien son projet…
  • En 1200, le pape Innocent III reçoit la plainte de Léon Ier, roi d’Arménie, contre les Templiers qui ont envahi et ravagé sa terre.
  • Les Templiers trahissent l’empereur Frédéric III qui vient de reconquérir la Terre Sainte et cherchent à le faire assassiner par les infidèles [11].
  • En Syrie, saint Louis fait mettre à genoux devant lui, en présence de tous les barons, le Grand Maître Renaud de Vichière, pour avoir engagé, à son insu, des négociations politiques et financières avec le sultan de Damas…
  • Les Templiers ont refusé de participer à la croisade contre les Albigeois…

En 1272, le concile de Salzbourg propose de réunir le Temple à l’Hôpital. Grégoire X, dès l’année suivante, et Nicolas IV, en 1289, travaillent à ce projet dans le but avoué de réformer à la fois les deux Ordres…

Quels sont les griefs relevés dans le procès contre l’Ordre ?

En premier lieu, la pratique d’une initiation secrète, accompagnée du reniement du Christ et de l’adoration d’une idole à tête d’homme, le Baphomet, transcription pour certains de Mahomet, pour d’autres du “baptême du feu” alchimique.

Les procédures commencées en France sont, d’abord, déclarées nulles par le pape, le roi de France n’ayant pas le droit de juger les chevaliers qui ne relèvent que de Rome. La commission pontificale, alors mandatée, conclut à la véracité des accusations après des interrogatoires qui, eux, contrairement aux tribunaux civils de l’époque, ne pratiquent pas la torture. En Angleterre, en Sicile, à Naples, à Florence, dans les États de l’Église, l’enquête poursuivie pendant deux ans établit la culpabilité, sinon de la plupart des chevaliers, au moins d’un très grand nombre.

Les biens du Temple, fort importants, sont remis à l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem [12], conformément à la bulle pontificale adressée au roi de France et datée du 16 mai 1312 [13].

Les historiens sérieux et impartiaux admettent, aujourd’hui, que, si la totalité de l’Ordre ne fut certainement pas gangrenée, une partie, qu’il est difficile de dénombrer, contaminée par les Cathares [14] et l’Orient, était bel et bien hérétique, manichéenne et, probablement, satanique.

Que vient donc faire la mouvance maçonnique et ésotérique dans cette histoire ?

L’universalité du Temple fit sa faiblesse ; sa richesse provoqua sa ruine ; sa doctrine, son ésotérisme, son “secret” servirent à sa destruction. Mais son esprit demeura, repris par les fraternités médiévales, par les groupes rosicruciens, par les sociétés de pensée, par les sociétés secrètes de nos jours ; l’idéal du Temple, l’ésotérisme de son but demeurent vivants. Peu importe que la succession matérielle ne soit pas assurée par des investitures rituéliques ; l’esprit demeure et l’idée templière appartient incontestablement aux grands courants de pensée qui secouent encore parfois le monde moderne…

J. Marquès-Rivière : Histoire des Doctrines Ésotériques, Payot édit. , p. 278.

De fait, la mouvance maçonnique et ésotérique revendique, à tort ou à raison, la filiation templière et Philippe le Bel a attisé pour les siècles la haine des initiés contre sa dynastie et sa religion.

Quelques exemples…

  • L’une des épreuves de la Franc-Maçonnerie, avant la Révolution, consistait à faire opérer au dignitaire maçonnique l’exécution en effigie d’un roi de France sur un mannequin représentant Philippe le Bel [15] …
  • Chacun sait que Louis XVI fut enfermé au Temple. Mais, ce que l’on ne sait généralement pas c’est que, après avoir repoussé le choix de l’Hôtel de la Chancellerie, l’Assemblée avait décidé d’enfermer les “otages” dans le Palais du Luxembourg. Manuel, procureur de la Commune, refusa, arguant les facilités d’évasion que procurerait la présence de souterrains, et proposa le Temple. Mais, pour les députés comme pour le roi, le Temple, c’était le Palais du Grand Prieur, construit par Mansard et résidence princière. Pour la Commune, c’était le fameux donjon carré qui avait servi aux Templiers de trésor et de dépôt d’archives ! On connaît le cri qui s’éleva du milieu de la foule le 21 janvier 1793 : « Jacques de Molay, tu es vengé » . Mais, peut-être n’est-il pas historique…
  • Au XIXe siècle, les carbonari faisaient le serment de travailler au renversement des Bourbons et du Pape…
  • De nos jours [16], les fils de maçons américains sont enrégimentés sous la bannière de DeMolay, en souvenir du dernier Grand Maître de l’Ordre du Temple. Cette importante organisation, l’Ordre International de DeMolay, a été fondée en Amérique en 1919. Y adhèrent les “Lowtons” [17] âgés de 13 à 21 ans. Des personnalités connues ont, tout jeunes, sucé le lait de la louve maçonnique et appartenu à l’Ordre DeMolay : des acteurs célèbres comme John Wayne, des dessinateurs comme Walt Disney, des astronautes comme Franck Borman et Vance Brand, des politiciens comme le président Bill Clinton…

Que la filiation soit réelle ou inventée, la Franc-Maçonnerie se veut héritière du Temple !

Notes

[10] « Clément, évêque, serviteur des servireurs de Dieu,… Une voix a été entendue dans les hauteurs, voix de lamentation, de deuil et de pleurs… Nous supprimons par une sanction irréfragable et valable à perpétuité, non sans amertume et sans douleur dans le cœur, l’ordre des Templiers, son état, son costume et son nom… Donné à Vienne, le XI des calendes d’avril, de notre pontificat la septième année. »

[11] Mathieu PARIS, à l’année 1229, t. III, p. 417 de la trad. Huillard-Bréholles.

[12] Appelé, aujourd’hui, “Ordre de Malte”.

[13] Une bulle identique, portant la même date, est adressée au roi d’Angleterre.

[14] De nombreux Cathares avaient été placés en manière d’expiation dans l’Ordre du Temple.

[15] Cf. J.C. Lozac’hmeur et B de Karer : De la Révolution, Édit. Ste Jeanne d’Arc, 1992.

[16] Cf. Henry Coston. Monde et Vie - 7 avril 1994 - N° 563.

[17] Le terme “lowton” ou “louveton” ou “louveteau” désigne un fils de franc-maçon qui a reçu le “baptême” maçonnique au cours d’une cérémonie en loge.

Source: Vive Le Roy

samedi, 24 juillet 2010

Philippe le Bel et Boniface VIII

Pour en finir avec un mythe

Philippe IV dit “le Bel” est probablement le roi le plus vilipendé de notre Histoire. Ses détracteurs ― et ils sont nombreux ― se recrutent, curieusement, aussi bien dans la mouvance catholique que dans la mouvance maçonnique et ésotérique. Comment expliquer ce phénomène ?

 
Ce fut à peu près dans le même temps que Boniface VIII, qui s’était brouillé mal à propos avec la France, par une prétention jusqu’alors inouïe sur le temporel des Rois, qui n’appartient qu’à Dieu seul, souhaitant enfin de se raccommoder avec Philippe le Bel, offrit de rétracter ce qu’il avait avancé de contraire aux droits de la Couronne, si le Roi voulait faire juges de leurs différends, non pas des gens qui lui fussent si dévoués qu’ils fermassent les yeux à la justice pour lui plaire, mais des Princes pleins de droiture & de bonne foi, tels qu’étaient les Ducs de Bourgogne & de Bretagne. Le Roi n’eut pas de peine à se soumettre à leurs décisions ; mais Boniface mourut avant que de s’être réconcilié avec le Roi ; & son successeur, cassa tout ce qu’il avait fait, sans en être même prié de la part de Philippe.

Dom Lobineau in Histoire de Bretagne - Édition de 1707 - Livre IX - Page 290

 Du côté catholique que reproche-t-on à Philippe le Bel ?

Essentiellement : ses relations conflictuelles avec Rome qui atteignent leur paroxysme lors de l’attentat d’Anagni.

Le contexte

Reportons-nous quelques sept siècles en arrière…

Philippe, né en 1268, devient Roi de France en 1285 et meurt en 1314. Pendant son règne, six Papes se succèdent sur le trône de Pierre : Honorius IV, Nicolas IV, Célestin V, Boniface VIII, Benoît XI et Clément V. Les relations entre Rome et Paris n’appellent aucune remarque particulière pendant le pontificat des trois premiers.

Célestin V [1] abdique le 13 décembre 1294 et le cardinal Benedetto Gaetani est élu le 24 décembre 1294 sous le nom de Boniface VIII.

Cette abdication éclate comme un coup de tonnerre dans la Chrétienté [2].

À l’instar des deux cardinaux Jacopo et Pietro Colonna [3], la Sorbonne conteste la validité de cette abdication et, logiquement, la régularité de l’élection de Boniface VIII. Philippe le Bel semble beaucoup hésiter et, le temps passant, finalement, se ranger à cet avis. C’est un point capital pour la compréhension des évènements qui vont suivre.

L’affaire Bernard de Saisset

Le conflit entre Boniface VIII et Philippe le Bel est, en quelque sorte, allumé par un prélat languedocien, Bernard de Saisset.

Une première querelle, caractéristique du contexte féodal, éclate alors que Bernard de Saisset, abbé du monastère de Saint-Antonin, à Pamiers dans le comté de Foix, conteste au comte de Foix la possession du château de Pamiers. Philippe le Bel, confirmant une donation antérieure de son père, fait remettre le château au comte… Boniface VIII érige bientôt Pamiers en évêché et le confie à Bernard…

En 1300, dans le cadre d’une dispute entre le vicomte de Narbonne et son archevêque, le pape nomme l’évêque de Pamiers pour le représenter auprès du roi qui le reçoit mais lui adresse à peine la parole… Furieux, Bernard de Saisset se vante alors de vouloir arracher le comté de Toulouse au roi de France. Pour ce faire, il tente d’entraîner son vieil ennemi, le comte de Foix, qui l’éconduit. Ses démarches le font soupçonner de complot et de trahison. Il est, alors, cité devant le roi. Il comparait à Senlis. Le roi écrit au pape pour lui exposer la situation et lui demander de priver l’évêque de Pamiers de tout privilège clérical et de permettre à la justice régulière de le poursuivre comme criminel de lèse-majesté. Le pape refuse et enjoint à Philippe de le remettre immédiatement en liberté. Le roi l’expulse du royaume avec le légat, porteur de la réponse de Boniface VIII… Plus tard, Bernard de Saisset se réconciliera avec Philippe le Bel… L’histoire médiévale est emplie de telles péripéties !

L’affaire de Flandre

L’affaire de Flandre vient, également, détériorer les relations entre Rome et Paris.

Par le traité de Melun, conclu après Bouvines, le comte de Flandre s’était engagé à rester fidèle au roi de France. Mais le comte, Guy de Dampierre [4], complote avec Édouard d’Angleterre… Nombreuses péripéties… Guy est, un moment, retenu prisonnier en France… Le 27 janvier 1297, le comte de Flandre abjure publiquement son hommage au roi de France et signe un traité d’alliance offensive et défensive avec le roi d’Angleterre. Philippe le Bel réagit vivement… Le conflit dure… L’empereur germanique, Adolphe de Nassau, en profite pour revendiquer, au nom de l’Empire, Valenciennes et une suzeraineté sur la Flandre … Philippe le Bel refuse par ces mots célèbres : « Trop allemand »…

Boniface VIII, qui avait, d’abord, soutenu la position française, finit par prendre le parti de l’empereur germanique… Cette affaire, strictement politique, dépasse largement son époque puisqu’elle trouvera sa conclusion, sous Louis XIV, avec le rattachement de Lille à la France et, au XIXe siècle avec la création de la Belgique. Encore que les actuelles rivalités entre Flamands et Wallons peuvent légitimement laisser penser que rien n’est terminé !

L’escalade

Empoisonnées par les deux affaires précitées, les relations entre Boniface VIII et Philippe le Bel s’enveniment rapidement. Les différentes bulles pontificales ponctuent, en quelque sorte, les phases successives du conflit.

En 1294, le roi, désireux de faire participer tous les habitants du pays à l’effort de guerre [5] , obtient des prélats français, réunis en conciles, la levée d’un décime sur le clergé.

En 1296, il obtient un nouveau décime. Boniface VIII publie, alors, la bulle Clericis laicos [6] qui rappelle à tous les princes laïques l’interdiction de ne lever aucun subside sur le clergé… Philippe le Bel réagit. Prétextant l’état de guerre, il interdit toute sortie d’argent du royaume… Boniface VIII adresse alors à Philippe la bulle Ineffabilis amor qui le réprimande sévèrement mais, en final, accorde les subsides. Philippe s’empresse alors de laisser passer les revenus du Saint-Siège… Le climat s’améliore. On célèbre la canonisation de saint Louis, le jubilé de 1300…

Pourtant, le roi semble de plus en plus se laisser convaincre par les arguments de son entourage qui, reprenant à son compte ceux des cardinaux Colonna, voit en Boniface VIII un usurpateur.

En 1301, le pape promulgue la bulle Ausculta fili, qui affirme la suprématie du Saint-Siège, en raison du péché, sur tous les autres pouvoirs, et critique le gouvernement intérieur de Philippe le Bel. Il convoque à Rome tous les prélats et abbés de France. Un résumé déformant la bulle pontificale et connu sous le nom de petite bulle circule en France et parvient jusqu’au pape. Boniface VIII réagit à la falsification de sa bulle : « On Nous fait dire à tort que le roi ait à reconnaître qu’il tient son royaume de Nous. Voilà quarante ans que Nous sommes docteur en droit et que Nous savons que les deux puissances sont ordonnées à Dieu. Qui donc peut croire qu’une telle folie Nous soit tombée dans l’esprit ? Mais on ne peut nier que le roi ou tout autre fidèle ne Nous soit soumis sous le rapport du péché. »

Philippe le Bel convoque les États Généraux. L’assemblée se tient en 1302, dans l’église Notre-Dame. Le clergé, tout en se déclarant fidèle sujet du roi, rédige une lettre au pape qui est une tentative de conciliation. Il supplie Sa Sainteté de rapporter sa convocation à l’assemblée de Rome et d’entrer en composition avec le roi. Les barons écrivent au collège des cardinaux. Ils déclarent n’accepter aucune intervention pontificale dans les affaires intérieures du pays… Les députés des communes supplient le roi de conserver « la souveraine franchise du royaume » …

Les événements se précipitent malgré les efforts du clergé français pour les arrêter. Le pape renouvelle aux prélats l’ordre de se rendre à Rome… Le roi leur maintient la défense de sortir du royaume… L’assemblée romaine a tout de même lieu en l’absence de nombreux prélats français… Puis c’est la fameuse bulle Unam sanctam [7].

Pour répondre au consistoire de Rome, le roi convoque, au Louvre, le 12 mars 1303, une assemblée de prélats et de barons. L’on y évoque la tenue d’un concile auquel on en appellerait du pape… Par l’intermédiaire du cardinal français Le Moine, Boniface VIII somme les prélats qui n’étaient pas encore venus à Rome de s’y rendre, à pied ou à cheval, sous peine d’être déposés. Il prévient le roi qu’il se trouve compris dans les sentences générales d’excommunication frappant ceux qui empêchent les prélats de se rendre à l’appel du pape… Le roi convoque une nouvelle assemblée au Louvre au cours de laquelle il se place, avec tous ses sujets, sous la protection du futur concile… Cinq archevêques, vingt-deux évêques et plusieurs abbés donnent leur assentiment à ce concile…

L’attentat d’Anagni puis l’apaisement

D’Anagni où il s’est retiré, Boniface VIII invite l’empereur à étendre sa suzeraineté sur les provinces françaises en deçà du Rhin et du Rhône et, surtout, se prépare à fulminer l’interdit contre le royaume de France par une bulle qui, en même temps, doit excommunier quiconque resterait fidèle à Philippe…

Le roi, qui de moins en moins croit avoir affaire au véritable chef de l’Église, mais plutôt à un pontife sur le point d’être déposé, donne son consentement au projet audacieux, par lequel on veut prévenir le coup dont lui-même se sent menacé. Il s’agit de pénétrer, par surprise, jusqu’au pape et de l’enlever pour l’emmener de force à Lyon devant le concile… Assis sur son trône, le front ceint de la tiare, Boniface VIII attend. Toute sa cour, tous les cardinaux l’ont abandonné, sauf deux : Pierre d’Espagne et Nicolas Boccasini… Sciarra Colonna, neveu des deux cardinaux précités, le somme de choisir entre l’abdication et la mort. « Voilà ma tête, voilà mon cou, répond courageusement Boniface VIII, au moins je mourrai en pape ! »

Exaspéré, Sciarra Colonna veut frapper mais, Guillaume de Nogaret l’arrête et se place devant le pontife pour le protéger. La fameuse “giffle” d’Anagni est née dans l’imagination d’Edgard Boutaric, Archiviste aux Archives de l’Empire et auteur de La France sous Philippe le Bel paru en 1861 chez Henri Plon. Il sera rapidement suivi par Ernest Renan [8] pour lequel tous les moyens étaient bons qui permettaient d’éloigner les catholiques de la monarchie légitime.

Le pape est retenu prisonnier… Bientôt délivré par le marquis Gaetani, il tombe malade et meurt, un mois après, le 11 octobre 1303.

Nicolas Boccasini [9] succède à Boniface VIII, le 22 octobre 1303, sous le nom de Benoît XI. Il annule toutes les sanctions portées par son prédécesseur contre la France et son roi. Il sera béatifié par Clément XII en 1736.

 

Notes

[1] Canonisé en 1313 sous le nom de saint Pierre Célestin.

[2] Souvenons-nous de l’émotion suscitée, il y a quelques trente ans, par l’intention prêtée à Paul VI d’abdiquer lui aussi !

[3] Ils iront jusqu’à déclarer au pape lui-même qu’ils ne le reconnaissent pas pour tel.

[4] Il avait accompagné saint Louis à Tunis et était le parrain de Philippe le Bel !

[5] Il s’agit des guerres de Flandre et de Guyenne.

[6] Elle visait, également, Édouard Ier d’Angleterre qui avait obtenu les mêmes subsides.

[7] L’authenticité de cette bulle a été mise en doute par des auteurs sérieux, tel le duc de Lévis-Mirepoix de l’Académie française. Le fait est qu’elle a été omise dans le code officiel des Clémentines publiées par Jean XXII. Léon X en fera mention dans un code pontifical sans, toutefois, en donner le texte officiel. Une thèse prétend qu’elle n’aurait été qu’un projet, rédigé par le général des Augustins Ægidius, qui, par excès de zèle, aurait fait dire au pape Boniface VIII, et sans la vigueur de pensée qui était la sienne, plus qu’il n’aurait dit lui-même.

[8] Cf. Jean Favier in Philippe le Bel - Éditions Fayard - 1998.

[9] L’un des deux seuls cardinaux à être restés auprès de Boniface VIII à Anagni.

Source: Vive Le Roy

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