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mercredi, 11 août 2010

Groupes réducteurs et noyaux dirigeants (III)

 

 LES LOIS DE FONCTIONNEMENT DE CE GENRE DE GROUPE

Continuons maintenant par un examen de la vie du groupe. Mais soulignons au passage que la nature même d’une analyse comme celle-ci impose de décrire successivement des phénomènes qui sont généralement plus ou moins simultanés.

Loi de réduction

Autour de la table ronde, les délibérants vont donc se trouver “unis” par la nécessité fictive d’élaborer leur « motion commune ».

Mais si tous les avis sont libres de se former et de s’exprimer, ils sont toutefois plus ou moins vrais, c’est-à-dire que les jugements formulés par les uns et les autres seront plus ou moins en concordance avec la réalité actuelle ou possible. Autrement dit : l’intelligence, la formation ou l’expérience de certains participants est plus grande que celle des autres, quant au sujet étudié. Et ceux-là sont toujours les moins nombreux. Nous sommes ici en présence d’un phénomène statistique, couramment analysé par la distribution en cloche, dite « loi de Gauss ». Ce petit nombre de gens compétents a donc une valeur de connaissance positive à apporter au groupe. Dans un contexte de vie normale, on dira que leur « avis fait autorité ».

Mais ici, aucune autorité n’est admise. La fiction de l’égalité doit être préservée. Ceux dont l’opinion est différente, doivent avoir la liberté d’opiner. Et leur nécessaire fraternité n’a pas pour but la connaissance d’une réalité, mais l’élaboration d’une opinion.

Alors se produit un brassage d’idées, d’avis différents. Plus ils sont variés et nombreux, plus la connaissance de la réalité sera troublée. Peu à peu elle paraîtra incertaine. De cette confusion, alors, naîtront dans les esprits divers amendements, de nouvelles variantes, d’autres opinions. La confusion tend donc à croître.

Ceux qui y voyaient clair tout à l’heure, ont déjà l’esprit barbouillé. D’aucuns ont envie de s’en aller… Mais l’union commande… Il faut se mettre d’accord sur un fond qui soit susceptible de rassembler les suffrages. Pour cela, chacun doit faire un effort. Ceux qui ont plus d’expérience et d’intelligence du problème étudié sont donc sollicités d’abandonner une part de leur avis personnel, au moins dans le cadre du groupe.

On trouvera donc finalement une motion commune, mais celle-ci s’établira par une réduction de la correspondance entre les idées et la réalité. Il est évident en effet, qu’un accord entre des personnes de jugements différents, basés sur des compétences différentes, ne peut être trouvé que sur un minimum commun. D’autant qu’au nom de l’égalité, les opinions du grand nombre de ceux qui en savent le moins, tendent à l’emporter sur les avis du petit nombre de ceux qui en savent le plus. L’effet de masse jouant ainsi, le degré de connaissance moyen se trouve naturellement nivelé au plus bas.

Nous arrivons donc à la première loi que l’on peut énoncer ainsi :

Théorème 1 : LOI DE RÉDUCTION

Des égaux délibérants, groupés suivant le principe de la liberté de pensée, ne peuvent fraterniser autour d’une motion commune qu’en opérant une réduction dans leur connaissance de la réalité.

Ainsi, l’argument moteur de la fraternité conduira à abandonner plus ou moins aisément ce qu’on se sera habitué à ne plus considérer que comme son opinion.

Loi de sélection

Et le mécanisme continue à tourner. À la réunion suivante, les propositions seront encore plus confuses.

  • D’aucuns trouveront que certains points doivent être remis en cause.
  • Des difficultés d’application ont surgi, qui vont poser de nouvelles questions et compliquer le problème.
  • Ceux qui n’ont pas encore perdu de vue le réel actuel ou possible, sont excédés par tant de discours, ou deviennent moins sûrs d’eux-mêmes.
  • Ceux qui aiment bavarder, se plaisent au jeu.

Ainsi, tandis que de nouvelles réductions tendent à s’opérer, une sélection commence à se produire.

En effet, dans le jeu qui est en train de s’accélérer, tous ne brillent pas également.

En particulier les hommes d’œuvre, ceux qui sont le plus portés à l’effort, à la réalisation, au concret, sont mal à l’aise. Ils sont lourds de leur expérience, peu brillants en paroles, et plus naturellement portés à démontrer la vérité par l’efficacité, qu’à convaincre par des discours. Les « dynamiciens » diront qu’ils constituent un “poids mort”. Tôt ou tard, suivant leur degré de réduction ou leur tempérament, leur bon sens va se révolter. Ils voudront « faire entendre raison ». Mais cela n’est possible qu’en contrariant le sens de rotation des rouages d’un mécanisme qui est déjà en pleine vitesse et en pleine accélération. Dès lors, il y a choc.

  • Et dans ce choc, si la personnalité n’est pas assez solide, elle peut être broyée par les dents de l’engrenage, et “passée à la moulinette”. Telle personne reviendra alors de ces séries de tables rondes, désorientée, désabusée, l’esprit troublé, ayant perdu confiance en elle-même, et prête à toutes les réformes, révolutions ou remises en question, pourvu qu’un meneur lui fasse croire qu’elles sont l’expression de la volonté générale ; ou bien, écœurée, elle se réfugiera dans un relativisme absolu. En bref, on aura désappris quelque chose, on aura été réduit, recyclé, etc.
  • Ou bien le choc sera celui d’une personnalité solide, et alors elle rebondira sur les dents de l’engrenage, et elle sera rejetée. Rejet qui peut se manifester calmement par une absence volontaire à la prochaine réunion, ou par des altercations de plus en plus violentes assorties d’un départ fracassant, commenté avec mépris et moquerie par ceux qui restent. Rejet qui peut être encore une pure et simple expulsion de ce gêneur, de ce “poids mort”, qui ramène constamment sur le tapis son expérience, ou les contraintes du réel. Tel ingénieur peut être prié plus ou moins poliment de quitter le séminaire où son attitude le rend indésirable. Tel monsieur respectable fut conspué et expulsé entre deux “gorilles” dans une assemblée de la Sorbonne en 1968.

Et tandis que ceux qui pourraient apporter le plus de vérité au groupe sont peu à peu mis en retrait, c’est au contraire les moins solides qui vont se trouver “en vedette”. Plus “légers” de connaissances, dépourvus d’expérience, moins préoccupés de la réalité objective, ce sont les bavards, les plumitifs, les étudiants prolongés en professeurs, bref ceux que l’on qualifie couramment aujourd’hui “d’intellectuels”, qui vont briller. Peu enclins à l’effort des réalisations, et aux recoupements qu’elles imposent sans cesse, ceux-ci ont depuis longtemps trouvé plus commode les succès oratoires. Or dans le « travail social » en cours, l’essentiel est justement de savoir convaincre en parole. C’est l’ère du parlementarisme qui s’offre à eux, dans lequel ils vont se sentir particulièrement à l’aise.

En somme, il s’opère ici, un triage analogue à celui des minerais, qui met en jeu la flottaison par différence de densité des éléments moins lourds. Nous voyons donc apparaître la loi de sélection, que l’on peut résumer ainsi :

Théorème II : LOI DE SELECTION

Dans une assemblée d’égaux délibérants, groupés suivant le principe de la liberté de pensée, la réduction consentie au nom de la fraternité, s’accompagne d’une sélection parmi les individus présents. Cette sélection tend à éliminer les personnalités les plus riches, et à mettre en vedette celles qui sont “réduites” d’avance.

Ces deux lois, réduction de la pensée et éliminations des personnalités fortes, semblent condamner les groupes réducteurs à la disparition. Logiquement, ils devraient tendre à s’éliminer d’eux-mêmes, car ils fonctionnent à rebours de la réalité. Or nous assistons, depuis deux cents ans, à leur multiplication, devenue quasi exponentielle dans les dernières décades. Il faut donc en chercher la raison dans l’analyse d’autres phénomènes.

Notes

[1] St. Thomas De principiis Naturae, Des principes de la réalité naturelle.

Source: Vive Le Roy

Un vent de révolution libérale et laïciste s’empare de la Pologne …

L’opération de déchristianisation de la Pologne, bastion Catholique en Europe, avance doucement mais sûrement avec le lavage de cerveau OGZidental … Depuis la mort douteuse de Lech Kaczynski et de la succession au poste de chef d’Etat par l’ultra-libéral Bronislaw Komorowski, le camp laïcard a gagné tellement de points qu’on se serait cru en Turquie version Catholique hier soir devant la Palais présidentiel. Deux camps se sont affrontés : les laïcistes qui s’affirment tout de même “Catholiques” contre les Catholiques que les autres qualifient de “fanatiques” … Le tort de ceux-ci ? Défendre simplement une Croix symbolique sur la place publique …

Quelques milliers de personnes ont en effet manifesté contre la présence d’une Croix installée devant le Palais présidentiel et dédiée au président défunt Lech Kaczynski. Cette Croix en bois, installée spontanément par des scouts polonais après la catastrophe de l’avion présidentiel, devait être transférée la semaine dernière à l’église Saint-Anne toute proche, lors d’une cérémonie officielle.

Or, de pieux Polonais ont décidé qu’il n’en serait pas ainsi : ils tiennent actuellement une garde autour de la Croix depuis des jours afin d’empêcher l’Etat de faire le transfert, refusant à toute personnes extérieure d’en approcher … La Police n’a pas encore osé faire grand chose … Tous les soirs, des Catholiques se relaient pour prier et chanter des cantiques sous cette Croix …

Toutefois, un mouvement collectif “citoyen” s’est lancé sur Facebook afin de rassembler plusieurs centaines d’étudiants universitaires (qui sont plus intelligents que tout le monde parce qu’ils “pensent pas eux même”, c’est bien connu), hier, pour manifester contre le maintient de cette immense Croix sur la place publique … Des journaux ont interviewé des manifestants afin qu’ils expliquent leurs motivations … :

Nous vivons dans un état laïc et la place de la croix est à l’église et non pas devant la présidence“, Krzysztof Nowicki, étudiant en sociologie.

Ce ne sont pas des catholiques [en face, ndlr], ce sont dés fanatiques” et “Nous sommes venus ici, pour montrer que nous voulons vivre dans un état normal“, Kuba, étudiant en lettres modernes.

Il faudra nous expliquer ce qu’est un état “normal” … Un Etat où on banalise le rejet de Dieu, l’avortement, l’euthanasie, la drogue, la musique dégénérée, les tenues indécentes, les gay prides, les églises désertées et pillées, les cimetières profanés, le pouvoir juif intégriste, l’exploitation éhontée des travailleurs, etc … ? Ca doit être cela … Quel beau programme pour la Pologne !

Les partisans de Kaczynski (qui n’est pas exempt de tous reproches par rapport à son mandat, mais passons …) réclament le maintien de ce symbole jusqu‘à la construction d’un monument à sa mémoire, et à celle des autres victimes de la catastrophe aérienne de Smolensk.

Prières et soutiens à tous les Catholiques polonais qui font tout pour maintenir la flamme chrétienne dans leur pays, et ce, malgré des temps extrêmement difficiles pour l’Eglise … Courage, vos efforts ne seront pas vains !

Nous devons reconquérir toute l’Europe, il en va de l’avenir de nos enfants, de nos nations et de notre Salut. Il faut absolument redoubler d’efforts et d’imaginations pour reconquérir les terres Chrétiennes et rétablir le Règne Social de Notre Seigneur Jésus-Christ. Cela passe par plus de prières, plus d’évangélisations, plus de formations, plus d’implications dans la vie paroissiale et plus généralement chrétienne, plus de points en matière de taux démographiques … Il faut aussi reconquérir tous les secteurs que des entités minoritaires et parasitaires ont enlevé à nos peuples : médias, politique, économie, enseignement, culture, armée … Il faut que l’Eglise Catholique se réveille et se débarrasse du cancers Vatican II. Il faut nous montrer exemplaires face au monde et intransigeants avec les forces du Mal. D’ici à peu près un siècle et demi, étant donné que le combat va s’étaler sur plusieurs générations, il serait bon que la reconquista européenne soit achevée avec l’aide de Dieu.

Certains dirons que nous sommes fous. Nous leur répondrons que la folie de Dieu vaut mieux que la sagesse de tous les hommes (cfr Saint Paul). Oremus.

Source: Les Intransigeants

Israël menace de couper l’approvisionnement en eau à l’église du Saint-Sépulcre

Les autorités municipales de Jérusalem auraient menacé de couper la distribution d’eau courante à la Basilique du Saint Sépulcre, réclamant de surcroit un remboursement de “dette” complètement insensé …

Les Pèlerins et les touristes sont nombreux à se rendre sur ce site Chrétien, l’un des plus sacrés au monde. Sous un soleil de plomb, particulièrement en Août, ils profitent aussi de l’ombre du Saint bâtiment et de l’eau fraîche distribuée gratuitement… Mais pour les sionistes, le mot “gratuit” n’est pas vraiment dans le dictionnaire …

En effet, la compagnie des eaux de Jérusalem Gihon a décidé de mettre fin à une tradition vieille de plusieurs siècles et exige maintenant de l’église le paiement pour l’approvisionnement en eau.

Pire encore … La facture serait également rétroactive ! La compagnie aurait exigé le règlement d’une longue “dette” débutant à partir de 1967, c’est à dire depuis qu’Israël a pris le contrôle de Jérusalem-Est. 43 ans de dettes, c’est incompréhensible ! Si la dette n’est pas payée, les sionistes menacent de couper l’approvisionnement !

Depuis que la distribution en eau courante est disponible au Saint Sépulcre, cette idée de facturation et de menaces de coupures n’a jamais été le fait de tous les autres États qui ont contrôlé Jérusalem-Est avant 1967 (anglais et jordaniens).

Le plus curieux, c’est que les demandes de paiement sont destinées à une entité qui n’existe pas, “l’église du Saint-Sépulcre”. Une administration qui n’existe pas, puisque l’ancienne basilique est régie par un régime spécial internationalement reconnu, le régime juridique appelé le statu quo. Le statu quo signifie que les espaces, le temps, et les fonctions sont divisés entre l’Eglise Catholique, représentée par les Franciscains de Terre Sainte, et plusieurs groupes de moines non-Catholiques romains, principalement grecs et arméniens, mais aussi, dans une moindre mesure, des Coptes, des Ethiopiens et les orthodoxes syriens …

Les sionistes sont complètement fous ! Cela a toujours été une erreur historique que de leur laisser la moindre once de pouvoir ! Alors, à l’heure actuelle où ils n’ont jamais été aussi puissants, n’en parlons même pas !

EN SAVOIR PLUS (anglais) : http://www.asianews.it/news-en/Israel-threatens-to-cut-of...

Source: Les Intransigeants

11:46 Publié dans Judaïsme | Lien permanent | Commentaires (0)

lundi, 09 août 2010

Groupes réducteurs et noyaux dirigeants (II)

 

 

 LA RÈGLE DU JEU

  • Ce spécialiste de “pédagogie non directive”, vient de rassembler douze personnes autour d’une table pour leur faire « prendre conscience » des nécessités d’un “recyclage” …
  • Une dizaine de personnes se sont réunies pour « échanger » sur une actualité brûlante qui « fait problème ».
  • Deux cents étudiants se sont regroupés dans un amphithéâtre pour mettre au point une “plate-forme de revendications”, etc.

Parmi les modes de déroulement possible de ce genre de réunion, la plus courante à l’heure actuelle est certainement celle que nous allons définir ici. Mais la manière dont nous allons procéder, suppose que l’on mette en évidence ce qui n’est souvent que diffus, latent, implicite. Nous emploierons, dans ce but, certains mots clés, frappés en gros caractères.

Deux principes de base : Liberté - Égalité

Tout d’abord, on peut dégager deux règles essentielles :

La première est la liberté absolue pour les délibérants de penser et de dire ce qu’ils veulent. Cette règle peut être implicite, ou posée ouvertement en absolu. Aucune contrainte, (sauf celle-là). Chacun doit être libre de parler quand il veut. Aucune norme, aucune loi objective, aucune référence morale, aucun dogme, n’est reconnu a priori. À chacun sa vérité, ses convictions, son opinion.

La seconde règle est l’égalité des délibérants. Ici encore la chose peut être implicitement admise, simplement parce que tel est l’état moyen des esprits. On peut aussi la voir explicitée, posée clairement comme une règle du jeu par l’une des personnes présentes, ou par un animateur. C’est pourquoi ce genre de groupe se réunit souvent autour d’une table ronde, dont la forme même marque l’absence de hiérarchie, garantie de l’égalité des participants.

Il est important de remarquer que ces deux règles sont réciproques l’une de l’autre. Sans l’égalité des membres, l’un d’eux pourrait imposer son avis, son idée, son point de vue ou son expérience. Il n’y aurait plus de liberté. L’une garantit l’autre. L’une est indispensable à l’autre.

Les deux tendent à la même fin. Cette fin, nous l’appellerons “libéralisation maximale” .

En effet, la philosophie générale de ces deux principes, qu’elle soit explicite ou implicite, est que les participants de la réunion soient libérés au maximum de toute loi comme de toute autorité. Ainsi, dira-t-on parfois, les individus qui composent le groupe seront dégagés des « habitudes », des « préjugés », des « tabous », des « inhibitions », qui les « conditionnent ».

La règle du jeu est-elle possible ?

Mais la règle du jeu rend celui-ci apparemment impossible. Si l’on met en présence des personnes nécessairement diverses par l’âge, le sexe, l’expérience, etc., leur connaissance du problème que l’on va mettre en débat sera “inégale”. Ainsi, les avis seront différents.

Au nom de la liberté, chacun exprimera son point de vue. Tout naturellement on cherchera à convaincre les autres que l’on a raison.

Or, au nom de l’égalité, aucune autorité n’est reconnue pour prendre une décision, ou simplement pour imposer les compétences ou l’expérience de quelqu’un.

Dès lors, la réunion devient une série d’exposés divergents dont la résultante moyenne est nulle. C’est ce qu’on appelle généralement un “tour de table”. La machine va-t-elle rester bloquée avant d’avoir commencé à tourner ? Aucune décision, aucun acte ne pourra-t-il se dégager de la réunion ? Pourtant l’on veut « faire marcher l’appareil ». Implicitement ou explicitement, la libéralisation maximale n’est-elle pas souhaitée par tous ?

Dès lors, elle devient l’objectif essentiel de la réunion, et prend le pas sur le prétexte autour duquel elle fut organisée.

Cette obstination peut être due à la volonté méthodique d’un technicien de groupe, d’un animateur socioculturel, d’un psychotechnicien, ou simplement d’un manipulateur astucieux.

Mais elle peut aussi naître spontanément de l’état moyen des esprits. Il suffit pour cela que la majorité soit convaincue qu’il n’ y a pas de vérité objective, donc pas de réalité susceptible de s’imposer à tous comme norme de pensée ou d’action.

Dès lors en effet, la liberté des délibérants devient un absolu, car chacun paraît en droit de se forger une vérité relative, qui sera son opinion. Et puisqu’elle ne sera que son opinion, elle ne peut avoir plus de poids qu’une autre, car elle n’est pas moins subjective. L’égalité paraît donc nécessaire.

Argument moteur : La Fraternité

Mais il répugne à la nature humaine de parler sans but. L’étalage d’opinions contradictoires est irritant, et provoque un « blocage » des esprits. Pour que l’on puisse continuer de réaliser le « travail social » que l’on recherche, il faut trouver une « motivation » au groupe, lui maintenir sa cohésion. Il faut un “argument moteur”.

C’est aux mêmes principes libéraux que l’on va demander de le fournir.

  • Puisqu’il n’y a pas de vérité, mais seulement des opinions, il est indispensable de s’unir pour en forger une qui sera celle du groupe.
  • Puisqu’il n’y a pas de loi extérieure à celui-ci, à laquelle on doive se soumettre, il faut en forger une qui lui soit intérieure, c’est à dire basée sur la volonté générale. Ce sera en somme la résultante des opinions, égales entre elles, des personnes qui forment le groupe, ou si l’on veut, l’opinion moyenne.

Cet argument moteur peut se résumer ainsi :

Messieurs, seuls nous ne pouvons rien ; livrés à notre individualisme, notre opinion sera inutile. Or il faut bien déboucher sur quelque chose, ce qui suppose de nous unir, d’établir une fraternité entre nous. Quitte à renoncer parfois à quelque chose de notre opinion personnelle, nous devons nous forger une volonté commune. Grâce à cette union nous serons plus forts.

Notes

[1] St. Thomas De principiis Naturae, Des principes de la réalité naturelle.

Source: Vive Le Roy

jeudi, 05 août 2010

Groupes réducteurs et noyaux dirigeants (I)

Comment ces étudiants sérieux, après seulement quelques participations aux AG de grévistes, se sont-ils mutés, pour les uns en révolutionnaires hargneux et violents, et pour les autres en couards prêts à toutes les concessions ? Comment cette Conférence des Évêques de France a-t-elle pu déboucher sur des déclarations aussi insipides, consensuelles et pusillanimes ? C’est que ces deux groupes — et tant d’autres avec eux — ont en commun leur mode de fonctionnement en société de pensée. Catholiques, monarchistes et autres défenseurs du droit naturel ! impossible de survivre en démocratie sans s’instruire au préalable de cette technique de subversion de la pensée réaliste.

 

 Introduction de VLR

Nous publions ici un large extrait de l’ouvrage Groupes réducteurs et noyaux dirigeants dans sa version de 1973. Un grand merci à son auteur-éditeur ― Adrien Loubier ― d’avoir permis à VLR la mise en ligne exclusive de ce travail capital.

On lira avec intérêt l’ouvrage complet que l’on peut commander aux Éditions Sainte-Jeanne-d’Arc, Les Guillots, 18260 Villegenon.


 UN CERTAIN GENRE DE GROUPE

Voilà une expression qui peut paraître hermétique ; elle exprime pourtant assez bien le problème que nous allons nous efforcer de cerner dans les lignes qui suivent.

En effet nous n’avons pas l’intention de nous livrer à une étude exhaustive d’une espèce particulière de groupe humain, telle que :

  • syndicats,
  • groupes de travail,
  • clubs idéologiques,
  • cercles d’action catholique,
  • symposium,
  • forum,
  • séminaire,
  • recyclage,
  • ou tant d’autres prétextes réguliers ou occasionnels de réunions.

C’est plutôt aux caractères qu’ils peuvent avoir en commun, à leur forme sociologique, que nous voudrions nous attacher.

C’est pourquoi nous commencerons en parlant d’un certain genre de groupe, que nous définirons, non pas par son étiquette ou son profil extérieur, mais par les lois qui régissent sa nature et son fonctionnement interne.

Nous allons évoquer un certain genre de groupe que l’on pourra aisément reconnaître un peu partout grâce à sa règle du jeu et à son mode de vie, quelle que soit la raison immédiate qui a provoqué sa réunion.

Enfin, si nous disons « un certain genre de groupe », c’est en vue d’éviter toute globalisation ou généralisation abusive.

Notes

[1] St. Thomas De principiis Naturae, Des principes de la réalité naturelle.

Source: Vive Le Roy

Israël détruit des églises et des monastères au Liban, le Qatar les reconstruit !

 

Le généreux donateur

Au cours de son récent séjour au Liban, l’émir du Qatar, Sheikh Hamad Bin Khalifa Al-Thani, s’est rendu en compagnie du président de la République libanaise, Michel Suleiman, au monastère orthodoxe Saint-Mimas, en partie détruit par des tirs israéliens en juillet 2006 et restauré grâce à des fonds qataris. Il en est de même pour la restauration de l’église Catholique de la ville. Le maire a ensuite offert les clefs de la localité à l’émir puis les deux chefs d’Etat ont visité le monastère et l’église.

Le Qatar contribue à la restauration de plus de quarante monastères et des églises dans le sud du Liban.

D’APRES : http://www.orthodoxie.com/2010/08/liban-le-qatar-finance-la-restauration-dune-quarantaine-de-monast%C3%A8res-et-%C3%A9glises-dans-le-sud.html
ET (en Arabe) : http://www.qenshrin.com/details.php?id=22310

Vous ne trouverez pas cette information dans les médias qui incitent au choc des civilisations …

Source: Les Intransigeants

mercredi, 04 août 2010

La querelle du droit naturel (V)

 

 Conclusions

Il est temps de conclure. Nous le ferons par quelques séries de remarques.

Tout d’abord, nous voudrions souligner que le droit naturel ne fut pas une simple construction de l’esprit. Aristote décrivait ce qu’il observait dans les Cités grecques de son temps ; ses idées inspirèrent durablement les juristes romains et continuèrent à guider la pratique médiévale. La méthode des juristes en fut marquée : pour les adeptes du droit naturel classique, le droit est une casuistique, une confrontation d’opinions et d’espèces, une recherche patiente. Ce système connut de longs siècles d’utilisation, alors que les déductions légalistes des modernes ne couvrent dans l’histoire qu’une période relativement brève.

Soulignons ensuite que les accusations portées contre le jusnaturalisme moderne ne concernent pas le droit aristotélicien-thomiste :

  • loin d’être un dogmatisme autoritaire immuable, c’est une méthode souple, réaliste, véritablement empirique ;
  • loin d’être une construction idéaliste rivalisant avec le droit positif, c’est une manière sérieuse de fonder l’autorité des lois positives humaines, sans pourtant les ériger en despotes ;
  • loin d’être un subjectivisme étroit, c’est un droit objectivement tiré de la nature ;
  • loin de confondre le droit avec la morale, c’est la doctrine qui précise le mieux l’objet spécifique du droit et le situe à l’intérieur de la morale.

En bref, le droit naturel classique, correctement compris, représente un double dépassement du positivisme et de l’idéalisme, ces deux grandes erreurs dont les philosophies du droit modernes ne sont jamais parvenues à s’affranchir complètement. Et, par là, il demeure d’une singulière actualité.

Guy Augé

Source: Vive Le Roy

“Un Poison violent” : un film christianophobe tourné dans nos églises !

Des adolescents pré-pubères qui se souillent dans les bois. Une gamine qui lave son grand-père tout nu. Une mère qui parle de choses curieuses avec sa fille, au delà de simples questions intimes sur la sexualité. Un Prêtre qui cherche à avoir des relations sexuelles avec une paroissienne divorcée. De la christophobie et du rejet de Dieu tout au long d’un film apparemment ultra-soporifique. Un titre de film reprit du titre d’une chanson du sioniste pervers Serge Gainsbourg … Oui, il s’agirait bien du film bobo de l’année !

La chaîne Arte (dont nous connaissons les origines “franco-allemandes” [sic] …) serait intervenue dans la production (via Arte France Cinema, également financée en partie par l’Etat) … La distribution internationale serait assurée par Films Distributions dont un certain Sébastien Msika est le secrétaire général, Aurélie Tobelem est la Directrice des affaires générales, Sébastien Beffa est le partenaire commercial … etc …



Poison violent : un film christianophobe tourné dans nos églises !

« Un poison violent », c’est le récit d’une histoire d’amour entre deux « jeunes adolescents » de 14 ans dans le « Finistère très profond ». Anna, jouée par la gracieuse Clara Augarde, une jeune fille « engluée dans une famille catholique pratiquante » (Libé, excellent retranscripteur de l’esprit du film) qui se prépare au sacrement de la Confirmation, « dernière étape dans son engagement catholique » (sic. Quand on lit le synopsis du film, on a l’impression qu’elle achève un master 2 !). Pierre, « un adolescent libre et solaire se souciant peu de Dieu » joué par Youen Gourvil Leboulanger.

Que croyez-vous qu’il se passe ? Anna évangélisant Pierre ? Ne rêvez pas ! Plutôt… Pierre chevauchant Anna, très légèrement vêtue, allongée et pas spécialement partante au début… avant qu’on ne les voie nus en train de s’embrasser. Il faut dire que le producteur, Justin Taurand (société « Les films du bélier« ) aime bien les amourettes mettant en scène… de jeunes adolescents. N’a-t-il pas réalisé en 2002 le court-métrage « Derrière les volets » ainsi résumé : « Dans un village corse, César, un adolescent, rencontre Alice. Alors que ses parents sont à la plage, il l’entraîne dans sa maison louée pour l’été. A défaut de pouvoir se parler, ils font l’amour. » Quand ce ne sont pas les films homos. « Les films du bélier » nous préparent en effet un long métrage pour le 22 septembre prochain intitulé « Homme au bain » avec dans le rôle principal François Sagat, une star du porno gay. Synopsis : « entre Gennevilliers et New-York, Omar et Emmanuel ne s’épargnent rien pour apporter à l’autre la preuve qu’ils ne s’aiment plus ». Le film sera interdit aux moins de 16 ans…

« Un poison violent », c’est sous des airs innocents, une charge violente contre « le poids de la religion qui [empoisonne]« (selon les termes de Marie Laborie, présentatrice sur Arte) la jeune Anna, mais aussi sa mère (Lio) et… le prêtre (Stefano Cassetti). Au rendez-vous : une caricature du catholicisme (on entend lors d’un minuscule bout d’homélie un évêque, l’air austère pour ne pas dire sévère, déclarer : « les tendances de la chair s’opposent à l’Esprit » et Lio accuse sur Arte la religion catholique de ne pas regarder « avec bienveillance » et de « bafouer » le corps), un pacte d’athéisme et d’hédonisme entre le grand-père grabataire (Michel Galabru) et sa petite fille Anna. Mais aussi Anna qui toilette le corps nu de son grand-père, un curé en col romain fou amoureux d’une paroissienne et prêt à passer à l’acte (c’est elle qui se refuse)…

« Un trajet d’émancipation« qui traduit évidemment la rupture avec l’« enfance assez croyante » de Katell Quillévéré, la réalisatrice.

Vous imaginez bien qu’avez une telle trame, le film « Un poison violent » bénéficie de nombreux soutiens. Son budget de 2,32 millions d’euros inclut 350 000 euros d’investissements en préachat et coproduction d’Arte France Cinéma mais aussi des préachats de Canal + et Ciné Cinéma sans oublier les soutiens financiers des régions Bretagne et Pays de la Loire.

Ce qui est beaucoup plus inattendu, c’est le soutien du curé de Pleyben qui, après avoir lu le script en entier, a accepté le tournage dans l’église de Brasparts (qui fait partie de l’ensemble paroissial de Traon-ar-Méné) avec même, paraît-il, un vrai prêtre figurant. Au téléphone, il m’assure que « ça n’est pas un drame », que « le film n’est pas si terrible que ça ». C’est seulement une attaque en règle contre l’enseignement moral – incompris – de l’Eglise, trois fois rien… « Et puis ce sont des choses qui arrivent ». Les relations sexuelles entre ados de 14 ans ? Les prêtres qui ne respectent pas leur engagement ? Certes, mais de là à cautionner ! « Je n’allais pas leur demander de changer leur script ! ». Pourquoi pas ? Si les réalisateurs de films veulent tourner dans des églises catholiques, ils n’ont qu’à respecter l’Eglise, son enseignement et ses prêtres !

Le Père Claude Caill, curé de la paroisse Saint Louis de Brest, me confie quant à lui ne pas avoir eu de « vision globale » du film. « Le tournage en l’église de Brasparts avait déjà eu lieu, tout était enclenché et la mairie de Brest nous avait demandé d’accepter. » Sa paroisse est réputée plus traditionnelle que les autres à Brest : on y célèbre la messe Paul VI mais les filles ne sont pas admises au service de l’autel. « Lorsque le tournage dans l’église a eu lieu, en présence d’un jeune vicaire, je n’étais pas là mais en camp avec des scouts d’Europe ou des SUF. Je regrette ce tournage, si j’avais su, ça aurait été niet » m’assure-t-il avec amabilité. Je lui suggère d’être plus curieux et méfiant à l’avenir.

Car une des scènes du film, celle de la Confirmation, a été tournée en juillet 2009 dans l’église Saint Louis, à Brest en présence de 400 figurants (dont beaucoup de paroissiens pour éviter tout comportement irrespectueux. Savaient-ils que le film dans lequel il vont apparaître véhicule un message christianophobe ?). Reconstruite au titre des dommages de guerre après les bombardements alliés, achevée à Noël 1957 et consacrée en 1958, l’édifice est la propriété de la commune (manifestement pas pressée de la restaurer malgré des fuites d’eau quand il pleut)… Le curé n’en reste pas moins l’affectataire exclusif.

Il est quand même dommage que le tournage dans deux églises bretonnes d’un film qui s’en prend grossièrement à l’Eglise catholique, à son enseignement moral, à la figure du prêtre et à la chasteté n’ai pu être empêché ! Mais le mal est fait et « Poison violent » sort mercredi au cinéma. Une prouesse que de tourner un film christianophobe avec autant de figurants chrétiens pratiquants…

Pour votre information, Katell Quillévéré s’est illustrée par la réalisation d’un court-métrage « érotique » en 2009 dans le cadre de la série longue « Cyprine » avec Fabianny Deschamps, réalisatrice de « Pascoa », un court-métrage destiné à la campagne pour la légalisation de l’avortement au Portugal en 2007.

Quant à la chanteuse (et actrice, il paraît) Lio, elle « [s'est] faite avorter plein de fois » et considère l’avortement comme un « droit inaltérable » (sic). Elle ose après ça se déclarer « contre la peine de mort à 400 000% »… (21 décembre 1991).

Côme Dubois et Thibaud Coupry

SOURCE : http://www.riposte-catholique.fr/breves/poison-violent-un-film-christianophobe-tourne-dans-nos-eglises

Article relayé sur le Blog des Intransigeants

lundi, 02 août 2010

La querelle du droit naturel (IV)

 

 Le droit naturel classique

Ces prémisses un peu longues, bien que très résumées, étaient indispensables pour tenter de présenter la doctrine de l’authentique droit naturel des classiques.

Un système juridique peut être caractérisé par l’objet, les sources et le contenu du droit qu’il propose. Voyons ce qu’il en est à cet égard du système aristotélicien-thomiste [10].

Le droit, c’est le juste

Pour Aristote (que saint Thomas reprendra très fidèlement), le droit, c’est le juste (Dikaion, Id quod justum est). Mais qu’est-ce que le juste ?

Dans un premier sens, très extensif, le « juste général » est synonyme de la loi naturelle et participe de la loi éternelle. Saint Thomas nous explique que c’est le plan de Dieu sur le choses, mais nous ne le connaissons point.

Il existe, dans un second sens, une signification spécifique, beaucoup plus intéressante pour le juriste : c’est le « juste particulier », dont l’objet est le bon partage, suum cuique tribuere («  rendre à chacun le sien  »). C’est là une définition très réaliste de l’office du juge et qui permet de bien délimiter le droit par rapport aux disciplines voisines.

Aristote ajoutait que l’essence de la justice était la recherche d’une égalité ou d’une proportionnalité dans le partage : il distinguait la justice distributive (avec une proportion géométrique), de la justice communative (où prévaut la proportion arithmétique), la seconde servant à rétablir les ruptures d’équilibre (notamment dues aux échanges) que la première s’efforçait de réaliser dans sa répartition.

Le juste naturel

Le juste naturel (dikaion phusikon), tire sa source, comme son nom l’indique, en premier lieu et principalement de la nature, de l’observation du monde extérieur. Nous avons déjà expliqué en quel sens cela était concevable : la raison humaine lit le droit dans l’observation de la nature, dans les modèles justes qu’elle offre.

Cependant, si la nature est une source objective et riche, elle n’est pas toujours suffisamment explicite, et elle reste très mouvante. Or, le juge a besoin de solutions fermes, précises, relativement durables. Autrement dit, il a besoin de lois (dikaion nomikon). Car ce serait une grossière erreur de supposer le droit positif (nous ne disons pas le positivisme juridique !) en opposition avec la doctrine du droit naturel : bien au contraire, cette doctrine est probablement la seule a pouvoir donner un fondement satisfaisant à l’autorité des lois humaines.

Les sociétés étant naturelles ont besoin de chefs ; et le rôle des chefs légitimes est précisément de faire des lois, de prescrire des solutions ou de les adapter.

La loi positive est donc dans un rapport de complémentarité plutôt que d’antagonisme avec le juste naturel. Elle s’inspire autant que possible et parfois directement de la nature ; mais très souvent la nature est vague ou indéterminée ; les déterminations du législateur seront donc forcément arbitraires.

C’est pourquoi la doctrine jus-naturaliste ne confère pas aux lois une autorité inconditionnelle : œuvre de la raison humaine, en grande partie, les lois ne sont pas infaillibles ; on ne leur obéit, on ne les applique que si elles sont et demeurent justes.

La loi est un instrument au service du droit qui reste au-dessus d’elle ; aussi est-il toujours possible d’atténuer ou de corriger la loi par l’équité.

On voit bien, par conséquent, que la caractéristique de ce système est son extrême souplesse plutôt que le dogmatisme autoritaire et l’immutabilité dont on lui fait généralement reproche. On pourrait assez exactement parler à son propos d’empirisme organisateur. Et il n’est pas surprenant qu’il ait heurté, par une certaine imprécision qui lui est propre, le besoin de certitude, le systématisme et le mathématisme des modernes.

L’essence et le contenu du droit

Les divergences se retrouvent aussi quant à l’essence du droit, quant à son contenu.

Le mot « droit », dans notre langue moderne, s’est substantivé ; pourtant, à l’origine, dikaion est un adjectif ; les Romains, de même, parlaient du justum, de l’id quod justum est, « cela qui est juste ». La grammaire ici est expressive, car pour les classiques le droit est une valeur à chercher plutôt qu’un ensemble de règles données par avance. Le juste, c’est la recherche de la bonne solution, appliquée à chaque cas concret, hic et nunc , accordée à l’espèce comme l’adjectif à son substantif [11].

Il n’existe donc pas, à proprement parler, de règles expresses de droit naturel, et le droit naturel ne se confond pas avec les lois, ni même, en son sens rigoureux, avec la loi naturelle : saint Thomas, dans la Somme théologique, consacre tout un traité aux lois ; mais ce n’est pas là qu’il nous parle du droit : il y consacre un autre traité, nettement distinct [12].

Le droit naturel classique ne prétendait nullement revêtir une forme déductive, une rigueur scientifique ; il restait l’art des prudents, il s’exerçait dans le contingent.

Notes

[10] Les deux sources essentielles de la doctrine classique sont L’Éthique nichomaquéenne d’Aristote, livre V, et le De Jure et justifia de saint Thomas, S. th. II a II ae, qu. 57 sq. On trouvera des références détaillées dans les ouvrages visés par la note (1).

[11] Cf. Michel VILLEY, « Une définition du droit », dans les Archives de philosophie du droit, 1959, p. 47-65.

[12] Le traité des lois prend place dans la Ia II ae (qu. 90 et suiv.), alors que le traité du droit et de la justice se situe dans la IIa II ae (qu. 57 sq.). C’est l’erreur de trop nombreux interprètes que de vouloir chercher la pensée de saint Thomas sur le droit en consultant ce qu’il écrit de la loi.

Source: Vive Le Roy

vendredi, 30 juillet 2010

La querelle du droit naturel (III)

 Les fondements du droit naturel classique.

Une philosophie classique soumise au réel mais avide de connaître son extraordinaire diversité

Si l’idée de droit naturel paraît tellement impensable à Kelsen et à la plupart de nos contemporains, c’est dans la mesure où ils raisonnent sur des postulats qui se sont dégagés précisément contre l’ontologie d’Aristote et de saint Thomas.

Ayant, arbitrairement, réduit la nature à la matière et au déterminisme des lois « physiques », les modernes se sont ensuite évidemment trouvés incapables d’en tirer du devoir-être, des normes et du juste.

La philosophie classique avait de la nature une perception très différente : au lieu de plier le réel aux exigences de la logique, aux catégories quantitatives d’une pensée mathématique, elle jetait sur le monde extérieur un regard plus naïf et plus réceptif.

La nature des classiques affecte des dimensions cosmiques, autrement plus amples que l’étroite nature humaine que certains modernes consentent encore plus ou moins à prendre en considération. Elle englobe tout ce qui existe, non pas simplement les aspects matériels, mais l’intégralité du complexe humain, corps et esprit, les institutions sociales, les familles, les groupements d’affaire, les Cités…

Pour Aristote, toutes ces choses sont “naturelles”, éclosent en quelque sorte comme des plantes, naturellement, alors qu’elles passent pour être artificielles et conventionnelles aux yeux des modernes adeptes du contrat politique ou social.

En outre, cette nature aristotélicienne-thomiste recèle de la beauté, de l’harmonie, de l’ordre, des valeurs, bref des causes finales.

La nature de l’homme : c’est sa fin

À côté des êtres singuliers qui sont la réalité première, apparaissent des formes, des essences générales, substances secondes dégagée par abstraction et qui constituent les universaux de la fameuse querelle ; viennent enfin les causes finales, car les mouvements des êtres ont une signification qui les valorisent.

Il existe donc bien, dans le cadre de cette nature cosmique globale, une « nature de l’homme », mais c’est sa fin, c’est son épanouissement ultime. De telle sorte que cette nature qui est un terme, un devenir, nous ne pouvons que l’ignorer dans sa perfection, dans son achèvement.

Une approche inductive et objective et non déductive et subjective

Pour chercher l’ordre naturel, c’est du monde visible que partent les classiques et ce qu’ils rencontrent, c’est l’homme social, concret, divers, changeant parce qu’il est libre. Saint Thomas nous dit explicitement [7] que la nature humaine est muable (natura hominis est mutabilis).

Cependant, la diversité du réel nous offre un terrain de recherche et d’expérimentation, elle permet de reconnaître des modèles justes, c’est-à-dire réussis, des exemples à poursuivre, des échecs à proscrire.

Et alors il devient possible de puiser un droit réellement objectif à travers l’observation de cette riche nature. Sans doute est-ce l’esprit de l’observateur qui aura à reconnaître les modèles justes ; mais l’esprit ne les tirera pas de lui-même, de quelque connaissance innée ; c’est tout de même à la nature extérieure qu’il empruntera, qu’il se référera.

Il reste que tout cela implique des postulats initiaux assez nets :, ce qui ne va pas sans l’idée de Dieu [8] et

  • la négation de l’absurdité du monde
  • une suffisante confiance dans la connaissance humaine pour qu’elle reste apte à connaître de ces valeurs naturelles [9].

Notes

[7] Somme théologique, II a II ae, qu. 57, art. 2.

[8] Le Dieu des philosophes, d’ailleurs, davantage que le Dieu de la Révélation : Aristote n’était pas chrétien, mais il était religieux.

[9] En dépit de la tache originelle. Selon l’augustinisme, la déchéance adamique était trop grande pour permettre autre chose qu’un positivisme divin.

Source: Vive le Roy

mercredi, 28 juillet 2010

L’essence satanique de la Révolution française

 

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La Révolution qui est survenue en France à la fin du XVIIIe siècle, faisant qu'il y a bien, malgré l'aveuglement de nos contemporains, un avant et un après 1789, le passage, par l'effet d'une fracture violente et radicale, entre un monde fondé sur des valeurs sacrées, et un autre livré et dominé par les puissances auxquelles nous sommes à présent soumis et asservis, est une révolte contre l'ordre naturel et surnaturel établi par Dieu.



Foncièrement antichrétienne et antireligieuse, elle s’est attaquée avec une sorte de fureur irrationnelle à l'église, tuant son clergé, combattant sa hiérarchie, ses institutions, ses dogmes, et, pour mieux la renverser, elle a voulu arracher et détruire, par une politique systématique qui poussa la folie jusqu'à établir un nouveau calendrier afin d'effacer des mémoires le temps grégorien, définitivement les fondements mêmes du christianisme.



Pourtant, les acteurs qui animèrent la Révolution semblent être de simples marionnettes sans réelle influence sur le cours des choses, des pantins suspendus à des fils actionnés par des mains inconnues ; à cet égard Joseph de Maistre écrit :



« La Révolution française mène les hommes plus que les hommes ne la mènent. (...) Plus on examine les personnages en apparence les plus actifs de la Révolution, et plus on trouve en eux quelque chose de passif et de mécanique. On ne saurait trop le répéter, ce ne sont point les hommes qui mènent la Révolution, c’est la Révolution qui emploie les hommes. On dit fort bien quand on dit qu’elle va toute seule. Cette phrase signifie que jamais la Divinité ne s’était montrée d’une manière si claire dans aucun événement humain. »



De la sorte, dirigée par des fantômes, la Révolution n’en fut que plus dangereuse, plus menaçante, car non dépendante de la décision ou du charisme d’un homme. Ne reposant pas sur la volonté de ceux qui en servent la cause, la Révolution posséda de ce fait une capacité de nuisance non maîtrisable, un devenir et une logique échappant à toutes les règles habituelles qui, jusqu’alors, régissaient l’Histoire.





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Joseph de Maistre

 

Comme le souligne Joseph de Maistre :



« Un des plus grands crimes qu’on puisse commettre, c’est sans doute l’attentat contre la souveraineté, nul n’ayant des suites plus terribles. Si la souveraineté réside sur une tête, et que cette tête tombe victime de l’attentat, le crime augmente d’atrocité. Mais si ce Souverain n’a mérité son sort par aucun crime ; si ses vertus même ont armé contre lui la main des coupables, le crime n’a plus de nom. »



L’incroyable passivité générale, la quasi indifférence dans laquelle Louis XVI fut exécuté fait de ce régicide un crime collectif :



« jamais un plus grand crime n’appartint à un plus grand nombre de coupables »,



en conséquence :



« Chaque goutte du sang de Louis XVI en coûtera des torrents à la France... »



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Ainsi, on peut affirmer qu’un effroyable vertige criminel s’est emparé de la France révolutionnaire, est que ce mystère ne peut trouver son explication que dans un ordre d’une nature étrangère à l’intelligence humaine.



Pire encore, cet ordre étranger, échappe non seulement au domaine de la loi de la raison naturelle, mais aussi au règne substantiel de la vérité ontologique qui féconde et donne la vie. C’est pourquoi soutiendra Maistre :



« Le mal n’a rien de commun avec l’existence ; il ne peut créer, puisque sa force est purement négative : le mal est le schisme de l’être ; il n’est pas vrai. Or ce qui distingue la Révolution française, et ce qui en fait un événement unique dans l’histoire, c’est qu’elle est mauvaise radicalement ; aucun élément de bien n’y soulage l’oeil de l’observateur : c’est le plus haut degré de corruption connu ; c’est la pure impureté. »



Une « pure impureté », le jugement est implacable, mais il est certes à la hauteur de l’œuvre de forfaiture commise à l’encontre d’une institution sacrée, de l’attentat contre un monde qui avait sans doute ses imperfections, mais qui avait su protéger au fil des siècles par ses vénérables institutions les plus hautes vertus dont l’esprit est capable, respectant la bienfaisante hiérarchie des valeurs et plaçant la religion au centre de toutes les activités des hommes sur cette terre. Auparavant, comme nous le savons, les anciens levaient les yeux vers le Ciel, scrutant l’immensité en y cherchant la rassurante présence de Dieu. Le renversement du regard, la désorientation du cœur et de l’âme, le rejet de Dieu pour faire de l’homme, en l’exaltant inconsidérément, la nouvelle idole d’un culte sanguinaire, telle est l’entreprise sacrilège de la Révolution.



Ceci explique pourquoi :



« Il y a dans la Révolution française, un caractère satanique qui la distingue de tout ce qu’on a vu et peut-être de tout ce qu’on verra. (...) Le discours de Robespierre contre le sacerdoce, l’apostasie solennelle des prêtres, la profanation des objets du culte, l’inauguration de la déesse Raison, et cette foule de scènes inouïes où les provinces tachaient de surpasser Paris ; tout cela sort du cercle ordinaire des crimes, et semble appartenir à un autre monde. »







La contre-révolution et son principe



Joseph de Maistre comprendra donc très bien que la Révolution ne peut être authentiquement combattue que par la mise en œuvre d’un principe inverse, d’une négation radicale des bases doctrinales du ferment corrupteur révolutionnaire.



Si la Révolution est de nature satanique, écrit Maistre à l’évêque de Raguse en 1815,

« elle ne peut être véritablement finie, tuée, que par le principe contraire, qu’il faut simplement délier (c’est tout ce que l’homme peut faire) ; ensuite il agira tout seul. »



Au fond la méthode du redressement salvateur est simple pour Maistre, il s’agit en effet de « délier le principe contraire », pour ainsi dire de le libérer, de lui rendre sa capacité d’action et d’intervention au sein de la réalité collective, de l’autoriser à pénétrer de nouveau spirituellement et organiquement toutes les différentes couches du corps social. Le résultat de ce redressement « contre-révolutionnaire », Maistre l’expose sans détour avec une surprenante clarté :

« Cette immense et terrible Révolution fut commencée, avec fureur qui n’a pas d’exemple contre le catholicisme et pour la démocratie ! Le résultat sera pour le catholicisme et contre la démocratie. »



De ce fait, voici la définition la plus précise, la plus juste, la plus exacte de ce qu’est l’essence profonde de la contre-révolution, de sa perspective et son objet propre :



« Le rétablissement de la monarchie qu’on appelle "contre-révolution", ne sera point une "révolution contraire", mais le "contraire de la révolution". »



Enfin, comment ne pas citer en forme de synthèse de la conception politique maistrienne les dernières lignes du chapitre V des Considérations sur la France, lignes où Maistre prédit un possible rétablissement du christianisme et de la royauté, après leur triomphe sur les épreuves infligées par l’histoire :



Français ! faites place au Roi très-chrétien ; portez-le vous même sur son trône antique ; relevez son oriflamme, et que son or, voyageant d’un pôle à l’autre, porte de toute part la devise triomphale :



CHRISTUS REGNAT, VINCIT, IMPERAT !

 

Article publié sur le blog du Cercle légitimiste Robert de Baudricourt

mardi, 27 juillet 2010

La querelle du droit naturel (II)

 

  La vision corrompue du droit naturel et sa critique.

Nous comprenons, aujourd’hui encore, le droit naturel, non pas à la manière d’Aristote et de saint Thomas, mais en héritiers du nominalisme et des doctrines modernes, ce qui implique une double déviation sur le sens de « droit » et sur celui de « nature ».

La conception nominaliste du droit naturel

Pour le nominalisme, en effet, seuls les individus sont réels et les concepts n’ont pas d’existence propre.

Le droit n’a donc plus de fin spécifique ; il n’est qu’un ensemble de règles ou de lois et se définit par cette forme légaliste plutôt que par son objet.

Quant à l’idée de nature, elle a subi une réduction un aplatissement, un appauvrissement redevables surtout, semble-t-il, à la conception dualiste de Descartes opposant la res cogitans à la res extensa, l’esprit à la matière, le corps à l’âme. De là cette vision d’une nature matérialiste, quantitative, mécaniste, d’où l’on serait bien en peine de tirer quelque droit.

Que va donc désigner, dans ces conditions, l’expression “droit naturel” ?

Un ensemble de règles idéales, immuables, tirées de la raison de l’homme exclusivement ou d’une définition a priori de l’essence de la nature humaine individuelle. Ces règles idéales s’opposeraient, plus ou moins selon les circonstances, au droit positif, autre corps de règles posées par le législateur, et pourvues, quant à elles, de la sanction étatique.

La conception moderne du droit naturel

Parfois aussi, on qualifie de naturel un droit sacral tiré des Écritures et de la Révélation : c’était là une vieille tentation de l’augustinisme du haut Moyen âge, contre laquelle est venue réagir, précisément, saint Thomas d’Aquin, mais qui n’a jamais totalement disparu ; contre le thomisme, elle devait alimenter, à partir des XIVe-XVe siècles, le courant nominaliste franciscain, la réaction luthérienne et même, dans une certaine mesure, la scolastique espagnole tardive de Suarez, Vitoria, Molina au XVIe siècle, et le néo-thomisme contemporain.

Le droit naturel sacral, définitivement laïcisé par Grotius, Pufendorf et Wolf, allait, en effet, rejaillir sur la renaissance thomiste de la fin du XIXe siècle : l’influence est très sensible, par exemple, chez un Taparelli d’Azeglio, auteur d’un code de droit naturel, finalement beaucoup plus wolfien et suarezien que véritablement thomiste.

Les faiblesses de la conception moderne du droit naturel

Or, à définir de la sorte le droit naturel, on l’expose à une série de critiques graves qui expliquent la désaffection dans laquelle il est tombé aux XIXe-XXe siècles, notamment sous l’effet du criticisme kantien et du sociologisme.

De deux choses l’une, en effet.

  • Ou bien, première hypothèse, le droit soi-disant naturel des modernes prend effectivement l’aspect d’un code idéal, immuable, axiomatique, et il installe un dualisme dans le droit, il rivalise dangereusement avec le droit positif. En ce cas, l’on a beau jeu de stigmatiser les faiblesses d’un jus-naturalisme artificiellement déduit de prémisses trop étroites (la nature individuelle), fragiles et subjectives (les apriorismes de la raison). Idéologiquement, le droit naturel ne fait que recouvrir d’un faux-semblant juridique des attitudes passionnelles ou des intérêts de classes ; techniquement, il est vain et dangereux, vain dans la mesure où il a besoin de se transformer en droit positif pour devenir effectif, dangereux en ce sens qu’il peut affaiblir l’efficacité de ce droit positif chaque fois qu’il n’est pas reçu et juridicisé par lui. Pratiquement, son individualisme le condamne à n’être qu’un catalogue de droits subjectifs de la personne, tirés d’un prétendu « état de nature » présocial ou sombre dans un dogmatisme autoritaire et rigide.
  • Ou bien, seconde hypothèse, on renonce à l’édification d’un système axiomatique pour s’en tenir à l’identification du droit naturel avec la loi naturelle immuable mais vague, ce qui a pour effet de réduire le droit naturel à quelques préceptes moraux, imprécis dans leur extrême originalité : que peut déduire le juge d’une maxime telle que celle suivant laquelle «  il faut faire le bien et éviter le mal » ? De ce point de vue, le droit naturel devient « une belle étiquette sur une bouteille vide », comme l’a dit, en particulier, des théories du néokantien Stammler, inventeur d’un “droit naturel” à contenu variable.

Par conséquent, qu’on lui accorde trop, ou trop peu, le droit naturel des modernes n’est pas satisfaisant pour le juriste : ses relations avec le droit positif et avec la morale sont mal délimitées. D’ailleurs, s’agit-il vraiment de droit naturel ?

  • Un droit tiré de la raison est un droit rationnel ;
  • un droit tiré de la Révélation est un droit surnaturel ;
  • les innombrables traités sur la loi naturelle sont des traités de Morale.

Les objections contemporaines contre le droit naturel

Le droit naturel authentique est un droit lu dans la nature extérieure. Mais est-ce possible ?

La pensée moderne et contemporaine ne le croit pas et ne peut pas même le concevoir, formée qu’elle a été dans le mépris d’Aristote, l’ignorance de saint Thomas, les présupposés du nominalisme, puis du dualisme cartésien, du criticisme kantien et du positivisme comtiste.

Le juriste-philosophe contemporain autrichien, Hans Kelsen, est très net sur ce point :

La nature constituant un système de faits, n’a pas de volonté et ne peut, par conséquent, prescrire un certain comportement humain… De ce qui est (Sein), on ne saurait tirer une conclusion sur ce qui doit être (Sollen). En cherchant à tirer de la nature des normes pour le comportement humain, la théorie rationnelle du droit naturel repose sur un paralogisme. Il en va de même de la tentative pour déduire de telles normes de la raison humaine. Des normes qui prescrivent un comportement humain ne peuvent provenir que de la volonté. Et cette volonté ne peut être qu’une volonté humaine si nous excluons des spéculations métaphysiques… La raison humaine peut comprendre et décrire ; elle ne peut pas prescrire. [5]

Ainsi donc, pour le positiviste néokantien Kelsen, il n’y a pas l’ombre d’une hésitation : on ne saurait extraire à partir de l’être (du Sein), un devoir-être (un Sollen).

Déjà Henri Poincaré, dans une formule analogue, non moins connue, excluait la possibilité logique d’arriver à un impératif en partant d’un indicatif [6]. Ces objections sont-elles aussi décisives que le croient les adversaires contemporains du droit naturel ?

À l’égard du droit naturel moderne, elles portent certainement, et nous les ferions nôtres, en en rajoutant au besoin. Il est bien vrai que la prétention de tirer un droit et, de surcroît, un droit immuable, intemporel, à partir de la seule nature humaine n’est pas sérieuse. Il n’en peut résulter qu’un positivisme masqué et toute la mauvaise métaphysique des droits subjectifs de la personne humaine.

Ces constructions ont débouché sur les théories de l’autonomie de la volonté et du consensualisme, dont notre droit privé traîne encore d’anachroniques conséquences justement dénoncées ; mais n’oublions pas qu’elles ont également engendré

  • le contrat social,
  • les droits de l’homme inaliénables et imprescriptibles,
  • la démocratie moderne,
  • bref, toute la charpente idéologique de l’individualisme libéral.

Mais condamner une mauvaise métaphysique ne devrait pas entraîner le rejet de toute métaphysique, comme dans la réaction sociologiste contemporaine qui se borne à substituer une erreur nouvelle (le « factualisme », la soumission aveugle aux « faits ») à une erreur ancienne (le légalisme juridique).

Un examen plus attentif de l’authentique droit naturel des fondateurs permet de constater que la plupart des critiques portées au droit naturel en soi, et qui valent en effet pour son acception moderne déformée, n’ont pas de prise sur la doctrine classique.

Guy Augé

Notes

[5] Hans KELSEN, Was ist Gerechtigkeit ?, Wien, 1953, p. 38.

[6] Henri POINCARE. Dernières pensées, Paris, 1913, p. 225.

Source: Vive Le Roy