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vendredi, 25 janvier 2013

Qui se souvient du 21 janvier 1793 ? Mort de Louis XVI et chronologie d’une journée emp reinte de stupeur populaire

« Maintenant que j’ai hélas ! le temps de méditer, je me demande si l’erreur initiale de la France ne remonte pas à l’exécution de Louis XVI », aurait dit Raymond Poincaré, ancien président de la République, à un visiteur dans les derniers jours de sa vie (cité dans La Revue de Paris du 15 décembre 1936). De cette « erreur initiale » du 21 janvier 1793, le journaliste et publiciste Simon Boubée nous livre le déroulement circonstancié, un siècle jour pour jour après une décapitation suscitant la stupeur d’un peuple dont on s’assura du calme en le contenant avec force soldats et gardes nationaux.


Qui se souvient du 21 janvier 1793 ? Mort de Louis XVI et chronologie d’une journée empreinte de stupeur populaire
C’est dans un article du 21 janvier 1893 paru pour le centenaire de la décapitation du roi dans le quotidien Le Gaulois – journal auquel participèrent nombre de plumes telles que Zola, Barbey d’Aurevilly, Maupassant ou encore Mirbeau, et qui fusionnera en 1929 avec Le Figaro –, que Simon Boubée (1846-1901) retrace une journée du 21 janvier 1793 marquée, selon lui, par un crime dont la France ne sortira pas indemne.

Aujourd’hui 21 janvier 1793, s’est commis un des plus grands crimes de l’histoire. Le plus lâche peut-être, et le plus gratuit. Le roi Louis le seizième a été décapité par la hideuse machine du citoyen docteur Guillotin, écrit Boubée.

Il fut, avec Henri IV celui de nos Rois qui eut le plus et le mieux le sens du progrès social et le désir du bonheur de son peuple. Henri IV est mort victime de la sanguinaire extravagance d’un fanatique, Louis XVI est mort victime de la cruelle, impitoyable et d’ailleurs absurde politique d’un groupe de sophistes et d’ambitieux agitateurs.

Bien que l’ensemble de la nation n’ait point participé, autrement que par son apathie, à l’assassinat juridique qui vient de se commettre place de la Révolution, elle doit, cependant, d’après la logique providentielle, porter la peine de ce forfait plus qu’elle n’a porté celle du crime de Ravaillac.

Sans doute, en expiation du crime du 21 janvier, toléré par elle et commis par ses prétendus représentants, elle va tomber d’anarchies en dictatures, ces deux grands fléaux des peuples ingrats.

Hier au Temple

La Convention avait permis que le « condamné Capet » fît ses adieux à sa famille, dont il était séparé depuis longtemps déjà, dans son odieuse prison... À huit heures du soir, hier, le Roi sortit de son cabinet et dit aux commissaires présents près de lui de le conduire vers les siens. Les municipaux répondirent que cela ne se pouvait point, mais qu’on allait faire descendre sa famille, s’il le désirait.

– A la bonne heure, dit le Roi, mais le pourrai au moins la voir seul dans ma chambre ?
– Non, répondit un des municipaux ; le ministre de la justice a décidé que ce serait dans la salle à manger.
– Mais, objecta le Roi, le décret de la Convention me permet de voir ma famille sans témoins.
– Cela est vrai, répondit un municipal, vous serez en particulier, on fermera la porte ; mais par le vitrage nous aurons les yeux sur vous.
– C’est bien, dit le Roi ; faites descendre ma famille.

Sa Majesté entra dans la salle à manger suivi du sieur Cléry, son valet de chambre. Ce dernier rangea la table de côté et plaça des chaises dans le fond de la salle, pour que la famille royale eut un peu d’espace. « Il faudrait, dit le Roi, une carafe d’eau et quelques verres. » II y avait là une carafe d’eau glacée ; le Roi ne voulut pas la conserver, de peur que la Reine n’en bût et qu’elle en fût incommodée. Cléry apporta donc une carafe d’eau simplement fraîche.

A huit heures et demie, la porte s’ouvrit. La Reine parut la première, tenant son fils par la main ; ensuite Madame Royale et Madame Elisabeth. Tous se précipitèrent dans les bras du Roi. Un morne silence régna pendant quelques minutes, interrompu seulement par des sanglots. Cependant, le Roi s’assit, la Reine à sa gauche. Madame Elisabeth à sa droite, Madame Royale presque en face et le jeune prince debout entre ses jambes. Tous étaient penchés vers lui, le tenant souvent embrassé. Cette scène de douleur dura plus d’une heure.

A dix heures un quart, le Roi, qui avait, par de douces paroles, essayé de consoler sa famille, se leva le premier et tous le suivirent. Cléry ouvrit la porte vitrée qu’il avait fermée sur eux. Les municipaux qui avaient espionné les infortunés se découvrirent sur leur passage.

– Je vous assure, dit le Roi, que je vous verrai demain matin, à huit heures. Vous nous le promettez, demandent-ils tous ensemble.
–Je vous le promets, répondit le Roi.
– Pourquoi pas à sept heures ? demande la Reine.
– Soit, à sept heures, reprit Louis XVI. Adieu.

Les sanglots redoublèrent. Madame Royale tomba évanouie aux pieds du Roi. Cléry la releva et aida Madame Elisabeth à la soutenir. Cependant, le Roi voulant mettre fin à cette scène déchirante, leur donna à tous les plus tendres baisers et parvint à s’arracher de leurs bras... Le Roi a soupé après cette cruelle séparation. Il a mangé peu, mais avec appétit.

Les dernières heures

Hier, comme nous l’avons dit, le Roi a fait ses adieux à sa famille. Navrants adieux, dont parlera l’histoire, dont le récit fera couler bien des larmes. Hélas ! combien elle était triste, la vie de l’auguste famille, dans cette prison du Temple, dont le séjour lui avait été rendu de moins en moins supportable. L’hypocrite et violente Révolution avait tout d abord feint de traiter en Roi le royal prisonnier. On lui avait laissé une apparence de maison : ses repas, aux frais de l’Etat, étaient, sinon somptueux, du moins convenables. Mais, peu à peu, la misère était venue. Misère du linge, misère des vêtements, misère des aliments, misère des remèdes pour la maladie !...

Puis ce furent des injures, des calomnies infâmes, dont l’écho arrivait jusqu’aux infortunés prisonniers du Temple. De toutes parts avaient surgi d’inqualifiables pamphlets : les Soirées amoureuses du général Mollier, par le petit épagneul de l’Autrichienne ; le Ménage royal en déroute ; Grande entrevue, dans la tour du Temple, entre Charles, libre patriote sans moustache, avec Louis Veto, l’esclave, et sa famille. Il est des titres que nous ne pouvons reproduire ; il est des imputations portées contre l’auguste Reine auxquelles nous ne pouvons même faire une allusion discrète. Jamais la vilenie populacière n’était allée plus loin, poursuit le chroniqueur du Gaulois.

Ces tortures physiques et morales vont cesser – du moins pour le Roi. Hier, il a su qu’il devait mourir. Et se couchant, il a dit à Cléry, son valet de chambre : « Demain, mon ami, vous me réveillerez à cinq heures. » A peine Louis XVI fut-il au lit, qu’il s’endormit du sommeil le plus calme... D’après les ordres qu’il avait reçus, Cléry, qui avait passé la nuit sur un fauteuil, dans la chambre même du Roi, vint tirer les rideaux du lit – le Roi dormait toujours les rideaux fermés – et lui dit : « Sire, cinq heures sonnent à plusieurs horloges. » Le Roi demanda alors son confesseur, M. Edgworth de Firmont, prêtre non assermenté, que ses bourreaux lui ont permis de choisir pour l’assister.

– M. l’abbé est sur mon lit », répond Cléry.
– Et vous, demande le Roi, où avez-vous donc passé la nuit ?
– Ici, sur une chaise.
– Ah ! je le regrette, reprend Louis, vous devez être bien fatigué, mon pauvre Cléry.
– Hélas Sire, puis-je penser à moi en un pareil moment.

Le Roi prend la main de son valet, qui fond en larmes : puis Cléry procède à la toilette du Roi. Quelques municipaux entrent ; le Roi leur fait un léger signe de tête et dépose sur la cheminée sa bourse, sa montre, sa boîte à tabac et plusieurs autres objets. Sa toilette est achevée. Il porte un habit gris, une veste blanche, des bas de soie bleuâtre, un chapeau à tricorne d’une grande dimension, bordé d’une ganse d’argent.

M. l’abbé Edgworth entre alors et passe avec le Roi dans un cabinet attenant à la chambre à coucher. Pendant ce temps, le sieur Cléry place au milieu de la chambre une commode qu’il arrange en forme d’autel pour dire la messe. Dès deux heures du matin, on avait apporté les ornements sacerdotaux et tout ce qui est nécessaire au saint sacrifice. Tout est prêt. Le Roi et son confesseur rentrent dans la chambre à coucher, transformée en chapelle.

Le prêtre revêt les habits sacerdotaux, Cléry se dispose à servir la messe, et le Roi prend place sur un coussin au pied de l’autel. La sainte communion – le viatique, hélas ! – est donnée au royal martyr, qui la reçoit avec la plus édifiante piété. La messe unie, le Roi se retire dans son cabinet où le sieur Cléry va le rejoindre.

– Cléry, dit le Roi, je vous remercie de vos soins.
– Ah ! sire, que ne puis-je donner ma vie pour sauver la vôtre ?...
– La mort ne m’effraie pas. Vous, mon cher Cléry, ne vous exposez pas, restez ici pour veiller sur mon fils. Un jour peut-être il pourra récompenser votre zèle.

Cléry tombe aux pieds du Roi. Ses sanglots l’empêchent de parler. « Adieu, lui dit le Roi, adieu mon cher Cléry, veillez sur mon fils !... »

A sept heures, le Roi sort de son cabinet et remet à Cléry quelques bijoux pour les membres de sa famille. Puis il demande des ciseaux pour que Cléry lui coupe les cheveux ; on lui refuse cette faveur. Cependant un des municipaux vient dire à Cléry : « Citoyen valet, disposez-vous pour aider votre maître à le déshabiller sur l’échafaud. » Le sieur Cléry devient d’une pâleur mortelle et est près de s’évanouir. « Du courage, Cléry, dit le Roi, je suis aise de vous avoir près de moi jusqu’au dernier moment. »

Cléry s’incline... Un autre municipal vient apporter un contre-ordre. « Le citoyen Cléry restera ici, dit-il ; le bourreau est assez bon pour Capet. » Neuf heures sonnent. La sinistre prison retentit sous des pas nombreux. Des voix se font entendre. Le bruit va toujours croissant. Santerre, accompagné de sept à huit municipaux, entre à la tête de dix gendarmes et les range sur deux lignes. A ce moment, le Roi sort de son cabinet, où il s’était recueilli quelques instants.

– Vous venez me chercher ? dit-il à Santerre.
– Oui.
– Je vous demande une minute.

De nouveau, le Roi rentre dans son cabinet. Il en sort au bout de quelques secondes, suivi de son confesseur. Le Roi tient à la main son testament, et, s’adressant à un municipal, nommé Jacques Roux, prêtre jureur, il lui dit :

– Je vous prie, monsieur, de remettre ce papier à la Reine, ma femme.
– Cela ne me regarde pas, répond brutalement Jacques Roux. Je suis ici pour vous conduire à l’échafaud.

Le Roi s’adresse alors à un autre municipal, le citoyen Gobeau : « Monsieur, dit-il, remettez, s’il vous plaît, ce papier à ma femme. Vous pouvez en prendre lecture ; il y a des dispositions que je désire que la Commune connaisse. » Cléry présente alors au Roi sa redingote. « Je n’en ai pas besoin, dit le Roi, je ne sens pas trop le froid aujourd’hui. » Et il ajoute, en souriant : « Ce n’est pas comme le jour de la mort de Charles Ier. »

On sait, en effet, que Charles Ier, dans la même circonstance, avait dit à son valet de chambre : « Mon cher Herbert, il me faut une chemise de plus que de coutume. La saison est froide, et je pourrais trembler. Quelques spectateurs l’attribueraient peut-être à la peur, et je ne veux pas qu’un tel reproche m’atteigne. Je suis préparé à la mort, et j’en bénis Dieu ! »

La main de Louis XVI rencontre celle de Cléry, qu’il sert pour la dernière fois.

– Messieurs, dit alors le Roi aux municipaux, je désirerais que Cléry restât près de mon fils, qui est accoutumé à ses soins. J’espère que la Commune accueillera cette demande.
– Partons, dit Santerre.
– Soit, partons, répond le Roi.
A l’entrée de l’escalier, le Roi rencontre Mathey, le concierge de la Tour. L’avant-veille, ce drôle était resté couvert devant le Roi, Louis XVI lui avait donné une leçon de politesse, d’ailleurs fort modérée. A sa vue, le Roi s’arrête. Ses yeux expriment une extrême bonté. « Monsieur, dit le Roi, j’ai eu, avant-hier, un peu de vivacité avec vous ; je vous prie de ne m’en pas vouloir et je vous en demande pardon. » Le croira-t-on ? Ce rustre reste insensible devant ce sublime exemple d’humilité chrétienne. Il feint de n’avoir rien entendu et tourne le dos au royal martyr.

Sur le passage du roi. Tentative de délivrance. La voie douloureuse.

Le Roi est monté dans la voiture du maire de Paris, entre le citoyen maire lui-même, l’abbé Edgeworth de Firmont et deux gendarmes. Le citoyen maire a gardé son chapeau. « Vous aviez oublié votre chapeau, la dernière fois que je vous vis au Temple, monsieur, lui dit le Roi ; vous avez été plus soigneux aujourd’hui. » Le citoyen ne répond pas. Il n’a peut-être pas compris.

Le Roi, parfaitement calme, presque souriant, regarde par les portières du carrosse municipal. Du Temple à la place de la Révolution, la voie publique est gardée par une haie de soldats ou de gardes nationaux. Ces derniers, coiffés d’un bonnet rouge et armés de piques. Quelques cris hostiles au Roi se font entendre. Louis XVI ne paraît pas ému et demande quelques renseignements sur les précautions militaires qui ont été prises.

Tous les établissements nationaux sont gardés par des détachements. Il y a des pièces de canon braquées sur toutes les places publiques et des corps de réserve nombreux dans chaque quartier. Douze cents citoyens bien armés, ayant chacun vingt-cinq cartouches, forment la garde qui, sous le commandement de Santerre, précède et suit la voiture du Roi. L’escorte se compose aussi de gendarmes à cheval.

On arrive boulevard Bonne-Nouvelle, un grand mouvement se produit dans la foule. Les cavaliers font cabrer leurs chevaux, les fantassins croisent la baïonnette. Un jeune homme s’est détaché de la foule, a fendu la haie d’hommes armé de piques. II tient d’une main une épée et de l’autre un pistolet. « Mes amis, dit-il, sauvons le Roi !... » Quelques jeunes gens le suivent, mais ils sont immédiatement saisis... plusieurs d’entre eux tombent frappés de coups de sabre.

Tout cela n’a, d’ailleurs, duré que quelques secondes. Le Roi ne s’est pas bien rendu compte, lui-même, de ce qui se passait. A partir de ce moment, la voiture accentue sa marche. Le Roi s’entretient sans cesse avec son confesseur. Dix heures sonnent... La voiture entre sur la place de la Révolution...

Le baron Jean de Batz

Nous avons parlé, tout à l’heure, écrit encore Simon Boubée, d’une tentative de délivrance du Roi, qui a eu lieu à la hauteur du boulevard Bonne-Nouvelle. L’auteur de cette tentative est M. le baron Jean de Batz, une des personnalités les plus originales et les plus sympathiques de ce temps-ci. Arrière-petit-fils de Manaud III, baron de Batz, compagnon d’armes et ami intime d’Henri IV, Jean de Batz est né à Goutz-les-Tartas, en 1760 [l’année avancée aujourd’hui est 1754].

Député de la noblesse aux Etats généraux de 1789, il siégea au côté droit, et montra de grandes connaissances en matière de finances. En vrai Gascon, il joint beaucoup d’habileté au plus indomptable courage, et il vient de faire preuve de l’un et de l’autre, depuis la captivité de l’auguste famille royale au Temple. Son but a été immédiatement de la sauver des mains de ses persécuteurs. A peine le procès du Roi avait-il été entamé qu’il a organisé une conjuration pour le sauver.

Les conjurés devaient enlever le royal martyr dans le trajet du Temple à la place de l’exécution. Malheureusement, le baron de Batz n’avait pu réunir un assez grand nombre d’hommes sûrs et aussi résolus que lui. Son noble projet eut réussi évidemment si la plupart des conjurés n’eussent manqué au rendez-vous. Jean de Batz est évidemment de ces hommes qui sont en avance sur leur temps.

Très différent des autres fidèles royalistes, poursuit Boubée, il a un esprit essentiellement pratique. Soyez convaincu que s’il n’a pu sauver le Roi, il fera son possible pour faire évader la Reine, Madame la Dauphine et Madame Elisabeth. Très habile manieur d’argent, et très au courant des caractères et des besoins des hommes qui sont au pouvoir, il emploiera, s’il le faut, le « nerf de l’intrigue ».

Nous savons qu’il s’est déjà mis en rapport avec des membres influents de la Convention, tels que Delaunay d’Angers, Julien, Chabot, Danton et autres hommes politiques moins insensibles à l’attrait de l’or qu’ils ne voudraient le paraître. Le baron de Batz arrivera-t-il à ses fins, et sera-t-il plus heureux plus tard qu’il ne le fut ce matin ? Oui, si Dieu le permet, estime-t-on alors.

La place de la Révolution dans la matinée

Par crainte de quelque coup de main royaliste, de grandes précautions ont été prises. Des les premières heures de la matinée, Paris est en armes. De nombreuses troupes sont groupées, place de la Révolution, autour de l’instrument de mort, dressé dans la nuit. Voici les gardes nationaux, habit bleu à étroits revers blancs. Les artilleurs, commandés par Santerre, habit bleu à revers et parements rouges. Les chasseurs, habit vert à revers et parements jaunes. On remarque le fameux bataillon des Marseillais, à droite, en venant des boulevards ; il a ses canons braqués sur l’échafaud.

La nuit qui a précédé l’exécution fut absolument calme. Ce n’est qu’au matin que la foule se masse derrière les troupes. A huit heures, arrivent Sanson l’aîné, exécuteur des hautes œuvres, et ses deux frères, Charlemagne Sanson et Martin Sanson. Ils sont assistés des aides Gros et Baris, qui ont dressé l’échafaud pendant la nuit. On remarque, dans la foule, l’air grave et en même temps ému des exécuteurs. Quelques-uns savent que la veille même, Sanson avait célébré en famille ses noces d’argent. Etrange contraste. « Hier du vin, aujourd’hui du sang », dit quelqu’un.

L’exécution

Dix heures viennent de sonner. La berline s’arrête devant la sinistre machine. La portière s’ouvre deux gendarmes descendent les premiers, puis le vénérable prêtre vêtu du costume proscrit. Le Roi descend à son tour. Quelques-uns font observer, avec une liberté de langage vraiment extraordinaire, qu’il est plus calme et plus majestueux qu’il ne s’est jamais montré aux Tuileries.

Nul cri ne se fait entendre. Bien que beaucoup d’énergumènes jacobins se trouvent sur la place, le plus profond silence règne aux alentours de l’échafaud. Le peuple, relégué derrière la soldatesque, semble frappé de stupeur. La stupeur !... voilà, semble-t-il, la caractéristique du spectacle de cet assassinat politique ! Les tambours ne cessent de battre. C’était convenu. C’est par ce procédé que l’on voulait étouffer les cris de la foule mais, nous le répétons, les échos restent muets.

Les frères Sanson semblent consternés et ne cherchent nullement à dissimuler leur pénible impression. Le Roi est arrivé au pied de l’échafaud. Son pas est ferme. Martin Sanson, plus jeune et moins troublé que les autres, s’avance et, se découvrant respectueusement, dit au Roi :

– Sire (et non Monsieur, comme d’aucuns le prétendent), il serait nécessaire que l’on vous ôtât votre habit.
– C’est inutile, répond le Roi, un peu brusquement peut-être, on peut fort bien en finir comme je suis.

Martin Sanson insiste. « C’est absolument nécessaire, dit-il, de plus en plus respectueux, il est même indispensable que l’on attache les mains du condamné. » Le Roi, pâle tout à l’heure, devient immédiatement d’un rouge ardent : « Vous n’oserez pas porter la main sur moi, dit-il. Tenez, voici mon habit, mais ne me touchez pas. » En disant cela, il ôte lui-même son habit. Sanson l’aîné se penche à l’oreille de l’abbé Edgeworth : « Monsieur l’abbé, dit-il, obtenez du Roi qu’on lui attache les mains. Pendant qu’on procédera à cette formalité, d’ailleurs nécessaire, nous gagnerons du temps, et il est impossible qu’un pareil spectacle ne finisse pas par émouvoir les entrailles de ce peuple. »

L’abbé regarde l’exécuteur avec un navrant sourire, puis se tournant vers le Roi : « Sire, dit-il, résignez-vous à un dernier sacrifice, par lequel vous ressemblerez davantage au Dieu, qui va vous en récompenser. » Le Roi se calme subitement. Son visage redevient pâle, ses yeux perdent leur expression fière et un peu dure. Il baise l’image du Christ que son confesseur lui présente et tend lui-même ses bras aux bourreaux. Deux aides lient ces mains qui avaient porté le sceptre.

Les frères Sanson paraissent plus émus que jamais. Ils sont plus pâles que la royale victime. Quelques-uns murmurent, dans la foule, qu’ils sont royalistes au fond du cœur, et que si une tentative pour sauver le Roi se produisait, loin de s’y opposer, ils y prendraient part. Les roulements des tambours ne cessent pas. Le Roi, soutenu par son confesseur, gravit lentement et majestueusement les degrés de l’échafaud. « Est-ce que ces tambours ne vont pas cesser ? » demande-t-il à Charlemagne Sanson. Charlemagne fait signe qu’il n’en sait rien.

Arrivé sur la plate-forme, le Roi s’avance du côté où il paraît y avoir le plus de peuple et fait de la tête un signe impératif aux tambours. Louis XVI a, en ce moment, un air si royal que les suppôts de la Révolution subissent son prestige. Les tambours, subjugués, cessent leur roulement sans attendre le signal des chefs militaires. Le Roi dit alors d’âne voix forte et sonore : « Français, vous voyez votre Roi prêt à mourir pour vous. Puisse mon sang cimenter votre bonheur. Je meurs innocent de tout ce dont on m’accuse ! »

Le Roi veut encore parler ; mais Santerre fait un signe aux tambours, qui reprennent leur tumultueux roulement. Les assassins du Roi craignent décidément que le peuple, indigné, ne proteste contre le crime qu’ils vont commettre, poursuit Simon Boubée. Mais c’est toujours le silence. La stupeur règne de plus en plus. Le Roi se livre alors aux exécuteurs. Il est attaché sur la planche.

Sa tête tombe, tandis que l’abbé Edgeworth fait entendre ces sublimes paroles qui, sans doute, traverseront les âges : « Fils de saint Louis, montez au Ciel ! » La tête du Roi est montrée au peuple par l’aide Gros. Les yeux sont clos – circonstance extraordinaire – et le royal visage, blanc comme de la cire, a maintenant une expression quasi divine. Quelques forcenés – très peu nombreux – poussent des cris de triomphe, mais le plus fort des spectateurs se détourne avec une profonde horreur et un douloureux frémissement. Il est, hélas ! évident que le moindre signal eût suffi à amener une réaction en faveur du royal martyr.

(...)


A la Convention

Aujourd’hui 21 janvier, le citoyen Vergniaud préside. La Convention ne s’occupe d’abord que du meurtre de Lepeletier Saint-Fargeau, poignardé, l’avant-veille, par l’ex-garde du corps Paris. Le conseil exécutif adresse à la Convention nationale le procès-verbal de l’exécution du Roi.

« LAMARQUE. Lorsque le tyran n’est plus, ses crimes sont expiés. Faisons la guerre à la tyrannie et oublions les tyrans. (Marques d’approbation.) » L’assemblée passe à l’ordre du jour.

Les journaux
Les journaux de Paris parlent tous de la « mort du Tyran ».

Le Père Duchesne. « Capet est enfin mort f... Je ne dirai pas comme certains badauds : n’en parlons plus. Parlons-en, au contraire, pour nous rappeler tous ses crimes et inspirer à tous les hommes l’horreur qu’ils doivent avoir pour les rois. »

La Gazette de France. « Le tyran n’est plus. Un exemple redoutable a été donné aux despotes du monde. La hache de la justice a frappé celui qui était déjà condamné dans la conscience du peuple français. Ce jugement mémorable ne pose de responsabilité que sur la nation elle-même. Elle s’en charge !... La nation connaît ses ennemis ; ce sont les rois, et s’ils prétendent demander compte à la république du jugement qui, par la mort d’un roi, réhabilite l’espèce humaine, chaque citoyen français se présentera, portant en lui le besoin de sa faire responsable. »

Paris dans la soirée

Après avoir lu les navrants détails de l’agonie et de la mort du Roi-Martyr, écrit notre journaliste, nos fils s’imagineront sans doute que pendant tout le cours de cette journée, que le lendemain même, Paris dut offrir l’aspect le plus agité... ou le plus morne. Il n’en est rien. A partir de midi, les rues reprennent peu a peu leur aspect habituel, et l’étranger qui est débarqué à Paris, dans la soirée, ne croirait jamais que cette grande capitale vient d’être le théâtre d’une des plus sinistres tragédies dont l’histoire des peuples ait fait mention.

Il y a des tempêtes de fureur et des abîmes de douleur dans le cœur des royalistes, mais c’est seulement chez eux ou chez leurs amis, à l’abri du foyer, qu’ils se livrent à leurs réflexions indignées ou désolées. Les rues, les places publiques, ont leur aspect habituel. Bien que la Convention ait fait fermer la plupart des maisons de jeu, bien que « l’autorité jacobine » mette quelque frein au débordement de la galanterie vénale, le Palais-Royal est plus animé, plus bruyant, plus grouillant que jamais.

Les cafés et les restaurants regorgent de monde. Sans-culottes, vêtus de carmagnoles et coiffés de bonnets rouges ou de bonnets à poil, muscadins en habit de soie, secouant leurs « oreilles de chien » et faisant tournoyer leurs cannes tordues, courtisanes décolletées au-delà de toute espérance, paisibles bourgeois, bourgeoises honnêtes, agioteurs au regard louche, se pressent dans les établissements, se heurtent devant les boutiques de joailliers, vont et viennent dans le jardin.

Le foyer du théâtre de la Montansier, ci-devant théâtre du Petit-Beaujolais, est particulièrement animé et l’on y parle très peu politique, bien que parmi ceux qui le hantent il y ait un grand nombre de royalistes avérés. Voici, entre autres, un tout jeune homme, trapu, grêlé, aux lèvres doubles, mais dont l’œil pétille d’esprit et de courage. C’est Alphonse Martainville, déjà condamné, à l’âge de seize ans, pour avoir osé taquiner le lion jacobin. Voici le journaliste Ange Pitou, un petit homme au nez démesuré, mais presque joli garçon malgré cela. On dit qu’aujourd’hui même, avant d’aller au spectacle, il a trouvé le moyen d’avoir un entretien avec le citoyen Sanson. Où s’arrêtera la curiosité des gazetiers ? Cette belle fille aux cheveux flamboyants, c’est Cydalise, une des plus célèbres sirènes de ces galants parages. Elle aussi est royaliste et amie très intime du jeune Martainville.

Ce dernier l’accoste en riant et, lui montrant un gros sans-culotte dont la tenue est négligée jusqu’à l’indécence, il murmure :
Renfoncez donc vot’ culotte,
Ce bout d’chemise qui vous pend
Qu’on n’ dise pas qu’un patriote
Arbore le drapeau blanc.

Dans la salle il y a foule. On joue une des pièces les plus gaies du répertoire, le Sourd ou l’Auberge pleine, du citoyen Desforges. Ce diable de débauché a vendu son manuscrit quatre cents francs à la citoyenne Montansier... qui, dit-on, a déjà gagné, avec cette pièce, quelque chose comme deux cent mille francs. Même affluence dans les autres théâtres. Chose digne de remarque, aucun théâtre de Paris ne joue, ce soir-là, un de ces à-propos patriotiques, si fort à la mode par ce temps de jacobinisme.

Et Simon Boubée de conclure : Le Roi est mort, vive le Roi ! Vive Louis XVII, qui gémit dans les fers ! Et si Louis XVII meurt à son tour, un autre « Capet » lui succédera, car la Maison capétienne, qui est bien française, puisqu’elle a fait la France, puisqu’elle a constitué notre unité nationale par ses héritages et ses conquêtes, vivra autant que notre pays vivra et, quoi qu’il arrive, sera toujours là pour le sauver de ses ennemis... et de lui-même.

Source

Qui se souvient du 21 janvier 1793 ? Mort de Louis XVI et chronologie d’une journée empreinte de stupeur populaire

mardi, 15 janvier 2013

Déclaration de Mgr le duc d'Anjou


Madame, Mademoiselle, Monsieur,
mes chers compatriotes.
Le monde politique s’est saisi d’un sujet remettant en cause l’institution universelle et intemporelle qu’est la Famille, ce qui constitue une menace aux fondements mêmes de notre société. L’humanité tout entière et, en particulier, notre histoire commune, celle de la France, s’est bâtie sur le seul socle familial. Mille ans de notre histoire reposent sur une famille dont je suis l’héritier, le fils aîné, et que j’ai l’immense charge de représenter auprès de vous.
Or, certains souhaitent que l’institution du mariage, sur laquelle repose toute la structure familiale, soit banalisée au point de l’étendre aux personnes du même sexe et, par voie de conséquence, de permettre l’adoption et donc la filiation d’enfants résultants de cette union.
De tout temps, l’homme et la femme se sont unis, naturellement, pour concevoir et élever des enfants. Que serions-nous si nos parents, nos aïeux n’avaient pas suivi ce processus naturel, institutionnalisé et sacralisé ensuite par le mariage chrétien ? Comment accepter d’établir un droit à l’enfant au risque d’aller à l’encontre des droits de l’enfant ?
Nos hommes politiques ne peuvent prendre la responsabilité de redéfinir les lois immémoriales de la nature humaine. Certes, nous devons nous adapter continuellement aux évolutions de notre société mais certains principes immuables tels que l’union d’un homme et d’une femme pour fonder une famille et éduquer des enfants ne peuvent être remis en cause.
Nous avons le devoir de nous manifester auprès des responsables politiques qui souhaitent traiter ces questions d’une extrême gravité pour leur faire part de nos réflexions et de nos craintes. Il n’est nullement question de stigmatiser la communauté homosexuelle, dont je sais qu’elle est loin d’être unanime sur la question du mariage pour des personnes de même sexe, de l’adoption des enfants par ces derniers et de leur filiation. Il faut, au contraire, l’écouter tout en s’assurant que la cellule familiale n’est pas menacée. Je refuse que cette discussion soit traitée sous un angle politicien ou idéologique. La défense de l’institution du mariage entre un homme et une femme est un sujet de civilisation que la France doit aborder sans passion.
La vision de mes aïeux, et notamment celle d’Hugues Capet, de Saint Louis, d’Henri IV ou encore de Louis XIV, était de construire, dans l’intérêt de tous, une Nation française qui rayonnerait pendant des siècles. Elle ne s’arrêtait pas aux intérêts particuliers susceptibles de compromettre ses valeurs fondatrices. Mon regretté père, le prince Alphonse, dans la lignée duquel je m’inscris, disait qu’il « ne saurait y avoir dans quelque société que ce soit de permanence et de continuité sans le respect des droits fondamentaux de la Famille qui est la cellule de base de toute société constituée selon l’ordre naturel et chrétien. Il appartient à chacun d’y réfléchir. Puisse la miséricorde divine pourvoir à cette utile méditation pour que chacun se reprenne à espérer. »
J’appelle donc aujourd’hui, hors de toute position politique partisane, tous les Français à défendre les valeurs si chèrement défendues pendant des siècles par nos aînés et à faire connaître leur soutien aux défenseurs de la Famille et des droits de l’enfant. Il en va de notre avenir. Les Français doivent montrer l’exemple aux autres nations.
Louis de Bourbon, 8 janvier 2012

lundi, 17 décembre 2012

" les casseroles", encore "des casseroles", toujours " des casseroles"... REPUBLICAINES !


 
 

parce que en REPUBLIQUE l’idéologie prime tout,
(idéologie = homme-dieu = conception autonome de l’homme et de la société, laïque, débarrassée de tout lien naturel et surnaturel, de toute subordination)
 
«  la France EN MOUVEMENT  » fait litière de ses avatars.
 
 
 
NE NOUS TROMPONS PAS, soyons réalistes, notre résistance politique efficace s’identifie non pas à la dénonciation mais à notre fidélité à l’Institution légitime, à la Royauté, à la monarchie de droit divin, conforme à l’Histoire capétienne qui a fait LA FRANCE, à l’alliance du trône et de l’autel, au droit naturel et divin.
 
 
 
12.2012
 
TAUBIRA ÉPINGLÉE
 
 
ELLE A OCCUPÉ PENDANT 13 ANS UN APPARTEMENT HLM A 986 € POUR UN SALAIRE DE 300 000 € !
 De 1998 à 2011, elle a occupé, alors qu'elle était députée, un appartement HLM de l'Opac de 80 m2 près de la gare de Lyon à Paris pour 986 € par mois  alors que ses revenus de députés étaient de 300 000 € par an.
Interrogée à ce sujet par Le Point cette semaine, elle a refusé de répondre à cette question.
 
 
 
 
______________________________________________________________________________________________________________________________________________________________
 
les  reconquêtes ne s’improvisent pas, ni ne dépendent des poussées de fièvre électorale de la République. 
Elles exigent un travail de compréhension, de formation, patient, méthodique et déterminé, qui permette à chacun d’exercer son autorité.
pour créer ou prendre contact avec un Cercle de formation : uclf@orange.fr
 
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vendredi, 23 novembre 2012

La dénaturation du mariage nous concerne tous
Mgr Le Gall : j’encourage les catholiques à prendre leurs responsabilités
Novembre : le 17 en province, le 18 à Paris.
Le 20 janvier 2013, Grande marche nationale d'unité pour la Vie et la Famille
 

  jean-de-viguerie.jpgAu Président de Civitas

Cher Monsieur,
Vous voulez bien me demander un encouragement personnel pour votre action contre le faux mariage homo. Je vous le donne de tout cœur, ayant toujours admiré le courage et l'esprit chevaleresque dont vous faites preuve.
Avec mon respectueux souvenir.
Jean de Viguerie

Les cars se font de plus en plus nombreux pour rejoindre Paris le 18 novembre. A ce jour, il en partira des villes suivantes... En Alsace : Strasbourg. En Aquitaine : Lourdes – Pau –Domezain – Bordeaux – Bergerac – Périgueux. En Auvergne : Le Puy en Velay – Monestrol EnBretagne : Brest – Morlaix - Saint Brieuc – St Malo – Lanvallay - Guingamp – Rennes. En Bourgogne : Dijon – Mâcon. DuCentre : Tours - En Champagne : Reims - Vitry le François. En Languedoc Roussillon : Montpellier. En Limousin : Brive. En Lorraine : Nancy. En Midi Pyrénées : Montréal de l’Aude – Toulouse – Caussade. Dans le Nord : Lille. En Normandie : Caen – Rouen. En PACA : Saint Raphaël –En Pays de Loire : Angers - La Roche sur Yon – Nantes –Thouarcé. En Poitou-Charente : Poitiers – Chatellerault – En Picardie : Amiens. En Rhône Alpes : Lyon Saint Etienne. En Belgique : Bruxelles. Réservez au plus vite en lignehttp://www.civitas-institut.com/content/view/807/1/ - votre place dans l'un de ces cars.
 
 
http://www.christ-roi.net/images/1/1b/Libert%C3%A9_Egalit%C3%A9_%26_Fraternit%C3%A9_ou_la_mort.JPGJean de Viguerie est l'auteur du livre Les Deux Patries, dont voici un extrait au sujet de la Ière Guerre mondiale :
 
"La trouvaille de génie a été 'L'union sacrée'. ... Au nom de l'Union sacrée, il fut ordonné de consentir. Sous peine d'être un 'mauvais Français'. Ce fut une trouvaille ingénieuse et bien plus efficace que la 'Patrie en danger'. Ainsi le patriotisme révolutionnaire triomphait. ... Les orphelins de guerre - on les compte par millions - protestent dans leurs coeurs: 'C'est cela votre France, disent-ils, cette idole inhumaine, avide du sang de nos pères, et pouvons-nous l'aimer?' Ils se trompent: la déesse cruelle qu'ils accusent est la patrie révolutionnaire, non la France. Mais comment le sauraient-ils? Nul ne pourrait leur expliquer? La manipulation est parfaite."
 
(Jean de Viguerie, Les Deux Patries, Essai historique sur l'idée de patrie, Dominique Martin, Mayenne 2004, p. 185-212).
 
Sur le thème révolutionnaire de la "Liberté ou la mort" et de la tolérance philosophique, Jean de Viguerie précise : "Certains révolutionnaires en 1789 ont même dit : 'La liberté ET la mort'...". La mort à tous les points de vue, physique, spirituel, moral.
 
 
 
 

 

Commentaire :                               contre la dénaturation du mariage, pourquoi s'attaquer aux effets et jamais aux causes ?

Vouloir défendre la société contre la dénaturation du mariage est certes louable, mais en prend-on vraiment les moyens ? Pourquoi s'attaquer aux effets et jamais aux causes ? Je m'explique :
Deux cents ans de Révolution ont réduit les catholiques à l’état de réactionnaires. Chaque nouvelle loi inique les met en campagne pour alerter l
opinion et tenter de faire pression sur le gouvernement. Comme toujours la loi est votée, et la fièvre activiste retombée, ils replongent dans un attentisme providentialiste et défaitiste d’où ils ne sortent que pour voter pour le moindre mal (...) en attendant le prochain coup de l’ennemi. Plutôt que de s’acharner à combattre les symptômes (les mauvaises lois républicaines), pourquoi ne pas reconnaître enfin l’effet corrupteur de ces assemblées délibérantes qui font de l’opinion de la majorité, l’expression de la vérité ? Au lieu de subir les attaques, ne vaut-il pas mieux en reprendre l’initiative avec nos principes (la loi naturelle et l’autorité) et nos armes (la Grâce divine et la raison) pour restaurer des institutions traditionnelles ? La suite de cette réflexion sur : http://www.viveleroy.fr/Le-mythe-de-la-bonne-republique.h...
 
Au passage, voir des tradis manifester pour sauver le mariage civil ne manque pas de piquant.
Pourquoi ne manifestent-ils pas plutôt pour que le mariage religieux retrouve son indépendance ?
 
 
 
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mercredi, 31 octobre 2012

Le Drapeau Blanc

Source: De bon vouloir
 
 
De nos jours il peut sembler que le drapeau bleu blanc rouge a toujours été celui de la France, alors que même parmi des partis de droite dure comme le MPF, le MNR ou le FN, et autres, il est un symbole de patriotisme incontestable, au même titre que la Marseillaise. Pourtant , on ne peut d'un point de vue royaliste se satisfaire d'un patriotisme d'opérette non réfléchi, car il s'agit de servir la France et sa vraie tradition, et non pas une façade symbolique dont on n'interrogerait pas le sens profond. Et quel sens profond en effet si on y regarde d'un tout petit peu plus près ! Il est bien évident que ce drapeau, loin d'être celui de la France, est celui de la république et des valeurs qui ont présidé à sa création. Il est anti-traditionnel car il a été imposé par la force et la terreur à la monarchie, comme quand on a forcé Louis XVI à se coiffer du bonnet phrygien ; la cocarde tricolore est dès sa fondation le symbole de la haine de la tradition française - d'où le terrible contresens, malheureusement habituel, de la prétendue réaction républicaine des partis précités. 
 
 
 

C’était un 30 octobre 1873

Dans le cadre de « la querelle du drapeau », le quotidien L’Union publie une lettre, datée du 27 octobre, du comte de Chambord (considéré par la plupart comme l’héritier du trône de France), dans laquelle il explique qu’il refuse le pouvoir qu’on lui propose, car il ne sera jamais le roi légitime « de la Révolution ».
« Les prétentions de la veille me donnent la mesure des exigences de demain, et ne peuvent consentir à inaugurer un règne réparateur et fort par un acte de faiblesse… Je veux rester tout entier ce que je suis. Amoindri aujourd’hui, je serais impuissant demain… »
En lisant ce texte, le duc d’Audiffret-Pasquier (président royaliste de l’Assemblée nationale qui était elle-même majoritairement royaliste à ce moment) déclare « nous sommes perdus ».
La royauté ne sera pas rétablie depuis.
Le comte de Chambord avait précisé sa pensée le 25 janvier 1872, par un manifeste dans lequel il proclamait :
« Je n’ai pas à justifier la voie que je me suis tracée. [...] Je ne laisserai pas porter atteinte, après l’avoir conservé intact pendant quarante années, au principe monarchique, patrimoine de la France, dernier espoir de sa grandeur et de ses libertés. [...] Je n’arbore pas un nouveau drapeau, je maintiens celui de la France [...]. En dehors du principe national de l’hérédité monarchique sans lequel je ne suis rien, avec lequel je puis tout, où seront nos alliances ? [...] Rien n’ébranlera mes résolutions, rien ne lassera ma patience, et personne, sous aucun prétexte, n’obtiendra de moi que je consente à devenir le roi légitime de la Révolution. »
 
Le drapeau blanc est de nouveau utilisé lors des deux Restauration de 1814 à 1830.
 
Étendard arboré en présence de membres de la famille royale.
En présence du roi, le drapeau blanc est utilisé.
 
Commentaires :
 
1.      une monarchie constitutionnelle est contraire au pacte de Reims et aurait viré comme dans les autres monarchies européennes plus ou moins inféodées au pouvoir de Mammon et à la maçonnerie.
 
2.      Comte de Chambord, une autre de ses déclarations :
«Dieu, en me faisant naître, m’a imposé de grands devoirs envers la France…   Pénétré des besoins de mon temps, toute mon ambition est de fonder avec vous (il s’adressait aux royalistes élus) un gouvernement national, ayant le droit pour base, l’honnêteté pour moyen, la grandeur nationale pour but…    L’idéal de la Révolution est la famille sans chef et l’Etat sans Dieu. Pour que la France soit sauvée, il faut que Dieu y rentre en Maître pour que je puisse régner en roi…   Fasse le Ciel que je puisse me sacrifier tout entier au triomphe du droit sur l’iniquité, de la vérité sur le mensonge, de l’ordre et de la liberté sur la licence et l’oppression, en un mot de la civilisation chrétienne sur la barbarie révolutionnaire ».

L’Histoire n’a retenu que « l’affaire du drapeau », or, le Comte de Chambord ne voulait pas d’une monarchie constitutionnelle. Il n’était pas soutenu par la majorité des royalistes élus et le savait.
En octobre 1873, dans une réunion des bureaux des quatre groupes de droite de l’Assemblée, « Extrême-droite, Droite modérée, Centre droit et Groupe Changarnier, Me d’Audiffret-Pasquier dit: 
« Nous sommes profondément convaincus, nos amis du Centre droit et moi, que la monarchie n’est possible qu’à la condition d’être une monarchie constitutionnelle et à être la monarchie du drapeau tricolore ».

en 1873, la Révolution perdurait dans les rangs royalistes à travers les loges maçonniques infiltrées
.
 
 
La Révolution pour combattre Dieu a abattu le trône.
pour permettre le règne de Dieu dans les cœurs et la cité, remettons le Roi sur le trône.
d’expérience multiséculaire en France, depuis le baptême de Clovis en 496,
 le surnaturel et l’essor civilisateur ont eu besoin d’un substrat naturel politique minimum et suffisant :
l’alliance du trône et de l’autel et la monarchie de droit divin
 
Avez-vous déjà créé ou rejoint un cercle d’amitié et de formation légitimiste ?
 
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mardi, 04 septembre 2012

De la fusion orléaniste/légitimiste à la mort d’Henri V

L’œcuménisme politique tue la tradition

1883 marquait la mort d’Henri V comte de Chambord, successeur direct de Charles X. Selon les Lois Fondamentales du Royaume, la Couronne passait à la branche aînée d’Anjou, mais la branche cadette d’Orléans, s’appuyant sur un très révolutionnaire principe des nationalités, réussit à rallier la majorité des légitimistes. Cet œcuménisme politique entre un légitimisme traditionnel et un orléanisme d’essence libérale ne devait échouer qu’à former le bloc conservateur de la IIIe République. Pire, "l’effacement du légitimisme intransigeant ne laissait plus subsister en France (y compris chez les monarchistes) que des traditions révolutionnaires." Nous commençons ici la publication d’une importante étude de l’historien du droit Guy Augé intitulée Succession de France et règle de nationalité.

Avant-propos de l’ouvrage de Guy Augé : Succession de France et règle de nationalité, Ed. La Légitimité, Diffusion DUC, Paris, 1979, pp.5-8.



Un prince calomnié : le Comte de Chambord

Le 24 août 1883 mourait à Frohsdorf en exil volontaire et digne, après un long "règne moral" de près de quarante ans, le Comte de Chambord, Henri V.

Prince calomnié, encore mal connu ou méconnu, il fut victime de la propagande républicaine, hostile à toute formule monarchique, et, plus encore peut-être, des orléanistes, ces monarchistes libéraux qui avaient usurpé le trône de son grand-père Charles X en 1830.

Prendre possession de la légitimité au moyen de M. le Comte de Chambord et s’assurer ainsi sa succession, imposer au petit-fils de Charles X des conditions qu’il ne pouvait accepter, ou, s’il les subissait, qui rendraient son maintien impossible sur le trône ; l’amener ainsi à une abdication avant ou après : tel avait été, dès le principe, le plan aussi astucieusement conçu qu’habilement suivi par les principaux chefs du groupe orléaniste libéral, et dont quantité d’honnêtes royalistes furent les coopérateurs, pour ne pas dire les complices inconscients.

Arthur LOTH, L’échec de la restauration monarchique en 1873, Paris, 1910, p. 525.

On a ainsi volé au Comte de Chambord non seulement ce règne "réparateur et fort" qu’il ambitionnait, mais l’intelligence de sa vie et une partie de sa mort, — en tout cas sa succession politique.
- Une légende tenace voudrait en effet qu’il ait lui-même compromis les chances d’une restauration en 1871-73 par son attachement borné à "un lambeau de draperie blanche", ainsi qu’ironisait le duc de Broglie.
- Une autre légende, non moins répandue, affirme qu’en 1873, par le biais de la "fusion", Henri V, qui n’avait pas d’enfant, reconnut comme son héritier Louis-Philippe-Albert d’Orléans, Comte de Paris, chef de la branche cadette et française.

Légendes, certes [1]. Mais c’est assurément en vertu de ces fables qu’au lendemain de la mort du Prince la grande majorité des royalistes français rallia sans trop de scrupules ni de discernement le camp des Orléans.

La fusion de 1883 entre orléanistes et légitimistes

La fusion, qui n’avait jamais vraiment existé avant 1883, devint réalité après cette date. Au vieux dualisme des orléanistes et des légitimistes fit place un étonnant monisme fusionniste où l’on vit étrangement cohabiter d’authentiques chouans, des zouaves pontificaux, des voltairiens libéraux, les ducs orléanistes, M. de Charette et M. de Broglie.

De cette façon se constitua, avec les brillants résultats que l’on sait, le gros des forces conservatrices de la IIIe République commençante.

Ce ralliement des royalistes de tradition aux descendants du régicide et de l’usurpateur a de quoi surprendre : il existait entre les deux familles monarchistes un fossé doctrinal et un océan de haines ; de surcroît, nul n’ignorait que la Couronne de France se transmettait par primogéniture.

Or, en 1883, l’aîné de la Maison de Bourbon n’était pas le Comte de Paris ; cet aîné, c’était le chef de la branche carliste des Bourbons d’Espagne, autrement dit des Bourbons-Anjou (issus du petit-fils de Louis XIV qui fut Duc d’Anjou avant de monter sur le trône espagnol).

Comment se fait-il que les Bourbons-Anjou aient été délibérément écartés dans l’opinion publique à cette époque — et depuis lors dans une large mesure ?

La question mériterait au moins qu’on s’y arrêtât. Elle intéresse l’histoire d’abord, le droit certainement, et les doctrines politiques de surcroît. Car on doit bien voir que l’effacement du légitimisme intransigeant ne laissait plus subsister en France (y compris chez les monarchistes) que des traditions révolutionnaires.

Les arguments du fusionnisme

Les motifs évoqués contre les princes de la branche aînée sont divers et d’inégale importance.
- On a fait valoir les renonciations de Philippe V au traité d’Utrecht pour lui et sa descendance : mais elles ont l’inconvénient majeur de violer la "théorie statutaire" et le principe de l’indisponibilité de la Couronne, dégagé par nos anciens légistes dès avant le "honteux traité de Troyes" de 1420.
- On s’est réclamé de l’opinion du Comte de Chambord : mais, en dehors du fait qu’elle est plus que douteuse en faveur des Orléans, elle ne serait finalement, elle aussi, qu’un abus de pouvoir si elle venait à contredire la loi fondamentale.
- C’est alors qu’on a songé, parmi les orléanistes et les fusionnistes, à une "règle de nationalité". Merveilleux argument, qui pourrait faire taire toute discussion... si, du moins, l’on parvenait à lui donner consistance. Les Bourbons-Anjou sont bien les aînés des Bourbons, mais la Maison de Bourbon ne serait qu’une fiction, une famille éclatée politiquement, dont les aînés, devenus Espagnols, se trouveraient ipso facto écartés de toute prétention au trône de France.

On aperçoit le contour de l’argument massue imaginé par les nouveaux habiles.
- Peu importe qu’il fasse bon marché du "pacte de Famille".
- Peu importe qu’il se heurte de plein fouet à ce laborieux appareil des renonciations, si péniblement arrachées en 1713 à Louis XIV, à Philippe V et à tous les autres successibles de France.
- Peu importe qu’il soit dérivé du révolutionnaire principe des nationalités. On trouvera bien quelque moyen de masquer son anachronisme en en rajoutant : il suffira, par exemple, de le faire remonter (pourquoi pas ? ) à Suger ou à Hugues Capet, d’y trouver le fondement ultime de la "loi salique", voire l’inspiration patriotique de Jeanne d’Arc !

Cette construction, ce faux-semblant juridique ressemble trop, depuis 1883, à une captation d’héritage politique pour ne pas mériter discussion et réfutation.

Contexte et objectif de cette étude

L’étude qu’on va lire n’a pas d’autre objet. Elle fut rédigée, sous sa forme initiale, en 1964, pour paraître en une série d’articles à suivre dans un périodique aujourd’hui disparu, Tradition française. Elle en conserve l’allure un peu répétitive, et aurait eu assurément besoin d’être davantage complétée et refondue.

Je comptais être en mesure de reprendre et de prolonger cette recherche. Hélas ! d’autres urgences ne m’ont pas permis d’y revenir aussi longuement et minutieusement qu’il aurait fallu. Si ces pages, qui ne sont pas exactement ce que j’aurais souhaité qu’elles fussent, paraissent néanmoins, c’est grâce à mon ami Alain Néry. Docteur es Lettres, familier lui-même de ces sujets dont nous nous sommes si souvent entretenus l’un l’autre au long d’un itinéraire spirituel commun, il a bien voulu m’aider dans la tâche ingrate de révision du manuscrit, et y intégrer quelques-unes de mes recherches postérieures — ou des siennes propres — sur le légitimisme post-chambordien [2]. Qu’il en soit vivement remercié. Mais il a mis tous ses scrupules à respecter dans leur forme les divers écrits ainsi rassemblés, que je n’aurais sans doute pas eu les mêmes égards à profondément remanier.

Du fait de cette composition, le texte que nous présentons ne se caractérise pas toujours par l’élégance de la forme et l’équilibre du plan. Tel quel, pourtant, nous espérons que ce petit livre, enrichi de quelques illustrations originales dues à la plume talentueuse de Pascal Beauvais, pourra éclairer un aspect somme toute assez mal connu, en tout cas controversé, du droit royal historique français.

Il n’était bien sûr pas question d’approfondir les règles de succession au trône de France, moins encore d’ébaucher une histoire du légitimisme (que l’on commence à mieux connaître au travers d’ouvrages récents ou en cours).

Plus circonscrit, notre but fut de soumettre à critique la thèse dite "orléaniste" — fort répandue dans le monde journalistique des idées reçues, et cependant bien médiocrement fondée en droit — selon laquelle la succession politique du Comte de Chambord devait revenir aux princes d’Orléans.

Plan de l’étude

Dans un premier chapitre, on trouvera exposé l’argument majeur de l’orléanisme (sujet propre de notre discussion) : la prétendue "règle de nationalité" qui écarterait du trône de France les "princes étrangers", rendant du même coup superflu l’autre argument, celui des renonciations d’Utrecht.

Un second chapitre s’efforce de réfuter les “preuves” habituellement alléguées à l’appui de la théorie orléaniste, en montrant qu’il ne faut pas confondre la "loi de sanguinité capétienne" (qui existe) avec une pseudo-“règle de nationalité” (parfaitement anachronique).

Enfin, un dernier chapitre, nourri d’une documentation pourtant très fragmentaire — la friche reste immense ! — montre l’évolution sentimentale et politique des rapports entre les princes de Bourbons-Anjou et la France depuis 1713 jusqu’à nos jours.
Si le vieux droit s’est estompé, il s’est toutefois survécu, alors que l’orléanisme, de son côté, n’a pas été exempt de contradictions.

La conclusion à laquelle nous aboutissons est claire et se lit, pour finir, sur un arbre généalogique : le légitime dépositaire de la tradition monarchique française est, à l’heure actuelle, Monseigneur le Prince Alphonse, Duc d’Anjou et de Cadix, chef de la Maison de Bourbon, aîné des Capétiens dynastes, et non pas le Comte de Paris, héritier de la contre-tradition orléaniste. 


(A suivre ...)

G. A.
Avril 1979

 

Notes

[1Nous nous permettons de renvoyer pour plus ample démonstration à notre mémoire, La légitimité monarchique en France au XIXe siècle (Bibliothèque de la Faculté de droit de Paris, (B.F.D.), cote 23332,1964/1), ainsi qu’au remarquable livre d’Emmanuel BEAU de LOMENIE, La Restauration manquée, l’affaire du drapeau blanc, Paris, 1932 (que la Librairie française vient de rééditer opportunément).

[2J’avais rédigé en 1967, pour la Faculté de droit de Paris, un mémoire de science politique intitulé "Les Blancs d’Espagne", contribution à l’étude d’une composante du royalisme français contemporain (B.F.D. 23 332, 1967/16). On trouvera l’indication de la thèse d’Alain NÉRY en bibliographie.

 

Source: Vive Le Roy

samedi, 09 juin 2012

LA SOUVERAINETE DU PEUPLE EST UNE HERESIE

 

 

Doctrine des théologiens sur l'origine de la société et du pouvoir civil

 

« Suffrage universel — Mensonge universel » Pie IX

 

Quelle est l'origine de la société civile ?

 

Avant de répondre à cette question, il est nécessaire d'en bien préciser le sens, car l'origine de la société peut être considérée au point de vue de l'histoire ou au point de vue de la doctrine.

 

C'est à la philosophie chrétienne, que nous demanderons d'abord de nous répondre et de nous dire pour quelles raisons il est nécessaire à l'homme de vivre en société.

 

L'homme, dit Saint-Thomas d'Aquin[1], ne peut se suffire à lui seul[2].

 

Comment un individu isolé pourrait-il se procurer tout ce qui est nécessaire à sa nourriture ? Comment se préparerait-il des vêtements, des remèdes, un abri ? Comment fabriquerait-il, en même temps, ses instruments de travail ?

 

Restant seul, il ne pourrait faire de son temps et de ses forces une part suffisante pour accorder à l'étude, au travail manuel et aux soins de sa nourriture ce qui est nécessaire, cependant, pour qu'un homme arrive au complet développement de ses forces physiques et de ses facultés morales.

 

Il est vrai que les philosophes du XVIII° siècle ont prétendu que cet état d'ignorance et d'isolement était l'état naturel de l'homme ; mais, par une con­tradiction singulière, ils avouaient que si l'humanitén'était sortie de cetétat de nature, pour se constituer en sociétés, elle eût infailliblement péri.

 

Singulier état de nature, assurément, qui eût mené la nature humaine à sa destruction !

 

Cet aveu seul peut suffire à prouver la vérité de la thèse catholique : car l'état naturel d'une créature doit être favorable à sa conservation et au perfectionnement de ses facultés.

 

Or, cet état, qui favorise la conservation et l'amélioration de l'espèce humaine, c'est l'état social.

 

Le véritable état de nature est donc celui de l'homme vivant en société avec ses semblables.

 

Mais il y a plusieurs sortes de sociétés parmi les hommes.

 

La première, la plus naturelle, la plus néces­saire de toutes, c'est la famille, qui fournit à l'homme les premiers secours, et les plus indispensables, à la conservation et au bien-être de la vie.

 

C'est elle qui,par le mariage, assure la mul­tiplication du genre humain sur la terre; c'est elle qui procure à l'enfance les soins multiples qu'exigent la délicatesse de son corps et l'ignoran­ce de son esprit ; c'est elle qui donne les affections pures et fidèles.

 

Mais elle n'est pas la seule société nécessaire. Ce que nous avons dit de l'individu isolé peut, dans une certaine proportion, s'appliquer à la famille, si elle ne trouve dans une société plus étendue et plus forte le complément dont elle a besoin.

 

Elle aussi ne peut se suffire entièrement à elle-même.

 

Pourra-t-elle, par ses seules ressources, exercer les industries multiples que suppose un degré con­venable d'aisance et de bien-être dans le vêtement, la nourriture et l'habitation ? Ses membres pour­ront-ils, à eux seuls, acquérir les connaissances nombreuses et difficiles que suppose l'exercice convenable de ces différentes industries ? Pou­rront-ils se livrer à l'étude des sciences, dans la mesure où elles sont nécessaires au dévelop­pement normal de l'intelligence ? Enfin seront-ils en mesure de résister à leurs ennemis et de se fairejustice eux-mêmes, sans blesser les droits d'autrui ?

 

Une famille isolée, placée en dehors de toute société, et n'ayant rien, qu'elle ne doive tirer de ses propres ressources, sera nécessairement dans une grande indigence des biens dont l'homme a besoin pour le développement de ses facultés.

 

Ainsi, les familles sont amenées par la néces­sité à s'unir en une société plus parfaite, comme les individus sont poussés par une nécessité encore plus impérieuse à se grouper autour d'un foyer.

 

Cette société, appelée à suppléer à l'insuffisan­ce de la société domestique et à assurer, en même temps, sa conservation et sa prospérité, dans l'ordre public, est désignée communément par les auteurs sous le nom de société civile ou société politique ; son origine, sa raison d'être, c'est la loi naturelle elle-même, c'est-à-dire Dieu, qui en est la règle et l'auteur.

 

C'est Dieu qui a fait l'homme, tel qu'il ne puisse vivre sans l'institution de la famille ; c'est donc Dieu qui est l'auteur de la famille. C'est Dieu, auteur de la famille qui a fait cette société première insuffisante par elle-même, en sorte que les familles aient une tendance naturelle à s'unir pour former la société civile ; Dieu est donc l'auteur de la société civile.

 

Ainsi, la cause première de la société civile, c'est Dieu ; sa cause prochaine, c'est la nature de l'homme, sa cause immédiate, c'est la nature de la famille.

 

Telle est, en quelques mots, la réponse de la philosophie catholique à notre question : Quelle est l'origine de la société civile ? [3]

 

Interrogeons maintenant l'histoire. Il ne s'agit pas ici de remonter à l'origine de chaque société civile, de chaque nation, mais seulement à l'origine de la première société, de celle avant laquelle il n'existait que des familles.

 

L'histoire des origines de notre race est tout entière contenue dans les premiers chapitres de la Genèse ; les faits qu'elle rapporte sont attestés par l'autorité même de Dieu : il n'y en a donc pas qui puissent présenter un plus grand caractère de certitude.

 

Nous trouvons, dans ces faits, une confirmation éclatante de la doctrine formulée plus haut.

 

Au commencement, Dieu crée un seul homme, mais il ajoute bientôt : « Il n'est pas bon que l'homme soit seul»[4]. Il lui donne une compagne, « adjutorium simile sibi »[5], et la famille est fondée.

 

L'homme pécha, avant que la famille eût pu donner naissance à une autre société ; faut-il en conclure que la société civile n'aurait pas existé si Adam eût persévéré dans l'état d'innocence ?

 

Ce serait trop se hâter de résoudre une question sur laquelle de grands théologiens ont des opinions contraires et qui, d'ailleurs, est indifférente.

 

En tout cas, il est de fait que la société civile, supposant la pluralité des familles, n'a pu se former et ne s'est formée, en réalité, qu'après une certaine propagation du genre humain sur la terre.

 

Toutefois, la formation de la société fut contemporaine des premiers hommes. La Genèse fait, pour la première fois, mention de la fondation d'une ville, après le meurtre d'Abel par son frère[6].

 

Caïn ne fut pas le seul fils d'Adam qui donnât naissance à une cité, et, avant la fin de sa longue carrière, le père de tous les hommes put voir des villes nombreuses et florissantes sortir de cette terre que Dieu lui avait donnée pour être fécondée par son travail.

 

Le fait primordial qui a déterminé la formation des anciennes sociétés politiques, c'est l'extension et la multiplication des familles issues d'une même souche, lui restant unies d'abord par des liens purement domestiques, puis, peu à peu, par des relations d'un caractère public et juridique.

 

Ensuite, la conquête, les traités ou le libre consentement de plusieurs, ont servi de point de départ à la formation d'un grand nombre d'États ; mais la communauté d'origine reste le fait naturel qui donne naissance aux cités. C'est ce que Cicéron exprimait ainsi : « Prima societas in ipso conjugio est, proxima in liberis, deinde una domus, communia omnia. Id autem est principium urbis et quasi seminarium reipublicae ». (De Officiis).

 

Ainsi, la philosophie et l'histoire s'accordent pour affirmer que la société est voulue et exigée par la nature, et que les théories du Contrat social ne sont pas moins en contradiction avec les faits qu'avec la raison.

 

Dans l'Encyclique « Immortale Dei » le Sou­verain Pontife a résumé la doctrine catholique : « L'homme, dit-il, est né pour vivre en société, car ne pouvant dans l'isolement ni se procurer ce qui est utile et nécessaire à la vie, ni acquérir la perfection de l'esprit et du coeur ;la Providence l'a fait pour s'unir à ses semblables en une société tant domestique que civile, seule capable de four­nir ce qu'il faut à la perfection de l'existence ». Déjà, dans l'Encyclique « Diuturnum illud », le Pape avait dit plus brièvement encore et avec plus de force : « Magnus est error non videre, id quod manifestum est, homines, quum non sint solivagum genus, citra liberam ipsorum voluntatem ad naturalem communitatem esse natos » ; et, parlant du Contrat social, il ajoutait : « Ac praeterea, pactum quod praedicant, est aperte commentitium et fictum. »

 

L'enseignement de l'Église est donc très net­tement formulé sur ce point, et les catholiques ne peuvent hésiter à le suivre.

 

II
Quelle est la nature et la fin de la société civile ou politique?

 

1° Nature de la société civile.

 

La société civile est une société naturelle, nécessaire, parfaite et organique. Elle est naturelle, ce qui ne veut pas seulement dire qu'elle est conforme à la nature de l'homme et que les principes de la raison naturelle suffisent, par eux-mêmes, à sa constitution et à son fonction­nement ; cela implique encore que ses lois fon­damentales, sa constitution essentielle, sont dictées et imposées par la nature et qu'il n'est pas loisible à l'homme d'en méconnaître les principes et d'en violer les prescriptions.

 

De même que, pour la société domestique, l'unité et l'indissolubilité du lien conjugal sont imposées aux hommes par une volonté supérieure, de même, pour la société civile, il est des lois qui s'imposent au législateur lui-même, qu'il n'a pas le pouvoir d'enfreindre, mais qu'il a le devoir de reconnaître et de sanctionner.

 

Tous les droits et tous les devoirs, même dans l'ordre civil, ne dérivent donc pas de la loi humaine ; l'État n'en est pas l'auteur et la source ; mais il est des droits imprescriptibles dont il a le devoir de se faire le protecteur et le gardien. C'est pourquoi, la proposition suivante a été condamnée dans le Syllabus :

 

39. L'État, comme étant l'origine et la source de tous les droits, jouit d'un droit qui n'est circonscrit par aucune limite.

 

La société civile est, en second lieu, une sociéténécessaire, c'est-à-dire qu'elle n'est pas seulement conforme et proportionnée à la nature de l'hom­me, mais que cette même nature exige qu'une telle société existe.

 

Ce qui a été dit précédemment sur l'origine de la société civile peut servir à prouver cette nécessité et à en expliquer la nature.

 

L'existence de la société civile est nécessaire au complet et parfait développement de l'espèce humaine ; elle n'est pas rigoureusement et direc­tement exigée pour la conservation de chaque individu et de chaque famille considérée séparément

 

Nous verrons combien cette remarque est importante quand nous traiterons du but de la société.

 

La société civile est encore une société parfaite. On désigne, dans l'Ecole, sous le nom de société parfaite ou complète celle qui possède, par elle-même, tous les moyens d'atteindre son but, en sorte qu'elle n'est pas destinée à trouver dans une société supérieure son complément et sa perfection.

 

C'est ce que le Souverain Pontife a plus brièvement exprimé dans l'encyclique Immortale Dei, en rappelant que l'Église est une société parfaite ; Elle possède, en soi et par elle-même, toutes les ressources qui sont nécessaires à son existence et à son action.

 

La société civile répond bien à cette définition de la société parfaite ; elle possède tous les moyens naturels de procurer à l'homme la félicité de cette vie, puisqu'elle supplée, en cela, tout ce qui manque à la société domestique ; et elle n'est pas destinée à faire partie d'une société supérieurede même ordre, puisque nous ne voyons pas, dans l'ordre naturel, de société à laquelle elle puisse être subordonnée.

 

Ainsi, la société civile est justement considérée comme une société parfaite, et le pouvoir suprêmelui appartient dans les choses purement temporelles.

 

C'est encore l'enseignement du Saint-Père, dans la même encyclique ; parlant des deux sociétés, l'Église et l'Etat, il dit : Chacune d'elles, en son genre, est souveraine.

 

Enfin, la société civile est une société organique, c'est-à-dire qu'à l'exemple des corps vivants dont les membres ne sont pas animés d'un mouvement purement mécanique, mais jouissent chacun d'une vie propre, bien que dépendante de la vie du corps tout entier, la société civile se compose d'organes dont la vie et la constitution sont distinctes de la sienne, tout en lui restant subordonnés. Ces organes vitaux de la société civile, ce sont ses membres, c'est-à-dire les familles, les communes, les provinces : car la société civile ne se compose pas d'individus, elle se compose de sociétés moindres, antérieures à elle par leur nature, plus strictement nécessaires et plus directement instituées de Dieu: Ces sociétés ont leurs droits et leur constitution propres, que la société civile n'a pas le droit d'altérer ou de méconnaître, mais qu'elle a le devoir de sauvegarder.

 

La société civile n'est donc pas une collection d'individus égaux, mais une hiérarchie de sociétés subordonnées, auxquelles les individus peuvent appartenir à différents titres et dans lesquelles ils exercent des magistratures et des fonctions en rapport avec leur condition.

 

La constitution des sociétés modernes est loin de présenter ce caractère ; c'est là son tort et son malheur. Fondée pour l'individu, ne connaissant d'autres droits que les droits individuels et les droits de l'État, cette constitution sociale est fatalement conduite à osciller entre le libéralisme et le socialisme, pour tomber enfin dans une complète dissolution.

 

Toute définition de la société civile qui ne la présente pas comme un corps moral naturel, nécessaire, complet et hiérarchiquement organisé, doit donc être rejetée.

 

Mais il n'est pas possible de connaître la véritable nature et les caractères essentiels de la société civile, si l'on n'en précise nettement le but, la fin.

 

2° Fin de la société civile.

 

Il résulte de la constitution organique de la société civile que sa fin propre et immédiate ne peut être ni le bien individuel de chaque homme, ni le bien privé de chaque famille, mais le bien commun des familles et des autres associations qui lui sont subordonnées.

 

Ce bien commun est un bien temporel : car le bien spirituel est la fin propre de l'Église, et on ne saurait l'assigner pour but immédiat à la société civile, sans amener entre les deux pouvoirs une inévitable et funeste confusion ; c'est, de plus, un bien extérieur : car le bien intérieur, même temporel, de chaque homme est d'ordre individuel et privé, nullement d'ordre social ; enfin, ce bien temporel que doit procurer l'union des familles en une société parfaite consiste dans l'ordre et la prospérité publiques.

 

Cet ordre et cette prospérité ne sauraient être limités aux seules conditions matérielles de la vie, et doivent s'étendre à l'ordre moral tout entier ; en effet, le bonheur de l'homme, même en cette vie, ne consiste pas uniquement, ni même prin­cipalement, dans la satisfaction des exigences du corps ; il dépend surtout des dispositions intellec­tuelles et morales de l'âme ; la société civile ne serait donc pas une société naturelle et parfaite dans son ordre, ni même une société vraiment hu­maine, si elle ne tendait à procurer la félicité temporelle conformément à la nature de l'homme dans ce qu'il y a en elle de plus élevé et de proprement humain. La société doit donc pourvoir, par des moyens proportionnés à sa nature, au perfectionnement intellectuel et moral de l'homme.

 

Si nous voulons embrasser dans une même définition toute l'étendue de la fin de la société civile, nous dirons donc : La société civile a pour but le bien commun temporel de l'homme tout entier, en tant que ce bien peut être obtenu par les actions extérieures.[7]

 

Ainsi, c'est donner une définition incomplète et tronquée du but de la société, que de lui assigner la protection des droits et de la liberté de chacun, ou le maintien de la paix et de la sécurité publiques ; elle doit tendre à procurer le bien temporel de l'homme dans toute sa plénitude et son extension, mais seulement dans l'ordre public et en dehors de la sphère d'action des individus, des familles ou des associations.

 

Ainsi, le rôle de la société est très étendu : il atteint tout ce qui intéresse le bonheur et le perfectionnement de l'homme en cette vie, mais les limites en sont très nettement définies, puisque sa raison d'être et sa mission cessent là où commencent celles de la famille et des autres organes du corps social.

 

Cette conception de la fin de la société civile permet seule de rester à égale distance entre les deux écueils les plus redoutables en ces matières : le libéralisme et le socialisme.

 

 

 

Charles Maignen

 

 

 

(Etude publiée sur le site des Juristes catholiques, que nous estimons utile de reproduire, en ces temps d’agitation électorale)

 



[1]De regimine Principum, lib. I, cap. I.

[2] Charles Maurras, Mes Idées politiques

[3] Taparelli : Essai théorique de Droit naturel ; cardinal Zigliara : Philosophia moralis ; Mgr Cavagnis : Notions de droit public naturel et ecclésiastique.

 

[4] Genèse : Chap. II, v.18.

[5] Ibidem.

[6] Genèse : Chap. IV, v. 17.

 

[7] Mgr Cavagnis : Notions de Droit public naturel et ecclésiastique

 

vendredi, 20 avril 2012

Raymond Aubrac, agent communiste

 

Lu sur Secret Défense :

 

A

 

"Directeur de recherches au CNRS, l'historien Stéphane Courtois est un spécialiste du communisme. Elève d'Annie Kriegel, il a été le maitre d'oeuvre du Livre noir du communisme. Son dernier livre, "le Bolchevisme à la française" (Fayard) est paru en 2010. Historien engagé, mais grand connaisseurs des archives, il nous décrit la face caché d'un personnage aujourd'hui encensé.

 

Qui était vraiment Raymond Aubrac ?
Un agent soviétique, mais pas au sens où il aurait travaillé pour le services d'espionnage de l'Union soviétique. Il était plutôt un membre important du réseau communiste international, un sous-marin communiste si l'on veut ; en tout cas, beaucoup plus qu'un agent d'influence. Un homme comme lui avait évidemment un agent traitant à Moscou. [...]

 

Mais Aubrac a toujours expliqué qu'il n'avait jamais été membre du PCF ?
(Rire). C'est exact, formellement, mais tout cela est cousu de fil rouge. Il faisait partie de ce qu'on appelle les "hors-cadres", des gens de haut niveau dont le PCF n'avait pas besoin qu'ils prennent leur carte. Ils leur étaient plus utile à l'extérieur. Aubrac était un ingénieur, sorti de l'Ecole des Ponts et Chaussées, et le PCF ne voulait pas le mettre en avant. Ce qui ne l'empêchait pas de participer à des réunions de cellules comme "observateur". Avant guerre, sa future épouse Lucie était elle-même communiste, proche d'André Marty - qui fut représentant du PCF au Komintern.

 

Ses biographes le présentent comme une sorte d'industriel à la tête d'une entreprise d'urbanisme. Qu'en est-il ?
La société qu'il dirigeait était le Berim - le Bureau d'études et de recherches pour l'industrie moderne. Placé sous la responsabilité de Jean Jérôme, l'und es hommes les plus importants et les plus secrets du PCF - cette société servait de pompe à finances au Parti. C'est, par elle, que passaient les financements en provenance de l'Est - sous la forme de contrats plus ou moins bidons. Même chose avec les maires communistes.

 

On apprend qu'il était à Saïgon lors de l'arrivée des chars du Nord-Vietnam en 1975. Qui faisait-il ?
Aubrac a joué un rôle très particulier dans l'affaire du Vietnam. Lorsque le dirigeant communiste Hô Chi Minh vint en France en 1946, il fut hébergé par les Aubrac à la demande de Jacques Duclos. Puis il servit de contact entre l'appareil communiste international et Henry Kissinger lui-même. Du sérieux, on le voit.

 

Son rôle durant la Résistance a fait l'objet de polémiques. On se souvient d'un procès contre l'historien Gérard Chauvy et d'une table ronde organisée en 1997 par Libération. Qu'en pensez-vous ?
Pendant longtemps, Aubrac et son épouse Lucie ont raconté qu'il s'était évadé à la suite d'une opération de la Résistance. Or , Arthur Kriegel - qui a participé à cette action commando - assurait qu'Aubrac n'était pas là quand elle eut lieu. Puis Aubrac a reconnu dans la biographie "autorisée" que Pascal Convert lui a récemment consacrée qu'il ne s'était pas évadé, mais qu'il avait été libéré.
Un autre épisode pose problème. A la Libération, il est commissaire régional de la République à Marseille. Or De Gaulle va le virer sans ménagement et sans explication. On sait aujourd'hui pourquoi : il avait couvert des lynchages politiques dans des prisons, notamment en Avignon ainsi que l'assasinat de militants trotskystes indochinois.  A Marseille, il créa des CRS (Compagnies républicaines de sécurité) dont on découvrit plus tard qu'elles étaient entièrement infiltrées par le PCF."
________________________

 

 

 

 

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Raymond_Aubrac

 

 

 

Distinctions

 

Source:

dimanche, 18 mars 2012

Le Testament politique de RICHELIEU (Extraits)

 

Consignes pour une société heureuse

 

 

 

Loin de l’image véhiculée par les romans, le Testament politique révèle un ministre soucieux du concours de chacun au bien commun selon un effort proportionnel à son rang. Ainsi il énonce au Roi ses devoirs et lui prodigue des conseils dans le gouvernement des ordres de son Royaume. Le Cardinal lui rappelle aussi que, devant le tribunal céleste, on est d’abord jugé à l’aune du zèle qu’on a manifesté à accomplir sa charge publique avec justice. Assurément, le droit divin constitue la clé de voûte de la société : «  Le règne de Dieu est le principe du gouvernement des États ; et en effet c’est une chose si absolument nécessaire, que sans ce fondement il n’y a point de Prince qui puisse bien régner, ni d’État qui puisse être heureux. »

 

 

 Introduction

Armand-Jean du Plessis de Richelieu, est né le 9 septembre 1585. Il est usuel de placer son action et sa doctrine sous le signe d’une promotion sans faille de ce qu’on appelle l’absolutisme monarchique.

De fait, l’histoire de son ministériat de presque deux décennies illustre une indomptable volonté au service dune grandeur royale qui ne semble souvent que le support précaire d’une puissance d’État, qui a sa « raison » que la raison commune ignore. Ne va-t-il pas, d’une formule terrible, jusqu’à poser dans sa maxime d’État 80 qu’ « en affaires d’État, il n’est pas comme des autres :
- aux unes, il faut commencer par l’éclaircissement du droit ;
- aux autres par exécution et possession
 » ?

Pourtant, la pensée comme l’action de Richelieu est souvent caricaturée. On le taxe un peu vite de machiavélisme ou de tacitisme même s’il est vrai qu’il affranchit la morale des gouvernants des règles ordinaires de la morale.

On admet à la légère la formule frappante de Siri dans ses Anecdotes du ministère du cardinal de Richelieu, le décrivant comme « le Tibère de notre siècle ». (On oublie d’ailleurs que Siri, ce disant, voulait louer la grandeur du cardinal.)

Le choix de textes qui suit, tiré du Testament politique [1], contribuera à affiner un jugement commun non pas tout à fait faux mais trop peu nuancé en présentant les traits plus traditionnels, ou en tous cas moins « modernistes », d’une réflexion complexe [2] [3].

Richelieu, politique réaliste et trop amant de l’État, demeure malgré tout le Premier ministre d’un roi très chrétien qui fait toute sa place au Roi des Rois et un noble français qui ne comprend sa société qu’en ordres organiquement hiérarchisés [4].

Stéphane RIALS.


 Rex christianissimus

Dieu étant le Principe de toutes choses, le souverain Maître des Rois, et celui seul qui les fait régner heureusement, si la dévotion de V.M. [Votre Majesté, note de VLR] n’était connue de tout le monde, je commencerais ce chapitre qui concerne sa personne, en lui représentant, que si elle ne suit les volontés de son Créateur, et ne se soumet à ses lois, elle ne doit point espérer de faire observer les siennes, et de voir ses sujets obéissants à ses ordres.

 Règne de dieu par le prince

Le règne de Dieu est le principe du gouvernement des États ; et en effet c’est une chose si absolument nécessaire, que sans ce fondement il n’y a point de Prince qui puisse bien régner, ni d’État qui puisse être heureux.

(…) c’est une chose si connue de chacun par sa propre raison, qu’il ne tire pas son être de lui-même, mais qu’il a un Dieu pour Créateur, et par conséquent pour Directeur, qu’il n’y a personne qui ne sente que la nature a imprimé cette vérité dans son cœur avec des caractères qui ne peuvent s’effacer.

Tant de Princes se sont perdus, eux et leurs États, pour fonder leur conduite sur un jugement contraire à leur propre connaissance ; et tant d’autres ont été comblés de bénédictions, pour avoir soumis leur autorité à celle dont elle dérivait, pour n’avoir cherché leur grandeur qu’en celle de leur Créateur ; et pour avoir un peu plus de soin de son règne que du leur propre, que je ne m’étendrai pas davantage sur une vérité trop évidente pour avoir besoin de preuve.

 La Couronne et la Tiare

L’ordre que Dieu veut être observé en toutes choses, me donne lieu de représenter à V.M. 
- qu’ainsi que les Princes sont obligés à reconnaître l’autorité de l’Église, à se soumettre à ses saints Décrets, et y rendre une entière obéissance en ce qui concerne la puissance spirituelle que Dieu lui a mise en main pour le salut des hommes, et
- qu’ainsi qu’il est de leur devoir de maintenir l’honneur des Papes comme successeurs de Saint Pierre, et Vicaires de Jésus-Christ,
- aussi ne doivent-ils pas céder à leurs entreprises, s’ils viennent à étendre leur puissance au-delà de ses limites.

Si les Rois sont obligés de respecter la Tiare des Souverains Pontifes, ils le sont aussi de conserver la puissance de leur Couronne.

Cette vérité est reconnue de tous les théologiens ; mais il n’y a pas peu de difficulté de bien distinguer l’étendue et la subordination de ces deux Puissances.

En telle matière il ne faut croire
- ni les gens du Palais, qui mesurent d’ordinaire celle du Roi par la forme de sa Couronne, qui étant ronde, n’a point de fin ;
- ni ceux qui par l’excès d’un zèle indiscret se rendent ouvertement partisans de Rome.

 Vouloir le raisonnable

La lumière naturelle fait connaître à un chacun, que l’homme ayant été fait raisonnable, il ne doit rien faire que par raison, puisqu’autrement il ferait contre sa nature, et par conséquent contre celui même qui en est l’Auteur (…)

(…) il s’ensuit clairement, que si l’homme est souverainement raisonnable, il doit souverainement faire régner la raison, ce qui ne requiert pas seulement qu’il ne fasse rien sans elle, mais l’oblige de plus à faire, que tous ceux qui sont sous son autorité la révèlent et la suivent religieusement.

 De la guerre juste

Au jugement des mieux sensés, la guerre est quelquefois un mal inévitable ; et en d’autres rencontres il est absolument nécessaire, et tel qu’on en put tirer du bien (…)

Je soutiens, et c’est chose véritable, qu’il n’y en peut avoir d’heureuse, qui ne soit juste ; parce que si elle ne l’était pas, quand l’événement en serait bon selon le monde, il en faudrait rendre compte au Tribunal de Dieu.

 Le Prince en son conseil

Ce n’est pas une petite question entre les Politiques, de savoir si un Prince qui se gouverne en son État par sa tête, est plus à désirer que celui qui ne se fiant pas tant à ses lumières, défère beaucoup à son Conseil, et ne fait rien sans son avis.

On ferait des volumes entiers des raisons qui se peuvent mettre en avant de part et d’autre : mais réservant cette question au fait particulier qui m’oblige à le rapporter en ce lieu, après avoir préféré le Prince qui agit plus par son Conseil que par le sien propre, à celui qui préfère sa tête à toutes celles des conseillers, je ne puis que je ne dise, qu’ainsi que
- le plus mauvais gouvernement est celui qui n’a autre ressort que la tête d’un Prince, qui étant incapable, est si présomptueux, qu’il ne fait état d’aucun Conseil :
- le meilleur de tous est celui dont le principal mouvement est en l’esprit du Souverain, qui bien que capable d’agir par soi-même, a tant de modestie et de jugement, qu’il ne fait rien sans bon avis, fondé sur ce principe, qu’un œil ne voit pas si clair que plusieurs (…)

Un Prince capable est un grand trésor en un État. Un Conseil habile et tel qu’il doit être n’en est pas un moindre ; mais le concert de tous les deux ensemble est inestimable, puisque c’est de là que dépend la félicité des États.

 Le conseiller du Prince

La capacité des Conseillers ne requiert pas une suffisance pédantesque ; il n’y a rien de plus dangereux pour l’État, que ceux qui veulent gouverner les Royaumes par les maximes qu’ils tirent de leurs livres : ils les ruinent souvent tout à fait, par ce moyen, parce que le passé ne se rapporte pas au présent, et que la constitution des temps, des lieux et des personnes est différente.

Elle requiert seulement
- bonté et fermeté d’esprit,
- solidité de jugement, vraie source de la prudence,
- teinture raisonnable des Lettres, connaissance générale de l’Histoire et de la constitution présente de tous les États du monde, et particulièrement de celui auquel on est.

Deux choses sont principalement à considérer à ce propos.
- La première, que les plus grands esprits sont plus dangereux qu’utiles au maniement des affaires ; s’ils n’ont beaucoup plus de plomb que de vif-argent, ils ne valent rien pour l’État (…)
- La seconde remarque (…) ( : ) La présomption est un des grands vices qu’un homme puisse avoir dans les charges publiques (…)

Le plus habile homme du monde doit souvent écouter les avis de ceux qu’il pense même être moins habiles que lui.

 La noblesse

Il faut considérer la Noblesse, comme un des principaux nerfs de l’État, capable de contribuer beaucoup à sa conservation et à son établissement.

Elle a été depuis quelque temps si rabaissée par le grand nombre des Officiers que le malheur du siècle a élevés à son préjudice, qu’elle a grand besoin d’être soutenue contre les entreprises de telles gens.

L’opulence et l’orgueil des uns accablent la nécessité des autres, qui ne sont riches qu’en courage, qui les porte à employer librement leur vie pour l’État, dont les Officiers tirent la subsistance.

Comme il les faut soutenir contre ceux qui les oppriment, il faut avoir un soin particulier d’empêcher qu’ils ne traitent ceux qui sont au-dessous d’eux, comme ils sont traités des autres.

C’est un défaut assez ordinaire à ceux qui sont nés dans cet Ordre, d’user de violence contre le peuple, à qui Dieu semble avoir plutôt donné des bras pour gagner sa vie, que pour la défendre. Il est très important d’arrêter le cours de tels désordres par une sévérité continue (…)

Ceux qui étant préjudiciables au public, ne lui sont pas utiles, il est certain que la Noblesse qui ne lui sert point à la guerre, n’est pas seulement inutile, mais à charge à l’État, qui peut en ce cas être comparé au corps qui supporte le bras paralytique comme un faix qui le charge, au lieu de le soulager.

Comme les Gentilshommes méritent d’être bien traités lorsqu’ils sont bien, il faut leur être sévère s’ils manquent à ce à quoi leur naissance les oblige ; et je ne fais aucune difficulté de dire, que ceux qui dégénérant de la vertu de leurs aïeuls, manquent de servir la Couronne de leurs épées et de leur vies avec la constance et la fermeté que les Lois de l‘État requièrent, mériteront d’être privés des avantages de leur naissance, et réduits à porter une partie du faix du peuple.

L’honneur leur devant être plus cher que la vie, il vaudrait beaucoup mieux les châtier par la privation de l’un que de l’autre.

Ôter la vie à des personnes qui l’exposent tous les jours pour une pure imagination d’honneur est beaucoup moins que leur ôter l’honneur, et leur laisser la vie, qui leur est en cet état un supplice perpétuel.

S’il ne faut rien oublier pour maintenir la Noblesse en la vraie vertu de ses pères, on ne doit aussi rien omettre pour la conserver en la possession des biens qu’ils lui ont laissés, et procurer qu’elle en puisse acquérir de nouveaux.

 La vénalité et l’hérédité des offices

Au jugement de la plus grande partie du monde, le plus souverain (« remède » aux « dérèglements de la Justice ») consiste à supprimer la vénalité, à éteindre l’hérédité des Offices, et à les donner gratuitement à des personnes d’une capacité et d’une probité si connue, que leur mérite ne puisse être contesté par l’envie même (… )

Cependant bien qu’il soit presque toujours dangereux d’être singulier dans son avis, je ne puis que je ne dise hardiment, qu’en l’état présent des affaires, et en celui qu’on peut prévoir pour l’avenir, il vaut mieux selon ma pensée, continuer la vénalité et l’hérédité des Offices, qu’en changer tout à fait l’établissement (…)

Aussi, bien que la suppression de la vénalité et de l’hérédité des Offices soit conforme à la raison, et à toutes les Constitutions du Droit ; si est-ce néanmoins que les abus inévitables, qui se commettraient en la distribution des charges dépendantes de la simple volonté des Rois, dépendraient par conséquent de la faveur et de l’artifice de ceux qui se trouveraient plus puissants auprès d’eux, rendant la façon par laquelle on y pourvoit maintenant, plus tolérable que celle dont on s’est servi par le passé, à cause des grands inconvénients qui l’ont toujours accompagnée (…)

Il faut en ce cas succomber à la faiblesse, et se contenter plutôt d’une règle modérée, que d’en établir une plus austère, et qui serait peut-être convenable, sa rigueur étant capable de causer quelque ébranlement à ce qu’on veut affermir (…)

Au lieu que la suppression de la vénalité et de l’hérédité des Offices devrait ouvrir la porte à la vertu, elle l’ouvrirait aux brigues et aux factions, et remplirait les charges d’Officiers de basse extraction, souvent plus chargés de Latin que de biens, dont il arriverait beaucoup d’inconvénients (…)

Une basse naissance produit rarement les parties nécessaires au Magistrat ; et il est certain que la vertu d’une personne de bon lieu a quelque chose de plus noble que celle qui se trouve en un homme de petite extraction. Les esprits de telles gens sont d’ordinaire difficiles à manier, et beaucoup ont une austérité si épineuse, qu’elle n’est pas seulement fâcheuse, mais préjudiciable.

 Le peuple en son état

Tous les Politiques sont d’accord, que si les peuples étaient trop à leur aise, il serait impossible de les contenir dans les règles de leur devoir.

Leur fondement est, qu’ayant moins de connaissance que les autres ordres de l’État beaucoup plus cultivés ou plus instruits, s’ils n’étaient retenus par quelque nécessité, difficilement demeureraient-ils dans les règles qui leur sont prescrites par la raison et par les Lois.

La raison ne permet pas de les exempter de toutes charges, parce qu’en perdant en tel cas la marque de leur sujétion, ils perdraient aussi la mémoire de leur condition ; et que s’ils étaient libres de tribut, ils penseraient l’être de l’obéissance.

Il les faut comparer aux mulets, qui étant accoutumés à la charge, se gâtent par un long repos plus que par le travail : mais ainsi que ce travail doit être modéré, et qu’il faut que la charge de ces animaux soit proportionnée à leur force ; il en est de même des subsides à l’égard des peuples, s’ils n’étaient modérés, lors même qu’ils seraient utiles au public, ils ne laisseraient pas d’être injustes (…)

Il y a un certain point qui ne peut être outrepassé sans injustice ; le sens commun apprenant à un chacun qu’il doit y avoir proportion entre le fardeau, et les forces de ceux qui le supportent.

 Abrégé des devoirs du prince

En un mot, si les Princes ne font tout ce qu’ils peuvent pour régler les divers Ordres de leur État :
- S’ils sont négligents au choix d’un bon conseil, s’ils en méprisent les avis salutaires.
- S’ils n’ont un soin particulier de se rendre tels, que leur exemple soit une voix parlante.
- S’ils sont paresseux a établir le règne de Dieu, celui de la raison, et celui de la justice tout ensemble.
- S’ils manquent à protéger les innocents, à récompenser les signalés services qui sont rendus au Public, et à châtier les désobéissances et les crimes qui troublent l’ordre de la discipline, et la sûreté des États.
- S’ils ne s’appliquent pas autant qu’ils doivent à prévoir et à prévenir les maux qui peuvent arriver, et à détourner par de soigneuses négociations les orages, que des nuées amènent aisément souvent de plus loin qu’on ne pense.
- Si la faveur les empêche de bien choisir ceux qu’ils honorent des grandes charges, et des principaux emplois du royaume.
- S’ils ne tiennent puissamment la main à établir l’État en la puissance qu’il doit être.
- Si en toutes occasions ils ne préfèrent les intérêts publics aux particuliers ; quoiqu’ils soient bien vivants d’ailleurs,

ils se trouveront beaucoup plus coupables que ceux qui transgressent actuellement les Commandements et les Lois de Dieu ; étant certain, qu’omettre ce à quoi on est obligé, et commettre ce qu’on ne doit pas faire, est une même chose.

Je dois encore représenter à V.M. que si les Princes, et ceux qui sont employés sous eux, aux premières dignités du Royaume, ont de grands avantages sur les particuliers, ils possèdent un tel bénéfice à titre bien onéreux, puisque, non seulement ils sont sujets par omission aux fautes que j’ai marquées, mais qu’il y en a même encore plusieurs autres de commission, qui leur sont particulières.

S’ils se servent de leur puissance pour commettre quelque injustice ou quelque violence, qu’ils ne peuvent faire comme personnes privées, ils font par commission un péché de Prince et de Magistrat, dont leur seule autorité est la source, et duquel le Roi des Rois leur demandera au jour du Jugement un compte très particulier (…)

Beaucoup se sauveraient comme personnes privées, qui se damnent en effet comme personnes publiques.

 

(Mémoire  n°3,Institut des Sciences Historiques)

 

Notes

[1] Reprod. de l’éd. d’Amsterdam, 1689, Bibliothèque de philosophie politique et juridique, Centre de philosophie politique et juridique de Caen, 1985.

[2] Nous avons modernisé l’orthographe mais non la ponctuation.

[3] Il est vrai que le ton du Testament est plus modéré dans l’ensemble que celui des Maximes d’État.

[4] Deux bonnes lectures sur les idées de Richelieu : la grande thèse d’Étienne Thuau, Raison d’État et pensée politique à l’époque de Richelieu, Armand Colin, 1966 ; et l’article de Jean Orcibal, « Richelieu, homme d’Église, homme d’État », Revue d’histoire de l’Église de France. 1948.

 

Source: Vive Le Roy

lundi, 06 février 2012

L’Inquisition d’Espagne (II)



B. Sentence: — Sur le seuil même de cette seconde question, une difficulté nous arrête et nous embarrasse. Il est inouï qu'un tribunal trois fois séculaire n'eût eu que des acquittements à prononcer.
Il est inouï qu'une magistrature sacerdotale, si miséricordieuse qu'elle fût, ait fait rentrer dans le chemin du devoir tous les coupables amenés devant elle. L'Inquisition a dû, plus d'une fois, rencontrer l'obstination de l'hérésiarque, ou la rage de l'apostat.
Et alors, la déclaration du Saint-Office n'a-t-elle pas fait descendre sur ces fronts rebelles les foudres vengeresses de la loi, loi terrible, loi de sang, et qui ne demande rien moins que la vie même du coupable?
La constatation du crime d'hérésie n'est-ce pas, d'après la loi espagnole, la mort du malheureux qui refuse de revenir à l'Église?
Y a-t-il une véritable proportion entre une faute théologique, entre un délit que le regard de la justice doit chercher jusque dans les plus intimes profondeurs de la conscience humaine, et cette terrible peine de mort que la législation de notre époque n'applique qu'à l'homicide et aux forfaits les plus affreux? Si cette proportion n'existe pas, voilà l'Inquisition condamnée par le fait même! La voilà engagée, par la force des choses, dans un système faux, et inique. Bon gré-mal gré, elle coopère à une condamnation injuste : elle tue un homme pour ses opinions. Tache ineffaçable, imprimée par le sang des victimes à la robe violette du grand Inquisiteur, à la robe blanche de l'Inquisiteur dominicain! Ils ont envoyé au supplice des citoyens espagnols, coupables de vouloir servir Dieu autrement que leurs juges ou de ne point suivre le catéchisme castillan.
Cette objection court les livres. Mais elle part d'une supposition fausse, et elle est réfutée, tout à la fois par le fait et par le droit.
Elle part d'une supposition fausse, car elle place les croyances religieuses parmi ces opinions plus ou moins probables entre lesquelles l'homme peut choisir. Elle oublie que, parmi ces croyances religieuses, une seule a des preuves, une seule porte des caractères manifestes de divinité, une seule plaît à Dieu, qui la révélée, une seule a des droits par elle-même, une seule peut obliger l'homme, qui l'a une fois reconnue, à tenir les obligations qu'il a contractées dans son baptême. Elle part d'une supposition fausse, car elle compare au châtiment physique le délit spirituel, caché dans les profondeurs de l'âme, délit dont l'Église ne s'occupe qu'au tribunal de la pénitence, pour absoudre le pécheur qui l'accuse. Elle oublie que la peine physique n'atteint pas la faute invisible, connue de Dieu seul, mais sa manifestation extérieure et physique, surtout lorsque cette manifestation extérieure revêt un caractère agressif et que, par voie de propagande, de séduction ou de scandale, elle s'attaque à la société religieuse et à la société civile.
Elle est réfutée par le fait. Ceux mêmes que cette objection invoque, comme les patriarches de la tolérance et les pères de la liberté de penser, se lèvent pour lui lancer l'anathème, « Tous les grands hommes, dit Grimm, ont été intolérants, et il faut l'être. Si l’on rencontre sur son chemin un prince débonnaire, il faut lui prêcher la tolérance, afin qu'il donne dans le piège, et que le parti écrasé ait le temps de se relever par la tolérance qu'on lui accorde, et d'écraser son adversaire à son tour. Ainsi le sermon de Voltaire, qui rabâche la tolérance, est un sermon fait aux sots ou aux gens dupes, ou à des gens qui n'ont aucun intérêt à la chose. » (Correspondance de Grimm, 1er juin 1772, lre partie, t. II, p. 242 et 243.)
On sait si les disciples de Grimm et des philosophes appliquèrent la maxime des maîtres, et quelle fut la tolérance de ce régime d’où viennent en ligne directe, suivant l'histoire officielle, les conquêtes de la liberté moderne.
Calvin, cet apôtre du libre examen, Calvin a écrit un livre, le seul que toutes les sectes aient adopté et reconnu, pour l'invoquer contre leurs adversaires, c'est le livre Depuniendis haereticis « Du châtiment des hérétiques ».

On connaît la lettre de Mélanchton à Calvin sur le supplice du malheureux Servet. Quant à Luther, son intolérance se dessine en lettres de sang sur toutes les pages de l'histoire de la Réforme. Ses pamphlets incendiaires ne respirent que la haine des catholiques et des protestants même qui n'appartiennent pas à sa communion. La tolérance d'Elisabeth ne fait pas plus de doute que sa virginité, que les conjurations des prêtres qu'elle envoyait au supplice!
Assurément, nous n'invoquons pas de telles autorités. Leur vie et leurs maximes ne nous inspirent que de l'horreur. Mais nous voulons montrer qu'en fait, ceux qui se scandalisent de l'Inquisition et des lois espagnoles, ont appliqué, en l'exagérant démesurément le procédé qu'ils condamnent, bien qu'ils ne pussent invoquer les motifs qui faisaient agir les Inquisiteurs. Il y a donc dans les choses mêmes une force secrète, qui pousse l'autorité établie à maintenir ses principes, et à faire ployer, sous des pénalités prévues par la loi, toute manifestation qui les attaque. Les théologiens catholiques ont recherché cette force mystérieuse, et rencontrant dans toute la législation du moyen âge la peine de mort contre l'hérétique relaps, ils se sont demandé sur quelles maximes s'appuyait cette jurisprudence.
Il semble, dit saint Thomas, qu'on doive tolérer les hérétiques (dans un milieu social tel que celui du moyen âge, où la société tout entière est catholique). Videtur quod haeretici sint tolerandi. L'Apôtre dit en effet, continue le saint docteur, que le serviteur de Dieu soit plein de mansuétude, qu'il corrige avec modestie ceux qui résistent à la vérité, afin que Dieu leur accorde le repentir, la grâce de connaître la vérité et d'échapper aux filets du diable. Mais si les hérétiques ne sont point tolérés, si on les livre à la mort, la faculté de faire pénitence leur est enlevée, ce qui est contre le précepte de l'Apôtre. C'est l'objection du saint docteur.
Saint Thomas ajoute encore qu'un mal nécessaire dans l'Église doit être supporté et que les hérésies ont ce caractère, suivant la parole de l'Apôtre. Une dernière objection est empruntée à cette parabole, rapportée par saint Mathieu, où le Maître ordonne à ses serviteurs de laisser croître l'ivraie avec le bon grain jusqu'au temps de la moisson. L'ivraie, dans l'explication que les saints donnent de ce passage, l'ivraie, désigne les hérétiques. Ils doivent donc être supportés jusqu'à la fin.
A ces objections, saint Thomas oppose la réponse même de l'Apôtre : «  L'homme hérétique, après une première et une seconde réprimande, évite-le, sachant qu'il est perdu, celui qui reste dans cet état. »
Puis, avec sa clarté habituelle, le saint docteur distingue deux points de vue dans la question des hérétiques, l'un, qui regarde l'hérétique lui-même; l'autre, qui concerne l'Église. Si l’on considère les hérétiques eux-mêmes (il s'agit, bien entendu, des hérétiques formels, de ceux qui rejettent la vérité connue), le saint docteur répond : Ex parte quidem ipsorum est peccatum, per quod meruerunt non solum ab Ecclesia per excommunicationem separari, sed etiam per mortem a mundo excludi. C'est un péché pour lequel ils ont mérité, non seulement d'être retranchés de l'Église par le glaive de l'excommunication, mais même d'être retranchés du monde par la mort. Car il est beaucoup plus grave d'altérer la foi, qui est la vie de l'âme, que d'altérer la monnaie, qui n'est qu'un soutien du corps. Multo enim gravius est corrumpere fidem, per quam est animae vita, quam falsare pecuniam, per quam temporali vitae subvenitur. (Les faux-monnayeurs étaient punis de mort.) Mais si l’on regarde l'Église, c'est la miséricorde, le désir de leur salut, qui apparaît davantage. Ex parte autem Ecclesiae est misericordia ad errantium conversionem. C'est pourquoi elle ne condamne pas aussitôt, mais après la première et la seconde réprimande, conformément au précepte de l'Apôtre. Que si l'hérétique s'obstine opiniâtrement dans son erreur, l'Église, qui n'espère plus le ramener, pourvoit au salut des autres, en le retranchant de son sein par la sentence d'excommunication. Puis elle laisse le juge séculier le retrancher du monde par la mort : Et ulterius relinquit eum judicio saeculari a mundo exterminandum per mortem. (IIa qu., c, xi, art. 3.)
Voilà le principe, le droit rigoureux suivant la doctrine de saint Thomas. Le saint docteur voit dans l'hérésie un crime d'un caractère particulier, qui attaque la vie des âmes. Ce crime ainsi envisagé lui paraît mériter un double châtiment, l'un spirituel, l'autre temporel. Mais l'Église, mère compatissante, essaiera d'abord de ramener le coupable. S'il s'obstine, elle le frappera, pour sauver les autres : Et aliorum saluti providet. Cette excommunication met l'hérétique en dehors de la société chrétienne; la justice laïque ne voit plus qu'un insurgé, et la justice laïque agit à son tour, mais sans l'intervention de l'Église : Relinquit eum judicio saeculari a mundo exterminandum per mortem.
Dans la pensée de saint Thomas, cette peine de mort est comme une sorte d'excommunication civile qui retranche du monde (a mundo exterminandum) le malheureux que son obstination a déjà fait retrancher de l'Église.
Suivant cette doctrine, l'Inquisition espagnole demeure donc dans la sphère du droit, et, rigoureusement parlant, sa sentence est inattaquable. D'ailleurs l'Inquisition espagnole n'a pas créé cette pénalité terrible : elle l'a trouvée toute faite et inscrite d'avance dans les lois du pays, qui ont prévu le crime et en ont déterminé le châtiment. L'Inquisition même ne condamne pas à mort. Les ecclésiastiques qui la composent seraient, s'ils en usaient ainsi, dans un état d'irrégularité perpétuelle. L'Inquisition constate le délit théologique, elle en assigne la nature, elle travaille à l'effacer, pour n'avoir pas à le punir ou pour en tempérer la peine. Si tous ses efforts sont vains, c'est l'Etat qui intervient pour son compte, et qui découvrant dans le relaps excommunié un citoyen prévaricateur, lui applique une pénalité fixée d'avance.
Voici une sentence de l'Inquisition, du genre le plus sévère, recueilli par le comte de Maistre ;
« Nous avons déclaré et déclarons l'accusé N.N. convaincu d'être hérétique apostat, fauteur et receleur d'hérétiques, faux et simulé confessant, et impénitent relaps; par lesquels crimes il a encouru les peines de l'excommunication majeure et de la confiscation de tous ses biens au profit de la chambre royale et du fisc de Sa Majesté.
Déclarons de plus, que l'accusé doit être abandonné, ainsi que nous l'abandonnons, au bras séculier, que nous prions et chargeons très affectueusement de la meilleure et de la plus forte manière que nous le pouvons, d'en agir à l'égard du coupable, avec bonté et commisération . »
Dans cette sentence, on le voit, les charges s'accumulent les unes sur les autres. Ce n'est pas un délit quelconque qui attire ces foudres terribles. Le Saint-Office abandonne le coupable à la justice humaine. Mais en le remettant au bras séculier, il fait encore appel à la miséricorde et à la bonté, tant cet esprit est inséparable d'un tribunal ecclésiastique!
Remarquons encore que si dans une magistrature mixte, comme l'Inquisition espagnole, le délit est constaté par le juge ecclésiastique, la peine de mort appliquée par le juge laïque; dans une magistrature purement sacerdotale, c'est la prison perpétuelle qui remplace ordinairement la peine de mort. Le Saint-Office de Rome n'a jamais versé une goutte de sang.
Bien plus, les Pontifes Romains ont plusieurs fois blâmé dans la procédure espagnole l’emploi trop fréquent de la peine de mort et les rigueurs qui accompagnaient ce supplice. Pour ouvrir aux condamnés un dernier asile de miséricorde, ils ont maintenu le droit d'appel au Siège apostolique. Soit par suite du mauvais vouloir de l'État, soit par suite de cette fermeté native du caractère espagnol, qui change de nom lorsqu'elle résiste aux puissances légitimes et dégénère en entêtement, ce droit d'appel n'a pas toujours été respecté.
En 1519, Léon X excommunie les Inquisiteurs de Tolède, qui l'avaient méconnu. En 1538, Visnès, prédicateur de Charles-Quint, incarcéré dans un monastère, pour accusation de luthéranisme, en fut tiré par l’ordre de Paul III, qui le déclara innocent et capable de toutes les dignités ecclésiastiques : Visnès devint évêque des Canaries .
Llorente, aussi ennemi des Papes que peut l'être un mauvais prêtre, nous apprend que ceux qui avaient la bonne fortune de faire réviser leurs procès à Rome, voyaient leurs peines commuées, et en étaient quittes assez souvent pour une légère pénitence.
Ajoutons aussi que le nombre des exécutions capitales a été singulièrement exagéré, même pour les premières années de l'Inquisition, où il fut pourtant considérable. On le prouve par Llorente lui-même, et par les contradictions où est tombé cet auteur. Ces exécutions devinrent de plus en plus rares, et disparurent avec le danger que courait la foi de l'Espagne. Il est inouï qu'on en ait rencontré au dix-huitième siècle.
Enfin (et c'est le dernier mot qui nous reste à dire sur cette question) entre l'acquittement pur et simple et l'exécution pure et simple, prenaient place des pénalités de diverses nuances, suivant la diversité même des délits dont pouvait connaître l'Inquisition.
Ces pénalités étaient parfois, fort légères.
L'honorable Joseph Townsend, dans un voyage fait en Espagne, en 1786 et 1787, fut presque témoin d'une procédure dont s'accommoderaient volontiers les prévenus de nos tribunaux. On venait de déférer au Saint-Office un mendiant, nommé Ignazio Rodriguez, coupable de quelques polissonneries, où il avait mêlé des pratiques superstitieuses.
« Rodriguez fut condamné à être conduit dans les rues de Madrid, monté sur un âne, et à être fouetté. On lui imposa de plus quelques pratiques de religion, et l'exil de la capitale pour cinq ans. La lecture de sa sentence fut souvent interrompue par de grands éclats de rire auxquels se joignait le mendiant lui-même.
« Le coupable fut, en effet, promené dans les rues, mais non fouetté; pendant la route, on lui offrait du vin et des biscuits pour se rafraîchir . »
Voilà, sans doute, une législation bien farouche.
Quoi, dira-t-on! oubliez-vous l'appareil des sentences? Le sanbenito et l'auto-da-fé. Nous ne l'oublions pas, mais nous allons montrer dans cet appareil lui-même une nouvelle calomnie historique et un épouvantail d'imagination.

C. Appareil de la sentence. —Sanbenito! C'est un mot sonore et qui va bien dans une description lugubre. Le roman ne pouvait manquer de s'en emparer, et d'en affubler ses héros, « victimes du fanatisme monacal ».
On s'apitoie sur ces malheureux, couverts, comme Hercule mourant, d'une nouvelle robe de Nessus, d'un vêtement qui leur imprime une ineffaçable flétrissure.
La vérité, par malheur, est beaucoup moins dramatique. Elle montre dans le mot sanbenito l'abréviation de sacco-bendito, en latin saccus benedictus, littéralement un sac béni, c'est-à-dire un habit de pénitence. Elle nous fait voir dans le sanbenito un vêtement dont on revêtait ceux qu'on réconciliait avec l'Eglise, vêtement aussi inoffensif par lui-même que le costume des pénitents gris.
« Bleu en certains pays, dit Mgr Héfelé, gris ou noir en d'autres, le sanbenito avait en Espagne la couleur jaune; sa forme était celle du costume monastique. Ceux qui avaient reçu l'absolution de levi, n'étaient tenus de le porter, sans aucune figure, que pendant la cérémonie de leur réconciliation. Un grand nombre d'entre eux en furent même dispensés... Le condamné était-il tenu à l'abjuration, comme gravement suspect, on lui mettait un sanbenito sur lequel était représentée une branche de la Croix. On complétait l'image de la Croix sur les sanbenitos de ceux qui figuraient dans l’ auto-da-fé comme hérétiques repentants. Ceux-là seuls qui, ne témoignant aucun repentir, devaient être livrés au bras séculier, portaient un sanbenito où étaient peintes des flammes et des figures de démon, avec une mitre ainsi bigarrée. L'Espagne, comme tous les autres peuples, a connu la robe de pénitence, et, tandis qu'au dix-neuvième siècle, en Allemagne, dans des États qui se piquent de civilisation, on a vu des condamnés traînés au supplice, couverts de peau de bête, c'était de cette robe que l'Inquisition revêtait les criminels . »
La pénitence et l'humiliation chrétienne n'ont pas accoutumé d'avilir un homme aux yeux d'un peuple aussi croyant que l’Espagnol. La honte s'attache à la faute et non pas à l'expiation. Des personnes qui avaient porté le sanbenito contractèrent mariage avec les familles les plus illustres de la monarchie et même avec des membres de la famille royale. C'est Llorente qui s'est chargé de nous l'apprendre. On voit maintenant ce qu'il faut penser de ces peintures.
Reste un mot, terrible assurément, puisque dans notre langue qui l’a reçu de l'espagnol, il désigne le supplice du feu. C'est l’auto-da-fé.
« Qu'étaient-ce, dit encore Mgr Héfelé, qu'étaient-ce que ces redoutables auto-da-fé, dont les peintures imaginaires ont effrayé tant d'esprits. D'un côté, un immense brasier, une chaudière colossale; de l'autre, la foule des Espagnols, rangés, comme des cannibales, l'œil brillant d'une joie féroce, prêts à dévorer les membres de quelques centaines de victimes. Qu'il me soit permis de le dire, un auto-da-fé ne se passait, ni à brûler, ni à mettre à mort, mais bien à prononcer la sentence d'acquittement des personnes faussement accusées, et à réconcilier avec l’Église les coupables repentants.
Combien n'en pourrait-on pas citer où l'on ne vit brûler que le cierge que portaient dans leurs mains les pénitents, en symbole de la réapparition en eux de la lumière de la foi! Llorente, par exemple, pour prouver le zèle de l'Inquisition, cite un auto-da-fé tenu à Tolède, le 12 février 1486, où 750 coupables au moins sont punis, — de la peine du feu, sans doute? Erreur. Pas une seule condamnation capitale; le seul châtiment infligé, c'est la pénitence canonique. Le 2 avril de la même année, autre grand auto-da-fé encore à Tolède; Llorente parle de 900 victimes. — Combien d'exécutions capitales? Pas une seule. — Auto-da-fé du 1er mai et du 10 septembre, toujours en 1486. Dans le premier figurent 250 personnes, et 950 dans le second. Combien montèrent sur le bûcher? Pas une seule. On compte pour toute cette époque 3300 personnes condamnées par le tribunal de Tolède à la pénitence canonique et 27 à la peine capitale; et l'on sait que Llorente ne saurait amoindrir les chiffres par tendresse pour le Saint-Office . »
Ainsi, en mettant à part les hérétiques relaps et impénitents, que l’on ne songeait pas sans doute à relever dans l'opinion, rien de flétrissant ni d'ignominieux dans l'appareil dont s'entoure la sentence de l'Inquisition. Rien qui porte le cachet de la cruauté ou d'une vigueur inhumaine. C'est l'humiliation du pécheur réconcilié, humiliation qui semble attester davantage la sincérité de son retour à la foi. C’est la pénitence publique, reste de l'ancienne discipline.
Fleury, qui parle sans cesse de cette discipline ancienne et de la majesté sévère des canons, qu'il élève au-dessus du Pape, Fleury eût dû apprécier cet appareil de pénitence, si conforme à l'esprit des canons antiques et de la primitive Église. Nous le voyons, avec étonnement, tracer de l'Inquisition un tableau, assurément riche en couleur, mais où la malveillance du peintre pour le sujet qu'il représente respire dans chaque détail de son ouvrage :
« Les sentences se prononcent publiquement, avec grande solennité, et c'est cette cérémonie que l'on appelle en Espagne auto-da-fé ou acte de foi. Pour la rendre plus célèbre, ils joignent ensemble un grand nombre de coupables condamnés à diverses peines, dont ils réservent l'exécution à un même jour. On dresse un échafaud, l'Inquisiteur ou quelque autre fait un sermon sur la foi, pour y confirmer le peuple et combattre les erreurs des condamnés, que l'on tient sur l’échafaud exposés aux yeux de tous. Ensuite on prononce les sentences et on les exécute sur-le-champ. »
« Ceux qui sont convaincus ou violemment soupçonnés, mais pénitents, font leur abjuration publique et sont absous de l'excommunication.
Pour marque de pénitence, on les revêt de sacs bénis, sanbenito, qui sont comme des scapulaires jaunes avec des croix de saint André rouges devant et derrière, qu'ils doivent porter toute leur vie; on leur enjoint de se tenir à certains jours, comme à telles fêtes, pendant la messe, à la porte d'une telle église, avec un cierge allumé, de tels poids, ou d'autres actes semblables de pénitence publique. Quelquefois on les condamne à la prison perpétuelle.
Ceux qui sont convaincus, mais impénitents ou pénitents mais relaps, sont dégradés, s'ils sont dans les ordres, puis livrés au bras séculier (c'est-à-dire au juge laïque) pour être exécutés à mort …….
Aux actes de foi de l'Inquisition, les juges séculiers sont présents dans la place, avec leurs officiers et les ministres de la justice « et après qu'ils ont reçu les coupables, les ecclésiastiques se retirent, et sur-le-champ les juges séculiers rendent leur jugement et le font exécuter. Il n'y a point en Espagne de plus grands spectacles. Pour les rendre plus terribles, ils couvrent les impénitents de sacs noirs, semés de flammes et de diables et les mettent ainsi sur le bûcher .»

Assurément cette peinture est d'un maître, et il est difficile de tracer un tableau, dans le genre terrible, d'une façon plus saisissante. Mais c'est la main du gallican qui guide le pinceau de l'artiste, c'est la rancune qui l'inspire, c'est Rome qu'il veut vous montrer sur l'arrière-plan : « En France, nous croyons que, pour la poursuite des crimes ecclésiastiques, les évêques et leurs officiaux suffirent, sans recevoir ces commissions extraordinaires, qui par la suite deviennent des tribunaux réglés Nous mettons en France un des principaux points de nos libertés, à n'avoir point reçu ces nouvelles lois et ces nouveaux tribunaux, etc. » (Ibid., loc. cit.)
C'est en exagérant ainsi les teintes, c'est en assombrissant les nuances, c'est en choisissant avec art un petit nombre de faits isolés, rapprochés les uns des autres et groupés ensemble de manière à en faire un seul corps et un tout effrayant pour les yeux ; c'est par de tels procédés, inconscients peut-être, mais inspirés par la haine, et indignes de l'histoire, que l'on arrive à rendre odieux, un homme, une institution, un peuple. C'est ainsi que l'on est arrivé à nous faire voir dans l'Inquisition la première cause de la décadence de l'Espagne. N'a-t-on pas prouvé avec le même bonheur que l'influence des Jésuites avait été la source première des infortunes et du partage de la Pologne?

Certains mensonges, à force d'être répétés, acquièrent en histoire, comme un droit de prescription. Des écrivains, mêmes catholiques, sont fermement persuadés que l'Inquisition eut une désastreuse influence sur l'Espagne, et que de ce tribunal ecclésiastique sont sortis, comme de leur source première, les maux qui ont inondé la Péninsule. Nous répondrons, moins par une réfutation que par une étude sommaire des effets de l'Inquisition. C'est la troisième question que nous avons à résoudre.

III. Effets de l’Inquisition. — Que l'Inquisition ait maintenu en Espagne l'unité religieuse, l'adhésion de la nation tout entière à la vérité catholique, c'est une assertion qui ne peut être contestée par personne. Des néophytes surveillés par Torquemada et ses premiers successeurs, beaucoup sans doute n'étaient chrétiens qu'en apparence, et comme dit l'Ecole, in foro externo. Mais leurs enfants étaient élevés dans la foi, et avec le temps, cette plante exotique finissait par prendre racine. Les petits-fils des Juifs baptisés étaient déjà d'anciens chrétiens, de véritables croyants.
D'un antre côté, les ministres de Genève ou de Vittemberg, à qui il eût pris fantaisie d'établir des consistoires dans le pays du Cid, savaient d'avance la législation espagnole assez peu d'accord avec leur évangile, et qu'il était plus facile peut-être à un hérétique d'entrer en Espagne que d'en sortir. Quant aux philosophes du dernier siècle, ils aimaient mieux rire du Saint-Office que d'avoir à traiter avec lui. Ils préféraient Postdam ou Ferney aux cellules de l'Inquisition, et personne ne peut dire qu'ils avaient tort. La propagande hérétique ou voltairienne se bornait donc à quelques livres, colportés sous le manteau, et qui ne pouvaient aller bien loin sans rencontrer la censure. Ainsi, par le moyen des Inquisiteurs, la foi des nouveaux chrétiens s'était affermie peu à peu, la foi des anciens chrétiens avait été préservée de toute atteinte. Les âmes de tout un peuple furent ainsi jetées dans le moule catholique, et elles y prirent cette fermeté et cette vigueur de croyance que les révolutions n'ont point effacées. Toute une nation qui garde sa foi, à côté d'autres nations qui la perdent ou en laissent altérer la source, ce peut être un spectacle assez insignifiant pour un incrédule. Mais il nous est bien permis de ne pas penser comme les incrédules, et d'apprécier autrement les choses. Pour nous, ce point de vue domine autant les autres, que le ciel domine la terre, car nous voyons dans la vraie foi le fondement du salut et nous croyons avec Bossuet que la piété est le tout de l'homme.
Mais, comme il s'agit d'un peuple et que la vie d'un peuple considéré comme tel se développe dans la sphère du temps, nous disons qu'au point de vue temporel et dans l'ordre politique, l'Inquisition rendit de grands services à l'Espagne. Nous l'avons déjà vu, une véritable invasion judaïque menaçait ce noble pays. L'Inquisition la prévint et détruisit un mal invétéré et que rien n'avait pu guérir.
Après les juifs, les protestants, ennemis bien plus dangereux peut être à certains égards pour un pays catholique, car c'est la torche sanglante des guerres civiles qui éclaire leur arrivée, c'est sur des ruines qu'ils élèvent leurs temples. L'Inquisition arrête aux frontières les protestants et éloigne de l'Espagne ce fléau des discordes intestines, auquel sont en proie déjà plusieurs nations que ce rempart ne protégeait pas.
« Je serais curieux, dit le comte de Maistre, de savoir ce que le plus ardent ennemi de l'Inquisition répondrait à un Espagnol qui, passant même sous silence tout ce que vous venez de lire, la justifierait en ces termes :
« Vous êtes myope; vous ne voyez qu'un point. Nos législateurs regardaient d'en haut, et voyaient l'ensemble. Au commencement du seizième siècle, ils virent, pour ainsi dire, fumer l'Europe. Pour se soustraire à l'incendie général, ils employaient l'Inquisition, qui est le moyen politique dont ils se servirent pour maintenir l'unité religieuse et prévenir les guerres de religion. Vous n'avez rien imaginé de pareil; examinons les suites, je récuse tout autre juge que l'expérience.
« Voyez la guerre de Trente ans, allumée par les arguments de Luther; les excès inouïs des anabaptistes et des paysans; les guerres civiles de France, d'Angleterre et de Flandre; le massacre de la Saint-Barthélémy, le massacre de Merindol, le massacre des Cévennes; l'assassinat de Marie Stuart, de Henri III, de Henri IV, de Charles Ier, du prince d'Orange, etc., etc. Un vaisseau flotterait sur le sang que vos novateurs ont fait répandre. L'Inquisition n'aurait versé que le leur. C'est bien à vous, ignorants présomptueux, qui n'avez rien prévu et qui avez baigné l'Europe dans le sang; c'est bien à vous qu'il appartient de blâmer nos rois qui ont tout prévu.
Ne venez donc pas nous dire que l'Inquisition a produit tel ou tel abus, dans tel ou tel moment; car ce n'est point de quoi il s'agit, mais bien de savoir si, pendant les trois derniers siècles, il y a eu, en vertu de l'Inquisition, plus, de paix et de bonheur en Espagne que dans les autres contrées de l'Europe? Sacrifier les générations actuelles au bonheur problématique des générations futures, ce peut être le calcul d'un philosophe, mais les législateurs en font d'autres .»
On accuse l'Inquisition d'avoir comprimé le génie espagnol et arrêté son essor. On ne manque pas d'ajouter que le génie a besoin de la liberté, comme de son soleil et qu'il est étouffé dans sa fleur par de telles institutions. Les faits se chargent de répondre, la plus belle époque de l'Espagne, celle où l'Espagne donna au monde des grands hommes, dans tous les genres, ce fut précisément l'époque où l'Inquisition était arrivée dans la Péninsule à son plus haut degré d'influence. Calderon et Lope de Vega, écrivaient, sous l'œil du Saint-Office, ces pièces tant admirées de Schlegel. Les Inquisiteurs étaient les premiers à rire aux comédies de Cervantès ou à la lecture de Don Quichotte. On n'a jamais lu qu'ils aient posé leurs mains sur le bras de Vélasquez ou de Murillo, pour arrêter le pinceau de ces grands maîtres. Sous ce régime inquisitorial, si tyrannique, dit-on, si ombrageux, si en défiance contre toute manifestation de l'esprit humain, l'Espagne présente au monde de grands auteurs dramatiques, un immortel romancier, des poètes, dont les odes sont inspirées par un souffle antique, d'illustres historiens dont la plume s'aventure parfois jusqu'à égratigner l'Inquisition, des théologiens et des mystiques du premier ordre, des peintres dont les tableaux nous frappent encore d'admiration, et qui, cherchant leur idéal dans les plus hautes régions catholiques, montrent à l'œil émerveillé, devant l’Assomption de Murillo, la gloire de Marie montant au Ciel. Toute une constellation de grands hommes illumine ce firmament littéraire et artistique, qu'on nous disait chargé de nuages. Il est bien vrai que l'Inquisition n'eût point laissé faire de l'art pour l'art, n'eût point pardonné à des blasphèmes élégamment exprimés ni à des scènes de débauche enveloppées d'un beau coloris. Elle eût brisé entre les mains du coupable la coupe, si gracieuse qu'elle fût, qui renfermait le poison mortel. Mais nous ne pensons pas que la liberté de s'égarer et de se perdre, d'altérer les vraies notions de l'esthétique, et défausser le goût de toute une époque, soit la situation du monde qui convienne le mieux au génie. Nous pensons que la liberté parfaite, c'est celle qui, fixée pour toujours au bien et ne pouvant s'en détacher jamais, peut le chercher et le réaliser par des moyens différents, et qui, sans quitter jamais cette route unique du bien, peut s'y orienter à son gré, et présenter sous les couleurs qu'il lui plaît, avec les proportions qu'il lui plaît, le bien qu'elle a trouvé sur ses pas. La triste puissance de faire le mal (on l'oublie trop souvent), ce n'est qu'une déviation de la liberté, un affaiblissement de ce beau privilège. Or, cette puissance funeste est la seule qu'arrêtait l'Inquisition, et elle sauvait ainsi l'esprit humain de ses propres écarts.
On accuse l'Inquisition d'avoir préparé la décadence de l'Espagne.
L'histoire nous montre, au contraire, l'Inquisition à son apogée, quand l'Espagne est arrivée au plus haut point de sa grandeur.
Ce sont des Inquisiteurs que ces rois catholiques, Ferdinand et Isabelle, premiers auteurs de la grandeur espagnole. C'est un inquisiteur que ce Ximénès, le plus beau génie politique des temps modernes. « Il ne souffrait pas plus de résistance, dit M. Duruy, contre la foi que contre le prince. Il brûlait les hérétiques et domptait les seigneurs . » Le feu est de trop, Ximénès n'a jamais brûlé personne. Mais cette distraction de l'écrivain montre l'esprit qui animait Ximénès. C'est encore un Inquisiteur que Charles-Quint, dont la puissance colossale éveilla la jalousie de l'Europe.
À son lit de mort, il recommande à Philippe II, d'entourer de ses faveurs et de combler de ses bienfaits « l'office de la sainte Inquisition ».
Le plus grand des Inquisiteurs, c'est Philippe II lui-même, celui peut-être de tous les princes envers lequel l'histoire a été le plus injuste, mais en qui, dans le sens politique du mot, personne ne refusera de reconnaître un grand prince. « L'obéissance et la religion catholique dans ses Etats, la religion catholique et la soumission dans les autres pays, c'est ce qui lui tient au cœur, c'est ce qui est le but de toute son activité. Philippe lui-même a un attachement monacal pour le culte extérieur de l'Église catholique; pour montrer, à des archevêques qui lui avaient fait visite, combien à ses yeux un prêtre est vénérable, il baise la main à un prêtre après la messe... La persuasion où il est, qu'il est né pour maintenir le culte extérieur, qu'il est la colonne de l'Église, qu'il remplit une mission divine, devient pour lui une sorte de religion intérieure, qui peut être le mobile de ses actions. »
Ainsi s'exprime le protestant Léopold Ranke. On connaît la parole de Philippe II : « J'aimerais mieux être roi sans sujets, que de commander à des hérétiques. » Je ne parle pas ici de ce célèbre capitaine espagnol, le duc d'Albe.
Son nom, comme l'ombre du roi Richard, est resté la terreur des mécréants. Je le répète, le temps de l'Inquisition a été le temps de la grandeur espagnole. Les grands princes, les grands généraux, les grands politiques, ont soutenu cette institution autant par patriotisme que par attachement à l'Église. S'il fallait absolument conclure quelque chose de la décadence de l'Espagne, il faudrait conclure tout au rebours des adversaires. Au temps de l'Inquisition, l'Espagne était grande et florissante. L'Inquisition supprimée, la gloire espagnole sembla disparaître avec elle. Les colonies se détachèrent de la métropole, les idées révolutionnaires que rien n'arrêtait plus traversèrent les Pyrénées, et l'ère des révolutions commença.
Rohrbacher a indiqué cet argument et crayonné quelques lignes de ce tableau : bien des causes ont amené la décadence de cette héroïque nation. La recherche de ces causes dépasserait le cadre du présent travail. Une simple lueur de bon sens suffit pour montrer que l'Inquisition y fut étrangère. Une institution, qui, durant trois cents ans, maintient tout un peuple dans la vraie foi, qui sauve la nationalité de ce peuple, qui lui épargne cent ans de guerre civile, qui arrête, tant qu'elle reste debout, l'invasion révolutionnaire ; une telle institution ne saurait affaiblir un peuple et tarir dans ses veines le sang-généreux qui l'anima. L'épuisement vient, d'ailleurs, et ce n'est pas à l'Inquisition qu'il faut demander compte de la prostration du géant.
Résumons. L'Inquisition d'Espagne fut un tribunal politique autant que religieux. A l’encontre des autres tribunaux ecclésiastiques, ce tribunal était comme inféodé à la Couronne, et relevait du souverain, bien plus encore que du Pape, dont il tenait sa juridiction spirituelle. Les Juifs, par leurs menées et leurs intrigues incessantes, avaient rendu comme nécessaire l'établissement de ce tribunal, qui ne poursuivait néanmoins que ceux d'entre eux, qui s'étant faits chrétiens, profanaient la foi de leur baptême. Ce système, appliqué aux Juifs baptisés, fut étendu ensuite aux Maures qui retournaient à l'islamisme, après avoir embrassé la foi. Le danger d'être envahi par le protestantisme et plus tard par l'incrédulité, fit apprécier aux Espagnols une institution qui arrêtait toute innovation en matière de foi. La procédure de l'Inquisition a été calomniée comme ce tribunal lui-même. Cette procédure était bien plus douce que celle des autres tribunaux, du temps, et, en général, conforme à cet esprit de charité qui doit animer toujours des juges empruntés au sanctuaire. Cependant, des accusations portées contre le Saint-Office, plusieurs ne sont pas chimériques et reposent sur un véritable fondement. Sujet à faillir, comme tout ce qui est humain, ce tribunal s'égara plus d'une fois, au point de mécontenter le chef de l'Église. En avouant les abus, on doit reconnaître que l’Inquisition a conservé la foi en Espagne, a sauvé la nationalité espagnole, a arrêté, avec le protestantisme, les guerres civiles que cette hérésie déchaînait dans toute l'Europe, et procuré à l'Espagne une paix, une tranquillité dont ne jouissait aucun autre État. Condamnons l'abus sans le faire rejaillir sur l'Église, qui l’a condamné avant nous; mais reconnaissons les services rendus par un tribunal, dont le principal titre aux attaques de plus d'un historien, c'est le catholicisme qu'il défend, c'est le caractère sacré de ses juges.

Ch. MAILLEY, S. J.

(Revue du Monde Catholique, 15 juillet 1885)

lundi, 23 janvier 2012

De la souveraineté

 

Droit divin ou souveraineté populaire ?

 

 

En matière de souveraineté, il n’y a d’autre choix qu’entre l’hétéronomie et l’autonomie politique. L’hétéronomie est la reconnaissance d’un ordre extérieur à la volonté humaine et auquel tout homme doit se soumettre. Si en plus, on reconnaît que cet ordre vient d’un Dieu créateur alors on parle de droit divin. La modernité consiste en la négation d’un ordre divin, elle déclare l’homme affranchi de toute loi naturelle à laquelle elle ne croit plus. Désormais, c’est l’homme qui fera la loi sans aucune référence autre que lui-même : le législateur parlera au nom du peuple ou de la nation mais n’imposera en réalité que la logique de son idée, son idéologie.

 

 


 De l’origine de la souveraineté

Deux possibilités sur l’origine de la souveraineté

Deux opinions sur la première et la plus fondamentale des questions sociales, la souveraineté, partagent les politiques modernes.
- Les catholiques la placent en Dieu, c’est-à-dire dans les lois naturelles conformes à la volonté et constitutive de l’ordre social, lois dont l’hérédité du pouvoir, sa masculinité, sa légitimité et son indépendance sont les premières et les plus naturelles.
- Les protestants et ceux qui suivent leurs doctrines, la placent dans le peuple et dans les lois qui sont l’expression de ses volontés, et qui constituent un ordre ou plutôt une apparence de société tout à fait arbitraire, sans hérédité de pouvoir, sans légitimité, sans indépendance.

Qu’est-ce que le peuple ?

Le peuple n’est qu’une foule d’individus isolés, indépendants les uns des autres dans leur être moral comme dans leur être physique, donc chacun a sa volonté comme il a ses organes, et par conséquent (peuple) est une fiction par laquelle on fait abstraction des individus qui le composent pour en faire un être collectif, être idéal, être de raison qu’on ne peut voir, entendre ni toucher ; et si l’on demande où est le peuple, il est partout par ses individus et n’est nulle part comme peuple.

C’est cet être idéal et sans réalité individuelle qu’on revêt de toutes les perfections, de toutes les qualités et de tous les pouvoirs ; à qui l’on attribue une volonté, une raison, une force et qui cependant ne peut avoir que les volontés presque toujours contradictoires des individus, leurs raisons discordantes, et leurs forces aveugles et brutales.

Une armée aussi est une réunion d’individus mais elle n’est ni une abstraction, ni un être idéal et de raison, parce qu’elle est un corps et un corps organisé, qui a son chef et ses membres, c’est-à-dire un pouvoir et des ministres, ainsi une armée est une société et une société en armes, la plus parfaite image de la société monarchique. Son chef s’appelle « général »,
- mot extraordinaire particulier aux sociétés chrétiennes et dont la raison est prise dans ses croyances ;
- mot qui n’a point d’analogue dans aucune langue ancienne ni payenne,
- mot qui exprime l’unité du corps dont le « général » est le représentant universel, c’est l’armée toute entière réduite en quelque sorte à sa plus simple expression, puisque le « général » parle seul et agit au nom de l’armée.

Ainsi,
- avant toute organisation, le peuple n’est qu’une foule, c’est un corps avec son chef et ses membres ;
- il n’était pas souverain, il n’était rien, il est devenu sujet puisqu’il a reconnu un pouvoir, il redeviendrait foule s’il perdait son organisation.

 Sur la souveraineté populaire

Analogie entre société domestique et société politique

Bien mieux, la souveraineté populaire telle que l’entendent nos modernes politiques se compose d’autant de souverainetés particulières qu’il y a de familles ou de sociétés domestiques, d’autant de pouvoirs particuliers qu’il y a de pères de familles, tous souverains dans leur petit État,
- qui ont les mêmes devoirs et des fonctions semblables,
- qui ont comme lui un personnel à diriger, un matériel à soigner, des sujets, des serviteurs, des propriétés, des finances, des voisins amis ou ennemis, en paix avec les uns en guerre ou en procès avec les autres.

La société domestique ou la famille est donc en parfaite harmonie avec la société monarchique puisqu’elles ont une constitution semblable.

La famille, société naturelle, communique à la société publique sa « naturalité », si je puis ainsi parler, au lieu qu’elle est en désaccord et en perpétuelle contradiction avec la société populaire ou la république, et de là vient que les institutions populaires qui ne peuvent souffrir de pouvoir légitime [=autorité (note de (VLR)] et se révoltent contre le nom de « sujet », troublent la famille
- en y ruinant par leurs lois et leurs maximes le pouvoir paternel,
- en y dissolvant le lien conjugal, et
- en inspirant aux enfants des idées d’indiscipline et de révolte contre l’autorité de leurs parents.

Le problème de la représentation

Comme le peuple et sa souveraineté sont des fictions, tout est aussi fiction dans la manière dont il l’exerce.
- Tous les hommes de la famille, propriétaires, cultivateurs, commerçants, industriels, savants, littérateurs, artistes, artisans, on les appelle tous à la fois ou seulement un certain nombre comme représentants de tous les autres ;
- on les appelle à passer sans noviciat et sans préparation du gouvernement de leurs familles au gouvernement public auquel ils sont pour le plus grand nombre étrangers par leurs occupations et leurs habitudes, et l’on en fait des législateurs politiques, des administrateurs publics, et malgré eux des militaires et des juges les uns des autres, même au criminel ;
- et ils deviennent ainsi comme par imposition des mains, juges de toutes les personnes, taxateurs de toutes les fortunes, législateurs sans autorité, pouvoirs sans contrôle, ordonnateurs sans responsabilité, mandataires sans mandat, fiction eux-mêmes de pouvoir dans un système où tout est fiction sauf l’impôt, accablante réalité dont les gouvernements populaires sont plus prodigues que les gouvernements absolus parce qu’ils laissent aux contribuables une fiction de consentement.

Les élections censitaires

On en assemble cependant un certain nombre sous la seule garantie d’un cens modique et on leur donne à faire pour toute une nation le choix des législateurs, quoiqu’ils soyent souvent aussi peu propres à choisir ceux qui doivent faire les lois qu’à les faire eux-mêmes ; et depuis 40 ans passés nous voyons manœuvrer tous les ans ces assemblées d’électeurs, d’élus, de législateurs, d’administrateurs, nous pouvons juger par l’état où nous sommes tombés de la sagesse des lois qu’ils nous ont faites, et dans cette immense quantité de lois
- combien qui sont depuis longtemps oubliées,
- combien d’autres qu’il faut refaire tous les ans, et
- combien peu de celles qui ont survécu peuvent se justifier aux yeux de la raison, de la religion et de la politique.

 Autonomie ou hétéronomie politique ?

Conséquence politique de l’athéisme

- La négation de l’existence de Dieu est l’athéisme individuel et spéculatif,
- la souveraineté du peuple est la négation de la souveraineté de Dieu, l’athéisme politique et social,
- et peut-on croire que l’être qui est la sagesse infinie et l’ordre essentiel, auteur et conservateur de la société humaine, ait abandonné le soin de son ouvrage à la foule ignorante et passionnée, et qu’il puisse approuver que les hommes fassent de la législation, cette plus haute fonction de l’intelligence qu’il leur a donnée, une arène où l’ambition, la cupidité, la jalousie, l’esprit de révolte se livrent un combat acharné trop souvent décidé par le votant le plus incapable ?

La supériorité de la conception chrétienne de la souveraineté

Mais votre Dieu, dira l’athée, en qui vous placez la souveraineté, n’est-il pas aussi une abstraction, un être idéal, création de votre imagination, qu’on ne peut, pas plus que le peuple, voir ou entendre ?

C’est ici que triomphent les doctrines catholiques du christianisme (et c’est ce qui fait sa force, ses bienfaits, disons même sa divinité) (en marge : les payens avaient une idée confuse de cette vérité puisqu’ils réalisaient dans les absurdités de leur mythologie l’idée de leurs dieux et les personnifiaient dans les plus vils animaux et même dans des êtres insensibles).

Le christianisme est la « réalisation » de l’idée abstraite et spéculative de la divinité, la personnification, qu’on me passe ce terme, de Dieu même, qui après avoir fait l’homme à son image, s’est fait lui-même à l’image de l’homme pour être connu, aimé et adoré des hommes.

Il y a 18 siècles que le fils de Dieu, Dieu lui-même, a daigné revêtir la forme humaine, est né, a vécu, a souffert, est mort comme homme, et a conversé longtemps au milieu des hommes. En mémoire de ce grand événement et pour en conserver au monde un perpétuel témoignage, il a laissé sur les autels sa présence réelle d’une manière mystique et sous des apparences sensibles : il a laissé encore dans des livres sacrés le dépôt de ses leçons, règle éternelle de toute morale et de nos devoirs, dans l’histoire de sa vie mortelle le modèle éternel de toutes les vertus, et dans la constitution de la société qu’il a fondée et dont il est le pouvoir suprême, le type de toute constitution naturelle de société.

Ce Dieu fait homme est donc
- celui que les chrétiens reconnaissent pour le vrai souverain,
- le pouvoir de la société,
- l’homme général représentant dans sa personne l’humanité toute entière,
- il est comme il le dit lui-même, le roi des rois,
- celui par lequel les rois règnent et les législateurs rendent des lois justes et sages, per me reges regnant,
- tout pouvoir, dit-il, lui a été donné au ciel et sur la terre,
- nul autre nom que le sien n’a été donné à l’homme pour être sauvé, et à la société pour être heureuse et forte ;
- c’est la pierre fondamentale de l’édifice social contre laquelle tout ce qui se heurte sera brisé,
- et c’est ce qu’ont oublié trop souvent les chefs des nations chrétiennes qui n’ont reçu de force que pour protéger la religion, et qui, tout observateurs qu’ils peuvent être de ses préceptes dans leur conduite personnelle, ne la pratiquent jamais mieux que lorsqu’ils la défendent.

C’est ce Dieu fait homme, ce Dieu sauveur, représentant dans sa personne l’humanité toute entière, présent à la société et l’instruisant par ses leçons et ses exemples, c’est enfin le Dieu de la société, c’est sa Providence que nient nos beaux esprits qui pour se donner une apparence de religion admettent comme vérité abstraite et spéculative l’idée d’un Dieu sans application au gouvernement de l’univers et à la conduite des hommes ; déistes qui ne vivent pas assez pour devenir athées parce que leur déisme n’est, même à leur insu, qu’un athéisme déguisé !

Note sur le droit divin

Est-ce ici le droit divin du pouvoir dont les déclamateurs hypocrites ont fait un épouvantail pour les esprits faibles et les ignorants ?

Non assurément, le droit divin tel qu’ils feignent de l’entendre serait la désignation spéciale, faite par Dieu lui-même, d’une famille pour régner sur un peuple, désignation dont on ne trouve d’exemple que pour la famille des rois hébreux d’où devait naître le sauveur du monde ; au lieu que nous ne voyons le droit divin que dans la conformité des lois sociales aux lois naturelles dont Dieu est l’auteur :

dans la religion chrétienne, dit Bossuet, il n’y a aucun lieu, aucune race qu’on soit obligé de conserver à peine de laisser périr la religion et l’alliance.

De l’origine protestante de la souveraineté du peuple

Il est aisé de voir que la fiction de la souveraineté du peuple nous est venue du protestantisme, religion toute en fictions qui n’a ni autel, ni sacrifice, rien de sensible et n’a que des paroles.

Dès qu’il a eu placé le pouvoir religieux dans l’assemblée des fidèles, il a été conduit à placer le pouvoir politique dans la foule des sujets, et après avoir ainsi produit dans les variations infinies de sa doctrine l’anarchie des croyances, il n’a pu qu’enfanter dans sa politique l’anarchie des volontés.

Laissons ici parler sur la souveraineté du peuple le plus profond et le plus éloquent interprète de la religion et de la politique chrétienne catholiques, Bossuet, qui a traité spécialement ces matières dans le Cinquième avertissement aux protestants.

Mais sans encore examiner les conséquences du système, allons à la source et prenons la politique du ministre Jurieu par l’endroit le plus spécieux.

Il s’est imaginé que le peuple est naturellement souverain, ou pour parler comme lui, qu’il possède naturellement la souveraineté, puisqu’il la donne à qui lui plaît.

Or cela est errer dans le principe et ne pas entendre les termes car, à regarder les hommes comme ils sont naturellement, et avant tout gouvernement établi, on ne trouve que l’anarchie ; c’est-à-dire dans tous les hommes une liberté farouche et sauvage,
- où chacun peut tout prétendre et en même temps tout contester,
- où tous sont en garde et par conséquent en guerre continuelle contre tous,
- où la raison ne peut rien, parce que chacun appelle raison la passion qui le transporte,
- où le droit même de la nature demeure sans force puisque la raison n’en a point ;
- où par conséquent il n’y a ni propriété, ni domaine, ni bien, ni repos assuré, ni, à vrai dire aucun droit, si ce n’est celui du plus fort, encore ne sait-on jamais qui l’est, puisque chacun tour à tour le peut devenir selon que les passions feront conjurer ensemble plus ou moins de gens ;

savoir si le genre humain a jamais été tout entier dans cet état ou quels peuples y ont été et dans quels endroits ou comment et par quel degré ils en sont sortis, il faudrait pour le décider compter l’infini…

il ne peut y avoir de peuple en cet état, il peut bien y avoir des familles mal gouvernées et mal assurées, il peut bien y avoir une troupe, un amas de monde, une multitude confuse, mais il ne peut y avoir de peuple, parce qu’un peuple suppose déjà quelque chose qui réunisse, quelque conduite réglée et quelque droit établi ce qui n’arrive qu’à ceux qui ont déjà commencé à sortir de cet état malheureux, c’est-à-dire de l’anarchie.

 L’avenir de la France

Une réflexion qui se présente naturellement après la question de la souveraineté, est que la France, pays de logique et d’intelligence, a dû la tranquillité, le bon ordre, la prospérité morale (dont elle a joui et qui ont bientôt reparu après les troubles qui l’ont agitée) moins à la force des armes qu’à la souveraineté des lois et que la juste sévérité de ses grands tribunaux imposait bien plus aux peuples que la présence des armes.

Les peuples guerriers, surtout les Français, ne peuvent être réglés et contenus que par de grands corps de magistratures. Je n’ignore pas les reproches qu’on a faits aux parlements : l’institution était parfaite mais l’esprit de la réformation s’y était glissé et était là comme ailleurs devenu Jansénisme et philosophisme et dans toutes ces transformations, hostile à la royauté et au catholicisme.

Le premier principe de la royauté est que les rois de France doivent être justiciers comme saint Louis plutôt que guerriers et que la gravité du magistrat qui éloigne la familiarité leur sied mieux que la camaraderie militaire.

Plus un État est dans ses limites naturelles, moins il a de guerres extérieures à entreprendre ou à soutenir, et si la France a encore des conquêtes à faire, elle les fera plutôt par les négociations que par les armes.

Les seules et vraies ennemies des sociétés sont aujourd’hui les fausses doctrines et les mauvais exemples, et ceux que la Providence a placés à la tête de toute la force défensive des sociétés, doivent être les rois, et non des savants, des artistes ou des capitaines de dragons [1].

 

Notes

[1] Allusion au saint simonisme et au bonarpartisme.

Louis de Bonald

(Extrait de l’ouvrage : Louis de Bonald. Réflexions sur la Révolution de Juillet 1830 et autres inédits. Éd. DUC/Albatros, 1988, pp. 79-83.)

 

Source: Vive Le Roy

mercredi, 30 novembre 2011

LYON, ville martyre de la Ière République

 

Le texte suivant montre que le journaliste Louis-Marie Prudhomme (1752-1830) n’est pas vraiment royaliste, mais il donne une idée des massacres commis à Lyon par la Convention pendant la Terreur en 1794. Pour asseoir sa domination, le premier soin du pouvoir révolutionnaire est d’établir ou de consolider des sociétés de pensée (ou Clubs) constitués de ratés, d’aigris et de marginaux. Ce sont ces mêmes personnages qui, plus tard dans les Tribunaux révolutionnaires, décideront qui doit mourir, imagineront les supplices et exécuteront les condamnés. L’héroïque résistance des Lyonnais se solde, selon Prudhomme, par plus de trente mille victimes de tout sexe, de tout âge et de toutes conditions.

 Préambule

L’existence de Lyon compte déjà plus de dix-huit cent trente-deux ans. Les événements que cette ville a éprouvés pendant cette longue série d’années ne sauraient se comparer à ceux qui faillirent la mettre à deux doigts de sa perte, pendant le règne de la Convention.

[…] cette ville […] est démolie par ordre de la Convention nationale de France, en 1794, sous la direction de son comité de Salut public. Elle a essuyé plus de calamités en ces derniers temps, dans le court espacé de quinze à dix-huit mois, que pendant les dix-huit siècles antérieurs de son existence. L’exposé nu des faits ne prouvera que trop cette assertion historique.

Entrons tout de suite en matière, et que le lecteur frémisse à la vue d’un tableau que nous n’avons pu tracer sans frémir nous-mêmes.

 Création d’une Commune à Lyon

En janvier 1793, une Municipalité organisée dans les cabarets, s’installe dans les murs de Lyon, et avec elle s’installent l’anarchie en écharpe et la magistrature du maratisme.

Dans cette autorité si funestement constituée pour le pillage et l’oppression de la ville, on distinguait avec effroi le Procureur de la Commune, nommé Laussel, et son substitut, appelé Bertholon, qui était alors garçon perruquier,

Laussel, Procureur de la Commune

Laussel, chassé autrefois des Joséphistes en Languedoc, n’avait à Lyon d’autre moyen d’existence que les produits d’une messe, payée 3 liv., qu’il disait tous les dimanches à l’île Perrache ; mais à des passions ardentes et à une ambition démesurée, il joignait une profonde scélératesse qui ne s’effrayait point des obstacles, et une grande facilité pour écrire et parler, moyen sûr de les surmonter tous avec succès.

Challier, candidat de la Commune à la fonction de maire

Challier, ci-devant abbé, avait fui la Savoie, son pays natal, pour venir à Lyon, où il entra chez un négociant pour faire l’éducation de ses enfants ; il se livra ensuite au commerce, et s’associa avec Bertrand, marchand de galons.

Ce Challier était une espèce de fou, dont l’ambition n’en fut aussi que plus illimitée, Il avait pris Marat pour son modèle en révolution.

Il vint à Paris, passa six mois auprès de lui, y puisa ses leçons ; et de retour à Lyon, il afficha publiquement ses desseins pour parvenir à la législature, en faisant distribuer avec profusion, à la classe ouvrière, son portrait, au bas duquel on lisait :

Challier, excellent patriote, a passé six mois à Paris pour être l’admirateur de la Montagne de la Convention nationale et du patriotisme de Marat.

Résistance lyonnaise : Nivière-Chol est élu maire

La Municipalité n’avait pas encore de chef. Les Lyonnais effrayés par la nomination de ces scélérats, voulurent réparer l’insouciance qui les avait éloignés des Assemblées sectionnaires.

La cabale désorganisatrice fut déjouée, et le citoyen Nivière-Chol fut élu maire. Ce citoyen respectable n’accepta cette place que pour sauver son pays, en balançant autant qu’il serait en son pouvoir, les intentions perfides des Membres de cette Commune, dont l’extravagance sacrifia d’abord à l’égalité les ornements qui décoraient les bassins de la place de Bellecour.

Les écarts révolutionnaires de ces Magistrats consternèrent les habitants de Lyon. Différentes adresses envoyées à la Convention, restèrent sans effet. La Montagne de la Convention, et Marat zélé partisan de Challier, atténuaient les plaintes contenues dans ces adresses, et l’on y répondait d’ordinaire par le grand ordre du jour.

 La Commune prépare la Terreur

Cette Municipalité, autorisée par le silence de la première autorité, mit en jeu tous ses ressorts révolutionnaires.

On organise la délation

Un bureau de dénonciation fut créé, et douze cents citoyens des plus riches d’entre les négociants furent bientôt plongés dans les caves de la Maison commune.

La cupidité municipale avait dicté les premières listes de proscriptions. De grands sacrifices de la part des détenus leur firent recouvrer leur liberté.

Dans le scandaleux commerce de la liberté individuelle, le prêtre Laussel se distingua par son impudeur et son avarice.

On arrête un programme de massacre et pillages

Le 6 février 1793, la scène change. Au club qui était composé de six cents furieux, Challier qui en dirigeait tous les mouvements, paraît un poignard à la main, exige d’abord que chacun prête le serment de garder le secret, et d’exécuter ce qui allait être arrêté.

Les prétendus complots des riches et des aristocrates furent d’abord mis en avant, et il fallait, sans perdre un instant, les déjouer.

Le moment des vengeances était arrivé ; il ne fallait pas différer plus longtemps de placer la guillotine sur le pont Saint-Claire ; et pour exécuter ce projet, les conjurés arrêtèrent d’abord de se saisir de l’artillerie, de la braquer sur les principales avenues, de former un tribunal semblable à celui du 2 septembre de Paris.

- Neuf cents citoyens des plus riches désignés dans les listes rédigées par Challier, devaient être immolés, et tous ceux dont ces assassins convoitaient les riches dépouilles, leur succéder.
- On arrêta également de jeter les cadavres dans le Rhône.

On décide du fonctionnement du Tribunal révolutionnaire

Sur l’observation d’un des assistants, que le bourreau ne pourrait suffire, et peut-être se refuserait à tant de meurtres, le Procureur de la Commune, Laussel, leva la difficulté en invitant les conjurés à faire l’office de juges et de bourreaux, en leur remarquant que pour guillotiner un homme, il n’y avait qu’une ficelle à tirer.

Plusieurs des clubistes se présentèrent pour remplir cet affreux ministère. Un d’eux proposa de ne pas les guillotiner, mais d’avoir pour mot d’ordre d’exécution :

Faites passer le pont à Monsieur.
Ce peu de mot devait être le signal de son immersion dans le Rhône. Plusieurs témoins ont déposé de ce fait lors du jugement de Challier.

Le pillage de Lyon était arrêté par la Municipalité. Un de ses Membres que l’erreur environnait alors, a confessé depuis que le vol était à l’ordre du jour dans toutes les séances secrètes de ces Municipaux.

 Résistance du Maire

Le Maire Nivière-Chol contrattaque et se fait réélire

Cette conspiration contre la sûreté publique parvint aux oreilles du Maire. Il fait aussitôt battre la générale, et la force publique sous les armes en impose à ces scélérats.

Irrités de voir leur projet anéanti, ils firent afficher avec profusion un placard portant que le maire, Nivière-Chol avait perdu la confiance publique.

Le Maire y répondit en publiant les crimes de la Municipalité. Satisfait d’avoir sauvé ses concitoyens, et craignant de succomber sous le poids de la haine et de la perfidie de tant d’ennemis qu’il venait de démasquer, il donna sa démission ; mais dans la nouvelle élection qui eut lieu, la presque totalité des votants lui conféra de nouveau la place de Maire.

Tentatives de représailles par les Clubs révolutionnaires

Un jeune homme enhardi par cette réélection, élève la voix contre Challier qu’il accuse des complots déjoués par le Maire. Deux émissaires de la Municipalité se saisissent aussitôt du jeune homme et l’entraînent dans les cachots. La foule indignée l’arrache de leurs mains, et se porte spontanément au club central et anéantit ce repaire du crime.

Bertrand et Hidens son fils naturel, membres de cette société, furent arrêtés et livrés au tribunal criminel. Challier qui en était le président, vint à bout d’étouffer la procédure ; et quelques temps après ces deux prévenus furent trouvés pendus dans leurs chambres.

La 1re République dépêche trois Représentants au secours des Clubs

Challier et les clubistes, furieux de ce qui venait de se passer, recoururent à la Convention, et peignirent les Lyonnais comme des contre-révolutionnaires sous le couteau desquels ils se trouvaient. Tallien se chargea de faire à ce sujet un rapport mensonger, et la Montagne devait trop à ces clubistes pour les abandonner.

Des bataillons furent destinés pour les secourir, Basire, Legendre et Rovère furent chargés d’en diriger les opérations.

Ce triumvirat commença par rétablir le club, et ranima l’audace de ce parti. Ces députés montagnards, en affichant une autorité très-étendue, montrèrent publiquement leur préférence pour les clubistes en se faisant escorter par plusieurs d’entr’eux : on en remarquait un qui prenait hautement le titre de bourreau de Madame de Lamballe.

 Les Représentants de la République

Les Clubs s’emparent de la mairie

Cependant Nivière-Chol accablé de dégoûts avait refusé la place à laquelle on venait de le nommer pour la seconde fois.

Le médecin Gilibert en fut pourvu.

Bertrand l’associé et le partisan de Challier, avait eu assez de voix pour balancer cette nomination. Gilibert fut précipité dans les cachots, d’où il ne sortit qu’en donnant sa démission.

Les clubistes triomphèrent ; Bertrand fut installé Maire, et Legendre vint à la Convention se vanter d’avoir forcé les Lyonnais d’accepter un Maire sans-culotte.

Création d’une armée révolutionnaire

Alors les plaintes des Lyonnais sur les vexations municipales et proconsulaires, furent traitées de cris séditieux.

On fascina les yeux du Peuple en lui faisant sans cesse appréhender ses anciennes chaînes, et l’on fit dépendre son salut de la création d’une force armée, destinée à maintenir le département dans un état de révolution.

Ce corps, sous le titre d’armée révolutionnaire, devait être soldé par les riches ; et Challier et ses partisans se réservaient secrètement les moyens d’exécution.

Lyon fut bientôt tapissé de placards mararistes, qui ne servirent pas peu à rehausser l’audace de ces brigands.

Parmi ce grand nombre d’écrits incendiaires, on en distingue un remarquable par le serment de trois cents prétendus républicains. Telle était à peu-près la conclusion de cet horrible écrit :

Nous jurons d’exterminer quiconque ne pense pas comme nous ; ce sont nos ennemis, et leurs cadavres sanglants jetés dans le Rhône, porteront la terreur aux mers épouvantées.

Des Lyonnais s’insurgent contre leurs tyrans

Les bons citoyens étaient dans la consternation. Le 15 avril, huit mille hommes se rassemblèrent dans l’église des Augustins, et arrêtèrent d’envoyer trois commissaires aux Représentants, afin d’obtenir la liberté de s’assembler en sections à l’instar des habitants de Paris, pour procéder à l’examen de la conduite de la Municipalité.

Legendre, à qui ces commissaires s’adressèrent, leur dit qu’il ne leur permettrait pas, dussent-ils le couper en 84 morceaux.

Prenez-vous les Représentants du Peuple pour des coyôns ? dit-il à la députation.

Buissonat, l’orateur, lui répliqua :

prenez-vous les Lyonnais pour des gens sans c……. ?

Cette répartie si digne par son originalité de figurer à côté de la demande, valut à son Auteur un serrement de main de la part du boucher Legendre, qui l’invita à venir dîner avec lui le lendemain.

Ce citoyen paya par 18 mois de détention dans les prisons de Paris, le dédain qu’il marqua en ne se rendant pas à cette invitation.

Note sur le train de vie des trois Représentants

Basire, Rovère et Legendre occupés de spectacles et des repas les plus somptueux, voyaient de sang-froid les mouvements qui s’opéraient de part et d’autre, et ne s’occupaient que du rétablissement des sociétés populaires. Legendre y présida, et ses virulentes motions furent l’appel et la cause des massacres qui se commirent par la suite.

Ces trois Proconsuls qui se pavanaient du titre de défenseurs des Sans-Culottes, insultaient ouvertement à cette classe d’hommes par leur faste et un cortège qui retraçaient les usages des cours de nos ci-devant Princes.

Le fils de d’Orléans passait par cette ville pour aller rejoindre l’armée de Biron. Il descendit à l’hôtel de Milan où logeaient ces trois Députés. Son séjour fut de trois semaines, pendant lequel temps nos trois Proconsuls firent régulièrement leur cour à ce jeune militaire. Ils le traitèrent magnifiquement. Ils l’invitèrent à leurs orgies auxquelles on admettait aussi le prêtre Laussel, contre lequel la voix publique s’élevait de toutes parts.

Le Procureur Laussel perd puis gagne

Cependant Legendre ne pouvant résister aux nombreuses accusations qui lui parvenaient contre ce Procureur de la Commune, le fit arrêter un jour au sortir d’un repas qui avait eu lieu aux Brotteaux. Rovère avait refusé de signer le mandat d’arrêt, en disant que l’on faisait la guerre aux patriotes.

Laussel, son secrétaire Leclerc et sa femme furent traduits au tribunal révolutionnaire de Paris.

Alors le parti maratiste vint à triompher, et Laussel n’eut qu’à se présenter pour être acquitté, quelques puissantes que fussent les preuves produites à leur charge.

Bilan de l’action des trois Représentants

Basire, Legendre et Rovère quittèrent Lyon, après avoir tout fait pour aigrir les esprits. Nommés pour pacifier cette ville, ils relevèrent un parti qui marchait à grands pas au meurtre et au pillage. Ils lui tracèrent sa marche, en accumulant proscriptions sur proscriptions, et en privant un grand nombre de citoyens de leur liberté.

À leur arrivée, ils laissèrent ignorer à la Convention la situation de cette ville ; Basire dit seulement aux Jacobins :

Lyon est en mauvais état ; mais la foudre y fût-elle tombée, notre dévouement à la Montagne et les sollicitations des Jacobins nous auraient fait revenir au plus vite.

 La Commune a le champ libre

Instauration d’un comité de salut public

Cependant, à Lyon, la Municipalité, le Département et les autres Corps administratifs se réunirent sous la présidence du Maire.
- La formation de l’armée révolutionnaire déjà arrêtée par Challier et ses adhérents est mise à exécution.
- Un comité, sous le titre spécieux de comité de Salut public, fut également institué ; et les Représentants Albitte aîné, Gauthier, Nioche et Dubois-Crancé, qui passaient par cette ville pour se rendre à l’armée des Alpes, sanctionnèrent ces différentes institutions.

L’authenticité donnée à ces mesures fut le signal des attaques les plus effrénées contre les fortunes et la vie des citoyens.
- On arrête une contribution de 33 millions.
- Des mandats impératifs sont décernés pour la perception de cette taxe monstrueusement exorbitante.
- Quelques-uns de ces bulletins concussionnaires se montent à une somme de 400,000 liv. ; et ceux qu’ils frappent, sont menacés de la perte de leur liberté.

Toutes ces vexations ont un point fixe, le désespoir des Lyonnais, afin de déclarer leur malheureuse patrie en état de rébellion, de l’ensevelir sous des monceaux de cadavres, et d’effacer à jamais jusqu’au nom de cette cité naguère si florissante par son industrie, et digne objet de jalousie de toutes les Nations commerçantes.

Résistance lyonnaise : la Commune en appelle à l’armée

Le 28 mai 1793, des jeunes gens se rassemblent pendant la nuit, et font de nombreuses patrouilles pour s’opposer à la tyrannie de la Municipalité : instruite de ce fait, elle en fit beaucoup arrêter.

Cette mesure causa une rumeur générale, à travers laquelle l’indignation se manifestait.

La Municipalité en craignit les suites.
- Elle dépêcha un courrier à l’armée des Alpes, campée à douze lieues de Lyon.
- Elle peignit l’extrême agitation qui régnait dans la ville, et demanda aux trois Proconsuls de faire avancer une colonne sur Lyon.

Un bataillon d’Allobroges, et un de Volontaires, à la tête desquels étaient les Représentants Nioche et Gauthier, dirigèrent aussitôt leur marche sur cette ville.

À leur arrivée, la Municipalité se transporta dans les sections qu’un décret précédent avait autorisées à s’assembler. Elles s’étaient déclarées en permanence, et reçurent l’ordre de se dissoudre.

Dans la nuit qui suivit les événements, on arrêta plusieurs Présidents et Secrétaires ; et cent pères de familles les suivirent dans la cave des morts.

Victoire inespérée des Lyonnais contre la Commune

Le 29, ceux des Présidents des sections échappés aux chaînes municipales, se réunirent à l’Arsenal avec une partie des Administrateurs du département. Ils se formèrent en comité.

La force armée du parti des sections se rassembla sur la place de Bellecour au nombre d’environ 10 à 12,000 hommes. Ceux qui avaient embrassé le parti de la Commune se rendirent sur la place des Terreaux.

Le représentant Gaultier vint sur la place de Bellecour pour haranguer les citoyens armés, et les inviter à se dissoudre. Pendant le court colloque qui eut lieu à à cet égard, ce Représentant qui promettait néanmoins la destitution de la Municipalité, parut tergiverser sur quelques faits. Ce corps armé le retint en qualité d’otage.

La Municipalité usa de représailles, et mit en arrestation deux de ses Commissaires.

La Municipalité commença les hostilités en faisant tirer le canon sur le bataillon de la Pêcherie.

Aussitôt ces 12,000 hommes s’ébranlent, et s’avancent sur trois colonnes vers la Maison Commune.

Le feu s’engage de part et d’autre ; il dure cinq heures, et il périt 1200 personnes.

Des femmes dignes de donner la main aux furies de guillotines de Paris, se distinguèrent par leur atrocité. Elles étaient du parti de la Commune ; elles s’acharnèrent contre les blessés qu’elles massacraient impitoyablement. La nommée Girondon se fit remarquer.

La troupe de ligne décida la victoire en faveur de la Municipalité. À 8 heures du soir, les vaincus se dispersèrent, et une partie des vainqueurs célébrèrent leur triomphe par des orgies où ils s’abandonnèrent à une imprudente sécurité.

Les Lyonnais défaits, mais non désespérés, se rallient de nouveau pendant la nuit sur la place des Carmes ; et au milieu du silence de la nuit, cette troupe commandée par le citoyen Madinier, s’empare de la Maison Commune, arrête tous les Municipaux ainsi que Challier qu’ils jettent dans les cachots.

 Les Lyonnais reprennent la main

Les Lyonnais constituent une nouvelle Municipalité

Le comité de l’Arsenal voyant son parti victorieux, s’érigea en Municipalité provisoire.

Les Représentants Nioche et Gaultier voyant la victoire changer de parti, changèrent également d’opinion. Ils blâmèrent hautement la Municipalité dont ils feignirent d’avoir ignoré les attentats, et reprirent le chemin de l’armée des Alpes.

Cependant la nouvelle Municipalité et le Département s’empressèrent de nommer une députation extraordinaire pour instruire la Convention de l’événement du 29 mai. Mais les nouvelles de ce qui venait d’arriver à Paris dans les journées du 31 mai et suivantes, firent abandonner le projet de cette députation.

Conformément aux lois existantes, on érigea un tribunal sous le nom de commission départementale, et une autre de cinq membres pour juger les militaires.

Après cet événement, le peuple de Lyon débarrassé de ses oppresseurs, respira pendant quelque temps, et la Convention en apprenant par la voie des papiers publics ce qui venait de se passer dans cette ville, n’ayant eu aucun renseignement sur son état précédent, par les députés. Legendre, Basire et Rovère, envoya le 3 juin 1793, Robert-Lindet, Membre du comité de Salut public.

Il vit clairement que le parti qui avait triomphé à Paris, aux journées du 31 mai, venait de succomber à Lyon ; et à son retour, le 29 juin, il dit à la Convention :

Citoyens, vous avez décrété que je me rendrais dans votre sein pour vous rendre compte de l’état de la ville de Lyon, de la situation des esprits dans cette ville, et les ordres de votre comitém’imposent l’obligation de garder le silence sur tout ce que j’ai vu, jusqu’à ce que les fonctionnaires publics que vous avez mandés aient obéi à votre décret.

Au reste, je puis assurer la Convention que si la nouvelle autorité qui s’élève à Lyon tient les rênes de l’administration avec fermeté, il n’y a rien à craindre pour la liberté, mais beaucoup à observer.

En attendant, voici le projet que je suis chargé de vous présenter au nom du comité de Salut public.

1° La Convention nationale met sous la sauvegarde de la loi et des autorités constituées, les citoyens arrêtés à Lyon dans les derniers troubles qui y ont eu lieu.

2° Il sera sursis à toute instruction et poursuites commencées contre ces citoyens. Le projet de décret est adapté.

On accueille deux Députés proscrits par la Convention

Le triomphe de la Montagne avait fait proscrire une foule de députés, ils se dispersèrent sur tous les points de la France pour y chercher un asile et un appui contre la persécution.

Chassey et Biroteau se rendirent à Lyon, instruisirent les habitants des événements qui avaient eu lieu à cette époque, firent le récit de la tyrannie de la Convention, et invitèrent les Lyonnais à se prémunir contre elle : ici ils exposèrent les vues anarchiques du parti Montagnard et des fureurs sanguinaires des Maratistes.

Les Lyonnais ébranlés par cette nouvelle, se laissèrent entraîner par l’éloquence de Biroteau, s’assemblèrent en armes, et avec leurs drapeaux, ayant à leur tête les Autorités supérieures et les deux Députés. On y arrête l’assemblée des sections ; et quelques jours après, elles proclamèrent que Lyon ne reconnaissait plus la Convention ni ses décrets.

Cette première démarche faite, les Lyonnais se trouvaient au bord d’un précipice que Biroteau avait creusé sous leurs pas. Au milieu de l’erreur qui les entourait, ils ne songèrent même pas à retenir ces deux Députés, qui contents devoir soufflé les premières étincelles d’une insurrection, s’échappèrent nuitamment, et l’un deux gagna la Suisse.

Lyon rejoint les Fédéralistes contre la Convention

C’est ainsi qu’après avoir résisté aux invitations des Bordelais et des Marseillais pour se liguer contre la Convention nationale, les Lyonnais se trouvèrent, sans s’en douter, du nombre des départements que l’on dit alors s’être fédéralisés contre la Convention, tandis que la force armée départementale n’était destinée que pour la protéger contre les maratistes qui l’opprimaient.

Lyon convoqua en conséquence toutes les gardes nationales de son arrondissement, pour célébrer la fédération du 14 juillet, sous le nom de fédération Lyonnaise, à laquelle assistèrent des députés de Marseille.

Le procès de Challier et des anciens Municipaux

La Commission départementale et les sections ordonnèrent en même temps au tribunal criminel de juger Challier. Cet Accusé usa de tous les moyens que la loi accordait pour sa défense ; et le 17 juillet 1793, il fut condamné à mort, Riard fut également condamné comme convaincu d’avoir commandé la force armée de la Municipalité.

Un Municipal du nom de Saute-Mouche, ayant été précédemment acquitté, fut attaqué à la sortie de la prison. Pour éviter ses assassins, il se réfugia dans un café au coin du pont volant, où il reçut une balle qui lui arracha la vie. Son corps fut jeté dans la rivière.

 Vers la guerre

La Convention prépare la guerre contre Lyon

Nous avons esquissé la tyrannie exercée par la Municipalité Challier ; ses vexations de tout genre, avaient porté l’indignation au plus haut point. L’assentiment donné par la Convention à ses mesures oppressives, avait achevé d’aigrir les esprits, et chaque parti se vit obligé de recourir aux armes.

La victoire s’était décidée en faveur des opprimés, et les oppresseurs dont les chefs venaient de triompher à Paris, y trouvèrent par la suite, de terribles vengeurs.

Les événements du 31 mai, l’arrivée subite des deux proscrits Biroteau et Chassey, leurs invitations aux Lyonnais de chercher à se garantir de la tyrannie des Montagnards, ne laissèrent d’autre parti aux Lyonnais, que de suivre leur primitive impulsion.

D’immenses préparatifs de guerre, se faisaient dans les armées avoisinantes ; le bruit public, un certain pressentiment faisaient soupçonner que ces apprêts allaient être dirigés contre Lyon : elle se prépara au combat.

Royalistes contre Montagnards

Le parti royaliste, malgré qu’il ne se fût pas montré à découvert, était cependant assez puissant dans cette ville, voisine des Suisses. Les troubles presque continuels qui l’avaient agitée, favorisaient leur entrée. C’était au milieu des tumultes civils qu’ils espéraient relever l’étendard royal, et ils avaient trouvé dans la conduite de la Municipalité maratiste, une protection pour l’érection de la royauté.

Le souvenir des premières conspirations que, dès l’Assemblée constituante, on avait découvertes dans cette ville, augmentait encore sur elle les inquiétudes nationales.
- On n’avait pas oublié que c’était dans cette ville que les princes à Turin, et les conspirateurs du camp de Jalès, avaient résolu de porter le siège de la royauté : d’abord, pour se venger de la conduite des Parisiens, ensuite pour raviver les manufactures que la révolution anéantissait.
- Les négociants ne cessaient de se plaindre auprès de la classe ouvrière sur le nouvel ordre de choses. La Cour de France une fois abolie, il ne fallait plus songer à la fabrication des riches étoffes, qui feraient refluer tant de richesses à Lyon.

Ces différents propos divulgués avec art, l’urgence du moment, facilitèrent à la Commission départementale une liberté d’action dont elle avait besoin pour résister à l’oppression qui menaçait la France.

La faction dominatrice qui criait sans cesse contre les agents de l’Anglais et de l’Autriche, servait indubitablement l’une et l’autre puissance, et principalement la première, en concourant à la destruction dune ville, pour l’anéantissement de laquelle, sous le règne de Louis XIV, ils avaient offert dix millions.

Les ouvriers qui avaient beaucoup à se plaindre de la morgue des négociants et de leur luxe qu’ils comparaient à la modicité de leur salaire, étaient sans cesse ballottés entre le parti de la Montagne et le parti royaliste qui, par des motifs différents visaient au même but ; à la guerre civile.

Cette classe d’hommes, peu éclairée, sans occupations, et ne désirant que la vivification des ateliers, suivait aveuglément les impressions qu’on lui donnait, sous le masque d’un avenir plus heureux.

L’exécution de Challier

Par l’effet de tant de suggestions, Challier fut condamné et exécuté, malgré le décret du 3 juillet, qui rendait les dépositaires de l’autorité publique de cette ville, responsables individuellement et sur leurs têtes, des atteintes qui pourraient être portées à la sûreté des citoyens arrêtés ; détenus ou relaxés par suite des événements du 29 mai.

Peut-être eut-il été plus prudent ou plus généreux de laisser la vie à Challier, mais la vindicte publique voulait frapper en lui l’Auteur des premières arrestations, de ces actes arbitraires qui, considérés comme l’effet d’un cerveau mal organisé, n’en avaient pas moins été le signal des atrocités municipales. Son supplice en fut donc la juste expiation, et les Lyonnais ne durent y voir que l’exercice d’un droit consacré légalement alors, le droit de la résistance à l’oppression.

La guerre pour résister à l’oppresseur

Ce sentiment fut le premier mobile de leur insurrection ; et en prenant les armes, ils devaient d’autant moins soupçonner une trahison, que tous les actes émanés de la Commission départementale, portaient l’empreinte de la République une et indivisible, et qu’elle prenait elle-même la dénomination de Commission populaire, républicaine et de Salut public du département de Rhône et Loire.

C’est sous ce titre qu’elle fit paraître une proclamation destinée à prémunir les citoyens peu éclairés contre les suggestions des Agents de la Montagne, qui venait de remporter à Paris les triomphes du 31 mai, et du 2 juin.

Après avoir rappelé dans cette proclamation les récents outrages faits au peuple français dans la personne de ses Représentants proscrits par l’insolence anarchiste d’une minorité composée de cent cinquante membres seulement : les Membres de la commission ajoutaient

qu’à leur exemple, une grande majorité des départements se sont levés contre l’oppression. Ils les citent au nombre de soixante-trois : cependant, ajoutent-ils, des hommes pervers prêchent partout la discorde, la guerre civile et les principes les plus contraires au bonheur public. Ils invitent les citoyens à se défier de leurs insinuateurs perfides, au nom de tout ce qu’ils ont de plus cher.

D’ailleurs qu’ils examinent scrupuleusement la conduite de ces hommes qui se couvrent du manteau du patriotisme. Ils reconnaîtront des hommes qui, sans aucun des liens qui attachent l’homme à la société, n’ont de ressources que dans le crime et le brigandage.

Ensuite cherchant à détruire le soupçon qu’on élève contre eux sur le projet de rétablir la royauté, ils peignent les anarchistes comme les

auteurs des maux qui désolent la France, qui les premiers ont levé l’étendard contre les amis des lois.

Ils finissent par ranimer l’espoir et le courage de ce peuple, en lui apprenant que le bataillon envoyé contre le Jura, avait fini par déposer ses armes et fraterniser avec eux : qu’ainsi il ne leur reste plus qu’à livrer au glaive des lois ceux qui cherchent à enchaîner leur ardeur pour défendre la cause qu’ils ont embrassé, et d’où dépend leur salut et celui de l’Empire français.

Lyon nomme son général et se prépare au combat

Il manquait un général aux troupes lyonnaises, Précy, ancien militaire, jouissant d’une fortune médiocre, reçut à son domicile situé à quelques lieues de Lyon, une députation qui l’invita à venir prendre le commandement de la force départementale. Il vint à Lyon pour y reconnaître ; l’esprit qui ranimait. Il hésitait de prendre le commandement ; mais la Commission l’ayant assuré que soixante-trois départements entraient dans cette fédération, fit cesser ses incertitudes.

D’un autre côté, les négociants pour augmenter le nombre des défenseurs, fermèrent leurs magasins et leurs ateliers ; ouvriers et commis furent forcés de prendre les armes ; on les y encouragea même en leur donnant une paye de 5 liv. par jour ; non en espèces, mais en papier-monnaie portant pour inscription, Billets de siège obsidionale, et signés par les principaux Membres de la Commission municipale.

L’armée lyonnaise s’organisa en peu de temps. Elle fut composée de 6000 hommes d’élite, et la masse de ses défenseurs en général, se montait à près de trente mille hommes. Cette armée commença à s’emparer de tous les magasins de vivres et de munitions appartenant à la République et réservés pour l’armée d’Italie ; ainsi que des fonderies de canons. Le citoyen Fréjean, directeur de l’une de ces fonderies, refusa son ministère et se sauva.

 Le siège de Lyon

Danton ordonne la destruction de Lyon

Les troupes destinées contre cette ville, conduites par Dubois-Crancé, se présentent sur les hauteurs environnantes et dominaient du côté de la Croix-Rouge.

Une artillerie formidable avait été commandée pour ce siège : par la suite, la levée en masse des départements voisins, eut ses quartiers autour de Lyon, qui se trouva bloqué de toutes parts : elle n’eut de communication de libre que celle des Brotteaux, par le pont St.-Clair.

L’opiniâtre résistance des Lyonnais, fit accuser Dubois-Crancé de ménager les assiégés. [1] On lui adjoignit Couthon, Châteauneuf-Randon, Maignet, Laporte et Javogues. Sous ces quatre Montagnards, le siège prit une nouvelle activité. Les bataillons de l’Auvergne, et autres appelés à ce siège, redoublent d’efforts, à la vue de cette ville riche dont on leur promet le pillage.

Les Montagnards qui n’épargnaient rien pour en venir à leur but, distribuaient avec profusion les assignats dont ils dirigeaient à volonté la fabrication. Danton écrivit à Couthon qu’il fallait détruire cette ville, que tous les sacrifices devaient être faits.

Cette invitation de Danton était inutile, puisque le comité de Salut public avait arrêté cette mesure relative à son plan de dépopulation.

Lyon abdique après 63 jours de siège

La disette se faisait sentir dans Lyon où l’on distribuait par jour à chaque individu un gobelet d’avoine, et ceux qui n’avaient pas voulu prendre les armes, étaient privés de tout secours.

Plusieurs femmes et enfants étaient déjà morts de besoin : le peu d’énergie d’une partie de ceux qui avaient pris les armes, la quantité de partisans de la Montagne qui étaient comme autant d’espions, les trahisons continuelles qu’ils occasionnaient, et contre lesquels on avait été forcé de sévir, soit en incarcérant ceux qui était soupçonnés, soit en faisant fusiller ceux qui étaient convaincus, rendirent les efforts des assiégés inutiles ; et après avoir soutenu un blocus de soixante-trois jours, un des plus meurtriers et des plus désastreux que l’histoire nous fournisse, Lyon ouvrit ses portes à l’armée de la Montagne, le 9 octobre 1793.

Les assiégés qui s’attendaient à trouver leurs assassins dans les vainqueurs, furent singulièrement étonnés et attendris, en voyant l’armée entrer avec des vivres de toute espèce, et chaque soldat distribuer une portion de sa subsistance aux citoyens.

Un pareil début séduisit la multitude, qui finit par regarder ces soldats comme ses libérateurs ; mais elle ne pouvait s’imaginer que les Représentant qui étaient à leur suite, vinssent y porter la désolation et le carnage.

La terrible agonie des troupes du général lyonnais

Le général Précy, qui n’ignorait pas le peu de confiance que méritaient les Députés de la Montagne, avait déjà pris le parti de la retraite à la tête de deux mille cinq cents hommes, qui étaient l’élite des assiégés.

Cette retraite, qui lui avait parue indispensable dès l’instant où les pourparlers annonçaient la prochaine reddition de la place, faisait déjà déserter les postes avancés par les factionnaires fatigués d’un siège aussi long, et à qui les préliminaires de paix firent briller une lueur de repos, dont ils s’empressèrent de jouir par avance.

Ces malheureux ne voyant donc d’autre salut que dans la fuite, emmènent leurs femmes et leurs enfants, qu’ils mettent au milieu de leurs bataillons, et abandonnent leurs foyers, leur patrie et leur fortune.

On ne peut dépeindre la douleur qui déchirait cette petite armée. Les mères, les enfants qu’elles serraient contre leur sein, murmuraient contre le ciel, et accusaient leurs ennemis d’injustice et de barbarie. La destinée la plus affreuse les expulsait de leur asile ; elle présida à leur départ, en leur faisant ressentir les plus terribles coups.

Une décharge d’artillerie frappa le milieu de cette colonne à sa sortie ; un obus mit le feu à un caisson, son explosion porta la mort parmi les femmes et des enfants. Plusieurs éprouvèrent des blessures mortelles, qui les firent périr au milieu des cris d’un désespoir déjà alimenté par cette retraite forcée.

Néanmoins cette petite armée continua sa route ; mais les Représentants ne la perdirent pas de vue ; ils préparèrent sa destruction par tous les moyens que la puissance et la barbarie leur fournirent.

Des Commissaires sont expédiés dans toutes les campagnes par où ils doivent passer.

Le tocsin sonne à leur approche ; les paysans s’arment de toutes parts, les harcèlent, leur coupent le passage.

Près de St. Cyr, au Mont d’Or, à St. Germain, ils les attendent dans les creux des défilés ; ils les assaillent dans les différents endroits, et parviennent à les détruire. Ils n’épargnent ni les femmes ni les enfants, ils se précipitent dessus à coups de bâtons, à coups de fourches ; les assomment, les égorgent, et parviennent à exterminer jusqu’au dernier de ces infortunés.

 La Terreur

On applique la politique de la Convention

Les Représentants, en possession de la ville de Lyon, commencèrent d’abord à rétablir le fameux club, présidé jadis par Challier. Plusieurs Représentants s’y rendirent, et y prononcèrent les discours les plus propres à exalter les têtes, et embraser toutes les passions.

Javogues, dans un de ses élans oratoires y peignit Challier et Riard, comme les martyrs de la liberté, les héros de la République et les seuls amis du peuple.

Il parla aux ouvriers de l’asservissement honteux dans lequel les riches les avaient retenus si longtemps, en s’appropriant tous les fruits de leurs travaux et de leur industrie. Les propriétaires furent signalés au peuple comme les usurpateurs de son bien ; il finit par l’inviter à rentrer dans ses droits, en dépouillant les propriétaires ; et lorsque le décret sur la distribution des maisons des riches aux pauvres fut devenu public, il leur persuada que la démolition des édifices était un moyen certain de parvenir à cette sainte égalité, qui est la base de la liberté.

C’est ainsi que ces Représentants proclamaient ce système agrairien, conçu par les comités et la Convention, pour assurer leur despotisme par la main même du peuple ; c’est ainsi qu’en offrant à l’indigent, fatigué d’une longue misère, l’illusion enchanteresse d’une égalité future d’opulence et de bonheur, ils achetaient ses bras et sa force pour la ruine et l’extermination des Français, qu’ils enchaînaient par de chimériques espérances : les remords de la multitude égarée, l’entraînaient des égarements aux crimes y et lui firent bientôt un besoin de la férocité.

Le même système s’étendait du Midi au Nord ; et Paris était comme un gouffre central où s’engloutissaient les victimes d’élite, et comme un modèle des principes de dépopulation offert au reste des départements, pour encourager et activer les exécutions et les massacres.

Les prédications agrairiennes de Javogues ne furent que trop bien entendues, et ses affreux succès sont imprimés en caractères ineffaçables sur les murs et sur les ruines de cette ville infortunée.

Le délit de tristesse mène à l’échafaud

Lyon, comme toutes les autres Communes de la République, avait sans doute des royalistes dans son sein ; mais on y comptait en revanche une foule d’excellents républicains.

Les Représentants, on le sait, ne désiraient pas en trouver ; ils trouvèrent même un moyen de créer des suspects de royalisme, en affichant que

quiconque laisserait paraître sur son visage la moindre apparence de tristesse, serait déclaré aristocrate.

Ainsi bravant le deuil public, et se jouant de la famine qui régnait dans les murs de Lyon, ils commandèrent au père de sourire à la vue de ses enfants expirants de besoin, ou assassinés ; ils voulaient étouffer jusqu’à cette douloureuse mélancolie, que la nature a voulu attacher au don sacré de la maternité.

Comme la présence et l’arrêté des Représentants ne commandaient pas la gaîté des Lyonnais, Collot-d’Herbois écrivit à la Convention que l’aristocratie était peinte sur le visage des Lyonnais ; que leur haine pour la République s’y lisait par leur air sourcilleux ; comme si une ville, menacée à chaque instant de pillage, de démolition, et dont les habitants étaient sous les poignards des sicaires du club Challier, devait s’abandonner à l’allégresse.

Challier honoré comme Martyr de la République

Il ne manquait plus à la folie révolutionnaire que de diviniser le crime, en faisant l’apothéose de Challier ; ils indiquèrent pour cette fête un jour destiné à celle de notre ancien culte. Cette circonstance ne fit qu’ajouter au ridicule et à l’horreur dont se couvrirent dans cette journée les promoteurs de la dégradation des Lyonnais, en leur présentant pour idole ce Challier, l’ennemi juré de son repos et de son bonheur. Le Sénat romain décerna des honneurs divins à ses tyrans. Le Peuple français, dit souverain, fait brûler l’encens aux pieds des siens.

Le jour fixé pour la fête de Challier, son image est pompeusement promenée dans les rues de Lyon ; des hommes et des femmes la portent avec respect : d’autres hommes sont chargés de vases sacrés ; au milieu d’eux est un âne, couvert d’une chape et coiffé d’une mitre : à sa queue sont suspendus la Bible et l’Évangile.
- On brûle le corps supposé de Challier, et ses cendres sont pieusement distribuées aux sectateurs de sa morale.
- L’Évangile et la Bible sont brûlés, et on en jette les cendres au vent.
- Cette cérémonie s’acheva par faire boire l’âne dans un calice.

On agita ensuite de consacrer cette journée en immolant tous les prisonniers aux mânes de Challier. Ce massacre, auquel ces indignes partisans applaudirent, eut peut-être été exécuté, sans un orage violent qui dissipa tout-à-coup cette odieuse fête.

Les clubs réclament vengeance

La Commune de Paris, à qui le club Lyonnais avait envoyé le cœur de Challier, s’empressa également de célébrer des fêtes en son honneur.

La réintégration de ce club, dont les sentiments s’accordaient si bien avec les siens, établissait entre les deux plus grandes cités de la France, une correspondance et une unité d’action qui devaient du Nord au Midi faire tout courber sous la tyrannie révolutionnaire.

Le sang des Lyonnais que l’on avait déjà commencé à verser sur l’échafaud, celui qu’on se proposait de verser encore, la plupart des ennemis de Challier, frappés de la hache, le reste n’attendant plus que l’instant où la rage des bourreaux devait s’appesantir sur eux, offrirent aux Représentants du Peuple un triomphe trop digne de la Montagne, pour ne pas lui en faire hommage.

En conséquence, ils adressèrent la lettre suivante à la Convention nationale.

Commune-Affranchie, 20 Brumaire, an 2 de la République française, une et indivisible. (10 novembre, 1793.)

CITOYENS COLLÈGUES,

L’ombre de Challier est satisfaite ; ceux qui dictèrent l’arrêt atroce de son supplice, sont frappés de la foudre ; et ses précieux restes, religieusement recueillis par les républicains, viennent d’être portés en triomphe dans toutes les rues de Commune-Affranchie.

C’est au milieu même de la place où ce martyr intrépide fut immolé à la rage effrénée de ses bourreaux, que ses cendres ont été exposées à la vénération publique et à la religion du patriotisme.

Aux sentiments profonds et énergiques qui remplissaient toutes les âmes, a succédé un sentiment plus doux, plus touchant ; des larmes ont coulé de tous les yeux à la vue de la Colombe qui l’avait accompagné et consolé dans son affreuse prison, et qui semblait gémir auprès de son simulacre.

Tous les cœurs se sont dilatés ; le silence de la douleur a été interrompu par les cris mille fois répétés ; Vengeance ! vengeance ! Nous le jurons, le peuple sera vengé ! Notre courage sévère répondra à sa juste impatience. Le sol qui fut rougi du sang des patriotes, sera bouleversé ; tout ce que le crime et le vice avaient élevé sera anéanti ; et sur les débris de cette ville superbe et rebelle, qui fut assez corrompue pour demander un maître, le voyageur verra, avec satisfaction, quelques monuments simples, élevés à la mémoire des martyrs de la liberté, et des chaumières éparses, que les amis de l’égalité s’empresseront de venir habiter, pour y vivre heureux des bienfaits de la nature,

Signé, FOUCHÉ, Représentant du Peuple.

 Lyon doit être détruite

Le décret du 21 vendémiaire (12 octobre 1793)

La Montagne éblouie par son triomphe sur cette cité fameuse, dont elle redoutait peut-être le réveil, la proscrivit entièrement ; et par l’organe du comité de Salut public, la Convention avait rendu, dès le 21 vendémiaire, (12 octobre 1793) le décret qui ensevelissait à jamais sa gloire, et qui devait effacer jusqu’à son nom. En voici le texte :

Du 21 Vendémiaire, seconde année Républicaine.

La Convention nationale, après avoir entendu le rapport du comité de Salut public, décrète :

Article premier. Il sera nommé par la Convention nationale sur la présentation du comité de Salut public, une commission extraordinaire, composée de cinq membres, pour faire punir militairement et sans délai les contre-révolutionnaires de Lyon.

II. Tous les habitants de Lyon seront désarmés. Leurs armes seront distribuées sur-le-champ aux défenseurs de la République. Une partie sera remise aux patriotes de Lyon qui ont été opprimés par les riches et les contre-révolutionnaires.

III.La ville, de Lyon sera détruite. Tout ce qui fut habité par le riche sera démoli. Il ne restera que la maison du pauvre, les habitations des patriotes égorgés ou proscrits, les édifices spécialement employés à l’industrie, et les monuments consacrés à l’humanité et à l’instruction publique.

IV. Le nom de Lyon sera effacé du tableau des villes de la République. La réunion des maisons conservées portera désormais le nom de Ville-Affranchie.

V.Il sera élevé sur les ruines de Lyon une colonne qui attestera à la postérité les crimes et la punition des royalistes de cette ville, avec cette inscription :

Lyon fit la guerre à la Liberté ; Lyon n’est plus. Le dix-huitième jour du premier mois, l’an deuxième de la République Française, Une et indivisible.

VI. Les Représentants du Peuple nommeront sur-le-champ des commissaires pour faire le tableau de toutes les propriétés qui ont appartenu aux riches et aux contre-révolutionnaires de Lyon, pour être statué incessamment par la Convention sur moyens d’exécution du décret du 12 juillet 1793 qui affecte ces biens à l’indemnité des patriotes.

Du 28, premier mois de la seconde année républicaine.

La Convention nationale
- décrète que la lettre écrite le 27 août dernier aux Représentants du Peuple Dubois-Crancé et Gaultier, par les citoyens de Lyon, et revêtue de 20 mille signatures, sera déposée dans ses archives, pour servir de monument éternel de la trahison des signataires de cette lettre.
- Ordonne en outre que cette lettre sera imprimée, et envoyée à tous les corps administratifs, et que copie officielle en sera envoyée par le comité de Salut public, aux Représentants du Peuple dans Lyon pour servir de base à leurs opérations dans cette ville rebelle.

L’exécution du décret est confiée aux anciens membres de la Municipalité Challier

Pour procéder à l’exécution d’un ordre aussi désastreux, il fallait être bien assuré de l’assentiment ou plutôt de l’aveuglement du Peuple.
- Comment ne pas s’étonner que cette foule d’ouvriers, qui devait son existence à la richesse des commerçants, aux nombreux, magasins, aux immenses ateliers que Lyon renfermait dans ses murs, n’ait pas senti que la proscription des négociants, de ces ateliers et la démolition de leurs habitations, entraînaient nécessairement l’anéantissement de toute industrie et de tout moyen d’existence pour elle-même ?
- Comment n’a-t-elle pas été avertie par un sage pressentiment de la misère et de la famine qui l’attendaient, sur l’affreuse perfidie des tyrans Conventionnels qui l’égaraient, sur l’éternelle exécration qui leur était due ?

Les vainqueurs, au lieu de se conduire en pères de famille, toujours disposés à la clémence qui aurait ramené les vaincus au centre commun, et conquis aux vainqueurs de nombreux et de zélés partisans, agirent en despotes irrités et avides de sang.

Les Membres de l’ancienne Municipalité avaient déjà été mis en liberté et réinstallés. Que de vengeances à assouvir ! que de brigandages à exercer ! Vils instruments des Représentants du Peuple ! ils alimentent leurs fureurs, en désignant pour victimes ceux qui avaient développé la plus vigoureuse résistance à leurs projets liberticides.

La vengeance du Député Collot-d’Herbois

Collot-d’Herbois, ci-devant comédien, avait aussi une vengeance particulière à exercer contre toute cette malheureuse cité. Lors de son début sur le théâtre de Lyon, il avait été sifflé. Aussi s’écria-t-il pendant le siège de cette ville, qu’elle lui paierait bien cher ses coups de sifflets. Ainsi Lyon devait être victime de son bon goût pour les arts.

Cet histrion était en mission immédiatement après ce siège, à Crépy, dans le département de l’Aisne, avec Lequinio et Isoré.

Avant de se faire connaître, ces Députés parcouraient les places publiques, se glissaient dans les groupes et cherchaient à révolutionner le pays, en soulevant le Peuple contre, les riches.

Il n’est pas étonnant, disait-on de toutes parts, que nous soyons mal gouvernés, la Convention n’est composé que d’hommes ignares, sans délicatesse ; la plupart sont inconnus, et n’ont jamais eu de moyens de subsistance. Il y a jusqu’à des Comédiens qui sont membres de cette Assemblée.
Le Procureur-Syndic était l’auteur de ces observations, dont le dernier trait ne devait pas flatter l’amour-propre de Collot.

Deux heures après les Députés annoncèrent leur arrivée au district.

Aussitôt il envoie une députation à la tête de laquelle se trouvait le Procureur-Syndic. Collot l’aperçoit, demande ce que veulent ces hommes ; on l’en instruit.

Retirez-vous, s’écrie-t-il aussitôt, vous êtes des contre-révolutionnaires, vous n’êtes pas dignes de paraître-devant la Représentation nationale.

Les membres, interdits se retirent, vont faire part à leurs collègues de la réception qui leur a été faite, tous, en ignorent les raisons. Enfin, le Procureur-Syndic se rappelle ses propos, et la figure de Collot-d’Herbois. Aussitôt, frappé de terreur, ils prennent la fuite.

 Les tribunaux révolutionnaires

Deux tribunaux révolutionnaires sont constitués

Une Commission militaire composée de cinq membres, quoique maratiste, jugeait cependant avec quelqu’apparence de justice. Elle suivait à peu-près les formes.

La Société populaire établie dans la salle des spectacles des Terreaux, se plaignit de ce quelle ne condamnait pas un assez grand nombre d’individus ; que la Nation avait besoin d’être vengée promptement, et qu’il fallait en envoyer tous les jours soixante à la mort.

Collot-d’Herbois écrivit aux Jacobins de Paris. Il invita de choisir dans leur sein de courageux Jacobins pour accélérer le jugement des Lyonnais, ajoutant qu’il n’y avait pas vingt patriotes à Lyon.

Ainsi, d’après cette lettre, on doit présumer que la Municipalité, le club et le Tribunal n’étaient pas encore assez à la hauteur.
- Les Jacobins envoyèrent aussitôt une colonne de l’armée révolutionnaire commandée par Ronsin et Parrein ; ce dernier ex-avocat et orateur du faubourg Saint-Antoine de Paris.
- Les soldats de l’armée révolutionnaire furent choisis à dessein parmi tout ce qu’il y avait de plus exécrable dans ce corps.
- Ils furent suivis d’une compagnie de canonniers.
- Les nommés Antoine et Lafage, membres de la Société, partirent également pour Lyon.

Aussitôt une Commission de sept membres fut installée. Parrein la présidait. Il avait pour collègues Lafage, Brunières, Serpet, Courchand, Marcellin, Vauquoy et Andrieu l’aîné.

Ce tribunal de sang voulut, à l’exemple des Grecs, juger en plein air ; mais juger n’était pas leur vœu : cette marche n’aurait pas frayé aux détenus la route de l’échafaud.

Cette Commission signala son installation par l’envoi de 209 individus au supplice. C’était la fusillade ; mais avant de narrer cette épouvantable anecdote, remontons, à la source des jugements des deux Commissions.

Une procédure sommaire

L’interrogatoire qu’on faisait subir, était court et précis. Trois questions en faisaient souvent la base :

— Quel est ton nom, ta profession ?

— Qu’as tu fait pendant le siège ?

— Es-tu dénoncé ?

Ces lieux communs que les tribunaux de la tyrannie s’étaient adoptés, tels que les dénonciations de fanatisme, de haine pour les Sans-Culottes, pour l’égalité ; l’interprétation des discours, et des gestes les plus innocents ; le propos le plus léger, enfin la moindre indiscrétion, suffirent pour motiver cette foule d’arrêts qui couvrirent les places de Lyon de sang et de carnage.

Au milieu de toutes ces horreurs, plusieurs des accusés conservèrent tout le calme de l’innocence, et leur réponse laconique annoncèrent leur mépris pour leurs bourreaux, et la haine même de la vie.

Des jeunes filles et femmes bien courageuses

Marie Adrian, jeune fille de seize ans, vêtue en homme, avait servi au canon pendant le siège. Traduite devant ces juges, ils lui dirent :

— Comment as-tu pu braver le feu et tirer le canon contre ta patrie ?

— C’était au contraire pour la défendre, répondit-elle.

Une autre du même âge et aussi intéressante, ne voulait pas porter la cocarde. Interrogée sur le motif de son refus :

Ce n’est point la cocarde que je hais, dit-elle ; mais, comme vous la portez, elle me paraît le signal du crime ; elle déshonorerait mon front.
Lafage fit signe au guichetier d’attacher une cocarde au bonnet de cette jeune accusée.
Vas, lui dit-il ensuite, en portant celle-ci tu es sauvée.
Aussitôt elle se lève avec sang-froid, détache cette cocarde, et ne répond aux juges que par ces mots :
Je vous la rends.

La citoyenne Marie Lolière, femme Cochet, avait tellement pris la faction de la Montagne en aversion, qu’elle avait dit hautement quelle couperait la tête d’un Représentant du Peuple, et qu’elle la porterait au bout d’une pique. Elle fut guillotinée pour ses propos, et pour avoir donné l’exemple de la rébellion en portant les armes contre sa patrie, et en se travestissant en homme pour mieux exécuter ses desseins.

Des « jugements » à l’issue aléatoire

Un Commandant de bataillon de la garde nationale réclamait auprès du tribunal la liberté de son frère. Il avait laissé son épée au corps de garde placé à l’entrée du tribunal. Les soldats la tirèrent par curiosité du fourreau. Malheureusement cette épée qui était ancienne portait l’empreinte des trois fleurs de lys. Aussitôt elle est mise sous les yeux des juges. Ce Commandant étonné, se trouble dans ses moyens de défense.

Tu venais, lui dit-on, réclamer ton frère, tu partageras sa prison et son jugement.

Un accusé du nom de Calas se présente. Étais-tu, lui demandent les juges, parent, de ces Calas que des Parlementaires ont fait rouer ? Sur l’affirmative :

Sois libre, lui dit-on, ton parent te sauve.

Un autre évita la mort par une réponse unique à tout ce qu’on lui demanda. Elle se bornât aux deux mots : Comme vous.

— Aimes-lu l’argent, lui demande-t-on ?

— Comme vous.

— As-tu porté les armes pendant le siège ?

— Comme vous,

— Es-tu patriote ?

— Comme vous.

Il fut acquitté.

Une jeune fille, au milieu des transports du désespoir, entre dans la salle, et s’écrie :

Mes frères sont fusillés ; vous venez de faire périr mon père ; je n’ai plus de famille, que faire seule au monde ? Je m’y déteste ; mettez un terme à mon malheur ; de grâce faites-moi périr.
Elle était aux genoux des juges en leur adressant cette triste prière. Gourchand et Fernex firent paraître quelques mouve-mens de sensibilité.
Relevez-vous, jeune fille, dit l’un ; en vain vous nous demandez la mort ; nous voudrions bien vous accorder votre demande, mais nous ne le pouvons pas.

On juge les prêtres et les religieuses

Tandis que la mort était à l’ordre du jour par le ministère de ce tribunal de sang, les accusés, parmi lesquels étaient des religieuses et des prêtres, y paraissaient avec cette intrépidité qui sait braver la mort et les bourreaux.

— Si votre devoir, disait un d’eux, est de nous condamner, obéissez à votre loi ; j’obéis aussi à la mienne ; elle m’ordonne de mourir et de pardonner à mes ennemis.

— Crois-tu à l’enfer, demandaient les juges au curé d’Amplepuy ?

— Comment en douter, dit-il, en vous voyant ?

Un autre prêtre croit échapper au trépas par l’athéisme.

— Crois-tu en Dieu, lui demanda-t-on ?

— Très-peu, répondit-il.

— Meurs, infâme, dit aussitôt le Président, et va le reconnaître.

— Que penses-tu de Jésus, demanda-t-on à un autre ? Il répond qu’il croit que sa morale a mis les hommes dans l’erreur.

— Court au supplice. Scélérat, lui cria-t-on : Jésus tromper les hommes ! lui qui leur prêcha l’égalité et qui fut le premier et le meilleur sans-culotte de la Judée.

De beaux exemples de piété filiale et d’amitié fraternelle

La piété filiale et l’amitié fraternelle s’immortalisèrent dans ces tristes circonstances par leur dévouement héroïque.

Le citoyen Badger, dont le frère malade des blessures qu’il avait reçues à l’affaire du 29 mai, était grièvement dénoncé, fut arrêté à sa place et conduit dans la prison. Un mot pouvait le rendre à la liberté, à la vie. Il se tut, fut condamné, et marcha gaiement au supplice.

Les deux frères Bruyset, imprimeurs-libraires, tous deux jouissant d’une probité exemplaire, furent incarcérés, comme ayant participé à la défense de Lyon. L’aîné s’était chargé du papier-monnaie, dit billet de siège obsidional. Sa signature était même apposée au bas de ces billets. Malade, il fut mis dans une infirmerie. Le frère cadet fut mis en jugement. On lui présente les billets et la signature. Il répondit que cette signature était bien celle de Bruyset. Ce peu de mots équivoques suffit au tribunal pour éclairer leur conscience. Ils l’envoyèrent à la mort. Ce trait de générosité devient encore plus sublime, si l’on considère que ce Citoyen en se sacrifiant pour son frère qu’une maladie avait fait transporter dans un hospice, s’arrachait à sa femme et ses enfants, qu’il a laissé en mourant au soin de son frère. Certainement l’ingratitude, dans une pareille circonstance, serait un grand crime.

Ce dernier trait eut lieu à l’occasion de l’évasion des prisonniers de la cave dite la mauvaise Cave ; c’était là que l’on déposait les condamnés avant que de les conduire au supplice. Ceux qui étaient sortis du tribunal la veille de la décade, attendaient jusqu’au surlendemain pour subir leur mort ; car, les décades, les tribunaux et les exécutions étaient suspendus, et les autorités existantes donnaient des fêtes au peuple, qu’ils préparaient par leurs discours féroces aux scènes sanglantes qui devaient se succéder rapidement dans le cours de la décade.

À la faveur de cet intervalle, un détenu avait projeté son évasion. Il reçoit par un soupirail tous les instruments nécessaires pour l’effectuer ; et la nuit qui devait précéder leur supplice, il fut exécuté au milieu des plus vives alarmes et des obstacles qui eussent été insurmontables pour tout homme qui n’eût pas eu la certitude de la mort. Quinze échappent.

Couchoux fils vient briser les chaînes de son père octogénaire, et dont les jambes enflées et ulcérées ne lui laissent pas la liberté de jouir de cet avantage :

Fuis, mon fils, lui dit-il, si tu en as l’occasion et le temps ; fuis à l’instant, je te l’ordonne : pour moi, je ne puis te suivre, j’ai assez vécu. Bientôt mes peines seront finies : la plus grande disparaît, si je te crois sauvé.
Son fils insiste et l’assure qu’il ne quittera pas la prison sans lui, et que par son refus il va causer la perte de l’un et de l’autre. Enfin, le père se décide, il se lève ; et appuyé sur son fils, il s’avance vers l’escalier. Il ne peut soulever ses jambes : alors le fils, âgé seulement de vingt-deux ans, et d’une faible complexion, le prend sur ses épaules, et gagne avec ce précieux fardeau la barrière. La nuit acheva de couronner leurs efforts ; ils sortent de la ville.

Autres terribles anecdotes

Cette mauvaise cave, continuellement habitée par le sombre désespoir, en portait l’empreinte sur ses murailles. Ici il y avait crayonné :

Dans cent trente minutes je n’existerai plus : j’aurai vu la mort ; quelle soit bénie ! n’est-elle pas mère du repos ?

Près de la porte on lisait ces mots :

Juges barbares, vous vous êtes trompés en croyant me punir : la fin de mes jours est la fin de mes maux ; vous êtes mes véritables amis.

Plus loin, la sombre mélancolie avait esquissé ses sinistres pensées sur l’existence et le néant. Le désespoir y laisse des traces encore plus funestes. Un citoyen veut hâter le moment de son supplice ; un verre de bouteille est l’instrument dont il se sert pour délivrer son corps : il y fait plus de trente blessures pour s’ouvrir les veines. On le trouva, le matin, baigné dans son sang, et le tribunal le fit conduire sur un matelas, sous l’échafaud de la guillotine.

Un des malheureux condamnés, nommé Grivet, fut oublié dans la cave ; il y passa quatre jours, vivant des restes qu’avaient laissé ses infortunés compagnons. Au bout de ce terme, le geôlier amène une nouvelle victime, et recule d’effroi en apercevant Grivet. Il appelle aussitôt la sentinelle, et crie à l’inconnu :

— D’où viens-tu ?

— Je ne suis pas sorti d’ici, répond Grivet ; on a sans doute conduit à la mort tous mes compagnons d’infortune : on ma oublié, c’est un malheur, car je n’existerais plus ; mais il va être réparé, puisque je te vois.

Le geôlier alla raconter ce fait au tribunal, qui fit monter Grivet, et l’interrogea. Il parla du profond sommeil où il était plongé lors du départ des autres condamnés et le tribunal, par l’effet d’une contradiction sans exemple, jugea à propos de le mettre en liberté.

Un stratagème, bien conçu a souvent sauvé son inventeur. Le sculpteur Chinard, proscrit pour avoir servi pendant le siège, de concert avec quelques amis, se fait arrêter au district, s’étant saisi de quelques papiers inutiles. On le livre à la police correctionnelle, comme filou. Ce tribunal le condamna à un an de détention : c’était son principal vœu, à l’aide d’un faux nom qu’il avait pris lors de l’instruction de cette affaire, et d’un énorme bonnet qui lui couvrait la moitié du visage. Il resta ignoré dans cet asile pendant tout le temps que durèrent les massacres.

 Comment tuer toute cette foule ?

La guillotine ne suffit pas

La guillotine n’avait pas rempli le vœu des bourreaux ; la fusillade et le canon chargé à mitraille furent choisis de préférence, pour vomir la mort à grands flots.

Les Représentants du Peuple craignaient d’ailleurs que la grande quantité de sang qui inondait la place des Terreaux, ne finît par irriter le peuple. On avait cependant creusé sur la place différents fossés pour y recueillir le sang.

On transporta donc ailleurs le théâtre du carnage ; et pour étayer cette nouvelle forme de donner la mort, les Représentants dirent au peuple que sa vengeance n’était pas assez prompte, que ses ennemis devaient périr en masse, et que la foudre seule pouvait hâter la destruction de ses ennemis.

Ronsin, général de l’armée révolutionnaire, écrivit à la société des Cordeliers de Paris les moyens prompts qu’on allait employer pour se débarrasser en masse des contre-révolutionnaires, et que le Rhône, teint de leur sang, irait annoncer aux fédéralistes du Midi leur destruction.

On exécute au canon 71 condamnés

Soixante-onze individus, choisis dans toutes les classes et dans tous les âges, attachés deux à deux ; traversent la ville, au son d’une musique guerrière, et arrivent aux Brotteaux.

Une allée bordée d’arbres, et sur les côtés de laquelle on avait creusé des fossés parallèles, pour recevoir les corps des morts et des mourants, des soldats bordaient de chaque côté la ligne, et menaçaient du sabre et du fusil ceux qui auraient tenté de s’écarter de la direction horizontale que le boulet devait parcourir pour terminer leurs jours.

Garrottés deux à deux, et à la suite les uns des autres, les condamnés voient d’un coup-d’œil la tombe qui les attend, et les farouches Exécuteurs qui s’apprêtent à les y précipiter ; ils entendent la manœuvre du canon. Quel raffinement de cruauté ! on étend leur supplice au-delà même de la mort.

Au milieu de ces terribles apprêts, les jeunes gens offrent de concert et spontanément leurs derniers hommages à leur patrie, sans murmure et sans faiblesse, tous font entendre ce généreux refrain :

Mourir pour sa patrie, Est le sort le plus beau, le plus digne d’envie.
Ils allaient le recommencer ; l’horrible décharge vint les interrompre. Les bouches d’airain ont vomi la mort…..Mais que dis- je ! plût au ciel qu’ils l’eussent vomie ! Le canon et la mitraille dispersent dans les airs des membres fracassés, et laissent sur le champ du supplice un tronc douloureux.

On entend les cris plaintifs et les gémissements prolongés de ces infortunées victimes. Elles conjurent leurs bourreaux de terminer leurs souffrances. Elles invoquent une seconde décharge plus sûre et plus meurtrière.

Mais les malheureux n’ont pas le choix du supplice. On leur envie jusqu’à la consolation d’une mort prompte et dégagée des horreurs qui l’environnent. Leurs convulsions ne sont pas à leur terme.

Ces farouches soldats, que ces juges-bourreaux façonnent à toutes les exécutions militaires, couvrent, par le feu de leur armes dirigées sur ces victimes, les plaintes et les gémissements qui s’exhalent dans les airs.

Ensuite le sabre à la main et la baïonnette en avant, ils s’avancent et plongent le fer dans le sein, dans toutes les parties du corps de leurs victimes ; le sang jaillit à grand flots, et les cadavres déchirés par la mitraille ou hachés par l’acier assassin, s’entassent pêle-mêle, et vont ensanglanter le Rhône.

C’était de la prison de Roanne qu’étaient sortis ces soixante-neuf jeunes gens.

On fusille 209 condamnés

Deux cent neuf autres malheureux, extraits du même endroit, et jugés en masse le même jour, sont conduits aux Brotteaux, au milieu de nombreux bataillons de gardes et de gendarmes.

À chaque arbre d’une allée de saules, était fixée une longue corde à laquelle on attache chaque condamné avec celle qui lui comprimait les mains derrière le dos.

À mesure qu’on lie ces victimes aux arbres, un piquet, plus ou moins nombreux, placé à quatre pas en avant, attend l’ordre de les fusiller.

Combien furent longues et douloureuses leurs angoisses, avant que le dernier de ces malheureux eût été fixé à l’arbre dont il ne devait plus être séparé que mort ou mourant.

Le signal se donne, et le plomb atteint les victimes.

Mais cette décharge opérée par des hommes peu experts dans le maniement des armes, ne fit que prolonger leur supplice. On voit la plupart de ces malheureux tomber, se relever, et le visage couvert de boue, de sang et de meurtrissures, tous font entendre cette affreuse prière :

Achevez-moi…. mes amis, ne m’épargnez pas.

Par leurs cris, ils cherchent à fixer l’attention du soldat, et soulèvent une tête languissante. Ils lui montrent le sein sur lequel il doit diriger son feu. Le supplice de ces deux cent neuf individus se prolongea à raison du nombre des victimes.

L’ex-constituant Merle, maire de Mâcon, avait eu le poignet emporté par une balle. Ce coup avait brisé ses liens. Il fend aussitôt la presse qui s’ouvre pour lui livrer le passage. Les volontaires et les dragons qui protégeaient ces tristes expéditions, l’avaient vu fuir sans se mettre en peine de le poursuivre. Mais quelques cavaliers révolutionnaires se détachent, l’atteignent et l’achèvent à coups de sabre. Cette exécution finie, on dépouilla les corps et on les jeta dans de profondes fosses où on les couvrit de chaux.

On voulut les compter ; il s’en trouva deux cent dix au lieu de deux cent neuf. Une des victimes était parvenue à s’évader, et l’on ne savait à quoi attribuer cette augmentation de cadavres, lorsqu’on se rappela que, tandis qu’on garrotait les détenus dans la cour des prisons de Roanne, deux commissionnaires avaient été saisis ; en vain ils avaient élevé la voix, et offraient de prouver qu’ils ne se trouvaient dans l’intérieur de cette prison qu’à cause des occupations mercenaires qu’ils remplissaient journellement à l’égard des prisonniers. On fut sourd à leurs réclamations. Ils furent liés et poussés jusqu’au lieu de l’exécution à coups de bourrades ; ils y avaient trouvé la mort.

Le choix des victimes fait avec tant de négligence, causa la mort de plus d’un individu que l’on enleva souvent sans prendre aucune information sur l’existence d’un jugement. Le citoyen la Révolière fut arraché de son cachot, pour être conduit à la fusillade. Il a beau dire qu’on se méprend, qu’il n’a pas été interrogé, qu’il n’a même encore paru devant aucuns juges ; on l’entraîne au supplice.

 Tortures psychologiques

Les décisions du tribunal sont mal exécutées

Il y avait deux caves distinguées par le nom de bonne et mauvaise caves, où l’on déposait les détenus. Un signe démonstratif du Président du tribunal indiquait au geôlier dans laquelle des deux il devait conduire un accusé.

Il est cependant arrivé qu’une méprise de la part de ces guichetiers, ou leur défaut d’intelligence précipitèrent plus d’une fois, indifféremment, dans la mauvaise cave, ceux que le tribunal avait désignés pour la bonne.

On joue avec l’espoir et le désespoir

Cependant, ceux qui avaient le bonheur de s’y voir conduits n’étaient pas encore à couverts de la rage de leurs juges. Toutes les décades un guichetier venait retirer un ou deux d’entre eux, pour les fusillades. Ainsi le tribunal mêlait à l’espérance de la liberté les funestes appréhensions du trépas.

Les « patriotes » eux-mêmes ne sont pas épargnés

Un citoyen détenu dans la bonne cave, entend un jour retentir son nom sous ces sinistres voutes. Il avance ; ses malheureux compagnons lui donnent le dernier témoignage de leur sensibilité, en lui serrant la main.

Ce citoyen, nommé Laurenson, Officier municipal de Mornand, espérait sa prochaine liberté. Sa Commune lui avait fait passer une réclamation énergique ; mais voyant ses dénonciateurs eux-mêmes se rétracter des accusations portées contre lui, et comptant déjà sur la liberté qu’on lui promettait, il avait mis dans sa poche la déclamation, comme pièce inutile.

Cependant on l’entraîne ; on l’attache aux détenus dévoués à la guillotine. Son esprit se trouble ; il prend pour un rêve affreux ce passage subit de la vie au supplice. Sa réclamation tombe à ses pieds ; je n’ai pu, dit-il à un gendarme qui la ramasse présenter ce mémoire aux juges ; je ne périrais pas s’ils l’avaient lu.

L’officieux Gendarme fend la presse, et se transporte sans perdre de temps, au tribunal. Sur le vu de cette pièce, les Juges ordonnent la réintégration du Condamné dans les prisons, s’il en est encore temps.

Le Gendarme court à la place des exécutions. Une minute plus tard c’en était fait. Laurenson, que le hasard avait placé le dernier des quarante victimes, était déjà attaché à la planche fatale. Le Gendarme, tout essoufflé, crie d’arrêter, montre son ordre, et le malheureux est détaché. Sans connaissance et sans mouvement, on le porte dans la salle de l’hôtel commun. Pour le rappeler à la vie, on lui ouvre trois fois la veine.

Enfin il donne des signes d’existence ; mais sa raison est entièrement aliénée

Ma tête n’est-elle pas à terre ? demande-t-il dans l’excès de son égarement ; ah ! qu’on me la rende, qu’on me la rende…

Ne voyez-vous pas ce sang qui fume ? Il coule près de moi et sur mes souliers….

Voyez ce gouffre où sont entassés tous ces corps… Retenez-moi, je vais y tomber.

Ce spectacle remplit d’horreur et de pitié tous les assistants. Laurenson fut conduit dans un hospice de santé.

L’agonie d’une vieille femme

Une femme, âgée de quatre-vingts ans, nommée Martinon, malade au point de ne pouvoir marcher pour aller subir son jugement, fut jetée sur une charrette ; mais dans la crainte qu’elle ne vînt à rouler à terre, on l’étendit tout de son long, et au moyen de cordes, on la billonna avec force comme un ballot. En vain elle fait entendre des cris plaintifs ; plus sa douleur éclate, plus les barbares resserrent ses liens. Enfin, après quelques instants de marche, la charrette éprouve une secousse. Le ventre de l’octogénaire éclate, ses intestins sortent, elle expire.

Subversion

Au milieu du sang innocent qui fumait de toutes parts, la Commission militaire voulut paraître n’écouter que la justice.

Par ses ordres, on arrêtait une infinité d’individus, de tout âge et de tout sexe, absolument étrangers aux événements de Lyon ; et, les jours destinés aux fêtes, ils étaient somptueusement conduits au milieu des cérémonies, et on proclamait solennellement leur liberté aux acclamations du peuple, et au bruit de l’artillerie.

On force les femmes par le chantage

Tandis que par cette artificieuse politique elle cherchait à éblouir le peuple, beaucoup de femmes honnêtes se voyaient forcée de faire le sacrifice de leur honneur entre les bras de ce qu’il y avait de plus hideux parmi les buveurs de sang, pour soustraire à leurs poignards ce qu’elles ont de plus cher.

Quelques-uns d’entr’eux, affichant une sévérité de mœurs républicaines faisaient un crime à ceux de leurs collègues qui se liaient avec des femmes nobles ; mais ils se disculpaient de ces liaisons anticiviques, en disant qu’ils voulaient par là ramener ces femmes nobles dans le giron de la République.

Les Représentants, de leur côté, cherchèrent à se débarrasser des importunités réitérées que tous les sentiments humains attachaient à leurs pas.

Trois femmes, dont deux réclamaient leurs maris, dont l’autre aussi jeune qu’aimable implorait en faveur de son frère, furent arrêtées dans l’appartement même des Représentants, qui les condamnèrent à être exposées pendant deux heures sur l’échafaud, comme importunes, et cherchant à les apitoyer sur le sort des détenus. La jeune fille toucha vivement un officier qui était de garde chez les Représentants. Cet outrage fait à la vertu et à l’innocence, la lui fit accueillir à sa descente de l’échafaud. Il étudia à verser la consolation dans son âme, en l’assurant des Représentants ; et pour lui en donner une preuve incontestable, il lui demanda sa main, et l’obtint.

Cependant Laporte, l’un des députés, accorda la liberté d’un citoyen, à la sollicitation de son épouse, femme d’une grande beauté. Soit reconnaissance, soit que ce fut un prix exigé d’elle, en échange de la faveur qu’elle venait d’obtenir, elle divorça et partagea sa couche avec ce Représentant, après l’avoir épousé.

 Le vrai visage des Représentants

Sans doute on ne pensera pas que les vertus républicaines, portées mêmes au plus haut degré d’austérité, aient jamais présidé à la conduite de ces odieux Ministres de la Convention et de la mort.

Les preuves d’immoralité qu’ils ont fait éclater pendant le cours de leur mission ; leur faste asiatique dans une ville dont ils dirigeaient la démolition, contrastaient autant avec les principes de sans-culotisme qu’ils prêchaient au peuple, que leurs mitraillades, sans cesse renouvelées, avec ceux d’humanité, de justice, dont ils osaient aussi proférer quelquefois, ou plutôt blasphémer les noms.

Café, sucre, vins, liqueurs, mets exquis, tout était mis en réquisition pour leur gourmandise ; ce que les magasins conservaient encore de plus recherché en bas de soie, en étoffes de toutes les espèces, les ameublements les plus riches, les hôtels les plus fastueux leur appartenaient du droit de préhension ; et il n’en coûtait à leur mollesse et à leur cupidité toujours insatiables que de désirer. Un ordre à la Commission suffisait, et par sa complaisance sans bornes, elle s’empressait d’acheter l’impunité de ses brigandages personnels et de son luxe effréné.

La Commission temporaire s’était aussi emparé pour se loger, des plus belles maisons de la rue Sainte-Catherine ; et, comme si elle eût voulu immortaliser son affreuse résidence dans cette ville, elle changea le nom de la rue qu’ils habitaient, en celui de commission temporaire : par la position de cette rue, des bâtiments très-élevés masquaient à ces bourreaux la place des Terreaux où l’échafaud était dressé. Ils ordonnèrent la démolition de ces maisons, toutes à cinq étages et bâties en pierre de taille, et menacèrent de la peine de mort, si sous huit jours, elles n’étaient pas abattues.

Plus de deux cents locataires n’eurent que quelques heures pour déménager. Il fallait voir ce tableau. Des femmes, des enfants avec des paquets sur le dos. D’autres traînant des fardeaux ; les petits enfants attachés aux jupons de leurs mères.

L’empire qu’ils exerçaient sur les habitants était tel, que nul citoyen ne pouvait extraire aucun objet de son domicile. C’était avec des peines infinies qu’on parvenait à livrer son linge à une blanchisseuse. Il fallait un laissez-passer de la Commission qui vérifiait d’abord les paquets ; et si les effets étaient de quelque valeur, ou le linge un peu fin, il se les appropriaient, en disant que les aristocrates seuls pouvaient s’en permettre l’usage ; que c’était au-dessus des besoins du régime de l’égalité, et qu’ils seraient plus utilement employés en les destinant pour les défenseurs de la République.

 Démolition de Lyon

La Convention accepte la démolition de Lyon par jacobinisme

Cette Commission présidait et ordonnait les démolitions.

Un arrêté qu’elle fit afficher indiqua les quartiers qui devaient disparaître sous le marteau destructeur. Cette opération devait être conduite avec la plus grande promptitude. Douze cents maisons devaient être renversées à chaque mois. Leur silence sur le temps que devait durer ce travail, inquiétait tous les citoyens qui craignaient qu’à la longue aucunes maisons ne fussent épargnées.

Lorsque cet arrêté eut été public à Paris, des citoyens ; qui se trouvaient au parquet du Procureur de la Commune (Chaumette) pour quelques intérêts particuliers, parlèrent sur cet arrêté, qu’ils dépeignirent comme très-impolitique. Ruiner cette ville, la plus forte et la plus riche de la France par ses fabriques, c’était certainement porter une secousse très violente au commerce en général. Les ennemis extérieurs, et surtout l’Angleterre, obtenaient par cette mesure un triomphe assuré sur l’industrie française.

Hébert, présent à cette discussion, fut d’un avis différent. Il prétendît d’abord que les arts et le commerce étaient les ennemis nés de la liberté. Que d’ailleurs, Paris devant être le point central de toute l’autorité publique, il ne devait pas exister une Commune assez puissante pour la rivaliser. Cette opinion, émanée de l’Auteur d’une Feuille ordurière portait le caractère de son ignorance et de cette provocation au meurtre et à la destruction, dont il avait toujours été le fidèle partisan. Le citoyen Réal, son substitut, était bien loin de partager son opinion.

Les Représentants ne crurent pas devoir s’opposer à cet arrêté. Ils laissèrent à la Commission toute la latitude pour qu’elle le fit exécuter. Ils indiquèrent seulement les quartiers dont les bâtiments devaient être rasés.

On détruit sans se soucier des habitants

Alors les maisons qui formaient la ligne depuis le pont de Change jusqu’à Pierre-Encise, disparurent. Les Représentants ordonnèrent ensuite la démolition des deux superbes façades de la place de Belle-Cour, afin, disaient-ils, d’humilier l’orgueil des Lyonnais.

On ne donna que deux heures aux habitants pour déménager. Qu’on se figure plus de mille locataires obligés de déménager en deux heures ! Des femmes infirmes, des femmes en couche, des enfants, des vieillards portant un paquet ou le traînant.

Les ouvriers arrêtés pour cette expédition se mirent sur-le-champ à l’ouvrage. Couthon, qui s’était fait porter sur la place, accompagné de Châteauneuf-Randon, donna le premier coup de marteau, en disant :

Je te condamne à être démolie au nom de la loi.

Sous la monarchie en France, les Rois, pendant 1400 ans, posaient les première pierres pour la construction des édifices publics ; et la première année du règne des Républicains de la Montagne de la Convention, des Législateurs donnent le premier coup de marteau pour les démolir : ce rapprochement est nécessaire.

Aussitôt chacun se presse pour sortir ses meubles. Cependant les ouvriers, en possession du faîte de ces maisons, en renversent les débris, au milieu des effets que leurs habitants en ont déjà extraits ; cette confusion ne pouvait s’éviter dans l’instant où l’on donnait si peu de temps aux uns, et où les ordres étaient si précis pour les autres.

On emploie quarante mille malheureux à démolir leur ville et leur gagne-pain

Le peuple, dont les anciens travaux étaient anéantis, embrassait avec plaisir ce genre d’occupation ; il y applaudissait avec d’autant plus de zèle, qu’il en retirait un grand avantage. Quarante mille âmes des deux sexes furent sans cesse occupées à ces démolitions. Leur grand nombre effraya les Proconsuls, au point qu’ignorant les moyens de pourvoir à leur nourriture, on leur promit les dépouilles des riches.

Ce nouveau gouvernement, avare de dépenses pour les établissements publics les plus essentiels, ne rougit pas de dépenser cinquante millions pour la démolition de cette ville.

En promettant au peuple de Lyon la dépouille des riches, on se modelait sur tout ce qui s’était passé dans les grandes cités. La Montagne d’ailleurs comptait si peu de partisans, qu’elle n’avait d’autre ressource que de démoraliser le peuple, et de le porter à toutes sortes d’excès en lui prodiguant ses assignats.

Tous les comités révolutionnaires de Lyon étaient composés de brigands et d’hommes ineptes. Leur conduite a été l’effet de l’impulsion qu’ils ont reçue de la Convention, des Proconsuls et de la Commission temporaire. Si ces institutions avaient existé deux ans de plus, elles auraient bouleversé l’Europe.

Le doute s’installe chez certains Sans-Culottes

Les sans-culottes en place quittèrent de leur côté leurs asiles modestes, pour venir habiter de superbes hôtels ; ils étaient tout étonnés de se trouver dans des appartements somptueux, décorés de glaces et enrichis par la peinture et la sculpture.

Quelques sans-culottes de bonne-foi convenaient entre eux qu’ils ne pouvaient pas toujours être si bien logés. Inquiets sur leur existence future, en voyant que la mort avait moissonné ceux qui les nourrissaient par leur travail, ils gémissaient en secret sur leur aisance actuelle et passagère ; d’autres arrêtaient de soumettre aux Proconsuls l’inquiétude qui les agitait ; ils en recevaient quelques paroles consolantes.

Soyez tranquilles, leur disait-on, le gouvernement fera travailler à son compte ; il établira une caisse ; vous aurez des fonds d’avance pour vous fournir de soie : vous fabriquerez et vous livrerez vos étoffes à un prix modéré. Continuez toujours d’habiter les appartements que vous occupez.

Quelques-uns de ces patriotes désignés sous le nom de sans-culottes, et dont les sentiments probes différaient entièrement de la conduite des révolutionnaires, osèrent témoigner aux Représentants leur douleur à la vue des excès qu’on se permettait sous leurs auspices et en leur nom, et toute l’indignation qu’ils vouaient à la Commission temporaire, ainsi qu’aux comités révolutionnaires : ils furent traités de modérés et incarcérés.

 Lyon crie pitié

Lyon, presqu’entièrement anéanti par les ravages de la bombe, et comme englouti sous ses propres décombres ; Lyon, veuf de la plus forte partie de son ancienne population, et réduit, par l’anéantissement de ses ateliers et de son industrie, à la misère et à tous les besoins, Lyon semblait pouvoir prétendre enfin à l’indulgence de ses bourreaux ; et quelques-uns de ses plus infortunés habitants vinrent, au nom de dix mille concitoyens, implorer de la Convention un regard de commisération.

Qui le croirait ?
-  trente mille Français moissonnés par le siège.
- Plus de 400 femmes en couches périrent de frayeur, ou par l’effet de la bombe : l’une de ces femmes étouffa son enfant avant que de se suicider ; une autre jeta trois de ses enfants dans le Rhône,et s’y jeta après ; un vieillard, à la nouvelle de la mitraillade de son fils, se pendit à une poutre ; une jeune fille de 16 ans se jeta par la fenêtre, d’un sixième étage.
- Soixante-deux individus périrent en travaillant aux démolitions, et
- 35oo emportés par la guillotine, la mitraille et la fusillade, n’étaient pas assez encore pour ces avides dévorateurs de l’espèce humaine.

Reverchon, Collot et leurs Coopérateurs de destruction accoururent à Paris combattre ce système de clémence que commandaient enfin tant de forfaits ; ils exposèrent toute leur conduite avec l’audace d’un tigre qui compte ses exploits par le nombre des cadavres qu’il a déchirés, et cette horrible conduite obtint de la Convention la sanction d’un Décret approbateur.

Les Députés de cette cité plaintive furent proscrits, et n’échappèrent que par la fuite à un décret d’arrestation, et par suite à l’échafaud.

 Le régime s’écroule

Consternation des révolutionnaires

Le 9 thermidor an 2 ( 27 juillet 1794 ), le supplice de Robespierre produisit l’effet de la foudre sur la totalité des citoyens.
- Dans le sein de la Convention fut proscrit le mot de terreur, mot si cher pour elle pendant dix-huit mois.
- Tous les partisans du régime révolutionnaire, tous ceux qui lui devaient leur existence, furent consternés, et tous les comités révolutionnaires les Tribunaux et Commissions militaires, employèrent leurs derniers moments à lutter comme un assassin de grand chemin, lorsqu’il voit la force armée sur le point de l’atteindre.

Les anciens tortionnaires se défaussent

Lyon, plus que toute autre ville, avait des plaies à fermer ; la presque totalité était comprimée depuis longtemps car les instruments révolutionnaires avaient frappé sans pitié la classe du peuple comme celle des riches.

Le Député Dupuis, fils, envoyé peu avant thermidor à Lyon, y fut à cette époque remplacé par Reverchon, qui n’était plus le Reverchon de la terreur. Après avoir été naguère l’ardent prosélyte de cet affreux régime, on le vit alors faire désarmer les terroristes ; cinq furent arrêtés comme complices de Robespierre, et partirent pour Paris en poste dans deux berlines à six chevaux. Ce voyage a coûté près de dix mille livres écus à la République.

Laporte avait également changé, et pour faire oublier les atrocités commises sous les auspices de la Convention et de ses comités, il rejeta tout sur les terroristes.

Boisset, qui lui succéda, doit se reprocher les égorgements commis dans les prisons de Lyon ; il était présent au massacre des prisonniers de Roanne. Les Assassins [les auteurs de représailles sans jugement (note de VLR)] disaient :

Nous vengeons nos pères, nos femmes, nos enfants
 ; il répondait,
cette vengeance est légitime, mais quelle se borne là.

Le régime de la terreur qui a couvert toute la France de cadavres, semble avoir eu une nuance de férocité de plus dans tout le Midi, et surtout à Lyon ; c’est dans ville que les scènes sanglantes commencèrent.

 La vengeance des jeunes gens

Chasse aux agents de la Terreur

Tous les jeunes gens qui avaient survécu à leurs pères, leurs frères, leurs épouses, leurs amis, attendaient le moment de se venger de tous ceux qui au nom des lois assassines, les avaient privés de ce qu’ils avaient de plus cher ; et ils enveloppèrent dans le vaste filet d’une proscription aveugle, tous ceux qui avaient occupés des places dans les comités révolutionnaires, les Commissions populaires, et les Municipalités sanguinaires, etc.

Publication des listes des dénonciateurs

L’on fit imprimer une liste de tous ceux qui avaient faits quelques dénonciations pendant les horreurs de Lyon ; et en face du nom des dénonciateurs, on lisait, sur une colonne parallèle, le noms des personnes dénoncées, et presque toutes par suite guillotinées ou fusillées.

La publicité de cette liste eut un effet incalculable ; elle rappela beaucoup de noms que l’on commençait à oublier ; et à l’aide de ce funeste mémorial, plusieurs jeunes gens allèrent chez ceux qu’ils croyaient devoir accuser de leurs malheurs, les faisaient sortir devant eux, comme pour aller à la Maison commune, et les égorgeaient ou les assommaient par derrière ; le cadavre attaché aussitôt à la première voiture qui passait était ainsi traîné aux bords du Rhône, où ils le précipitaient.

Ceux qui se portèrent d’abord à ces excès, se rappelèrent de la lettre de Ronsin aux Cordeliers de Paris qui leur annonçait que le Rhône irait porter dans la Méditerranée l’épouvante aux fédéralistes, avec les débris des conspirateurs de Lyon.

Les Citoyens de cette ville regardaient froidement traîner les cadavres ; ils ne voyaient que la disparition d’un de leurs assassins ; plusieurs d’entre eux encourageaient cette jeunesse impétueuse.

L’horreur appelle l’horreur

Mais, hélas ! faut-il le dire ? l’homme se dégrade aux yeux de l’Auteur de la nature, en voulant imiter les scélérats qui trempent leurs mains dans le sang.

Ajoutons que plusieurs voleurs se mêlèrent parmi ces prétendus vengeurs, et beaucoup de malheureux ne furent massacrés que pour être plus aisément dépouillés.

- Les tueurs se portèrent chez le nommé Richard, marchand de tableaux rue St.Dominique ; ne le trouvant pas, ils s’emparèrent, de sa fille âgée de dix-sept ans, la conduisirent en prison où elle fut massacrée.
- La femme Tabau, en l’absence de son mari, fut égorgée.
- La femme Jouve, Jacobine, l’une des furies de la terreur et la femme Jacob, éprouvèrent le même sort.
- Ils se transportèrent chez la citoyenne Roua, marchande de modes, la firent sortir dans la rue, et lui brûlèrent la cervelle à la porte même de sa boutique.
- Roux, officier municipal, Lafage, Fomex, Borgeret et Robas, furent aussi massacrés dans différentes circonstances.

On réussit à raisonner les jeunes gens

Beaucoup de bons citoyens représentèrent à plusieurs de ces jeunes gens l’horreur d’une pareille conduite,

— Vous ne vous rappelez donc pas, reprenaient-ils, la manière atroce avec laquelle ils ont assassiné et mitraillé nos frères, ils les conduisaient même à la mort au son de la musique.

— Vous dites vrai, leur répondait-on ; mais ceux sur lesquels vous vous vengez, ne sont pas les plus coupables. C’est la Convention nationale, qui la première a ordonné l’horrible boucherie de nos concitoyens.

— Mes avis ne doivent pas être suspects, ajoutait un citoyen avec l’accent de la plus vive sensibilité puisque j’ai perdu mon père et deux frères,puisque moi-même, je ne dois mon salut qu’à la fuite. Je ne voudrais cependant pas souiller mes mains du sang de mes assassins : je me repose sur la justice divine, qui tôt ou tard fait tomber sa verge de fer sur les coupables.

À ces mots, un jeune homme, comme agité par ses remords, s’écrie :

Ah ! Si j’avais eu le bonheur de vous entendre plutôt, je n’aurais pas à rougir aujourd’hui de bien des crimes ; oui : rougir. À chaque expédition où je me suis trouvé, j’ai éprouvé un frissonnement que je ne puis exprimer, je n’étais point né pour être un assassin, pour m’allier à certains hommes qui sans doute, n’agissent pas comme moi par désespoir, qui de sang-froid passent d’un massacre à une orgie ; et qui, dit-on, reçoivent cinq livres par jours.

Les autres gardèrent un profond silence.

 La question des responsabilités

Sur la responsabilité des tortionnaires

Désignons les vrais coupables. Si Boisset et Reverchon avaient parlé en particulier à ces jeunes gens, dont plusieurs, il faut l’avouer, croyaient exercer une vengeance légitime, nécessaire ; s’ils avaient tenté de fermer leurs cicatrices avec le calmant de la morale ; si, surtout, avec une généreuse franchise, ils leur avaient crié :

Arrêtez, Malheureux, les hommes que vous frappez ne sont pas les plus criminels ; ce sont nos lois qui armèrent leurs mains ; ce sont nos fureurs qui leur désignaient les victimes ; c’est la Convention qui a organisé l’affreux système d’extermination ; ces hommes n’ont-été que ses instruments aussi vils qu’elle était elle-même exécrable.

À ce noble aveu, garant d’un repentir sincère, et d’une prompte réparation de tous les forfaits révolutionnaires, quel Homme, assez aveugle dans ses ressentiments, n’eût senti le besoin du pardon, n’eût embrassé avec délices la douce espérance ?

Les anciens tortionnaires incriminent leurs agents

Mais tant de générosité ne convenait guère à ces Tyrans, si involontairement détrônés par le 9 thermidor ; entraînés malgré eux par l’opinion, désormais leur reine et leur juge, ils voulurent tromper sa justice, en lui livrant eux-mêmes leurs propres agents, et par ce sacrifice insuffisant, ils crurent échapper à son impassible vengeance qui déjà commence pour eux, et leur garantit l’éternelle exécration de la postérité.

Ce fut un spectacle bien étrange pour l’observateur, que l’effronterie avec laquelle les principaux Auteurs du terrorisme firent, après le 9 thermidor, un appel homicide contre leurs propres agents.
- Fréron arma lui-même contre eux la jeunesse parisienne ;
- Tallien se distingua aussi dans cette réaction, si inconséquente avec leurs anciens torts ;
- et leurs 73 collègues, qui avaient de longs ressentiments à satisfaire, ne secondèrent que trop activement ce nouveau système de terreur ; on attendait d’eux, du moins, un peu plus de générosité, mais ils n’aspirèrent à la puissance que pour se venger.
- Mercier, l’un d’eux, disait : Je ne mourrai pas content que je n’aie plongé un poignard dans le cœur d’un Montagnard.
- Cadroy, dans une proclamation qu’il fit le 28 floréal an 3 ( 15 mai 1795 ), eut soin de désigner comme seuls coupables de la tyrannie, les terroristes et Robespierre, mais n’eut garde de jeter le moindre soupçon sur la Convention.

Lâcheté des Tyrans qui laissent massacrer leurs anciens agents pour se dédouaner

L’un de ceux qui faisait le métier de tueur, montait seul dans la maison de celui à qui il voulait ôter la vie. Il le sommait de le suivre, et aussitôt qu’il était dans la rue, il l’assommait.

Pour l’ordinaire, ils se jetaient sept à huit sur les victimes, et le peuple traînait de sang-froid ces cadavres dans le Rhône ; ils en étaient quittes pour dire c’est un Mathevon : c’était le nom d’un ouvrier en soie, dont la famille a longtemps existé au milieu de je ne sais quel ridicule dont on la couvrait, au point que ce nom à jamais fameux, avait fourni autrefois le sujet d’une comédie. Pourquoi faut-il qu’il soit devenu le signal tragique des massacres les plus iniques, et toujours les plus odieux, puisqu’ils étaient sans l’aveu des lois ?

Le 16 floréal, an 3 (5 mai 1795) quelqu’un fit la motion au spectacle d’aller tuer aux prisons les terroristes. Une vingtaine d’individus, accompagnés d’un détachement armé se portèrent aux maisons des Recluses de St. Joseph et de Roanne.
- Quatre-vingt-quatorze détenus, parmi lesquels étaient trois femmes, furent massacrés.
- Dans une de ces prisons il y eut une défense opiniâtre, le combat fut sanglant, les prisonniers tuèrent douze des assiégeants, qui ne pouvant plus soutenir le combat, mirent le feu à la prison. Et l’on vit alors une malheureuse femme tenant son enfant dans ses bras se précipiter du haut d’une tour dans les flammes.
- Le Cousin du général Bonaparte fut égorgé 15 mois après, pour avoir tenu, un propos relativement aux assassinats qui se commentaient à Lyon.

Le Bureau central de cette ville fit arrêter douze à quinze individus prévenus d’assassinats : traduits au tribunal de Roanne, ils furent acquittés ; ils revinrent à Lyon, et des femmes sortirent au-devant deux avec des fleurs, ils allèrent au spectacle où ils furent couronnés.

Oh !…. humanité, pourquoi n’exerce-tu pas ta puissance consolatrice sur les âmes faibles ou méchantes !
- Pourquoi faut-il que les hommes se dévorent avec plus de de barbarie que les animaux, quand donc seront-ils bien convaincus de cette vérité écrite dans la nature, que la destruction de son semblable est un crime qui ne peut s’expier ?
- mais le plus grand de tous les crimes, celui que rien ne peut ni expier ni excuser, c’est la lâcheté d’un gouvernement qui protège ou tolère les assassinats.

Hélas ! voilà encore cent vingt-cinq victimes de cette Convention dévoratrice, de ces Sénateurs presqu’aussi funestes par leur faiblesse, qu’ils l’ont été dans leurs longues fureurs !

Louis-Marie PRUDHOMME (1797)

(Louis-Marie PRUDHOMME ; Histoire générale et impartiale des erreurs, des fautes et des crimes commis pendant la Révolution française à dater du 24 aout 1787 ; Tome VI, Paris, 1797, Convention nationale ; Tome II, pp. 1-76.)

Titre original du chapitre : Crimes commis à Lyon, sous le proconsulat de Legendre, Basire, Rovère, Robert-Lindet, Nioche, Gaultier, Vitet, Couthon, Laporte, Maignet, Collot-d’Herbois, Regnaud, Châteauneuf-Randon, Reverchon, Dubois-Crancé, Albitte, le prêtre Fouché (de Nantes), le prêtre Bassal, Alquier, Javogues, Boissy-d’Anglas, Méaulle, Dupuis fils, Cadroy, Despinassy, Poulain-Grandpré, Pocholle, Expert, Charlier, Boisset.

Notes

[1] Pendant qu’il dirigeait ce siège, un nommé Servan, aide-de-camp de Précy, pris dans une sortie, les armes à la main, fut jugé par une cour martiale, et condamné à être fusillé.

Source: Vive Le Roy