Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

samedi, 26 novembre 2011

Philippe Égalité

 

 

Louis-Philippe-Joseph d’Orléans (1747-1793)

 

Pourquoi existe-t-il des orléanistes ? Pourquoi ne croient-ils pas Philippe Égalité qui avoue être le fils d’un cocher ? « Vous savez bien, Mirabeau, que ces titres de prince et d’altesse ne me conviennent pas, que je les ai reniés depuis longtemps, et que, depuis longtemps ; je ne rougis plus de Montfort le cocher. » Pourquoi, eux qui ignorent le principe d’indisponibilité de la Couronne, ne reconnaissent-ils pas ses renonciations publiques ? « je déclare que je déposerai sur le bureau ma renonciation formelle aux droits de membre de la dynastie régnante, pour m’en tenir à ceux de citoyen français. » Ne serait-ce pas qu’à l’instar d’Égalité qui vote la mort de Louis XVI, ils sacrifient eux-aussi la monarchie traditionnelle de droit divin sur l’autel de l’idéologie ? « convaincu que tous ceux qui ont attenté ou attenteraient par la suite à la souveraineté du peuple méritent la mort, je vote la mort. » 

 

 Introduction de VLR

Philippe Égalité par Alfred Nettement, in La Mode, 5 novembre 1842.

AVERTISSEMENT : Tous les titres ont été ajoutés par VLR pour faciliter la lecture en ligne.

 Étapes de la vie de Louis-Philippe-Joseph d’Orléans

Nous allons faire de l’histoire. Nous mettrons nos deux mains sur notre cœur pour contenir la colère et l’indignation, si elles veulent s’en échapper. Nous laisserons de côté les malédictions et les flétrissures que la justice et le mépris public ont entassées sur la tête de celui qui échangea le nom de ses aïeux contre le sobriquet de Philippe-Égalité, et nous montrerons le personnage au lieu de le maudire ; nous raconterons sa vie, vous la jugerez.

Accordez-nous, mon Dieu ! tout ce qu’il faut de force, de courage, de patience, pour écrire sans mourir de dégoût et de honte, la vie de monseigneur Louis-Philippe-Joseph d’Orléans, né au Palais-Royal, le 13 avril 1747, mort sur l’échafaud, le 6 novembre 1793, sous le nom de Philippe-Égalité.

Dans ce récit nous ne parlerons pas seuls ; d’abord afin d’amener devant le ; lecteur des témoins qui déposent de l’exactitude de nos récits, ensuite pour nous soulager un peu du poids de l’horrible tâche que nous avons acceptée. Tacite, oui Tacite lui-même, ce terrible historien qui égalait la flétrissure aux attentats des criminels, et qui exécutait par effigie, dans ses pages vengeresses ; les monstres qu’il peignait, Tacite aurait reculé devant la pensée d’écrire une pareille vie. N’importe, nous allons le tenter.

On peut distinguer trois périodes dans la vie du duc d’Orléans :
- le temps qui précéda la révolution de 1789 ;
- le temps pendant lequel il essaya de conduire cette révolution et de la faire aboutir au but sinistre qu’il lui avait marqué ;
- le temps enfin où il ne fit que suivre le torrent révolutionnaire, en cherchant à se faire amnistier de sa naissance et de ses richesses par ses crimes. Ce sont les trois époques qu’il s’agit de dérouler devant vos yeux.

 Éléments de la personnalité du duc d’Orléans

Portrait du duc d’Orléans

Avant d’entrer dans ce récit, il ne sera pas sans intérêt de donner une idée du physique du prince. Les hommes aiment à savoir quels étaient les traits de celui dont on leur raconte l’histoire, et il leur semble qu’ils le suivent mieux travers les événements quand son visage ne leur est pas inconnu.

Sous ce rapport, comme sous tout autre rapport, la Providence avait été pleine de libéralités pour le duc d’Orléans. Outre qu’elle l’avait fait naître prince et maître d’une fortune immense, elle lui avait donné une haute stature et un visage beau et régulier.

Mais Philippe semblait destiné à abuser de tous les dons de la Providence.
- Son nom, vous savez ce qu’il en fit ;
- sa fortune, il la dilapida, et bientôt la débauche et l’ivrognerie eurent flétri sur son front le rayon de beauté que Dieu y avait mis.

Lorsque nous l’avons vu, dit un de ses biographes, l’agitation de son sang, échauffé et appauvri par sa manière de vivre, avait couvert son front de rougeurs et de boutons. Sa tête était presqu’entièrement dégarnie de cheveux, et l’on disait que ses courtisans se faisaient épiler pour lui ressembler. [1]
Ce front couvert de pustules, cette face rouge et marquée des stigmates du vice, firent dire à un contemporain : « que l’âme du duc d’Orléans transpirait à travers tous ses pores. »

L’amour du plaisir

Ses premières années furent données tout entières à la dissipation,
- à des plaisirs sans pudeur et sans retenue,
- à la licence des amours faciles et
- à de grossières orgies.

Toute femme qui permettait à M. le duc d’Orléans de la regarder en face, était déshonorée.

Le Palais-Royal, Mousseau, le Raincy, étaient déjà montrés au doigt par l’indignation publique, comme autant de Caprées.

On racontait des choses étranges, des banquets infâmes et des débauches honteuses dont ces lieux étaient le théâtre. Les orgies de la régence, qui étaient demeurées dans la mémoire des peuples, comme marquées d’un cynisme extraordinaire, se trouvaient égalées, surpassées. Le temps des roués semblait revenu.

Le duc d’Orléans, dit un historien de la révolution, avait manifesté, de bonne heure, des goûts pervers et des inclinations honteuses ; il était devenu le compagnon et l’ami de tous les seigneurs dégradés de ce temps.
Cela allait si loin, que lorsque Laclos, qui était un des familiers du prince, écrivit son cynique roman des Liaisons dangereuses, chacun crut que ce n’était pas son imagination qu’il avait consultée, mais ses souvenirs.

Les trois passions qui marquèrent ces premiers temps de la vie du duc d’Orléans, semblent avoir été
- l’amour du plaisir,
- la soif des richesses et
- un certain besoin de célébrité qui lui faisait rechercher les regards de la foule et lui prépara plusieurs fois d’humiliants échecs, car le duc d’Orléans n’avait point cette force de caractère qui permet de tenter les grandes entreprises ; il était même incapable d’arriver jusqu’à la célébrité, cette petite monnaie de la gloire.

Souvent ces trois vices, qui étaient les traits généraux de son caractère, se combinaient ensemble pour produire des fruits honteux.

La soif des richesses

Ainsi, il était de notoriété à la cour, qu’il s’était servi de ses orgies et de ses débauches pour abréger la vie de M. le prince de Lamballe dont la mort était pour lui une excellente affaire, attendu que, comme gendre du vertueux duc de Penthièvre, il devenait son unique héritier dès que le fils de ce prince avait cessé d’exister.

Le besoin de célébrité

Ses efforts pour acquérir de la célébrité, ne se signalèrent d’abord que par l’habileté qu’il mettait à conduire un attelage à travers les rues de Paris.

Cette habileté, plus digne d’un cocher que d’un prince, dit un historien, lui valut plus de railleries que d’applaudissements.
Cependant il tenta, dans une circonstance remarquable, d’attirer sur lui les regards de la foule, mais l’issue qu’eut cette tentative le couvrit de ridicule. Il avait demandé à monter dans un aérostat, lors des premiers essais qu’on fit de cette ingénieuse machine.
Au moment de s’élever, il eut peur, et sauta de la nacelle, lit-on dans les mémoires de cette époque, en bravant sans pudeur, les risées et les sarcasmes de la foule.
Ainsi, le duc d’Orléans sortait d’une témérité par une poltronnerie. C’est l’image de sa vie toute entière. Il devait commencer tous ses crimes par l’orgueil et les finir par la peur. Ce vice si peu princier, si peu français, était le fond de la nature du duc d’Orléans : sans force contre le péril, il n’avait de courage que contre le mépris.

Ce caractère qui n’appartient qu’à lui, dans notre histoire, devait bientôt se manifester dans une autre circonstance.

Pervertir

Quoique possesseur d’une immense fortune, dit un des biographes, qui le traite avec le plus de faveur, il fit des dettes en voulant la rendre plus considérable encore.

Le jardin de son palais était une promenade publique, seulement il fallait être vêtu décemment pour la fréquenter.

Il fit entourer ce jardin de constructions brillantes, afin de les louer à tous ceux qui se présenteraient, et il l’ouvrit à tout le monde, sans exception, de manière que l’on vit cette promenade bientôt couverte de la population la plus grossière et la plus perverse.

Au lieu de l’air pur et du bel ombrage que, pendant les jours d’été, les Parisiens venaient chercher dans les allées du Palais-Royal, ils ne trouvèrent plus, sous les nouveaux portiques, que l’exemple des mauvaises mœurs et les tableaux de la plus honteuse dissolution.

D’un autre côté, cette spéculation, qui avait ôté aux maisons voisines une partie de leur valeur et de leur agrément, mécontenta beaucoup de propriétaires, et elle donna lieu à quelques satires contre le duc. On le représenta dans le costume d’un chiffonnier ramassant des loques à terre (des locataires). Le duc d’Orléans ne fit que rire du mépris public. [2]

Il faut avouer que ces satires et ce mépris étaient loin d’être immérités.
Dans le jardin du Palais-Royal, dit un autre historien, le duc d’Orléans avait donné un scandale qu’aucun prince ne donna jamais ; la cupidité vint s’unir à la débauche, et d’Orléans osa lever un tribut sur la prostitution. Ce fut dans son palais que des maisons furent construites, et que le vice vint solder cette tourbe d’agents que l’infamie de leurs mœurs attachait à ce prince. [3]
Si l’on ajoute à cela que tous les amis du duc d’Orléans appartenaient à la faction des sceptiques et des athées, on reconnaîtra que la licence des mœurs, unie à celle des esprits et donnant la main à l’amour du lucre, faisait, en ce moment, de ce palais l’image de l’état social qu’on préparait à la France. Il ne s’agissait que de reculer les murailles de ces lieux honteux, jusqu’à leur faire contenir toute la société.

La pauvre princesse d’Orléans

Le prince qui agissait ainsi, et qui donnait asile à la débauche et à la prostitution, avait épousé, comme on l’a vu, la vertueuse fille du vertueux duc de Penthièvre. La duchesse d’Orléans souffrait des fautes et des torts de son mari, en attendant qu’elle eût à rougir de ses crimes. Elle était malheureuse, mais un noble sentiment de dignité lui interdit la plainte jusqu’au moment où le duc d’Orléans, introduisit le scandale de ses mœurs presque dans sa propre maison.

Nous voulons parler du jour où, aussi coupable comme père que comme époux, il n’hésita pas à donner pour gouverneur à son fils et à sa fille, madame de Genlis, qui passait dans tout Paris, pour sa maîtresse attitrée. Voilà quel était le respect qu’il avait pour la vertu de sa femme, pour l’innocence de ses fils et la pudeur de sa fille !

 L’ambition d’une vie publique

L’affaire du combat d’Ouessant

Jusqu’ici on n’a vu paraître le duc d’Orléans que dans sa vie privée qui devint publique à force de scandales ; sa vie d’ambition commença au combat d’Ouessant.

Il convoitait la survivance de la charge de grand amiral, qui appartenait au duc de Penthièvre, son beau-père ; pour se donner des titres à cette charge, il désira faire une campagne navale.

La guerre de l’indépendance de l’Amérique, qui avait amené une rupture entre la France et l’Angleterre, lui offrait une occasion naturelle de satisfaire ce désir ; il s’embarqua à bord du vaisseau le Saint-Esprit, qui faisait partie de la flotte du comte d’Orvilliers. Il devait arriver au duc d’Orléans dans cette circonstance, précisément ce qui lui était arrivé quand il avait voulu monter dans la nacelle d’un aérostat.

On raconta qu’au combat d’Ouessant, le 27 juillet 1778, où la marine française soutint sa renommée, le duc d’Orléans s’était caché à fond de cale pendant l’action.

Ce qu’il y a de certain, c’est que le vaisseau le Saint-Esprit n’obéit pas aux signaux que lui fit le vaisseau du comte d’Orvilliers, de tenir le vent pour empêcher les Anglais de passer, ce qui, selon l’opinion d’un grand nombre de contemporains, sauva la flotte anglaise d’une, entière destruction.

Ce fut à ce propos que la marquise de Fleury, dont le duc d’Orléans avait dit qu’elle était la femme la plus laide de la cour, répliqua, par ce mot qui fit fortune :

Monseigneur le duc d’Orléans ne se connaît pas plus en signalements qu’en signaux.
On comprend que la conduite du duc d’Orléans au combat d’Ouessant, n’était pas de nature à favoriser sa candidature pour la dignité de grand amiral.

Elle échoua. Mais le roi, voulant adoucir l’amertume d’un refus, le nomma colonel général des hussards.

Le duc d’Orléans vit dans cette faveur une sanglante ironie qu’il attribua à la reine, et ce fut, à partir de ce moment, qu’il lui voua cette haine implacable qui devait élever tant d’échafauds.

Du Franc-Maçon au chef de parti

Dès lors, il s’éloigna de Versailles, se plongea plus avant dans la débauche ; mais, en même temps, réunit avec une plus vive sollicitude, autour de lui, des hommes perdus de mœurs et d’honneur, mais d’un esprit hardi, conspirateurs de position, qui ne peuvent vivre que lorsque les sociétés meurent et qui, ayant besoin de tout confondre et de tout bouleverser, afin de trouver dans la perversité publique l’impunité pour leur vie privée, se montrent à la veille des révolutions comme les oiseaux de proie à la veille des batailles.

Le prince semblait se mettre en mesure pour jouer un rôle dans une situation que tout le monde commençait à prévoir. Il fit un voyage à Londres, et, en revenant de cette ville, affecta dans sa mise, dans ses goûts, dans ses manières une anglomanie qui était alors populaire. Il réussit aussi à se faire nommer grand-maître des francs-maçons de France, et cette vaste association secrète devint entre ses mains un puissant moyen d’influence.

En un mot, toutes ses actions, toutes ses paroles dénonçaient, chez lui, l’intention de se poser comme le chef des mécontents du royaume.

L’occasion s’offrit bientôt au duc d’Orléans de faire l’essai de ses qualités comme chef de parti. Après la convocation des notables, le roi s’était rendu au parlement pour faire enregistrer des édits financiers devenus nécessaires par la situation du trésor.

Dès le commencement de la séance, dit un historien de la révolution,le duc d’Orléans semblait en proie à une vive agitation ; ses traits étaient altérés.

Il prit la parole et demanda au roi si la séance présente était un lit de justice.

Le roi répondit que c’était une séance royale.

Alors le duc reprit : « Sire, je supplie votre majesté de permettre que je dépose dans le sein de la Cour la déclaration que je regarde cet enregistrement comme illégal. »

À la suite de cette protestation et de l’arrêt de la Cour qui le suivit, le duc d’Orléans fut exilé dans sa terre de Villers-Cotterets. Cette âme sans ressorts plia sous le poids de cette disgrâce peu sévère. Dans un séjour délicieux, habité par tous les plaisirs, il montra autant d’accablement que s’il eut été déporté dans une île déserte.
Le duc d’Orléans, dit M. Thiers, consigné à Villers-Cotterets, ne pouvait se résigner à son exil. Dépourvu à la fois de la dignité d’un prince et de la fermeté d’un tribun, il ne sut pas supporter une peine aussi légère, et, pour obtenir son rappel, il descendit à de misérables supplications envers la reine, son ennemie personnelle. [4]
Ainsi, cette tentative se terminait encore comme toutes celles que le duc d’Orléans avait faites. Il sortait de toutes situations difficiles comme il était sorti de la nacelle de l’aérostat : chez lui, c’était toujours la lâcheté qui avait le dernier mot.

Député de la Constituante

La convocation des États-généraux ouvrit une plus vaste carrière aux instincts pervers de M. le duc d’Orléans.

Ce ne fut pas sans peine qu’il se fit élire membre de cette Assemblée, et il fallut, pour ainsi dire, qu’il dérobât le siège qu’il obtint dans la Constituante, comme s’il devait, y avoir toujours quelque chose d’équivoque dans sa situation.

Quels que fussent tous ses moyens de popularité, lit-on dans la Biographie universelle [5], il n’était pas assuré de se faire nommer aux États-généraux ; mais le marquis de Livron, sa créature, s’étant rendu à Crespi, au moment des élections, comme pour visiter les bâtiments du prince, s’y prit avec tant d’adresse auprès des électeurs de la noblesse, que, malgré leur répugnance à se montrer en opposition avec la cour, il leur fit élire par acclamation le duc d’Orléans, qui, leur avait-il dit, n’accepterait certainement pas. Mais, peu de temps après, on vit, avec beaucoup d’étonnement, le prince venir lui-même à Crespi remercier et prêter serment.
Tel fut l’espèce d’escamotage politique à l’aide duquel le duc d’Orléans entra dans la Constituante.

 Révolutionnaire actif et conspirateur

Scènes pré-révolutionnaires

Deux jours avant la réunion de cette Assemblée, avaient éclaté les affreux désordres auxquels le pillage des magasins de Réveillon avaient donné le signal.

Parmi les figures patibulaires mêlées au peuple, dit le républicain Prudhomme, la police signala plusieurs paysans de la paroisse de Villers-Cotterets où le duc d’Orléans avait une belle propriété, et ceux-ci n’étaient pas les moins actifs.

Mais voici, une circonstance qui est encore plus remarquable.

La famille d’Orléans, allant au château de Villers-Cotterets, traversa l’émeute et fut extrêmement fêtée. On fit arrêter la voiture où se trouvait la duchesse pour l’applaudir. Cette princesse fut étonnée d’un accueil qu’elle n’avait assurément pas provoquée, car elle n’était rien moins qu’initiée aux projets ambitieux et sinistres de son mari. [6]

Ainsi, dans les scènes de désordre qui servirent de préambule à la révolution française, le nom et l’influence du duc d’Orléans paraissaient déjà. On lisait sa signature mal effacée au bas de ces premiers crimes, prélude de crimes plus affreux. La progression des crimes devait, en effet, rapidement marcher, et l’on allait trouver le nom du duc d’Orléans accolé à toutes les sinistres journées qui heurtaient déjà à l’huis de l’histoire comme pressées de commencer.

Le militant révolutionnaire

À peine entré dans l’Assemblée, il s’assoit au milieu des membres les plus révolutionnaires ; le coin duquel partent les motions les plus subversives et les plus incendiaires est publiquement appelé le Palais-Royal.

En même temps, par une coïncidence remarquable, toutes les insurrections, tous les assassinats se trament dans le jardin du Palais-Royal.

Ce furent dans les jardins du Palais-Royal que furent provoqués les premiers mouvements révolutionnaires, dit la Biographie universelle, toutes les émeutes s’y formaient ; c’est de là que partaient les rassemblements ; le plus important se forma devant le café de Foy dans la soirée du 12 juillet.

On porta le buste du duc dans les rues avec celui de Necker. Suivant divers rapports publiés sur cet événement, on le vit à Paris, dans son palais, applaudissant de ses fenêtres aux mouvements populaires, et bientôt après parcourant les rues en wisky, puis assistant aux Séances de l’Assemblée de Versailles.

Un historien de la révolution complète ainsi les détails :
Les discours les plus révolutionnaires étaient proférés dans les cafés et les jardins. Là, se rassemblaient tous les hommes perdus qui affluent dans la capitale pour cacher leurs crimes, et cette tourbe d’étrangers, misérable instrument d’une haine aveugle pour la France. Tel était le peuple du duc d’Orléans. On répandait, en son nom, l’or à pleines mains, pour solder toutes les infamies et tous les crimes.
Ce fut là que se réfugièrent les soldats révoltés qui avaient abandonné leurs drapeaux, et des témoins irrécusables ont affirmé avoir vu le duc d’Orléans jeter à ces déserteurs, qui s’enivraient avec des prostituées, des billets de caisse et de l’argent.

Le 14 juillet 1789

Toutes ces scènes de désordres précédèrent et amenèrent la journée du 14 juillet 1789, qui devait être fameuse par la prise de la Bastille.

Le duc d’Orléans, dit la Biographie universelle, était à l’Assemblée dans la journée du 14 juillet.

La veille de cette journée, des séditieux le désignèrent pour lieutenant-général du royaume, et au même instant, les couleurs vertes, arborées la veille furent foulées aux pieds et remplacées par le bleu, le rouge et le blanc, qui étaient les couleurs de la maison d’Orléans.

Voici comment Bertrand de Molleville raconte la suite de ces événements dans ses Mémoires :
En vertu des délibérations d’un comité dévoué au duc d’Orléans, et qui tenait ses séances au village de Montrouge, ce prince devait avertir le roi du danger de sa situation et lui demander la lieutenance-générale du royaume, ou en d’autres termes, la couronne.

Le duc se présenta dans la matinée à la porte de la chambre du roi et s’informa du baron de Breteuil, qui en sortait, s’il pouvait parler sa majesté.

Le ministre répondit que le roi ne voulait voir personne, mais que S. A. pouvait lui écrire si elle jugeait convenable, ou si elle le préférait, adresser sa lettre à lui, baron de Breteuil, qui la mettrait sous les yeux du monarque. Le duc préféra ce dernier parti.

Mais au lieu de réclamer la lieutenance-générale du royaume, il se contenta de prier le baron de Breteuil de solliciter pour lui la permission de passer en Angleterre, où il avait l’intention de se rendre, si les affaires prenaient une tournure fâcheuse. [7]

C’est que le génie de la peur était encore une fois apparu à Philippe-Joseph d’Orléans,
- comme le jour où il avait sauté de l’aérostat,
- comme le jour du combat d’Ouessant,
- comme le jour où il fut exilé à Villers-Cotterets,
- comme le jour où il se réunit au Tiers-État à la tête de la minorité de la noblesse et où, s’étant évanoui, il fut déshabillé, de sorte qu’on s’aperçut qu’il s’était plastronné ; précaution présomptueuse qui indiquait que le duc d’Orléans, se rendant peu de justice à lui-même, s’imaginait avoir un cœur à défendre.

Philippe semblait placé entre deux furies,
- l’ambition qui le précipitait dans tous les crimes,
- la peur qui le jetait dans toutes ses lâchetés. Il avait le désir de tous les attentats, mais c’était un désir stérile et impuissant ; il n’avait pas même le dernier des courages, celui du crime.

Les complices du duc d’Orléans, dit un historien déjà cité, l’entraînèrent au château dans la matinée du 15. Il s’agissait de saisir l’occasion des troubles de Paris pour le faire investir du titre de lieutenant-général du royaume. Mais le cœur lui faillit, il n’osa se présenter devant le roi.

Incapable d’être un chef de parti, ce lâche ambitieux, que poursuivait déjà le mépris de ses complices, n’était que le mannequin de la faction à laquelle il prêtait son nom et son or.

Le comble du déshonneur

Il est difficile, en effet, de se faire une idée du mépris où était tombé, dès cette époque, le duc d’Orléans. Les récits seraient trop pâles pour l’exprimer.

Voici comment un des écrivains les plus remarquables du Journal des Débats [8], l’a mis en action dans un ouvrage où il a essayé de rendre la physionomie de la première période de la révolution, avec ses mœurs, ses hommes et ses idées :

Au plus fort de ce silence, nous entendîmes le bruit d’une porte qui s’ouvrait à deux battants. Un homme entra en s’annonçant, dès l’antichambre, par des imprécations contre les valets.

Voilà ; dit Mirabeau, une voix qui parle ici plus haut qu’à la tribune ; on voit bien qu’il n’y a rien à dire ici.

À cette voix qui leur était connue, quelques femmes devinrent pâles et tremblantes.

Ne craignez rien, dit Mirabeau, ce n’est pas ici comme dans le souterrain du Raincy. Que vient donc chercher ici le premier prince du sang à cette heure ? je l’aurais cru en Angleterre ou couché dans un des mauvais lieux de son palais.

En relevant les yeux, le regard de Mirabeau tomba sur le nouveau venu ; c’était un homme de la taille la plus élégante, à la figure incertaine, au regard douteux et méchant. Il entendit Mirabeau et il ne rougit pas. Seulement, ses deux sourcils se contractèrent ; il chercha, de côté et d’autre, assez de soutiens et d’amis pour se mettre en colère. Mais, comme il n’en trouva pas, il se contenta de dire :

Vous savez bien, Mirabeau, que ces titres de prince et d’altesse ne me conviennent pas, que je les ai reniés depuis longtemps, et que, depuis longtemps ; je ne rougis plus de Montfort le cocher.

À ces mots, un sombre murmure parcourut et agita l’Assemblée. Mirabeau regarda le prince de la tête aux pieds, avec le sourire du plus profond mépris.

Messieurs et mesdames, ne le croyez pas, s’écria-t-il, il en a menti. Montfort arrive ici comme un quartier supplémentaire ; Montfort n’est ici qu’une prétention de plus. Il est étrange que cet homme se croie le droit de changer de nom, quand ce nom il l’a plus souillé que son père. Il est étrange qu’il vienne ici changer de père comme on change de livrée ; déshonorer un honnête cocher qui ne lui a rien fait et insulter sa mère, parmi nous, comme il a insulté sa femme, cette femme si vertueuse et si accomplie, qu’il a forcée de paraître tremblante et chrétienne dans une profane assemblée de francs-maçons.

Tel apparaissait le duc d’Orléans à un écrivain du Journal des Débats dans le commerce de la vie privée, lorsqu’il cherchait à rendre, sur la toile, cette physionomie mêlée de crimes et de vices, ce caractère pétri de sang et de boue.

L’acteur des journées d’octobre

Les crimes du duc d’Orléans devaient bientôt faire oublier ses vices, et la boue de ses mains allait disparaître sous le sang que virent couler les journées des 5 et 6 octobre. Il est impossible de nier que le signal de ces horribles journées qui faillirent tourner, quatre années plus tôt, la sinistre page du régicide, n’ait été donné par le duc d’Orléans. La Biographie Universelle, favorable, autant qu’on peut l’être, au duc, l’avoue elle-même.

Beaucoup de témoins, dit-elle, affirmèrent l’avoir reconnu dirigeant les assaillants et leur indiquant les issues. Il fut désigné plusieurs fois dans la procédure que le Châtelet commença, et les déclarations parurent tellement graves, que ce tribunal demanda que le prince fût dépouillé de son inviolabilité, pour être livré à la justice. L’Assemblée nationale nomma une commission ; mais le rapporteur Chabrou écarta tout ce qui était à la charge du duc et l’affaire en resta là.

On sait que, dans les journées des 5 et 6 octobre, il s’agissait d’assassiner la reine, et de forcer le roi par la terreur à quitter Versailles, après quoi on aurait fait nommer le duc d’Orléans roi par l’Assemblée.

La déposition qui a le mieux éclairci le but et la cause de cette journée est celle de M. de Virieu. M. de Virieu rapporta une conversation dans laquelle Mirabeau lui avait formellement déclaré qu’on avait déjà voulu une fois, à l’époque du 14 juillet, faire le duc lieutenant-général du royaume.

Sa timidité, avait continué Mirabeau, a fait tout manquer. Il n’a tenu qu’à lui, on lui avait fait son thème, on lui avait préparé ce qu’il avait à dire [9].
Voilà pour la cause et le but.

Quant à l’exécution, tous les historiens rapportent que les héroïnes de ces sanglantes Journées sortirent des repaires de la prostitution que contenait, en si grand nombre le Palais-Royal

Plusieurs des complices du Palais-Royal, dit encore un de ces historiens, ont revêtu des habits de femmes ; parmi ces hommes travestis on a reconnu Laclos et plusieurs familiers d’Orléans. Le duc d’Orléans lui-même avait passé la nuit du 5 à Paris ; il avait été vu à cheval à la Porte-Maillot, couvert d’une redingote grise et s’entretenant avec des hommes du peuple. Puis à Versailles, puis de nouveau à Paris dépêchant et attendant des courriers.

Enfin, quand le moment de l’action fut arrivé, le duc d’Orléans se décida à paraître ;

Les brigands se jettent sur les factionnaires, dit M. le vicomte de Conny ; Deshuttes, qui a respecté, jusqu’au dernier moment, l’ordre qui lui défend de faire usage de ses armes, tombe percé de mille coups. Son corps est déchiré en lambeaux, sa tête est suspendue au bout d’une pique. L’homme à la grande barbe, armé d’une hache, est à son poste.

Le duc d’Orléans paraît au milieu des bandes ; il porte à son chapeau une large cocarde ; il agite en riant la badine qu’il tient à sa main, il traverse lentement la foule qui s’ouvre en faisant retentir l’air de ces cris : Vive le duc d’Orléans ! Vive notre père d’Orléans ! Vive notre roi d’Orléans !

Cependant la grille de la cour s’ouvre bientôt à de nouvelles hordes. Le duc d’Orléans les conduit au grand escalier, leur indique de la main l’appartement de la reine et se dirige vers celui du roi [10].

Tout manqua encore une fois, selon la parole de Mirabeau, par la lâcheté du duc d’Orléans. Arrivé à là porte du roi, la peur le prit, et il n’osa entrer. Ce fut en apprenant cette nouvelle preuve d’une incurable pusillanimités, que Mirabeau proféra ce mot si connu :

Qu’on ne me parle plus de cet homme, il a l’âme d’un laquais.
Ce qui a fait dire à un écrivain républicain de nos jours, que Mirabeau insultait les laquais et flattait le duc d’Orléans.

Si le duc d’Orléans faiblit dans la partie du crime qui demandait de l’énergie, on peut dire qu’il se surpassa dans celle qui ne demandait que de la scélératesse.

Quand le cortège hideux qui ramenait à Paris, le roi et la reine, précédé d’égorgeurs qui portaient les têtes des gardes du corps coupées et dégouttantes de sang, passa devant la terrasse du château de Passy, un homme fut aperçu qui se cachait derrière des jeunes enfants et cherchait à voir sans être vu, c’était d’Orléans.

On avait osé amener ses fils et sa fille ; dit un historien, et les placer en première ligne pour les faire assister à la honte de la monarchie et au crime de leur père.

Un peu plus loin, dans les Champs-Élysées, un nouveau crime vint montrer que le duc d’Orléans n’avait pas abandonné la partie et qu’il s’essayait au régicide.

À l’endroit le plus élevé des Champs-Élysées, dit le républicain Prudhomme, une mère, à côté de sa fille, tomba morte d’un coup de feu. On remarqua que ce fut au moment où la voiture du roi passa devant cette femme. Les assistant virent bien que le coup n’était point adressé à cette infortunée ; on en voulait à un autre personnage plus important dans l’ordre politique. La majorité des spectateurs pencha à croire qu’une main orléaniste avait mal ajusté son arme. Sur la place de la Révolution, il fut tiré encore deux ou trois coups de fusil ; ils furent naturellement attribués à la même cause [11].

Pour couronner la conduite qu’il avait tenue pendant ces journées qui avaient vu la reine poursuivie dans son lit par des égorgeurs, les têtes des gardes-du-corps coupées et promenées, le roi et la reine ramenés à Paris par des bandes sanglantes, quatre tentatives de régicide, le duc d’Orléans fit illuminer le soir le Palais-Royal.

Fuite à Londres

Cependant la justice instruisait, le Châtelet demandait que le duc d’Orléans fût conduit sur les bancs des criminels ; le général Lafayette lui avait ordonné impérieusement de partir.

Le duc d’Orléans dont la vie était composée d’intermittences, de scélératesse et de lâcheté, fut atteint de ce mal ignoble de la peur, dont il était tourmenté, et s’enfuit à Londres, en demandant au roi, qui eut la générosité d’y consentir, de colorer sa fuite par une mission. Il n’échappait au mépris de la France que pour se trouver en face du mépris de l’Angleterre.

Quand le duc d’Orléans se rendit à Londres, disent les Mémoires du temps, Pitt affecta de partir pour la campagne, à l’instant où le prince arrivait ; le roi ne lui accorda que fort tard une audience de quelques minutes, durant laquelle il lui dit :

« Le roi de France ma donné connaissance des événements arrivés dans son royaume ; j’en suis sensiblement touché. Je n’ignore pas non plus l’extrême courage de la reine et son grand caractère. Je suis bien aise de témoigner ces sentiments au premier prince du sang de France ». [12]

Ajoutons que le peuple anglais, saisi aussi de mépris pour le fauteur des journées des 5 et 6 octobre, l’apostropha en plein théâtre, et le força à chanter le God save the King.

Le séjour du duc d’Orléans en Angleterre dura huit mois. Pendant ces huit mois, il ne cessa pas de correspondre avec ses complices. Il envoya son adhésion par écrit au serment civique du 4 janvier 1790.

L’instigateur de l’insurrection du Champ-de-Mars

Quand on prépara le Champ-de-Mars pour la fédération,

il se fit représenter par les prostituées et par ces misérables de toutes les classes, honte et fléau de la population parisienne. (Nous citons les expressions d’un historien.)

Bientôt après, il revint. La procédure du Châtelet, qui établissait d’une manière si terrible sa culpabilité, devint inutile, par suite du décret de l’Assemblée qui n’autorisa point sa mise en jugement

Dès qu’il est de retour, lit-on, dans la Biographie Universelle c’est-à dire, dès le 11 juillet 1790, les attaques contre les constitutionnels commencent ; les mots de traître Lafayettecirculent dans les clubs et dans les groupes, et le jardin du Palais-Royal devient le théâtre de violences de toute espèce.

Le peuple de Paris, excité, se jette dans le parti extrême de la révolution. Ce parti s’empare du duc, qui se livre sans retour à ce honteux esclavage.

Bientôt la présence du duc d’Orléans à Paris fut signalée par de nouveaux malheurs et de nouveaux crimes.

L’insurrection du Champ-de-Mars fut encore l’œuvre de ce prince.

Ce furent Laclos, son secrétaire, et Brissot, spécialement protégé par madame de Genlis, dit la Biographie universelle, qui rédigèrent la pétition ou adresse aux départements qui demandait que LouisXVI fût mis en jugement et déchu du trône.

Cette pétition devint le signal de l’insurrection du Champ-de-Mars réprimée par Bailly.

À ce témoignage on peut ajouter le témoignage de madame Rolland, témoin oculaire, et dont l’impartialité ne saurait être suspecte :

Laclos, dévoué à d’Orléans, dit madame Rolland dans ses mémoires, fit cette proposition aux Jacobins qui l’accueillirent, et près de qui elle fut appuyée par un détachement de quelques centaines de coureuses tombées du Palais Royal dans le lieu de ses séances. Je les y vis arriver.  [13]

Ainsi la sanglante journée du Champ-de-Mars qui coûta plus tard la vie à Bailly qui avait réprimé l’insurrection, avait été préparée et combinée par ce prince.

On peut dire que ce fut là le terme de la direction qu’il imprimait à la révolution.

 Révolutionnaire suiveur et apeuré

Depuis ce moment, il ne fit guère que suivre, cherchant toujours à ramasser une couronne dans le chaos sanglant de tant de crimes et de tant de fureurs, mais tremblant et éperdu devant le génie plus énergique des hommes dont il avait cru faire ses instruments, et qui ne se servirent plus de lui que comme d’un outil de corruption et de meurtre, qu’ils jetèrent quand ils n’en eurent plus besoin.

Le jouet de Danton

Après la répression de l’émeute du Champ-de-Mars, le duc d’Orléans, suivant son invariable habitude, avait été saisi d’un de ces accès de couardise, dans lesquels il retombait toujours, chaque fois qu’il avait fait quelque tentative nouvelle. Il déserta le club des Jacobins, et vint se présenter au club des Feuillans qu’on avait fondé, dans ce temps, pour défendre et maintenir tout ce qui restait de la monarchie.

Mais bientôt après, il retourna aux Jacobins qui ne gardèrent plus aucune mesure et qui commencèrent à prêcher l’insurrection de tous les peuples contre les rois, doctrine subversive qu’adopta l’Assemblée législative qui succéda, sur ces entrefaites, à la Constituante.

Le duc, pendant la durée de cette nouvelle assemblée, réunit autour de lui les hommes qui composaient la faction sanguinaire de Danton. On appelait indifféremment les dantoniens du nom d’orléanistes, les orléanistes du nom de dantoniens, et l’on est réduit à se demander si c’était le duc d’Orléans ou si c’était Danton qu’on insultait par cette confusion.

D’Orléans participa donc à tous les crimes de cette faction, tantôt par suite de cette damnable ambition qui continuait à brûler son cœur, tantôt par suite de la peur ignoble dont il était travaillé.

Danton connaissait les deux ressorts de ce honteux caractère. Dans toute parole qu’il lui adressait, il laissait percer le tranchant du fer de la guillotine et briller le cercle d’or d’une couronne volée, et il conduisait son esclave, moitié par terreur, moitié par une convoitise scélérate, à toutes les bassesses et à tous les attentats

Son renoncement pour lui et ses descendants au nom d’Orléans

Lorsque la journée du 10 août eut rendu Louis XVI prisonnier, lit-on dans la Biographie Universelle, Manuel, un des dantoniens, déclara au duc qu’il devait renoncer au nom de sa famille et accepter celui d’Égalité, qui lui serait proposé par la Commune de Paris.

Philippe accepta ce nom avec reconnaissance ; et, dans une lettre de remerciement, il déclara qu’on ne pouvait lui en donner un qui fût plus conforme à ses sentiments.

C’est à partir du 15 septembre 1792, que le duc d’Orléans prit le nom d’Égalité. Voici quelle était la teneur de l’acte de la Commune de Paris qui, sur sa demande, donnait ce nom à l’ancienne maison d’Orléans :

Sur la demande de Louis-Philippe-Joseph, prince français, le conseil-général arrête :

1) Louis-Philippe-Joseph et sa postérité porteront désormais pour nom de famille Égalité ;

2) le jardin connu jusqu’à présent sous le nom de Palais-Royal, s’appellera désormais jardin de la Révolution.

Son implication dans le massacre de la princesse de Lamballe

Quelques jours avant cette époque, c’est à dire dans les journées des 5 et 6 septembre, la princesse de Lamballe avait été égorgée.

Le duc d’Orléans, disent les Mémoires du temps, était animé contre madame de Lamballe de la double soif de la vengeance et de l’intérêt.

Depuis les journées d’octobre, madame de Lamballe lui avait exprimé tous ses mépris et avait refusé toute communication avec lui ; en la faisant tuer, il gagnait un douaire de cent mille écus qu’elle touchait sur la fortune de la duchesse d’Orléans, sa belle sœur ; la mort de madame de Lamballe fut son ouvrage .

Il importe d’ajouter qu’après avoir présenté la tête de la princesse de Lamballe au Temple, la troupe des égorgeurs vint planter la pique qui soutenait cette tête sous les fenêtres du duc d’Orléans.

C’était, dit un historien, l’heure où le prince allait se mettre à table ; il s’avança, examina froidement la tête et passa dans la salle à manger.

Le conventionnel

Bien peu de temps après, le 22 Septembre, il entrait à la Convention.

Le terme de sa carrière politique approchait. Il ne lui restait plus qu’un dernier acte à commettre, et il y marchait en chancelant sous le poids d’une double ivresse, celle de la terreur et celle de l’orgie.

Son palais était devenu un antre, dit la Biographie universelle, où tous les scélérats se donnaient tous les excès de la débauche.
Il avait pris la main de la révolution pour la conduire, et la main de fer de la révolution, broyant, dans sa redoutable étreinte, cette main sans vigueur, le traînait à sa suite.

La République avait été proclamée ; en vain Merlin, un des complices du duc d’Orléans avait voulu réserver aux assemblées primaires, le droit de rétablir la royauté. À mesure qu’on avançait sur cette fatale route, les espérances d’Égalité diminuaient, mais aussi sa peur redoublait et suppléait à l’espérance qu’il avait perdue.

C’est ainsi qu’il arriva jusqu’au procès de Louis XVI.

Sa renonciation au trône pour lui et ses enfants

Le 7 décembre, il écrivit une lettre dans le Moniteur, afin de démentir la clameur publique qui le dénonçait comme aspirant au trône.

Plusieurs journaux, disait-il dans cette lettre, affectent de publier que, dans le cas où Louis XVI ne serait plus, je suis placé derrière le rideau pour mettre mon fils ou moi a la tête du gouvernement.

Je ne crois pas, Messieurs, que vos comités entendent priver aucun parent du roi d’opter entre la qualité de citoyen français et l’expectative soit prochaine, soit éloignée du trône ; je conclus donc à ce que vous rejetiez purement et simplement l’article de vos comités, mais, dans le cas où vous l’adopteriez, je déclare que je déposerai sur le bureau ma renonciation formelle aux droits de membre de la dynastie régnante, pour m’en tenir à ceux de citoyen français. Mes enfants sont prêts à signer de leur sang qu’ils sont dans les mêmes sentiments que moi [14].

Le régicide jacobin

C’était ainsi que le duc d’Orléans cherchait à se faire oublier. Mais, comme l’a dit M. Thiers :

Il restait le souvenir ineffaçable de son ancienne existence, et le témoignage, toujours présent, de ses immenses richesses.

Les Jacobins n’étaient donc pas disposés à se contenter du témoignage d’humilité qu’il donnait. Il parlait, dans sa lettre, de signer sa profession de foi républicaine avec du sang ; c’est dans celui de Louis XVI qu’on lui ordonna de tremper la plume qu’on remit entre ses mains parricides.

Obligé de se rendre supportable aux Jacobins ou de périr, dit encore M. Thiers, il prononça la mort de son parent.

Les Mémoires du temps rapportent que le conseil du duc d’Orléans hésitait ; mais que Danton, instruit par Robespierre des irrésolutions d’Égalité, se rendit chez lui dans une des nuits qui précédèrent le fatal jour, et qu’il lui déclara qu’il fallait être régicide avec les Jacobins ou guillotiné avec Louis XVI.

Pour mieux épouvanter ce cœur lâche et pusillanime, on mit en avant une motion d’exil contre lui qu’on ne fit que suspendre.

Ce n’était point assez que de donner sa voix.

Lepelletier de Saint-Fargeau, dit un historien de la révolution, sur lequel les Jacobinsavaient jusque-là compté, avait entraîné vingt-cinq de ses amis à voter pour toute autre peine que la mort.

Tout paraissait perdu à la Montagne ; alors Danton court au Palais-Royal, et raconte à Égalité la défection de Saint-Fargeau. Il le subjugue, court de là chez Saint-Fargeau, l’entraîne au Palais-Royal, et là, Égalité, flattant son ambition, l’amena à cette horrible résolution, devant laquelle il reculait encore ; cet acte était l’arrêt de mort de Louis XVI.

Ainsi, la révolution, ce sinistre banquier de ce brelan de mort, se servait de la main de Philippe-Égalité, comme d’un râteau sanglant pour ramasser les votes régicides.

Le 16 janvier, un homme d’une pâleur livide, s’avançait vers la tribune et prononçait ces paroles condamnées à l’immortalité :

Uniquement occupé de mon devoir, convaincu que tous ceux qui ont attenté ou attenteraient par la suite à la souveraineté du peuple méritent la mort, je vote la mort.

Un murmure d’horreur parcourut l’Assemblée lorsqu’elle entendit Égalité, quoique l’assemblée s’appelât la Convention.

Les tribunes mêmes se turent, quoiqu’elles fussent là pour applaudir le crime.

L’attente de la révolution était surpassée.
- Égalité avait tenu la parole régicide qu’il avait donnée ; il vota contre l’appel, et vota contre le sursis.
- Il obéit en tout et jusqu’au bout ; s’il n’exécuta pas Louis XVI, c’est parce qu’on ne pensa point à l’exiger.

Le misérable ne pensait plus à régner, il pensait à vivre ; pour vivre, il se serait fait bourreau.

Le pardon du roi Louis XVI

Le roi Louis XVI fut guillotiné le 21 janvier 1793 sur la place Louis XV, et, pour se venger de ses bourreaux, le roi-martyr écrivait la lettre suivante à son frère Louis XVIII quelques heures avant son supplice :

Paris, le 20 janvier 1795.

Mon cher frère,

J’obéis à la Providence et à la force en allant porter sur l’échafaud ma tête innocente. Ma mort impose à mon fils le fardeau de la royauté : soyez son père et gouvernez l’État pour le lui rendre tranquille et florissant.

Mon intention est que vous preniez le titre de régent du royaume ; mon frère Charles-Philippe prendra celui de lieutenant-général.

Mais c’est moins par la force des armes que par une liberté bien entendue et des lois sages, que vous rendrez à mon fils son héritage usurpé par les factieux.

N’oubliez jamais qu’il est teint de mon sang et que ce sang vous crie clémence et pardon.

Votre frère vous en prie, votre roi vous l’ordonne.

Louis. (Note de l’éditeur.)

 La fin du duc d’Orléans

Son arrestation

Il ne régna point cependant. Bientôt après, le 21 janvier, les Jacobins livrèrent Philippe-égalité aux Girondins ; ils avaient pressé dans leurs mains ce déplorable prince comme une éponge imbibée de boue et de sang, et lui avaient fait rendre tout ce que sa bassesse et sa lâcheté contenaient de crime ; maintenant ils le rejetaient avec dégoût.

En même temps, le prince de Galles déchirait son portrait et Dumouriez le flétrissait de son mépris.

Ce fut pourtant la défection de ce général qui devint le prétexte de l’arrestation d’Égalité. On le comprit dans le sanglant anathème lancé contre la famille des Bourbons.

Ses anciens amis firent plus, ils demandèrent et obtinrent l’arrestation des personnes attachées à son service.

Merlin de Douai, un de ses conseillers les plus intimes, se trouvant frappé par le décret, déclara qu’il avait cessé d’avoir des rapports avec lui, dès le moment où il avait reconnu qu’il était un traître.

Le duc, conduit le 7 avril 1793, à la mairie par ordre de Pache, courut à l’Assemblée pour alléguer ses crimes et revendiquer sa honte.
- On ne pouvait pas le considérer comme un Bourbon, lui qui s’appelait Égalité,
- on ne pouvait le confondre avec la famille royale que l’on proscrivait, lui régicide.

Pour qu’aucun opprobre ne manquât au duc d’Orléans, une seule voix s’éleva en sa faveur, ce fut celle de Marat ! Cette protection acheva de le flétrir, mais ne le sauva pas.

Envoyé à Marseille, dans la nuit du 9 au 10 avril, le Tribunal des Bouches-du-Rhône le trouva innocent.

Le duc, cependant, continua a être détenu par ordre du Comité de salut public.

Sa condamnation à mort

On le conduisit à Paris, où il fût condamné à mort comme Girondin, par le Tribunal révolutionnaire, qui semblait avoir eu à cœur de trouver le seul crime dont Égalité fût innocent, afin de ne pas donner à la révolution, qui vivait de forfaits odieux, le spectacle d’un homme condamné pour ses crimes.

Un pauvre serrurier avait été condamné à mourir le même jour que Philippe-Égalité. Quand on voulut le faire monter dans la fatale charrette, il refusa obstinément.

Je suis condamné à mort, disait-il, c’est vrai, mais le Tribunal ne m’a pas condamné à aller à l’échafaud dans la compagnie et dans la même charrette que cet infâme scélérat d’Orléans.

Il fallut employer la force pour jeter le malheureux serrurier dans le tombereau. Ainsi le peuple, dont Philippe-Joseph d’Orléans avait voulu se faire l’égal, refusait, par la voix de cet ouvrier, d’accepter une flétrissante égalité, et de coudoyer les crimes de celui qui avait voulu coudoyer ses haillons.

 Conclusion

Telle fut la vie, telle fut la mort du duc d’Orléans.

Nous avons promis de garder jusqu’au bout notre sang-froid, nous tiendrons notre parole. Mais si l’on nous demandait pourquoi, le jour de l’anniversaire de sa mort, nous avons tracé ce portrait, un écrivain du Journal des Débats [15] nous fournirait pour répondre ces paroles qui serviront de conclusion à notre travail :

Pour figurer le crime, il ne s’offrait à moi que trop de modèles. J’ai pris le mien dans un palais, comme un effrayant contraste. J’ai choisi, et cette préférence lui est due, ce prince qui descendit tous les degrés de l’échelle sociale pour se faire peuple ; non le peuple qui travaille, mais le peuple rouge de sang et de vin, qui égorge pour égorger et rentre ensuite à la maison tranquille comme le bourreau qui a fini sa tâche.

Si ce prince, ce peuple, ce bourreau, se sont rencontrés dans un seul homme, pouvais-je laisser de côté un personnage d’une physionomie si franchement scélérate ?

Pouvais-je trouver quelque part un exemple plus frappant de folie et de méchanceté ?

Ce prince, qui n’a de droits qu’à l’impartialité, et que j’ai représenté tel qu’il m’a paru :
- avare et prodigue tout à la fois,
- débauché sans être voluptueux,
- qui ne laissa pas même au crime sa seule dignité, l’énergie ;
- homme qui n’osa jamais regarder un homme en face ;

ce prince, il est à moi, il m’appartient par tous les droits de l’histoire. Ses lâchetés, ses vices, ses orgies, ses fanfaronnades tout cela est de mon domaine.

Vous me demandez grâce pour lui : mais
- a-t-il fait grâce, lui ?
- A-t-il eu pitié de la plus belle des femmes, de la plus malheureuse des reines, de la plus contristée des mères ?

J’attache son nom au poteau infamant, dites-vous ? Mais n’a-t-il pas dressé l’échafaud où Marie-Antoinette est montée, traînée d’un bras par la haine, de l’autre par la calomnie.

Non, pour cet homme, je ne mentirai pas à ma conscience et à la vérité.

Ce qu’a dit l’écrivain du Journal des Débats est fort bien dit, et voilà précisément pourquoi, ce jourd’hui, 6 novembre 1842, quarante-neuf ans écoulés après le supplice du prince régicide, nous publions cette vie de Louis-Philippe-Égalité.

Alfred NETTEMENT (1842)

 

Notes

[1] Biographie annuelle, d’orléans.

[2] Biographie Universelle.

[3] Histoire de la Révolution, par M. de Conny.

[4] Histoire de la Révolution, par M. Thiers.

[5] Biographie universelle, d’Orléans.

[6] Histoire des crimes commis pendant la révolution française, par Prudhomme.

[7] Mémoires de M. Bertrand de Molleville.

[8] M. Jules Janin dans Barnave.

[9] Déposition de M. Virieu devant le Châtelet.

[10] Histoire de la Révolution.

[11] Prudhomme, Histoire des crimes commis pendant la révolution.

[12] Mémoires de madame Roland.

[13] Mémoires du temps.

[14] Moniteur.

[15] M. Jules Janin, préface de Barnave.

 

Source: Vive Le Roy

mardi, 07 juin 2011

Groupes réducteurs et noyaux dirigeants (suite et fin)


 Paroles de pape

Après l’annexe précédente, consacrée à un texte de Marc Sangnier, il est bon de citer ici quelques extraits de la lettre encyclique que le Pape, Saint Pie X, consacra aux doctrines sociales du Sillon, et à leur condamnation par l’Église.

Nous avons souligné certains passages, et porté des sous titres en marge, en vue de mieux faire ressortir les rapports avec le plan que nous avons adopté pour notre étude.

Extraits de la lettre encyclique sur le Sillon. Saint Pie X - Pape - 25 Août 1910

….. Le Sillons’égarait. Pouvait-il en être autrement ?

Ses fondateurs, jeunes, enthousiastes et pleins de confiance en eux-mêmes, n’étaient pas suffisamment armés de science historique, de saine philosophie et de forte théologie pour affronter sans péril les difficiles problèmes sociaux vers lesquels ils étaient entraînés par leur activité et leur cœur, et pour se prémunir, sur le terrain de la doctrine et de l’obéissance, contre les infiltrations libérales et protestantes.

Non, la civilisation n’est plus à inventer ni la cité nouvelle à bâtir dans les nuées

Le Sillon a le noble souci de la dignité humaine. Mais cette dignité, il la comprend à la manière de certains philosophes dont l’Église est loin d’avoir à se louer.

Le premier élément de cette dignité est la liberté, entendue en ce sens que, sauf en matière de religion, chaque homme est autonome.

De ce principe fondamental il tire les conclusions suivantes :
- Aujourd’hui, le peuple est en tutelle sous une autorité distincte de lui, il doit s’en affranchir : émancipation politique.
- Il est sous la dépendance de patrons qui, détenant ses instruments de travail, l’exploitent, l’oppriment et l’abaissent ; il doit secouer leur joug : émancipation économique.
- Il est dominé enfin par une caste appelée dirigeante, à qui son développement intellectuel assure une prépondérance indue dans la direction des affaires ; il doit se soustraire à sa domination : émancipation intellectuelle.

Le nivellement des conditions à ce triple point de vue établira parmi les hommes l’égalité, et cette égalité est la vraie justice humaine.

Une organisation politique et sociale fondée sur cette double base, la liberté et l’égalité (auxquelles viendra bientôt s’ajouter la fraternité), voilà ce qu’ils appellent démocratie.

… Et voilà la grandeur et la noblesse humaine idéale réalisée par la célèbre trilogie : Liberté, Égalité, Fraternité

Telle est, en résumé, la théorie, on pourrait dire le rêve, du Sillon, et c’est à cela que tend son enseignement et ce qu’il appelle l’éducation démocratique du peuple, c’est-à-dire à porter à son maximum la conscience et la responsabilité civiques de chacun, d’où découlera la démocratie économique et politique, et le règne de la justice, de l’égalité et de la fraternité.

Ce rapide exposé, vénérables Frères, vous montre déjà clairement combien Nous avions raison de dire
- que le Sillon oppose doctrine à doctrine,
- qu’il bâtit sa cité sur une théorie contraire à la vérité catholique et
- qu’il fausse les notions essentielles et fondamentales qui règlent les rapports sociaux dans toute société humaine.

Cette opposition ressortira davantage encore des considérations suivantes.

- … Au reste, si le peuple demeure le détenteur du pouvoir, que devient l’autorité ? Une ombre, un mythe ; il n’y a plus de loi proprement dite, il n’y a plus d’obéissance …
- … Un ordre, un précepte, serait un attentat à la liberté ;
- la subordination à une supériorité quelconque serait une diminution de l’homme, l’obéissance une déchéance.

Est-ce ainsi, Vénérables Frères, que la doctrine traditionnelle de l’Église nous représente les relations sociales dans la cité même la plus parfaite possible ?

Est-ce que toute société de créatures dépendantes et inégales par nature n’a pas besoin d’une autorité qui dirige leur activité vers le bien commun et qui impose sa loi ?

Le Sillon qui enseigne de pareilles doctrines et les met en pratique dans sa vie intérieure, sème donc parmi votre jeunesse catholique des notions erronées et funestes sur l’autorité, la liberté et l’obéissance.

Il n’en est pas autrement de la justice et de l’égalité. Il travaille, dit-il, à réaliser une ère d’égalité, qui serait par là même une ère de meilleure justice. Ainsi, pour lui, toute inégalité de condition est une injustice ou, au moins, une moindre justice ! Principe souverainement contraire à la nature des choses, générateur de jalousie et d’injustice et subversif de tout ordre social …

Il en est de même de la notion de fraternité, dont ils mettent la base dans l’amour des intérêts communs, ou, par delà toutes les philosophies et toutes les religions, dans la simple notion d’humanité, englobant ainsi dans le même amour et une égale tolérance tous les hommes avec toutes leurs misères, aussi bien intellectuelles et morales que physiques et temporelles.

Or, la doctrine catholique nous enseigne que le premier devoir de la charité n’est pas dans la tolérance des convictions erronées, quelques sincères qu’elles soient, ni dans l’indifférence théorique ou pratique pour l’erreur ou le vice où nous voyons plongés nos frères, mais dans le zèle pour leur amélioration intellectuelle et morale non moins que pour leur bien-être matériel…

… Non, Vénérables Frères, il n’y a pas de vraie fraternité en dehors de la charité chrétienne, qui, par amour pour Dieu et son Fils Jésus-Christ notre sauveur, embrasse tous les hommes pour les soulager tous et pour les amener à la même foi et au même bonheur du ciel. En séparant la fraternité de la charité chrétienne ainsi entendue, la démocratie, loin d’être un progrès, constituerait un recul désastreux pour la civilisation…

… Eh quoi ! on inspire à votre jeunesse catholique la défiance envers l’Église, leur mère ; on leur apprend
- que depuis dix-neuf siècles, elle n’a pas encore réussi dans le monde à constituer la société sur ses vraies bases ;
- qu’elle n’a pas compris les notions sociales de l’autorité, de la liberté, de l’égalité, de la fraternité et de la dignité humaine ;
- que les grands évêques et les grands monarques, qui ont créé et si glorieusement gouverné la France, n’ont pas su donner à leur peuple ni la vraie justice, ni le vrai bonheur, parce qu’ils n’avaient pas l’idéal du Sillon !

Le souffle de la Révolution a passé par là, et nous pouvons conclure que si les doctrines sociales du Sillon sont erronées, son esprit est dangereux et son éducation funeste.

 Que faire, en présence d’un groupe réducteur ?

La corruption idéologique par la forme sociologique du groupe

Mon cher Christian,

Les remarques que tu me fais au sujet des Groupes Réducteurs m’ont bien intéressé. Il serait en effet trop facile de se limiter à l’analyse d’un phénomène social. Il faut encore que cet effort de réflexion nous serve dans la pratique ; qu’il puisse informer utilement nos actes.

Et comme tu le remarques très justement, il n’est que trop courant de voir tomber dans les pièges de la démocratie égalitaire, des personnes pourtant très opposées à ses principes. C’est même, souvent, à la faveur de leurs efforts de restauration sociale, que certains finissent par se faire “réduire”.

Mais je ne pense pas qu’il y ait là une simple inconséquence intellectuelle. Je crois plutôt qu’il s’agit essentiellement d’un défaut de discernement du problème sociologique, souvent négligé au profit du seul combat idéologique. Car ce dernier, pour être essentiel, n’est pas toujours le plus important ni le plus urgent dans l’ordre tactique.

Exemple de la réduction de Madame N., cathéchiste.

C’est cette méprise qui est évidemment à l’origine du « passage à la moulinette » de cette dame catéchiste, Madame N, dont tu me parles.
- Elle est, en fait, tombée dans un piège qu’elle n’a pas vu.
- Elle est allée participer à ce recyclage de catéchiste pour tenter de convaincre ses concitoyennes ainsi que le vicaire qui l’organisait, d’enseigner l’authentique catéchisme catholique, plutôt que les ambiguïtés néo-ariennes du manuel qu’on lui a fait passer.

Intention louable, certes. Mais, que s’est-il passé ?
- Elle est arrivée bardée d’arguments pour défendre la vérité. C’est-à-dire qu’elle a concentré ses énergies sur un faux problème, ou si l’on veut, sur une fin seconde.
- Et elle s’est laissé imposer sans s’en apercevoir la forme sociologique du groupe qui en constitue la fin essentielle .
- On lui a dit :

Madame, nous sommes très respectueux de votre manière de voir. C’est votre opinion. Nous ne vous demandons rien de plus que de respecter aussi celle des autres.

Et elle y a consenti, dans l’espoir de les convaincre. Dès lors elle avait un premier doigt dans l’engrenage. Elle avait accepté l’élément essentiel de la règle du jeu : le libéralisme.
- Aussi ne pouvait-elle plus qu’accepter la suite logique : l’égalité

.

Madame, cette personne ne pense pas comme vous. Elle en a le droit. Si vous voulez qu’elle vous écoute, vous devez la laisser s’exprimer. Son opinion n’a-t-elle pas autant de valeur que la vôtre ?


- Et quand on a bon caractère, c’est tellement plus facile d’accepter le rôle du “chic type”, de la brave dame “sympathique” et “compréhensive” ? Si l’on contredit trop brutalement, que l’on parait mettre en doute la liberté de pensée par l’affirmation d’une vérité objective, si l’on passe pour intransigeant, ne perdra-t-on pas cet espoir qui miroite encore : « convaincre, faire entendre raison ? »
- Et au milieu de cette ronde d’avis, d’opinions, de « remises en cause », comment ne pas se « sentir concerné » ? N’est-on pas obligatoirement “frères” ? Et si le groupe doit élaborer des directions de catéchèse, comment cette dame aurait-elle pu ne pas accepter cette participation fraternelle au travail en cours ? Ne fut-ce que pour mêler un peu de vérité dans tout ce fatras ?
- À partir de ce moment, Madame N. avait plus qu’un doigt dans l’engrenage. Elle y avait les deux bras. Et le reste y est passé. La machine à broyer, savamment manipulée par un petit abbé passé maître dans l’art des dynamiques de groupes, a porté ses fruits de lavage de cerveaux. Madame N. a suivi plusieurs séances.
- Elle y a rendu l’éminent service d’y apporter la contradiction, élément qui est nécessaire à toute dialectique comme le point d’appui est nécessaire au levier.
- Et peu à peu, elle s’est laissée ébranler. Le doute l’a pénétrée. Et elle enseigne aujourd’hui la religion de notre petit abbé, au lieu de celle que l’Église lui avait apprise naguère. En bref, elle s’est fait “réduire”.

Mais il faut bien voir que c’est pour avoir appliqué ses efforts sur un faux problème ; c’est pour avoir couru après des illusions et des ombres que cette dame est tombée dans le puits. Illusion, non pas quant à l’importance du problème des catéchismes modernistes, mais quant au fait de croire qu’il était possible de lutter efficacement contre eux en acceptant le moyen sociologique qui sert à leur propagation.

Dans ce type de réunion, la forme est plus importante que sa finalité apparente

Ce qui est essentiel, devant ce genre de réunion, c’est d’en distinguer la forme et la finalité. Ou si tu préfères, la cause formelle et la cause finale.

- Cette finalité, dans le cas présent, c’est le prétexte de la réunion c’est-à-dire une recherche en matière de catéchèse.
- Mais ce n’est en fait qu’un prétexte, grâce auquel on pourra atteindre une autre finalité plus large et plus générale, qui se traduit dans la forme sociologique de la réunion : c’est la réduction des individus et la manipulation du groupe.

Au regard du combat au service du vrai c’est généralement le problème évoqué comme objet de ce genre de réunion, ce que l’on peut appeler sa cause finale, qui parait le plus important. C’est pourquoi il fait souvent pour ceux qui ont de bonnes intentions, l’effet d’un miroir aux alouettes.

Mais au regard de la transformation révolutionnaire des personnes, de leur comportement, de leurs mœurs, c’est la forme du groupe réducteur qui importe. Quant aux idées, elles se troubleront nécessairement tant que l’on restera enfermé dans le système.

Sur l’attitude à adopter en présence d’un groupe réducteur

C’est pourquoi il faut absolument que tu fasses comprendre à ce Monsieur X, dont tu me parles, que l’attitude qu’il doit adopter à l’égard de ce forum où on l’a invité, n’a rien de fondamental à voir avec le problème vague de la participation, que l’on prétend y étudier. Celui-ci n’est rien de plus qu’un prétexte, une occasion.
- Ce que vise, plus ou moins consciemment, le délégué PSU qui l’organise, ce qu’il veut, c’est « niveler les consciences », forcer les individus à vivre la démocratie égalitaire, à modifier leur manière de voir.
- Son but, c’est de “réduire” les personnes aux dimensions des idéologies de son noyau dirigeant afin de pouvoir les manipuler.
- Et s’il ne le veut pas explicitement lui-même, ceux qui ont conçu et organisé la forme sociologique de ce genre de groupe l’ont voulu pour lui. Aussi, c’est à ce vrai but que Monsieur X doit s’attaquer.

Ce qu’il faut, c’est au contraire
- promouvoir la personne, donc les personnalités, contre la massification démocratique.
- Et pour cela, il faut concentrer ses énergies sur la règle du jeu. C’est elle, et elle seule qu’il faut refuser. Et il faut la refuser jusqu’au bout, c’est-à-dire jusqu’au martyre.
- Il faut accepter pour cela de passer pour « fou aux yeux du monde », de se faire sortir, d’être persécuté.

Et la plus évidente preuve du fait que le combat réel se situe ici, c’est la violence, la haine farouche, disproportionnée apparemment avec laquelle l’ennemi nous attaquera si nous portons nos efforts sur ce terrain. C’est qu’ici, en effet, il se sent découvert.
- Tant qu’on ne l’attaquera qu’au plan des idées, sans contester le jeu démocratique et égalitaire qu’il a organisé, il se rira de nous. Tout comme Lénine se riait des Russes blancs qui se jetaient dans les Soviets en formation dans l’espoir de les “noyauter”. « Laissez-les faire, disait-il, ils font notre jeu ». Et c’était vrai, puisqu’ils avaient accepté la règle de ce jeu.
- Mais qu’on vienne à refuser cette règle, à contester que l’esprit humain soit en droit de penser ce qu’il veut et de se bâtir son opinion sans aucune autre référence que lui-même, alors plus rien ne va.
- Que l’on vienne à affirmer les hiérarchies comme utiles et nécessaires, et les fureurs se déchaînent.
- Que l’on refuse de croire au mythe d’une fraternité sans objet, alors la violence n’a plus de borne, la persécution n’a plus de frein, la haine n’a plus de limite.

Dès cet instant, de votre position d’adversaire idéologique, peut-être, mais de collaborateur pratique, vous êtes passé à celle d’adversaire total et déclaré, capable de porter au cœur même de la Révolution les coups fatals qui lui ont été si souvent épargnés.

C’est pourquoi, si ton ami, Monsieur X, veut tenter quelque chose, il doit concentrer ses énergies sur le refus total et sans nuances de toute espèce de discussion, tant que celle-ci sera construite sur les bases du groupe réducteur.

Il faut affirmer :
- qu’il y a une vérité ;
- que tout travail sérieux dans un groupe exige que celui-ci comporte une hiérarchie ;
- que certains avis ont plus de poids que d’autres ;
- que la vraie fraternité doit reposer sur des intérêts communs réels ;
- que la gestion de ceux-ci exige un chef et des responsabilités.

Et si ton ami est seul à y voir clair, probablement se fera-t-il “vider” avec perte et fracas. Ce qui est toujours pénible. Mais il aura rendu aux personnes présentes le premier service, et sans doute le seul qu’il pourra leur rendre : il aura dévoilé l’adversaire et sa tactique, et peut-être éclairé et préservé l’un ou l’autre.

Ce résultat ne vaut-il pas ce sacrifice ? Pourquoi nous battons-nous ? Pour un troupeau de moutons sans consistance et sans âme, afin qu’il soit un peu plus à gauche ou un peu plus à droite dans son matérialisme ? Certes non, tu le sais aussi bien que moi. N’aurions-nous sauvé qu’une personne, que nous n’aurions pas perdu notre temps.

Mais on n’est pas toujours seul, avec l’aide de Dieu, si l’on en prend les moyens. Puisque ton ami a encore quelques semaines devant lui, il faut qu’il les emploie à convaincre ceux qui sont le plus facilement accessibles ; et surtout ceux dont les personnalités sont plus fortes. S’il peut n’être pas seul à la première réunion, tout est possible. Celui qui sortira le premier sera peut-être l’animateur. Alors un travail sérieux pourra s’amorcer sur les bases d’un groupe réaliste.

Que faire pour préserver un groupe naissant de la réduction ?

Quant à ton ami Y, je pense que le cas est très différent.
- Tout d’abord, il dispose de plus de temps.
- D’autre part, il semble bien que le noyau dirigeant n’existe pas préalablement, et c’est fondamental.

Si aucune préparation sérieuse n’est faite, inévitablement les généralités vagues dans lesquelles on nagera au départ entraîneront son application en même temps que le libéralisme et l’égalitarisme ambiants provoqueront une première “réduction”.

Mais pour désamorcer et empêcher ce phénomène, il suffit que Y prépare les esprits à une formule de travail réaliste et bien construite. Ce qui suppose l’éducation et l’éveil de quelques personnes capables de constituer la trame d’une hiérarchie naturelle. Surtout lorsqu’il s’agit de gérer un bien commun précis, comme celui de la formation professionnelle qui est proposée ici, le bon sens commun fait accepter facilement une structure hiérarchique et ordonnée.

Dès lors, la bonne terre de l’ordre naturel fera fleurir les personnalités riches ; tandis que la sécheresse du nivellement par le bas ne peut rien engendrer de mieux que ces “cloches bavardes” dont les podiums nous servent quotidiennement les lamentables prônes.

Comme tu le dis, mon cher Christian, le travail ne manque pas. Mais il faut d’abord y voir clair. Si l’intelligence ne guide pas la volonté, celle-ci est vaine.

Et surtout, il faut compter sur Dieu, plus que sur nos propres forces. « Spes in Deo non vana ».

Reçois ici toute mon amitié.

Adrien Loubier

 Naissance spontanée de Groupes Réducteurs sans Noyau Dirigeant préalablement constitué

Un groupe réducteur peut-il préexister au noyaux dirigeant

Mon cher Gérard,

Bien reçu tes critiques et commentaires concernant les Groupes Réducteurs. Dans l’ensemble, je les ai trouvé fort justes, et j’en ai tenu compte.

Il en est une, pourtant avec laquelle je ne suis pas d’accord. C’est celle où tu mets en cause les possibilités de fonctionnement quasi automatique du processus, et l’apparition spontanée des noyaux dirigeants.

En fait tu sembles nier que le processus du groupe réducteur puisse s’amorcer s’il n’y a pas, à l’initiative préalable, un animateur conscient de ce qu’il veut faire. Autrement dit il faut, d’après toi, que le noyau dirigeant existe avant la formation du groupe. Cette remarque est intéressante et très courante. Aussi, je pense qu’un petit développement peut être utile.

En fait, tu as raison, à condition de limiter l’analyse à la technique de groupe méthodique. Mais celle-ci ne constitue qu’un aboutissement, une systématisation d’un phénomène beaucoup plus général : celui de la démocratie égalitaire.

Or c’est à ce phénomène plus général que je me suis attaqué. Et celui-ci est caractérisé par la forme sociologique du groupe, forme qui est ordonnée à la réduction et à la sélection, comme j’ai essayé de le montrer.

La parabole du Sioux et du cheval de fer

Suppose une locomotive à vapeur sur ses rails, au milieu du Far-West, abandonnée là par un mécanicien qui a laissé la chaudière sous pression.

Voici une bande de Sioux qui découvrent le “cheval de fer”. Curieux, ils montent à bord, et touchent à tous les boutons.

En voilà un qui s’appelle Œil de taupe. Moins bon chasseur, mais meilleur bricoleur que les autres, il tire sur la manette du régulateur.
- Ça fait « tchouk-tchouk », et le train démarre tout doucement. Un peu de panique, naturellement ! Il y en a quelques uns qui sautent en marche.C’est une première sélection.
- Mais d’autres restent, trouvent que c’est amusant, la vitesse est grisante.

Celui qui a joué le premier avec le régulateur a bien envie de recommencer.
- Il lui semble bien comprendre que c’est en tirant sur ce « machin-là » qu’on fait avancer le “cheval de fer”.
- Et puis, pendant que les autres bavardent et regardent le paysage, ils n’ont même pas remarqué que c’est lui qui tire sur la ficelle.
- Si ça explose, personne ne pensera même à le lui reprocher ! C’est le sorcier qui prendra, pour n’avoir pas conjuré le mauvais sort.

Et voilà Œil de taupe chef du convoi, lui qui passait pour le plus bête de la tribu…

Nous sommes des Sioux dans un monde rempli de locomotives sous pression

Ma petite fable vaut ce qu’elle vaut. Il faut toujours se méfier des comparaisons. Mais enfin, pour les Sioux que nous sommes, le monde est plein de locomotives sous pression qui ne demandent qu’à démarrer.

Il suffit qu’une bande de braves types montent dedans sous un prétexte quelconque et tripotent les boutons. Il y aura toujours parmi eux un quelconque “Œil de taupe” qui s’apercevra qu’il est plus doué que les autres à ce petit jeu. Et il prendra les commandes du convoi à l’insu des autres, d’autant plus facilement qu’ils se préoccupent bien plus de la raison de leur réunion que de son mécanisme.

Trajectoire syndicale

C’est à ce genre d’expérience que je me suis trouvé mêlé, en témoin impuissant, dans mon entreprise en Mai 68, et je me suis efforcé de la décrire dans Trajectoire Syndicale. Tu te rappelles peut-être de cette lecture, dont nous avons parlé naguère.

Voilà 50 personnes qui ont en commun un bien très réel et immédiat : leur entreprise, leur gagne-pain, leurs dossiers qui les attendent. Elles se trouvent devant un piquet de grève, impuissantes et furieuses. On bavarde. Et finalement, quelques chefs de service, donc des membres de la hiérarchie naturelle de l’entreprise, prennent l’initiative de convoquer tout le monde dans l’arrière salle d’un café.

Mais les chefs de service sont aussi libéraux que leurs ouvriers et leurs techniciens. Ils croient à la liberté de pensée et à l’égalité. Leur “moteur” sera donc la fraternité du nombre, nécessaire pour faire “masse”.

Dès lors, ce que l’on a réuni c’est une “assemblée d’égaux délibérants”.

Il y a simplement erreur au départ. Au lieu d’enfourcher leur cheval pour chasser le bison, les Sioux sont montés dans la locomotive.

À partir de ce moment, on a bavardé, on a commencé à chercher l’opinion moyenne … La sélection a joué … Et quelques petits malins ont tiré sur les ficelles … La locomotive était en marche.

La forme du groupe réducteur conduit à la finalité pour laquelle cette forme a été conçue

Toi qui fais parfois de la philosophie, tu as bien sûr compris où je veux en venir. Ce qu’il faut distinguer ici, c’est la “fin”, et la “forme” :

Unde finis est causa causalitis efficientis, quia facit efficiens esse efficiens : et similiter facit materiam esse materiam, et formam esse formam, cum materia non suscipiat tormam nisi propter finem, et formam non perficiat materiam nisi per finem.

C’est la fin qui fait que la forme est forme, puisque c’est en vue de la fin que la matière reçoit une forme et que la forme perfectionne une matière.  [1]

C’est la finalité de la locomotive, qui est de rouler sur des rails, qui lui a fait donner la forme qu’elle a.

C’est pourquoi le Sioux qui monte sur la plate forme de la locomotive et tire sur la manette, se trouvera spontanément entraîné à subir la finalité pour laquelle a été conçue cette forme.

De même que les braves gens qui acceptent la forme d’assemblée d’égaux délibérants, et la règle du jeu des groupes réducteurs, se trouvent spontanément entraînés vers la finalité pour laquelle elle a été conçue. Même s’ils pensent ou veulent poursuivre une autre finalité.

Les Sioux croyaient chasser le bison ? Et ils roulent sur des rails au gré des chaos du cheval de fer.

Nos braves gens pensaient arrêter une grève en formant un syndicat ? Et ils glissent sur la voie de la Révolution au gré des chaos des assemblées générales.

Il n’y a là rien que de très normal. Cela prouve simplement que bien des contre-révolutionnaires ne sont pas beaucoup plus malins à l’égard des processus de l’ennemi, que nos Sioux en présence du cheval de fer.

De la généralisation des groupes réducteurs

Reste que tu as tout de même raison de réclamer “la personne”. Car en effet, elle existe toujours. Il n’y a pas de phénomène sans cause efficiente.
- Derrière la locomotive, il y a l’ingénieur qui l’a conçue et réalisée.
- Derrière la règle du jeu des groupes réducteurs, il y a ceux qui l’ont conçue et qui lui ont fait pénétrer jusqu’à la moelle de tous les domaines de la vie sociale.

Car nous ne sommes plus au temps des Jacobins, où les groupes réducteurs ne fonctionnaient que dans quelques salons. Aujourd’hui, ils ne sont plus seulement dans les convents maçonniques, ils sont dans la rue, dans le métro, dans l’ambiance du bureau paysage, dans les 0,8% de la formation permanente, sur le petit écran, au coin de la cheminée, au synode, à l’école, au catéchisme, dans l’arrière salle du café ou à la messe, au club méditerranée ou à l’amicale cycliste …

Certes, l’application méthodique et organisée des techniques de groupes par un animateur, préside à beaucoup de ses manipulations.

Mais le fait qu’il n’y ait pas de noyau dirigeant préalablement organisé, n’est pas une garantie de l’absence de danger, bien au contraire. La force des habitudes, le conformisme à l’ambiance sociale actuelle, suffisent largement pour faire adopter le modèle des groupes réducteurs. Et ceux qui négligent l’importance des formes sociales, trébucheront immanquablement sur elles. D’où mon insistance sur ce point.

En attendant une occasion propice à de nouveaux échanges sur ces sujets, je t’adresse ici toute mon amitié.

Adrien Loubier

 Les quatre clignotants

Pour vous aider dans à repérer un stage fonctionnant sur le modèle des groupes réducteurs.

Premier clignotant : LE DÉRACINEMENT

Un stage conçu selon les normes classiques regroupera des cadres de la même société, de la même branche professionnelle ou possédant un caractère commun en rapport avec la discipline professée.

D’autre part, le problème abordé sera de la compétence des stagiaires ou, au minimum, de l’animateur …

Malheureusement, ces remarques de bon sens sont parfois bafouées lorsqu’on cherche de volonté délibérée à créer chez les participants un déracinement.
- On réunira des personnes qui ne se connaissent pas et n’ont aucun point commun, si ce n’est peut-être un certain niveau culturel homogène et
- on les fera parler de sujets qu’ils ignorent totalement : des industriels seront conviés à discuter doctement de l’assolement triennal et des athées devront discourir de la foi …

Plus la situation sera artificielle, meilleur sera le déracinement !

Deuxième clignotant : LE RELATIVISME

Lorsqu’un stagiaire désire se former, il fait appel à quelqu’un de compétent dans le domaine considéré et attend de lui un enrichissement. Le formateur doit donc être directif pour amener son élève au degré de connaissance voulu.

Or, certains stages dits “non-directifs” admettent que chacun possède SA vérité, que l’opinion de M. Untel ou de M. Autretel a la même valeur, car ni l’un ni l’autre n’a le droit d’imposer son point de vue.

Il en résulte une sorte de relativisme libéral, excluant toute vérité absolue.

Troisième clignotant : LA LOI DU NOMBRE

En toute logique, la vérité d’une assertion ne dépend pas du nombre de gens qui y adhérent.

Cependant, si le clignotant précédent (relativisme) préside à l’organisation du stage, il faudra bien dégager de tous ces avis considérés comme équivalents une certaine opinion commune, qui se cristallisera ainsi par le jeu des concessions mutuelles.

De là à envisager cette opinion moyenne comme l’opinion du groupe, à doter ce groupe d’une conscience collective et à le considérer comme un être vivant autonome, il n’y a qu’un pas que les dynamiciens de groupe franchissent allègrement.

Quatrième clignotant : LE POUVOIR NON PERÇU

En situation de formation traditionnelle, le maître est sur une estrade, derrière un vaste bureau, insignes évidents d’une autorité manifeste qui ne cherche pas à se dissimuler.

Or, certains animateurs au contraire, au nom d’une certaine non-directivité, cause et conséquence du relativisme précédemment stigmatisé, se fondent dans le groupe. Participant, parmi les participants, son rôle effacé n’en sera que plus efficace, car au lieu d’imposer son autorité naturelle d’animateur, il manipulera les participants au mépris total de leur personnalité.

Cette dernière attitude est très frustrante car, contrairement aux courants d’air à la mode, l’homme a besoin d’une certaine aliénation pour conserver son équilibre : l’enfant a besoin de parents, le salarié de patron et le stagiaire d’un animateur digne de ce nom.

Vigilance

Certes, nous espérons que les stages que vous avez suivis ou que vous suivrez ne présentent pas concomitamment tous ces critères dangereux, symptomatiques de la dynamique de groupe, mais il convient de se méfier lorsque l’un ou l’autre de ces clignotants s’allumera.

Nous n’avons bien sûr ici décrit que la forme des stages, réservant à chacun d’étudier le fond et la finalité. Il est bien évident qu’un stage de formation aux techniques révolutionnaires, même s’il ne présente aucun des critères repérés ci-dessus, n’en sera pas pour autant moins dangereux, mais il convient d’être circonspect et de flairer le danger d’autant plus sournois qu’il est plus subtile et plus discret.

Les dynamiciens invoquent le caractère inéluctable de l’évolution.
- La nécessité de la mutation étant posée, on en conclut qu’il faut s’y intégrer, s’y adapter : si la réalité change, il faut changer avec elle.
- Il faut entrer dans le jeu de l’adaptation à la société.
- Il faut s’ajuster à l’évolution en cours et même s’y préajuster.

B. DUVERNE

Comment éviter cette désaliénation totale, comment ne pas être cette girouette prête à s’orienter dans le premier courant d’air venu ?

Il n’y a qu’une seule méthode : « Acquérir une formation doctrinale sûre ! ».

Claude MIRBEL

Notes

[1] St. Thomas De principiis Naturae, Des principes de la réalité naturelle.

 

Source: Vive le Roy

lundi, 27 décembre 2010

Groupes réducteurs et noyaux dirigeants (X)

 

 Paroles de pape

Après l’annexe précédente, consacrée à un texte de Marc Sangnier, il est bon de citer ici quelques extraits de la lettre encyclique que le Pape, Saint Pie X, consacra aux doctrines sociales du Sillon, et à leur condamnation par l’Église.

Nous avons souligné certains passages, et porté des sous titres en marge, en vue de mieux faire ressortir les rapports avec le plan que nous avons adopté pour notre étude.

Extraits de la lettre encyclique sur le Sillon. Saint Pie X - Pape - 25 Août 1910

….. Le Sillon s’égarait. Pouvait-il en être autrement ?

Ses fondateurs, jeunes, enthousiastes et pleins de confiance en eux-mêmes, n’étaient pas suffisamment armés de science historique, de saine philosophie et de forte théologie pour affronter sans péril les difficiles problèmes sociaux vers lesquels ils étaient entraînés par leur activité et leur cœur, et pour se prémunir, sur le terrain de la doctrine et de l’obéissance, contre les infiltrations libérales et protestantes.

Non, la civilisation n’est plus à inventer ni la cité nouvelle à bâtir dans les nuées

Le Sillon a le noble souci de la dignité humaine. Mais cette dignité, il la comprend à la manière de certains philosophes dont l’Église est loin d’avoir à se louer.

Le premier élément de cette dignité est la liberté, entendue en ce sens que, sauf en matière de religion, chaque homme est autonome.

De ce principe fondamental il tire les conclusions suivantes :

  • Aujourd’hui, le peuple est en tutelle sous une autorité distincte de lui, il doit s’en affranchir : émancipation politique.
  • Il est sous la dépendance de patrons qui, détenant ses instruments de travail, l’exploitent, l’oppriment et l’abaissent ; il doit secouer leur joug : émancipation économique.
  • Il est dominé enfin par une caste appelée dirigeante, à qui son développement intellectuel assure une prépondérance indue dans la direction des affaires ; il doit se soustraire à sa domination : émancipation intellectuelle.

Le nivellement des conditions à ce triple point de vue établira parmi les hommes l’égalité, et cette égalité est la vraie justice humaine.

Une organisation politique et sociale fondée sur cette double base, la liberté et l’égalité (auxquelles viendra bientôt s’ajouter la fraternité), voilà ce qu’ils appellent démocratie.

… Et voilà la grandeur et la noblesse humaine idéale réalisée par la célèbre trilogie : Liberté, Égalité, Fraternité

Telle est, en résumé, la théorie, on pourrait dire le rêve, du Sillon, et c’est à cela que tend son enseignement et ce qu’il appelle l’éducation démocratique du peuple, c’est-à-dire à porter à son maximum la conscience et la responsabilité civiques de chacun, d’où découlera la démocratie économique et politique, et le règne de la justice, de l’égalité et de la fraternité.

Ce rapide exposé, vénérables Frères, vous montre déjà clairement combien Nous avions raison de dire

  • que le Sillon oppose doctrine à doctrine,
  • qu’il bâtit sa cité sur une théorie contraire à la vérité catholique et
  • qu’il fausse les notions essentielles et fondamentales qui règlent les rapports sociaux dans toute société humaine.

Cette opposition ressortira davantage encore des considérations suivantes.

  • … Au reste, si le peuple demeure le détenteur du pouvoir, que devient l’autorité ? Une ombre, un mythe ; il n’y a plus de loi proprement dite, il n’y a plus d’obéissance …
  • … Un ordre, un précepte, serait un attentat à la liberté ;
  • la subordination à une supériorité quelconque serait une diminution de l’homme, l’obéissance une déchéance.

Est-ce ainsi, Vénérables Frères, que la doctrine traditionnelle de l’Église nous représente les relations sociales dans la cité même la plus parfaite possible ?

Est-ce que toute société de créatures dépendantes et inégales par nature n’a pas besoin d’une autorité qui dirige leur activité vers le bien commun et qui impose sa loi ?

Le Sillon qui enseigne de pareilles doctrines et les met en pratique dans sa vie intérieure, sème donc parmi votre jeunesse catholique des notions erronées et funestes sur l’autorité, la liberté et l’obéissance.

Il n’en est pas autrement de la justice et de l’égalité. Il travaille, dit-il, à réaliser une ère d’égalité, qui serait par là même une ère de meilleure justice. Ainsi, pour lui, toute inégalité de condition est une injustice ou, au moins, une moindre justice ! Principe souverainement contraire à la nature des choses, générateur de jalousie et d’injustice et subversif de tout ordre social …

Il en est de même de la notion de fraternité, dont ils mettent la base dans l’amour des intérêts communs, ou, par delà toutes les philosophies et toutes les religions, dans la simple notion d’humanité, englobant ainsi dans le même amour et une égale tolérance tous les hommes avec toutes leurs misères, aussi bien intellectuelles et morales que physiques et temporelles.

Or, la doctrine catholique nous enseigne que le premier devoir de la charité n’est pas dans la tolérance des convictions erronées, quelques sincères qu’elles soient, ni dans l’indifférence théorique ou pratique pour l’erreur ou le vice où nous voyons plongés nos frères, mais dans le zèle pour leur amélioration intellectuelle et morale non moins que pour leur bien-être matériel…

… Non, Vénérables Frères, il n’y a pas de vraie fraternité en dehors de la charité chrétienne, qui, par amour pour Dieu et son Fils Jésus-Christ notre sauveur, embrasse tous les hommes pour les soulager tous et pour les amener à la même foi et au même bonheur du ciel. En séparant la fraternité de la charité chrétienne ainsi entendue, la démocratie, loin d’être un progrès, constituerait un recul désastreux pour la civilisation…

… Eh quoi ! on inspire à votre jeunesse catholique la défiance envers l’Église, leur mère ; on leur apprend

  • que depuis dix-neuf siècles, elle n’a pas encore réussi dans le monde à constituer la société sur ses vraies bases ;
  • qu’elle n’a pas compris les notions sociales de l’autorité, de la liberté, de l’égalité, de la fraternité et de la dignité humaine ;
  • que les grands évêques et les grands monarques, qui ont créé et si glorieusement gouverné la France, n’ont pas su donner à leur peuple ni la vraie justice, ni le vrai bonheur, parce qu’ils n’avaient pas l’idéal du Sillon !

Le souffle de la Révolution a passé par là, et nous pouvons conclure que si les doctrines sociales du Sillon sont erronées, son esprit est dangereux et son éducation funeste.

Adrien Loubier

Source: Vive le Roy

lundi, 08 novembre 2010

Le Nouvel Ordre Mondial (N.O.M.) veut la disparition de l'Eglise

Le Nouvel Ordre Mondial veut la disparition de l'Eglise

 

Une interviewe d'un prêtre et médecin argentin, spécialiste de l'ONU, qui met au jour les objectifs du Nouvel Ordre Mondial. Traduction de Carlota (2/10/2011) pour Benoît-et-moi.fr

 

Carlota

« Le Nouvel Ordre Mondial veut la disparition de l’Église Catholique » dit un spécialiste de l’ONU

Le prêtre et médecin argentin Juan Claudio Sanahuja, est responsable du portail internet catholique www.noticiasglobales.org ; ce site, créé il y a une douzaine d’années apporte des éléments clairs et fiables pour comprendre les thèmes visant à la promotion des « nouveaux droits » et de la « nouvelle éthique », dans un contexte de contestation de l’Église catholique et du successeur de Pierre, pour l’instauration d’un nouvel ordre mondial (NOM). Ce prêtre est devenu un spécialiste de l’ONU (dans le sens d’observateur de l’ONU).


Il a évoqué récemment le sujet avec le journaliste Luis Losada Pescador de l’hebdomadaire catholique espagnol Alba. L'interviewe donne un éclairage sur les oppositions anecdotiques mais largement relayées par la presse espagnole contre la venue du Pape en Espagne.
Durant son très court prochain voyage en Espagne, Benoît XVI va rencontrer, comme c’est la coutume, les responsables politiques et le « leader » actuel du parti d’opposition (qui, alors qu’il était au pouvoir n’a pas vraiment montrer sa volonté de défendre certaines valeurs). Sauront-ils l’écouter un petit peu ?

Original de l’article
ici .

 

La traduction de Benoît-et-moi.fr :

 

« Le Nouvel Ordre Mondial recherche la disparition de l’Église Catholique » dit un spécialiste de l’ONU, qui étudie depuis des années ce qu’on appelle le Nouvel Ordre Mondial (NOM), et l’intention que poursuivent les agences de l’Organisation des Nations Unies de chambouler l’ordre naturel.
-------------------


- L’unique ennemi de l’idéologie du "genre " est l’Église qui affirme de façon catégorique des vérités en opposition totale avec la nouvelle idéologie, et la nouvelle éthique sans principes ni valeurs immanentes et immuables. L’éthique chrétienne est incompatible avec les nouveaux paradigmes de la NOM et la déclaration de Benoît XVI sur les principes non négociables est un défi pour les lobbies féministes, homosexuels et pro-avortements.

Question : Quel est le lobby le plus dangereux ?
Réponse : Le lobby gay, qui agit à l’intérieur de l’Église.

Q : Le gouvernement espagnol se présente lui-même comme le meilleur élève en ce qui concerne la promotion du mariage homosexuel (ndt: sans guillemet pour rester dans l’esprit du gouvernement espagnol qui a permis sa promotion), de l’avortement et de l’Alliance des Civilisations.
R : Il s’agit de thèmes géopolitiques qui étaient déjà dans le cadre international avant Zapatero (ndt: au pouvoir en Espagne depuis 2004). Mais il y a une différence entre une ONG ou une directive politique d’un organisme international, et une suggestion politique de l’Espagne, qu’on ne voit pas (ndt : en Argentine, plus largement pour les pays de l’ancien empire espagnol, et d’une manière générale toute l’Amérique latine) comme les centres du pouvoir anglo-saxon.

Q: On la voit comme la mère patrie.
R : Bon, c’est un concept un peu passé de mode, mais comme un pays ami, oui, et qui a beaucoup d’affinités avec nous. Et si l’Espagne le fait, pourquoi pas nous ?

Q: L’ONU a donné l’impulsion à des politiques pro-avortements, féministes et roses (ndt : dans le sens homosexualité). Pensez-vous qu’il soit préférable de les améliorer, ou bien de les annuler ?
R : Nous devons participer, parce qu’on ne peut pas abandonner des domaines entiers sans essayer d’y avoir une influence, même s’ils ont été créés par l’ennemi. Cela oui, mais en faisant attention à ne pas être des complices.

Q: Par exemple?

R : En donnant notre consentement à des choses qui paraissent inoffensives, mais qui ont un fond et un message pervers. Les fameux euphémismes (ndlr : la « novlangue »).

Q: Pourquoi cette pression pour faire sortir de le Saint Siège des Nations Unies? (ndlr : qui n’y est, il me semble, qu’à titre d’ « observateur »).
R : Parce qu’il complique la tâche des pays qui veulent imposer des politiques déterminées. Face à la contraception, à l’avortement, la perversion des droits humains, le Saint Siège est un obstacle.

Q : Venons-en à l’avortement. Il y en a qui considèrent que le terme « santé sexuelle et reproductive » est un terme qui peut être racheté, bien qu’il ait toujours été utilisé à la façon d’un euphémisme, comme synonyme d’avortement.
R : On n’a jamais pu donner un sens "bon" au terme santé reproductive. Il est né comme euphémisme pour "contraception" et même "avortement chimique". La santé sexuelle est venue après et au Canada non plus, on n’a pas dit clairement que la santé sexuelle et reproductive inclut l’avortement.
(..)
Q: Parlons des nouveaux droits, les droits dits de seconde ou troisième génération. C’est toujours cette tentative des tenants du progrès d’étendre leur idéologie, mais n’y a-t-il rien qui puisse être sauvé ?
R: Parmi les huit Objectifs du Millénaire pour le Développement, il y en a deux qui font référence au genre et à la santé sexuelle et reproductive, clairement anti-vie. Mais les autres aussi, parce qu’ils s’interprètent tous selon une explication féministe, abortive ou de culture de mort.

Q: Pourquoi tout le monde s'est-il rallié aux Objectifs du Millénaire?
R : Une minorité, par complicité; la majorité parce que c’est politiquement correct, c’est ce que commande la mode.

Q : Les théories du genre sont-elles la dernière rébellion contre Dieu?
R : Cela dépend de la part de qui. Dans le cadre des Nations Unies, c’est une rébellion ouverte contre Dieu. Mais pour la majorité c’est quelque chose qui est une marque de notre temps.

Q: Oui, mais ce ne sont pas ceux-là qui l’inscrivent sur leur agenda.
R : Non, pour ceux qui l’inscrivent sur leur agenda, la destruction de l’Église Catholique est un impératif parce qu’elle est l’unique frein.

Q: Changeons de façon d’aborder le sujet. Croyez-vous que la nouvelle religion mondiale prétende substituer au Décalogue un nouveau paradigme éthique ?

R : Oui. Une religion du subjectivisme, du relativisme qui combat tout type de vérité non négociable. Et ils infiltrent les religions. L’Église Catholique aussi. (ndt on peut supposer que cet homme nouveau, homme des mode et des suggestions variées, sera aussi un très malléable homo economicus, enfin tant qu’il existera sur terre, car cela n’aura qu’un temps, ne serait-ce que par l’extinction contraceptive de cette matière première, actuellement recherchée par ce nouvel ordre mondial émanation de la Supérieure Classe Sociale).

Q: Terminons avec l’avenir. Qu’est-ce qui va nous arriver?
R : Une persécution de l’Église Catholique ou des derniers de ceux qui resteront fidèles à la doctrine de l’Église. Pour le Nouvel Ordre, la disparition de l’Église Catholique est un impératif.

Q: Croyez –vous que l’Église est prête pour cette bataille?
R : Humainement je crois qu’une grande partie de l’Église n’est pas prête pour cette bataille. Mais l’Église est avant tout l’Épouse du Christ, et une réalité surnaturelle. C’est pourquoi le nombre de fidèles et de hautes autorités préparés pour la bataille importe peu. Ce que nous savons c’est que nous finirons par gagner, car le triomphe est promis.

 

Source: http://benoit-et-moi.fr/2010-III/0455009e0207c0b02/0455009e24080ba01.html

 

- "Nous sommes entrain d’assister à l’émergence d’un droit international tyrannique" (Mgr Schooyans)

- Mgr Lefebvre sur le gouvernement mondial (19 novembre 1989)

 

Source: Christ Roi

lundi, 04 octobre 2010

Groupes réducteurs et noyaux dirigeants (VII)

 

 CONCLUSION

En matière de conclusion, il n’est pas inutile de remarquer encore que la forme de la structure sociologique d’un groupe humain ne tient ni à son apparence, ni à ses buts. Elle dépend bien plutôt de la mentalité moyenne des gens, ou de ce que recherchent vraiment ceux qui la conçoivent ou la suscitent.

Un syndicaliste de pointe déclarait un jour que ce qui comptait le plus à ses yeux, ce n’était pas les buts du syndicalisme, mais les moyens qu’on y utilise. « Ce sont eux, disait-il, qui déterminent le comportement psychologique par lequel les hommes se transforment progressivement. »

Au sortir de l’assemblée générale d’un groupement d’agriculteurs, l’un d’eux s’étonnait de ce que tant de discours aient produit si peu de décisions concrètes. « Mais Monsieur, lui fut-il répondu, le but n’est pas de décider quelque chose, le but est de transformer les gens. »

Propos révélateurs qui prouvent que le premier but d’un groupe réducteur n’est pas la finalité apparente qui lui est proposée, mais bien la transformation des hommes. Il s’agit avant tout de les forcer à vivre la démocratie égalitaire que certains voudraient réaliser.

Rappelons simplement ici la phrase de Karl Marx : « Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de différentes manières, mais il s’agit de le transformer. » (II thèse sur Feuerbarch)

Mais le revirement tient à peu de choses : qu’une ou deux personnes perçoivent à temps les racines sociologiques du phénomène qui s’amorce, et tout est renversé. L’autorité d’une personne peut suffire pour que la structure du groupe soit radicalement modifiée. Tout comme l’usure, le conformisme, ou la maladie d’un responsable, peuvent suffire à soumettre un groupe réaliste au règne des nuées.

Ainsi paraît-il essentiel d’éclairer les intelligences sur les vraies causes du mal social actuel. C’est à cette tâche que cette modeste étude voudrait contribuer.

Adrien LOUBIER

Notes

[1] St. Thomas De principiis Naturae, Des principes de la réalité naturelle.

Source: Vive Le Roy

mardi, 28 septembre 2010

Groupes réducteurs et noyaux dirigeants (VI)

 

 UN AUTRE GENRE DE GROUPE

Après l’analyse précédente, il peut être utile d’envisager au moins sommairement, les bases sur lesquelles un travail de groupe constructif peut s’établir. Nous supposons naturellement que la constitution de ce groupe est légitime et souhaitable.

Dès le départ, nous avons vu que le dyptique Liberté-Égalité semblait vouloir faire éclater le groupe. Pour lui maintenir son objectif de libéralisation maximale, pour en faire un groupe réducteur, il a fallu s’entêter.

Mais on peut aussi réagir plus sainement. Le simple bon sens y suffit. Quand on a remué des idées pendant un moment, que la structure du groupe rend difficile son fonctionnement, et tend à l’écarter de la réalité, il apparaît tout simplement nécessaire de réviser sa forme. C’est ce que nous allons faire ici.

La liberté du libéral

En premier lieu, faut-il accepter inconsidérément la liberté d’opinion comme un absolu en soi ? Que recouvre en fait l’attitude du “libre penseur” ? Un examen critique s’impose ici.

La liberté selon le dictionnaire Larousse, c’est l’absence de contrainte. Mais si l’on prend à la lettre cette définition, elle peut conduire aux absurdités les plus énormes.

Supposons par exemple que Pierre se trouve dans sa chambre au premier étage. Il a pleine liberté de se déplacer, en ce sens qu’il n’est pas contraint de rester en place, ou de se mouvoir dans telle direction plutôt que dans telle autre.

  • S’il veut maintenant sortir de la chambre où il se trouve, il sera libre de le faire, mais à condition de passer par la porte. S’il prétend traverser un mur au nom de sa liberté, il se cassera le nez.
  • Et si Pierre veut descendre au rez-de-chaussée, il est libre de le faire, mais à condition de passer par l’escalier.
  • S’il se jette par la fenêtre, il risque fort de se blesser.

Autrement dit, Pierre ne sera libre qu’à condition de soumettre sa volonté aux multiples contraintes de la réalité qui l’entoure.

Mais cet homme peut refuser cette soumission, et adorer stupidement sa prétendue liberté. Celle-ci devient alors pour lui la licence de faire n’importe quoi. Se jeter par la fenêtre, par exemple. Au besoin vous chercherez à l’en empêcher. Mais alors vous le contraindrez à se soumettre à la réalité. Cessera-t-il d’être libre ? Ce faisant, porterez-vous atteinte à sa liberté ? Évidemment non ; au contraire.

  • Car, si cet homme nie la pesanteur et se jette dans le vide, en fait, c’est qu’il n’est plus libre. Il est devenu fou, ce qui est une contrainte mentale.
  • Ou bien, s’il se trompe, sa liberté cesse lorsqu’il a posé son acte. Ensuite il devient le jouet d’une force qu’il ne peut plus maîtriser. Il tombe et il subit les conséquences de sa chute.

Sur le plan moral, intellectuel, pédagogique ou professionnel, le libéral, le libre penseur, nos égaux délibérants de tout à l’heure, refusent en fait les contraintes de la réalité. Ce sont des fous qui nient la pesanteur. Et comme eux, ils cessent d’être libres, et deviennent esclaves de leurs passions, de leurs désirs, de leurs ambitions, des rêves qu’ils construisent sur les nuées, puis des conséquences des actes que leur déraison leur aura fait poser.

La vraie liberté

Vous connaîtrez la vérité et la vérité vous rendra libres.

St. Jean 8-32.

Pour qu’il y ait liberté, il faut en effet reconnaître d’abord l’ordre des choses, les lois qui régissent la matière, celles qui gouvernent l’ordre moral, physiologique, social, professionnel, etc.

Pour cela il faut rechercher l’accord, l’identité entre sa pensée et la réalité. C’est l’acte même d’intelligence, de intelligere, connaître, lire dans les choses. Au terme de cet accord, il y a la vérité, qui sera d’autant plus complète qu’il sera parfait. C’est alors que l’on sera libre.

Libre par exemple de construire un escalier, un ascenseur, un avion ou une fusée, pour vaincre la force de pesanteur en se soumettant à son existence et à ses lois. « On ne commande à la nature qu’en lui obéissant », disait Francis Bacon.

Ainsi pour construire un pont, il faut d’abord étudier les lois de la mécanique, afin de les vaincre en s’y soumettant. Plus l’ingénieur les a comprises, mieux il pourra s’appuyer sur leur réalité, plus son pont sera réussi.

De même celui qui prétend construire une société, une pédagogie, une entreprise ou une profession, doit d’abord étudier les réalités objectives, les lois naturelles, l’ordre des choses, dans le domaine à l’amélioration duquel il prétend appliquer ses efforts. Plus il en aura l’intelligence, plus son œuvre sera réussie.

Ainsi, dans un groupe réaliste ( par opposition au groupe réducteur) ce n’est pas la liberté qui sera posée comme absolue au départ. Elle doit au contraire devenir le but à atteindre. Et pour atteindre à cette liberté, le moyen qui doit être affirmé tout d’abord, c’est la soumission au réel. Alors les intelligences pourront pénétrer cette réalité et trouver la vérité, qui seule peut rendre libre.

Égalité et Hiérarchie

Depuis plus de trente ans que je tiens la plume philosophique, j’ai toujours représenté la souveraineté du peuple comme une mystification oppressive, et l’égalité comme un ignoble mensonge.

Auguste Comte

« Si tu manges ce fruit tu seras l’égal de Dieu ». Le Serpent

Quant au problème de l’égalité, elle apparaît bien comme la première des nuées, celle qu’engendre directement le libéralisme. S’il est possible de défendre la vraie liberté en prenant le contre-pied de l’attitude libérale, ici, rien ne peut être tenté. L’égalité n’est pas récupérable. Elle n’est qu’une redoutable contradiction de la réalité.

Elle est tout d’abord une notion mathématique qui ne peut s’appliquer qu’à la quantité. L’employer en parlant des personnes est donc déjà au niveau des mots, une absurdité. Deux personnes sont en effet différentes. Elles peuvent à la rigueur peser aussi lourd l’une que l’autre, et l’on pourra dire que leurs poids sont égaux. Mais dire que « les hommes sont égaux entre eux » est aussi dépourvu de sens que de dire : « deux champs sont égaux », ou « deux villes sont égales. »

Quant au sens que l’on cherche à faire passer sous ce mot d’égalité, il n’est que le refus de la réalité. Et la réalité, c’est qu’une quelconque des qualités d’un individu n’est que très accidentellement l’égale de celle d’un autre ; c’est qu’il est impossible que toutes les qualités d’un individu soient égales à celles d’un autre ; c’est que de deux individus, l’un est toujours supérieur à l’autre, au moins dans un domaine particulier, sinon dans l’ensemble de ses dons.

La réalité c’est qu’il y a inégalité et diversité.

  • L’un est plus adroit, l’autre pèse plus lourd ;
  • l’un est plus travailleur, l’autre plus vertueux ;
  • l’un est plus intelligent, l’autre plus doué de mémoire, etc.

Et ce sont justement ces inégalités qui rendent possible la vie sociale. Car dans toute société, il faut

  • des mathématiciens pour calculer,
  • des chefs pour gouverner,
  • des hommes habiles pour travailler de leurs mains,
  • des hommes sages pour gérer,
  • des inventeurs pour inventer,
  • des entrepreneurs pour entreprendre,
  • des guerriers pour défendre la cité…

Rechercher l’égalité, c’est tuer la vie sociale. Un groupe d’égaux délibérants, tel que nous l’avons vu, n’est pas une société, c’est une dissociété. C’est pourquoi l’argument de la fraternité, de l’union nécessaire, est indispensable pour lui maintenir un semblant de cohésion, et le livrer aux mains des manipulateurs.

La mystification oppressive de la souveraineté du peuple conduira les égaux, par le chemin de la réduction, à la tyrannie des noyaux dirigeants. Devant eux ils ne seront plus un peuple, mais un troupeau de moutons, munis chacun d’un bulletin de vote.

Tant pis pour eux si leur jalousie les a rendus assez vils, pour ne pas accepter la réalité de leurs infériorités comme celles de leurs supériorités ; tant pis pour eux si leur orgueil les a rendus assez sots pour croire à l’ignoble mensonge social de l’égalité, ou confondre celle-ci avec la justice. Même au ciel, enseigne l’Église, il y a des hiérarchies.

À rebours de cette attitude, la soumission au réel doit reconnaître les inégalités, parce qu’elles sont un fait, et parce qu’elles sont un bienfait. Le groupe réaliste devra donc s’appuyer sur elles comme sur le fondement de toute vie sociale.

  • Il comportera une hiérarchie,
  • la reconnaissance des compétences de chacun,
  • la définition des rôles, des missions, des responsabilités.

Sous une direction clairement définie, chacun pourra alors apporter aux autres ce qu’il sait, donc accroître leur connaissance du réel. En bref

  • on apprendra quelque chose au lieu de désapprendre ;
  • on s’enrichira d’un peu plus de vérité, au lieu de s’appauvrir et de se réduire ;
  • enfin on pourra construire au lieu de détruire.

« La soumission est la base du perfectionnement », disait Auguste Comte.

La vraie Fraternité

Il faut distinguer entre l’Union “artificielle” fondée sur des théories et des principes, et l’Union “réelle” fondée sur des faits.

Augustin Cochin, La Révolution et la Libre Pensée.

Quant à la cohésion du groupe réaliste, il importe de bien voir que c’est autour de sa finalité qu’elle peut prendre une réelle consistance.

Le groupe n’est pas une nécessité en soi. Pour que son existence soit utile, il faut qu’il réunisse des personnes qui ont un bien commun à défendre ou à promouvoir. Un bien commun, c’est-à-dire un bien personnel commun à ceux qui se réunissent, un intérêt réel qui est propre à chacun d’eux. Alors, la finalité du groupe sera la réunion des efforts de plusieurs personnes pour défendre ou promouvoir le bien qui leur est commun.

Tandis que dans les groupes réducteurs, on ne rencontre généralement que des motifs de réunion vagues et lointains :

  • la Paix au Vietnam ;
  • l’apostolat de l’église ;
  • le bonheur de l’humanité.

Motifs de réunion qui ne sont que des finalités apparentes, impropres à créer le lien d’une vraie fraternité, mais propres à ouvrir la voie des nuées. Ces finalités apparentes cachent bien souvent la vraie finalité des groupes réducteurs, qui se trouve exprimée dans leur forme sociologique même, par la pratique de laquelle on veut réaliser la démocratie égalitaire.

Pour le groupe réaliste, au contraire, son existence n’est pas plus une fin en soi que sa forme. Celle-ci est organisée, dans ses principes essentiels, selon l’ordre des choses.

  • La soumission au réel en est la base.
  • Sa structure est hiérarchique.
  • Sa finalité est constituée autour d’un bien commun, base de la vraie fraternité entre ses membres.

Est-ce à dire que tous sont d’accord, qu’aucune divergence n’existe, qu’aucun problème ne se posera ? Certes non. Ce serait rêver que de le croire, même s’il peut être souhaitable de rechercher cette unité. Mais tous admettent au moins que la vérité n’est pas la moyenne de deux avis divergents, et que si deux personnes se contredisent, l’une au moins se trompe.

Dès lors, il ne sera pas demandé à l’un ou à l’autre de renoncer à tout ou partie de son avis pour adhérer à « l’opinion du groupe ». Mais on écoutera celui qui est le plus compétent, et le chef décidera sous sa responsabilité.

Dès lors l’action, non exempte d’erreur bien sûr, sera possible. Et cette action amènera l’épreuve du réel.

  • Si la décision a été sage, elle portera ses fruits.
  • Si l’on s’est trompé, on devra se soumettre à la réalité, réviser ses positions, acquérir un peu plus de vérité, donc de liberté.

Ainsi le perfectionnement sera le fruit de l’effort de soumission à l’ordre des choses, autant qu’à l’autorité de ceux qui sont supérieurs par les compétences ou par la charge.

La cohésion du groupe sera assurée par sa hiérarchie et par les différenciations des rôles de chacun, plutôt que par la volonté de créer une union illusoire autour d’un plus petit commun diviseur.

Notes

[1] St. Thomas De principiis Naturae, Des principes de la réalité naturelle.

Source: Vive Le Roy

lundi, 23 août 2010

Groupes réducteurs et noyaux dirigeants (IV)

 

 Travaux pratiques [proposés par VLR]

Introduction

En guise d’exercice (ou de récréation) et à la lumière de l’étude précédente, on pourra analyser les documents suivants en s’efforçant de déterminer par exemple si :

  • les animateurs ont les compétences ou l’autorité pour traiter des sujets abordés par le groupe.
  • l’autorité est nettement perçue ou la liberté et l’égalité implicites.
  • les animateurs manifestent et usent de leur autorité pour dire ce qui est, ou au contraire, pour que le groupe élabore “sa” vérité sur une base réduite commune.
  • il y a adéquation entre d’une part le niveau, l’autorité, la compétence et la capacité d’action des participants et, d’autre part, la complexité et l’échelle des problèmes traités.
  • le public est là pour enrichir sa connaissance du réel ou pour “refaire le monde”.
  • le leitmotiv de la réunion est la défense d’un bien commun concret ou une fraternité — on dirait aujourd’hui solidarité — artificielle.
  • ce qui ressort de concret de ces réunions, mis à part l’élaboration de motions dont l’ambition est de participer à une prise de conscience universelle en faveur d’objectifs flous mais politiquement corrects.

Premier document

Affiche invitant les étudiants à une AG pour discuter de la Loi sur la Réforme de l’Université en avril 2009.
JPEG - 54.8 ko

VENEZ NOMBREUX DÉFENDRE VOS IDÉES !

Les Assemblées Générales ne sont “légitimées” que par le nombre de leurs participants quelles que soient leurs convictions, aussi les incitations pour y participer se font-elles toujours très pressantes.

Deuxième document

La Politique agricole commune en question « Développer la solidarité »
JPEG - 385.6 ko
PAC-Solidarite

Deux cents personnes ont participé à la réunion sur la Politique agricole commune, organisée à la Maison diocésaine par les Chrétiens en monde rural et le M.R.J.C. Pour moitié des agriculteurs et pour moitié des jeunes en formation.


Prêtre et économiste, Laurent L. est parti de la situation de trois exploitations d’Ille-et-Vilaine. Ses constats : le monde agricole est peu uni de par la spécialisation. Chaque exploitation est devenue individuelle. Chaque exploitant ne pense pas sa production comme un élément clans l’ensemble de l’agriculture.

Or, c’est dans cette dernière direction que L. L. invite à regarder, en préconisant le développement de la solidarité à l’intérieur de projets globaux.

  • solidarité entre aujourd’hui et demain.
  • solidarité entre Nord et Sud. On sait maintenant que le développement des pays du tiers-monde passe par l’accès de ces pays à la production. Dès lors, cela suppose qu’ici on ne produise dans la limite de ce qui peut être vendu.
  • solidarité encore entre les différents producteurs et avec les autres catégories socio-professionnelles.

On a redit que l’agriculteur peut prétendre à de nouvelles fonctions, par exemple dans le domaine de l’environnement ou des besoins sociaux. L’Évangile a été appelé pour éclairer la dimension chrétienne. Ce qui a donné lieu à un débat intéressant sur le sens de l’homme dans la Création. La démarche aura une suite le 7 février à la salle paroissiale Saint-Paul à Rennes.

Troisième document

Saint-Ouen : 4 000 chrétiens en “états généraux” Pour un nouveau concile
JPEG - 504.3 ko
Etats généraux de l’espérance

Quatre mille chrétiens ont participé ce week-end à Saint-Ouen, près de Paris, aux premiers “états généraux de l’espérance”. Ils ont demandé la convocation d’un nouveau concile.


PARIS. - La critique et la dénonciation ont revêtu ce week-end à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) les couleurs de la fête. « L’appel au dialogue » lancé en 1989 par mille huit cents déçus d’une Église «  autoritaire, méprisante et recroquevillée sur elle-même  » a bien été entendu, selon Georges Montaron, le directeur de Témoignage Chrétien initiateur de ce rassemblement : quatre mille fidèles étaient samedi et dimanche au rendez-vous des premiers “états généraux de l’espérance” .


Quatre mille fidèles, «  quatre mille paroles pour l’an 2 000  » : jeux scéniques, orchestre, quatuor classique ont annoncé le désir «  d’une citoyenneté nouvelle  » dans une Église «  toujours trop frileuse  ».

Priorité à cinq thèmes :

  • la démocratie dans l’Église ;
  • l’économie solidaire ;
  • l’éthique ;
  • la modernité ;
  • la construction de la paix.

L’espérance et la présence de quatre évêques (1), dont Mgr Daloz, représentant le président de l’épiscopat, invitaient certes à la pondération et au changement de ton ; les débats n’ont pas manqué, cependant, de raviver les passions.


Pour des ministres élus

«  Oui, il existe une morale universelle à laquelle tout être humain peut se référer  », explique France Quéré dans le carrefour sur l’éthique.

«  Les valeurs ne sont pas Immuables, lui répond quelqu’un. Elles sont remises en question, tout comme les hiérarchies qui les prônent.  »

Venus «  expérimenter la démocratie dans l’Église  », les 4000 fidèles optent pour la création d’instances destinées à gérer… les conflits. Ils répondent au manque de prêtres par «  l’élection de ministres à temps partiel, sans discrimination de sexe, ni de situation matrimoniale  ».

«  Ne soyons pas des fossoyeurs des espérances déçues  », demande Geneviève Jacques, secrétaire générale de la Cimade, en intervenant sur les moyens de «  bâtir une économie solidaire  ».


Vatican II dépassé

«  Quatre conciles en cinq siècles, c’est trop peu  », conclut, unanime, l’atelier sur «  la démocratie dans l’Église  » : il réclame un nouveau concile, «  plus représentatif et plus œcuménique que Vatican II  ».

«  Vatican II est déjà dépassé , explique Edmond Vandermersch, l’un des organisateurs du rassemblement. L’Église doit s’activer si elle veut suivre le train.  »

La marche risque d’être difficile : depuis Vatican II, ces fidèles ont pris de l’âge et le renouvellement se fait attendre. Devant l’ampleur de la tâche soulevée par l’assemblée, la musique d’un téléfilm américain choisi pour ces premiers états généraux apparaît bien ambitieuse. Peut-être trop ? Son titre : «  Mission impossible  »…

P. B.

(1) Lucien Daloz (Besançon), Guy Deroubaix (Saint-Denis), Jacques Gaillot (Évreux), André Lacrampe (Mission de France).

Quatrième document

Un seul toit pour six religions, rue de Châtillon Un lieu d’apprentissage de la fraternité et de la paix
JPEG - 252.5 ko
Maison Inter Religions

Ce n’est pas un hasard si le centre interreligions a ouvert ses portes, 7, rue de Châtillon, en pleine guerre du Golfe. Au moment où les armes risquent de dresser les uns contre les autres des hommes de confessions religieuses différentes, à Rennes, quelques pionniers font le pari «  qu’entre croyants, dans le respect des convictions de chacun, il est possible d’apprendre ce qu’est la paix et la fraternité  ». Un pari qu’ils ne veulent plus tenir seuls. Ils proposent aux membres de leurs communautés de les rejoindre.


C’est un local modeste, de petite dimension, promis d’ailleurs à la démolition. Il constitue pourtant une première en France. Six religions sous un même toit. Du jamais vu. Pour en arriver là, il a fallu du temps. Tout a commencé en octobre 1988 par une invitation lancée par les catholiques aux protestants, orthodoxes, Israélites, musulmans et bouddhistes.

En dix-huit mois, les sept représentants se sont vus huit fois. Premier résultat :

  • une déclaration commune sur le droit des plus pauvres, à l’occasion de l’année des droits de l’homme. Elle a été exposée à la mairie pendant plusieurs mois. Les bouddhistes l’ont même placée dans leur grande pagode de Paris.
  • Une nouvelle déclaration a été signée en septembre 1990 sur les droits des enfants.

C’est dans ce contexte qu’est survenue la guerre du Golfe. De quoi mettre à l’épreuve la solidité du groupe. En fait, elle est l’occasion d’un nouveau pas en avant. Outre une troisième déclaration qui dépasse le conflit du Moyen-Orient, pour évoquer tous ceux qui se prolongent dans le monde, la décision a été prise d’avoir pignon sur rue.


Ne pas se cacher les différences

Que se passera-t-il dans le local de la rue de Châtillon ? Une permanence y sera organisée selon une fréquence à définir, plutôt l’après-midi entre 14 h 30 et 19 h On pourra s’y renseigner, échanger. Les grandes fêtes propres à chaque religion y seront solennisées. On pense

  • au carême chrétien,
  • au ramadan musulman,
  • à la pâque juive,
  • à la fête des morts bouddhiste.

Le Dr Saur suggère d’organiser une rencontre sur l’alimentation et la spiritualité. Précédemment, un échange a eu lieu sur la manière d’approcher la mort.


Pour avoir cheminé ensemble depuis tant de mois, les partenaires savent qu’il ne faut pas aller trop vite. C’est ainsi que la prière en commun n’est pas envisagée :

  • «  Le moment n’est pas venu , observe Éric Granet, qui fait partie de la communauté Israélite. Les mots que nous employons ne recouvrent pas la même réalité. »
  • « On ne veut pas se cacher les différences, précise le P. Pontais. La réalité est trop complexe. Autrement, nous passerions à côté. Nous ne voulons pas faire une moyenne entre nous. Ce ne serait respecter personne ».

C’est pourquoi le terme « Dieu » a été supprimé d’une déclaration par égard pour les bouddhistes qui ne le demandaient pas.

Un représentant de la communauté musulmane attend de ce lieu « d’être connu dans ce qu’on a d’essentiel pour être reconnu à l’Intérieur de nos communautés. » C’est bien là tout l’enjeu. Est-ce que cet élan parti de quelques-uns s’étendra aux communautés elles-mêmes ?

F. R.

Notes

[1] St. Thomas De principiis Naturae, Des principes de la réalité naturelle.

mercredi, 11 août 2010

Groupes réducteurs et noyaux dirigeants (III)

 

 LES LOIS DE FONCTIONNEMENT DE CE GENRE DE GROUPE

Continuons maintenant par un examen de la vie du groupe. Mais soulignons au passage que la nature même d’une analyse comme celle-ci impose de décrire successivement des phénomènes qui sont généralement plus ou moins simultanés.

Loi de réduction

Autour de la table ronde, les délibérants vont donc se trouver “unis” par la nécessité fictive d’élaborer leur « motion commune ».

Mais si tous les avis sont libres de se former et de s’exprimer, ils sont toutefois plus ou moins vrais, c’est-à-dire que les jugements formulés par les uns et les autres seront plus ou moins en concordance avec la réalité actuelle ou possible. Autrement dit : l’intelligence, la formation ou l’expérience de certains participants est plus grande que celle des autres, quant au sujet étudié. Et ceux-là sont toujours les moins nombreux. Nous sommes ici en présence d’un phénomène statistique, couramment analysé par la distribution en cloche, dite « loi de Gauss ». Ce petit nombre de gens compétents a donc une valeur de connaissance positive à apporter au groupe. Dans un contexte de vie normale, on dira que leur « avis fait autorité ».

Mais ici, aucune autorité n’est admise. La fiction de l’égalité doit être préservée. Ceux dont l’opinion est différente, doivent avoir la liberté d’opiner. Et leur nécessaire fraternité n’a pas pour but la connaissance d’une réalité, mais l’élaboration d’une opinion.

Alors se produit un brassage d’idées, d’avis différents. Plus ils sont variés et nombreux, plus la connaissance de la réalité sera troublée. Peu à peu elle paraîtra incertaine. De cette confusion, alors, naîtront dans les esprits divers amendements, de nouvelles variantes, d’autres opinions. La confusion tend donc à croître.

Ceux qui y voyaient clair tout à l’heure, ont déjà l’esprit barbouillé. D’aucuns ont envie de s’en aller… Mais l’union commande… Il faut se mettre d’accord sur un fond qui soit susceptible de rassembler les suffrages. Pour cela, chacun doit faire un effort. Ceux qui ont plus d’expérience et d’intelligence du problème étudié sont donc sollicités d’abandonner une part de leur avis personnel, au moins dans le cadre du groupe.

On trouvera donc finalement une motion commune, mais celle-ci s’établira par une réduction de la correspondance entre les idées et la réalité. Il est évident en effet, qu’un accord entre des personnes de jugements différents, basés sur des compétences différentes, ne peut être trouvé que sur un minimum commun. D’autant qu’au nom de l’égalité, les opinions du grand nombre de ceux qui en savent le moins, tendent à l’emporter sur les avis du petit nombre de ceux qui en savent le plus. L’effet de masse jouant ainsi, le degré de connaissance moyen se trouve naturellement nivelé au plus bas.

Nous arrivons donc à la première loi que l’on peut énoncer ainsi :

Théorème 1 : LOI DE RÉDUCTION

Des égaux délibérants, groupés suivant le principe de la liberté de pensée, ne peuvent fraterniser autour d’une motion commune qu’en opérant une réduction dans leur connaissance de la réalité.

Ainsi, l’argument moteur de la fraternité conduira à abandonner plus ou moins aisément ce qu’on se sera habitué à ne plus considérer que comme son opinion.

Loi de sélection

Et le mécanisme continue à tourner. À la réunion suivante, les propositions seront encore plus confuses.

  • D’aucuns trouveront que certains points doivent être remis en cause.
  • Des difficultés d’application ont surgi, qui vont poser de nouvelles questions et compliquer le problème.
  • Ceux qui n’ont pas encore perdu de vue le réel actuel ou possible, sont excédés par tant de discours, ou deviennent moins sûrs d’eux-mêmes.
  • Ceux qui aiment bavarder, se plaisent au jeu.

Ainsi, tandis que de nouvelles réductions tendent à s’opérer, une sélection commence à se produire.

En effet, dans le jeu qui est en train de s’accélérer, tous ne brillent pas également.

En particulier les hommes d’œuvre, ceux qui sont le plus portés à l’effort, à la réalisation, au concret, sont mal à l’aise. Ils sont lourds de leur expérience, peu brillants en paroles, et plus naturellement portés à démontrer la vérité par l’efficacité, qu’à convaincre par des discours. Les « dynamiciens » diront qu’ils constituent un “poids mort”. Tôt ou tard, suivant leur degré de réduction ou leur tempérament, leur bon sens va se révolter. Ils voudront « faire entendre raison ». Mais cela n’est possible qu’en contrariant le sens de rotation des rouages d’un mécanisme qui est déjà en pleine vitesse et en pleine accélération. Dès lors, il y a choc.

  • Et dans ce choc, si la personnalité n’est pas assez solide, elle peut être broyée par les dents de l’engrenage, et “passée à la moulinette”. Telle personne reviendra alors de ces séries de tables rondes, désorientée, désabusée, l’esprit troublé, ayant perdu confiance en elle-même, et prête à toutes les réformes, révolutions ou remises en question, pourvu qu’un meneur lui fasse croire qu’elles sont l’expression de la volonté générale ; ou bien, écœurée, elle se réfugiera dans un relativisme absolu. En bref, on aura désappris quelque chose, on aura été réduit, recyclé, etc.
  • Ou bien le choc sera celui d’une personnalité solide, et alors elle rebondira sur les dents de l’engrenage, et elle sera rejetée. Rejet qui peut se manifester calmement par une absence volontaire à la prochaine réunion, ou par des altercations de plus en plus violentes assorties d’un départ fracassant, commenté avec mépris et moquerie par ceux qui restent. Rejet qui peut être encore une pure et simple expulsion de ce gêneur, de ce “poids mort”, qui ramène constamment sur le tapis son expérience, ou les contraintes du réel. Tel ingénieur peut être prié plus ou moins poliment de quitter le séminaire où son attitude le rend indésirable. Tel monsieur respectable fut conspué et expulsé entre deux “gorilles” dans une assemblée de la Sorbonne en 1968.

Et tandis que ceux qui pourraient apporter le plus de vérité au groupe sont peu à peu mis en retrait, c’est au contraire les moins solides qui vont se trouver “en vedette”. Plus “légers” de connaissances, dépourvus d’expérience, moins préoccupés de la réalité objective, ce sont les bavards, les plumitifs, les étudiants prolongés en professeurs, bref ceux que l’on qualifie couramment aujourd’hui “d’intellectuels”, qui vont briller. Peu enclins à l’effort des réalisations, et aux recoupements qu’elles imposent sans cesse, ceux-ci ont depuis longtemps trouvé plus commode les succès oratoires. Or dans le « travail social » en cours, l’essentiel est justement de savoir convaincre en parole. C’est l’ère du parlementarisme qui s’offre à eux, dans lequel ils vont se sentir particulièrement à l’aise.

En somme, il s’opère ici, un triage analogue à celui des minerais, qui met en jeu la flottaison par différence de densité des éléments moins lourds. Nous voyons donc apparaître la loi de sélection, que l’on peut résumer ainsi :

Théorème II : LOI DE SELECTION

Dans une assemblée d’égaux délibérants, groupés suivant le principe de la liberté de pensée, la réduction consentie au nom de la fraternité, s’accompagne d’une sélection parmi les individus présents. Cette sélection tend à éliminer les personnalités les plus riches, et à mettre en vedette celles qui sont “réduites” d’avance.

Ces deux lois, réduction de la pensée et éliminations des personnalités fortes, semblent condamner les groupes réducteurs à la disparition. Logiquement, ils devraient tendre à s’éliminer d’eux-mêmes, car ils fonctionnent à rebours de la réalité. Or nous assistons, depuis deux cents ans, à leur multiplication, devenue quasi exponentielle dans les dernières décades. Il faut donc en chercher la raison dans l’analyse d’autres phénomènes.

Notes

[1] St. Thomas De principiis Naturae, Des principes de la réalité naturelle.

Source: Vive Le Roy

lundi, 09 août 2010

Groupes réducteurs et noyaux dirigeants (II)

 

 

 LA RÈGLE DU JEU

  • Ce spécialiste de “pédagogie non directive”, vient de rassembler douze personnes autour d’une table pour leur faire « prendre conscience » des nécessités d’un “recyclage” …
  • Une dizaine de personnes se sont réunies pour « échanger » sur une actualité brûlante qui « fait problème ».
  • Deux cents étudiants se sont regroupés dans un amphithéâtre pour mettre au point une “plate-forme de revendications”, etc.

Parmi les modes de déroulement possible de ce genre de réunion, la plus courante à l’heure actuelle est certainement celle que nous allons définir ici. Mais la manière dont nous allons procéder, suppose que l’on mette en évidence ce qui n’est souvent que diffus, latent, implicite. Nous emploierons, dans ce but, certains mots clés, frappés en gros caractères.

Deux principes de base : Liberté - Égalité

Tout d’abord, on peut dégager deux règles essentielles :

La première est la liberté absolue pour les délibérants de penser et de dire ce qu’ils veulent. Cette règle peut être implicite, ou posée ouvertement en absolu. Aucune contrainte, (sauf celle-là). Chacun doit être libre de parler quand il veut. Aucune norme, aucune loi objective, aucune référence morale, aucun dogme, n’est reconnu a priori. À chacun sa vérité, ses convictions, son opinion.

La seconde règle est l’égalité des délibérants. Ici encore la chose peut être implicitement admise, simplement parce que tel est l’état moyen des esprits. On peut aussi la voir explicitée, posée clairement comme une règle du jeu par l’une des personnes présentes, ou par un animateur. C’est pourquoi ce genre de groupe se réunit souvent autour d’une table ronde, dont la forme même marque l’absence de hiérarchie, garantie de l’égalité des participants.

Il est important de remarquer que ces deux règles sont réciproques l’une de l’autre. Sans l’égalité des membres, l’un d’eux pourrait imposer son avis, son idée, son point de vue ou son expérience. Il n’y aurait plus de liberté. L’une garantit l’autre. L’une est indispensable à l’autre.

Les deux tendent à la même fin. Cette fin, nous l’appellerons “libéralisation maximale” .

En effet, la philosophie générale de ces deux principes, qu’elle soit explicite ou implicite, est que les participants de la réunion soient libérés au maximum de toute loi comme de toute autorité. Ainsi, dira-t-on parfois, les individus qui composent le groupe seront dégagés des « habitudes », des « préjugés », des « tabous », des « inhibitions », qui les « conditionnent ».

La règle du jeu est-elle possible ?

Mais la règle du jeu rend celui-ci apparemment impossible. Si l’on met en présence des personnes nécessairement diverses par l’âge, le sexe, l’expérience, etc., leur connaissance du problème que l’on va mettre en débat sera “inégale”. Ainsi, les avis seront différents.

Au nom de la liberté, chacun exprimera son point de vue. Tout naturellement on cherchera à convaincre les autres que l’on a raison.

Or, au nom de l’égalité, aucune autorité n’est reconnue pour prendre une décision, ou simplement pour imposer les compétences ou l’expérience de quelqu’un.

Dès lors, la réunion devient une série d’exposés divergents dont la résultante moyenne est nulle. C’est ce qu’on appelle généralement un “tour de table”. La machine va-t-elle rester bloquée avant d’avoir commencé à tourner ? Aucune décision, aucun acte ne pourra-t-il se dégager de la réunion ? Pourtant l’on veut « faire marcher l’appareil ». Implicitement ou explicitement, la libéralisation maximale n’est-elle pas souhaitée par tous ?

Dès lors, elle devient l’objectif essentiel de la réunion, et prend le pas sur le prétexte autour duquel elle fut organisée.

Cette obstination peut être due à la volonté méthodique d’un technicien de groupe, d’un animateur socioculturel, d’un psychotechnicien, ou simplement d’un manipulateur astucieux.

Mais elle peut aussi naître spontanément de l’état moyen des esprits. Il suffit pour cela que la majorité soit convaincue qu’il n’ y a pas de vérité objective, donc pas de réalité susceptible de s’imposer à tous comme norme de pensée ou d’action.

Dès lors en effet, la liberté des délibérants devient un absolu, car chacun paraît en droit de se forger une vérité relative, qui sera son opinion. Et puisqu’elle ne sera que son opinion, elle ne peut avoir plus de poids qu’une autre, car elle n’est pas moins subjective. L’égalité paraît donc nécessaire.

Argument moteur : La Fraternité

Mais il répugne à la nature humaine de parler sans but. L’étalage d’opinions contradictoires est irritant, et provoque un « blocage » des esprits. Pour que l’on puisse continuer de réaliser le « travail social » que l’on recherche, il faut trouver une « motivation » au groupe, lui maintenir sa cohésion. Il faut un “argument moteur”.

C’est aux mêmes principes libéraux que l’on va demander de le fournir.

  • Puisqu’il n’y a pas de vérité, mais seulement des opinions, il est indispensable de s’unir pour en forger une qui sera celle du groupe.
  • Puisqu’il n’y a pas de loi extérieure à celui-ci, à laquelle on doive se soumettre, il faut en forger une qui lui soit intérieure, c’est à dire basée sur la volonté générale. Ce sera en somme la résultante des opinions, égales entre elles, des personnes qui forment le groupe, ou si l’on veut, l’opinion moyenne.

Cet argument moteur peut se résumer ainsi :

Messieurs, seuls nous ne pouvons rien ; livrés à notre individualisme, notre opinion sera inutile. Or il faut bien déboucher sur quelque chose, ce qui suppose de nous unir, d’établir une fraternité entre nous. Quitte à renoncer parfois à quelque chose de notre opinion personnelle, nous devons nous forger une volonté commune. Grâce à cette union nous serons plus forts.

Notes

[1] St. Thomas De principiis Naturae, Des principes de la réalité naturelle.

Source: Vive Le Roy

jeudi, 05 août 2010

Groupes réducteurs et noyaux dirigeants (I)

Comment ces étudiants sérieux, après seulement quelques participations aux AG de grévistes, se sont-ils mutés, pour les uns en révolutionnaires hargneux et violents, et pour les autres en couards prêts à toutes les concessions ? Comment cette Conférence des Évêques de France a-t-elle pu déboucher sur des déclarations aussi insipides, consensuelles et pusillanimes ? C’est que ces deux groupes — et tant d’autres avec eux — ont en commun leur mode de fonctionnement en société de pensée. Catholiques, monarchistes et autres défenseurs du droit naturel ! impossible de survivre en démocratie sans s’instruire au préalable de cette technique de subversion de la pensée réaliste.

 

 Introduction de VLR

Nous publions ici un large extrait de l’ouvrage Groupes réducteurs et noyaux dirigeants dans sa version de 1973. Un grand merci à son auteur-éditeur ― Adrien Loubier ― d’avoir permis à VLR la mise en ligne exclusive de ce travail capital.

On lira avec intérêt l’ouvrage complet que l’on peut commander aux Éditions Sainte-Jeanne-d’Arc, Les Guillots, 18260 Villegenon.


 UN CERTAIN GENRE DE GROUPE

Voilà une expression qui peut paraître hermétique ; elle exprime pourtant assez bien le problème que nous allons nous efforcer de cerner dans les lignes qui suivent.

En effet nous n’avons pas l’intention de nous livrer à une étude exhaustive d’une espèce particulière de groupe humain, telle que :

  • syndicats,
  • groupes de travail,
  • clubs idéologiques,
  • cercles d’action catholique,
  • symposium,
  • forum,
  • séminaire,
  • recyclage,
  • ou tant d’autres prétextes réguliers ou occasionnels de réunions.

C’est plutôt aux caractères qu’ils peuvent avoir en commun, à leur forme sociologique, que nous voudrions nous attacher.

C’est pourquoi nous commencerons en parlant d’un certain genre de groupe, que nous définirons, non pas par son étiquette ou son profil extérieur, mais par les lois qui régissent sa nature et son fonctionnement interne.

Nous allons évoquer un certain genre de groupe que l’on pourra aisément reconnaître un peu partout grâce à sa règle du jeu et à son mode de vie, quelle que soit la raison immédiate qui a provoqué sa réunion.

Enfin, si nous disons « un certain genre de groupe », c’est en vue d’éviter toute globalisation ou généralisation abusive.

Notes

[1] St. Thomas De principiis Naturae, Des principes de la réalité naturelle.

Source: Vive Le Roy

dimanche, 25 juillet 2010

Philippe le Bel et Boniface VIII (II)

Du côté maçonnique et ésotérique que reproche-t-on à Philippe le Bel ?

Une seule chose : la destruction de l’Ordre du Temple. Pourquoi ? Qui étaient les Templiers ? Que représentent-ils pour un franc-maçon d’aujourd’hui, pour ses compagnons de route ?

Bref rappel sur l’histoire de l’Ordre du Temple

Là encore, reportons-nous quelques siècles en arrière…

En 1118, à l’époque triomphante du royaume de Jérusalem, le Champenois Hugues de Payens, Geoffroy de Saint-Omer et sept autres chevaliers proposent au roi Baudouin II de mettre à sa disposition, sous la forme d’un ordre militaire et religieux, une troupe permanente. Cette troupe se donne pour mission d’assurer aux pèlerins la liberté des routes et tient quartier dans une partie du palais royal, qu’on appelle, alors, le Temple de Salomon.

En 1128, Hugues de Payens se rend au concile de Troyes, où il fait solennellement approuver son Ordre. Quelques années après, saint Bernard confie, à son secrétaire Michealensis, le soin d’adapter à cette vie guerrière la règle bénédictine…

Le 13 octobre 1307, au matin, le Grand Maître du Temple, Jacques de Molay est arrêté à Paris.

Le 22 mars 1312, par la bulle Vox in excelso [10], le pape Clément V supprime l’Ordre du Temple.

Le 11 mars 1314, le cardinal d’Albano, deux autres cardinaux et l’archevêque de Sens, mandatés par le pape, condamnent à la prison perpétuelle le Grand Maître des Templiers, le Visiteur de France et les Commandeurs d’Aquitaine et de Normandie. Jacques de Molay et Geoffroy de Charnay, Commandeur de Normandie, au lieu de confesser publiquement leurs fautes, rétractent leurs aveux. Relaps, selon le droit de l’époque, ils sont, alors, remis, par les cardinaux, au prévôt de Paris qui les fait brûler par ordre du roi.

Le Temple, un ordre turbulent

On croit généralement que la persécution qui fond sur eux, le 13 octobre 1307, est subite, inattendue, foudroyante, et doit, sans conteste, être regardée comme le résultat d’un concert intéressé entre le pape et le roi de France. Il n’en est point ainsi ! Il y a longtemps que nombre de princes chrétiens se plaignent de l’attitude des Templiers et que les yeux de la cour de Rome sont ouverts sur les désordres des chevaliers ! Quelques faits…

  • En 1172, le roi Amaury de Jérusalem est contraint de prendre d’assaut la résidence du Grand Maître, pour incarcérer l’assassin d’un ambassadeur ismaïlien qu’il venait de recevoir et que les Templiers avait massacré, lui et son escorte. Décidé à demander au pape la suppression de l’Ordre, la mort l’empêchera de mener à bien son projet…
  • En 1200, le pape Innocent III reçoit la plainte de Léon Ier, roi d’Arménie, contre les Templiers qui ont envahi et ravagé sa terre.
  • Les Templiers trahissent l’empereur Frédéric III qui vient de reconquérir la Terre Sainte et cherchent à le faire assassiner par les infidèles [11].
  • En Syrie, saint Louis fait mettre à genoux devant lui, en présence de tous les barons, le Grand Maître Renaud de Vichière, pour avoir engagé, à son insu, des négociations politiques et financières avec le sultan de Damas…
  • Les Templiers ont refusé de participer à la croisade contre les Albigeois…

En 1272, le concile de Salzbourg propose de réunir le Temple à l’Hôpital. Grégoire X, dès l’année suivante, et Nicolas IV, en 1289, travaillent à ce projet dans le but avoué de réformer à la fois les deux Ordres…

Quels sont les griefs relevés dans le procès contre l’Ordre ?

En premier lieu, la pratique d’une initiation secrète, accompagnée du reniement du Christ et de l’adoration d’une idole à tête d’homme, le Baphomet, transcription pour certains de Mahomet, pour d’autres du “baptême du feu” alchimique.

Les procédures commencées en France sont, d’abord, déclarées nulles par le pape, le roi de France n’ayant pas le droit de juger les chevaliers qui ne relèvent que de Rome. La commission pontificale, alors mandatée, conclut à la véracité des accusations après des interrogatoires qui, eux, contrairement aux tribunaux civils de l’époque, ne pratiquent pas la torture. En Angleterre, en Sicile, à Naples, à Florence, dans les États de l’Église, l’enquête poursuivie pendant deux ans établit la culpabilité, sinon de la plupart des chevaliers, au moins d’un très grand nombre.

Les biens du Temple, fort importants, sont remis à l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem [12], conformément à la bulle pontificale adressée au roi de France et datée du 16 mai 1312 [13].

Les historiens sérieux et impartiaux admettent, aujourd’hui, que, si la totalité de l’Ordre ne fut certainement pas gangrenée, une partie, qu’il est difficile de dénombrer, contaminée par les Cathares [14] et l’Orient, était bel et bien hérétique, manichéenne et, probablement, satanique.

Que vient donc faire la mouvance maçonnique et ésotérique dans cette histoire ?

L’universalité du Temple fit sa faiblesse ; sa richesse provoqua sa ruine ; sa doctrine, son ésotérisme, son “secret” servirent à sa destruction. Mais son esprit demeura, repris par les fraternités médiévales, par les groupes rosicruciens, par les sociétés de pensée, par les sociétés secrètes de nos jours ; l’idéal du Temple, l’ésotérisme de son but demeurent vivants. Peu importe que la succession matérielle ne soit pas assurée par des investitures rituéliques ; l’esprit demeure et l’idée templière appartient incontestablement aux grands courants de pensée qui secouent encore parfois le monde moderne…

J. Marquès-Rivière : Histoire des Doctrines Ésotériques, Payot édit. , p. 278.

De fait, la mouvance maçonnique et ésotérique revendique, à tort ou à raison, la filiation templière et Philippe le Bel a attisé pour les siècles la haine des initiés contre sa dynastie et sa religion.

Quelques exemples…

  • L’une des épreuves de la Franc-Maçonnerie, avant la Révolution, consistait à faire opérer au dignitaire maçonnique l’exécution en effigie d’un roi de France sur un mannequin représentant Philippe le Bel [15] …
  • Chacun sait que Louis XVI fut enfermé au Temple. Mais, ce que l’on ne sait généralement pas c’est que, après avoir repoussé le choix de l’Hôtel de la Chancellerie, l’Assemblée avait décidé d’enfermer les “otages” dans le Palais du Luxembourg. Manuel, procureur de la Commune, refusa, arguant les facilités d’évasion que procurerait la présence de souterrains, et proposa le Temple. Mais, pour les députés comme pour le roi, le Temple, c’était le Palais du Grand Prieur, construit par Mansard et résidence princière. Pour la Commune, c’était le fameux donjon carré qui avait servi aux Templiers de trésor et de dépôt d’archives ! On connaît le cri qui s’éleva du milieu de la foule le 21 janvier 1793 : « Jacques de Molay, tu es vengé » . Mais, peut-être n’est-il pas historique…
  • Au XIXe siècle, les carbonari faisaient le serment de travailler au renversement des Bourbons et du Pape…
  • De nos jours [16], les fils de maçons américains sont enrégimentés sous la bannière de DeMolay, en souvenir du dernier Grand Maître de l’Ordre du Temple. Cette importante organisation, l’Ordre International de DeMolay, a été fondée en Amérique en 1919. Y adhèrent les “Lowtons” [17] âgés de 13 à 21 ans. Des personnalités connues ont, tout jeunes, sucé le lait de la louve maçonnique et appartenu à l’Ordre DeMolay : des acteurs célèbres comme John Wayne, des dessinateurs comme Walt Disney, des astronautes comme Franck Borman et Vance Brand, des politiciens comme le président Bill Clinton…

Que la filiation soit réelle ou inventée, la Franc-Maçonnerie se veut héritière du Temple !

Notes

[10] « Clément, évêque, serviteur des servireurs de Dieu,… Une voix a été entendue dans les hauteurs, voix de lamentation, de deuil et de pleurs… Nous supprimons par une sanction irréfragable et valable à perpétuité, non sans amertume et sans douleur dans le cœur, l’ordre des Templiers, son état, son costume et son nom… Donné à Vienne, le XI des calendes d’avril, de notre pontificat la septième année. »

[11] Mathieu PARIS, à l’année 1229, t. III, p. 417 de la trad. Huillard-Bréholles.

[12] Appelé, aujourd’hui, “Ordre de Malte”.

[13] Une bulle identique, portant la même date, est adressée au roi d’Angleterre.

[14] De nombreux Cathares avaient été placés en manière d’expiation dans l’Ordre du Temple.

[15] Cf. J.C. Lozac’hmeur et B de Karer : De la Révolution, Édit. Ste Jeanne d’Arc, 1992.

[16] Cf. Henry Coston. Monde et Vie - 7 avril 1994 - N° 563.

[17] Le terme “lowton” ou “louveton” ou “louveteau” désigne un fils de franc-maçon qui a reçu le “baptême” maçonnique au cours d’une cérémonie en loge.

Source: Vive Le Roy

jeudi, 22 juillet 2010

"Complot qui n'existe pas". Comment fabriquer des dégénérés?

 

"Corruption morale caractéristique, peut-on dire, et, par certains, proposée systématiquement, comme le prouvent tels documents communiqués par le Vatican à Crétineau-Joly qui les publia à la demande de Grégoire XVI et de Pie IX.

'Mgr Delassus (La conjuration antichrétienne, p. 325) :

Sur la fin de son pontificat, le pape Grégoire XVI, effrayé du redoublement d'activité qu'il remarquait dans les sociétés secrètes, voulut, peu de jours avant sa mort, les dévoiler à toute l'Europe. Pour cela, il jeta les yeux sur Crétineau-Joly. Le 20 mai 1846, il lui fit écrire par le cardinal Lambruschini de venir à Rome. Il lui fit remettre, pour ce travail, par le cardinal Bernetti, ancien secrétaire d'Etat, les documents en sa possession, et il l'accrédita au près des cours de Vienne et de Naples pour qu'il obtînt d'elles communication d'autres documents déposés dans leurs archives secrètes."

 

Mille pressions s'exercèrent aussitôt sur Crétineau-Joly pour le contraindre au silence. Pie IX lui-même, effrayé par les dangers que courait l'historien, le lui conseilla. Ce n'est qu'en 1849, pendant que le Pape était à Gaëtte, que le cardinal Fornari, nonce à Paris, engagea l'historien à reprendre son travail. Après bien des vicissitudes, la plupart des documents virent le jour dans "L'Histoire du Sonderbund" et dans "L'Eglise Romaine en face de la Révolution".

Dans le deuxième volume de son ouvrage "L'Eglise Romaine en face de la révolution", Crétineau-Joly publie une autre lettre d'un membre de la Haute vente (Vindice à Nubius - deux pseudonymes -, de Castellemare, le 9 août 1838) :

'Le catholicisme, y peut-on lire, n'a pas plus peur d'un stylet bien acéré que les monarchies ; mais ces deux bases de l'ordre social peuvent crouler sous la CORRUPTION : ne nous lassons donc jamais de corrompre. Tertullien disait avec raison que le sang des martyrs enfantait des chrétiens ; ne faisons donc pas des martyrs, mais popularisons le vice dans les multitudes. Qu'elles le respirent par les cinq sens, qu'elles le boivent, qu'elles s'en saturent [...] Faites des coeurs vicieux et vous n'aurez plus de catholiques

C'est la CORRUPTION en grand que nous avons entreprise [...] la corruption qui doit nous conduire à mettre un jour l'Eglise au tombeau. J'entendais dernièrement un de nos amis rire d'une manière philosophique de nos projets et nous dire:

Pour abattre le catholicisme, il faut commencer par supprimer la femme. Mais, puisque nous ne pouvons supprimer la femme, corrompons-la avec l'Eglise. Corruptio optimi pessima. [...] Le meilleur poignard pour l'Eglise c'est la corruption.'"

(Jean Ousset, Pour qu'Il règne, DMM, Niort 1998, p. 147-148).

"Corruption de la femme, vient-il d'être dit. Or, ne pouvait-on lire dans le journal 'L'Emeute' de Lyon (du 7-12-1883) : 'Il est temps de renforcer nos bataillons avec tous les éléments qui épouseront nos haines… Les filles seront de puissants auxiliaires; elles iront chercher les fils de famille jusque dans le giron de leur mère pour les pousser au vice, au crime même…; elles se feront les servantes des filles des bourgeois pour pouvoir leur inculquer les passions honteuses. Telle pourra être l'œuvre des femmes attachées à la Révolution.'

Le premier auteur de la loi qui a créé les lycées de filles, Camille Sée, a déclaré que l'œuvre de déchristianisation de la France n'obtiendrait son plein succès que lorsque toutes les femmes auraient reçu l'éducation laïque. "Tant que l'éducation des femmes, a-t-il dit dans son rapport à la Chambre en 1880, finira avec l'instruction primaire, il sera presque impossible de vaincre les préjugés, la superstition, la routine" (entendons : les traditions catholiques, le dogme, la morale.)

 

En janvier 1906, le renégat Charbonnel eut un entretien avec le ministre de l'Instruction Publique, le franc-maçon Bienvenu Martin. 'La Raison' en rendit compte: "Je voyage beaucoup, dit le ministre, pour une cause que j'ai profondément à cœur, l'éducation des jeunes filles. Je suis allé inaugurer nombre de lycées et de collèges à leur usage. Nous arracherons la femme au couvent et à l'Eglise. L'homme fait la loi, la femme fait les mœurs. …

Or ici l'initiative a été prise par les loges. Le 6 septembre 1900, le Convent du Grand-Orient de France renvoya 'à l'étude des loges la recherche des moyens les plus efficaces pour rétablir l'influence des idées maçonniques sur les femmes, tenter de les arracher à l'influence des prêtres et créer telles institutions aptes à atteindre ce but.' (Compte-rendu du Convent de 1900, p. 166.)

'Pour tuer l'Eglise, il n'y a qu'à prendre l'enfant et à corrompre la femme' (Heine.)

'Celui qui tient la femme tient tout, d'abord parce qu'il tient l'enfant, ensuite parce qu'il tient le mari' (Jules Ferry) [le fameux promoteur de l'école laïque et obligatoire…]

'Les communistes désirent que la femme se libère le plus tôt possible de son foyer, qu'elle ne subisse la maternité que d'une façon consciente et raisonnée' (P. Semard, L'Humanité du 8.11.1924).

Au Congrès maçonnico-féministe de 1900, on put entendre : 'Nous voulons l'union libre dans l'amour jeune et sain. Le mariage pourra être supprimé sans inconvénient. Liberté absolue de l'avortement... etc.'

'Il faut détruire (dans la femme) le sentiment instinctif et égoïste de l'amour maternel... La femme n'est qu'une chienne, une femelle, si elle aime des enfants' (Congrès communiste du 16.11.1922). - Voir aussi La femme et l'enfant dans la Franc-maçonnerie, par M. de la Rive, 1895.

 

Les fascicules des 1er et 16 avril 1909 de la Réforme sociale publièrent un mémoire de M. Pierret, intitulé 'L'oeuvre de la dépopulation en France', dans lequel il était établi d'une façon péremptoire que le mouvement néomalthusien était voulu par la Maçonnerie : 'M. Pierret prouve... que sous le haut patronnage de celle-ci, avec le concours avoué des personnages les plus éminents du parti maçonnique, des associations se sont fondées qui tendent à ce but. Le frère Robin y est encadré par tout un groupe de politiciens dont les noms sont tristement connus : Aulard, Henry, Berenger, Seailles, Lucipia, Merlon, Fernand Gregh, Trouillot, Jaurès, etc. Et M. Pierret explique comment il prit contact avec ce mouvement dans une réunion de 'Jeunesse laïque' présidée par M. Havet, de l'Institut, et dont les principaux orateurs n'étaient rien moins que M. Anatole France, de l'Académie française, M. le député Sembat, et le non moins député Ferdinand Buisson, qui a présidé longtemps aux destinées de notre enseignement officiel' (fascicules des 1er et 16 avril 1909 de la Réforme sociale, p. 394, 395)

 

Qu'il s'agisse de l'apologie de l'union libre, de l'introduction et du développement du néo-malthusianisme (dépopulation, avortement), du développement des modes immodestes, de l'envahissement de la littérature pornographique, de la prétendue 'éducation sexuelle', etc., on sait quelle fut l'action déterminante sinon la complicité des Loges. Oeuvre systématique et continue de corruption morale. De l'idéal proposé par Helvetius à l'ouvrage réédité par Léon Blum au moment où, en une heure typiquement révolutionnaire, il était le chef du gouvernement français, il est impossible de ne pas constater une volonté de corruption vraiment trop stable pour qu'on ne la puisse dire 'essentielle' à la Révolution."

(Crétineau-Joly, L'Eglise romaine en face de la Révolution, 1849 in Jean Ousset, Pour qu'Il règne, DMM, Niort 1998, p. 149-151.)

 

Source: Christ Roi