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mardi, 18 juin 2013

Rendez vous à Gesté pour sauver une Eglise de la folie socialiste!

 

 

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Il est temps de se mettre en danger. Nous apprenons que la Gauche veut tomber dans un de ses travers historiques en cherchant à faire démolir l’Eglise de Gesté dans le Maine et Loire.. Nous vous demandons de vous tenir prêts à vous déplacer dans l’urgence pour défendre cette Eglise dont certaines parties remontent au XVème siècle. Rappelez vous qu’à Vendômes au début du XXème siècle ce furent des excréments qu’utilisèrent les mêmes officines pour terminer leur tâche immonde.

 

Rappelons que notre article Nous ne serons plus jamais des catholiques de salon a rencontré un grand succès. Nous espérons de tout cœur que nos lecteurs sauront mettre en pratique leur adhésion de cœur. Notons par ailleurs que cette Eglise a vu périr plus de 300 chouans assassinés par les colonnes infernales!

 

Vous pouvez prendre connaissance de l’affaire dans l’article suivant. En voici un extrait:

 

« L’avocat de l’association a déposé ce jour un référé en suspension et une requête en annulation de la délibération du conseil municipal,

 

mais il est probable que la démolition commencera dès demain. Il ne reste que peu d’alternatives possibles pour empêcher ce vandalisme. La première serait que le ministère de la Culture, qui est au courant de la situation, prenne ses responsabilités comme à Saint-Gemmes-d’Andigné (ou à Fontainebleau) et prenne un arrêté d’instance de classement. Mais celui-ci doit intervenir immédiatement.
La deuxième serait que l’on suive l’exemple de la Halle de Fontainebleau, où les défenseurs du patrimoine se sont
opposés physiquement aux bulldozers. Nous parlions récemment de la leçon turque, peut-être est-il temps de la suivre même s’il est facile de parler depuis Paris, loin du Maine-et-Loire. Quelle que soit l’issue de cette bataille, il reste à espérer que les responsables n’en sortiront pas impunis. Va-t-on accepter qu’en France, désormais, un élu local puisse décider de la destruction d’une église en bon état, dont la qualité artistique est reconnue même par un tribunal administratif ? Sommes nous encore dans un État de droit ou le temps de la barbarie est-il définitivement revenu « 

 

La Presse Internationale s’est déjà émue de la situation ubuesque dans laquelle se plonge la municipalité. Citons le New York Times par exemple.

 

 

 

S’il vous en fallait davantage pour vous encourager à la mobilisation, notons que la municipalité avec l’aide de la préfecture a encouragé la détérioration du Lieu. Vous pouvez prendre connaissance de leurs méfaits ici.

 

Vous pouvez nous contacter pour un premier filtre sur nouvelarbitre@gmail.com.

 

Les trains vers Angers : http://www.voyages-sncf.com/billet-train/resultat?hid=563

 

Les trains vers Nantes: http://www.voyages-sncf.com/billet-train/resultat?hid=15NN

 

Article publié sur: http://nouvelarbitre.com/rendez-vous-a-geste-pour-sauver-...

dimanche, 18 mars 2012

Le Testament politique de RICHELIEU (Extraits)

 

Consignes pour une société heureuse

 

 

 

Loin de l’image véhiculée par les romans, le Testament politique révèle un ministre soucieux du concours de chacun au bien commun selon un effort proportionnel à son rang. Ainsi il énonce au Roi ses devoirs et lui prodigue des conseils dans le gouvernement des ordres de son Royaume. Le Cardinal lui rappelle aussi que, devant le tribunal céleste, on est d’abord jugé à l’aune du zèle qu’on a manifesté à accomplir sa charge publique avec justice. Assurément, le droit divin constitue la clé de voûte de la société : «  Le règne de Dieu est le principe du gouvernement des États ; et en effet c’est une chose si absolument nécessaire, que sans ce fondement il n’y a point de Prince qui puisse bien régner, ni d’État qui puisse être heureux. »

 

 

 Introduction

Armand-Jean du Plessis de Richelieu, est né le 9 septembre 1585. Il est usuel de placer son action et sa doctrine sous le signe d’une promotion sans faille de ce qu’on appelle l’absolutisme monarchique.

De fait, l’histoire de son ministériat de presque deux décennies illustre une indomptable volonté au service dune grandeur royale qui ne semble souvent que le support précaire d’une puissance d’État, qui a sa « raison » que la raison commune ignore. Ne va-t-il pas, d’une formule terrible, jusqu’à poser dans sa maxime d’État 80 qu’ « en affaires d’État, il n’est pas comme des autres :
- aux unes, il faut commencer par l’éclaircissement du droit ;
- aux autres par exécution et possession
 » ?

Pourtant, la pensée comme l’action de Richelieu est souvent caricaturée. On le taxe un peu vite de machiavélisme ou de tacitisme même s’il est vrai qu’il affranchit la morale des gouvernants des règles ordinaires de la morale.

On admet à la légère la formule frappante de Siri dans ses Anecdotes du ministère du cardinal de Richelieu, le décrivant comme « le Tibère de notre siècle ». (On oublie d’ailleurs que Siri, ce disant, voulait louer la grandeur du cardinal.)

Le choix de textes qui suit, tiré du Testament politique [1], contribuera à affiner un jugement commun non pas tout à fait faux mais trop peu nuancé en présentant les traits plus traditionnels, ou en tous cas moins « modernistes », d’une réflexion complexe [2] [3].

Richelieu, politique réaliste et trop amant de l’État, demeure malgré tout le Premier ministre d’un roi très chrétien qui fait toute sa place au Roi des Rois et un noble français qui ne comprend sa société qu’en ordres organiquement hiérarchisés [4].

Stéphane RIALS.


 Rex christianissimus

Dieu étant le Principe de toutes choses, le souverain Maître des Rois, et celui seul qui les fait régner heureusement, si la dévotion de V.M. [Votre Majesté, note de VLR] n’était connue de tout le monde, je commencerais ce chapitre qui concerne sa personne, en lui représentant, que si elle ne suit les volontés de son Créateur, et ne se soumet à ses lois, elle ne doit point espérer de faire observer les siennes, et de voir ses sujets obéissants à ses ordres.

 Règne de dieu par le prince

Le règne de Dieu est le principe du gouvernement des États ; et en effet c’est une chose si absolument nécessaire, que sans ce fondement il n’y a point de Prince qui puisse bien régner, ni d’État qui puisse être heureux.

(…) c’est une chose si connue de chacun par sa propre raison, qu’il ne tire pas son être de lui-même, mais qu’il a un Dieu pour Créateur, et par conséquent pour Directeur, qu’il n’y a personne qui ne sente que la nature a imprimé cette vérité dans son cœur avec des caractères qui ne peuvent s’effacer.

Tant de Princes se sont perdus, eux et leurs États, pour fonder leur conduite sur un jugement contraire à leur propre connaissance ; et tant d’autres ont été comblés de bénédictions, pour avoir soumis leur autorité à celle dont elle dérivait, pour n’avoir cherché leur grandeur qu’en celle de leur Créateur ; et pour avoir un peu plus de soin de son règne que du leur propre, que je ne m’étendrai pas davantage sur une vérité trop évidente pour avoir besoin de preuve.

 La Couronne et la Tiare

L’ordre que Dieu veut être observé en toutes choses, me donne lieu de représenter à V.M. 
- qu’ainsi que les Princes sont obligés à reconnaître l’autorité de l’Église, à se soumettre à ses saints Décrets, et y rendre une entière obéissance en ce qui concerne la puissance spirituelle que Dieu lui a mise en main pour le salut des hommes, et
- qu’ainsi qu’il est de leur devoir de maintenir l’honneur des Papes comme successeurs de Saint Pierre, et Vicaires de Jésus-Christ,
- aussi ne doivent-ils pas céder à leurs entreprises, s’ils viennent à étendre leur puissance au-delà de ses limites.

Si les Rois sont obligés de respecter la Tiare des Souverains Pontifes, ils le sont aussi de conserver la puissance de leur Couronne.

Cette vérité est reconnue de tous les théologiens ; mais il n’y a pas peu de difficulté de bien distinguer l’étendue et la subordination de ces deux Puissances.

En telle matière il ne faut croire
- ni les gens du Palais, qui mesurent d’ordinaire celle du Roi par la forme de sa Couronne, qui étant ronde, n’a point de fin ;
- ni ceux qui par l’excès d’un zèle indiscret se rendent ouvertement partisans de Rome.

 Vouloir le raisonnable

La lumière naturelle fait connaître à un chacun, que l’homme ayant été fait raisonnable, il ne doit rien faire que par raison, puisqu’autrement il ferait contre sa nature, et par conséquent contre celui même qui en est l’Auteur (…)

(…) il s’ensuit clairement, que si l’homme est souverainement raisonnable, il doit souverainement faire régner la raison, ce qui ne requiert pas seulement qu’il ne fasse rien sans elle, mais l’oblige de plus à faire, que tous ceux qui sont sous son autorité la révèlent et la suivent religieusement.

 De la guerre juste

Au jugement des mieux sensés, la guerre est quelquefois un mal inévitable ; et en d’autres rencontres il est absolument nécessaire, et tel qu’on en put tirer du bien (…)

Je soutiens, et c’est chose véritable, qu’il n’y en peut avoir d’heureuse, qui ne soit juste ; parce que si elle ne l’était pas, quand l’événement en serait bon selon le monde, il en faudrait rendre compte au Tribunal de Dieu.

 Le Prince en son conseil

Ce n’est pas une petite question entre les Politiques, de savoir si un Prince qui se gouverne en son État par sa tête, est plus à désirer que celui qui ne se fiant pas tant à ses lumières, défère beaucoup à son Conseil, et ne fait rien sans son avis.

On ferait des volumes entiers des raisons qui se peuvent mettre en avant de part et d’autre : mais réservant cette question au fait particulier qui m’oblige à le rapporter en ce lieu, après avoir préféré le Prince qui agit plus par son Conseil que par le sien propre, à celui qui préfère sa tête à toutes celles des conseillers, je ne puis que je ne dise, qu’ainsi que
- le plus mauvais gouvernement est celui qui n’a autre ressort que la tête d’un Prince, qui étant incapable, est si présomptueux, qu’il ne fait état d’aucun Conseil :
- le meilleur de tous est celui dont le principal mouvement est en l’esprit du Souverain, qui bien que capable d’agir par soi-même, a tant de modestie et de jugement, qu’il ne fait rien sans bon avis, fondé sur ce principe, qu’un œil ne voit pas si clair que plusieurs (…)

Un Prince capable est un grand trésor en un État. Un Conseil habile et tel qu’il doit être n’en est pas un moindre ; mais le concert de tous les deux ensemble est inestimable, puisque c’est de là que dépend la félicité des États.

 Le conseiller du Prince

La capacité des Conseillers ne requiert pas une suffisance pédantesque ; il n’y a rien de plus dangereux pour l’État, que ceux qui veulent gouverner les Royaumes par les maximes qu’ils tirent de leurs livres : ils les ruinent souvent tout à fait, par ce moyen, parce que le passé ne se rapporte pas au présent, et que la constitution des temps, des lieux et des personnes est différente.

Elle requiert seulement
- bonté et fermeté d’esprit,
- solidité de jugement, vraie source de la prudence,
- teinture raisonnable des Lettres, connaissance générale de l’Histoire et de la constitution présente de tous les États du monde, et particulièrement de celui auquel on est.

Deux choses sont principalement à considérer à ce propos.
- La première, que les plus grands esprits sont plus dangereux qu’utiles au maniement des affaires ; s’ils n’ont beaucoup plus de plomb que de vif-argent, ils ne valent rien pour l’État (…)
- La seconde remarque (…) ( : ) La présomption est un des grands vices qu’un homme puisse avoir dans les charges publiques (…)

Le plus habile homme du monde doit souvent écouter les avis de ceux qu’il pense même être moins habiles que lui.

 La noblesse

Il faut considérer la Noblesse, comme un des principaux nerfs de l’État, capable de contribuer beaucoup à sa conservation et à son établissement.

Elle a été depuis quelque temps si rabaissée par le grand nombre des Officiers que le malheur du siècle a élevés à son préjudice, qu’elle a grand besoin d’être soutenue contre les entreprises de telles gens.

L’opulence et l’orgueil des uns accablent la nécessité des autres, qui ne sont riches qu’en courage, qui les porte à employer librement leur vie pour l’État, dont les Officiers tirent la subsistance.

Comme il les faut soutenir contre ceux qui les oppriment, il faut avoir un soin particulier d’empêcher qu’ils ne traitent ceux qui sont au-dessous d’eux, comme ils sont traités des autres.

C’est un défaut assez ordinaire à ceux qui sont nés dans cet Ordre, d’user de violence contre le peuple, à qui Dieu semble avoir plutôt donné des bras pour gagner sa vie, que pour la défendre. Il est très important d’arrêter le cours de tels désordres par une sévérité continue (…)

Ceux qui étant préjudiciables au public, ne lui sont pas utiles, il est certain que la Noblesse qui ne lui sert point à la guerre, n’est pas seulement inutile, mais à charge à l’État, qui peut en ce cas être comparé au corps qui supporte le bras paralytique comme un faix qui le charge, au lieu de le soulager.

Comme les Gentilshommes méritent d’être bien traités lorsqu’ils sont bien, il faut leur être sévère s’ils manquent à ce à quoi leur naissance les oblige ; et je ne fais aucune difficulté de dire, que ceux qui dégénérant de la vertu de leurs aïeuls, manquent de servir la Couronne de leurs épées et de leur vies avec la constance et la fermeté que les Lois de l‘État requièrent, mériteront d’être privés des avantages de leur naissance, et réduits à porter une partie du faix du peuple.

L’honneur leur devant être plus cher que la vie, il vaudrait beaucoup mieux les châtier par la privation de l’un que de l’autre.

Ôter la vie à des personnes qui l’exposent tous les jours pour une pure imagination d’honneur est beaucoup moins que leur ôter l’honneur, et leur laisser la vie, qui leur est en cet état un supplice perpétuel.

S’il ne faut rien oublier pour maintenir la Noblesse en la vraie vertu de ses pères, on ne doit aussi rien omettre pour la conserver en la possession des biens qu’ils lui ont laissés, et procurer qu’elle en puisse acquérir de nouveaux.

 La vénalité et l’hérédité des offices

Au jugement de la plus grande partie du monde, le plus souverain (« remède » aux « dérèglements de la Justice ») consiste à supprimer la vénalité, à éteindre l’hérédité des Offices, et à les donner gratuitement à des personnes d’une capacité et d’une probité si connue, que leur mérite ne puisse être contesté par l’envie même (… )

Cependant bien qu’il soit presque toujours dangereux d’être singulier dans son avis, je ne puis que je ne dise hardiment, qu’en l’état présent des affaires, et en celui qu’on peut prévoir pour l’avenir, il vaut mieux selon ma pensée, continuer la vénalité et l’hérédité des Offices, qu’en changer tout à fait l’établissement (…)

Aussi, bien que la suppression de la vénalité et de l’hérédité des Offices soit conforme à la raison, et à toutes les Constitutions du Droit ; si est-ce néanmoins que les abus inévitables, qui se commettraient en la distribution des charges dépendantes de la simple volonté des Rois, dépendraient par conséquent de la faveur et de l’artifice de ceux qui se trouveraient plus puissants auprès d’eux, rendant la façon par laquelle on y pourvoit maintenant, plus tolérable que celle dont on s’est servi par le passé, à cause des grands inconvénients qui l’ont toujours accompagnée (…)

Il faut en ce cas succomber à la faiblesse, et se contenter plutôt d’une règle modérée, que d’en établir une plus austère, et qui serait peut-être convenable, sa rigueur étant capable de causer quelque ébranlement à ce qu’on veut affermir (…)

Au lieu que la suppression de la vénalité et de l’hérédité des Offices devrait ouvrir la porte à la vertu, elle l’ouvrirait aux brigues et aux factions, et remplirait les charges d’Officiers de basse extraction, souvent plus chargés de Latin que de biens, dont il arriverait beaucoup d’inconvénients (…)

Une basse naissance produit rarement les parties nécessaires au Magistrat ; et il est certain que la vertu d’une personne de bon lieu a quelque chose de plus noble que celle qui se trouve en un homme de petite extraction. Les esprits de telles gens sont d’ordinaire difficiles à manier, et beaucoup ont une austérité si épineuse, qu’elle n’est pas seulement fâcheuse, mais préjudiciable.

 Le peuple en son état

Tous les Politiques sont d’accord, que si les peuples étaient trop à leur aise, il serait impossible de les contenir dans les règles de leur devoir.

Leur fondement est, qu’ayant moins de connaissance que les autres ordres de l’État beaucoup plus cultivés ou plus instruits, s’ils n’étaient retenus par quelque nécessité, difficilement demeureraient-ils dans les règles qui leur sont prescrites par la raison et par les Lois.

La raison ne permet pas de les exempter de toutes charges, parce qu’en perdant en tel cas la marque de leur sujétion, ils perdraient aussi la mémoire de leur condition ; et que s’ils étaient libres de tribut, ils penseraient l’être de l’obéissance.

Il les faut comparer aux mulets, qui étant accoutumés à la charge, se gâtent par un long repos plus que par le travail : mais ainsi que ce travail doit être modéré, et qu’il faut que la charge de ces animaux soit proportionnée à leur force ; il en est de même des subsides à l’égard des peuples, s’ils n’étaient modérés, lors même qu’ils seraient utiles au public, ils ne laisseraient pas d’être injustes (…)

Il y a un certain point qui ne peut être outrepassé sans injustice ; le sens commun apprenant à un chacun qu’il doit y avoir proportion entre le fardeau, et les forces de ceux qui le supportent.

 Abrégé des devoirs du prince

En un mot, si les Princes ne font tout ce qu’ils peuvent pour régler les divers Ordres de leur État :
- S’ils sont négligents au choix d’un bon conseil, s’ils en méprisent les avis salutaires.
- S’ils n’ont un soin particulier de se rendre tels, que leur exemple soit une voix parlante.
- S’ils sont paresseux a établir le règne de Dieu, celui de la raison, et celui de la justice tout ensemble.
- S’ils manquent à protéger les innocents, à récompenser les signalés services qui sont rendus au Public, et à châtier les désobéissances et les crimes qui troublent l’ordre de la discipline, et la sûreté des États.
- S’ils ne s’appliquent pas autant qu’ils doivent à prévoir et à prévenir les maux qui peuvent arriver, et à détourner par de soigneuses négociations les orages, que des nuées amènent aisément souvent de plus loin qu’on ne pense.
- Si la faveur les empêche de bien choisir ceux qu’ils honorent des grandes charges, et des principaux emplois du royaume.
- S’ils ne tiennent puissamment la main à établir l’État en la puissance qu’il doit être.
- Si en toutes occasions ils ne préfèrent les intérêts publics aux particuliers ; quoiqu’ils soient bien vivants d’ailleurs,

ils se trouveront beaucoup plus coupables que ceux qui transgressent actuellement les Commandements et les Lois de Dieu ; étant certain, qu’omettre ce à quoi on est obligé, et commettre ce qu’on ne doit pas faire, est une même chose.

Je dois encore représenter à V.M. que si les Princes, et ceux qui sont employés sous eux, aux premières dignités du Royaume, ont de grands avantages sur les particuliers, ils possèdent un tel bénéfice à titre bien onéreux, puisque, non seulement ils sont sujets par omission aux fautes que j’ai marquées, mais qu’il y en a même encore plusieurs autres de commission, qui leur sont particulières.

S’ils se servent de leur puissance pour commettre quelque injustice ou quelque violence, qu’ils ne peuvent faire comme personnes privées, ils font par commission un péché de Prince et de Magistrat, dont leur seule autorité est la source, et duquel le Roi des Rois leur demandera au jour du Jugement un compte très particulier (…)

Beaucoup se sauveraient comme personnes privées, qui se damnent en effet comme personnes publiques.

 

(Mémoire  n°3,Institut des Sciences Historiques)

 

Notes

[1] Reprod. de l’éd. d’Amsterdam, 1689, Bibliothèque de philosophie politique et juridique, Centre de philosophie politique et juridique de Caen, 1985.

[2] Nous avons modernisé l’orthographe mais non la ponctuation.

[3] Il est vrai que le ton du Testament est plus modéré dans l’ensemble que celui des Maximes d’État.

[4] Deux bonnes lectures sur les idées de Richelieu : la grande thèse d’Étienne Thuau, Raison d’État et pensée politique à l’époque de Richelieu, Armand Colin, 1966 ; et l’article de Jean Orcibal, « Richelieu, homme d’Église, homme d’État », Revue d’histoire de l’Église de France. 1948.

 

Source: Vive Le Roy

lundi, 06 février 2012

L’Inquisition d’Espagne (II)



B. Sentence: — Sur le seuil même de cette seconde question, une difficulté nous arrête et nous embarrasse. Il est inouï qu'un tribunal trois fois séculaire n'eût eu que des acquittements à prononcer.
Il est inouï qu'une magistrature sacerdotale, si miséricordieuse qu'elle fût, ait fait rentrer dans le chemin du devoir tous les coupables amenés devant elle. L'Inquisition a dû, plus d'une fois, rencontrer l'obstination de l'hérésiarque, ou la rage de l'apostat.
Et alors, la déclaration du Saint-Office n'a-t-elle pas fait descendre sur ces fronts rebelles les foudres vengeresses de la loi, loi terrible, loi de sang, et qui ne demande rien moins que la vie même du coupable?
La constatation du crime d'hérésie n'est-ce pas, d'après la loi espagnole, la mort du malheureux qui refuse de revenir à l'Église?
Y a-t-il une véritable proportion entre une faute théologique, entre un délit que le regard de la justice doit chercher jusque dans les plus intimes profondeurs de la conscience humaine, et cette terrible peine de mort que la législation de notre époque n'applique qu'à l'homicide et aux forfaits les plus affreux? Si cette proportion n'existe pas, voilà l'Inquisition condamnée par le fait même! La voilà engagée, par la force des choses, dans un système faux, et inique. Bon gré-mal gré, elle coopère à une condamnation injuste : elle tue un homme pour ses opinions. Tache ineffaçable, imprimée par le sang des victimes à la robe violette du grand Inquisiteur, à la robe blanche de l'Inquisiteur dominicain! Ils ont envoyé au supplice des citoyens espagnols, coupables de vouloir servir Dieu autrement que leurs juges ou de ne point suivre le catéchisme castillan.
Cette objection court les livres. Mais elle part d'une supposition fausse, et elle est réfutée, tout à la fois par le fait et par le droit.
Elle part d'une supposition fausse, car elle place les croyances religieuses parmi ces opinions plus ou moins probables entre lesquelles l'homme peut choisir. Elle oublie que, parmi ces croyances religieuses, une seule a des preuves, une seule porte des caractères manifestes de divinité, une seule plaît à Dieu, qui la révélée, une seule a des droits par elle-même, une seule peut obliger l'homme, qui l'a une fois reconnue, à tenir les obligations qu'il a contractées dans son baptême. Elle part d'une supposition fausse, car elle compare au châtiment physique le délit spirituel, caché dans les profondeurs de l'âme, délit dont l'Église ne s'occupe qu'au tribunal de la pénitence, pour absoudre le pécheur qui l'accuse. Elle oublie que la peine physique n'atteint pas la faute invisible, connue de Dieu seul, mais sa manifestation extérieure et physique, surtout lorsque cette manifestation extérieure revêt un caractère agressif et que, par voie de propagande, de séduction ou de scandale, elle s'attaque à la société religieuse et à la société civile.
Elle est réfutée par le fait. Ceux mêmes que cette objection invoque, comme les patriarches de la tolérance et les pères de la liberté de penser, se lèvent pour lui lancer l'anathème, « Tous les grands hommes, dit Grimm, ont été intolérants, et il faut l'être. Si l’on rencontre sur son chemin un prince débonnaire, il faut lui prêcher la tolérance, afin qu'il donne dans le piège, et que le parti écrasé ait le temps de se relever par la tolérance qu'on lui accorde, et d'écraser son adversaire à son tour. Ainsi le sermon de Voltaire, qui rabâche la tolérance, est un sermon fait aux sots ou aux gens dupes, ou à des gens qui n'ont aucun intérêt à la chose. » (Correspondance de Grimm, 1er juin 1772, lre partie, t. II, p. 242 et 243.)
On sait si les disciples de Grimm et des philosophes appliquèrent la maxime des maîtres, et quelle fut la tolérance de ce régime d’où viennent en ligne directe, suivant l'histoire officielle, les conquêtes de la liberté moderne.
Calvin, cet apôtre du libre examen, Calvin a écrit un livre, le seul que toutes les sectes aient adopté et reconnu, pour l'invoquer contre leurs adversaires, c'est le livre Depuniendis haereticis « Du châtiment des hérétiques ».

On connaît la lettre de Mélanchton à Calvin sur le supplice du malheureux Servet. Quant à Luther, son intolérance se dessine en lettres de sang sur toutes les pages de l'histoire de la Réforme. Ses pamphlets incendiaires ne respirent que la haine des catholiques et des protestants même qui n'appartiennent pas à sa communion. La tolérance d'Elisabeth ne fait pas plus de doute que sa virginité, que les conjurations des prêtres qu'elle envoyait au supplice!
Assurément, nous n'invoquons pas de telles autorités. Leur vie et leurs maximes ne nous inspirent que de l'horreur. Mais nous voulons montrer qu'en fait, ceux qui se scandalisent de l'Inquisition et des lois espagnoles, ont appliqué, en l'exagérant démesurément le procédé qu'ils condamnent, bien qu'ils ne pussent invoquer les motifs qui faisaient agir les Inquisiteurs. Il y a donc dans les choses mêmes une force secrète, qui pousse l'autorité établie à maintenir ses principes, et à faire ployer, sous des pénalités prévues par la loi, toute manifestation qui les attaque. Les théologiens catholiques ont recherché cette force mystérieuse, et rencontrant dans toute la législation du moyen âge la peine de mort contre l'hérétique relaps, ils se sont demandé sur quelles maximes s'appuyait cette jurisprudence.
Il semble, dit saint Thomas, qu'on doive tolérer les hérétiques (dans un milieu social tel que celui du moyen âge, où la société tout entière est catholique). Videtur quod haeretici sint tolerandi. L'Apôtre dit en effet, continue le saint docteur, que le serviteur de Dieu soit plein de mansuétude, qu'il corrige avec modestie ceux qui résistent à la vérité, afin que Dieu leur accorde le repentir, la grâce de connaître la vérité et d'échapper aux filets du diable. Mais si les hérétiques ne sont point tolérés, si on les livre à la mort, la faculté de faire pénitence leur est enlevée, ce qui est contre le précepte de l'Apôtre. C'est l'objection du saint docteur.
Saint Thomas ajoute encore qu'un mal nécessaire dans l'Église doit être supporté et que les hérésies ont ce caractère, suivant la parole de l'Apôtre. Une dernière objection est empruntée à cette parabole, rapportée par saint Mathieu, où le Maître ordonne à ses serviteurs de laisser croître l'ivraie avec le bon grain jusqu'au temps de la moisson. L'ivraie, dans l'explication que les saints donnent de ce passage, l'ivraie, désigne les hérétiques. Ils doivent donc être supportés jusqu'à la fin.
A ces objections, saint Thomas oppose la réponse même de l'Apôtre : «  L'homme hérétique, après une première et une seconde réprimande, évite-le, sachant qu'il est perdu, celui qui reste dans cet état. »
Puis, avec sa clarté habituelle, le saint docteur distingue deux points de vue dans la question des hérétiques, l'un, qui regarde l'hérétique lui-même; l'autre, qui concerne l'Église. Si l’on considère les hérétiques eux-mêmes (il s'agit, bien entendu, des hérétiques formels, de ceux qui rejettent la vérité connue), le saint docteur répond : Ex parte quidem ipsorum est peccatum, per quod meruerunt non solum ab Ecclesia per excommunicationem separari, sed etiam per mortem a mundo excludi. C'est un péché pour lequel ils ont mérité, non seulement d'être retranchés de l'Église par le glaive de l'excommunication, mais même d'être retranchés du monde par la mort. Car il est beaucoup plus grave d'altérer la foi, qui est la vie de l'âme, que d'altérer la monnaie, qui n'est qu'un soutien du corps. Multo enim gravius est corrumpere fidem, per quam est animae vita, quam falsare pecuniam, per quam temporali vitae subvenitur. (Les faux-monnayeurs étaient punis de mort.) Mais si l’on regarde l'Église, c'est la miséricorde, le désir de leur salut, qui apparaît davantage. Ex parte autem Ecclesiae est misericordia ad errantium conversionem. C'est pourquoi elle ne condamne pas aussitôt, mais après la première et la seconde réprimande, conformément au précepte de l'Apôtre. Que si l'hérétique s'obstine opiniâtrement dans son erreur, l'Église, qui n'espère plus le ramener, pourvoit au salut des autres, en le retranchant de son sein par la sentence d'excommunication. Puis elle laisse le juge séculier le retrancher du monde par la mort : Et ulterius relinquit eum judicio saeculari a mundo exterminandum per mortem. (IIa qu., c, xi, art. 3.)
Voilà le principe, le droit rigoureux suivant la doctrine de saint Thomas. Le saint docteur voit dans l'hérésie un crime d'un caractère particulier, qui attaque la vie des âmes. Ce crime ainsi envisagé lui paraît mériter un double châtiment, l'un spirituel, l'autre temporel. Mais l'Église, mère compatissante, essaiera d'abord de ramener le coupable. S'il s'obstine, elle le frappera, pour sauver les autres : Et aliorum saluti providet. Cette excommunication met l'hérétique en dehors de la société chrétienne; la justice laïque ne voit plus qu'un insurgé, et la justice laïque agit à son tour, mais sans l'intervention de l'Église : Relinquit eum judicio saeculari a mundo exterminandum per mortem.
Dans la pensée de saint Thomas, cette peine de mort est comme une sorte d'excommunication civile qui retranche du monde (a mundo exterminandum) le malheureux que son obstination a déjà fait retrancher de l'Église.
Suivant cette doctrine, l'Inquisition espagnole demeure donc dans la sphère du droit, et, rigoureusement parlant, sa sentence est inattaquable. D'ailleurs l'Inquisition espagnole n'a pas créé cette pénalité terrible : elle l'a trouvée toute faite et inscrite d'avance dans les lois du pays, qui ont prévu le crime et en ont déterminé le châtiment. L'Inquisition même ne condamne pas à mort. Les ecclésiastiques qui la composent seraient, s'ils en usaient ainsi, dans un état d'irrégularité perpétuelle. L'Inquisition constate le délit théologique, elle en assigne la nature, elle travaille à l'effacer, pour n'avoir pas à le punir ou pour en tempérer la peine. Si tous ses efforts sont vains, c'est l'Etat qui intervient pour son compte, et qui découvrant dans le relaps excommunié un citoyen prévaricateur, lui applique une pénalité fixée d'avance.
Voici une sentence de l'Inquisition, du genre le plus sévère, recueilli par le comte de Maistre ;
« Nous avons déclaré et déclarons l'accusé N.N. convaincu d'être hérétique apostat, fauteur et receleur d'hérétiques, faux et simulé confessant, et impénitent relaps; par lesquels crimes il a encouru les peines de l'excommunication majeure et de la confiscation de tous ses biens au profit de la chambre royale et du fisc de Sa Majesté.
Déclarons de plus, que l'accusé doit être abandonné, ainsi que nous l'abandonnons, au bras séculier, que nous prions et chargeons très affectueusement de la meilleure et de la plus forte manière que nous le pouvons, d'en agir à l'égard du coupable, avec bonté et commisération . »
Dans cette sentence, on le voit, les charges s'accumulent les unes sur les autres. Ce n'est pas un délit quelconque qui attire ces foudres terribles. Le Saint-Office abandonne le coupable à la justice humaine. Mais en le remettant au bras séculier, il fait encore appel à la miséricorde et à la bonté, tant cet esprit est inséparable d'un tribunal ecclésiastique!
Remarquons encore que si dans une magistrature mixte, comme l'Inquisition espagnole, le délit est constaté par le juge ecclésiastique, la peine de mort appliquée par le juge laïque; dans une magistrature purement sacerdotale, c'est la prison perpétuelle qui remplace ordinairement la peine de mort. Le Saint-Office de Rome n'a jamais versé une goutte de sang.
Bien plus, les Pontifes Romains ont plusieurs fois blâmé dans la procédure espagnole l’emploi trop fréquent de la peine de mort et les rigueurs qui accompagnaient ce supplice. Pour ouvrir aux condamnés un dernier asile de miséricorde, ils ont maintenu le droit d'appel au Siège apostolique. Soit par suite du mauvais vouloir de l'État, soit par suite de cette fermeté native du caractère espagnol, qui change de nom lorsqu'elle résiste aux puissances légitimes et dégénère en entêtement, ce droit d'appel n'a pas toujours été respecté.
En 1519, Léon X excommunie les Inquisiteurs de Tolède, qui l'avaient méconnu. En 1538, Visnès, prédicateur de Charles-Quint, incarcéré dans un monastère, pour accusation de luthéranisme, en fut tiré par l’ordre de Paul III, qui le déclara innocent et capable de toutes les dignités ecclésiastiques : Visnès devint évêque des Canaries .
Llorente, aussi ennemi des Papes que peut l'être un mauvais prêtre, nous apprend que ceux qui avaient la bonne fortune de faire réviser leurs procès à Rome, voyaient leurs peines commuées, et en étaient quittes assez souvent pour une légère pénitence.
Ajoutons aussi que le nombre des exécutions capitales a été singulièrement exagéré, même pour les premières années de l'Inquisition, où il fut pourtant considérable. On le prouve par Llorente lui-même, et par les contradictions où est tombé cet auteur. Ces exécutions devinrent de plus en plus rares, et disparurent avec le danger que courait la foi de l'Espagne. Il est inouï qu'on en ait rencontré au dix-huitième siècle.
Enfin (et c'est le dernier mot qui nous reste à dire sur cette question) entre l'acquittement pur et simple et l'exécution pure et simple, prenaient place des pénalités de diverses nuances, suivant la diversité même des délits dont pouvait connaître l'Inquisition.
Ces pénalités étaient parfois, fort légères.
L'honorable Joseph Townsend, dans un voyage fait en Espagne, en 1786 et 1787, fut presque témoin d'une procédure dont s'accommoderaient volontiers les prévenus de nos tribunaux. On venait de déférer au Saint-Office un mendiant, nommé Ignazio Rodriguez, coupable de quelques polissonneries, où il avait mêlé des pratiques superstitieuses.
« Rodriguez fut condamné à être conduit dans les rues de Madrid, monté sur un âne, et à être fouetté. On lui imposa de plus quelques pratiques de religion, et l'exil de la capitale pour cinq ans. La lecture de sa sentence fut souvent interrompue par de grands éclats de rire auxquels se joignait le mendiant lui-même.
« Le coupable fut, en effet, promené dans les rues, mais non fouetté; pendant la route, on lui offrait du vin et des biscuits pour se rafraîchir . »
Voilà, sans doute, une législation bien farouche.
Quoi, dira-t-on! oubliez-vous l'appareil des sentences? Le sanbenito et l'auto-da-fé. Nous ne l'oublions pas, mais nous allons montrer dans cet appareil lui-même une nouvelle calomnie historique et un épouvantail d'imagination.

C. Appareil de la sentence. —Sanbenito! C'est un mot sonore et qui va bien dans une description lugubre. Le roman ne pouvait manquer de s'en emparer, et d'en affubler ses héros, « victimes du fanatisme monacal ».
On s'apitoie sur ces malheureux, couverts, comme Hercule mourant, d'une nouvelle robe de Nessus, d'un vêtement qui leur imprime une ineffaçable flétrissure.
La vérité, par malheur, est beaucoup moins dramatique. Elle montre dans le mot sanbenito l'abréviation de sacco-bendito, en latin saccus benedictus, littéralement un sac béni, c'est-à-dire un habit de pénitence. Elle nous fait voir dans le sanbenito un vêtement dont on revêtait ceux qu'on réconciliait avec l'Eglise, vêtement aussi inoffensif par lui-même que le costume des pénitents gris.
« Bleu en certains pays, dit Mgr Héfelé, gris ou noir en d'autres, le sanbenito avait en Espagne la couleur jaune; sa forme était celle du costume monastique. Ceux qui avaient reçu l'absolution de levi, n'étaient tenus de le porter, sans aucune figure, que pendant la cérémonie de leur réconciliation. Un grand nombre d'entre eux en furent même dispensés... Le condamné était-il tenu à l'abjuration, comme gravement suspect, on lui mettait un sanbenito sur lequel était représentée une branche de la Croix. On complétait l'image de la Croix sur les sanbenitos de ceux qui figuraient dans l’ auto-da-fé comme hérétiques repentants. Ceux-là seuls qui, ne témoignant aucun repentir, devaient être livrés au bras séculier, portaient un sanbenito où étaient peintes des flammes et des figures de démon, avec une mitre ainsi bigarrée. L'Espagne, comme tous les autres peuples, a connu la robe de pénitence, et, tandis qu'au dix-neuvième siècle, en Allemagne, dans des États qui se piquent de civilisation, on a vu des condamnés traînés au supplice, couverts de peau de bête, c'était de cette robe que l'Inquisition revêtait les criminels . »
La pénitence et l'humiliation chrétienne n'ont pas accoutumé d'avilir un homme aux yeux d'un peuple aussi croyant que l’Espagnol. La honte s'attache à la faute et non pas à l'expiation. Des personnes qui avaient porté le sanbenito contractèrent mariage avec les familles les plus illustres de la monarchie et même avec des membres de la famille royale. C'est Llorente qui s'est chargé de nous l'apprendre. On voit maintenant ce qu'il faut penser de ces peintures.
Reste un mot, terrible assurément, puisque dans notre langue qui l’a reçu de l'espagnol, il désigne le supplice du feu. C'est l’auto-da-fé.
« Qu'étaient-ce, dit encore Mgr Héfelé, qu'étaient-ce que ces redoutables auto-da-fé, dont les peintures imaginaires ont effrayé tant d'esprits. D'un côté, un immense brasier, une chaudière colossale; de l'autre, la foule des Espagnols, rangés, comme des cannibales, l'œil brillant d'une joie féroce, prêts à dévorer les membres de quelques centaines de victimes. Qu'il me soit permis de le dire, un auto-da-fé ne se passait, ni à brûler, ni à mettre à mort, mais bien à prononcer la sentence d'acquittement des personnes faussement accusées, et à réconcilier avec l’Église les coupables repentants.
Combien n'en pourrait-on pas citer où l'on ne vit brûler que le cierge que portaient dans leurs mains les pénitents, en symbole de la réapparition en eux de la lumière de la foi! Llorente, par exemple, pour prouver le zèle de l'Inquisition, cite un auto-da-fé tenu à Tolède, le 12 février 1486, où 750 coupables au moins sont punis, — de la peine du feu, sans doute? Erreur. Pas une seule condamnation capitale; le seul châtiment infligé, c'est la pénitence canonique. Le 2 avril de la même année, autre grand auto-da-fé encore à Tolède; Llorente parle de 900 victimes. — Combien d'exécutions capitales? Pas une seule. — Auto-da-fé du 1er mai et du 10 septembre, toujours en 1486. Dans le premier figurent 250 personnes, et 950 dans le second. Combien montèrent sur le bûcher? Pas une seule. On compte pour toute cette époque 3300 personnes condamnées par le tribunal de Tolède à la pénitence canonique et 27 à la peine capitale; et l'on sait que Llorente ne saurait amoindrir les chiffres par tendresse pour le Saint-Office . »
Ainsi, en mettant à part les hérétiques relaps et impénitents, que l’on ne songeait pas sans doute à relever dans l'opinion, rien de flétrissant ni d'ignominieux dans l'appareil dont s'entoure la sentence de l'Inquisition. Rien qui porte le cachet de la cruauté ou d'une vigueur inhumaine. C'est l'humiliation du pécheur réconcilié, humiliation qui semble attester davantage la sincérité de son retour à la foi. C’est la pénitence publique, reste de l'ancienne discipline.
Fleury, qui parle sans cesse de cette discipline ancienne et de la majesté sévère des canons, qu'il élève au-dessus du Pape, Fleury eût dû apprécier cet appareil de pénitence, si conforme à l'esprit des canons antiques et de la primitive Église. Nous le voyons, avec étonnement, tracer de l'Inquisition un tableau, assurément riche en couleur, mais où la malveillance du peintre pour le sujet qu'il représente respire dans chaque détail de son ouvrage :
« Les sentences se prononcent publiquement, avec grande solennité, et c'est cette cérémonie que l'on appelle en Espagne auto-da-fé ou acte de foi. Pour la rendre plus célèbre, ils joignent ensemble un grand nombre de coupables condamnés à diverses peines, dont ils réservent l'exécution à un même jour. On dresse un échafaud, l'Inquisiteur ou quelque autre fait un sermon sur la foi, pour y confirmer le peuple et combattre les erreurs des condamnés, que l'on tient sur l’échafaud exposés aux yeux de tous. Ensuite on prononce les sentences et on les exécute sur-le-champ. »
« Ceux qui sont convaincus ou violemment soupçonnés, mais pénitents, font leur abjuration publique et sont absous de l'excommunication.
Pour marque de pénitence, on les revêt de sacs bénis, sanbenito, qui sont comme des scapulaires jaunes avec des croix de saint André rouges devant et derrière, qu'ils doivent porter toute leur vie; on leur enjoint de se tenir à certains jours, comme à telles fêtes, pendant la messe, à la porte d'une telle église, avec un cierge allumé, de tels poids, ou d'autres actes semblables de pénitence publique. Quelquefois on les condamne à la prison perpétuelle.
Ceux qui sont convaincus, mais impénitents ou pénitents mais relaps, sont dégradés, s'ils sont dans les ordres, puis livrés au bras séculier (c'est-à-dire au juge laïque) pour être exécutés à mort …….
Aux actes de foi de l'Inquisition, les juges séculiers sont présents dans la place, avec leurs officiers et les ministres de la justice « et après qu'ils ont reçu les coupables, les ecclésiastiques se retirent, et sur-le-champ les juges séculiers rendent leur jugement et le font exécuter. Il n'y a point en Espagne de plus grands spectacles. Pour les rendre plus terribles, ils couvrent les impénitents de sacs noirs, semés de flammes et de diables et les mettent ainsi sur le bûcher .»

Assurément cette peinture est d'un maître, et il est difficile de tracer un tableau, dans le genre terrible, d'une façon plus saisissante. Mais c'est la main du gallican qui guide le pinceau de l'artiste, c'est la rancune qui l'inspire, c'est Rome qu'il veut vous montrer sur l'arrière-plan : « En France, nous croyons que, pour la poursuite des crimes ecclésiastiques, les évêques et leurs officiaux suffirent, sans recevoir ces commissions extraordinaires, qui par la suite deviennent des tribunaux réglés Nous mettons en France un des principaux points de nos libertés, à n'avoir point reçu ces nouvelles lois et ces nouveaux tribunaux, etc. » (Ibid., loc. cit.)
C'est en exagérant ainsi les teintes, c'est en assombrissant les nuances, c'est en choisissant avec art un petit nombre de faits isolés, rapprochés les uns des autres et groupés ensemble de manière à en faire un seul corps et un tout effrayant pour les yeux ; c'est par de tels procédés, inconscients peut-être, mais inspirés par la haine, et indignes de l'histoire, que l'on arrive à rendre odieux, un homme, une institution, un peuple. C'est ainsi que l'on est arrivé à nous faire voir dans l'Inquisition la première cause de la décadence de l'Espagne. N'a-t-on pas prouvé avec le même bonheur que l'influence des Jésuites avait été la source première des infortunes et du partage de la Pologne?

Certains mensonges, à force d'être répétés, acquièrent en histoire, comme un droit de prescription. Des écrivains, mêmes catholiques, sont fermement persuadés que l'Inquisition eut une désastreuse influence sur l'Espagne, et que de ce tribunal ecclésiastique sont sortis, comme de leur source première, les maux qui ont inondé la Péninsule. Nous répondrons, moins par une réfutation que par une étude sommaire des effets de l'Inquisition. C'est la troisième question que nous avons à résoudre.

III. Effets de l’Inquisition. — Que l'Inquisition ait maintenu en Espagne l'unité religieuse, l'adhésion de la nation tout entière à la vérité catholique, c'est une assertion qui ne peut être contestée par personne. Des néophytes surveillés par Torquemada et ses premiers successeurs, beaucoup sans doute n'étaient chrétiens qu'en apparence, et comme dit l'Ecole, in foro externo. Mais leurs enfants étaient élevés dans la foi, et avec le temps, cette plante exotique finissait par prendre racine. Les petits-fils des Juifs baptisés étaient déjà d'anciens chrétiens, de véritables croyants.
D'un antre côté, les ministres de Genève ou de Vittemberg, à qui il eût pris fantaisie d'établir des consistoires dans le pays du Cid, savaient d'avance la législation espagnole assez peu d'accord avec leur évangile, et qu'il était plus facile peut-être à un hérétique d'entrer en Espagne que d'en sortir. Quant aux philosophes du dernier siècle, ils aimaient mieux rire du Saint-Office que d'avoir à traiter avec lui. Ils préféraient Postdam ou Ferney aux cellules de l'Inquisition, et personne ne peut dire qu'ils avaient tort. La propagande hérétique ou voltairienne se bornait donc à quelques livres, colportés sous le manteau, et qui ne pouvaient aller bien loin sans rencontrer la censure. Ainsi, par le moyen des Inquisiteurs, la foi des nouveaux chrétiens s'était affermie peu à peu, la foi des anciens chrétiens avait été préservée de toute atteinte. Les âmes de tout un peuple furent ainsi jetées dans le moule catholique, et elles y prirent cette fermeté et cette vigueur de croyance que les révolutions n'ont point effacées. Toute une nation qui garde sa foi, à côté d'autres nations qui la perdent ou en laissent altérer la source, ce peut être un spectacle assez insignifiant pour un incrédule. Mais il nous est bien permis de ne pas penser comme les incrédules, et d'apprécier autrement les choses. Pour nous, ce point de vue domine autant les autres, que le ciel domine la terre, car nous voyons dans la vraie foi le fondement du salut et nous croyons avec Bossuet que la piété est le tout de l'homme.
Mais, comme il s'agit d'un peuple et que la vie d'un peuple considéré comme tel se développe dans la sphère du temps, nous disons qu'au point de vue temporel et dans l'ordre politique, l'Inquisition rendit de grands services à l'Espagne. Nous l'avons déjà vu, une véritable invasion judaïque menaçait ce noble pays. L'Inquisition la prévint et détruisit un mal invétéré et que rien n'avait pu guérir.
Après les juifs, les protestants, ennemis bien plus dangereux peut être à certains égards pour un pays catholique, car c'est la torche sanglante des guerres civiles qui éclaire leur arrivée, c'est sur des ruines qu'ils élèvent leurs temples. L'Inquisition arrête aux frontières les protestants et éloigne de l'Espagne ce fléau des discordes intestines, auquel sont en proie déjà plusieurs nations que ce rempart ne protégeait pas.
« Je serais curieux, dit le comte de Maistre, de savoir ce que le plus ardent ennemi de l'Inquisition répondrait à un Espagnol qui, passant même sous silence tout ce que vous venez de lire, la justifierait en ces termes :
« Vous êtes myope; vous ne voyez qu'un point. Nos législateurs regardaient d'en haut, et voyaient l'ensemble. Au commencement du seizième siècle, ils virent, pour ainsi dire, fumer l'Europe. Pour se soustraire à l'incendie général, ils employaient l'Inquisition, qui est le moyen politique dont ils se servirent pour maintenir l'unité religieuse et prévenir les guerres de religion. Vous n'avez rien imaginé de pareil; examinons les suites, je récuse tout autre juge que l'expérience.
« Voyez la guerre de Trente ans, allumée par les arguments de Luther; les excès inouïs des anabaptistes et des paysans; les guerres civiles de France, d'Angleterre et de Flandre; le massacre de la Saint-Barthélémy, le massacre de Merindol, le massacre des Cévennes; l'assassinat de Marie Stuart, de Henri III, de Henri IV, de Charles Ier, du prince d'Orange, etc., etc. Un vaisseau flotterait sur le sang que vos novateurs ont fait répandre. L'Inquisition n'aurait versé que le leur. C'est bien à vous, ignorants présomptueux, qui n'avez rien prévu et qui avez baigné l'Europe dans le sang; c'est bien à vous qu'il appartient de blâmer nos rois qui ont tout prévu.
Ne venez donc pas nous dire que l'Inquisition a produit tel ou tel abus, dans tel ou tel moment; car ce n'est point de quoi il s'agit, mais bien de savoir si, pendant les trois derniers siècles, il y a eu, en vertu de l'Inquisition, plus, de paix et de bonheur en Espagne que dans les autres contrées de l'Europe? Sacrifier les générations actuelles au bonheur problématique des générations futures, ce peut être le calcul d'un philosophe, mais les législateurs en font d'autres .»
On accuse l'Inquisition d'avoir comprimé le génie espagnol et arrêté son essor. On ne manque pas d'ajouter que le génie a besoin de la liberté, comme de son soleil et qu'il est étouffé dans sa fleur par de telles institutions. Les faits se chargent de répondre, la plus belle époque de l'Espagne, celle où l'Espagne donna au monde des grands hommes, dans tous les genres, ce fut précisément l'époque où l'Inquisition était arrivée dans la Péninsule à son plus haut degré d'influence. Calderon et Lope de Vega, écrivaient, sous l'œil du Saint-Office, ces pièces tant admirées de Schlegel. Les Inquisiteurs étaient les premiers à rire aux comédies de Cervantès ou à la lecture de Don Quichotte. On n'a jamais lu qu'ils aient posé leurs mains sur le bras de Vélasquez ou de Murillo, pour arrêter le pinceau de ces grands maîtres. Sous ce régime inquisitorial, si tyrannique, dit-on, si ombrageux, si en défiance contre toute manifestation de l'esprit humain, l'Espagne présente au monde de grands auteurs dramatiques, un immortel romancier, des poètes, dont les odes sont inspirées par un souffle antique, d'illustres historiens dont la plume s'aventure parfois jusqu'à égratigner l'Inquisition, des théologiens et des mystiques du premier ordre, des peintres dont les tableaux nous frappent encore d'admiration, et qui, cherchant leur idéal dans les plus hautes régions catholiques, montrent à l'œil émerveillé, devant l’Assomption de Murillo, la gloire de Marie montant au Ciel. Toute une constellation de grands hommes illumine ce firmament littéraire et artistique, qu'on nous disait chargé de nuages. Il est bien vrai que l'Inquisition n'eût point laissé faire de l'art pour l'art, n'eût point pardonné à des blasphèmes élégamment exprimés ni à des scènes de débauche enveloppées d'un beau coloris. Elle eût brisé entre les mains du coupable la coupe, si gracieuse qu'elle fût, qui renfermait le poison mortel. Mais nous ne pensons pas que la liberté de s'égarer et de se perdre, d'altérer les vraies notions de l'esthétique, et défausser le goût de toute une époque, soit la situation du monde qui convienne le mieux au génie. Nous pensons que la liberté parfaite, c'est celle qui, fixée pour toujours au bien et ne pouvant s'en détacher jamais, peut le chercher et le réaliser par des moyens différents, et qui, sans quitter jamais cette route unique du bien, peut s'y orienter à son gré, et présenter sous les couleurs qu'il lui plaît, avec les proportions qu'il lui plaît, le bien qu'elle a trouvé sur ses pas. La triste puissance de faire le mal (on l'oublie trop souvent), ce n'est qu'une déviation de la liberté, un affaiblissement de ce beau privilège. Or, cette puissance funeste est la seule qu'arrêtait l'Inquisition, et elle sauvait ainsi l'esprit humain de ses propres écarts.
On accuse l'Inquisition d'avoir préparé la décadence de l'Espagne.
L'histoire nous montre, au contraire, l'Inquisition à son apogée, quand l'Espagne est arrivée au plus haut point de sa grandeur.
Ce sont des Inquisiteurs que ces rois catholiques, Ferdinand et Isabelle, premiers auteurs de la grandeur espagnole. C'est un inquisiteur que ce Ximénès, le plus beau génie politique des temps modernes. « Il ne souffrait pas plus de résistance, dit M. Duruy, contre la foi que contre le prince. Il brûlait les hérétiques et domptait les seigneurs . » Le feu est de trop, Ximénès n'a jamais brûlé personne. Mais cette distraction de l'écrivain montre l'esprit qui animait Ximénès. C'est encore un Inquisiteur que Charles-Quint, dont la puissance colossale éveilla la jalousie de l'Europe.
À son lit de mort, il recommande à Philippe II, d'entourer de ses faveurs et de combler de ses bienfaits « l'office de la sainte Inquisition ».
Le plus grand des Inquisiteurs, c'est Philippe II lui-même, celui peut-être de tous les princes envers lequel l'histoire a été le plus injuste, mais en qui, dans le sens politique du mot, personne ne refusera de reconnaître un grand prince. « L'obéissance et la religion catholique dans ses Etats, la religion catholique et la soumission dans les autres pays, c'est ce qui lui tient au cœur, c'est ce qui est le but de toute son activité. Philippe lui-même a un attachement monacal pour le culte extérieur de l'Église catholique; pour montrer, à des archevêques qui lui avaient fait visite, combien à ses yeux un prêtre est vénérable, il baise la main à un prêtre après la messe... La persuasion où il est, qu'il est né pour maintenir le culte extérieur, qu'il est la colonne de l'Église, qu'il remplit une mission divine, devient pour lui une sorte de religion intérieure, qui peut être le mobile de ses actions. »
Ainsi s'exprime le protestant Léopold Ranke. On connaît la parole de Philippe II : « J'aimerais mieux être roi sans sujets, que de commander à des hérétiques. » Je ne parle pas ici de ce célèbre capitaine espagnol, le duc d'Albe.
Son nom, comme l'ombre du roi Richard, est resté la terreur des mécréants. Je le répète, le temps de l'Inquisition a été le temps de la grandeur espagnole. Les grands princes, les grands généraux, les grands politiques, ont soutenu cette institution autant par patriotisme que par attachement à l'Église. S'il fallait absolument conclure quelque chose de la décadence de l'Espagne, il faudrait conclure tout au rebours des adversaires. Au temps de l'Inquisition, l'Espagne était grande et florissante. L'Inquisition supprimée, la gloire espagnole sembla disparaître avec elle. Les colonies se détachèrent de la métropole, les idées révolutionnaires que rien n'arrêtait plus traversèrent les Pyrénées, et l'ère des révolutions commença.
Rohrbacher a indiqué cet argument et crayonné quelques lignes de ce tableau : bien des causes ont amené la décadence de cette héroïque nation. La recherche de ces causes dépasserait le cadre du présent travail. Une simple lueur de bon sens suffit pour montrer que l'Inquisition y fut étrangère. Une institution, qui, durant trois cents ans, maintient tout un peuple dans la vraie foi, qui sauve la nationalité de ce peuple, qui lui épargne cent ans de guerre civile, qui arrête, tant qu'elle reste debout, l'invasion révolutionnaire ; une telle institution ne saurait affaiblir un peuple et tarir dans ses veines le sang-généreux qui l'anima. L'épuisement vient, d'ailleurs, et ce n'est pas à l'Inquisition qu'il faut demander compte de la prostration du géant.
Résumons. L'Inquisition d'Espagne fut un tribunal politique autant que religieux. A l’encontre des autres tribunaux ecclésiastiques, ce tribunal était comme inféodé à la Couronne, et relevait du souverain, bien plus encore que du Pape, dont il tenait sa juridiction spirituelle. Les Juifs, par leurs menées et leurs intrigues incessantes, avaient rendu comme nécessaire l'établissement de ce tribunal, qui ne poursuivait néanmoins que ceux d'entre eux, qui s'étant faits chrétiens, profanaient la foi de leur baptême. Ce système, appliqué aux Juifs baptisés, fut étendu ensuite aux Maures qui retournaient à l'islamisme, après avoir embrassé la foi. Le danger d'être envahi par le protestantisme et plus tard par l'incrédulité, fit apprécier aux Espagnols une institution qui arrêtait toute innovation en matière de foi. La procédure de l'Inquisition a été calomniée comme ce tribunal lui-même. Cette procédure était bien plus douce que celle des autres tribunaux, du temps, et, en général, conforme à cet esprit de charité qui doit animer toujours des juges empruntés au sanctuaire. Cependant, des accusations portées contre le Saint-Office, plusieurs ne sont pas chimériques et reposent sur un véritable fondement. Sujet à faillir, comme tout ce qui est humain, ce tribunal s'égara plus d'une fois, au point de mécontenter le chef de l'Église. En avouant les abus, on doit reconnaître que l’Inquisition a conservé la foi en Espagne, a sauvé la nationalité espagnole, a arrêté, avec le protestantisme, les guerres civiles que cette hérésie déchaînait dans toute l'Europe, et procuré à l'Espagne une paix, une tranquillité dont ne jouissait aucun autre État. Condamnons l'abus sans le faire rejaillir sur l'Église, qui l’a condamné avant nous; mais reconnaissons les services rendus par un tribunal, dont le principal titre aux attaques de plus d'un historien, c'est le catholicisme qu'il défend, c'est le caractère sacré de ses juges.

Ch. MAILLEY, S. J.

(Revue du Monde Catholique, 15 juillet 1885)

dimanche, 06 novembre 2011

L’Inquisition d’Espagne

 

 

 

 

Il est dans l'histoire certains points semblables à ces vallées profondes que le soleil éclaire à peine. L'œil aperçoit bien les objets, mais ils sont comme baignés dans une lumière pâle, où leurs contours ne s'accusent pas. On soupçonne çà et là de beaux paysages, des sites intéressants, mais il manque à cette perspective un rayon qui en illumine les détails, les fasse comme sortir de terre, les sépare bien les uns des autres, et fasse resplendir au soleil leurs nuances, leurs rapports et leurs proportions respectives. Rien de beau comme cet immense panorama historique où apparaissent tous les âges. Mais il a ses points obscurs, même parmi ceux que ne recouvrent point les ténèbres. Beaucoup ne voient pas ou voient mal, plusieurs ne voient qu'à peu près ces points rejetés dans l'ombre ou négligemment effleurés par la lumière. De là tant d'idées fausses, tant de préjugés, sur certains hommes et sur certaines institutions, qu'on envisage invariablement sous un même aspect et sans vouloir bien s'en approcher. La vue prise passe ensuite toute faite dans l'histoire, la poésie lui ajoute encore, le roman y met le dernier trait; et il est reçu désormais que c'est la peinture véritable. Malheur à l'artiste qui vient à produire un autre dessin!

 

L'oubli est le moins qu'il puisse attendre.

 

 

 

L'Inquisition d'Espagne n'est-elle pas un de ces sujets qu'on ne veut considérer que sous une face déterminée, sous des couleurs préparées d'avance? Un chevalet, des instruments de torture, un bûcher à quelque distance, de sombres frocs de moines qui s'inclinent sur le patient comme pour chercher sous sa poitrine un reste de vie ou la place à des douleurs nouvelles, c'est la peinture classique, le tableau qu'on accepte de confiance, depuis trois cents ans. Voltaire ne l'a-t-il pas à jamais flétri !

 

 

 

Ce sanglant tribunal,

 

Ce monument affreux du pouvoir monacal,

 

Que l'Espagne a reçu, mais qu'elle-même abhorre,

 

Qui venge les autels, mais qui les déshonore,

 

Qui, tout couvert de sang, de flammes entouré,

 

Egorge les mortels avec un fer sacré.

 

 

 

Llorente semble avoir eu sous les yeux ces vers lorsqu'il a écrit son fameux ouvrage, et l'auteur de l'histoire de l'Inquisition s'exprime comme le chantre de La Henriade Ces notions sont descendues jusque dans l'histoire élémentaire. — C'était, dit M. Duruy[1], c'était l'immolation, par le fanatisme, de tout un peuple, longtemps le principal, l'unique représentant de l'industrie et de la science.

 

Ceux que n'aveugle point l'esprit de parti ou la fureur de l'impiété, sentent d'instinct que ce tableau est exagéré, que ces couleurs sont trop sombres. Mais trop souvent aussi, dans l'idée qu'ils se font du tribunal Espagnol, on retrouve bien des restes de la peinture menteuse qu'ils ont rejetée. Ils mêlent ensemble le vrai et le faux, le réel et l'exagéré, l'affirmation de l'histoire et la description du roman. Ils confondent le rôle de l'Eglise et le rôle de l'État, ce qui est d'institution politique ; ce qui est d'institution religieuse, les exagérations de certains Inquisiteurs avec l'esprit même de leurs tribunaux.

 

Leur point de vue n'est donc pas juste. C'est une perspective confuse où tout paraît pêle-mêle, et se noie dans une lumière indécise.

 

L'objet de ce travail est de présenter sous un vrai jour cette institution si décriée et si peu connue. Ce n'est pas une apologie que nous essayons, c'est moins encore une satire. Nous voulons dire la vérité, souvent favorable, sévère parfois, juste toujours. Nous ne craignons pas de nous égarer, car nous suivons des traces frayés déjà, et par des hommes qui en ce point méritent votre confiance.

 

Nous prenons pour guides de Maistre (Lettre à un gentilhomme russe[2], etc.), Lacordaire (Mémoire pour le rétablissement en France de l'ordre des Frères Prêcheurs), mais surtout Mgr Héfelé, qui a épuisé la question dans sa belle histoire de Ximénès.

 

Pour se faire une juste idée de l'Inquisition d'Espagne, il faut la considérer d'abord dans ses origines, dans les raisons qui présidèrent à son établissement; il faut ensuite la voir à l'œuvre ou l'examiner dans son exercice; enfin, il faut en apprécier les résultats ou la juger dans ses effets : c'est la marche que nous allons suivre.

 

 

 

I. Origines. — C'est une notion élémentaire en théologie que le baptême est un engagement sacré qui oblige celui qui l’a reçu à garder la foi de l'Église. L'Église n'a jamais traîné personne aux fonts baptismaux. Elle n'a jamais dit à l'infidèle terrassé : «Crois ou meurs ». Elle nous montre dans la foi qu'elle nous propose un don surnaturel de Dieu, qui suppose dans l'adulte la libre coopération à la grâce. Libre de se sauver ou de se perdre, l'infidèle peut donc accepter ou refuser la foi, refuser le baptême ou présenter son front à l'eau régénératrice. Mais dès qu'il a reçu le caractère baptismal, cet homme a accepté l'obligation de garder toute sa vie la foi que le sacrement a répandue dans son âme. Il est entré dans la grande société chrétienne, et dès lors l'Église a droit sur lui et peut le rappeler à ses engagements, s'il vient à les méconnaître.

 

Un principe non moins certain, c'est que l'Église a le droit de développer et de préserver de toute atteinte la vie divine qu'Elle a répandue dans les âmes par le baptême. Ce droit résulte de la maternité même de l'Église : la vie a été donnée, l'Église qui l'a donnée doit la conserver et la défendre. Dès lors, elle peut arrêter, par les moyens qu'elle juge les plus efficaces, toute agression extérieure contre son enfant; c'est le droit et le devoir de la mère.

 

Ainsi le chrétien qui abandonne la foi, le séducteur qui scandalise les fidèles et travaille à altérer leurs croyances, peuvent être recherchés et punis; le premier, parce qu'il a méconnu des engagements sacrés et irrévocables ; le second, parce qu'il attente à la vie des âmes, plus précieuse que celle du corps, et qu'il lèse les droits de l'Église.

 

 

 

Sur ces deux principes repose tout entière l'Inquisition ecclésiastique, tribunal institué pour rechercher les personnes soupçonnées d'hérésie et s'assurer de leur créance. Ce tribunal a précédé juste de quatre siècles l'Inquisition espagnole, qui fait l'objet du présent travail. On en voit les premières assises posées au Concile de Vérone, en 1184, du temps du pape Lucius III et de l'empereur Frédéric Barberousse. Mais il est bon de remarquer qu'il a presque toujours existé, sous une forme ou sous une autre, dans les sociétés chrétiennes, et qu'il est entré plus tard dans l'Inquisition d'Espagne comme l'un des rouages principaux de cette grande machine.

 

 

 

Si l'Église a des droits sur le chrétien rebelle, l'État, je parle de l'État catholique, peut aussi en revendiquer dans certains cas. Les foudres spirituelles atteignent l'âme, mais n'ont point d'effets sur le corps. Ces foudres, si terribles pour l'éternité, pourront donc, dans le temps, ne pas frapper toujours ce coup décisif, qui sauve le coupable par le repentir, ou qui l'arrête par la crainte. C'est alors que dans une société totalement catholique peut se manifester le rôle de l'État, car il y a union intime entre les deux puissances, et il est dans les attributions de l’évêque du dehors d'assurer l'exécution des lois de l'Église. Une expression, trop souvent odieuse, désigne cette intervention, on l'appelle bras séculier, nom dont on aime mieux s'effrayer que d'en chercher le véritable sens.

 

 

 

Le dissident, fléau de l'Église, peut aussi créer à l'État de véritables dangers, en troublant le repos des peuples par son prosélytisme, en préparant ou en fortifiant une secte avec laquelle il faudra compter plus tard, en mettant en péril l'unité religieuse de la nation, bienfait immense quand c'est l'adhésion de la nation tout entière à la véritable doctrine. L'État ne fait que se défendre et exercer son droit strict, quand il frappe dans le sectaire, l'ennemi de l’ordre social et de la tranquillité des peuples. Mais comme le délit revêt alors un double caractère, religieux et politique, et qu'il lèse les droits des deux puissances, le tribunal destiné à en connaître revêtira aussi un double caractère, religieux et politique. L'Église y interviendra pour constater la faute théologique, pour exciter le coupable au repentir, pour le ramener, s'il se peut, par les voies de douceur et de mansuétude, et pour faire prédominer, dans toute la procédure, la miséricorde sur la justice. L'État interviendra à son tour, mais pour appliquer au sectaire obstiné les peines qu'il a décrétées dans ses lois. Ainsi, des deux puissances, l'une recherche le délit, en détermine la nature, et s'efforce de trouver le repentir pour ne point punir l'obstination ; l'autre exerce un ministère dont la rigueur fait le caractère principal. Ses appariteurs ne se montrent guère qu'à ce point extrême de la procédure où expire la miséricorde et où commence la justice.

 

 

 

Transportez ce tribunal sous le ciel de l’Ibérie, et vous avez, dans ses grandes lignes, l'Inquisition espagnole, institution d'un caractère mixte, politique et religieux tout ensemble. Mais il est temps de rechercher les causes qui présidèrent à l'établissement de ce tribunal. Pour s'en bien rendre compte, il faut connaître d'abord la situation religieuse et politique de l'Espagne.

 

 

 

Écoutons l'illustre biographe de Ximénès : « Les Juifs, dit Mgr Héfelé, les Juifs étaient, dès les premiers siècles du christianisme, si nombreux et si puissants en Espagne, qu'ils osèrent entreprendre de judaïser tout le pays. Des monuments dont l'autorité est incertaine font remonter leur arrivée dans la Péninsule au temps de Salomon. Mais des indices plus vraisemblables autorisent à croire qu'ils y arrivèrent par l'Afrique, environ un siècle avant Jésus-Christ. Insensiblement s'accrurent leur nombre et leur puissance, et leur prosélytisme s'exerça avec une grande ardeur. Dès le commencement du quatrième siècle, un concile tenu à Elvive, ancienne ville d'Espagne, bâtie, dit-on, sur l'emplacement où s'éleva plus tard Grenade, prend des mesures pour conjurer les effets de leur zèle, etc. » L'auteur cite ensuite plusieurs dispositions du IIIe et du IVe Concile de Tolède, tenus plus tard et inspirés par le même esprit. Le canon 62° du IVe Concile de Tolède mérite une attention spéciale : « Aucun Juif ne pourra; être à l'avenir contraint d'embrasser la foi chrétienne ; mais les convertis, l'eussent-ils été par la force, ayant reçu les vénérables sacrements, doivent conserver la foi, et non la déshonorer, ni la mépriser. »

 

 

 

Dès le temps de ces anciens Conciles se manifeste contre les Juifs l'intervention du pouvoir séculier. Les rois goths édictent contre eux une législation sévère, qui les dépouille d'un grand nombre de leurs droits civils. Aussi bien les Juifs appellent-ils sur eux les rigueurs de la royauté par leurs intrigues incessantes. Sous le roi Egica, on découvre un complot ourdi par eux avec les Sarrasins d'Afrique, et qui a pour but de renverser la monarchie chrétienne.

 

« L'esclavage fut le châtiment des conjurés, quant à l'invasion des Sarrasins, on la repoussa heureusement[3]. »

 

« Cependant les Juifs d'Espagne, continue Mgr Héfelé, se furent bientôt relevés des coups portés au septième siècle, et, après l'invasion musulmane, ils recouvrèrent richesses, puissances, influence et dignités, dirigèrent des écoles et des académies florissantes à Cordoue (dès 948), à Tolède et à Barcelone, produisirent des savants célèbres ; enfin arrivèrent en Espagne, à un degré d'importance et de culture qu'ils n'ont atteint dans aucune autre partie de l'Europe. »

 

 

 

La valeur des chrétiens qui regagnent, pour ainsi dire, au prix de leur sang chaque pouce du territoire espagnol, une sorte de perpétuelle croisade, relève peu à peu la fortune d'un peuple sur lequel Dieu a de grands desseins. La patrie Espagnole s'étend chaque jour, agrandie par la victoire. Les Juifs, enveloppés graduellement dans ce cercle de conquêtes, repassent sous la domination des rois chrétiens de la Péninsule. La défiance et l’animadversion les environnent.

 

Plusieurs fois les évêques interviennent en leur faveur pour les sauver de la fureur populaire, et ils sont félicités par le pape d'une démarche si conforme à l'esprit de l'Église et aux maximes de l'Évangile.

 

L'orage passé, les Juifs relèvent la tête et travaillent à ressaisir leur influence. Plusieurs monarques les emploient et leur donnent accès aux plus hautes charges. Alphonse X, épris de leurs connaissances astronomiques, en admet un grand nombre à sa cour.

 

« Il n'était pas rare alors, dit encore Mgr Héfelé, de les voir employés comme gouverneurs, administrateurs et trésoriers auprès des rois et des grands d'Espagne; beaucoup exerçaient la médecine et s'ouvraient ainsi un accès dans l'intérieur le plus secret des familles; la plupart des pharmacies étaient entre leurs mains; ils avaient leurs juges propres, des lois et des droits spéciaux, souvent au désavantage des chrétiens, dans les causes mixtes. Entre autres privilèges, ils avaient, comme les nobles, celui de ne pouvoir être arrêtés ou emprisonnés que sur un ordre exprès du roi ; enfin cette époque nous montre des Juifs à côté du trône et tenant, soit comme favoris, soit comme ministres, les rênes du gouvernement, les faveurs allèrent jusqu'à mécontenter la nation »

 

« Mais le danger venait bien moins encore des Juifs véritables que de la masse de ceux qui s'étaient dérobés par une conversion hypocrite à la persécution de la fin du quatorzième siècle. Si les premiers avaient accaparé une grande partie de la richesse et du commerce du pays, les Juifs déguisés, se glissant, d'une part, dans les rangs du clergé, et jusque sur les sièges épiscopaux, de l'autre, s'élevant aux emplois civils les plus éminents, s'alliant par des mariages à la plupart des familles nobles, et possédant dans leur richesse un instrument puissant d'influence et de corruption, allaient droit à détruire les deux choses dont les Espagnols étaient peut-être le plus jaloux, la nationalité et la foi... »

 

« Et quelle signification d'ailleurs dans ce fait bien avéré qu'en 1473 les Juifs tentèrent de se faire livrer à prix d'argent la forteresse de Gibraltar, qui est la clef de l'Espagne? Enfin, qu'ils aient utilisé leur influence pour organiser un vaste et ardent prosélytisme, c'est un fait généralement reconnu, et avoué par Llorente lui-même, dans un écrit antérieur à son histoire de l'Inquisition[4]. »

 

 

 

Cette fièvre de fanatisme judaïque se traduisait par des actes sauvages et par d'horribles sacrilèges. « Des croix mutilées, dit M. Ch. Barthélémy, des hosties consacrées profanées, des enfants chrétiens crucifiés, firent cesser toute hésitation à l'égard de la conduite à suivre vis-à-vis des Juifs. En 1485, on avait déjà découvert à Tolède une conspiration ayant pour but de s'emparer de la ville, le jour de la Fête-Dieu, et d'exterminer tous les chrétiens[5]. »

 

 

 

Ce n'est pas tout, et M. de Maistre complète ainsi cette triste peinture : « Le mahométisme augmentait prodigieusement le danger, l'arbre avait, été renversé en Espagne, mais les racines vivaient. Il s'agissait de savoir s'il y aurait encore une nation espagnole, si le judaïsme et l'islamisme se partageraient ces riches provinces... Les

 

Juifs étaient à peu près maîtres de l'Espagne[6]. »

 

On le voit, une invasion nouvelle, et plus dangereuse peut-être que les invasions antiques, menaçait la noble nation espagnole. L'ennemi était campé sur son propre territoire, on le trouvait partout, et jusque dans les sanctuaires, qu'il travaillait à renverser.

 

 

 

Une question de vie ou de mort allait se débattre et se décider bientôt; elle ne pouvait guère avoir que trois solutions : l'asservissement de l'Espagne, des massacres sanglants ou une défense légale et juridique du peuple opprimé, par l'établissement d'un immense tribunal, qui atteignît jusqu'aux consciences. Le patriotisme espagnol repoussait la première solution, l'Eglise avait en horreur la seconde; il ne restait que la troisième, et l'Inquisition la réalisa.

 

 

 

Mais elle fut au préalable remaniée par les rois d'Espagne, et elle perdit entre leurs mains cet aspect exclusivement ecclésiastique, qui la distinguait auparavant[7]. « Le tribunal de l'Inquisition, dit le comte de Maistre, est composé d'un chef suprême, nommé grand Inquisiteur, qui est toujours archevêque ou évêque; de huit conseillers ecclésiastiques, dont six sont toujours séculiers ; et de deux réguliers, dont l'un est toujours Dominicain, en vertu d'un privilège accordé par le roi Philippe III. Le second appartient, à tour de rôle, aux autres ordres réguliers, suivant une disposition de Charles III.

 

Le plus jeune des conseillers-clercs remplit les fonctions du fisc, et dans certains cas, dont je n'ai pas une connaissance exacte, on y appelle deux conseillers de Castille. »

 

Les magistrats de ce tribunal sont donc empruntés à l'Église, mais c'est le roi qui les emploie, c'est le roi qui les rétribue comme des fonctionnaires de l'État, c'est au roi qu'appartient la nomination du grand Inquisiteur, c'est du roi, par conséquent, que dérive l'impulsion qui fait mouvoir tout ce vaste corps. M. Duruy veut bien le reconnaître : « Ce tribunal célèbre, qui a laissé un nom terrible et exécré, avait à sa seconde origine une destination politique, tout autant que religieuse[8]. » Mais le roi ne pouvait donner la juridiction spirituelle, qu'il n'avait pas et sans laquelle ce tribunal mixte n'aurait pu subsister un instant. Ferdinand le Catholique, auteur, comme chacun le sait, de l'Inquisition espagnole, s'adressa donc au pape Sixte IV, pour en obtenir des bulles d'institution. Sans méconnaître l'opportunité de cette demande, Sixte IV, qui craignait des excès et qui était père avant tout, refusa d'abord d'obtempérer au désir du monarque aragonais. Les rapports entre les deux puissances en devinrent extrêmement tendus, et il y eut, pendant quelque temps, entre la cour de Rome et celle d'Espagne, comme une rupture diplomatique. Enfin le pape accorda la bulle, mais en se réservant toujours de veiller sur la procédure du nouveau tribunal, et d'admettre les appels au Saint-Siège. Remarquons en passant que l'autorité apostolique n'était pas hostile à l'Inquisition même, qu'Elle avait toujours contenue dans les autres pays, qu’ Elle allait, à plusieurs reprises, et sans succès, s'efforcer d'établir en France, qu'Elle devait bientôt organiser à Rome même, sous le nom de Saint-Office. Mais elle craignait d'abord dans le nouveau tribunal espagnol un caractère trop prononcé d'institution d'État, et que la politique ne couvrît parfois du manteau de la religion des intérêts purement humains et qui ne regardaient pas les âmes. Quoi qu'il en soit, la bulle fut accordée, et l'Inquisition commença. On voit son origine, on saisit les causes qui présidèrent à sa naissance. Les Juifs la rendirent comme nécessaire. Ce tribunal ne devait pas assurément forcer les enfants d'Israël à recevoir le baptême et condamner ceux qui refusaient l’eau sainte. La foi, nous l'avons dit, ne s'impose pas, et l'Église eût repoussé une procédure incompatible avec son esprit. Mais la masse immense des Juifs baptisés était justiciable de l'Inquisition; et c'était dans cette classe d'hommes, qui comptait sans doute quelques chrétiens sincères, mais beaucoup d'hypocrites, que se cachaient les plus dangereux ennemis de la monarchie et de la religion. Et la religion c'était, suivant le langage même de M. Duruy, de « la moitié de la patrie. »

 

 

 

Quant aux Juifs non baptisés, ils furent bannis par édit royal (31 mars 1452). Ferdinand laissait libres de rester en Espagne tous ceux qui voudraient se faire instruire et embrasser la foi catholique.

 

Les autres devaient quitter l'Espagne avant le 31 juillet, le roi s'engageait à leur fournir gratuitement tous les moyens de sortir de ses États, et il tint généreusement parole.

 

Personne n'était obligé de s'expatrier, puisque chacun pouvait se faire instruire et embrasser la foi, ce fondement du salut que Dieu ne refuse à personne. Ceux qui partaient n'avaient à se plaindre que de leur entêtement et de ces continuelles intrigues, dont les Espagnols se débarrassaient en les expulsant de leur territoire. Ceux qui restaient ne devaient pas se plaindre, si, tombant dans l'apostasie, on leur appliquait une législation sous laquelle ils s'étaient placés d'eux-mêmes.

 

Mais, après l'avoir étudié dans son origine, dans ses causes, il est temps de considérer dans son exercice le tribunal de l'Inquisition.

 

 

 

II- Exercice. — Pour envisager avec plus de clarté cette face nouvelle de notre sujet, nous distinguerons trois choses dans ces grandes assises de l'Inquisition : le cours de la procédure, la sentence à laquelle aboutit la procédure, enfin l'appareil dont s'entoure cette sentence, qui met fin à toute la procédure.

 

 

 

A. Cours de la procédure. — L'Inquisition d'Espagne, établie à la fin du quinzième siècle, et abolie au commencement du nôtre, en 1820, eut, dans sa durée de trois siècles, comme trois périodes à traverser. D'abord elle eut à s'occuper des Judaïsants et des Maures baptisés qui retournaient à l'islamisme. Puis elle eut à préserver l'Espagne de l'invasion du protestantisme ; enfin elle eut, au dernier siècle, à veiller sur cet esprit qu'on appelait philosophique et qui n'était que la frivolité du blasphème. Sa procédure, on le conçoit, a dû varier singulièrement avec ces accusés d'un genre si différent ; l'apostat juif ou maure, le protestant colporteur de bibles, et le Voltairien qui rit de la Bible et de Jésus-Christ. Cette plaie immense que nous avons signalée et qui nécessita l'Inquisition, réclamait des mesures fortes, énergiques. La force et l'énergie, une énergie parfois outrés, voilà le caractère de la première période. Au contraire, le protestant et son petit-fils le Voltairien, sont des agresseurs étrangers, non des ennemis domestiques. On ne les connaît pas en Espagne : il suffit donc de les arrêter aux frontières. Contre eux les mesures doivent affecter de préférence un caractère préventif, et c'est le caractère qui paraît surtout dans la seconde et troisième période de l'Inquisition. On ne saurait dont mêler ces époques, et il serait aussi ridicule de dégager une moyenne des condamnations pour les trois siècles des dossiers de Torquemada, que de dresser une table de notre justice criminelle, d'après les conseils de guerre de Versailles.

 

 

 

Dans la période juive et maure, l'Inquisition commence par proclamer un délai de grâce, qu'elle prolonge plus d'une fois et qui s'étend souvent de trente à soixante jours. Tous ceux qui viendront d'eux-mêmes se dénoncer dans cet espace de temps, ne seront tenus qu'à la pénitence canonique. Le délai expiré, la miséricorde attend encore l'accusé à ce tribunal «  si sanguinaire », nous en aurons bientôt la preuve. L'hérétique formel, le véritable apostat, c'est celui qui rejette la vérité connue et qui préfère son sentiment particulier à l'autorité infaillible de l'Église. Celui qui pèche par faiblesse d'esprit, que séduisent les rêves d'un cerveau malade, peut être coupable encore, mais il mérite plus d'indulgence. L'Inquisition le sait : avant d'agir contre un accusé, elle le fait examiner par un médecin qui constate son état mental.

 

 

 

Rien n'a défrayé la légende comme les prisons du Saint-office, « ces noirs cachots où viennent s'engouffrer des milliers de victimes». Ces noirs cachots étaient, au rapport de Llorente lui-même, « des cellules claires, sèches et bien voûtées » ; et, dans ce genre, assurément, ce qu'un détenu pouvait trouver de mieux en Europe.

 

 

 

On a reproché à l'Inquisition espagnole l'emploi de la torture. Ce terrible moyen de connaître la vérité était employé par tous les tribunaux de l'époque. L'Inquisition n'était pas tenue de devancer son siècle. Elle recourait à la torture bien plus rarement que les tribunaux laïques. Elle n'y recourait que pour des cas graves. Elle entourait ce rude appareil de justice de tout ce qui pouvait en tempérer la rigueur. L'Evêque diocésain ou son délégué devait y assister et veiller à ce que le patient ne souffrît pas au-delà de ses forces, ou ne fût pas outragé par les valets de la justice. D'ailleurs, l'Inquisition laissa tomber en désuétude ce redoutable usage, longtemps avant les autres tribunaux. Ces moyens extraordinaires de découvrir la vérité, qui répugnent à notre délicatesse et à la douceur actuelle de nos mœurs, étaient alors en usage dans toute l'Europe.

 

 

 

De grands magistrats les ont employés, on les a vus subsister dans la pleine lumière de la civilisation. Partout où l'Église a régné en souveraine, Elle a tempéré ces rigueurs, parce qu'elle ne laisse jamais seule l'inexorable justice, et qu'Elle lui donne toujours pour compagne la miséricorde, qui en ralentit la marche et en adoucit la sévérité.

 

 

 

On a reproché à l'Inquisition des arrestations arbitraires et opérées sur de faux soupçons. Cette accusation semble confirmée par l’histoire. Saint Ignace fut jeté en prison. Plusieurs Pères de la Compagnie de Jésus, non moins distingués par leurs vertus que par leur doctrine, furent déférés au Saint-office. Tous ceux qui ont lu l'histoire de cette époque se rappellent le fameux archevêque de Tolède, D. Barthélémy Carranza, retenu en prison malgré les réclamations du Concile de Trente, plusieurs fois demandé par les Papes, et dont les instances menaçantes de saint Pie V purent seules obtenir la liberté. L'immortel ouvrage des Bollandistes fut condamné par l'Inquisition de Tolède, qui avait cru y découvrir des propositions hérétiques. Le P. Papebrock réclama; on ne daigna pas même lui répondre. L'affaire fut portée à Rome. La plupart des cardinaux, ayant à leur tête le célèbre théologien Noris, prirent le parti du savant, à qui le Pape était favorable. La Congrégation de l'Index, par égard pour l'Espagne, dit le cardinal Noris, imposa silence aux deux partis. En d'autres occurrences et en d'autres causes, le Saint-Siège, ayant cassé la sentence de l'Inquisition, celle-ci n'eut pas la gloire de se soumettre.

 

 

 

Nulle justice humaine n'est à l'abri de surprise. L'Inquisition s'est trompée plusieurs fois, nous le reconnaissons; mais il serait injuste de généraliser cette observation, comme si la précipitation, l’entêtement ou la passion, avaient été le caractère principal du plus sage et du plus modéré des tribunaux. Quelques fautes clairsemées à travers trois siècles ne prouvent rien contre une institution.

 

 

 

Comme la malveillance pouvait facilement se glisser dans ces accusations d'hérésie, le grand Inquisiteur Valdès (un des plus sévères, suivant Llorante) prescrivit aux membres du Saint-office de ne pas moins se défier des témoins à charge que de l'inculpé lui-même.

 

Dans les premiers temps de l'Inquisition, Léon X avait rendu une ordonnance, d'après laquelle tout faux témoin devait être puni de mort.

 

Au contraire, on accueillait avec bienveillance les témoins à décharge que l'accusé avait à produire. On suspendait la sentence jusqu'à ce qu'ils eussent pu éclairer la conscience des juges. On les requérait à de grandes distances, et jusque dans les colonies espagnoles de l’Amérique.

 

 

 

L'âge de l'accusé pesait d'un grand poids dans la balance. « Lorsque des fils ou filles d'hérétiques, induits à professer l’erreur par les leçons de leurs parents, et n'ayant pas encore atteint leur vingtième année, se présenteront d'eux-mêmes pour être reçus en grâce, dussent-ils venir même après le délai fixé, les Inquisiteurs les accueilleront avec bonté, leur imposeront des pratiques de pénitence plus légères, et veilleront à ce qu'ils soient instruits dans la foi et les sacrements de la sainte Mère l'Église. » Ainsi s'exprime Torquemada!

 

 

 

Llorente se plaint qu'on ait vu des indices d'hérésie dans des faits insignifiants par eux-mêmes, et qui, chez d'anciens chrétiens, n'eussent pas attiré l'attention. Mais, suivant la remarque de Mgr Héfelé, le même acte peut éveiller un soupçon légitime dans un juif ou un musulman baptisé, et n'avoir que peu de dangers pour un chrétien de naissance. En soi, il est indifférent de laver sur le front d'un enfant qui vient d'être baptisé la place qu'a touchée l'huile sainte. Mais chez des néophytes tout frais sortis du judaïsme et environnés de relaps, cet acte, surtout s'il est fréquemment répété, pourra exciter la défiance. Ne connaît-on pas le mot de Calvin : « Je renonce le Chrême? »

 

« Un ancien chrétien pourra donner à ses enfants, sans exciter l'attention, les noms des patriarches du vieux Testament. Un juif converti deviendra aisément suspect, s'il affecte de rejeter les noms de la loi nouvelle. »

 

 

 

Ces faits et d'autres du même genre, indifférents par eux-mêmes, pouvaient emprunter aux circonstances de temps, de lieux et de personnes, une signification mauvaise, et devenir, aux yeux des Inquisiteurs, de véritables indices.

 

Qu'on n'aille pas croire les membres du Saint-office si prompts à se troubler, si empressés à chercher des crimes.

 

« Personne, dit le grand inquisiteur Deza, personne ne pourra être arrêté pour un sujet de peu d'importance, pas même pour des blasphèmes, s'ils ont été proférés dans un accès de colère. Le premier article des statuts de Torquemada ne permet l'arrestation de l'inculpé qu'à l'unanimité des suffrages. Quand les Inquisiteurs n'étaient point d'accord, ou que la personne compromise était d'une certaine importance, le conseil supérieur pouvait seul ordonner l'arrestation.

 

 

 

Nous pourrions multiplier les détails et nous étendre à l'infini sur cette procédure de l'Inquisition d'Espagne. Mais ce que nous avons dit paraît suffisant pour l'apprécier et faire connaître l'esprit qui l'animait. Il est temps de parler de la sentence où aboutissait la procédure.

 

 

 

 

 

 

 

Ch. MALLEY, S. J.

 

                                                                                            (Revue du Monde Catholique,1er juillet 1885)

 

 

 

 

 

 

 




[1] Histoire des temps modernes, c. iv.

 

[2] Réédité par les Editions Saint-Rémi

[3] Histoire des temps modernes, c. iv.

[4] Histoire des temps modernes, c. iv.

[5] Erreurs et mon. his. (1ère  série), L'Inquisition.

[6] 1ère lettre sur l'Inquisition.

[7] Ibid., loc. cit.

[8] Histoire des temps modernes, c. iv.

 

 

mercredi, 31 août 2011

Les effets de la loi

 


On rencontre souvent de ces gens qui s’estiment dispensés d’obéir aux lois sous prétexte qu’elles proviennent d’un gouvernement mauvais. Or, dans la mesure où elles ne s’opposent pas aux commandements de Dieu (voir Question 96), les lois humaines obligent chacun car elles ont pour effet de rendre les hommes bons. Même une loi injuste est bonne relativement, en ce qu’elle développe en nous cette vertu d’obéissance, ciment de toute société humaine. Saint Thomas insiste : « puisque tout homme est une partie de la cité, il est impossible qu’un homme soit bon s’il n’est pas proportionné au bien commun ».

 

 

(Saint Thomas d’Aquin, Somme théologique, La Loi, Question 92.)

Traduction française par M.-J. Laversin, O.P.

Éditions de la revue des jeunes, Société Saint Jean l’Évangéliste, Desclée & Cie. Paris Tournai Rome, 1935.



 Plan d’étude

1. La loi a-t-elle pour effet de rendre les hommes bons ?

2. Les effets de la loi sont-ils de « commander, interdire, permettre et punir », comme dit Justinien ?

 La loi a-t-elle pour effet de rendre les hommes bons ? (Article 1)

Objections

1. Il semble que non. En effet, les hommes sont bons quand ils sont vertueux ; car «  la vertu rend bon celui qui la possède », selon les Éthiques [1]. Mais la vertu est en l’homme l’œuvre de Dieu seul : lui-même « la met en nous, sans nous », comme on l’a établi dans la définition de la vertu [2]. Donc ce n’est pas la loi qui rend les hommes bons.

2. La loi n’est utile à l’homme que s’il lui obéit. Mais le fait même d’obéir à la loi vient de la bonté ; celle-ci doit donc précéder la loi chez l’homme. Ce n’est donc pas la loi qui rend les hommes bons.

3. La loi est faite en vue du bien commun, on l’a dit plus haut [3]. Mais il y a des gens qui se comportent bien en ce qui regarde le bien commun, et non dans leur vie privée. Ce n’est donc pas à la loi qu’il appartient de rendre les hommes bons.

4. Certaines lois sont tyranniques, dit le Philosophe [4]. Or le tyran ne vise pas la bonté de ses sujets, mais seulement son utilité personnelle. Ce n’est donc pas la loi qui rend les hommes bons.

En sens contraire, le Philosophe écrit [5] que « la volonté de tout législateur est de rendre bons les citoyens » [6].

Réponse

Nous avons dit précédemment [7] que la loi n’est pas autre chose qu’une prescription de raison en celui qui commande, par laquelle les sujets sont gouvernés.

Or, c’est la vertu propre d’un subordonné que d’être bien soumis à celui qui le gouverne ; de même constatons-nous que la vertu propre de l’irascible et du concupiscible [8] consiste en ce qu’ils obéissent bien à la raison.

Et de cette manière « la vertu, pour n’importe quel sujet, consiste à être bien soumis à celui qui commande », dit le Philosophe [9].

Or toute loi est ordonnée à être obéie de ses sujets. Aussi est-il évident que le propre de la loi est d’amener ses sujets à ce qui constitue leur vertu propre.

Donc, puisque la vertu est définie : « ce qui rend bon celui qui la possède », il s’ensuit que l’effet propre de la loi sera de rendre bons ceux auxquels elle est donnée, cette bonté pouvant être absolue ou relative.
- Si, en effet, l’intention du législateur tend au vrai bien, qui est le bien commun réglé conformément à la justice divine, il s’ensuit que par la loi les hommes sont rendus bons de façon absolue.
- Si, au contraire, l’intention du législateur se porte vers quelque chose qui n’est pas le bien absolu, mais qui est utile ou agréable, ou contraire à la justice divine, alors la loi ne rend pas les hommes bons absolument mais relativement, c’est-à-dire par rapport à un régime politique donné.

C’est ainsi que l’on trouve du bien même dans les choses intrinsèquement mauvaises ; comme on parle d’un bon voleur, parce qu’il opère d’une manière appropriée à son but.

Solutions

1. La vertu se présente sous deux formes : acquise et infuse, comme on l’a vu précédemment [10].

Pour chacune d’elles, la répétition des actes joue son rôle, mais de façon diverse.

Elle est cause de la vertu acquise ; mais elle dispose à la vertu infuse ; puis, une fois celle-ci possédée, elle la conserve et la développe.

Puisque la loi est donnée pour diriger les actes humains, dans la mesure même où ceux-ci coopèrent à la vertu, dans cette même mesure elle rend les hommes bons.

Aussi le Philosophe dit-il [11] que « les législateurs rendent bons par les habitudes qu’ils donnent ».

2. On n’obéit pas toujours à la loi selon la perfection de bonté qui convient à la vertu, mais parfois par crainte du châtiment ; parfois aussi par le seul motif de la raison, ce qui est un principe de vertu, nous l’avons dit [12].

3. La bonté d’une partie s’apprécie d’après son rapport avec le tout ; c’est pourquoi S. Augustin écrit [13] que « toute partie est difforme quand elle n’est pas accordée à son tout ».

Donc, puisque tout homme est une partie de la cité, il est impossible qu’un homme soit bon s’il n’est pas proportionné au bien commun [14].

Et le tout lui-même ne peut être bien constitué, sinon par des parties qui lui sont proportionnées.

C’est pourquoi il est impossible que le bien commun d’une cité se réalise bien si les citoyens ne sont pas vertueux, tout au moins ceux à qui revient le commandement.

Il suffit toutefois au bien de la communauté que les autres soient vertueux dans la mesure où ils obéissent aux ordres des chefs.

C’est pourquoi Aristote dit [15] que « la vertu du chef est identique à celle de l’homme bon ; mais ce n’est pas vrai d’un citoyen quelconque ».

4. La loi tyrannique n’étant pas conforme à la raison n’est pas une loi à proprement parler. Elle est plutôt une perversion de la loi [16].

Toutefois, dans la mesure où elle possède quelque chose de la raison de loi, elle est ordonnée à rendre les citoyens bons.

Car elle n’a pas raison de loi sinon en tant qu’elle est une prescription du chef à l’égard de ses sujets, et elle tend à ce que les sujets soient bien obéissants.

Ce qui revient à dire qu’ils sont bons non pas d’une façon absolue, mais relativement à un tel régime politique.

 Les effets de la loi sont-ils de « commander, interdire, permettre et punir », comme dit Justinien ? (Article 2)

Objections

1. Cette énumération ne semble pas convenir car, d’après Justinien [17], « la loi est toute ordonnance générale  ». Or commander est synonyme d’ordonner. Les trois autres actes sont donc superflus.

2. L’effet de la loi est de conduire les sujets au bien, nous venons de le dire. Mais le conseil porte sur un bien supérieur à celui du précepte. Il appartient donc davantage à la loi de conseiller que de commander.

3. De même qu’un homme est incité par les châtiments à bien agir, il l’est également par les récompenses. Donc, si l’on met parmi les effets de la loi celui de punir, il faut également y mettre l’acte de récompenser.

4. Le but du législateur est de rendre les hommes bons, comme on vient de le dire.

Mais celui qui n’obéit aux lois que par crainte des châtiments, n’est pas bon.

En effet : « Si l’on agit par crainte servile, c’est-à-dire par crainte du châtiment, alors même que l’on ferait le bien, on n’accomplirait pas bien cette œuvre », dit S. Augustin [18].

Il ne semble donc pas que punir soit le propre de la loi.

En sens contraire, Isidore de Séville écrit [19] :


- Toute loi ou bien permet, par exemple : « que l’homme courageux sollicite une récompense ».
- Ou bien elle défend, par exemple : « il n’est permis à personne de demander en mariage une vierge consacrée ».
- Ou bien elle punit, par exemple : « celui qui aura commis un meurtre sera puni de mort ».

Réponse

De même que la phrase est une sentence de la raison sous forme dénonciation, de même la loi est une sentence de la raison émise sous forme de précepte.

Or le propre de la raison est de partir d’une donnée pour amener à un autre point.

C’est pourquoi, de même que dans les sciences de démonstration, la raison procède de manière à faire admettre une conclusion au moyen de certains principes, ainsi procède-t-elle pour faire adhérer au précepte de la loi par un moyen terme.

Or, les préceptes de la loi portent sur les actes humains, puisque c’est eux que la loi dirige, comme nous l’avons dit [20].

Or il y a trois catégories différentes d’actes humains [21].
- Quelques-uns sont bons selon leur genre, et ce sont les actes des vertus ; à leur égard, on dit que la loi prescrit ou commande, car elle prescrit tous les actes des vertus, selon Aristote [22].
- D’autres actes sont mauvais, selon leur genre, comme les actes vicieux que la loi a pour rôle d’interdire.
- D’autres actes enfin sont indifférents selon leur genre ; la loi a pour rôle de les permettre. On pourrait classer parmi ces actes indifférents ceux qui sont légèrement bons ou légèrement mauvais.

Enfin, c’est par la crainte du châtiment que la loi amène ses sujets à obéir ; et sous ce rapport l’effet de la loi est de punir [23].

Solutions

1. De même que cesser de faire le mal a raison de bien, de même l’interdiction a raison de précepte. Ainsi, en prenant le mot précepte au sens large, on dit d’une manière générale que la loi est un précepte.

2. Conseiller n’est pas l’acte propre de la loi, mais peut être aussi le fait d’une personne privée qui n’a pas à porter une loi. Aussi S. Paul, en donnant un conseil (1 Co 7,12), déclare-t-il : « C’est moi qui le dis, non le Seigneur. » C’est pourquoi le conseil n’est pas nommé parmi les effets de la loi.

3. N’importe qui peut récompenser ; mais punir n’appartient qu’au ministre de la loi, par l’autorité duquel la peine est infligée. C’est pourquoi récompenser n’est pas mis parmi les actes de la loi, mais seulement punir.

4. Du fait que quelqu’un commence à s’accoutumer, par crainte du châtiment, à éviter le mal et à faire le bien, il se trouve parfois amené à agir ainsi avec plaisir et de son plein gré. De cette façon la loi, même par ses châtiments, conduit les hommes à devenir bons.

Il faut maintenant étudier chaque loi en particulier :
- la loi éternelle (Q. 93),
- la loi naturelle (Q. 94),
- la loi humaine (Q. 95-97),
- la loi ancienne (Q. 98-105),
- et la loi nouvelle qui est la loi de l’Évangile (Q. 106-108).
- Quant à la sixième loi qui est la loi du foyer de convoitise, il suffit de se rapporter à ce qui a été dit au traité du péché originel (Q. 81-83).

Notes

[1] II, VI 2 (1106 a 15).

[2] Q. 55, a. 4.

[3] Q. 90, a. 2.

[4] II Pol. VI 13 (1282 b 12).

[5] II Eth. I 5 (1103 b 3).

[6] Dans ce premier article de la question 92, c’est un trait essentiel de la morale thomiste qui est mis en lumière à propos de ta loi : celui d’une morale dont tout le but est de rendre l’homme bon, c’est-à-dire de lui faire réaliser sa vraie destinée, ce pour quoi il est fait. Du fait que l’homme est, comme tout vivant, un être appelé à croître et à grandir dans sa ligne propre, et que celle-ci est caractérisée par la présence de la raison, l’agir moral est la mise en œuvre de cette progression, de cette auto-réalisation de l’homme. De même que tout être est dit bon quand il réalise ce pour quoi il est fait, l’homme est dit bon quand il instaure en lui l’ordre de la raison. Et comme le sens de toute loi est de réaliser cette rationalité, son effet est donc de rendre l’homme bon. Et même, si on applique cela à ta loi nouvelle du Christ, cette finalité se réalise au maximum ; par la grâce l’homme participe à la bonté même de Dieu et par l’amour divin animant celui du prochain, il est fondamentalement bon pour les autres, appelé à les aimer comme lui-même. Par là, la morale thomiste réalise la synthèse de l’idéal chrétien et de la tradition socratique, qui voyait dans la morale et la loi l’art de rendre les hommes meilleurs par la pratique de la vertu.

[7] Q. 90, a. I, sol. 2 ; a. 3 et 4.

[8] Le concupiscible et l’irascible sont dans la synthèse thomiste les deux tendances ou appétits de l’ordre de la sensibilité (ce qu’est la volonté dans l’ordre rationnel), le premier portant sur des réalités perçues par les sens ou représentées par l’imagination comme convenant simplement au sujet désirant, le second étant éveillé par la difficulté à atteindre ces mêmes réalités et exigeant de ce fait une lutte contre les obstacles à la satisfaction du désir.

[9] I Pol. V 9 (1260 a 20).

[10] Q. 63, a. 2.

[11] II Eth I 5 (1103 b 3).

[12] Q. 63, a. 1.

[13] III Conf. 8. PL 32, 689. BA 13, 391.

[14] Voir plus haut le rapport entre la loi et le bien commun (Q. 90, note 3).

[15] III Pol. II 6 (1277 a 20).

[16] Est évoqué ici un problème qui suscitera bien des controverses dans la suite, celui de l’illégitimité d’un pouvoir politique qui ne poursuit plus le bien commun (appelé alors tyrannie) et celui des lois injustes. Ce problème sera précisé à propos de la Q. 96, a. 4.

[17] GRATIEN, Décret I, III, 4. Voir ISIDORE, Etymol V, 19. PL 82, 202.

[18] Contra duas Epist, Pelag. II, 9. PL 44, 586. BA23, 455.

[19] GRATIEN, Décret I, III, 4. Voir ISIDORE, Etymol V, 19. PL 82, 202.

[20] Q. 90, a. 1 et 2 ; Q. 91, a. 4.

[21] Q. 18, a. 8.

[22] V Eth. I 14 (1129 b 19).

[23] Les catégories du “commandé”, “interdit”, ou simplement “permis” sont souvent contestées à notre époque au nom d’une morale personnaliste subjectiviste, où le sujet serait seul maître de ses choix. En axant sa morale sur la rationalité de l’agir, S. Thomas maintient la nécessité de repères objectifs permettant de dire que tel acte doit être accompli, interdit ou permis, Car, comme pour le fonctionnement de la raison théorique, celui de la raison pratique se structure à partir de la possibilité d’une connaissance de l’être des choses, de la réalité qu’est l’homme inséré dans un environnement de relations liées à son être et s’imposant à lui.

 

Source: Vive Le Roy

mercredi, 17 août 2011

Le toast d’Alger du cardinal Lavigerie en 1890

 

Sur le Ralliement de l’Eglise à la République

Afin de préparer les esprits à sa politique de Ralliement de l’Église à la République, le pape Léon XIII charge le cardinal Lavigerie d’une déclaration fracassante. En effet, outrepassant le domaine imparti à son autorité spirituelle, le Pape s’apprête à promulguer l’Encyclique Au milieu des sollicitudes (1892) qui contraint les catholiques à accepter la République athée et persécutrice. Or le Seigneur nous a donné un critère infaillible pour évaluer une politique : « vous jugerez l’arbre à ses fruits ». Plus d’un siècle s’est écoulé et le bilan est désastreux : non seulement la République n’est pas baptisée, mais l’apostasie est générale et les catholiques ultra-minoritaires. En cela, le Ralliement de 1892 préfigure cet autre ralliement de l’Église à l’esprit du monde, le tout aussi calamiteux Concile Vatican II.

 

 Un cardinal populaire et … légitimiste !

Le ralliement improbable du Cardinal à la République

On a beaucoup parlé du cardinal Lavigerie (1825-1892), le fondateur des Pères Blancs qui, à l’automne de 1890, recevant à Alger l’état-major de l’escadre de la Méditerranée, délivra à ses hôtes un surprenant discours de « ralliement » à la République.

Son initiative dérouta quelque peu son auditoire et, dès le lendemain, la nouvelle suscita dans toute la France une vigoureuse polémique. Mais que diable était allé faire dans cette galère l’archevêque d’Alger et de Carthage que l’opinion donnait pour légitimiste ?

Le Cardinal missionné par le pape Léon XIII

La vérité est que le prélat avait eu le malheur de passer par Rome peu de temps auparavant alors que le pape Léon XIII songeait à jeter quelques gouttes d’eau bénite sur le gouvernement français afin de combattre son anticléricalisme et de le rendre fréquentable. Le Pape préparait alors l’Encyclique Au milieu des sollicitudes ― qui devait paraître en 1892 ― dans laquelle il prônait officiellement le ralliement à la République tout en reconnaissant les sentiments anti-chrétiens des dirigeants. Il pensait que l’union des catholiques suffirait à redresser la situation [1].

Pour l’heure et afin de mettre en œuvre son projet, il cherchait l’homme dont il ferait son porte-parole. C’est alors que se présenta devant lui « l’apôtre de l’Afrique », celui qui « après avoir été le plus populaire des Princes de l’Église […] allait devenir l’être le plus honni et le plus discuté. » [2].

C’est en octobre 1890 que notre éminence sollicita une audience auprès du Souverain Pontife afin de l’entretenir des progrès de l’évangélisation africaine et de la croisade anti-esclavagiste qu’il menait alors.

Léon XIII l’écouta attentivement car le développement du catholicisme dans cette partie du monde lui tenait à cœur. Cependant, une idée traversa son esprit. Il prit conscience d’avoir devant lui le messager qu’il cherchait, celui qui ferait des fidèles français des sujets loyaux de la République.

Sur l’apostasie de la France républicaine

Et pourtant, dans ces dernières années du XIXe siècle, les rapports entre gouvernés et gouvernants, sur cette vieille terre monarchique, s’avéraient à la fois complexes et conflictuels. La Révolution et ses suites déplorables avaient laissé leur marque indélébile.

Dans son ouvrage Pour qu’il règne, Jean Ousset met bien en relief la nature anti-chrétienne de l’idéologie animant alors les dirigeants de la France. En 1876 déjà, le sénateur et franc-maçon Étienne Arago (1802-1892) déclarait :

L’Église et la Religion doivent être détruites. […]

Va-t-en, crucifix, qui, depuis dix-huit cents ans, tiens le monde sous ton joug. Plus de Dieu ! Plus d’Église ! Nous devons écraser l’Infâme ; or, l’Infâme, ce n’est pas le cléricalisme, c’est Dieu.

Nous devons éliminer de la France toute influence religieuse, sous quelque forme qu’elle se manifeste. [3]

Cette volonté d’anéantir « toute influence religieuse, sous quelque forme qu’elle se manifeste » était partagée par nombre de républicains et la mise en place de cette politique allait bon train. Les autorités « légales », jour après jour, chassaient Dieu de la sphère publique et renvoyaient les « curés à leurs presbytères ».

Quelques dates sont significatives :
- 1879. Exclusion du clergé des commissions administratives des hôpitaux et des bureaux de bienfaisance ;
- 1880. Suppression des aumôniers militaires. Interdiction aux magistrats d’assister en corps aux processions de la Fête-Dieu. Suppression de l’enseignement religieux dans les examens ;
- 1881. Suppression de l’enseignement religieux dans les écoles maternelles. Sécularisation des cimetières ;
- 1882. Crucifix enlevé des écoles. Suppression des aumôniers de lycées. Enseignement religieux interdit dans les écoles primaires.
- 1883. Interdiction aux troupes de paraître en corps aux cérémonies religieuses ;
- 1884. Suppression des prières à la rentrée du Parlement. Suppression des aumôniers dans les hôpitaux et de l’immunité des clercs quant au service militaire ;
- 1886. Exclusion des congréganistes de l’enseignement public. Organisation de l’école laïque…

Cette escalade préparait l’interdiction des ordres religieux et devait aboutir, en 1905, à la séparation de l’Église et de l’État [4]. Et depuis, l’apostasie continue.

En tout cas, le moins que l’on puisse dire, c’est que l’attitude de la République ne plaidait pas pour un véritable dialogue et une réelle collaboration.

 Le raisonnement de Léon XIII

Cependant, Rome croyait à l’impossible miracle, sans craindre de jeter les catholiques français dans le plus grand trouble, voire dans la révolte. On privilégiait de la sorte les républicains, convaincus en majorité d’anticléricalisme militant au détriment des monarchistes demeurés fidèles à l’antique devise : Dieu et le Roi.

Le Pape recueillit l’adhésion de la faction libérale, celle qui, déjà, dans les années 1870 avait fait échouer les tentatives de restauration monarchique. Ayant abandonné leur Roi, ils étaient prêts à sacrifier Dieu Lui-même à leur « libéralisme ». Dans ce contexte, la République leur convenait.

En agissant ainsi, le « successeur de Pierre » affaiblissait sa propre autorité dans notre pays.

Léon XIII pensait qu’après la chute du Second Empire puis, quelques années plus tard, la mort du Comte de Chambord, la France usait inutilement ses forces en de vains combats politiques mettant aux prises, selon les circonstances, légitimistes, orléanistes, bonapartistes et républicains.

Ces affrontements, selon le pontife, bénéficiait aux plus radicaux de chaque faction en interdisant aux modérés de se faire entendre et d’accéder aux affaires. Constatant qu’avec le temps, la république avait acquis une réelle légalité, à défaut d’une vraie légitimité, il estimait que c’était sous ses couleurs que les catholiques devaient se ranger.

Comme la doctrine de l’Église déclarait s’accommoder de toute forme de gouvernement, le Pape ne voyait pas pourquoi les catholiques, préoccupés avant tout de la défense des intérêts de la Cité et de la Religion, n’accepteraient pas de sacrifier leurs préférences dynastiques, voire de régime, sur l’autel du bien commun.

 Les failles du raisonnement du Pape

Ce raisonnement n’était pas sans failles.

- En premier lieu, le choix de la forme de gouvernement appartenait à chaque peuple, conformément à ses traditions et son histoire. Il appartenait seulement au « Vicaire du Christ » de veiller à ce que chaque nation, au-delà de son génie propre, respecte et protège les droits de Dieu et les libertés de l’Église. En ce domaine, malgré quelques regrettables défaillances [5], le « Royaume des Lys » s’était montré, siècle après siècle, plus respectueux que tout autre des prérogatives du Saint-Siège. La France d’Ancien Régime n’était en rien une théocratie mais était une royauté religieuse.

- Ensuite, en accord avec la pensée de saint Thomas d’Aquin, les théologiens reconnus approuvaient le choix d’une monarchie « modérée » comme image du meilleur système politique.

- Enfin, les États pontificaux, donnés en modèle jusqu’en 1870, obéissaient aux règles monarchiques. Et je ne parle pas de l’exemple si frappant du Royaume de Dieu.

- De plus, on ne peut qu’être étonné de voir, en l’espèce, un Souverain Pontife user de son pouvoir spirituel, le seul dont il disposait alors, pour régler un problème temporel qui ne relevait aucunement de sa compétence. Ce phénomène se reproduisit ultérieurement à plusieurs reprises. Par ailleurs, le cardinal Pie précisait

L’Église n’absorbera point la puissance de l’État, elle ne violera point l’indépendance dont il jouit dans l’ordre civil et temporel ; elle n’interviendra, au contraire, que pour faire triompher plus efficacement son autorité et ses droits légitimes. [6]
Point n’est besoin de souligner que la République française n’était pas le plus exact soutien de l’« autorité et des droits légitimes » de l’Église !

 La déclaration d’un cardinal obéissant

Léon XIII développa ses arguments devant Monseigneur Lavigerie. Il souhaitait aller vite, entraîner à sa suite l’ensemble du clergé français, à charge pour ce dernier de convaincre les catholiques. Le cardinal tenta de présenter quelques objections mais en vain. On ne lui demandait que son obéissance, c’est-à-dire « de prendre en France l’initiative d’un semblable mouvement.  [7] »

Ce jour-là, comme il est dit plus haut, l’Ordinaire du lieu devait accueillir l’État-major de l’escadre de la Méditerranée, ayant à sa tête le vice-amiral Duperré, accompagné par une quarantaine de hautes personnalités appartenant à l’Armée, à la Magistrature ou à l’Administration de la province. Les choses se déroulèrent comme à l’accoutumée en pareille circonstance. Cependant, à la fin du repas, Monseigneur Lavigerie, embarrassé et persuadé qu’il « allait au suicide » [8] prit la parole. Il déclara notamment :

… L’union […] est en ce moment […] notre besoin suprême, l’unionest aussi, laissez-moi vous le dire, le premier vœu de l’Église et de ses pasteurs, à tous les degrés de la hiérarchie. Sans doute elle ne nous demande pas de renoncer ni au souvenir des gloires du passé, ni aux sentiments de fidélité et de reconnaissance qu’honorent tous les hommes.

Mais quand la volonté d’un peuple s’est nettement affirmée, que la volonté d’un gouvernement n’a rien en soi de contraire […] aux principes qui seuls peuvent faire vivre les nations chrétiennes et civilisées ; lorsqu’il faut, pour arracher son pays aux abîmes qui le menacent, l’adhésion sans arrière-pensée à cette forme de gouvernement, le moment vient de déclarer enfin l’épreuve faite, et, pour mettre un terme à nos divisions, de sacrifier tout ce que la conscience et l’honneur permettent, ordonnent à chacun de nous de nous de sacrifier pour le salut de la patrie … [9]

L’amiral Duperré se contenta de répondre par quelques mots polis, avant que n’éclate la Marseillaise jouée par des élèves des Pères Blancs.

Ce dernier épisode montre d’ailleurs qu’il ne s’agissait pas seulement de se rallier à une “forme de gouvernement” ― ce qui, nonobstant le fait qu’il n’appartenait pas au pape de l’imposer, pouvait n’être pas, dans l’absolu, inimaginable ― mais bien à la Révolution que la Marseillaise symbolisait (et symbolise toujours… ).

À compté de ce jour le Cardinal Lavigerie fut l’homme le plus controversé :


- Pour les radicaux, ennemis de l’Église et de ses ministres, il était un ambitieux ;
- pour les catholiques, conservateurs, il était un transfuge. [10]

 L’impact du toast d’Alger

L’impact du « toast d’Alger » fut considérable.

- La plupart des républicains demeurèrent sceptiques et ne désarmèrent pas.
- Une minorité de catholiques, ceux qui souscrivaient aux thèses libérales [11] ou qui considéraient l’obéissance au pape comme un absolu en tout domaine, approuva le « ralliement » mais le plus grand nombre, clercs et laïcs, manifesta son opposition.

D’aucuns ont rejeté la responsabilité de l’échec de la démarche vaticane sur les excessifs de chaque camp. En fait, il serait plus exact de parler d’ignorance des réalités par la décision pontificale.

Le Saint-Père, emporté par ses illusions, n’eut pas conscience de demander aux catholiques français de se rallier à ceux qui, cent ans plus tôt, s’étaient constitués promoteurs de la révolution et instigateurs ou complices des persécutions.

Parfois, les peuples se souviennent ! Accepter la république revenait à admettre et servir des doctrines contraires aux préceptes de la Religion et renier ainsi plus de mille ans d’histoire nationale.

De plus, la suite des temps l’a bien marqué, l’initiative romaine n’a en rien désarmé les anticléricaux. Les lois sont venues inexorablement, année par année, détruire l’héritage chrétien. Parfois, les circonstances imposèrent des trêves mais ce ne furent jamais que des suspensions d’armes. Aujourd’hui, une seule chose a véritablement changé : le consentement des victimes.

Notes

[1] L’histoire lui a apporté un cinglant démenti.

[2] Cf. : Un grand Français, le cardinal Lavigerie, par le R.P. de Préville - Tolra Éditeurs (1926).

[3] Arago cité par Hary Mitchell in Pie X et la France, p.62, Ed. Du Cèdre, Paris. Cité par Jean Ousset in Pour qu’il règne - Dominique Martin-Morin Ed. Paris. pp. 244-245.

[4] NDLR - En fait, la séparation des Églises et de l’État ! La « loi de 1905 » proclame la séparation de l’État et des « Églises », celles concernées par le Concordat de 1801 et ses modifications du 8 avril 1802 et du 17 mars 1808, soient l’Église catholique, les Églises protestantes (Églises réformées et Églises de la Confession d’Augsbourg) et le Judaïsme (assimilé à une Église).

[5] NDLR - Des défaillances bien mineures, eu égard au nombre de siècles concernés et à analyser dans le contexte de chacune d’elles !

[6] Monseigneur Pie, La Royauté sociale de Notre Seigneur Jésus-Christ, Partie III, Ch.IV, pp. 247-248.

[7] Un grand Français, le cardinal Lavigerie. Cf. : supra.

[8] Idem.

[9] Idem.

[10] Cf. : Un grand Français, le cardinal Lavigerie, par le R.P. de Préville - Tolra Éditeurs (1926).

[11] Le successeur de Pie IX recueillit l’adhésion de la faction libérale, celle qui, déjà, dans les années 1870 avait fait échouer les tentatives de restauration monarchique. Ayant abandonné leur Roi, ils étaient prêts à sacrifier Dieu Lui-même à leur « libéralisme ». Dans ce contexte, la République leur convenait.

 

 

Source: Vive le Roy

mercredi, 29 septembre 2010

Requiem aeternam dona eis Domine

Deux petits outils très pratiques pour soulager les Saintes Ames du Purgatoire et pour obtenir des grâces par leur intercession extraordinairement puissante!

http://lelegitimiste.hautetfort.com/list/catholicisme/324...

 

http://lelegitimiste.hautetfort.com/list/catholicisme/147...

jeudi, 02 septembre 2010

Naissance de Légitimité infos

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Nous avons l'honneur de vous faire part de la naissance d'un nouveau site Légitimiste d'informations :

"Légitimité Française Infos".

Nous souhaitons longue vie à ce nouveau venu et, invitons par la même occasion nos fidèles lecteurs à s'abonner par e-mail à la "Newsletter" de ce site Légitimiste et Traditionaliste. 

 

 Pour vous rendre sur Légitimité Française infos, merci de cliquer sur le lien ci-dessous :

http://richemont.hautetfort.com/ 

(Nous publions ici le communiqué paru sur le blog du Cercle Légitimiste Robert de Baudricourt)

Etat des lieux de la chapelle du Cimetière des Martyrs de Vezins

 

Voici dans quel état se trouve la chapelle du Cimetière des Martyrs, après le saccage de la semaine dernière (photographies du 1er septembre 2010) :

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L'intérieur de la chapelle. 

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Les dalles funéraires brisées.

 

 

L'oratoire derrière la chapelle, dévasté lui aussi. Devant la porte gisent des restes de bancs.

 

 

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L'intérieur de l'oratoire. Au sol, les débris des statues et des ex-voto.

Source : http://guerredevendee.canalblog.com/archives/actualite/in...

Article publié sur Légitimité infos

 

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La chapelle du Cimetière des Martyrs de Vezins à nouveau vandalisée

Ce n'est certes pas la première fois que la chapelle du Champ des Martyrs est attaquée. Mais cette fois le vandalisme a atteint des sommets !

C'est un lieu propice au recueillement, perdu au cœur de la forêt de Vezins. Cet isolement l'a, hélas, trop souvent exposé aux dégradations. La dernière en date, en juillet 2008, a visé l'oratoire adossé au dos de la chapelle. Mais aujourd'hui tout l'édifice est dévasté.

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La chapelle en 2008

Un employé municipal, Michel Lefort, a été le premier a découvrir les dégâts au cours de son passage hebdomadaire. La chapelle semble avoir été ravagée par un ouragan. La porte fracassée s'ouvre sur un spectacle de désolation. Derrière, le petit oratoire n'est plus que ruines : vitraux et ex-voto brisés, bancs et prie-Dieu renversés et cassés. Les statues de Cathelineau et de Stofflet, placées trop haut, ont seules été épargnées. La propriétaire du lieu, Madame de Fougeroux, se désole : « Ce vandalisme dure depuis plus de 22 ans ! »

L'enquête de la gendarmerie fait état de nombreuses bouteilles d'alcool trouvées sur place. Mais on ignore encore la date précise des faits qui ont eu lieu entre mardi soir, où une messe avait été célébrée ici, et vendredi.

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Vases à terre, statues renversées, ex-voto lacérés, livre d’or dégradé, vitraux explosés, portes dégondées : c’est le spectacle de désolation qu’a découvert Yzernay en fin de semaine, dans la chapelle et l’oratoire des Martyrs.

Vendredi dernier, en allant relever les poubelles, un employé communal a découvert « un spectacle de désolation » : vases à terre, statues renversées, ex-voto lacérés, livre de requêtes dégradé, vitraux explosés, portes dégondées. Dressé en souvenir d’un massacre de villageois pendant la Révolution par les colonnes infernales, l’oratoire a été spécialement ciblé. Il faut dire que dans la chapelle, après quatre saccages, peu d’objets demeuraient encore debout. Les premiers faits significatifs remontent à avril 1988 : les vitraux avaient été détruits, la statue du général Stofflet décapitée, la crypte profanée (des ossements avaient été éparpillés dans la forêt !!!).

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Le vitrail brisé de l'oratoire (état en 2008)

Comment préserver la chapelle du Cimetière des Martyrs dans ces conditions ? « Il est temps que les cinq communes de la Communauté de Bocage prennent conscience que cette chapelle fait partie du patrimoine local, conclut Madame de Fougeroux. Il y a des initiatives à prendre pour protéger ce lieu de mémoire. »

Sources : http://guerredevendee.canalblog.com/archives/actualite/in...

http://www.ouest-france.fr/actu/actuLocale_-Yzernay-des-l...

Article publié sur le blog Légitimité Infos

Le Serment anti-moderniste

Motu proprio “Sacrorum antistitum”
Serment anti-moderniste
par le pape Saint Pie X

1er septembre 1910

Moi, N…, j’embrasse et reçois fermement toutes et chacune des vérités qui ont été définies, affirmées et déclarées par le magistère infaillible de l’Eglise, principalement les chapitres de doctrine qui sont directement opposés aux erreurs de ce temps.

Et d’abord, je professe que Dieu, principe et fin de toutes choses, peut être certainement connu, et par conséquent aussi, démontré à la lumière naturelle de la raison “par ce qui a été fait” Rm 1,20 , c’est-à-dire par les oeuvres visibles de la création, comme la cause par les effets.

Deuxièmement, j’admets et je reconnais les preuves extérieures de la Révélation, c’est-à-dire les faits divins, particulièrement les miracles et les prophéties comme des signes très certains de l’origine divine de la religion chrétienne et je tiens qu’ils sont tout à fait adaptés à l’intelligence de tous les temps et de tous les hommes, même ceux d’aujourd’hui.

Troisièmement, je crois aussi fermement que l’Eglise, gardienne et maîtresse de la Parole révélée, a été instituée immédiatement et directement par le Christ en personne, vrai et historique, lorsqu’il vivait parmi nous, et qu’elle a été bâtie sur Pierre, chef de la hiérarchie apostolique, et sur ses successeurs pour les siècles.

Quatrièmement, je reçois sincèrement la doctrine de la foi transmise des apôtres jusqu’à nous toujours dans le même sens et dans la même interprétation par les pères orthodoxes ; pour cette raison, je rejette absolument l’invention hérétique de l’évolution des dogmes, qui passeraient d’un sens à l’autre, différent de celui que l’Eglise a d’abord professé. Je condamne également toute erreur qui substitue au dépôt divin révélé, confié à l’Epouse du Christ, pour qu’elle garde fidèlement, une invention philosophique ou une création de la conscience humaine, formée peu à peu par l’effort humain et qu’un progrès indéfini perfectionnerait à l’avenir.

Cinquièmement, je tiens très certainement et professe sincèrement que la foi n’est pas un sentiment religieux aveugle qui émerge des ténèbres du subconscient sous la pression du coeur et l’inclination de la volonté moralement informée, mais qu’elle est un véritable assentiment de l’intelligence à la vérité reçue du dehors, de l’écoute, par lequel nous croyons vrai, à cause de l’autorité de Dieu souverainement véridique,
ce qui a été dit, attesté et révélé par le Dieu personnel, notre Créateur et notre Seigneur.

Je me soumets aussi, avec la révérence voulue, et j’adhère de tout mon coeur à toutes les condamnations, déclarations, prescriptions, qui se trouvent dans l’encyclique Pascendi (3475-3500) et dans le décret Lamentabili 3401- 3466, notamment sur ce qu’on appelle l’histoire des dogmes.

De même, je réprouve l’erreur de ceux qui affirment que la foi proposée par l’Eglise peut être en contradiction avec l’histoire, et que les dogmes catholiques, au sens où on les comprend aujourd’hui, ne euvent être mis d’accord avec une connaissance plus exacte des origines de la religion chrétienne.

Je condamne et rejette aussi l’opinion de ceux qui disent que le chrétien savant revêt une double personnalité, celle du croyant et celle de l’historien, comme s’il était permis à l’historien de tenir ce qui contredit la foi du croyant, ou de poser des prémices d’où il suivra que les dogmes sont faux ou douteux, pourvu que ces dogmes ne soient pas niés directement.

Je réprouve également la manière de juger et d’interpréter l’Ecriture sainte qui, dédaignant la tradition de l’Eglise, l’analogie de la foi et les règles du Siège apostolique, s’attache aux inventions des rationalistes et adopte la critique textuelle comme unique et souveraine règle, avec autant de dérèglement que de témérité.

Je rejette en outre l’opinion de ceux qui tiennent que le professeur des disciplines historico-théologiques ou l’auteur écrivant sur ces questions doivent d’abord mettre de côté toute opinion préconçue, à propos, soit de l’origine surnaturelle de la tradition catholique, soit de l’aide promise par Dieu pour la conservation éternelle de chacune des vérités révélées ; ensuite, que les écrits de chacun des Pères sont à interpréter uniquement par les principes scientifiques, indépendamment de toute autorité sacrée, avec la liberté critique en usage dans l’étude de n’importe quel document profane.

Enfin, d’une manière générale, je professe n’avoir absolument rien de commun avec l’erreur des modernistes qui tiennent qu’il n’y a rien de divin dans la tradition sacrée, ou, bien pis, qui admettent le divin dans un sens panthéiste, si bien qu’il ne reste plus qu’un fait pur et simple, à mettre au même niveau que les faits de l’histoire : les hommes par leurs efforts, leur habileté, leur génie continuant, à travers les âges,
l’enseignement inauguré par le Christ et ses apôtres.

Enfin, je garde très fermement et je garderai jusqu’à mon dernier soupir la foi des Pères sur le charisme certain de la vérité qui est, qui a été et qui sera toujours “dans la succession de l’épiscopat depuis les apôtres”, non pas pour qu’on tienne ce qu’il semble meilleur et plus adapté à la culture de chaque âge de pouvoir tenir, mais pour que “jamais on ne croie autre chose, ni qu’on ne comprenne autrement la vérité absolue et immuable prêchée depuis le commencement par les apôtres.

Toutes ces choses, je promets de les observer fidèlement, entièrement et sincèrement, et de les garder inviolablement, sans jamais m’en écarter ni en enseignant ni de quelque manière que ce soit dans ma parole et dans mes écrits. J’en fais le serment ; je le jure. Qu’ainsi Dieu me soit en aide et ces saints Evangiles.

Source: Les Intransigeants

mercredi, 11 août 2010

Un vent de révolution libérale et laïciste s’empare de la Pologne …

L’opération de déchristianisation de la Pologne, bastion Catholique en Europe, avance doucement mais sûrement avec le lavage de cerveau OGZidental … Depuis la mort douteuse de Lech Kaczynski et de la succession au poste de chef d’Etat par l’ultra-libéral Bronislaw Komorowski, le camp laïcard a gagné tellement de points qu’on se serait cru en Turquie version Catholique hier soir devant la Palais présidentiel. Deux camps se sont affrontés : les laïcistes qui s’affirment tout de même “Catholiques” contre les Catholiques que les autres qualifient de “fanatiques” … Le tort de ceux-ci ? Défendre simplement une Croix symbolique sur la place publique …

Quelques milliers de personnes ont en effet manifesté contre la présence d’une Croix installée devant le Palais présidentiel et dédiée au président défunt Lech Kaczynski. Cette Croix en bois, installée spontanément par des scouts polonais après la catastrophe de l’avion présidentiel, devait être transférée la semaine dernière à l’église Saint-Anne toute proche, lors d’une cérémonie officielle.

Or, de pieux Polonais ont décidé qu’il n’en serait pas ainsi : ils tiennent actuellement une garde autour de la Croix depuis des jours afin d’empêcher l’Etat de faire le transfert, refusant à toute personnes extérieure d’en approcher … La Police n’a pas encore osé faire grand chose … Tous les soirs, des Catholiques se relaient pour prier et chanter des cantiques sous cette Croix …

Toutefois, un mouvement collectif “citoyen” s’est lancé sur Facebook afin de rassembler plusieurs centaines d’étudiants universitaires (qui sont plus intelligents que tout le monde parce qu’ils “pensent pas eux même”, c’est bien connu), hier, pour manifester contre le maintient de cette immense Croix sur la place publique … Des journaux ont interviewé des manifestants afin qu’ils expliquent leurs motivations … :

Nous vivons dans un état laïc et la place de la croix est à l’église et non pas devant la présidence“, Krzysztof Nowicki, étudiant en sociologie.

Ce ne sont pas des catholiques [en face, ndlr], ce sont dés fanatiques” et “Nous sommes venus ici, pour montrer que nous voulons vivre dans un état normal“, Kuba, étudiant en lettres modernes.

Il faudra nous expliquer ce qu’est un état “normal” … Un Etat où on banalise le rejet de Dieu, l’avortement, l’euthanasie, la drogue, la musique dégénérée, les tenues indécentes, les gay prides, les églises désertées et pillées, les cimetières profanés, le pouvoir juif intégriste, l’exploitation éhontée des travailleurs, etc … ? Ca doit être cela … Quel beau programme pour la Pologne !

Les partisans de Kaczynski (qui n’est pas exempt de tous reproches par rapport à son mandat, mais passons …) réclament le maintien de ce symbole jusqu‘à la construction d’un monument à sa mémoire, et à celle des autres victimes de la catastrophe aérienne de Smolensk.

Prières et soutiens à tous les Catholiques polonais qui font tout pour maintenir la flamme chrétienne dans leur pays, et ce, malgré des temps extrêmement difficiles pour l’Eglise … Courage, vos efforts ne seront pas vains !

Nous devons reconquérir toute l’Europe, il en va de l’avenir de nos enfants, de nos nations et de notre Salut. Il faut absolument redoubler d’efforts et d’imaginations pour reconquérir les terres Chrétiennes et rétablir le Règne Social de Notre Seigneur Jésus-Christ. Cela passe par plus de prières, plus d’évangélisations, plus de formations, plus d’implications dans la vie paroissiale et plus généralement chrétienne, plus de points en matière de taux démographiques … Il faut aussi reconquérir tous les secteurs que des entités minoritaires et parasitaires ont enlevé à nos peuples : médias, politique, économie, enseignement, culture, armée … Il faut que l’Eglise Catholique se réveille et se débarrasse du cancers Vatican II. Il faut nous montrer exemplaires face au monde et intransigeants avec les forces du Mal. D’ici à peu près un siècle et demi, étant donné que le combat va s’étaler sur plusieurs générations, il serait bon que la reconquista européenne soit achevée avec l’aide de Dieu.

Certains dirons que nous sommes fous. Nous leur répondrons que la folie de Dieu vaut mieux que la sagesse de tous les hommes (cfr Saint Paul). Oremus.

Source: Les Intransigeants