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mardi, 13 juillet 2010

14 juillet 1789 : La Révolution dite "française"

J'aurais tout aussi bien pu titré cet article "le coup d'Etat impérialiste", ou "le 14 juillet 1789, un modèle de coup d'Etat", la naissance de la société de l'Argent-Roi à la place de la société du Christ-Roi, Christ désormais déclaré hors la loi... Exactement comme si la france n'avait jamais été chrétienne...

L
a dite "révolte du peuple" en ce 14 juillet 1789 n'a rien d'une génération spontanée. Tout a été calculé, prémédité, réflechi et mis en oeuvre avec une minutie diabolique. Je tire les quelques considérations qui suivent notamment des ouvrages de Pierre Dominique, Pierre Gaxotte, René Sédillot, Jean Sévillia et Edmund Burke. 

"Le début de la Révolution française est caractérisé par le débauchage des troupes. Gardes françaises d'abord, puis régiments de ligne français, puis régiments étrangers. … Les financiers Laborde, Dufresnoy, d'autres, qui ont pris position à la hausse et pour qui Necker c'est la hausse, paient d'honnêtes contributions; on a de quoi acheter qui l'on veut." (Pierre Dominique, Le Quatorze juillet, Lardanchet, Macon 1950., p. 62).


Alfred Fierro et Jean Tulard évoquent eux aussi le travail de sape et de corruption franc-maçonnique dans l'armée :
"L'idéologie égalitaire de la franc-maçonnerie contribua largement à la désagrégation de la discipline dans l'armée, où les loges étaient particulièrement nombreuses" (Alfred Fierro, Jean Tulard, Dictionnaire de la Révolution in Jean Tulard, J.F. Fayard, A. Fierro, Histoire et Dictionnaire de la Révolution française 1789-1799, Bouquins Robert Laffont, Paris 2004, p.831). Nous voyons bien au fur et à mesure que l'on prend connaissance de l'histoire réelle, des faits soigneusement cachés, falsifiés, occultés par l'histoire officielle, encore de nos jours dans certains milieux dits "nationalistes" - qui se refusent toujours à faire le procès en règle de la dite "Révolution française" -, se révèlent à nous dans toute leur horreur. Reynald Secher parle de double assassinat : génocide des vendéens (1793-1794), doublé d'un génocide de la mémoire, "mémoricide"... Y compris dans nos milieux : nous sommes poignardés "dans nos milieux" comme dit Bernard Lugan.

Alfred Fierro et Jean Tulard épinglent donc l'égalitarisme (idéologie maçonnique), comme à l'origine de la
"désagrégation de la discipline dans l'armée".
Pour une illustration de ce phénomène, se reporter au remarquable article rédigé par Tancrède Josseran "Et la Royale fut détruite!" in Le Livre noir de la Révolution française (Cerf, Paris 2008) : 

 

"La Révolution est considérée outre-manche comme le meilleur moyen d'abattre définitivement les prétentions maritimes de la monarchie française" (p. 283.)... Désorganisée, découragée, désarticulée, en proie à la subversion, la Marine devait à partir de février 1793 faire face une nouvelle fois à la Royal Navy. ... Au moment où la France entame la phase décisive de ce que l'on pourrait appeler la 'seconde guerre de Cent Ans', la Révolution a brisé le seul instrument qui aurait pu permettre de frapper au cœur l'âme des coalitions antifrançaises..." (p. 291)

"Ce que la France perd, l'Angleterre le gagne. Plus encore sur le plan commercial que sur tout autre plan, elle est la grande bénéficiaire de la Révolution et de ses suites. Elle est sans doute consciente, dès le début du grand bouleversement, de la chance qui s'offre à elle : comme elle a une revanche à prendre sur la monarchie française qui a aidé l'Amérique à se libérer, elle n'est pas fâchée de voir le roi contesté et diminué.
... 'Voici, dit Fox après la prise de la Bastille, l'évènement le plus important de l'histoire du monde et le plus heureux'. La "cavalerie de Saint-Georges" ne manque pas l'occasion de financer discrètement les révolutionnaires les plus corruptibles..." (René Sédillot, Le coût de la Révolution française, Vérités et Légendes, Perrin, Mesnil-sur-l'Estrée 1987, p. 220).

 

"Ainsi, dans tous les domaines du commerce, sur terre comme sur mer, la Révolution et l'Empire consacrent le triomphe britannique et l'éclipse de la France. (p. 222) Le commerce français ne retrouvera son niveau d'activité de 1789 qu'après 1825... Encore la part de la France dans le commerce mondial sera-t-elle alors loin de rejoindre le pourcentage atteint avant la révolution... Ce pourcentage-là ne sera jamais retrouvé. En chiffres absolus, trente-cinq années ont été perdues. En chiffres relatifs, à l'échelle du monde, le recul est sans appel." (R. Sédillot, ibid., p. 222)

   

Pierre Dominique nomme l'évènement. "Un coup d'Etat est chose sérieuse. La Cour va s'en apercevoir.
... Et d'ailleurs, l'adversaire sait tout. Montgaillard, historien royaliste, dit que les mémoires de Foulon furent lus devant Narbonne, qui avertit sa maîtresse, Mme de Staël, laquelle en informa Necker ou Mirabeau. Peu importe le canal par où se font les fuites; l'autre camp voit clair dans le jeu du Roi" (p. 75)  

... Le moteur responsable, cherchons-le sous les couleurs d'Orléans. Nommons-le, car il a une figure humaine. Tendons la main dans l'ombre, nous y saisirons celle de Laclos qui n'est pas que le romancier des Liaisons dangereuses mais l'âme damnée du duc et l'un des plus profonds politiques du siècle finissant." (p. 143) Le duc d'Orléans a pour lui sa fortune. C'est le plus riche seigneur du royaume. … En ce début de la Révolution, il paie à bureaux ouverts les journalistes, brochuriers, libellistes de tout Paris et de tout Versailles, les crieurs, parleurs, aboyeurs qui remplissent les cafés, les coupe-jarrets dont il a des dizaines à sa solde et qui se chargeront de recruter en payant à boire et, le moment venu, d'encadrer les braillards dans la rue." (p. 29-30).
... Son chef d'état-major et le chef véritable d'un mouvement dont on observe les effets sans pouvoir toujours en découvrir la source, … Choderlos de Laclos'un homme noir', note Michelet. 'Le profond Laclos', dit-il encore. … Franc-maçon, membre de trois clubs, quand il n'est pas au Palais royal, on le trouve à Montrouge chez le duc de Biron. … Il faut voir en lui l'agitateur, le tacticien des mouvements de rue, celui qui tient la main du prince et la fait mouvoir, et, comme dit le comte de la Marck, 'l'âme du parti d'Orléans'. (p. 31)

 

... L'un des bons instruments du duc d'Orléans et de son chef d'Etat-major, le meilleur peut-être, est la franc-maçonnerie dont le duc est, depuis 1772, le grand-maître. (p .33). Les frères se tiennent, marchent en ordre, murmurent leurs mots de passe, suivent aveuglément leurs chefs. Le pouvoir ne peut rien contre cette organisation souterraine. Le peut d'autant moins qu'elle pénètre la Cour, qu'elle est maîtresse à Versailles comme à Paris. … Bien entendu les maçons ont joué un grand rôle dans la confection des 'Cahiers' et beaucoup d'entre eux ont été élus aux Etats. Les trois quarts des députés du Tiers, au total près de la moitié des députés sont maçons [une extrême minorité sur-représentée, de gens échangeant entre eux le serment d'entre-aide et de secret maçonnique, "un hasard"...]. (p. 34)

Pierre Gaxotte nous donne quelques indications permettant d'expliquer ce "hasard".

"Le parti 'libéral' avait déjà ses comités locaux
: loges, académies, chambres de lecture, sociétés philosophiques et patriotiques tenues en haleine depuis le début de 1788, exercées au maniement de l'opinion et à l'agitation des places publiques par un an de cris et de discours et de manifestations. Merveilleux instruments de propagande et de combat, toutes ces organisations étaient déjà  reliées par une correspondance incessante, un échange régulier de nouvelles et de brochures. Il suffisait de peu de chose pour les fédérer complètement et emprisonner la France électorale dans les mailles de leur réseau" (
Pierre Gaxotte, ''La Révolution française'', Nouvelle édition établie par Jean Tulard, Éditions Complexe, Bruxelles 1988, p. 99-100).

"Les cahiers de campagne ne sont presque jamais des cahiers de paysans. Presque partout ils ont été proposés, rédigés ou copiés par des hommes de loi. Ils reproduisirent les modèles non seulement dans leur esprit, mais dans leur style – qui les trahit." (ibid., p. 103).


"Le coup d'Etat date du 11" (P. Dominique, ibid., p. 113). Je passe sur les détails et les évènements relatés par Pierre Dominique à compter du 11.
Mais je donne quelques éléments éclairants fournis par Pierre Gaxotte.

 

"Le 12, à midi, Paris n'est plus qu'une immense confusion. Dans un remous de hurlements, de tocsins et de fausses nouvelles, tourbillonne une foule affolée. … Là on pille, on assassine, on s'enivre. Les dragons du prince de Lambesc, rangés sur la place Louis XV, à l'entrée des Tuileries, sont bombardés de briques, de pierres, de tessons de bouteilles. Le prince dégage sa troupe en quelques galops et, conformément aux instructions, rompt le contact pour se retirer sur la rive gauche" (P. Gaxotte, ibid., p. 111).

 

La nuit du 12 au 13 et la journée du 13 sont sinistres. On dirait que l'on assiste à la décomposition totale de la société. Les bourgeois se barricadent dans leurs maisons. La rue est livrée à la plus vile populace et à la plus effrayante. … [L]es brigands qui viennent de mettre à sac l'hôtel de la police, s'arment aussi et plus vite. . … Les bandes se portent partout où il y a des fusils et des piques. Le matin du 14, elles se jettent sur les Invalides, sans que Bésenval qui a trois régiments suisses et huit cents cavaliers à l'Ecole militaire fasse le moindre mouvement (!)… Une heure après, elles refluent sur la Bastille… Le gouverneur, M. de Launay, avec sa petite garnison de Suisses... aurait pu sans peine se défendre, mais sa philosophie y répugnait. Il parlemente, retire les canons... et invite à sa table deux délégués des assiégeants... Finalement, deux hommes armés de haches, le charron Tournay et l'épicier Pannetier en grimpant sur le toit d'une échoppe parviennent à briser les chaînes d'un pont-levis qui s'abat avec fracas. La garnison instinctivement riposte, puis ne se sentant pas commandée, elle contraint Launay à capituler contre la promesse qu'il ne serait fait de mal à personne... En dépit de quoi Launay est massacré, et son corps traîné au ruisseau, ... Le prévot des marchands Flesselles est massacré, dépecé... Leurs têtes mises au bout d'une pique promenées jusqu'à la nuit. (p. 111).  

Le 14. "La foule se jette sur la forteresse. Qui l'y pousse?
Elle y court semble-t-il de son propre mouvement, comme elle a couru aux Invalides et à l'Arsenal.


Là-dessous, trois réalités: la personnalité et les ambitions du duc, le flot d'or qui coule de ses caisses, la propagande qu'il paie. Les contemporains ne s'y sont pas mépris. 'Le duc d'Orléans, dira Mme Roland, avait sa part dans toutes les agitations populaires'. Et Malouet : 'Le 14 juillet, les agents du duc d'Orléans furent les plus remarqués par la foule'. Malouet va plus loin et lui, à qui Montmorin communiquait tous les rapports de police, parlant de l'affaire Réveillon, de l'incendie des barrières à Paris et de celui des châteaux en province, déclare que ce sont là des opérations payées et payées par le duc. 'Il y concourait, dit-il, pour son compte, et les Jacobins pour le leur.'

 

Ainsi le duc a monté l'affaire Réveillon, l'incendie des barrières et celui des châteaux, et l'on voudrait qu'il n'ait pas monté et payé le soulèvement du 12 et du 13 et les deux grandes opérations du 14 aux Invalides et à la Bastille!

 

… Le marquis de la Salle, membre du Comité de permanence, et, un instant, chef de la milice bourgeoise, devait avouer qu'un plan d'attaque de la Bastille lui avait été présenté le 13 juillet (signe que l'idée avait déjà été mise en circulation...) (p. 140-141).

 

René Sédillot résume le tout : "Le 14 juillet 1789, en trois quarts d'heure, la Bastille est prise par une bande d'émeutiers,… commandités par Philippe d'Orléans, grand maître des Loges du Grand Orient (http://www.godf.org/) ... ils sont partis du Palais Royal, où réside le duc. Ils ont pris des armes aux Invalides. Ils massacrent le gouverneur et la garnison qui ne résistaient pas…" (René Sédillot, Le coût de la Révolution française, Vérités et Légendes, Perrin, Mesnil-sur-l'Estrée 1987, p. 78).

 

Une Famine "organisée"

 

"Au cours des quatre mois qui précèdent la prise de la Bastille, il éclata plus de trois cents émeutes en France. Le mouvement était réglé par un plan qui n'était point secret le moins du monde. En 1788, à Genève, avait paru sous l'anonymat un curieux ouvrage : le Code National. (M. Gustave Bord, dans la Conspiration révolutionnaire l'a signalé). L'auteur qui restait monarchiste et entendait séparer le Roi des privilégiés, soulignait que seule l'armée pourrait défendre l'Ancien Régime, qu'il fallait donc la travailler, la corrompre, l'amener au peuple soulevé lui-même par une disette organisée. La tactique consistait… à multiplier les troubles locaux qui retiendraient sur tous les points du territoire les forces militaires et, en même temps, exciteraient les esprits. Au bout de quelque temps de ce chauffage, le grand coup pourrait être porté à Paris." (p. 39-40)

…Il (le duc d'Orléans) sait agir sur le peuple autrement qu'en le payant; il lui retire son pain, le lui redonne. Comment? En pratiquant l'agio sur les blés… Malouet confirme : 'Les agents du duc d'Orléans faisaient aussi sur cet objet (les blés), leurs spéculations; ils faisaient vendre et acheter en divers lieux suivant qu'ils avaient besoin de la faveur ou des fureurs de la populace.' On l'accusa même d'avoir fait courir de fausses circulaires, signées Necker, arrêtant les approvisionnements sur Paris du 20 avril au 15 mai, au moment où se réunissaient les Etats généraux" (p. 29-30).

 

"Dès 88, les Maçons, avec toujours en bouche les grands thèmes d'ordre et de centralisation, sont la colonne vertébral du parti national, de ce parti dont Lafayette est le dieu, qui vit des idées politiques anglaises et américaines après avoir sucé le lait de l'Encyclopédie.

 

"Ainsi la Maçonnerie mène tout et voici, même du point de vue des révolutionnaires le mauvais côté de la chose: comme la Maçonnerie nous vient d'Angleterre, et que les loges françaises sont restées en relations étroites avec les loges-mères de l'autre côté de l'eau, que, notamment, les loges de rite écossais, … se rallient de plus en plus à la Grande Loge de Londres, une sourde influence anglaise, une obscure pesée s'exercent sur nous, qui s'ajoutent à l'anglomanie régnante depuis cinquante à soixante ans. L'opposition secrète de la Maçonnerie à la monarchie traditionnelle se trouve ainsi secrètement manœuvrée par l'Angleterre, alors que l'Angleterre, battue dans une guerre précédente, a sa revanche à prendre sur terre et sur mer. Grave sujet de méditation pour un patriote, mais les patriotes de l'époque ignorent tout cela: ils marchent la tête dans les nuées. … Les Parisiens, … n'imaginaient pas une seconde qu'ils puissent être manœuvrés" (p. 35-36) [Certains feraient bien d'y songer lorsqu'ils s'en remettent sans réfléchir à tel ou tel mouvement forcément "révolutionnaire"...].

"Il n'y a peut-être que la joie du libéral qui croit voir se faire une révolution à l'anglaise. Mais Mercy, lui, cherchant la main qui a déclenché le mouvement, note les 'manœuvres secrètes de la Cour de Grande-Bretagne'. Plus tard, beaucoup plus tard, Louis XVIII pourra écrire à Saint-Priest : 'Je crois que le ministère britannique a fomenté et peut-être payé les commencements de la Révolution'". (p. 216)

"...La vraie révolution française, celle qui va marquer tout le siècle, se situe sur le plan financier: à la primauté du sang, qui caractérisait théoriquement l'Ancien Régime, succède la primauté de l'argent. A la noblesse, qui détenait en principe les privilèges succède la bourgeoisie. Aux nobles succèdent les notables.
Marat
lui-même s'interroge: "Qu'allons-nous gagner à détruire l'aristocratie des nobles, si elle est remplacée par l'aristocratie des riches?"

Il ne s'agit pas d'un avènement du capitalisme: celui-ci coexistait avec l'ancienne société, dans le cadre d'une économie de marché. Mais les capitalistes n'avaient pas le premier rang. Même un Samuel Bernard, même un John Law ne pouvaient prétendre aux honneurs que dans la mesure où ils se pliaient aux règles établies, en s'anoblissant et en entrant dans le système. Le roi, de toute façon, était au-dessus de la mêlée. Il s'agit d'une explosion du capitalisme. Du second rôle, il passe au premier. Aucune autorité, désormais, ne sera en mesure de lui servir de contrepoids. Les droits de la naissance ne pourront rien contre ceux de la finance. … "Avant la révolution, les banquiers privés étaient nombreux, parfois influents, mais sauf Necker en 1789, ils ne tenaient jamais le haut du pavé" (p. 242-243).

"Les industriels et les financiers 'ne regardent pas si les âmes se perdent, mais si les affaires se font' (Antoine Blanc de Saint-Bonnet, La Légitimité, Tournai, Casterman, 1873, p. 83. La sur-excitation et la concurrence forcée accroissent en même temps la somme de travail et celle de la misère. Ibid.) L'argent est désormais une valeur suprême. Ou la naissance de l'Argent-Roi à la place du Christ-Roi.

 (Pour comparaison, lire l'article où Jack Lang accuse le gouvernement Sarkozyste de faire revenir la France à la "société d'argent de l'Ancien régime"...)

Edmund Burke, le célèbre auteur britannique "libéral" que la propagande révolutionnaire s'empressa de transformer en abominable "contre-révolutionnaire", selon un principe qu'il décrivit lui-même et déjà connu de son vivant : "un système de monopole littéraire d'une activité inlassable pour noircir et discréditer par tous les moyens tous ceux qui ne font pas partie de leur faction", (p. 142 -) l'écrit dès 1790 :

"Ceux qui ont ordonné et exécuté la scène du 14 juillet sont capables de tout.

... Leurs moyens ont été [déjà...] les incendies, les assassinats, les vols, et les pillages des maisons, les suppositions de fausses nouvelles [la "grande peur"...], l'emploi d'ordres de l'autorité légitime contrefaits, et d'autres crimes, objets de la sévérité des tribunaux ordinaires. L'esprit de leur gouvernement est bien d'accord avec ces
moyens employés pour s'en emparer. Ils se conduisent comme des voleurs qui pillent la maison qu'ils ont forcée, et non pas comme des conquérants qui ont soumis une nation.

... Tout était calcul ; tout était institution. On n'a négligé aucun des moyens mécaniques propres à soutenir cet incroyable
système de perversité et de vices.

... L'école de meurtres et de barbarie établie à Paris, ayant détruit autant qu'il lui a été possible les principes et les moeurs sur lesquels reposait la civilisation de l'Europe, ne tardera pas à détruire la civilisation de l'Europe, ne tardera pas à détruire aussi ces lois des nations [prophétique... cela est écrit en 1790...], qui ont adouci la pratique de la guerre, et qui plus que toute autre institution honorent les siècles du christianisme.

... Leur culture a pour règle de greffer les vertus sur les vices [inversion oratoire et subversion du langage...]. Tout ce qui ne viole pas les vertus privées leur paraît indigne du nom de 'vertus publiques'. Toutes leurs institutions nouvelles, et avec eux tout est nouveau, attaquent la racine de notre nature et de la sociabilité.

... La France entière, au commencement de l'année 1789, était d'une opinion différente. Dans tous les districts du royaume, les instructions données aux députés aux états généraux étaient pleines de projets de réforme du gouvernement, mais on n'y trouve même pas l'apparence d'une idée tendant à sa destruction. Eût-elle été seulement suggérée qu'elle aurait été, je pense, repoussée d'une seule voix, avec horreur et mépris" (Edmund Burke, Réflexions sur la Révolution de France, 1790, Pluriel Histoire, Paris 2004, p. 161; 350; 359; 373; 557; 558).

Terminons avec ce que dit Le Livre noir de la Révolution française du "14 juillet".

"Tandis que le conspirateur [le duc d'Orléans] se voyait cantonné au rôle de pourvoyeur de fonds, le déroulement des émeutes de juillet 1789 rend saisissante la présence continuelle de membres des loges à tous les échelons de l'action, et dans toutes les initiatives importantes : les noms que l'on connaît des chefs ou meneurs (tel Moreton de Chabrillant, vénérable de la Parfaite Union, à la tête de gardes-françaises rebelles, surtout Santerre, du Contrat Social, et Palloy, 'souverain prince des Amis de la Jeunesse et de l'Humanité', Coconnier, membre de la loge Saint-Julien de la Tranquilité), des délégués du Comité permanent de la commune qui constituèrent les ambassades auprès de Launay (Chaton, de la loge de l'Union des bons français, Thuriot de la Rozières, des Amis réunis, l'abbé Fauchet, des Neuf Soeurs, et Milly et Poupard de Beaubourg, des Amis réunis...), des chefs de la milice bourgeoise, dont
La Fayette, à partir du 15 juillet, est le plus illustre, tous ces noms confrontés aux listes des loges conservées au Fonds maçonnique de la Bibliothèque nationale de France, révèlent une étrange similitude.

Bertrand de Molleville put ainsi affirmer : 'C'est dans une séance de la loge des Amis réunis que fut décidée la prise de la Bastille' (B.de Molleville, Histoire de la Révolution de France, t. I, p. 27.). Cette préparation systématique est confirmée par l'innocent Dusaulx, qui confesse : 'Le gros du peuple ne se doutait pas que l'on allait marcher sur la forteresse, mais il est certain que la prise de la Bastille avait été projetée' (Jean Joseph Dusaulx, De l'insurrection parisienne et de la prise de la Bastille, p. 24, in Le Livre noir de la Révolution française, par Pierre Chaunu, Jean Tulard, Emmanuel Leroy-Ladurie, Jean Sévillia, Cerf, Paris 2008, p. 41-42).

S'agissant du financement de "la révolution" : "Rivarol accuse ... les banquiers Laborde de Méréville, Boscary et Dufresnoy, entre autres, d'avoir 'soudoyé' l'émeute. Delessert fournit un témoignage en ce sens (Jacques Godechot, La Prise de la Bastille, p. 249, in Le Livre noir, ibid., p. 43).

Conclusion


- La révolte spontanée du peuple français le 14 juillet, la révolution dite "française" est une légende.

- La "Révolution française" est un coup d'Etat soutenu par les clubs maçonniques (les Jacobins), et financé par les banquiers (Laborde de Méréville, Boscary, Dufresnoy entre autres...), par le parti duc d'Orléans, grand maître du Grand orient, et par l'Angleterre (la Cavalerie Saint-Georges)...  dont la culture consiste à tout changer, détruire toutes les gloires nationales (monarchie, religion)  pour créer un ordre entièrement "nouveau" avec un français nouveau, le "citoyen". 
Au final : l'Angleterre gagnante. "Un recul sans appel". Dans ces conditions, parler aujourd'hui encore de "révolte du peuple" est une vaste plaisanterie que toutes les données de l'histoire contredisent.
Pensant être des 'patriotes', les émeutiers sincères (ne parlons pas des émeutiers payés...) ne savaient pas qu'ils étaient manœuvrés par la franc-maçonnerie (Grand Orient de France du duc d'Orléans et franc-maçonnerie anglaise).

- L'erreur politique (ou la sainteté) de Louis XVI ? Celle d'avoir donné des ordres de ne pas tirer sur "le peuple"… La république ne s'embarrassera pas de ce genre de précautions en temps voulu… Exemples : elle envoya Bonaparte donner du canon contre le peuple royaliste de Paris coupable en 1797 d'avoir mal voté... En 1908, le royaliste Charles Maurras prit "violemment Clemenceau à partie pour avoir fait tirer sur les ouvriers de Draveil en grève" (
Mythes et Polémiques de l'histoire, Le retour de la dispute, Studyrama perspectives, France 2008, p 154).

- "Le 14 juillet, contrairement à la légende..., la Bastille n'est pas prise par une foule spontanément mobilisée. L'opération est menée par une bande d'agitateurs à la recherche de fusils et de munitions, entrés par la porte que leur a ouverte le gouverneur Launay. En guise de remerciement, celui-ci est assassiné. De la vielle forteresse – que l'administration royale voulait déjà démolir - sont extraits en fait de victimes de l'absolutisme, sept prisonniers : quatre faussaires, un libertin et deux fous. La légende a fait de cette péripétie un haut fait d'armes." (
Jean Sévillia, Historiquement correct, Pour en finir avec le passé unique, Perrin, Saint-Amand-Montrond 2003, p. 179-180).

- "Si quelques masses révolutionnaires, comme les 'sans-culottes' de Paris, ont souvent soutenus les mouvements initiés, la majorité de la population, elle, n'a pas participé aux évènements : laissée dans l'ignorance, elle n'était pas consultée" (
Mythes et Polémiques de l'histoire, Le retour de la dispute, Studyrama perspectives, France 2008, p. 131).


Quid alors de la dite révolution 'libérale' libérant la France de l'oppression et de la "Tyrannie" ?  "Les identités provinciales sont combattues, les identités sociales sont niées (il n'y a plus de rangs, plus de prêtres, plus de nobles). Quant à la 'liberté d'expression', elle est étouffée au nom de la 'patrie en danger'" (déjà…)
  [Mythes et polémiques de l'histoire sur cette "fantastique libération" (p. 133-134)]

                                                      ***

Sources :

 

* Pierre Dominique, Le Quatorze juillet, Lardanchet, Macon 1950.

* René Sédillot, Le coût de la Révolution française, Vérités et Légendes, Perrin, Mesnil-sur-l'Estrée 1987

* Pierre Gaxotte, ''La Révolution française'', Nouvelle édition établie par Jean Tulard, Éditions Complexe, Bruxelles 1988

* Jean Sévillia, Historiquement correct, Pour en finir avec le passé unique, Perrin, Saint-Amand-Montrond 2003

* Alfred Fierro, Jean Tulard, Dictionnaire de la Révolution in Jean Tulard, J.F. Fayard, A. Fierro, Histoire et Dictionnaire de la Révolution française 1789-1799, Bouquins Robert Laffont, Paris 2004

* Mythes et Polémiques de l'histoire, Le retour de la dispute, Studyrama perspectives, France 2008.
* Le Livre noir de la Révolution française, par Pierre Chaunu, Jean Tulard, Emmanuel Leroy-Ladurie, Jean Sévillia, Cerf, Paris 2008
                                                       ***

Source: Christ Roi

dimanche, 11 juillet 2010

Les massacres de septembre (IV)

Épisodes. — Mlle de Sombreuil et Mlle Cazotte

Les massacres reprennent à l’Abbaye

Les prisonniers entassés dans les cachots, dans les salles, dans la chapelle de l’Abbaye, prêtaient l’oreille aux bruits de la nuit, redoutant des appels de mort. Quelques-uns priaient, d’autres préparaient leur défense ou écrivaient leurs dernières volontés. Parmi eux se trouvaient deux prêtres qui avaient échappé au massacre de la veille : l’abbé Lenfant, prédicateur du Roi, et l’abbé de Rastignac, vicaire général d’Arles.

L’abbé Lenfant était frère d’un des membres de la Commune, que Panis et Sergent s’étaient associés pour former le comité directeur des massacres. Dès le 2 septembre, Maillard avait reçu un ordre ainsi conçu :

Il vous est ordonné de juger tous les prisonniers de l’Abbaye sans distinction, à l’exception de l’abbé Lenfant que vous mettrez dans un lieu sûr.

Cet ordre fut renouvelé dans la matinée du 3.

Au point du jour, les deux vénérables confesseurs de la foi, qui avaient blanchi au service du sanctuaire, montèrent à la tribune de la chapelle et annoncèrent aux détenus la prochaine reprise des massacres. Un mouvement électrique précipita tous les prisonniers à genoux. Ils reçurent une absolution générale et la bénédiction in articulo mortis.

Vers dix heures, Maillard et sa bande reprirent leurs sièges, et les assassins leur besogne. L’abbé de Rastignac périt l’un des premiers ; le dévouement de sa nièce, Mme de Fausse-Landry, qui était venue partager sa captivité, fut impuissant à arracher aux bourreaux ce vieillard de soixante-dix-huit ans.

Plus heureuses, Mlle de Sombreuil et Mlle Cazotte parvinrent à attendrir les meurtriers.

L’intercession de Mlle de Sombreuil en faveur de son père

Le marquis de Sombreuil, maréchal de camp, gouverneur des Invalides depuis 1780, avait assurément bien des titres à la haine des hommes de septembre.

Sa fille plaida sa cause avec tant d’éloquence, d’habileté et d’énergie devant l’affreux tribunal, qu’elle lui arracha la vie du vieux soldat royaliste. Maillard rendit un verdict d’acquittement.

Les assassins prirent dans leurs bras l’héroïque jeune fille et la portèrent jusque dans la rue. Mais une nouvelle épreuve l’y attendait…

Ici nous laissons parler le propre fils de Mlle de Sombreuil, devenue plus tard comtesse de Villelume. Voici comment il s’exprime dans une lettre rendue publique par M. Alfred Nettement :

Ma mère n’aimait point à parler de ces tristes et affreux temps. Jamais je ne l’ai interrogée ; mais parfois, dans des causeries intimes, il lui arrivait de parler de cette époque de douloureuse mémoire. Alors, je l’ai plusieurs fois entendue dire que, lors des massacres, M. de Saint-Marc sortit du tribunal devant son père et fut tué d’un coup qui lui fendit le crâne ; qu’alors elle couvrit son père de son corps, lutta longtemps et reçut trois blessures.

Ses cheveux, qu’elle avait très longs, furent défaits dans la lutte ; elle en entoura le bras de son père, et, tirée dans tous les sens, blessée, elle finit par attendrir ces hommes. L’un d’eux, prenant son verre, y versa du sang sorti de la tète de M. de Saint-Marc, y mêla du vin et de la poudre, et dit que, si elle buvait cela à la santé de la nation, elle conserverait son père. Elle le fit sans hésiter et fut alors portée en triomphe par ces mêmes hommes.

Depuis ce temps, ma mère n’a jamais pu porter les cheveux longs sans éprouver de vives douleurs. Elle se faisait raser la tête. Elle n’a jamais non plus pu approcher du vin rouge de ses lèvres, et, pendant longtemps, la vue seule du vin lui faisait un mal affreux.

Signé : Comte de Villelume Sombreuil.

Plusieurs historiens ont nié le fait du verre de sang bu par Mlle de Sombreuil. Devant l’attestation même du fils de la victime, le doute n’est plus permis.

L’intercession de Mlle Cazotte en faveur de son père

Mlle Élisabeth Cazotte, jeune fille de vingt ans, d’une beauté accomplie, trouva pour sauver son père, des paroles non moins persuasives que Mlle de Sombreuil. Elle aussi parvint à désarmer la rage des bourreaux.

Mais son bonheur fut de courte durée. Écroué de nouveau le 12 septembre, Cazotte fut traduit le 24 devant le tribunal révolutionnaire institué le 17 août. Sa tête tomba le lendemain sur la place du Carrousel, pendant que sa fille était retenue prisonnière à la Conciergerie. Il était accusé d’avoir entretenu des correspondances avec des émigrés et d’avoir voulu favoriser l’évasion du roi. La mort seule pouvait expier de tels crimes.

Martyre de deux prêtres amis

Mais revenons à l’Abbaye. Vers la fin du carnage, ou amena aux bourreaux deux prêtres, deux frères en Jésus-Christ, qu’unissait la plus tendre amitié. Ils se tenaient étroitement enlacés. — Vois, dit à l’un d’eux un chef des tueurs en lui montrant la cour encombrée de cadavres, voilà le sort réservé à ceux qui refusent de se soumettre aux lois. Fais le serment ou à l’instant tu vas mourir. — Donnez-nous, répond le prêtre, le temps de nous préparer à la mort ; permettez-nous de nous confesser l’un à l’autre, voilà la seule grâce que nous vous demandons. Faire le serment que vous nous demandez ce serait renoncer à des articles essentiels de notre foi. Plutôt la mort que l’apostasie ! — Eh bien, qu’ils se confessent ! répondent les égorgeurs. Ils donneront le temps aux curieux du quartier de venir nous voir faire justice de ces coquins.

Les deux prêtres se retirent dans un angle de la cour. Après s’être confessés, ils se déclarent prêts à mourir. On place les martyrs sur un lit de paille, où on les égorge au milieu des rires et des applaudissements de l’assistance.

L’œuvre de mort accomplie, on procéda au dépouillement des cadavres, avant de les livrer aux tombereaux des fossoyeurs. Cette opération se fit en présence des commissaires et avec un certain luxe d’inventaires et de procès-verbaux. Ce qui n’empêcha pas les montres en or, les bagues et, en général, tous les bijoux précieux qui avaient appartenu aux victimes, de devenir, pour la plupart, la proie de leurs assassins. Leur prix servit à rembourser les dépenses, conformément aux instructions de la Commune qui avait autorisé le comité des Quatre-Nations a prendre LES FRAIS SUR LA CHOSE.

Quelques rescapés

Il entrait dans les instructions des tueurs en chef de prononcer quelques acquittements. Journiac de Saint-Méard fut mis en liberté avec de grandes marques de respect, sur le témoignage d’un tueur provençal.

Des citoyens généreux vinrent, au péril de leur vie, réclamer des prisonniers appartenant à leurs sections, et Maillard fit plusieurs fois droit à leurs demandes, tout en les avertissant de ne pas les renouveler.

Une dame d’honneur de la reine, la princesse de Tarente, dut son salut à la fermeté de son attitude et de ses discours. L’ordre étant donné de la reconduire en prison jusqu’à nouvel ordre : « La liberté ou la mort ! » s’écria-t-elle, en empruntant à ses bourreaux une de leurs formules. Elle fut rendue à la liberté.

Quant à l’abbé Lenfant, dont les jours avaient été conservés sur l’ordre si précis des administrateurs de police, il fut mis en lieu sûr. Relâché le 5 septembre, après avoir donné tout ce qu’il possédait, il fut signalé par des femmes qui crièrent : Voilà le confesseur du roi ! Il fut saisi, ramené rue de Bucy, et massacré en face même de la prison.

On fait disparaître les traces du massacre

Quand tout fut terminé à l’Abbaye, quand les cachots n’eurent plus de proie à livrer aux séides de la Commune, on se mit en devoir d’obéir à l’ordre suivant, que Panis et Sergent avaient adressé au directeur de la prison :

Monsieur, vous ferez sur-le-champ enlever les corps des personnes de votre prison qui n’existent plus. Que, dès la pointe du jour, tout soit enlevé et emporté hors de Paris, dans des fosses profondes bien recouvertes de terre. Faites, avec de l’eau et du vinaigre, laver les endroits de votre prison qui peuvent être ensanglantés, et sablez par-dessus….

À la Mairie, le 3 septembre, une heure du matin. — Panis, Sergent.

Les ouvriers de la Commune de Paris ont pu laver le pavé de la cour de l’Abbaye et sabler par-dessus ; le sang et la boue n’en sont pas moins restés. Tous les sables des rivages, toute l’eau de l’Océan ne sauraient suffire à effacer la tache sanglante. Comme celle de Macbeth, elle apparaîtra éternellement aux mains souillées de la Révolution.

Georges de Cadoudal

Source: Vive Le Roy

vendredi, 09 juillet 2010

Les massacres de septembre (III)

L’Abbaye

Intimidation et excitation au meurtre

Le dimanche 2 septembre 1792, Paris offrait un spectacle étrange.

Des bandes de volontaires, précédées de drapeaux, parcouraient les rues, les jardins et les places publiques, au son des tambours et en chantant les refrains populaires de la révolution, la Marseillaise, la Carmagnole et le Ca-ira. Elles se dirigeaient vers le Champ-de-Mars où se massait toute une armée prête à partir pour la frontière.

Des drapeaux noirs flottaient en signe de deuil sur l’Hôtel-de-Ville et les monuments publics ; dans tous les clochers le tocsin multipliait ses appels ; le canon d’alarme se faisait entendre d’heure en heure ; les crieurs portaient la feuille de Marat, pleine de fiel et de sang, d’excitations aux meurtres.

Tout semblait avoir été préparé par une puissance occulte, avec une entente supérieure de la mise en scène, pour allumer les fureurs de la révolution dans le cœur du peuple le plus impressionnable et le plus soupçonneux.

Les premières victimes

À deux heures de l’après-midi, au moment où tonnait le canon d’alarme, quatre voitures de place renfermant vingt-quatre prisonniers, parmi lesquels vingt-deux prêtres insermentés, sortaient du dépôt de la mairie située rue de Jérusalem et devenue plus tard la préfecture de police. L’abbé Sicard, qui avait succédé à l’abbé de l’Épée dans la direction de l’œuvre des sourds-muets, se trouvait au nombre des prisonniers.

Accompagnées d’une de ces bandes hideuses de Marseillais et d’Avignonais qui, depuis le 10 août, étaient devenus les prétoriens de la Commune révolutionnaire, ces voitures se dirigeaient, par le quai des Orfèvres, le Pont-Neuf et la rue Dauphine, vers la prison de l’Abbaye.

Le cortège avançait au milieu des vociférations de l’escorte ; il avait été commandé aux cochers d’aller très lentement, sous peine d’être tués sur leurs sièges. Les soldats (si l’on peut donner ce nom aux pourvoyeurs du massacre) annonçaient aux prisonniers qu’ils allaient être égorgés par le peuple, et qu’ils n’arriveraient pas vivants au lieu de leur destination.

Cependant, malgré toutes les provocations, le “ peuple” ne bougeait pas ; les passants s’arrêtaient émus et terrifiés, quelques-uns poussaient des clameurs malveillantes, mais pas un seul ne porta la main sur les victimes prédestinées à la boucherie. Elles n’eurent pour bourreaux que leurs propres gardiens. Leur mort ne fut pas le résultat d’une commotion populaire ; elle fut l’exécution d’un mot d’ordre.

Le cortège, pressé par la foule, s’arrêta un moment rue de Bucy, en face d’une estrade dressée pour les enrôlements de volontaires. Dans cet endroit, un des séides de la Commune monta sur le marchepied d’une des voitures, et plongea son sabre dans la poitrine d’un prêtre. Ce fut le signal du massacre.

Nous voulûmes fermer les portières de la voiture, dit l’abbé Sicard, dans la relation qu’il a laissée de ces journées de sang, on nous força de les laisser ouvertes… Un de mes camarades reçut un coup de sabre sur l’épaule, un autre fut blessé à la joue, un autre au-dessus du nez. J’occupais une des places dans le fond. Mes compagnons recevaient les coups qu’on dirigeait contre moi. Qu’on se peigne, s’il se peut, la situation de mon âme pendant ce pénible voyage ! .. Le sang de mes camarades commençait à couler sous mes yeux… Enfin nous arrivons à l’Abbaye : les égorgeurs nous y attendaient.

Les quatre voitures, après avoir pénétré dans la cour du jardin, de l’abbaye Saint-Germain, par une porte cochère donnant sur la petite rue Sainte-Marguerite (devenue plus tard la rue d’Erfurth), vinrent se ranger au pied du perron qui conduisait au réfectoire des anciens moines.

Le comité civil de la section des Quatre-Nations y siégeait en ce moment, sous la présidence d’un habitant de la rue Taranne, nommé Jourdan. La cour était occupée par les recrues de Maillard.

Un des prêtres renfermés dans la première voiture ouvre la portière et croit pouvoir trouver un refuge au milieu de la foule compacte qui l’entoure, il est aussitôt égorgé ; un second et un troisième ont le même sort.

Plus heureux, trois ou quatre prisonniers, parmi lesquels l’abbé Sicard, peuvent pénétrer jusqu’à la salle du comité civil. Dénoncés par une femme, ils sont bientôt suivis par les égorgeurs, et ils allaient périr, quand un des membres du comité l’horloger Monnot, faisant un rempart de sa poitrine à l’homme de charité : « C’est l’abbé Sicard, s’écrie-t-il un des hommes les plus utiles à son pays, le père des sourds-muets ! Il faudra passer sur ma poitrine avant d’arriver jusqu’à lui. » À ces mots, les cannibales s’arrêtent, les piques s’abaissent, et Maillard s’écrie : « Il n’y a plus rien à faire ici, allons aux Carmes !  » Et la bande infernale se dirigea en hurlant vers la rue de Vaugirard.

Il était cinq heures du soir. Sur les vingt-quatre prisonniers transférés du dépôt de la mairie, vingt et un avaient été égorgés dans la cour ou dans la salle du Comité à coups de pique, de sabre, de hache et d’assommoirs. L’abbé Sicard avait été sauvé comme on vient de le voir. Deux de ses compagnons s’étaient dérobés aux regards des assassins en se confondant parmi les membres du comité civil, autour de la table de leurs délibérations.

Mais, quoi qu’en eût dit Maillard, il y avait encore beaucoup à faire à l’Abbaye. L’œuvre scélérate était à peine commencée. Une trentaine de prêtres, renfermés dans une prison, dite de supplément, située près de la salle où siégeait le comité civil, avaient été oubliés par les assassins. La prison proprement dite contenait une riche proie :

  • les soldats suisses, qui avaient survécu au 10 août ;
  • les gardes du roi,
  • une partie des suspects incarcérés à la suite des visites domiciliaires.

Le “ tribunal ” du citoyen Maillard

À sept heures du soir ; une partie des travailleurs de la Commune reviennent à l’Abbaye, harassés de fatigue, couverts de poussière, les vêtements, les mains et le visage ensanglantés. Ayant fait rude besogne, ils avaient soif. On leur verse à boire dans la salle du comité. Les flots de vin coulent à côté des flots de sang.

Les prêtres renfermés dans la prison dite de supplément, plusieurs autres qu’on alla chercher en ville, tombent égorgés dans la cour, toute fumante encore du sang de leurs frères martyrisés. L’abbé Sicard, qui nous a conservé ces détails, observait tout de la lucarne d’un réduit situé près de la salle du comité.

Cela fait, les égorgeurs sortent de la cour abbatiale, et se dirigent par la rue Sainte-Marguerite vers la prison, dont les portes s’ouvrent sans la moindre résistance. Ils se répandent dans les cours, s’emparent des registres d’écrou et installent, sur la proposition d’un affidé du Comité de surveillance, un simulacre de tribunal dont le citoyen Maillard est, par acclamation, nommé président.

L’installation se fait dans un guichet ouvrant sur la cour qui donnait accès dans la rue Sainte-Marguerite. Maillard, le sabre au côté, revêtu d’un habit gris et d’un chapeau de feutre, prend place autour d’une vaste table couverte de papiers, de verres, de bouteilles et de pipes ; d’après le témoignage peu suspect de Méhée, qui fut un des acteurs de ces journées, “ douze escrocs ” s’assoient à ses côtés en qualité de juges. Ils organisent entre eux la procédure du crime.

Après avoir consulté le livre d’écrou, les débats consisteront en une formule d’interrogation très brève, nécessaire seulement pour constater l’identité des victimes, et le président prononcera la sentence de mort en ces termes, dont les tueurs comprendront la signification : À la force !

Le deuxième massacre des Suisses

Mais avant que le “ tribunal ” n’entre en fonction, il y a à expéditer tout une catégorie de détenus dont le procès est fait d’avance. À quoi bon juger les Suisses ? Les “ conspirateurs du 10 août”, les derniers défenseurs du tyran sont tous coupables. Par deux décrets formels de l’Assemblée, ils avaient été placés sous la sauvegarde nationale. Qu’importe aux tueurs ? Maillard ordonne de transférer les Suisses “ à la Force ”.

Deux des brigands se présentent à la porte de leur cachot et leur enjoignent de sortir. Mais les soldats, habitués aux balles et aux coups d’épée, frémissent en présence des piques et des haches ; ils hésitent…

Enfin l’un d’eux, un jeune homme au visage noble et martial, jette son chapeau en l’air en s’écriant : « En avant, je passe le premier !  » Il s’avance résolument, à travers les corridors et les guichets, jusque sur le seuil de la porte extérieure. Les assassins se tenaient aux pieds de la tourelle qui, jusqu’à ces derniers temps, occupait l’angle de la place Sainte-Marguerite. Ils formaient un cercle hérissé de sabres, de baïonnettes et de piques. Le jeune soldat s’élance au-devant de leurs coups et tombe baigné dans son sang.

Ses compagnons et, après eux, vingt-cinq gardes du roi sont également livrés aux bourreaux et horriblement massacrés.

Le tribunal révolutionnaire en action

Alors le tribunal de Maillard se mit à l’œuvre. Il commença par expédier quelques falsificateurs d’assignats, vulgaires malfaiteurs dont le sang se confondit sur le pavé de la place publique avec celui des martyrs de leur devoir.

Puis comparurent Montmorin, que le tribunal du 17 août avait acquitté ; Thierry, premier valet de chambre de Louis XVI. Leur procès ne fut pas long. À la Force ! dit Maillard. Ils moururent en criant : Vive le Roi !

Après eux, vinrent les juges de paix des sections de l’Observatoire et Poissonnière, Ruol et Boquillon ; le lieutenant général comte de Wittgenstein ; M. de Reding, le seul officier suisse qui se trouvât dans la prison de l’Abbaye, les autres ayant été renfermés à la Conciergerie.

M. de Laleu, adjudant général de la garde nationale, fut massacré avec d’horribles raffinements. Son assassin, qui portait le nom de Damiens, lui ouvrit la poitrine, en arracha le cœur, le porta à ses lèvres tout palpitant et tout saignant, en criant : Vive la Nation ! « Le sang, dit un témoin, dégouttait de sa bouche et lui faisait une sorte de moustache. »

Un jeune aide de camp du duc de Brissac, Maussabré, grimpa par le tuyau d’une cheminée jusqu’au sommet du bâtiment, espérant s’évader ; une grille de fer l’arrêta dans sa fuite. Plusieurs coups de fusil ayant été vainement tirés sur lui, on alluma des monceaux de paille dans le foyer. Maussabré tomba étouffé par la fumée. Il fut traîné hors des guichets et mis en pièces.

La Commune cautionne le massacre de l’Abbaye

Pendant que ces scènes d’horreur se poursuivaient simultanément dans la rue de Sainte-Marguerite et dans la cour de l’Abbaye, la Commune députa sur le théâtre du massacre deux de ses membres, le procureur-syndic Manuel et son substitut Billaud-Varennes.

Que firent ces deux représentants de la municipalité parisienne pour arrêter le sang qui ruisselait à grands flots ?

En haranguant les égorgeurs, Manuel leur recommanda d’apporter une certaine justice dans les vengeances légitimes qu’ils exerçaient, et, partout où cela lui fut possible, il fit mettre en liberté les détenus pour dettes, les prisonniers de la loi ; il abandonna aux tueurs les prisonniers du 10 août et des visites domiciliaires.

Billaud-Varennes, apprenant que les ouvriers qui travaillaient dans la cour de l’Abbaye dépouillaient leurs victimes après les avoir égorgées, monta sur une estrade et leur parla en ces termes :

Mes amis, mes bons amis, la Commune m’envoie vers vous pour vous représenter que vous déshonorez cette belle journée. On lui a dit que vous voliez ces coquins d’aristocrates après en avoir fait justice. Laissez, laissez tous les bijoux, tout l’argent et tous les effets qu’ils ont sur eux, pour les frais du grand acte de justice que vous exercez. On aura soin de vous payer comme on est convenu avec vous  ; soyez nobles, soyez grands et généreux comme la profession que vous remplissez ; que tout ce grand jour soit digne du peuple dont la souveraineté vous est commise.

De son côté, l’Assemblée législative envoya à l’Abbaye des commissaires « pour parler au peuple et rétablir le calme. » Ils piétinèrent dans le sang, mais les ténèbres ne leur permirent pas de voir ce qui se passait. Après avoir entendu le rapport de Dussault, l’Assemblée passa à l’ordre du jour !

Au même instant Danton sortait du conseil. Un député l’aborde et veut l’informer de ce qui se passe aux prisons.

Je me f… bien des prisonniers, dit le ministre de la justice ; qu’ils deviennent ce qu’ils pourront !

Après le massacre, l’orgie

Cependant les cadavres entassés dans la cour de l’Abbaye étaient en si grand nombre qu’une vapeur de sang imprégnait l’atmosphère. On respirait dans les rues d’alentour une odeur nauséabonde. Il fallut laver le sol de la cour, le couvrir d’un lit de paille.

Autour de ce lit, on rangea des bancs où s’assirent les “ dames ” du quartier. On alluma des torches, on plaça un lampion auprès de chaque tête coupée, afin que les grand’mères de nos pétroleuses pussent jouir, dans toute sa splendeur, du spectacle des égorgements.

Des tables furent dressées dans la cour Saint-Germain-des-Prés, dans la salle du comité civil, et le traiteur Lenoir y servit un repas succulent auquel prirent part les tueurs en chef.

Pendant ce temps les ouvriers qui travaillaient aux cadavres absorbaient en grand nombre des bouteilles de vin et des pains de quatre livres. Les verres dans lesquels ces “ braves citoyens” buvaient à la santé de la nation portaient la marque de leurs doigts et dégouttaient de sang.

À cette vue, à l’odeur écœurante de l’orgie, Aimé Jourdan, qui présidait le comité civil, se trouva mal sur son siège.

Quand arriva la nuit, les bourreaux comme les juges avaient si fort besogné qu’ils étaient harassés de fatigues, repus de victuailles. Après avoir fumé leurs pipes, ils s’endormirent sur les bancs placés dans les guichets et dans les cours. L’abominable drame eut un entr’acte de quelques heures, pendant lequel la Commune fit procéder à l’enlèvement des cadavres. Des tombereaux les emportèrent à Clamart, et à la Tombe-Issoire du Petit-Montrouge, où l’emplacement des fosses avait été désigné dès le 28 août.

Georges de Cadoudal

Source: Vive Le Roy

jeudi, 08 juillet 2010

Les massacres de septembre (II)

Préliminaires des massacres

Danton obtient l’instauration de la terreur en arguant “ la Patrie en danger ”

Le 28 août, le ministre de la Justice monte à la tribune de l’Assemblée et déclare, dans un de ces discours inspirés par le génie des tempêtes qui étaient dans la nature de son éloquence :

Que ce n’est que par une convulsion nationale qu’on pourra chasser les despotes.

Il demande à être autorisé à faire des visites domiciliaires dans toutes les maisons de Paris, afin de mettre la main sur les gens suspects et de s’emparer des armes nécessaires à la défense nationale.

Il doit y avoir dans Paris quatre-vingt mille fusils, dit-il… Tout appartient à la patrie quand la patrie est en danger.

L’Assemblée stupéfaite rend le décret qui lui est demandé, sans toutefois avoir une conscience bien nette de l’énormité d’un vote d’où allaient sortir la terreur et le massacre. Danton, triomphant, le porte au Conseil général de la Commune, en demandant une prompte exécution des mesures décrétées.

La terreur du 29 août

Dès le lendemain, 29, le rappel des tambours se fait entendre. À ce signal toute vie cesse, tout mouvement est suspendu dans l’immense cité.

  • La circulation des voitures est interdite ;
  • les habitants terrifiés sot contraints de rentrer chacun dans leurs demeures.
  • Les sections armées forment, autour de Paris, deux cordons de gardes pour arrêter ceux qui tenteraient de fuir.
  • Des bateaux remplis de sentinelles ferment le cours de la rivière aux deux extrémités de la ville ;
  • des battues sont faites dans les jardins, les bois et les promenades de la banlieue. Rien ne doit échapper aux soupçonneuses recherches des tyrans.

À dix heures du soir, commencent les visites domiciliaires.

  • Les maisons sont éclairées par ordre de la Commune ; on n’entend, dans chaque rue, que le pas des sbires marseillais conduits par deux commissaires désignés par les sections.
  • Chaque demeure est minutieusement fouillée, sondée jusque dans ses murailles, ses plafonds, ses réduits les plus secrets.
  • Malheur à tout individu suspect ou trouvé hors de son domicile, à tout citoyen ayant signé les pétitions constitutionnelles ou professant des opinions modérées ! Il est aussitôt arraché à sa famille, à ses amis et conduit à la section ou à l’Hôtel-de-Ville, au milieu des sanglots des siens, des rires insultants de hideux sicaires en carmagnole et en bonnet rouge !

Cette nuit du 29 août 1792 a laissé dans la mémoire de tous ses témoins des souvenirs de terreur qui les ont suivis jusqu’à la tombe ; elle fut le sombre prologue du drame de septembre, une de ces conceptions infernales dont le génie de la Révolution était seul capable.

Les visites domiciliaires produisirent à peine deux mille fusils. Mais ce n’était pas des armes, c’était des victimes qu’il fallait aux hommes de proie auxquels le 10 août avait livré la France. Le chiffre des arrestations opérées dans la nuit du 29 au 30 août varie, selon les historiens, de trois mille à huit mille.

Parmi eux se trouvaient des prêtres insermentés, des militaires, des familiers de la Cour, des professeurs, des magistrats, des artisans. Quelques-uns, réclamé par leurs sections, furent relâchés ; d’autres parvinrent à s’évader, grâce à la connivence achetée à prix d’or de leurs gardiens.

Les suspects furent répartis dans les prisons de l’Abbaye, des Carmes, de la Conciergerie, de la Force. Leurs registres d’écrou devaient servir aux bourreaux de listes de proscription.

Danton revendique la paternité des massacres de septembre

Pendant que s’exécutaient ces mesures, un petit nombre des membres de la Commune étaient réunis dans la salle du Comité de surveillance et délibéraient. Danton, Panis, Sergent, Lepeintre, Lenfant et quelques autres assistaient à cette réunion, présidée par Marat.

Quel était le but de ce conciliabule qui s’entourait d’ombre et de mystère ? Le temps l’a en partie dévoilé.

On sait aujourd’hui que Danton dit en sortant d’une voix significative et en faisant un geste sinistre :

Il faut faire peur aux royalistes !

et que plus tard il répondit aux girondins qui l’accusaient d’avoir prémédité Septembre :

J’ai regardé mon crime en face, et je l’ai commis !

Le lendemain, Maillard, l’homme fatal du 14 juillet et des journées d’octobre, fut averti de tenir prêtes ses hordes d’assassins et une haute paye de tant par meurtre lui fut promise.

Georges de CADOUDAL

Source: Vive Le Roy

vendredi, 02 juillet 2010

Les massacres de septembre (I)

Fin Août 1792, l’Assemblée législative souhaite dissoudre la Commune de Paris tant ses excès l’exaspèrent. C’est compter sans les F Danton et Marat qui en ont besoin comme instrument de terreur pour poursuivre la Révolution. Ainsi Danton lui obtient-il encore plus de pouvoir grâce à un argument promis à un bel avenir : « la Patrie est en danger. » Alors le cauchemar se réalise : on abolit toutes les libertés, on encourage la délation, on arrête les suspects ; puis dans d’effroyables conditions, on massacre les prisonniers : des prêtres surtout, des gentilshommes, des soldats, de simples suspects de sympathies royalistes, mais aussi des enfants en rééducation, des mendiants et même des prostituées.

Les suites du dix août

La journée du 10 août ne renversa pas seulement la royauté, elle porta un coup mortel à l’Assemblée législative ; elle dispersa, en un seul jour, les forces sociales rassemblées pendant des siècles ; elle ne laissa debout qu’un pouvoir : la Commune.

Alors s’organisa le plus effroyable despotisme.

La démagogie, une démagogie sans précédents dans l’histoire, étendit sur Paris son sceptre de fer. Le règne de l’Épouvante s’inaugura. La France tout entière se mit à frissonner à la vue du Géryon révolutionnaire qui dressait ses trois têtes monstrueuses : Marat, Robespierre et Danton.

La Commune organise la Terreur

Ayant à sa disposition l’armée, la police et les clubs, la Commune se sentit maîtresse de la situation et comprit qu’elle pouvait tout oser.

  • Elle commence par organiser tout une armée d’espions et de délateurs ; puis,
  • elle décrète l’arrestation des suspects, des publicistes royalistes ;
  • elle rend les femmes et les enfants responsables des actes de leurs époux et de leurs frères.
  • Elle frappe d’incapacité civique les signataires des protestations contre le 20 juin, contre le camp des vingt mille.
  • Elle supprime le droit de pétition, la liberté de la défense, la liberté de la presse, la liberté de conscience.
  • Elle viole le secret des lettres ; fait fermer les barrières, suspendre les passeports.
  • Elle abolit les qualifications de monsieur, de madame, pour y substituer celles de citoyen et de citoyenne.
  • Elle abat les statues de Louis XIV, de Henri IV ; brise les bustes de Necker, de la Fayette, de Bailly ; ordonne la démolition des portes Saint-Denis et Saint-Martin (ces dernières furent heureusement préservées grâce à l’intervention du littérateurs Dussault) ; sous prétexte de faire disparaître tous les signes de féodalité, elle mutile les monuments publics, les livres, les manuscrits précieux ;
  • elle gaspille les richesses artistiques.

L’Assemblée “ arme ” la Commune

Pendant ce temps, que faisait l’Assemblée ?

  • Elle élaborait une loi de police générale, dont le but était de transférer la police politique aux municipalités révolutionnaires, et qui allait devenir un puissant moyen de terreur entre les mains de la Commune.
  • Elle décrétait la formation d’une cour martiale pour juger les auteurs « des crimes du 10 août », c’est-à-dire les soldats qui, en défendant la royauté contre l’émeute, n’avaient fait qu’obéir à la voix du devoir et de l’honneur.

La Commune obtient l’instauration d’un tribunal révolutionnaire

Mais cette cour martiale, limitée aux faits militaires, ne pouvait convenir aux dictateurs de l’Hôtel-de-Ville. Il leur fallait un tribunal extraordinaire revêtu de pouvoirs généraux, illimités, instrument docile de leurs fureurs et de leurs vengeances, une véritable chambre ardente, un tribunal d’assassins.

Pour l’obtenir, la Commune emploie contre l’Assemblée les moyens d’intimidation révolutionnaire qui lui avaient déjà si bien réussi au 10 août ; elle pousse si loin l’insolence de la menace qu’elle arrive à soulever l’indignation des montagnards et des jacobins les plus effrontés, tels que Choudieu et Thuriot.

Cependant la Commune l’emporte et le tribunal du 17 août est institué. Tous ses membres, juges, accusateurs publics, directeurs du jury, greffiers, étaient électifs et devaient décider en dernier ressort.

  • Plus de recours en cassation,
  • plus d’interrogatoire préalable,
  • plus de délai entre l’arrêt de mort et l’exécution ;
  • toutes ces formalités, suprêmes garanties des accusés, consacrées par les législations criminelles de tous les peuples civilisés, sont mises à néant comme de funestes entraves à la célérité de la justice nationale.

Le Tribunal révolutionnaire commence son œuvre de mort

Aussitôt installé, le nouveau tribunal fonctionne. La guillotine est dressée en permanence sur la place du Carrousel.

Le 21 août, à dix heures du soir, elle fait tomber, à la lueur des flambeaux, la tête d’un pauvre maître d’écriture, Collenot d’Anglemont, accusé d’embauchage pour le compte de la Cour.

Le 23, l’intendant de la liste civile, Laporte, expie le crime irrémissible de s’être montré comptable intègre et serviteur fidèle.

Le 25, à neuf heures du soir, DuRozoy, rédacteur de la Gazette de Paris, gravit les marches de l’échafaud en s’écriant : “ Un royaliste comme moi devait mourir le jour de la Saint-Louis !

Mais la machine de mort n’allait pas assez vite au gré des assassins. Il fallait terrifier l’opinion par des coups sans cesse répétés. Une seconde guillotine est installée sur la place de Grève.

Un soir, le bourreau, saisi d’effroi en montrant au peuple la tête d’un supplicié, tombe roide mort sur le pavé.

Une réaction se manifeste dans l’esprit public à la vue de tout ce sang ; elle gagne jusqu’aux juges et jurés. Aux sentences capitales succèdent plusieurs acquittements : D’Affry, colonel des Suisses, Dossonville, officier de paix, sont mis en liberté ; mais la sentence d’absolution dont Luce et Armand de Montmorin sont l’objet est accueillie par les hurlements des séides de la Commune : sous la pression de leurs menaces, le président est contraint de faire reconduire le premier à la Conciergerie, le second à l’Abbaye. Les égorgeurs de septembre allaient bientôt les y retrouver.

Danton sauve la Commune et son Tribunal

Cependant, l’Assemblée législative supportait impatiemment l’usurpation de l’Hôtel-de-Ville. Se sentant appuyés par l’opinion publique, les députés songeaient à demander compte aux dictateurs des pouvoirs dont ils usaient si abominablement et de l’argent qu’ils avaient manié.

Un décret était préparé, prononçant la dissolution de la Commune insurrectionnelle. Celle-ci comprit que, si elle était discutée, elle était perdue.

Un seul homme pouvait la sauver : Danton. Il lui appartenait corps et âme ; il assistait à toutes ses délibérations ; il s’inspirait de son esprit ; il lui soufflait ses propres fureurs. C’est lui, aidé de Marat, qui avait divisé le corps municipal en comités distincts placés sous la haute direction d’un comité de surveillance générale, sinistre embryon du Comité de salut public, dont le seul nom était une terreur et faisait pâlir les plus intrépides. Son autorité de ministre était doublée par l’influence révolutionnaire que lui donnait le Comité de surveillance. Entre ses mains, le glaive de la loi était un poignard, la justice un crime. Il avait un pied dans la légalité, un autre dans l’insurrection. De là une double et formidable puissance.

Les victoires prussiennes à la frontière parurent à Danton une occasion favorable pour détourner de la Commune le coup qui la menaçait. En surexcitant le patriotisme des députés, il espérait concentrer toute leur attention sur les périls extérieurs de la France et opérer ainsi une diversion favorable à ses complices et à ses propres desseins.

Source: Vive Le Roy