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mercredi, 31 août 2011

Les effets de la loi

 


On rencontre souvent de ces gens qui s’estiment dispensés d’obéir aux lois sous prétexte qu’elles proviennent d’un gouvernement mauvais. Or, dans la mesure où elles ne s’opposent pas aux commandements de Dieu (voir Question 96), les lois humaines obligent chacun car elles ont pour effet de rendre les hommes bons. Même une loi injuste est bonne relativement, en ce qu’elle développe en nous cette vertu d’obéissance, ciment de toute société humaine. Saint Thomas insiste : « puisque tout homme est une partie de la cité, il est impossible qu’un homme soit bon s’il n’est pas proportionné au bien commun ».

 

 

(Saint Thomas d’Aquin, Somme théologique, La Loi, Question 92.)

Traduction française par M.-J. Laversin, O.P.

Éditions de la revue des jeunes, Société Saint Jean l’Évangéliste, Desclée & Cie. Paris Tournai Rome, 1935.



 Plan d’étude

1. La loi a-t-elle pour effet de rendre les hommes bons ?

2. Les effets de la loi sont-ils de « commander, interdire, permettre et punir », comme dit Justinien ?

 La loi a-t-elle pour effet de rendre les hommes bons ? (Article 1)

Objections

1. Il semble que non. En effet, les hommes sont bons quand ils sont vertueux ; car «  la vertu rend bon celui qui la possède », selon les Éthiques [1]. Mais la vertu est en l’homme l’œuvre de Dieu seul : lui-même « la met en nous, sans nous », comme on l’a établi dans la définition de la vertu [2]. Donc ce n’est pas la loi qui rend les hommes bons.

2. La loi n’est utile à l’homme que s’il lui obéit. Mais le fait même d’obéir à la loi vient de la bonté ; celle-ci doit donc précéder la loi chez l’homme. Ce n’est donc pas la loi qui rend les hommes bons.

3. La loi est faite en vue du bien commun, on l’a dit plus haut [3]. Mais il y a des gens qui se comportent bien en ce qui regarde le bien commun, et non dans leur vie privée. Ce n’est donc pas à la loi qu’il appartient de rendre les hommes bons.

4. Certaines lois sont tyranniques, dit le Philosophe [4]. Or le tyran ne vise pas la bonté de ses sujets, mais seulement son utilité personnelle. Ce n’est donc pas la loi qui rend les hommes bons.

En sens contraire, le Philosophe écrit [5] que « la volonté de tout législateur est de rendre bons les citoyens » [6].

Réponse

Nous avons dit précédemment [7] que la loi n’est pas autre chose qu’une prescription de raison en celui qui commande, par laquelle les sujets sont gouvernés.

Or, c’est la vertu propre d’un subordonné que d’être bien soumis à celui qui le gouverne ; de même constatons-nous que la vertu propre de l’irascible et du concupiscible [8] consiste en ce qu’ils obéissent bien à la raison.

Et de cette manière « la vertu, pour n’importe quel sujet, consiste à être bien soumis à celui qui commande », dit le Philosophe [9].

Or toute loi est ordonnée à être obéie de ses sujets. Aussi est-il évident que le propre de la loi est d’amener ses sujets à ce qui constitue leur vertu propre.

Donc, puisque la vertu est définie : « ce qui rend bon celui qui la possède », il s’ensuit que l’effet propre de la loi sera de rendre bons ceux auxquels elle est donnée, cette bonté pouvant être absolue ou relative.
- Si, en effet, l’intention du législateur tend au vrai bien, qui est le bien commun réglé conformément à la justice divine, il s’ensuit que par la loi les hommes sont rendus bons de façon absolue.
- Si, au contraire, l’intention du législateur se porte vers quelque chose qui n’est pas le bien absolu, mais qui est utile ou agréable, ou contraire à la justice divine, alors la loi ne rend pas les hommes bons absolument mais relativement, c’est-à-dire par rapport à un régime politique donné.

C’est ainsi que l’on trouve du bien même dans les choses intrinsèquement mauvaises ; comme on parle d’un bon voleur, parce qu’il opère d’une manière appropriée à son but.

Solutions

1. La vertu se présente sous deux formes : acquise et infuse, comme on l’a vu précédemment [10].

Pour chacune d’elles, la répétition des actes joue son rôle, mais de façon diverse.

Elle est cause de la vertu acquise ; mais elle dispose à la vertu infuse ; puis, une fois celle-ci possédée, elle la conserve et la développe.

Puisque la loi est donnée pour diriger les actes humains, dans la mesure même où ceux-ci coopèrent à la vertu, dans cette même mesure elle rend les hommes bons.

Aussi le Philosophe dit-il [11] que « les législateurs rendent bons par les habitudes qu’ils donnent ».

2. On n’obéit pas toujours à la loi selon la perfection de bonté qui convient à la vertu, mais parfois par crainte du châtiment ; parfois aussi par le seul motif de la raison, ce qui est un principe de vertu, nous l’avons dit [12].

3. La bonté d’une partie s’apprécie d’après son rapport avec le tout ; c’est pourquoi S. Augustin écrit [13] que « toute partie est difforme quand elle n’est pas accordée à son tout ».

Donc, puisque tout homme est une partie de la cité, il est impossible qu’un homme soit bon s’il n’est pas proportionné au bien commun [14].

Et le tout lui-même ne peut être bien constitué, sinon par des parties qui lui sont proportionnées.

C’est pourquoi il est impossible que le bien commun d’une cité se réalise bien si les citoyens ne sont pas vertueux, tout au moins ceux à qui revient le commandement.

Il suffit toutefois au bien de la communauté que les autres soient vertueux dans la mesure où ils obéissent aux ordres des chefs.

C’est pourquoi Aristote dit [15] que « la vertu du chef est identique à celle de l’homme bon ; mais ce n’est pas vrai d’un citoyen quelconque ».

4. La loi tyrannique n’étant pas conforme à la raison n’est pas une loi à proprement parler. Elle est plutôt une perversion de la loi [16].

Toutefois, dans la mesure où elle possède quelque chose de la raison de loi, elle est ordonnée à rendre les citoyens bons.

Car elle n’a pas raison de loi sinon en tant qu’elle est une prescription du chef à l’égard de ses sujets, et elle tend à ce que les sujets soient bien obéissants.

Ce qui revient à dire qu’ils sont bons non pas d’une façon absolue, mais relativement à un tel régime politique.

 Les effets de la loi sont-ils de « commander, interdire, permettre et punir », comme dit Justinien ? (Article 2)

Objections

1. Cette énumération ne semble pas convenir car, d’après Justinien [17], « la loi est toute ordonnance générale  ». Or commander est synonyme d’ordonner. Les trois autres actes sont donc superflus.

2. L’effet de la loi est de conduire les sujets au bien, nous venons de le dire. Mais le conseil porte sur un bien supérieur à celui du précepte. Il appartient donc davantage à la loi de conseiller que de commander.

3. De même qu’un homme est incité par les châtiments à bien agir, il l’est également par les récompenses. Donc, si l’on met parmi les effets de la loi celui de punir, il faut également y mettre l’acte de récompenser.

4. Le but du législateur est de rendre les hommes bons, comme on vient de le dire.

Mais celui qui n’obéit aux lois que par crainte des châtiments, n’est pas bon.

En effet : « Si l’on agit par crainte servile, c’est-à-dire par crainte du châtiment, alors même que l’on ferait le bien, on n’accomplirait pas bien cette œuvre », dit S. Augustin [18].

Il ne semble donc pas que punir soit le propre de la loi.

En sens contraire, Isidore de Séville écrit [19] :


- Toute loi ou bien permet, par exemple : « que l’homme courageux sollicite une récompense ».
- Ou bien elle défend, par exemple : « il n’est permis à personne de demander en mariage une vierge consacrée ».
- Ou bien elle punit, par exemple : « celui qui aura commis un meurtre sera puni de mort ».

Réponse

De même que la phrase est une sentence de la raison sous forme dénonciation, de même la loi est une sentence de la raison émise sous forme de précepte.

Or le propre de la raison est de partir d’une donnée pour amener à un autre point.

C’est pourquoi, de même que dans les sciences de démonstration, la raison procède de manière à faire admettre une conclusion au moyen de certains principes, ainsi procède-t-elle pour faire adhérer au précepte de la loi par un moyen terme.

Or, les préceptes de la loi portent sur les actes humains, puisque c’est eux que la loi dirige, comme nous l’avons dit [20].

Or il y a trois catégories différentes d’actes humains [21].
- Quelques-uns sont bons selon leur genre, et ce sont les actes des vertus ; à leur égard, on dit que la loi prescrit ou commande, car elle prescrit tous les actes des vertus, selon Aristote [22].
- D’autres actes sont mauvais, selon leur genre, comme les actes vicieux que la loi a pour rôle d’interdire.
- D’autres actes enfin sont indifférents selon leur genre ; la loi a pour rôle de les permettre. On pourrait classer parmi ces actes indifférents ceux qui sont légèrement bons ou légèrement mauvais.

Enfin, c’est par la crainte du châtiment que la loi amène ses sujets à obéir ; et sous ce rapport l’effet de la loi est de punir [23].

Solutions

1. De même que cesser de faire le mal a raison de bien, de même l’interdiction a raison de précepte. Ainsi, en prenant le mot précepte au sens large, on dit d’une manière générale que la loi est un précepte.

2. Conseiller n’est pas l’acte propre de la loi, mais peut être aussi le fait d’une personne privée qui n’a pas à porter une loi. Aussi S. Paul, en donnant un conseil (1 Co 7,12), déclare-t-il : « C’est moi qui le dis, non le Seigneur. » C’est pourquoi le conseil n’est pas nommé parmi les effets de la loi.

3. N’importe qui peut récompenser ; mais punir n’appartient qu’au ministre de la loi, par l’autorité duquel la peine est infligée. C’est pourquoi récompenser n’est pas mis parmi les actes de la loi, mais seulement punir.

4. Du fait que quelqu’un commence à s’accoutumer, par crainte du châtiment, à éviter le mal et à faire le bien, il se trouve parfois amené à agir ainsi avec plaisir et de son plein gré. De cette façon la loi, même par ses châtiments, conduit les hommes à devenir bons.

Il faut maintenant étudier chaque loi en particulier :
- la loi éternelle (Q. 93),
- la loi naturelle (Q. 94),
- la loi humaine (Q. 95-97),
- la loi ancienne (Q. 98-105),
- et la loi nouvelle qui est la loi de l’Évangile (Q. 106-108).
- Quant à la sixième loi qui est la loi du foyer de convoitise, il suffit de se rapporter à ce qui a été dit au traité du péché originel (Q. 81-83).

Notes

[1] II, VI 2 (1106 a 15).

[2] Q. 55, a. 4.

[3] Q. 90, a. 2.

[4] II Pol. VI 13 (1282 b 12).

[5] II Eth. I 5 (1103 b 3).

[6] Dans ce premier article de la question 92, c’est un trait essentiel de la morale thomiste qui est mis en lumière à propos de ta loi : celui d’une morale dont tout le but est de rendre l’homme bon, c’est-à-dire de lui faire réaliser sa vraie destinée, ce pour quoi il est fait. Du fait que l’homme est, comme tout vivant, un être appelé à croître et à grandir dans sa ligne propre, et que celle-ci est caractérisée par la présence de la raison, l’agir moral est la mise en œuvre de cette progression, de cette auto-réalisation de l’homme. De même que tout être est dit bon quand il réalise ce pour quoi il est fait, l’homme est dit bon quand il instaure en lui l’ordre de la raison. Et comme le sens de toute loi est de réaliser cette rationalité, son effet est donc de rendre l’homme bon. Et même, si on applique cela à ta loi nouvelle du Christ, cette finalité se réalise au maximum ; par la grâce l’homme participe à la bonté même de Dieu et par l’amour divin animant celui du prochain, il est fondamentalement bon pour les autres, appelé à les aimer comme lui-même. Par là, la morale thomiste réalise la synthèse de l’idéal chrétien et de la tradition socratique, qui voyait dans la morale et la loi l’art de rendre les hommes meilleurs par la pratique de la vertu.

[7] Q. 90, a. I, sol. 2 ; a. 3 et 4.

[8] Le concupiscible et l’irascible sont dans la synthèse thomiste les deux tendances ou appétits de l’ordre de la sensibilité (ce qu’est la volonté dans l’ordre rationnel), le premier portant sur des réalités perçues par les sens ou représentées par l’imagination comme convenant simplement au sujet désirant, le second étant éveillé par la difficulté à atteindre ces mêmes réalités et exigeant de ce fait une lutte contre les obstacles à la satisfaction du désir.

[9] I Pol. V 9 (1260 a 20).

[10] Q. 63, a. 2.

[11] II Eth I 5 (1103 b 3).

[12] Q. 63, a. 1.

[13] III Conf. 8. PL 32, 689. BA 13, 391.

[14] Voir plus haut le rapport entre la loi et le bien commun (Q. 90, note 3).

[15] III Pol. II 6 (1277 a 20).

[16] Est évoqué ici un problème qui suscitera bien des controverses dans la suite, celui de l’illégitimité d’un pouvoir politique qui ne poursuit plus le bien commun (appelé alors tyrannie) et celui des lois injustes. Ce problème sera précisé à propos de la Q. 96, a. 4.

[17] GRATIEN, Décret I, III, 4. Voir ISIDORE, Etymol V, 19. PL 82, 202.

[18] Contra duas Epist, Pelag. II, 9. PL 44, 586. BA23, 455.

[19] GRATIEN, Décret I, III, 4. Voir ISIDORE, Etymol V, 19. PL 82, 202.

[20] Q. 90, a. 1 et 2 ; Q. 91, a. 4.

[21] Q. 18, a. 8.

[22] V Eth. I 14 (1129 b 19).

[23] Les catégories du “commandé”, “interdit”, ou simplement “permis” sont souvent contestées à notre époque au nom d’une morale personnaliste subjectiviste, où le sujet serait seul maître de ses choix. En axant sa morale sur la rationalité de l’agir, S. Thomas maintient la nécessité de repères objectifs permettant de dire que tel acte doit être accompli, interdit ou permis, Car, comme pour le fonctionnement de la raison théorique, celui de la raison pratique se structure à partir de la possibilité d’une connaissance de l’être des choses, de la réalité qu’est l’homme inséré dans un environnement de relations liées à son être et s’imposant à lui.

 

Source: Vive Le Roy

mercredi, 17 août 2011

Le toast d’Alger du cardinal Lavigerie en 1890

 

Sur le Ralliement de l’Eglise à la République

Afin de préparer les esprits à sa politique de Ralliement de l’Église à la République, le pape Léon XIII charge le cardinal Lavigerie d’une déclaration fracassante. En effet, outrepassant le domaine imparti à son autorité spirituelle, le Pape s’apprête à promulguer l’Encyclique Au milieu des sollicitudes (1892) qui contraint les catholiques à accepter la République athée et persécutrice. Or le Seigneur nous a donné un critère infaillible pour évaluer une politique : « vous jugerez l’arbre à ses fruits ». Plus d’un siècle s’est écoulé et le bilan est désastreux : non seulement la République n’est pas baptisée, mais l’apostasie est générale et les catholiques ultra-minoritaires. En cela, le Ralliement de 1892 préfigure cet autre ralliement de l’Église à l’esprit du monde, le tout aussi calamiteux Concile Vatican II.

 

 Un cardinal populaire et … légitimiste !

Le ralliement improbable du Cardinal à la République

On a beaucoup parlé du cardinal Lavigerie (1825-1892), le fondateur des Pères Blancs qui, à l’automne de 1890, recevant à Alger l’état-major de l’escadre de la Méditerranée, délivra à ses hôtes un surprenant discours de « ralliement » à la République.

Son initiative dérouta quelque peu son auditoire et, dès le lendemain, la nouvelle suscita dans toute la France une vigoureuse polémique. Mais que diable était allé faire dans cette galère l’archevêque d’Alger et de Carthage que l’opinion donnait pour légitimiste ?

Le Cardinal missionné par le pape Léon XIII

La vérité est que le prélat avait eu le malheur de passer par Rome peu de temps auparavant alors que le pape Léon XIII songeait à jeter quelques gouttes d’eau bénite sur le gouvernement français afin de combattre son anticléricalisme et de le rendre fréquentable. Le Pape préparait alors l’Encyclique Au milieu des sollicitudes ― qui devait paraître en 1892 ― dans laquelle il prônait officiellement le ralliement à la République tout en reconnaissant les sentiments anti-chrétiens des dirigeants. Il pensait que l’union des catholiques suffirait à redresser la situation [1].

Pour l’heure et afin de mettre en œuvre son projet, il cherchait l’homme dont il ferait son porte-parole. C’est alors que se présenta devant lui « l’apôtre de l’Afrique », celui qui « après avoir été le plus populaire des Princes de l’Église […] allait devenir l’être le plus honni et le plus discuté. » [2].

C’est en octobre 1890 que notre éminence sollicita une audience auprès du Souverain Pontife afin de l’entretenir des progrès de l’évangélisation africaine et de la croisade anti-esclavagiste qu’il menait alors.

Léon XIII l’écouta attentivement car le développement du catholicisme dans cette partie du monde lui tenait à cœur. Cependant, une idée traversa son esprit. Il prit conscience d’avoir devant lui le messager qu’il cherchait, celui qui ferait des fidèles français des sujets loyaux de la République.

Sur l’apostasie de la France républicaine

Et pourtant, dans ces dernières années du XIXe siècle, les rapports entre gouvernés et gouvernants, sur cette vieille terre monarchique, s’avéraient à la fois complexes et conflictuels. La Révolution et ses suites déplorables avaient laissé leur marque indélébile.

Dans son ouvrage Pour qu’il règne, Jean Ousset met bien en relief la nature anti-chrétienne de l’idéologie animant alors les dirigeants de la France. En 1876 déjà, le sénateur et franc-maçon Étienne Arago (1802-1892) déclarait :

L’Église et la Religion doivent être détruites. […]

Va-t-en, crucifix, qui, depuis dix-huit cents ans, tiens le monde sous ton joug. Plus de Dieu ! Plus d’Église ! Nous devons écraser l’Infâme ; or, l’Infâme, ce n’est pas le cléricalisme, c’est Dieu.

Nous devons éliminer de la France toute influence religieuse, sous quelque forme qu’elle se manifeste. [3]

Cette volonté d’anéantir « toute influence religieuse, sous quelque forme qu’elle se manifeste » était partagée par nombre de républicains et la mise en place de cette politique allait bon train. Les autorités « légales », jour après jour, chassaient Dieu de la sphère publique et renvoyaient les « curés à leurs presbytères ».

Quelques dates sont significatives :
- 1879. Exclusion du clergé des commissions administratives des hôpitaux et des bureaux de bienfaisance ;
- 1880. Suppression des aumôniers militaires. Interdiction aux magistrats d’assister en corps aux processions de la Fête-Dieu. Suppression de l’enseignement religieux dans les examens ;
- 1881. Suppression de l’enseignement religieux dans les écoles maternelles. Sécularisation des cimetières ;
- 1882. Crucifix enlevé des écoles. Suppression des aumôniers de lycées. Enseignement religieux interdit dans les écoles primaires.
- 1883. Interdiction aux troupes de paraître en corps aux cérémonies religieuses ;
- 1884. Suppression des prières à la rentrée du Parlement. Suppression des aumôniers dans les hôpitaux et de l’immunité des clercs quant au service militaire ;
- 1886. Exclusion des congréganistes de l’enseignement public. Organisation de l’école laïque…

Cette escalade préparait l’interdiction des ordres religieux et devait aboutir, en 1905, à la séparation de l’Église et de l’État [4]. Et depuis, l’apostasie continue.

En tout cas, le moins que l’on puisse dire, c’est que l’attitude de la République ne plaidait pas pour un véritable dialogue et une réelle collaboration.

 Le raisonnement de Léon XIII

Cependant, Rome croyait à l’impossible miracle, sans craindre de jeter les catholiques français dans le plus grand trouble, voire dans la révolte. On privilégiait de la sorte les républicains, convaincus en majorité d’anticléricalisme militant au détriment des monarchistes demeurés fidèles à l’antique devise : Dieu et le Roi.

Le Pape recueillit l’adhésion de la faction libérale, celle qui, déjà, dans les années 1870 avait fait échouer les tentatives de restauration monarchique. Ayant abandonné leur Roi, ils étaient prêts à sacrifier Dieu Lui-même à leur « libéralisme ». Dans ce contexte, la République leur convenait.

En agissant ainsi, le « successeur de Pierre » affaiblissait sa propre autorité dans notre pays.

Léon XIII pensait qu’après la chute du Second Empire puis, quelques années plus tard, la mort du Comte de Chambord, la France usait inutilement ses forces en de vains combats politiques mettant aux prises, selon les circonstances, légitimistes, orléanistes, bonapartistes et républicains.

Ces affrontements, selon le pontife, bénéficiait aux plus radicaux de chaque faction en interdisant aux modérés de se faire entendre et d’accéder aux affaires. Constatant qu’avec le temps, la république avait acquis une réelle légalité, à défaut d’une vraie légitimité, il estimait que c’était sous ses couleurs que les catholiques devaient se ranger.

Comme la doctrine de l’Église déclarait s’accommoder de toute forme de gouvernement, le Pape ne voyait pas pourquoi les catholiques, préoccupés avant tout de la défense des intérêts de la Cité et de la Religion, n’accepteraient pas de sacrifier leurs préférences dynastiques, voire de régime, sur l’autel du bien commun.

 Les failles du raisonnement du Pape

Ce raisonnement n’était pas sans failles.

- En premier lieu, le choix de la forme de gouvernement appartenait à chaque peuple, conformément à ses traditions et son histoire. Il appartenait seulement au « Vicaire du Christ » de veiller à ce que chaque nation, au-delà de son génie propre, respecte et protège les droits de Dieu et les libertés de l’Église. En ce domaine, malgré quelques regrettables défaillances [5], le « Royaume des Lys » s’était montré, siècle après siècle, plus respectueux que tout autre des prérogatives du Saint-Siège. La France d’Ancien Régime n’était en rien une théocratie mais était une royauté religieuse.

- Ensuite, en accord avec la pensée de saint Thomas d’Aquin, les théologiens reconnus approuvaient le choix d’une monarchie « modérée » comme image du meilleur système politique.

- Enfin, les États pontificaux, donnés en modèle jusqu’en 1870, obéissaient aux règles monarchiques. Et je ne parle pas de l’exemple si frappant du Royaume de Dieu.

- De plus, on ne peut qu’être étonné de voir, en l’espèce, un Souverain Pontife user de son pouvoir spirituel, le seul dont il disposait alors, pour régler un problème temporel qui ne relevait aucunement de sa compétence. Ce phénomène se reproduisit ultérieurement à plusieurs reprises. Par ailleurs, le cardinal Pie précisait

L’Église n’absorbera point la puissance de l’État, elle ne violera point l’indépendance dont il jouit dans l’ordre civil et temporel ; elle n’interviendra, au contraire, que pour faire triompher plus efficacement son autorité et ses droits légitimes. [6]
Point n’est besoin de souligner que la République française n’était pas le plus exact soutien de l’« autorité et des droits légitimes » de l’Église !

 La déclaration d’un cardinal obéissant

Léon XIII développa ses arguments devant Monseigneur Lavigerie. Il souhaitait aller vite, entraîner à sa suite l’ensemble du clergé français, à charge pour ce dernier de convaincre les catholiques. Le cardinal tenta de présenter quelques objections mais en vain. On ne lui demandait que son obéissance, c’est-à-dire « de prendre en France l’initiative d’un semblable mouvement.  [7] »

Ce jour-là, comme il est dit plus haut, l’Ordinaire du lieu devait accueillir l’État-major de l’escadre de la Méditerranée, ayant à sa tête le vice-amiral Duperré, accompagné par une quarantaine de hautes personnalités appartenant à l’Armée, à la Magistrature ou à l’Administration de la province. Les choses se déroulèrent comme à l’accoutumée en pareille circonstance. Cependant, à la fin du repas, Monseigneur Lavigerie, embarrassé et persuadé qu’il « allait au suicide » [8] prit la parole. Il déclara notamment :

… L’union […] est en ce moment […] notre besoin suprême, l’unionest aussi, laissez-moi vous le dire, le premier vœu de l’Église et de ses pasteurs, à tous les degrés de la hiérarchie. Sans doute elle ne nous demande pas de renoncer ni au souvenir des gloires du passé, ni aux sentiments de fidélité et de reconnaissance qu’honorent tous les hommes.

Mais quand la volonté d’un peuple s’est nettement affirmée, que la volonté d’un gouvernement n’a rien en soi de contraire […] aux principes qui seuls peuvent faire vivre les nations chrétiennes et civilisées ; lorsqu’il faut, pour arracher son pays aux abîmes qui le menacent, l’adhésion sans arrière-pensée à cette forme de gouvernement, le moment vient de déclarer enfin l’épreuve faite, et, pour mettre un terme à nos divisions, de sacrifier tout ce que la conscience et l’honneur permettent, ordonnent à chacun de nous de nous de sacrifier pour le salut de la patrie … [9]

L’amiral Duperré se contenta de répondre par quelques mots polis, avant que n’éclate la Marseillaise jouée par des élèves des Pères Blancs.

Ce dernier épisode montre d’ailleurs qu’il ne s’agissait pas seulement de se rallier à une “forme de gouvernement” ― ce qui, nonobstant le fait qu’il n’appartenait pas au pape de l’imposer, pouvait n’être pas, dans l’absolu, inimaginable ― mais bien à la Révolution que la Marseillaise symbolisait (et symbolise toujours… ).

À compté de ce jour le Cardinal Lavigerie fut l’homme le plus controversé :


- Pour les radicaux, ennemis de l’Église et de ses ministres, il était un ambitieux ;
- pour les catholiques, conservateurs, il était un transfuge. [10]

 L’impact du toast d’Alger

L’impact du « toast d’Alger » fut considérable.

- La plupart des républicains demeurèrent sceptiques et ne désarmèrent pas.
- Une minorité de catholiques, ceux qui souscrivaient aux thèses libérales [11] ou qui considéraient l’obéissance au pape comme un absolu en tout domaine, approuva le « ralliement » mais le plus grand nombre, clercs et laïcs, manifesta son opposition.

D’aucuns ont rejeté la responsabilité de l’échec de la démarche vaticane sur les excessifs de chaque camp. En fait, il serait plus exact de parler d’ignorance des réalités par la décision pontificale.

Le Saint-Père, emporté par ses illusions, n’eut pas conscience de demander aux catholiques français de se rallier à ceux qui, cent ans plus tôt, s’étaient constitués promoteurs de la révolution et instigateurs ou complices des persécutions.

Parfois, les peuples se souviennent ! Accepter la république revenait à admettre et servir des doctrines contraires aux préceptes de la Religion et renier ainsi plus de mille ans d’histoire nationale.

De plus, la suite des temps l’a bien marqué, l’initiative romaine n’a en rien désarmé les anticléricaux. Les lois sont venues inexorablement, année par année, détruire l’héritage chrétien. Parfois, les circonstances imposèrent des trêves mais ce ne furent jamais que des suspensions d’armes. Aujourd’hui, une seule chose a véritablement changé : le consentement des victimes.

Notes

[1] L’histoire lui a apporté un cinglant démenti.

[2] Cf. : Un grand Français, le cardinal Lavigerie, par le R.P. de Préville - Tolra Éditeurs (1926).

[3] Arago cité par Hary Mitchell in Pie X et la France, p.62, Ed. Du Cèdre, Paris. Cité par Jean Ousset in Pour qu’il règne - Dominique Martin-Morin Ed. Paris. pp. 244-245.

[4] NDLR - En fait, la séparation des Églises et de l’État ! La « loi de 1905 » proclame la séparation de l’État et des « Églises », celles concernées par le Concordat de 1801 et ses modifications du 8 avril 1802 et du 17 mars 1808, soient l’Église catholique, les Églises protestantes (Églises réformées et Églises de la Confession d’Augsbourg) et le Judaïsme (assimilé à une Église).

[5] NDLR - Des défaillances bien mineures, eu égard au nombre de siècles concernés et à analyser dans le contexte de chacune d’elles !

[6] Monseigneur Pie, La Royauté sociale de Notre Seigneur Jésus-Christ, Partie III, Ch.IV, pp. 247-248.

[7] Un grand Français, le cardinal Lavigerie. Cf. : supra.

[8] Idem.

[9] Idem.

[10] Cf. : Un grand Français, le cardinal Lavigerie, par le R.P. de Préville - Tolra Éditeurs (1926).

[11] Le successeur de Pie IX recueillit l’adhésion de la faction libérale, celle qui, déjà, dans les années 1870 avait fait échouer les tentatives de restauration monarchique. Ayant abandonné leur Roi, ils étaient prêts à sacrifier Dieu Lui-même à leur « libéralisme ». Dans ce contexte, la République leur convenait.

 

 

Source: Vive le Roy

mardi, 07 juin 2011

Groupes réducteurs et noyaux dirigeants (suite et fin)


 Paroles de pape

Après l’annexe précédente, consacrée à un texte de Marc Sangnier, il est bon de citer ici quelques extraits de la lettre encyclique que le Pape, Saint Pie X, consacra aux doctrines sociales du Sillon, et à leur condamnation par l’Église.

Nous avons souligné certains passages, et porté des sous titres en marge, en vue de mieux faire ressortir les rapports avec le plan que nous avons adopté pour notre étude.

Extraits de la lettre encyclique sur le Sillon. Saint Pie X - Pape - 25 Août 1910

….. Le Sillons’égarait. Pouvait-il en être autrement ?

Ses fondateurs, jeunes, enthousiastes et pleins de confiance en eux-mêmes, n’étaient pas suffisamment armés de science historique, de saine philosophie et de forte théologie pour affronter sans péril les difficiles problèmes sociaux vers lesquels ils étaient entraînés par leur activité et leur cœur, et pour se prémunir, sur le terrain de la doctrine et de l’obéissance, contre les infiltrations libérales et protestantes.

Non, la civilisation n’est plus à inventer ni la cité nouvelle à bâtir dans les nuées

Le Sillon a le noble souci de la dignité humaine. Mais cette dignité, il la comprend à la manière de certains philosophes dont l’Église est loin d’avoir à se louer.

Le premier élément de cette dignité est la liberté, entendue en ce sens que, sauf en matière de religion, chaque homme est autonome.

De ce principe fondamental il tire les conclusions suivantes :
- Aujourd’hui, le peuple est en tutelle sous une autorité distincte de lui, il doit s’en affranchir : émancipation politique.
- Il est sous la dépendance de patrons qui, détenant ses instruments de travail, l’exploitent, l’oppriment et l’abaissent ; il doit secouer leur joug : émancipation économique.
- Il est dominé enfin par une caste appelée dirigeante, à qui son développement intellectuel assure une prépondérance indue dans la direction des affaires ; il doit se soustraire à sa domination : émancipation intellectuelle.

Le nivellement des conditions à ce triple point de vue établira parmi les hommes l’égalité, et cette égalité est la vraie justice humaine.

Une organisation politique et sociale fondée sur cette double base, la liberté et l’égalité (auxquelles viendra bientôt s’ajouter la fraternité), voilà ce qu’ils appellent démocratie.

… Et voilà la grandeur et la noblesse humaine idéale réalisée par la célèbre trilogie : Liberté, Égalité, Fraternité

Telle est, en résumé, la théorie, on pourrait dire le rêve, du Sillon, et c’est à cela que tend son enseignement et ce qu’il appelle l’éducation démocratique du peuple, c’est-à-dire à porter à son maximum la conscience et la responsabilité civiques de chacun, d’où découlera la démocratie économique et politique, et le règne de la justice, de l’égalité et de la fraternité.

Ce rapide exposé, vénérables Frères, vous montre déjà clairement combien Nous avions raison de dire
- que le Sillon oppose doctrine à doctrine,
- qu’il bâtit sa cité sur une théorie contraire à la vérité catholique et
- qu’il fausse les notions essentielles et fondamentales qui règlent les rapports sociaux dans toute société humaine.

Cette opposition ressortira davantage encore des considérations suivantes.

- … Au reste, si le peuple demeure le détenteur du pouvoir, que devient l’autorité ? Une ombre, un mythe ; il n’y a plus de loi proprement dite, il n’y a plus d’obéissance …
- … Un ordre, un précepte, serait un attentat à la liberté ;
- la subordination à une supériorité quelconque serait une diminution de l’homme, l’obéissance une déchéance.

Est-ce ainsi, Vénérables Frères, que la doctrine traditionnelle de l’Église nous représente les relations sociales dans la cité même la plus parfaite possible ?

Est-ce que toute société de créatures dépendantes et inégales par nature n’a pas besoin d’une autorité qui dirige leur activité vers le bien commun et qui impose sa loi ?

Le Sillon qui enseigne de pareilles doctrines et les met en pratique dans sa vie intérieure, sème donc parmi votre jeunesse catholique des notions erronées et funestes sur l’autorité, la liberté et l’obéissance.

Il n’en est pas autrement de la justice et de l’égalité. Il travaille, dit-il, à réaliser une ère d’égalité, qui serait par là même une ère de meilleure justice. Ainsi, pour lui, toute inégalité de condition est une injustice ou, au moins, une moindre justice ! Principe souverainement contraire à la nature des choses, générateur de jalousie et d’injustice et subversif de tout ordre social …

Il en est de même de la notion de fraternité, dont ils mettent la base dans l’amour des intérêts communs, ou, par delà toutes les philosophies et toutes les religions, dans la simple notion d’humanité, englobant ainsi dans le même amour et une égale tolérance tous les hommes avec toutes leurs misères, aussi bien intellectuelles et morales que physiques et temporelles.

Or, la doctrine catholique nous enseigne que le premier devoir de la charité n’est pas dans la tolérance des convictions erronées, quelques sincères qu’elles soient, ni dans l’indifférence théorique ou pratique pour l’erreur ou le vice où nous voyons plongés nos frères, mais dans le zèle pour leur amélioration intellectuelle et morale non moins que pour leur bien-être matériel…

… Non, Vénérables Frères, il n’y a pas de vraie fraternité en dehors de la charité chrétienne, qui, par amour pour Dieu et son Fils Jésus-Christ notre sauveur, embrasse tous les hommes pour les soulager tous et pour les amener à la même foi et au même bonheur du ciel. En séparant la fraternité de la charité chrétienne ainsi entendue, la démocratie, loin d’être un progrès, constituerait un recul désastreux pour la civilisation…

… Eh quoi ! on inspire à votre jeunesse catholique la défiance envers l’Église, leur mère ; on leur apprend
- que depuis dix-neuf siècles, elle n’a pas encore réussi dans le monde à constituer la société sur ses vraies bases ;
- qu’elle n’a pas compris les notions sociales de l’autorité, de la liberté, de l’égalité, de la fraternité et de la dignité humaine ;
- que les grands évêques et les grands monarques, qui ont créé et si glorieusement gouverné la France, n’ont pas su donner à leur peuple ni la vraie justice, ni le vrai bonheur, parce qu’ils n’avaient pas l’idéal du Sillon !

Le souffle de la Révolution a passé par là, et nous pouvons conclure que si les doctrines sociales du Sillon sont erronées, son esprit est dangereux et son éducation funeste.

 Que faire, en présence d’un groupe réducteur ?

La corruption idéologique par la forme sociologique du groupe

Mon cher Christian,

Les remarques que tu me fais au sujet des Groupes Réducteurs m’ont bien intéressé. Il serait en effet trop facile de se limiter à l’analyse d’un phénomène social. Il faut encore que cet effort de réflexion nous serve dans la pratique ; qu’il puisse informer utilement nos actes.

Et comme tu le remarques très justement, il n’est que trop courant de voir tomber dans les pièges de la démocratie égalitaire, des personnes pourtant très opposées à ses principes. C’est même, souvent, à la faveur de leurs efforts de restauration sociale, que certains finissent par se faire “réduire”.

Mais je ne pense pas qu’il y ait là une simple inconséquence intellectuelle. Je crois plutôt qu’il s’agit essentiellement d’un défaut de discernement du problème sociologique, souvent négligé au profit du seul combat idéologique. Car ce dernier, pour être essentiel, n’est pas toujours le plus important ni le plus urgent dans l’ordre tactique.

Exemple de la réduction de Madame N., cathéchiste.

C’est cette méprise qui est évidemment à l’origine du « passage à la moulinette » de cette dame catéchiste, Madame N, dont tu me parles.
- Elle est, en fait, tombée dans un piège qu’elle n’a pas vu.
- Elle est allée participer à ce recyclage de catéchiste pour tenter de convaincre ses concitoyennes ainsi que le vicaire qui l’organisait, d’enseigner l’authentique catéchisme catholique, plutôt que les ambiguïtés néo-ariennes du manuel qu’on lui a fait passer.

Intention louable, certes. Mais, que s’est-il passé ?
- Elle est arrivée bardée d’arguments pour défendre la vérité. C’est-à-dire qu’elle a concentré ses énergies sur un faux problème, ou si l’on veut, sur une fin seconde.
- Et elle s’est laissé imposer sans s’en apercevoir la forme sociologique du groupe qui en constitue la fin essentielle .
- On lui a dit :

Madame, nous sommes très respectueux de votre manière de voir. C’est votre opinion. Nous ne vous demandons rien de plus que de respecter aussi celle des autres.

Et elle y a consenti, dans l’espoir de les convaincre. Dès lors elle avait un premier doigt dans l’engrenage. Elle avait accepté l’élément essentiel de la règle du jeu : le libéralisme.
- Aussi ne pouvait-elle plus qu’accepter la suite logique : l’égalité

.

Madame, cette personne ne pense pas comme vous. Elle en a le droit. Si vous voulez qu’elle vous écoute, vous devez la laisser s’exprimer. Son opinion n’a-t-elle pas autant de valeur que la vôtre ?


- Et quand on a bon caractère, c’est tellement plus facile d’accepter le rôle du “chic type”, de la brave dame “sympathique” et “compréhensive” ? Si l’on contredit trop brutalement, que l’on parait mettre en doute la liberté de pensée par l’affirmation d’une vérité objective, si l’on passe pour intransigeant, ne perdra-t-on pas cet espoir qui miroite encore : « convaincre, faire entendre raison ? »
- Et au milieu de cette ronde d’avis, d’opinions, de « remises en cause », comment ne pas se « sentir concerné » ? N’est-on pas obligatoirement “frères” ? Et si le groupe doit élaborer des directions de catéchèse, comment cette dame aurait-elle pu ne pas accepter cette participation fraternelle au travail en cours ? Ne fut-ce que pour mêler un peu de vérité dans tout ce fatras ?
- À partir de ce moment, Madame N. avait plus qu’un doigt dans l’engrenage. Elle y avait les deux bras. Et le reste y est passé. La machine à broyer, savamment manipulée par un petit abbé passé maître dans l’art des dynamiques de groupes, a porté ses fruits de lavage de cerveaux. Madame N. a suivi plusieurs séances.
- Elle y a rendu l’éminent service d’y apporter la contradiction, élément qui est nécessaire à toute dialectique comme le point d’appui est nécessaire au levier.
- Et peu à peu, elle s’est laissée ébranler. Le doute l’a pénétrée. Et elle enseigne aujourd’hui la religion de notre petit abbé, au lieu de celle que l’Église lui avait apprise naguère. En bref, elle s’est fait “réduire”.

Mais il faut bien voir que c’est pour avoir appliqué ses efforts sur un faux problème ; c’est pour avoir couru après des illusions et des ombres que cette dame est tombée dans le puits. Illusion, non pas quant à l’importance du problème des catéchismes modernistes, mais quant au fait de croire qu’il était possible de lutter efficacement contre eux en acceptant le moyen sociologique qui sert à leur propagation.

Dans ce type de réunion, la forme est plus importante que sa finalité apparente

Ce qui est essentiel, devant ce genre de réunion, c’est d’en distinguer la forme et la finalité. Ou si tu préfères, la cause formelle et la cause finale.

- Cette finalité, dans le cas présent, c’est le prétexte de la réunion c’est-à-dire une recherche en matière de catéchèse.
- Mais ce n’est en fait qu’un prétexte, grâce auquel on pourra atteindre une autre finalité plus large et plus générale, qui se traduit dans la forme sociologique de la réunion : c’est la réduction des individus et la manipulation du groupe.

Au regard du combat au service du vrai c’est généralement le problème évoqué comme objet de ce genre de réunion, ce que l’on peut appeler sa cause finale, qui parait le plus important. C’est pourquoi il fait souvent pour ceux qui ont de bonnes intentions, l’effet d’un miroir aux alouettes.

Mais au regard de la transformation révolutionnaire des personnes, de leur comportement, de leurs mœurs, c’est la forme du groupe réducteur qui importe. Quant aux idées, elles se troubleront nécessairement tant que l’on restera enfermé dans le système.

Sur l’attitude à adopter en présence d’un groupe réducteur

C’est pourquoi il faut absolument que tu fasses comprendre à ce Monsieur X, dont tu me parles, que l’attitude qu’il doit adopter à l’égard de ce forum où on l’a invité, n’a rien de fondamental à voir avec le problème vague de la participation, que l’on prétend y étudier. Celui-ci n’est rien de plus qu’un prétexte, une occasion.
- Ce que vise, plus ou moins consciemment, le délégué PSU qui l’organise, ce qu’il veut, c’est « niveler les consciences », forcer les individus à vivre la démocratie égalitaire, à modifier leur manière de voir.
- Son but, c’est de “réduire” les personnes aux dimensions des idéologies de son noyau dirigeant afin de pouvoir les manipuler.
- Et s’il ne le veut pas explicitement lui-même, ceux qui ont conçu et organisé la forme sociologique de ce genre de groupe l’ont voulu pour lui. Aussi, c’est à ce vrai but que Monsieur X doit s’attaquer.

Ce qu’il faut, c’est au contraire
- promouvoir la personne, donc les personnalités, contre la massification démocratique.
- Et pour cela, il faut concentrer ses énergies sur la règle du jeu. C’est elle, et elle seule qu’il faut refuser. Et il faut la refuser jusqu’au bout, c’est-à-dire jusqu’au martyre.
- Il faut accepter pour cela de passer pour « fou aux yeux du monde », de se faire sortir, d’être persécuté.

Et la plus évidente preuve du fait que le combat réel se situe ici, c’est la violence, la haine farouche, disproportionnée apparemment avec laquelle l’ennemi nous attaquera si nous portons nos efforts sur ce terrain. C’est qu’ici, en effet, il se sent découvert.
- Tant qu’on ne l’attaquera qu’au plan des idées, sans contester le jeu démocratique et égalitaire qu’il a organisé, il se rira de nous. Tout comme Lénine se riait des Russes blancs qui se jetaient dans les Soviets en formation dans l’espoir de les “noyauter”. « Laissez-les faire, disait-il, ils font notre jeu ». Et c’était vrai, puisqu’ils avaient accepté la règle de ce jeu.
- Mais qu’on vienne à refuser cette règle, à contester que l’esprit humain soit en droit de penser ce qu’il veut et de se bâtir son opinion sans aucune autre référence que lui-même, alors plus rien ne va.
- Que l’on vienne à affirmer les hiérarchies comme utiles et nécessaires, et les fureurs se déchaînent.
- Que l’on refuse de croire au mythe d’une fraternité sans objet, alors la violence n’a plus de borne, la persécution n’a plus de frein, la haine n’a plus de limite.

Dès cet instant, de votre position d’adversaire idéologique, peut-être, mais de collaborateur pratique, vous êtes passé à celle d’adversaire total et déclaré, capable de porter au cœur même de la Révolution les coups fatals qui lui ont été si souvent épargnés.

C’est pourquoi, si ton ami, Monsieur X, veut tenter quelque chose, il doit concentrer ses énergies sur le refus total et sans nuances de toute espèce de discussion, tant que celle-ci sera construite sur les bases du groupe réducteur.

Il faut affirmer :
- qu’il y a une vérité ;
- que tout travail sérieux dans un groupe exige que celui-ci comporte une hiérarchie ;
- que certains avis ont plus de poids que d’autres ;
- que la vraie fraternité doit reposer sur des intérêts communs réels ;
- que la gestion de ceux-ci exige un chef et des responsabilités.

Et si ton ami est seul à y voir clair, probablement se fera-t-il “vider” avec perte et fracas. Ce qui est toujours pénible. Mais il aura rendu aux personnes présentes le premier service, et sans doute le seul qu’il pourra leur rendre : il aura dévoilé l’adversaire et sa tactique, et peut-être éclairé et préservé l’un ou l’autre.

Ce résultat ne vaut-il pas ce sacrifice ? Pourquoi nous battons-nous ? Pour un troupeau de moutons sans consistance et sans âme, afin qu’il soit un peu plus à gauche ou un peu plus à droite dans son matérialisme ? Certes non, tu le sais aussi bien que moi. N’aurions-nous sauvé qu’une personne, que nous n’aurions pas perdu notre temps.

Mais on n’est pas toujours seul, avec l’aide de Dieu, si l’on en prend les moyens. Puisque ton ami a encore quelques semaines devant lui, il faut qu’il les emploie à convaincre ceux qui sont le plus facilement accessibles ; et surtout ceux dont les personnalités sont plus fortes. S’il peut n’être pas seul à la première réunion, tout est possible. Celui qui sortira le premier sera peut-être l’animateur. Alors un travail sérieux pourra s’amorcer sur les bases d’un groupe réaliste.

Que faire pour préserver un groupe naissant de la réduction ?

Quant à ton ami Y, je pense que le cas est très différent.
- Tout d’abord, il dispose de plus de temps.
- D’autre part, il semble bien que le noyau dirigeant n’existe pas préalablement, et c’est fondamental.

Si aucune préparation sérieuse n’est faite, inévitablement les généralités vagues dans lesquelles on nagera au départ entraîneront son application en même temps que le libéralisme et l’égalitarisme ambiants provoqueront une première “réduction”.

Mais pour désamorcer et empêcher ce phénomène, il suffit que Y prépare les esprits à une formule de travail réaliste et bien construite. Ce qui suppose l’éducation et l’éveil de quelques personnes capables de constituer la trame d’une hiérarchie naturelle. Surtout lorsqu’il s’agit de gérer un bien commun précis, comme celui de la formation professionnelle qui est proposée ici, le bon sens commun fait accepter facilement une structure hiérarchique et ordonnée.

Dès lors, la bonne terre de l’ordre naturel fera fleurir les personnalités riches ; tandis que la sécheresse du nivellement par le bas ne peut rien engendrer de mieux que ces “cloches bavardes” dont les podiums nous servent quotidiennement les lamentables prônes.

Comme tu le dis, mon cher Christian, le travail ne manque pas. Mais il faut d’abord y voir clair. Si l’intelligence ne guide pas la volonté, celle-ci est vaine.

Et surtout, il faut compter sur Dieu, plus que sur nos propres forces. « Spes in Deo non vana ».

Reçois ici toute mon amitié.

Adrien Loubier

 Naissance spontanée de Groupes Réducteurs sans Noyau Dirigeant préalablement constitué

Un groupe réducteur peut-il préexister au noyaux dirigeant

Mon cher Gérard,

Bien reçu tes critiques et commentaires concernant les Groupes Réducteurs. Dans l’ensemble, je les ai trouvé fort justes, et j’en ai tenu compte.

Il en est une, pourtant avec laquelle je ne suis pas d’accord. C’est celle où tu mets en cause les possibilités de fonctionnement quasi automatique du processus, et l’apparition spontanée des noyaux dirigeants.

En fait tu sembles nier que le processus du groupe réducteur puisse s’amorcer s’il n’y a pas, à l’initiative préalable, un animateur conscient de ce qu’il veut faire. Autrement dit il faut, d’après toi, que le noyau dirigeant existe avant la formation du groupe. Cette remarque est intéressante et très courante. Aussi, je pense qu’un petit développement peut être utile.

En fait, tu as raison, à condition de limiter l’analyse à la technique de groupe méthodique. Mais celle-ci ne constitue qu’un aboutissement, une systématisation d’un phénomène beaucoup plus général : celui de la démocratie égalitaire.

Or c’est à ce phénomène plus général que je me suis attaqué. Et celui-ci est caractérisé par la forme sociologique du groupe, forme qui est ordonnée à la réduction et à la sélection, comme j’ai essayé de le montrer.

La parabole du Sioux et du cheval de fer

Suppose une locomotive à vapeur sur ses rails, au milieu du Far-West, abandonnée là par un mécanicien qui a laissé la chaudière sous pression.

Voici une bande de Sioux qui découvrent le “cheval de fer”. Curieux, ils montent à bord, et touchent à tous les boutons.

En voilà un qui s’appelle Œil de taupe. Moins bon chasseur, mais meilleur bricoleur que les autres, il tire sur la manette du régulateur.
- Ça fait « tchouk-tchouk », et le train démarre tout doucement. Un peu de panique, naturellement ! Il y en a quelques uns qui sautent en marche.C’est une première sélection.
- Mais d’autres restent, trouvent que c’est amusant, la vitesse est grisante.

Celui qui a joué le premier avec le régulateur a bien envie de recommencer.
- Il lui semble bien comprendre que c’est en tirant sur ce « machin-là » qu’on fait avancer le “cheval de fer”.
- Et puis, pendant que les autres bavardent et regardent le paysage, ils n’ont même pas remarqué que c’est lui qui tire sur la ficelle.
- Si ça explose, personne ne pensera même à le lui reprocher ! C’est le sorcier qui prendra, pour n’avoir pas conjuré le mauvais sort.

Et voilà Œil de taupe chef du convoi, lui qui passait pour le plus bête de la tribu…

Nous sommes des Sioux dans un monde rempli de locomotives sous pression

Ma petite fable vaut ce qu’elle vaut. Il faut toujours se méfier des comparaisons. Mais enfin, pour les Sioux que nous sommes, le monde est plein de locomotives sous pression qui ne demandent qu’à démarrer.

Il suffit qu’une bande de braves types montent dedans sous un prétexte quelconque et tripotent les boutons. Il y aura toujours parmi eux un quelconque “Œil de taupe” qui s’apercevra qu’il est plus doué que les autres à ce petit jeu. Et il prendra les commandes du convoi à l’insu des autres, d’autant plus facilement qu’ils se préoccupent bien plus de la raison de leur réunion que de son mécanisme.

Trajectoire syndicale

C’est à ce genre d’expérience que je me suis trouvé mêlé, en témoin impuissant, dans mon entreprise en Mai 68, et je me suis efforcé de la décrire dans Trajectoire Syndicale. Tu te rappelles peut-être de cette lecture, dont nous avons parlé naguère.

Voilà 50 personnes qui ont en commun un bien très réel et immédiat : leur entreprise, leur gagne-pain, leurs dossiers qui les attendent. Elles se trouvent devant un piquet de grève, impuissantes et furieuses. On bavarde. Et finalement, quelques chefs de service, donc des membres de la hiérarchie naturelle de l’entreprise, prennent l’initiative de convoquer tout le monde dans l’arrière salle d’un café.

Mais les chefs de service sont aussi libéraux que leurs ouvriers et leurs techniciens. Ils croient à la liberté de pensée et à l’égalité. Leur “moteur” sera donc la fraternité du nombre, nécessaire pour faire “masse”.

Dès lors, ce que l’on a réuni c’est une “assemblée d’égaux délibérants”.

Il y a simplement erreur au départ. Au lieu d’enfourcher leur cheval pour chasser le bison, les Sioux sont montés dans la locomotive.

À partir de ce moment, on a bavardé, on a commencé à chercher l’opinion moyenne … La sélection a joué … Et quelques petits malins ont tiré sur les ficelles … La locomotive était en marche.

La forme du groupe réducteur conduit à la finalité pour laquelle cette forme a été conçue

Toi qui fais parfois de la philosophie, tu as bien sûr compris où je veux en venir. Ce qu’il faut distinguer ici, c’est la “fin”, et la “forme” :

Unde finis est causa causalitis efficientis, quia facit efficiens esse efficiens : et similiter facit materiam esse materiam, et formam esse formam, cum materia non suscipiat tormam nisi propter finem, et formam non perficiat materiam nisi per finem.

C’est la fin qui fait que la forme est forme, puisque c’est en vue de la fin que la matière reçoit une forme et que la forme perfectionne une matière.  [1]

C’est la finalité de la locomotive, qui est de rouler sur des rails, qui lui a fait donner la forme qu’elle a.

C’est pourquoi le Sioux qui monte sur la plate forme de la locomotive et tire sur la manette, se trouvera spontanément entraîné à subir la finalité pour laquelle a été conçue cette forme.

De même que les braves gens qui acceptent la forme d’assemblée d’égaux délibérants, et la règle du jeu des groupes réducteurs, se trouvent spontanément entraînés vers la finalité pour laquelle elle a été conçue. Même s’ils pensent ou veulent poursuivre une autre finalité.

Les Sioux croyaient chasser le bison ? Et ils roulent sur des rails au gré des chaos du cheval de fer.

Nos braves gens pensaient arrêter une grève en formant un syndicat ? Et ils glissent sur la voie de la Révolution au gré des chaos des assemblées générales.

Il n’y a là rien que de très normal. Cela prouve simplement que bien des contre-révolutionnaires ne sont pas beaucoup plus malins à l’égard des processus de l’ennemi, que nos Sioux en présence du cheval de fer.

De la généralisation des groupes réducteurs

Reste que tu as tout de même raison de réclamer “la personne”. Car en effet, elle existe toujours. Il n’y a pas de phénomène sans cause efficiente.
- Derrière la locomotive, il y a l’ingénieur qui l’a conçue et réalisée.
- Derrière la règle du jeu des groupes réducteurs, il y a ceux qui l’ont conçue et qui lui ont fait pénétrer jusqu’à la moelle de tous les domaines de la vie sociale.

Car nous ne sommes plus au temps des Jacobins, où les groupes réducteurs ne fonctionnaient que dans quelques salons. Aujourd’hui, ils ne sont plus seulement dans les convents maçonniques, ils sont dans la rue, dans le métro, dans l’ambiance du bureau paysage, dans les 0,8% de la formation permanente, sur le petit écran, au coin de la cheminée, au synode, à l’école, au catéchisme, dans l’arrière salle du café ou à la messe, au club méditerranée ou à l’amicale cycliste …

Certes, l’application méthodique et organisée des techniques de groupes par un animateur, préside à beaucoup de ses manipulations.

Mais le fait qu’il n’y ait pas de noyau dirigeant préalablement organisé, n’est pas une garantie de l’absence de danger, bien au contraire. La force des habitudes, le conformisme à l’ambiance sociale actuelle, suffisent largement pour faire adopter le modèle des groupes réducteurs. Et ceux qui négligent l’importance des formes sociales, trébucheront immanquablement sur elles. D’où mon insistance sur ce point.

En attendant une occasion propice à de nouveaux échanges sur ces sujets, je t’adresse ici toute mon amitié.

Adrien Loubier

 Les quatre clignotants

Pour vous aider dans à repérer un stage fonctionnant sur le modèle des groupes réducteurs.

Premier clignotant : LE DÉRACINEMENT

Un stage conçu selon les normes classiques regroupera des cadres de la même société, de la même branche professionnelle ou possédant un caractère commun en rapport avec la discipline professée.

D’autre part, le problème abordé sera de la compétence des stagiaires ou, au minimum, de l’animateur …

Malheureusement, ces remarques de bon sens sont parfois bafouées lorsqu’on cherche de volonté délibérée à créer chez les participants un déracinement.
- On réunira des personnes qui ne se connaissent pas et n’ont aucun point commun, si ce n’est peut-être un certain niveau culturel homogène et
- on les fera parler de sujets qu’ils ignorent totalement : des industriels seront conviés à discuter doctement de l’assolement triennal et des athées devront discourir de la foi …

Plus la situation sera artificielle, meilleur sera le déracinement !

Deuxième clignotant : LE RELATIVISME

Lorsqu’un stagiaire désire se former, il fait appel à quelqu’un de compétent dans le domaine considéré et attend de lui un enrichissement. Le formateur doit donc être directif pour amener son élève au degré de connaissance voulu.

Or, certains stages dits “non-directifs” admettent que chacun possède SA vérité, que l’opinion de M. Untel ou de M. Autretel a la même valeur, car ni l’un ni l’autre n’a le droit d’imposer son point de vue.

Il en résulte une sorte de relativisme libéral, excluant toute vérité absolue.

Troisième clignotant : LA LOI DU NOMBRE

En toute logique, la vérité d’une assertion ne dépend pas du nombre de gens qui y adhérent.

Cependant, si le clignotant précédent (relativisme) préside à l’organisation du stage, il faudra bien dégager de tous ces avis considérés comme équivalents une certaine opinion commune, qui se cristallisera ainsi par le jeu des concessions mutuelles.

De là à envisager cette opinion moyenne comme l’opinion du groupe, à doter ce groupe d’une conscience collective et à le considérer comme un être vivant autonome, il n’y a qu’un pas que les dynamiciens de groupe franchissent allègrement.

Quatrième clignotant : LE POUVOIR NON PERÇU

En situation de formation traditionnelle, le maître est sur une estrade, derrière un vaste bureau, insignes évidents d’une autorité manifeste qui ne cherche pas à se dissimuler.

Or, certains animateurs au contraire, au nom d’une certaine non-directivité, cause et conséquence du relativisme précédemment stigmatisé, se fondent dans le groupe. Participant, parmi les participants, son rôle effacé n’en sera que plus efficace, car au lieu d’imposer son autorité naturelle d’animateur, il manipulera les participants au mépris total de leur personnalité.

Cette dernière attitude est très frustrante car, contrairement aux courants d’air à la mode, l’homme a besoin d’une certaine aliénation pour conserver son équilibre : l’enfant a besoin de parents, le salarié de patron et le stagiaire d’un animateur digne de ce nom.

Vigilance

Certes, nous espérons que les stages que vous avez suivis ou que vous suivrez ne présentent pas concomitamment tous ces critères dangereux, symptomatiques de la dynamique de groupe, mais il convient de se méfier lorsque l’un ou l’autre de ces clignotants s’allumera.

Nous n’avons bien sûr ici décrit que la forme des stages, réservant à chacun d’étudier le fond et la finalité. Il est bien évident qu’un stage de formation aux techniques révolutionnaires, même s’il ne présente aucun des critères repérés ci-dessus, n’en sera pas pour autant moins dangereux, mais il convient d’être circonspect et de flairer le danger d’autant plus sournois qu’il est plus subtile et plus discret.

Les dynamiciens invoquent le caractère inéluctable de l’évolution.
- La nécessité de la mutation étant posée, on en conclut qu’il faut s’y intégrer, s’y adapter : si la réalité change, il faut changer avec elle.
- Il faut entrer dans le jeu de l’adaptation à la société.
- Il faut s’ajuster à l’évolution en cours et même s’y préajuster.

B. DUVERNE

Comment éviter cette désaliénation totale, comment ne pas être cette girouette prête à s’orienter dans le premier courant d’air venu ?

Il n’y a qu’une seule méthode : « Acquérir une formation doctrinale sûre ! ».

Claude MIRBEL

Notes

[1] St. Thomas De principiis Naturae, Des principes de la réalité naturelle.

 

Source: Vive le Roy

lundi, 27 décembre 2010

Groupes réducteurs et noyaux dirigeants (X)

 

 Paroles de pape

Après l’annexe précédente, consacrée à un texte de Marc Sangnier, il est bon de citer ici quelques extraits de la lettre encyclique que le Pape, Saint Pie X, consacra aux doctrines sociales du Sillon, et à leur condamnation par l’Église.

Nous avons souligné certains passages, et porté des sous titres en marge, en vue de mieux faire ressortir les rapports avec le plan que nous avons adopté pour notre étude.

Extraits de la lettre encyclique sur le Sillon. Saint Pie X - Pape - 25 Août 1910

….. Le Sillon s’égarait. Pouvait-il en être autrement ?

Ses fondateurs, jeunes, enthousiastes et pleins de confiance en eux-mêmes, n’étaient pas suffisamment armés de science historique, de saine philosophie et de forte théologie pour affronter sans péril les difficiles problèmes sociaux vers lesquels ils étaient entraînés par leur activité et leur cœur, et pour se prémunir, sur le terrain de la doctrine et de l’obéissance, contre les infiltrations libérales et protestantes.

Non, la civilisation n’est plus à inventer ni la cité nouvelle à bâtir dans les nuées

Le Sillon a le noble souci de la dignité humaine. Mais cette dignité, il la comprend à la manière de certains philosophes dont l’Église est loin d’avoir à se louer.

Le premier élément de cette dignité est la liberté, entendue en ce sens que, sauf en matière de religion, chaque homme est autonome.

De ce principe fondamental il tire les conclusions suivantes :

  • Aujourd’hui, le peuple est en tutelle sous une autorité distincte de lui, il doit s’en affranchir : émancipation politique.
  • Il est sous la dépendance de patrons qui, détenant ses instruments de travail, l’exploitent, l’oppriment et l’abaissent ; il doit secouer leur joug : émancipation économique.
  • Il est dominé enfin par une caste appelée dirigeante, à qui son développement intellectuel assure une prépondérance indue dans la direction des affaires ; il doit se soustraire à sa domination : émancipation intellectuelle.

Le nivellement des conditions à ce triple point de vue établira parmi les hommes l’égalité, et cette égalité est la vraie justice humaine.

Une organisation politique et sociale fondée sur cette double base, la liberté et l’égalité (auxquelles viendra bientôt s’ajouter la fraternité), voilà ce qu’ils appellent démocratie.

… Et voilà la grandeur et la noblesse humaine idéale réalisée par la célèbre trilogie : Liberté, Égalité, Fraternité

Telle est, en résumé, la théorie, on pourrait dire le rêve, du Sillon, et c’est à cela que tend son enseignement et ce qu’il appelle l’éducation démocratique du peuple, c’est-à-dire à porter à son maximum la conscience et la responsabilité civiques de chacun, d’où découlera la démocratie économique et politique, et le règne de la justice, de l’égalité et de la fraternité.

Ce rapide exposé, vénérables Frères, vous montre déjà clairement combien Nous avions raison de dire

  • que le Sillon oppose doctrine à doctrine,
  • qu’il bâtit sa cité sur une théorie contraire à la vérité catholique et
  • qu’il fausse les notions essentielles et fondamentales qui règlent les rapports sociaux dans toute société humaine.

Cette opposition ressortira davantage encore des considérations suivantes.

  • … Au reste, si le peuple demeure le détenteur du pouvoir, que devient l’autorité ? Une ombre, un mythe ; il n’y a plus de loi proprement dite, il n’y a plus d’obéissance …
  • … Un ordre, un précepte, serait un attentat à la liberté ;
  • la subordination à une supériorité quelconque serait une diminution de l’homme, l’obéissance une déchéance.

Est-ce ainsi, Vénérables Frères, que la doctrine traditionnelle de l’Église nous représente les relations sociales dans la cité même la plus parfaite possible ?

Est-ce que toute société de créatures dépendantes et inégales par nature n’a pas besoin d’une autorité qui dirige leur activité vers le bien commun et qui impose sa loi ?

Le Sillon qui enseigne de pareilles doctrines et les met en pratique dans sa vie intérieure, sème donc parmi votre jeunesse catholique des notions erronées et funestes sur l’autorité, la liberté et l’obéissance.

Il n’en est pas autrement de la justice et de l’égalité. Il travaille, dit-il, à réaliser une ère d’égalité, qui serait par là même une ère de meilleure justice. Ainsi, pour lui, toute inégalité de condition est une injustice ou, au moins, une moindre justice ! Principe souverainement contraire à la nature des choses, générateur de jalousie et d’injustice et subversif de tout ordre social …

Il en est de même de la notion de fraternité, dont ils mettent la base dans l’amour des intérêts communs, ou, par delà toutes les philosophies et toutes les religions, dans la simple notion d’humanité, englobant ainsi dans le même amour et une égale tolérance tous les hommes avec toutes leurs misères, aussi bien intellectuelles et morales que physiques et temporelles.

Or, la doctrine catholique nous enseigne que le premier devoir de la charité n’est pas dans la tolérance des convictions erronées, quelques sincères qu’elles soient, ni dans l’indifférence théorique ou pratique pour l’erreur ou le vice où nous voyons plongés nos frères, mais dans le zèle pour leur amélioration intellectuelle et morale non moins que pour leur bien-être matériel…

… Non, Vénérables Frères, il n’y a pas de vraie fraternité en dehors de la charité chrétienne, qui, par amour pour Dieu et son Fils Jésus-Christ notre sauveur, embrasse tous les hommes pour les soulager tous et pour les amener à la même foi et au même bonheur du ciel. En séparant la fraternité de la charité chrétienne ainsi entendue, la démocratie, loin d’être un progrès, constituerait un recul désastreux pour la civilisation…

… Eh quoi ! on inspire à votre jeunesse catholique la défiance envers l’Église, leur mère ; on leur apprend

  • que depuis dix-neuf siècles, elle n’a pas encore réussi dans le monde à constituer la société sur ses vraies bases ;
  • qu’elle n’a pas compris les notions sociales de l’autorité, de la liberté, de l’égalité, de la fraternité et de la dignité humaine ;
  • que les grands évêques et les grands monarques, qui ont créé et si glorieusement gouverné la France, n’ont pas su donner à leur peuple ni la vraie justice, ni le vrai bonheur, parce qu’ils n’avaient pas l’idéal du Sillon !

Le souffle de la Révolution a passé par là, et nous pouvons conclure que si les doctrines sociales du Sillon sont erronées, son esprit est dangereux et son éducation funeste.

Adrien Loubier

Source: Vive le Roy

lundi, 22 novembre 2010

Groupes réducteurs et noyaux dirigeants (IX)

 Paroles de démocrate

Sous la plume d’un célèbre démocrate, Marc Sangnier, nous trouvons les lignes suivantes. Elles paraissent particulièrement propres à définir ce que nous avons appelé les noyaux dirigeants, et que Sangnier appelle « centre d’attraction », ou « majorité dynamique ».

À ceux qui croyaient encore que la démocratie était le règne de la majorité, ce texte enlèvera sans doute leurs illusions. C’est bien le règne d’une minorité, une « infime minorité » même, nous précise candidement Marc Sangnier.

Il peut être utile aussi de rappeler que le Sillon fut condamné par l’Église, et mérita l’accusation de prétendre « construire la cité chrétienne sur les nuées » (Saint Pie X - Lettre sur le Sillon).

C’est donc bien un “prince des nuées” qui nous parle : Les mots soulignés le sont par nous.

Non seulement notre démocratie n’exige pas pour se mettre en route une unanimité de saints, elle ne réclame même pas une MAJORITÉ NUMÉRIQUE ; UNE MINORITÉ, peut être une INFIME MINORITÉ suffit. Je m’explique :

Les forces sociales sont en général orientées vers des intérêts particuliers, dès lors, nécessairement contradictoires et tendant à se neutraliser. Ce n’est pas ici que j’aurais besoin de faire ressortir comment de la divergence même des intérêts particuliers on déduit logiquement la nécessité d’un organe propre à défendre l’intérêt général qu’il serait puéril de considérer comme la somme des intérêts particuliers.

Il suffit donc que quelques forces affranchies du déterminisme brutal de l’intérêt particulier soient orientées vers l’intérêt général, pour que la résultante de ces forces, bien que numériquement inférieure à la somme de toutes les autres forces, soit pourtant supérieure à leur résultante mécanique.

Dès lors, si l’on trouve un CENTRE D’ATTRACTION capable d’orienter dans le même sens quelques-unes de ces forces qui se contrariaient et se neutralisaient, celles-ci pourront l’emporter et le problème sera résolu.

La démocratie apparaîtra toujours, au contraire, comme l’expression d’une orientation, le sens d’un mouvement. Plus il y aura de citoyens pleinement conscients et responsables, mieux sera réalisé l’idéal démocratique ; mais, pour commencer, il n’est pas besoin d’une MAJORITÉ NUMÉRIQUE, il suffit d’une MAJORITÉ DYNAMIQUE…. Marc Sangnier

Notes

[1] St. Thomas De principiis Naturae, Des principes de la réalité naturelle.

Source: Vive Le Roy

lundi, 08 novembre 2010

Le Nouvel Ordre Mondial (N.O.M.) veut la disparition de l'Eglise

Le Nouvel Ordre Mondial veut la disparition de l'Eglise

 

Une interviewe d'un prêtre et médecin argentin, spécialiste de l'ONU, qui met au jour les objectifs du Nouvel Ordre Mondial. Traduction de Carlota (2/10/2011) pour Benoît-et-moi.fr

 

Carlota

« Le Nouvel Ordre Mondial veut la disparition de l’Église Catholique » dit un spécialiste de l’ONU

Le prêtre et médecin argentin Juan Claudio Sanahuja, est responsable du portail internet catholique www.noticiasglobales.org ; ce site, créé il y a une douzaine d’années apporte des éléments clairs et fiables pour comprendre les thèmes visant à la promotion des « nouveaux droits » et de la « nouvelle éthique », dans un contexte de contestation de l’Église catholique et du successeur de Pierre, pour l’instauration d’un nouvel ordre mondial (NOM). Ce prêtre est devenu un spécialiste de l’ONU (dans le sens d’observateur de l’ONU).


Il a évoqué récemment le sujet avec le journaliste Luis Losada Pescador de l’hebdomadaire catholique espagnol Alba. L'interviewe donne un éclairage sur les oppositions anecdotiques mais largement relayées par la presse espagnole contre la venue du Pape en Espagne.
Durant son très court prochain voyage en Espagne, Benoît XVI va rencontrer, comme c’est la coutume, les responsables politiques et le « leader » actuel du parti d’opposition (qui, alors qu’il était au pouvoir n’a pas vraiment montrer sa volonté de défendre certaines valeurs). Sauront-ils l’écouter un petit peu ?

Original de l’article
ici .

 

La traduction de Benoît-et-moi.fr :

 

« Le Nouvel Ordre Mondial recherche la disparition de l’Église Catholique » dit un spécialiste de l’ONU, qui étudie depuis des années ce qu’on appelle le Nouvel Ordre Mondial (NOM), et l’intention que poursuivent les agences de l’Organisation des Nations Unies de chambouler l’ordre naturel.
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- L’unique ennemi de l’idéologie du "genre " est l’Église qui affirme de façon catégorique des vérités en opposition totale avec la nouvelle idéologie, et la nouvelle éthique sans principes ni valeurs immanentes et immuables. L’éthique chrétienne est incompatible avec les nouveaux paradigmes de la NOM et la déclaration de Benoît XVI sur les principes non négociables est un défi pour les lobbies féministes, homosexuels et pro-avortements.

Question : Quel est le lobby le plus dangereux ?
Réponse : Le lobby gay, qui agit à l’intérieur de l’Église.

Q : Le gouvernement espagnol se présente lui-même comme le meilleur élève en ce qui concerne la promotion du mariage homosexuel (ndt: sans guillemet pour rester dans l’esprit du gouvernement espagnol qui a permis sa promotion), de l’avortement et de l’Alliance des Civilisations.
R : Il s’agit de thèmes géopolitiques qui étaient déjà dans le cadre international avant Zapatero (ndt: au pouvoir en Espagne depuis 2004). Mais il y a une différence entre une ONG ou une directive politique d’un organisme international, et une suggestion politique de l’Espagne, qu’on ne voit pas (ndt : en Argentine, plus largement pour les pays de l’ancien empire espagnol, et d’une manière générale toute l’Amérique latine) comme les centres du pouvoir anglo-saxon.

Q: On la voit comme la mère patrie.
R : Bon, c’est un concept un peu passé de mode, mais comme un pays ami, oui, et qui a beaucoup d’affinités avec nous. Et si l’Espagne le fait, pourquoi pas nous ?

Q: L’ONU a donné l’impulsion à des politiques pro-avortements, féministes et roses (ndt : dans le sens homosexualité). Pensez-vous qu’il soit préférable de les améliorer, ou bien de les annuler ?
R : Nous devons participer, parce qu’on ne peut pas abandonner des domaines entiers sans essayer d’y avoir une influence, même s’ils ont été créés par l’ennemi. Cela oui, mais en faisant attention à ne pas être des complices.

Q: Par exemple?

R : En donnant notre consentement à des choses qui paraissent inoffensives, mais qui ont un fond et un message pervers. Les fameux euphémismes (ndlr : la « novlangue »).

Q: Pourquoi cette pression pour faire sortir de le Saint Siège des Nations Unies? (ndlr : qui n’y est, il me semble, qu’à titre d’ « observateur »).
R : Parce qu’il complique la tâche des pays qui veulent imposer des politiques déterminées. Face à la contraception, à l’avortement, la perversion des droits humains, le Saint Siège est un obstacle.

Q : Venons-en à l’avortement. Il y en a qui considèrent que le terme « santé sexuelle et reproductive » est un terme qui peut être racheté, bien qu’il ait toujours été utilisé à la façon d’un euphémisme, comme synonyme d’avortement.
R : On n’a jamais pu donner un sens "bon" au terme santé reproductive. Il est né comme euphémisme pour "contraception" et même "avortement chimique". La santé sexuelle est venue après et au Canada non plus, on n’a pas dit clairement que la santé sexuelle et reproductive inclut l’avortement.
(..)
Q: Parlons des nouveaux droits, les droits dits de seconde ou troisième génération. C’est toujours cette tentative des tenants du progrès d’étendre leur idéologie, mais n’y a-t-il rien qui puisse être sauvé ?
R: Parmi les huit Objectifs du Millénaire pour le Développement, il y en a deux qui font référence au genre et à la santé sexuelle et reproductive, clairement anti-vie. Mais les autres aussi, parce qu’ils s’interprètent tous selon une explication féministe, abortive ou de culture de mort.

Q: Pourquoi tout le monde s'est-il rallié aux Objectifs du Millénaire?
R : Une minorité, par complicité; la majorité parce que c’est politiquement correct, c’est ce que commande la mode.

Q : Les théories du genre sont-elles la dernière rébellion contre Dieu?
R : Cela dépend de la part de qui. Dans le cadre des Nations Unies, c’est une rébellion ouverte contre Dieu. Mais pour la majorité c’est quelque chose qui est une marque de notre temps.

Q: Oui, mais ce ne sont pas ceux-là qui l’inscrivent sur leur agenda.
R : Non, pour ceux qui l’inscrivent sur leur agenda, la destruction de l’Église Catholique est un impératif parce qu’elle est l’unique frein.

Q: Changeons de façon d’aborder le sujet. Croyez-vous que la nouvelle religion mondiale prétende substituer au Décalogue un nouveau paradigme éthique ?

R : Oui. Une religion du subjectivisme, du relativisme qui combat tout type de vérité non négociable. Et ils infiltrent les religions. L’Église Catholique aussi. (ndt on peut supposer que cet homme nouveau, homme des mode et des suggestions variées, sera aussi un très malléable homo economicus, enfin tant qu’il existera sur terre, car cela n’aura qu’un temps, ne serait-ce que par l’extinction contraceptive de cette matière première, actuellement recherchée par ce nouvel ordre mondial émanation de la Supérieure Classe Sociale).

Q: Terminons avec l’avenir. Qu’est-ce qui va nous arriver?
R : Une persécution de l’Église Catholique ou des derniers de ceux qui resteront fidèles à la doctrine de l’Église. Pour le Nouvel Ordre, la disparition de l’Église Catholique est un impératif.

Q: Croyez –vous que l’Église est prête pour cette bataille?
R : Humainement je crois qu’une grande partie de l’Église n’est pas prête pour cette bataille. Mais l’Église est avant tout l’Épouse du Christ, et une réalité surnaturelle. C’est pourquoi le nombre de fidèles et de hautes autorités préparés pour la bataille importe peu. Ce que nous savons c’est que nous finirons par gagner, car le triomphe est promis.

 

Source: http://benoit-et-moi.fr/2010-III/0455009e0207c0b02/0455009e24080ba01.html

 

- "Nous sommes entrain d’assister à l’émergence d’un droit international tyrannique" (Mgr Schooyans)

- Mgr Lefebvre sur le gouvernement mondial (19 novembre 1989)

 

Source: Christ Roi

Groupes réducteurs et noyaux dirigeants (VIII)

 

 ANNEXES

 Introduction aux annexes

Nous avons essayé, dans les lignes qui ont précédé, d’analyser des mécanismes sociologiques qui président, dans tous les domaines, au fonctionnement de la plupart des groupes contemporains.

Cette démonstration est volontairement limitée à son essentiel ; elle n’est donc assortie que des exemples généraux indispensables à sa compréhension, un peu comme celle d’un théorème de géométrie.

Néanmoins, tout comme en mathématiques, il reste à faire les applications pratiques, les problèmes et exercices permettant de posséder et d’utiliser pleinement le théorème étudié.

Cet effort d’application, en général, ne peut être que personnel. Il sera d’autant plus facile que l’expérience sociale du lecteur sera plus grande. Les réactions de nombreux lecteurs nous l’ont déjà démontré.

  • Tel religieux, témoin de la dégradation de son ordre depuis quelques années, s’est écrié après avoir lu ces lignes : « l’auteur ne peut être qu’un de mes confrères… »
  • Tel membre de l’administration s’est écrié : « Ce texte est une analyse critique spécialement conçue par un haut fonctionnaire qui, comme moi, est écœuré par le fonctionnement occulte du Groupe d’Étude et de Recherche auquel je suis contraint de participer… »
  • Tel ingénieur conseil spécialisé dans les problèmes de formation a conclu : « Cet essai a pour but de critiquer les ravages sociaux de la Dynamique de Groupe que l’on m’oblige à employer ».
  • Etc. Etc.

Le Champ d’application des règles précédentes est en effet très vaste. C’est pourquoi il nous a paru utile de donner ci-après une liste de secteurs de recherches. Chaque lecteur pourra y trouver son compte.

Après quoi, quelques annexes nous ont paru utiles. Celles-ci comportent des textes, des citations, et quelques applications plus particulières ou pratiques.

Notre souhait le plus cher, est que cet effort soit prolongé, dans toutes les directions, par des hommes de bonne volonté que ce modeste travail aura pu intéresser. S’il plaît à Dieu …

Liste non exhaustive des secteurs possibles d’application des lois sociologiques des groupes réducteurs, pouvant donner lieu à des annexes.

  • Action Catholique
  • Forum de discussion sur le Web
  • Bureaux, Bureau - Paysage
  • Cellule de parti politique
  • Chambrée militaire
  • Classe non-directive
  • Club idéologique (Jean Moulin, Jacobins)
  • Club d’influence ( Rotary, Lyons)
  • Club de loisirs ( Club Méditerranée )
  • Comité d’entreprise
  • Concile
  • Conférences
  • Convents et loges
  • Coopératives
  • Couvent religieux
  • Délégués du personnel
  • Équipes sacerdotales
  • Famille égalitaire
  • Manifestations
  • Milieux sociologiques informels
  • Parlements
  • Pédagogie non-directive
  • Recyclages professionnels
  • Séminaires de prêtres
  • Syndicats
  • Synode, conciles, symposiums
  • Technique non-verbales
  • Technocratie
  • … etc.

 Les trois formes d’oppression

La clairvoyance sobre et concise de ce texte de Cochin, ainsi que sa reprise de la célèbre devise dont les mots clés ont été pris pour plan du début de notre étude, nous ont déterminé à le reproduire ici. Les mots soulignés le sont par nous.

Les trois formes d’oppression qui répondent aux trois états des sociétés de pensée ne sont pas un effet du tempérament des individus, un hasard, mais la condition de l’existence même de sociétés qui posent en principe la liberté absolue dans l’ordre intellectuel, moral et sensible.
  • Toute société de pensée est oppression intellectuelle par le fait même qu’elle dénonce en principe tout dogme comme une oppression. Car elle ne peut, sans cesser d’être, renoncer à toute unité d’opinion. Or une discipline intellectuelle sans objet qui lui réponde, sans idée, c’est la définition même de l’oppression intellectuelle.
  • Toute société d’égaux est privilège par le fait même qu’elle renonce en principe à toute distinction personnelle ; car elle ne peut se passer d’unité de direction. Or une direction sans responsabilité, le pouvoir sans autorité, c’est à dire l’obéissance sans respect, c’est la définition même de l’oppression morale.
  • Toute société de frères est lutte et haine par le fait qu’elle dénonce comme égoïste toute indépendance personnelle : car il faut bien qu’elle lie ses membres les uns aux autres, qu’elle maintienne une cohésion sociale. Et l’union sans amour c’est la définition même de la haine.

Augustin Cochin, Réflexion ( 1909 )

Notes

[1] St. Thomas De principiis Naturae, Des principes de la réalité naturelle.

Source: Vive Le Roy

mardi, 28 septembre 2010

Groupes réducteurs et noyaux dirigeants (VI)

 

 UN AUTRE GENRE DE GROUPE

Après l’analyse précédente, il peut être utile d’envisager au moins sommairement, les bases sur lesquelles un travail de groupe constructif peut s’établir. Nous supposons naturellement que la constitution de ce groupe est légitime et souhaitable.

Dès le départ, nous avons vu que le dyptique Liberté-Égalité semblait vouloir faire éclater le groupe. Pour lui maintenir son objectif de libéralisation maximale, pour en faire un groupe réducteur, il a fallu s’entêter.

Mais on peut aussi réagir plus sainement. Le simple bon sens y suffit. Quand on a remué des idées pendant un moment, que la structure du groupe rend difficile son fonctionnement, et tend à l’écarter de la réalité, il apparaît tout simplement nécessaire de réviser sa forme. C’est ce que nous allons faire ici.

La liberté du libéral

En premier lieu, faut-il accepter inconsidérément la liberté d’opinion comme un absolu en soi ? Que recouvre en fait l’attitude du “libre penseur” ? Un examen critique s’impose ici.

La liberté selon le dictionnaire Larousse, c’est l’absence de contrainte. Mais si l’on prend à la lettre cette définition, elle peut conduire aux absurdités les plus énormes.

Supposons par exemple que Pierre se trouve dans sa chambre au premier étage. Il a pleine liberté de se déplacer, en ce sens qu’il n’est pas contraint de rester en place, ou de se mouvoir dans telle direction plutôt que dans telle autre.

  • S’il veut maintenant sortir de la chambre où il se trouve, il sera libre de le faire, mais à condition de passer par la porte. S’il prétend traverser un mur au nom de sa liberté, il se cassera le nez.
  • Et si Pierre veut descendre au rez-de-chaussée, il est libre de le faire, mais à condition de passer par l’escalier.
  • S’il se jette par la fenêtre, il risque fort de se blesser.

Autrement dit, Pierre ne sera libre qu’à condition de soumettre sa volonté aux multiples contraintes de la réalité qui l’entoure.

Mais cet homme peut refuser cette soumission, et adorer stupidement sa prétendue liberté. Celle-ci devient alors pour lui la licence de faire n’importe quoi. Se jeter par la fenêtre, par exemple. Au besoin vous chercherez à l’en empêcher. Mais alors vous le contraindrez à se soumettre à la réalité. Cessera-t-il d’être libre ? Ce faisant, porterez-vous atteinte à sa liberté ? Évidemment non ; au contraire.

  • Car, si cet homme nie la pesanteur et se jette dans le vide, en fait, c’est qu’il n’est plus libre. Il est devenu fou, ce qui est une contrainte mentale.
  • Ou bien, s’il se trompe, sa liberté cesse lorsqu’il a posé son acte. Ensuite il devient le jouet d’une force qu’il ne peut plus maîtriser. Il tombe et il subit les conséquences de sa chute.

Sur le plan moral, intellectuel, pédagogique ou professionnel, le libéral, le libre penseur, nos égaux délibérants de tout à l’heure, refusent en fait les contraintes de la réalité. Ce sont des fous qui nient la pesanteur. Et comme eux, ils cessent d’être libres, et deviennent esclaves de leurs passions, de leurs désirs, de leurs ambitions, des rêves qu’ils construisent sur les nuées, puis des conséquences des actes que leur déraison leur aura fait poser.

La vraie liberté

Vous connaîtrez la vérité et la vérité vous rendra libres.

St. Jean 8-32.

Pour qu’il y ait liberté, il faut en effet reconnaître d’abord l’ordre des choses, les lois qui régissent la matière, celles qui gouvernent l’ordre moral, physiologique, social, professionnel, etc.

Pour cela il faut rechercher l’accord, l’identité entre sa pensée et la réalité. C’est l’acte même d’intelligence, de intelligere, connaître, lire dans les choses. Au terme de cet accord, il y a la vérité, qui sera d’autant plus complète qu’il sera parfait. C’est alors que l’on sera libre.

Libre par exemple de construire un escalier, un ascenseur, un avion ou une fusée, pour vaincre la force de pesanteur en se soumettant à son existence et à ses lois. « On ne commande à la nature qu’en lui obéissant », disait Francis Bacon.

Ainsi pour construire un pont, il faut d’abord étudier les lois de la mécanique, afin de les vaincre en s’y soumettant. Plus l’ingénieur les a comprises, mieux il pourra s’appuyer sur leur réalité, plus son pont sera réussi.

De même celui qui prétend construire une société, une pédagogie, une entreprise ou une profession, doit d’abord étudier les réalités objectives, les lois naturelles, l’ordre des choses, dans le domaine à l’amélioration duquel il prétend appliquer ses efforts. Plus il en aura l’intelligence, plus son œuvre sera réussie.

Ainsi, dans un groupe réaliste ( par opposition au groupe réducteur) ce n’est pas la liberté qui sera posée comme absolue au départ. Elle doit au contraire devenir le but à atteindre. Et pour atteindre à cette liberté, le moyen qui doit être affirmé tout d’abord, c’est la soumission au réel. Alors les intelligences pourront pénétrer cette réalité et trouver la vérité, qui seule peut rendre libre.

Égalité et Hiérarchie

Depuis plus de trente ans que je tiens la plume philosophique, j’ai toujours représenté la souveraineté du peuple comme une mystification oppressive, et l’égalité comme un ignoble mensonge.

Auguste Comte

« Si tu manges ce fruit tu seras l’égal de Dieu ». Le Serpent

Quant au problème de l’égalité, elle apparaît bien comme la première des nuées, celle qu’engendre directement le libéralisme. S’il est possible de défendre la vraie liberté en prenant le contre-pied de l’attitude libérale, ici, rien ne peut être tenté. L’égalité n’est pas récupérable. Elle n’est qu’une redoutable contradiction de la réalité.

Elle est tout d’abord une notion mathématique qui ne peut s’appliquer qu’à la quantité. L’employer en parlant des personnes est donc déjà au niveau des mots, une absurdité. Deux personnes sont en effet différentes. Elles peuvent à la rigueur peser aussi lourd l’une que l’autre, et l’on pourra dire que leurs poids sont égaux. Mais dire que « les hommes sont égaux entre eux » est aussi dépourvu de sens que de dire : « deux champs sont égaux », ou « deux villes sont égales. »

Quant au sens que l’on cherche à faire passer sous ce mot d’égalité, il n’est que le refus de la réalité. Et la réalité, c’est qu’une quelconque des qualités d’un individu n’est que très accidentellement l’égale de celle d’un autre ; c’est qu’il est impossible que toutes les qualités d’un individu soient égales à celles d’un autre ; c’est que de deux individus, l’un est toujours supérieur à l’autre, au moins dans un domaine particulier, sinon dans l’ensemble de ses dons.

La réalité c’est qu’il y a inégalité et diversité.

  • L’un est plus adroit, l’autre pèse plus lourd ;
  • l’un est plus travailleur, l’autre plus vertueux ;
  • l’un est plus intelligent, l’autre plus doué de mémoire, etc.

Et ce sont justement ces inégalités qui rendent possible la vie sociale. Car dans toute société, il faut

  • des mathématiciens pour calculer,
  • des chefs pour gouverner,
  • des hommes habiles pour travailler de leurs mains,
  • des hommes sages pour gérer,
  • des inventeurs pour inventer,
  • des entrepreneurs pour entreprendre,
  • des guerriers pour défendre la cité…

Rechercher l’égalité, c’est tuer la vie sociale. Un groupe d’égaux délibérants, tel que nous l’avons vu, n’est pas une société, c’est une dissociété. C’est pourquoi l’argument de la fraternité, de l’union nécessaire, est indispensable pour lui maintenir un semblant de cohésion, et le livrer aux mains des manipulateurs.

La mystification oppressive de la souveraineté du peuple conduira les égaux, par le chemin de la réduction, à la tyrannie des noyaux dirigeants. Devant eux ils ne seront plus un peuple, mais un troupeau de moutons, munis chacun d’un bulletin de vote.

Tant pis pour eux si leur jalousie les a rendus assez vils, pour ne pas accepter la réalité de leurs infériorités comme celles de leurs supériorités ; tant pis pour eux si leur orgueil les a rendus assez sots pour croire à l’ignoble mensonge social de l’égalité, ou confondre celle-ci avec la justice. Même au ciel, enseigne l’Église, il y a des hiérarchies.

À rebours de cette attitude, la soumission au réel doit reconnaître les inégalités, parce qu’elles sont un fait, et parce qu’elles sont un bienfait. Le groupe réaliste devra donc s’appuyer sur elles comme sur le fondement de toute vie sociale.

  • Il comportera une hiérarchie,
  • la reconnaissance des compétences de chacun,
  • la définition des rôles, des missions, des responsabilités.

Sous une direction clairement définie, chacun pourra alors apporter aux autres ce qu’il sait, donc accroître leur connaissance du réel. En bref

  • on apprendra quelque chose au lieu de désapprendre ;
  • on s’enrichira d’un peu plus de vérité, au lieu de s’appauvrir et de se réduire ;
  • enfin on pourra construire au lieu de détruire.

« La soumission est la base du perfectionnement », disait Auguste Comte.

La vraie Fraternité

Il faut distinguer entre l’Union “artificielle” fondée sur des théories et des principes, et l’Union “réelle” fondée sur des faits.

Augustin Cochin, La Révolution et la Libre Pensée.

Quant à la cohésion du groupe réaliste, il importe de bien voir que c’est autour de sa finalité qu’elle peut prendre une réelle consistance.

Le groupe n’est pas une nécessité en soi. Pour que son existence soit utile, il faut qu’il réunisse des personnes qui ont un bien commun à défendre ou à promouvoir. Un bien commun, c’est-à-dire un bien personnel commun à ceux qui se réunissent, un intérêt réel qui est propre à chacun d’eux. Alors, la finalité du groupe sera la réunion des efforts de plusieurs personnes pour défendre ou promouvoir le bien qui leur est commun.

Tandis que dans les groupes réducteurs, on ne rencontre généralement que des motifs de réunion vagues et lointains :

  • la Paix au Vietnam ;
  • l’apostolat de l’église ;
  • le bonheur de l’humanité.

Motifs de réunion qui ne sont que des finalités apparentes, impropres à créer le lien d’une vraie fraternité, mais propres à ouvrir la voie des nuées. Ces finalités apparentes cachent bien souvent la vraie finalité des groupes réducteurs, qui se trouve exprimée dans leur forme sociologique même, par la pratique de laquelle on veut réaliser la démocratie égalitaire.

Pour le groupe réaliste, au contraire, son existence n’est pas plus une fin en soi que sa forme. Celle-ci est organisée, dans ses principes essentiels, selon l’ordre des choses.

  • La soumission au réel en est la base.
  • Sa structure est hiérarchique.
  • Sa finalité est constituée autour d’un bien commun, base de la vraie fraternité entre ses membres.

Est-ce à dire que tous sont d’accord, qu’aucune divergence n’existe, qu’aucun problème ne se posera ? Certes non. Ce serait rêver que de le croire, même s’il peut être souhaitable de rechercher cette unité. Mais tous admettent au moins que la vérité n’est pas la moyenne de deux avis divergents, et que si deux personnes se contredisent, l’une au moins se trompe.

Dès lors, il ne sera pas demandé à l’un ou à l’autre de renoncer à tout ou partie de son avis pour adhérer à « l’opinion du groupe ». Mais on écoutera celui qui est le plus compétent, et le chef décidera sous sa responsabilité.

Dès lors l’action, non exempte d’erreur bien sûr, sera possible. Et cette action amènera l’épreuve du réel.

  • Si la décision a été sage, elle portera ses fruits.
  • Si l’on s’est trompé, on devra se soumettre à la réalité, réviser ses positions, acquérir un peu plus de vérité, donc de liberté.

Ainsi le perfectionnement sera le fruit de l’effort de soumission à l’ordre des choses, autant qu’à l’autorité de ceux qui sont supérieurs par les compétences ou par la charge.

La cohésion du groupe sera assurée par sa hiérarchie et par les différenciations des rôles de chacun, plutôt que par la volonté de créer une union illusoire autour d’un plus petit commun diviseur.

Notes

[1] St. Thomas De principiis Naturae, Des principes de la réalité naturelle.

Source: Vive Le Roy

mardi, 14 septembre 2010

Groupes réducteurs et noyaux dirigeants (V)

 

 LES NOYAUX DIRIGEANTS

La doctrine imaginée

Un véritable lavage sociologique des cerveaux peut donc s’opérer autour de la table ronde d’un recyclage ou d’un séminaire, comme au cours de la réunion d’une section syndicale, ou d’une commission de travail qui « cherche sa motivation ».

Mais il convient de bien remarquer que cette réduction du réel dans les esprits, s’accompagne d’une création. En effet, la libéralisation qui s’accentue “affranchit” les intelligences, élimine les contraintes du monde extérieur, met les opinions à l’abri des cruels impératifs de la réalité.

Le Travail Social passe de l’attaque à la défense : pour affranchir la pensée, il l’isole du monde et de la vie, au lieu de les lui soumettre. Il élimine le réel dans l’esprit au lieu de réduire l’inintelligible dans l’objet. (Augustin Cochin).

La pensée est enfin libre. La troupe raisonnante peut alors “créer” un monde imaginaire dont elle sera maîtresse. L’ère des « lumières », de la « raison souveraine », de la « libre pensée », est ouverte.

Que restera-t-il de ce travail après la réunion ?

  • Les motions qu’il produira fondront généralement comme du beurre au soleil des réalités.
  • Mais le mode de pensée des hommes aura été modifié. Détournée de son application à la réalité actuelle ou possible, leur intelligence n’évoluera plus que sur les nuées de l’idéalisme. Et cela peut aller fort loin ! Nous ne citerons qu’un exemple, celui de Carrier, le « bourreau de Nantes », qui s’écriait en massacrant les femmes et les enfants : «  Nous ferons périr la moitié de la France plutôt que d’abandonner notre idée  ». Entendez : Nous ferons périr la réalité d’un peuple, plutôt que d’abandonner la nuée de notre rêve. Tel était le fruit du travail social des clubs jacobins.
  • À la limite, le réel deviendra l’ennemi qu’il faut détruire, pour qu’il puisse faire place à la création du monde imaginaire que l’on a rêvé.

Nous sommes donc en présence d’un corollaire de la loi de réduction qui peut se résumer ainsi :

Corollaire 1 : LA DOCTRINE IMAGINÉE

La réduction du rapport des idées à la réalité au sein d’un groupe, entraîne la création d’une “doctrine imaginée” autour de l’opinion moyenne des personnes qui le constituent. Cette doctrine imaginée est d’autant plus haut placée sur les nuées que la réduction aura été plus intense.

Les princes des nuées

Mais si certains sont plus réfractaires que d’autres au processus de réduction, il en va de même pour le jeu de cette création. Ceux qui sont plus “légers” y sont plus doués et tendent à voler plus haut. Plus commodément entraînés par les courants d’air dominants de l’opinion moyenne, ils sont plus facilement “dans le vent”. Tandis que les personnalités les plus solides, les esprits les plus réalistes, sont incapables d’assimiler ce jeu qui contredit leur naturel, les “beaux parleurs” sont au contraire dans leur élément. Les voici enfin libres de satisfaire leur tendance à l’idéalisme, voire même de se venger de ce monde du réel, qui ne leur a accordé qu’un rôle médiocre, en rêvant un univers qui leur convient ! C’est tout de même plus commode que de se heurter à celui qui existe. C’est aussi plus exaltant pour l’orgueil de l’homme que de se soumettre humblement à l’ordre des choses. Nous retrouvons donc ici un corollaire de la loi de sélection que l’on peut résumer ainsi :

Corollaire 2 : LES PRINCES DES NUÉES

Les personnalités peu consistantes, mais parfois brillantes, que le groupe réducteur tend à sélectionner, sont tout naturellement les princes des nuées de la doctrine imaginée. Ils en sont les parlementaires.

Le gouvernement du Groupe

Mais le groupe pris en lui-même, n’est qu’une entité dépourvue de personnalité. Du point de vue de la pensée comme du point de vue de l’action, le groupe n’est rien de plus que le rassemblement d’un certain nombre d’individus. Il n’est donc pas plus capable de penser que d’agir. Parler de conscience ou de décision collective, c’est créer un mythe, c’est prendre une fiction pour une réalité. Ce à quoi porte tout naturellement ce petit “jeu de société”.

En effet sans aller bien loin, à l’issue de la réunion ou pendant celle-ci, il va bien falloir proposer une motion qui sera censée représenter la doctrine imaginée par la prétendue conscience collective. Un de nos lecteurs a-t-il déjà vu un groupe écrire une motion ? Bien sûr que non ! Pour écrire il faut un porte-plume. Pour tenir le porte-plume il faut une main. Et pour guider la main il faut une intelligence et une volonté personnelle.

La réalité la plus matérielle et la plus immédiate renvoie donc brutalement l’acte collectif dans les nuages. Il faut que quelqu’un écrive pour les autres. Et ce quelqu’un sera tout naturellement un prince des nuées sélectionné par le mécanisme ; généralement un “chic type” pas très doué, qui bravement acceptera la corvée. Mais dès les premiers mots, il va se sentir perdu. Comment présenter le papier ? Quels mots employer ? Depuis le temps qu’on parle, on a dit tant de choses diverses et contradictoires ! Comment les résumer ?

Alors un autre prince des nuées, ou plusieurs autres, vont l’aider. On lui suggérera la présentation. Telle phrase lui sera dictée, tel mot suggéré plutôt qu’un autre.

Et voici que le gouvernement du groupe s’organise, à l’insu du plus grand nombre, et parfois même, au début, de ceux qui en seront les tenants. Peu à peu, un petit noyau va se former, constitué généralement par des ratés ou des aigris, qui sont plus particulièrement portés à imaginer un monde fait pour eux, puisque celui du réel les a méconnus.

Ceux là ont souvent déjà quelques idées de la “nuée” sur laquelle ils voudraient s’installer. Non seulement leur horreur du réel les met particulièrement à l’aise dans la libéralisation maximale qui s’opère, mais voici que s’offre à eux un pouvoir très réel, bien qu’occulte.

D’un côté l’assemblée d’égaux délibérants se présente à eux comme une pâte molle, comme un troupeau sans chef.

  • Ils y discernent déjà les ennemis des nuées, les “moutons noirs”, ceux contre lesquels ils ont tant de rancœur à satisfaire, et dont ils sentent le malaise.
  • Ils y reconnaissent aussi les inconsistants faciles à manier, les “braves gens” qui n’y voient pas très clair, les vaniteux et les “beaux parleurs”. Et ils perçoivent aussi leurs semblables.

De l’autre côté, ils voient une ou deux “cloches” munies d’un porte-plume dont elles ne savent que faire, mais flattées de la confiance que leur a fait l’assemblée. Alors on se glisse. On suggère. On infléchit. Au besoin on dicte. On fait parler celui-ci, on isole celui-là…. Une difficulté s’élève ? On rappelle l’égalité. On égare la discussion. On renvoie la question au groupe …

Et celui, ou ceux, qui commencent à “tirer les ficelles” constatent que cela marche. Le mécanisme tourne. Mais il ne tourne plus seul. Maintenant, quelqu’un commande et gouverne son mouvement. Son noyau dirigeant est en place.

Alors des actes sont possibles. Naturellement, l’illusion de la décision collective sera maintenue à tout prix. Mais ce que l’on désignera ainsi, ne sera rien de plus que l’aval par oui ou par non d’une décision personnelle, adoptée par un nombre très restreint de dirigeants “de fait”, dont l’accord profond réside dans leur état de princes des nuées.

En définitive, le groupe ne sera plus qu’un troupeau manipulé, dont les individus ne pourront qu’approuver des motions écrites par une personne, et proposées par une autre. Le rêve égalitaire et libéral mènera donc à la dictature occulte d’une minorité irresponsable.

Phénomène que l’on peut retrouver à tous les niveaux de la vie sociale,

  • dans le conseil d’administration d’une société anonyme ou
  • dans un parlement,
  • dans un groupe d’action catholique ou
  • dans un synode d’évêques,
  • dans un syndicat ou dans une coopérative….

Ici encore la réalité quotidienne nous les met parfois sous les yeux : synarchie, Franc-Maçonnerie, technocratie, Assemblée permanente, Gouvernement du “parti”. Tous systèmes qui mettent en jeu des manipulations successives par des « cercles intérieurs » de plus en plus restreints.

Le fonctionnement reste toujours le même. Le plus souvent aucun pouvoir officiel n’appartient au noyau dirigeant, pas même la moindre présidence. Donc aucune responsabilité ne peut lui être infligée. Si cela tourne mal, c’est la potiche qui tient l’estrade que l’on casse ! Une autre la remplace. Mais le noyau dirigeant demeure.

Les Francs-Maçons du siècle dernier appelaient ce mode de gouvernement « l’art royal ». « Art royal », certes, mais d’un roi sans nom, sans responsabilité, et sans autre couronne que la satisfaction de sa volonté de puissance.

La technique de groupe méthodique

Nous avons mis en relief volontairement la constitution en quelque sorte spontanée du noyau dirigeant. Dans les débuts, en effet, l’amorçage du phénomène sociologique des groupes réducteurs peut en quelque sorte fonctionner tout seul.

Mais il n’en va pas ainsi longtemps.

Si le noyau dirigeant ne prend pas sa place aux commandes de l’appareil, l’existence même de celui-ci ne passera pas le cap de la première ou de la deuxième réunion. Livré à lui-même il se démantèlera tout seul.

Mais plus le consensus social est porté au vague des idées, au libéralisme et à l’égalitarisme, plus il y a de chances qu’un prince des nuées soit là pour prendre les choses en main. Aussi ne faut-il pas s’étonner si l’appareil semble parfois fonctionner tout seul.

Spontanéité qui peut faire illusion, et rendre même difficile le discernement des vraies causes du phénomène. « Comment ce groupe, animé semblait-il des meilleures intentions, a-t-il pu en arriver là ? » dira-t-on en lisant ses motions ou en constatant la réduction opérée dans ses membres. Et l’on se condamnera à ne pas voir les vraies racines du mal, si l’on se borne à chercher qui a pu organiser une telle corruption.

Car, si une organisation existe après un certain temps il pouvait fort bien ne pas y en avoir au début. Et pour comble, la partie apparente de cette organisation n’en est que la façade. Derrière le président potiche, rarement on aura discerné les vrais moteurs du noyau dirigeant, dont l’efficacité repose sur le fait qu’on les ignore.

Ainsi avons nous voulu insister sur les vraies racines de ce mécanisme sociologique, qui résident dans sa règle du jeu, ainsi que sur son fonctionnement le plus général. Mais il est évident que la courbe du milieu est encore plus accentuée, la libéralisation maximale plus rapide, la réduction plus efficace, la sélection plus intense, lorsque le jeu est méthodiquement organisé par une équipe d’animation. Plus les engrenages sont clairement définis au départ et fermement maintenus en place, plus on commande consciencieusement leur mise en rotation, plus les phénomènes que nous venons d’étudier sont rapides. Ils sont aussi plus évidents.

C’est par exemple la technique de groupe systématisée, avec ses diverses applications, telles que « pédagogie non directive », « libre expression », « recyclages », « séminaires », etc.. C’est encore la forme d’action des groupes de pression à structure des cercles intérieurs : PSU, franc-maçonnerie, Action catholique centralisée, clubs idéologiques, etc.. Ici la libéralisation maximale est préalablement recherchée. Point n’est besoin qu’un noyau prenne conscience du mode de fonctionnement de l’appareil. Sa forme est connue auparavant, au moins par certains, et sa fin méthodiquement poursuivie.

Mais toujours on retrouvera les mêmes principes de base, Liberté, Égalité, Fraternité, et le mécanisme social auquel ils aboutissent. Le fonctionnement sera lui aussi le même, et l’on y retrouvera les mêmes lois de réduction et de sélection.

Notes

[1] St. Thomas De principiis Naturae, Des principes de la réalité naturelle.

Source: Vive Le Roy

mardi, 07 septembre 2010

La grande manoeuvre : l'"union sacrée" des "européens"

 

Au sein de la communauté juive, beaucoup s’inquiètent des sombres perspectives qui s’offrent à elle. En Israël, où l’évolution démographique, compte-tenu des différences de taux de natalité chez les Juifs et chez les Arabes, va donner arithmétiquement à ces derniers, à plus ou moins long terme (en fait, dans quelques années), une position majoritaire.

Qu’adviendra-t-il le jour où cette masse se révoltera violemment ? La situation est tout aussi inquiétante en ce qui concerne la diaspora : en France et dans bien d’autres pays où l’immigration arabo-musulmane progresse sans cesse, les Juifs ressentent un sentiment d’insécurité. A juste titre car ils peuvent s’attendre à courir de graves dangers si l’impact du conflit du Proche-Orient met le feu aux poudres à l’échelle de la planète, la communauté juive devenant alors la cible de règlements de compte sanglants. Face à ces menaces, qui ne relèvent en rien de la science fiction, certains milieux juifs ont le souci, pour renforcer leur potentiel “militaire” d’autodéfense, de faire flèche de tout bois, y compris en essayant de trouver des alliés – ou plutôt des troupes supplétives, de style “harkis” – au sein de l’extrême droite européenne. En utilisant un argument simple mais efficace auprès des naïfs : tous ceux qui ont à faire face à la menace arabo-musulmane doivent s’unir à travers le monde, en oubliant d’éventuels griefs qui sont désormais d’importance secondaire.

 

La stratégie est ancienne. Ceux qui ont vécu l’époque de la guerre d’Algérie peuvent se souvenir de certains faits révélateurs : le soutien apporté par Jean-Marie Le Pen à l’expédition de Suez [Ndlr. 1956] à laquelle il participa et qui fut montée pour aider Israël contre l’Egypte ; le rôle, dans le camp “Algérie française”, de Jacques Soustelle, par ailleurs président de l’Alliance France-Israël ; la participation active (et efficace) à l’OAS de Juifs pieds-noirs.

Aujourd’hui, avec la présence massive d’immigrés d’Afrique du Nord et d’Afrique Noire, l’argument de “l’union sacrée” entre Juifs et Européens a pris un poids nouveau.

 

Cet argument est mis en avant par des gens dont certains sont déjà bien connus au sein de l’extrême droite européenne et dont d’autres méritent de l’être. Car leurs éventuelles dupes doivent être mises en garde. Passons rapidement sur les plumitifs. Après les ouvrages (par ailleurs bien documentés) d’Alexandre del Valle (pseudonyme), qui lui permirent d’être bien accueilli dans divers cercles d’extrême droite (jusqu’au jour où l’on apprit qu’il était invité à prendre la parole aux réunions du B’naï B’rith…), après La nouvelle question juive de Guillaume Faye (2007), qui sema la consternation chez ses plus vieux amis, après le soutien constant apporté à Israël par une presse dite “de droite” – dont le fleuron est sans doute Valeurs actuelles, sous la houlette d’un François d’Orcival qui cherche depuis si longtemps à faire oublier ses engagements de jeunesse – une offensive d’une tout autre ampleur est désormais engagée. Il s’agit de l’opération Zemmour. Ce journaliste, qui a participé le 13 février 2002, avec Michel Gurfinkiel (de Valeurs actuelles), à une réunion de la loge “France” du B’naï B’rith, est une plume vedette du Figaro et un chroniqueur quotidien très écouté de RTL. Il a le grand mérite d’énoncer sans complexe quelques vérités simples concernant l’immigrationinvasion. Par exemple, dans Petit frère (un roman axé sur l’assassinat d’un jeune juif par un jeune arabe, ami d’enfance), il décrit ainsi la France : “Un pays d’Arabes et de Noirs. Des millions et des millions. Ils tirent la France vers le bas. Avec eux, on devient un pays du tiers-monde. Les Français ont peur d’eux. Ils n’osent plus rien leur dire”. Ce qu’il résume par une formule-choc : “Nous vivons la fin de l’empire romain” (Actualité juive, 9 novembre 2006). Tout cela est évidemment bien vu et il est utile de le dire. Mais…


La bonne question est : pour qui, pour quoi roule Zemmour ?


Il rappelle volontiers ses origines : “Mes ancêtres étaient des Juifs berbères” (RMC, 7 janvier 2008). Sa famille séfarade installée en France lors de la guerre d’Algérie, il a vécu son enfance et sa jeunesse à Drancy au coeur de la communauté juive locale, en faisant toutes ses études dans des établissements confessionnels donnant une éducation juive traditionnelle.


Il a appliqué le principe d’endogamie, vital pour toute communauté, en épousant une séfarade, Mylène Chichportich. Il ne cache pas ses liens sentimentaux forts avec sa communauté d’origine (ce qui est bien normal). Lorsque a couru le bruit que ses déclarations fracassantes allaient provoquer sa déchéance professionnelle, on a vu se mobiliser beaucoup de gens, en particulier sur le net, pour signer des pétitions de soutien en sa faveur. Est-ce pour cette raison que Zemmour n’a subi finalement aucun ennui ? Nous n’aurons pas la naïveté de le croire. Nous pensons qu’il y a une “opération Zemmour destinée à susciter au sein de la droite de la droite une sympathie pour le message qu’incarne Zemmour : face à l’immigration-invasion, union sacrée des Européens, des Américains et des Juifs (Israël étant “le bastion de l’Occident” face à l’islam, qu’il faut donc soutenir inconditionnellement).


... Sur le plan purement politique, l’opération de séduction fonctionne bien. Assurée par des relais au sein de mouvements d’extrême droite. Ainsi Fernand Cortès, tête de liste dans l’Aude d’une Ligue cache sexe du Bloc Identitaire aux dernières élections régionales a signé la pétition “Raison
garder” lancée par des sionistes “de droite”. Il explique ainsi la position du Bloc Identitaire : “Ses
relations avec la communauté juive sont bonnes (je suis bien placé pour en parler car je suis à l’origine de leur développement) et elles deviennent excellentes car de très nombreux Juifs deviennent sympathisants du BI et le soutiennent résolument”. Interrogée par des militants au sujet de cette déclaration, la direction du Bloc est restée muette. Qui ne dit mot consent…


... Le plus important n’est sans doute pas là. Il est dans le travail d’influence mené par certains agents d’Israël dont le prototype est un certain Patrick Brinkmann. Celui-ci, officiellement citoyen germano-suédois, dispose de fonds très importants censés provenir de sa (grosse) fortune personnelle… Il a commencé par bien cacher son jeu. Après avoir assisté à la Table Ronde de Terre&Peuple en 2006 et s’être déclaré très favorablement impressionné par cette réunion, Brinkmann avait manifesté la volonté de créer une structure de liaison et de coordination entre le plus grand nombre possible de mouvements identitaires européens, baptisée Kontinent Europa Stiftung (“Fondation Continent Europe”), qui devait prendre l’initiative d’activités internationales axées sur l’identité européenne (voir Terre&Peuple Magazine, n° 32, été 2007). Cette initiative parut tout à fait sympathique et fut donc approuvée par Terre et Peuple, en France, le Thule-Seminar en Allemagne, TierrayPueblo en Espagne. Mais lorsque les dirigeants de ces mouvements proposèrent d’organiser une première rencontre européenne destinée à faire connaître la KES, Brinkmann tergiversa longuement. Tout en manifestant progressivement, en contradiction avec ses premières déclarations, des prises de position tellement ambiguës qu’on pouvait se poser des questions sur ses véritables motivations.


Si bien que Pierre Vial (Terre et Peuple) et Pierre Krebs (Thule-Seminar) décidèrent de rompre leurs relations avec lui. Tout s’éclaira récemment lorsque Brinkmann annonça son intention de financer largement, en Allemagne, certaines campagnes électorales de mouvements “de droite” très hostiles à l’islam, à condition que les organisations profitant de ses largesses affichent leur soutien à Israël. Il a explicité son point de vue en déclarant à une agence de presse : “Notre culture européenne est judéo-chrétienne (…) C’est une chance que le destin des juifs et des chrétiens soit entrelacé (…) J’ai visité Israël, je suis allé à Yad Vashem non comme un touriste mais pour pleurer. (…) Le judaïsme va de pair avec la culture européenne”.

Dans la foulée, il a annoncé qu’il organisait pour 2011 un “pèlerinage européen” à Jérusalem, car il faut “une entente entre l’Europe et Israël pour leur survie”. Brinkmann a noué des rapports suivis avec les animateurs de mouvements d’extrême droite dans divers pays (entre autres, en Autriche et en Espagne, comme cela vient d’être révélé dans ce pays par une revue à grand tirage qui est l’équivalent de Play-boy…), en annonçant vouloir financer leurs campagnes électorales (il a la réputation d’être riche, mais on peut se demander quelle est la véritable origine de ces fonds…). Quel sera, pour ces mouvements, le prix politique à payer ?


Car certains mouvements dits “populistes”, dont les succès électoraux révèlent – et c’est une très bonne chose en soi – une volonté populaire de résister à l’invasion immigrée, se révèlent par ailleurs très perméables à l’influence sioniste. Aux Pays-Bas, le Parti pour la Liberté est en constante progression aux élections. Son chef, Geert Wilders, est allé prêcher aux États-Unis en faveur d’une “alliance des patriotes face à la montée du péril islamiste”. Il a déclaré à New-York en novembre 2009 : “Je viens en Amérique avec une mission. (…) Je soutiens Israël (…) parce que c’est notre première ligne de défense (…) J’ai vécu dans ce pays et je l’ai visité des douzaines de fois (…) Israël est un phare, une lumière dans l’obscurité de l’Orient, la seule démocratie. La guerre contre Israël est une guerre contre l’Occident”.


Bien entendu ce message a été abondamment relayé en France, sur internet, par les sites sionistes, qui font le forcing pour convaincre les identitaires européens de faire “l’union sacrée”.


Parfois en des termes inouïs, qui devraient normalement tomber sous le coup de la loi (mais…). Ainsi, un fou furieux utilisant le pseudo (transparent pour un séfarade) de Charles Dalger appelle au massacre de ceux qu’il appelle les “nazislamiste” (un terme, repris par d’autres agitateurs, dont le caractère obsessionnel est révélateur).


Par ailleurs il y aurait beaucoup à dire sur les relations de chefs de mouvements d’extrême droite,
en Autriche, en Italie, au Danemark avec des agents d’influence sioniste.


Soyons bien clairs : est évidente, indiscutable, impérative la nécessité de lutter par tous les moyens contre l’invasion-immigration et nous mettons toute notre énergie dans ce combat pour l’identité et la survie des peuples européens. Mais en étant lucides. Et donc en refusant de nous laisser piéger et manipuler pour servir de troupes d’appoint pour la défense des intérêts juifs, c’est-à-dire une cause qui, légitimement, est celle des Juifs mais qui n’est donc pas la nôtre.

 

 

Source

 

- Zemmour et les théories du complot ou Zemmour démasqué

Publié sur le blog du Christ-Roi

mercredi, 11 août 2010

Groupes réducteurs et noyaux dirigeants (III)

 

 LES LOIS DE FONCTIONNEMENT DE CE GENRE DE GROUPE

Continuons maintenant par un examen de la vie du groupe. Mais soulignons au passage que la nature même d’une analyse comme celle-ci impose de décrire successivement des phénomènes qui sont généralement plus ou moins simultanés.

Loi de réduction

Autour de la table ronde, les délibérants vont donc se trouver “unis” par la nécessité fictive d’élaborer leur « motion commune ».

Mais si tous les avis sont libres de se former et de s’exprimer, ils sont toutefois plus ou moins vrais, c’est-à-dire que les jugements formulés par les uns et les autres seront plus ou moins en concordance avec la réalité actuelle ou possible. Autrement dit : l’intelligence, la formation ou l’expérience de certains participants est plus grande que celle des autres, quant au sujet étudié. Et ceux-là sont toujours les moins nombreux. Nous sommes ici en présence d’un phénomène statistique, couramment analysé par la distribution en cloche, dite « loi de Gauss ». Ce petit nombre de gens compétents a donc une valeur de connaissance positive à apporter au groupe. Dans un contexte de vie normale, on dira que leur « avis fait autorité ».

Mais ici, aucune autorité n’est admise. La fiction de l’égalité doit être préservée. Ceux dont l’opinion est différente, doivent avoir la liberté d’opiner. Et leur nécessaire fraternité n’a pas pour but la connaissance d’une réalité, mais l’élaboration d’une opinion.

Alors se produit un brassage d’idées, d’avis différents. Plus ils sont variés et nombreux, plus la connaissance de la réalité sera troublée. Peu à peu elle paraîtra incertaine. De cette confusion, alors, naîtront dans les esprits divers amendements, de nouvelles variantes, d’autres opinions. La confusion tend donc à croître.

Ceux qui y voyaient clair tout à l’heure, ont déjà l’esprit barbouillé. D’aucuns ont envie de s’en aller… Mais l’union commande… Il faut se mettre d’accord sur un fond qui soit susceptible de rassembler les suffrages. Pour cela, chacun doit faire un effort. Ceux qui ont plus d’expérience et d’intelligence du problème étudié sont donc sollicités d’abandonner une part de leur avis personnel, au moins dans le cadre du groupe.

On trouvera donc finalement une motion commune, mais celle-ci s’établira par une réduction de la correspondance entre les idées et la réalité. Il est évident en effet, qu’un accord entre des personnes de jugements différents, basés sur des compétences différentes, ne peut être trouvé que sur un minimum commun. D’autant qu’au nom de l’égalité, les opinions du grand nombre de ceux qui en savent le moins, tendent à l’emporter sur les avis du petit nombre de ceux qui en savent le plus. L’effet de masse jouant ainsi, le degré de connaissance moyen se trouve naturellement nivelé au plus bas.

Nous arrivons donc à la première loi que l’on peut énoncer ainsi :

Théorème 1 : LOI DE RÉDUCTION

Des égaux délibérants, groupés suivant le principe de la liberté de pensée, ne peuvent fraterniser autour d’une motion commune qu’en opérant une réduction dans leur connaissance de la réalité.

Ainsi, l’argument moteur de la fraternité conduira à abandonner plus ou moins aisément ce qu’on se sera habitué à ne plus considérer que comme son opinion.

Loi de sélection

Et le mécanisme continue à tourner. À la réunion suivante, les propositions seront encore plus confuses.

  • D’aucuns trouveront que certains points doivent être remis en cause.
  • Des difficultés d’application ont surgi, qui vont poser de nouvelles questions et compliquer le problème.
  • Ceux qui n’ont pas encore perdu de vue le réel actuel ou possible, sont excédés par tant de discours, ou deviennent moins sûrs d’eux-mêmes.
  • Ceux qui aiment bavarder, se plaisent au jeu.

Ainsi, tandis que de nouvelles réductions tendent à s’opérer, une sélection commence à se produire.

En effet, dans le jeu qui est en train de s’accélérer, tous ne brillent pas également.

En particulier les hommes d’œuvre, ceux qui sont le plus portés à l’effort, à la réalisation, au concret, sont mal à l’aise. Ils sont lourds de leur expérience, peu brillants en paroles, et plus naturellement portés à démontrer la vérité par l’efficacité, qu’à convaincre par des discours. Les « dynamiciens » diront qu’ils constituent un “poids mort”. Tôt ou tard, suivant leur degré de réduction ou leur tempérament, leur bon sens va se révolter. Ils voudront « faire entendre raison ». Mais cela n’est possible qu’en contrariant le sens de rotation des rouages d’un mécanisme qui est déjà en pleine vitesse et en pleine accélération. Dès lors, il y a choc.

  • Et dans ce choc, si la personnalité n’est pas assez solide, elle peut être broyée par les dents de l’engrenage, et “passée à la moulinette”. Telle personne reviendra alors de ces séries de tables rondes, désorientée, désabusée, l’esprit troublé, ayant perdu confiance en elle-même, et prête à toutes les réformes, révolutions ou remises en question, pourvu qu’un meneur lui fasse croire qu’elles sont l’expression de la volonté générale ; ou bien, écœurée, elle se réfugiera dans un relativisme absolu. En bref, on aura désappris quelque chose, on aura été réduit, recyclé, etc.
  • Ou bien le choc sera celui d’une personnalité solide, et alors elle rebondira sur les dents de l’engrenage, et elle sera rejetée. Rejet qui peut se manifester calmement par une absence volontaire à la prochaine réunion, ou par des altercations de plus en plus violentes assorties d’un départ fracassant, commenté avec mépris et moquerie par ceux qui restent. Rejet qui peut être encore une pure et simple expulsion de ce gêneur, de ce “poids mort”, qui ramène constamment sur le tapis son expérience, ou les contraintes du réel. Tel ingénieur peut être prié plus ou moins poliment de quitter le séminaire où son attitude le rend indésirable. Tel monsieur respectable fut conspué et expulsé entre deux “gorilles” dans une assemblée de la Sorbonne en 1968.

Et tandis que ceux qui pourraient apporter le plus de vérité au groupe sont peu à peu mis en retrait, c’est au contraire les moins solides qui vont se trouver “en vedette”. Plus “légers” de connaissances, dépourvus d’expérience, moins préoccupés de la réalité objective, ce sont les bavards, les plumitifs, les étudiants prolongés en professeurs, bref ceux que l’on qualifie couramment aujourd’hui “d’intellectuels”, qui vont briller. Peu enclins à l’effort des réalisations, et aux recoupements qu’elles imposent sans cesse, ceux-ci ont depuis longtemps trouvé plus commode les succès oratoires. Or dans le « travail social » en cours, l’essentiel est justement de savoir convaincre en parole. C’est l’ère du parlementarisme qui s’offre à eux, dans lequel ils vont se sentir particulièrement à l’aise.

En somme, il s’opère ici, un triage analogue à celui des minerais, qui met en jeu la flottaison par différence de densité des éléments moins lourds. Nous voyons donc apparaître la loi de sélection, que l’on peut résumer ainsi :

Théorème II : LOI DE SELECTION

Dans une assemblée d’égaux délibérants, groupés suivant le principe de la liberté de pensée, la réduction consentie au nom de la fraternité, s’accompagne d’une sélection parmi les individus présents. Cette sélection tend à éliminer les personnalités les plus riches, et à mettre en vedette celles qui sont “réduites” d’avance.

Ces deux lois, réduction de la pensée et éliminations des personnalités fortes, semblent condamner les groupes réducteurs à la disparition. Logiquement, ils devraient tendre à s’éliminer d’eux-mêmes, car ils fonctionnent à rebours de la réalité. Or nous assistons, depuis deux cents ans, à leur multiplication, devenue quasi exponentielle dans les dernières décades. Il faut donc en chercher la raison dans l’analyse d’autres phénomènes.

Notes

[1] St. Thomas De principiis Naturae, Des principes de la réalité naturelle.

Source: Vive Le Roy

mercredi, 04 août 2010

La querelle du droit naturel (V)

 

 Conclusions

Il est temps de conclure. Nous le ferons par quelques séries de remarques.

Tout d’abord, nous voudrions souligner que le droit naturel ne fut pas une simple construction de l’esprit. Aristote décrivait ce qu’il observait dans les Cités grecques de son temps ; ses idées inspirèrent durablement les juristes romains et continuèrent à guider la pratique médiévale. La méthode des juristes en fut marquée : pour les adeptes du droit naturel classique, le droit est une casuistique, une confrontation d’opinions et d’espèces, une recherche patiente. Ce système connut de longs siècles d’utilisation, alors que les déductions légalistes des modernes ne couvrent dans l’histoire qu’une période relativement brève.

Soulignons ensuite que les accusations portées contre le jusnaturalisme moderne ne concernent pas le droit aristotélicien-thomiste :

  • loin d’être un dogmatisme autoritaire immuable, c’est une méthode souple, réaliste, véritablement empirique ;
  • loin d’être une construction idéaliste rivalisant avec le droit positif, c’est une manière sérieuse de fonder l’autorité des lois positives humaines, sans pourtant les ériger en despotes ;
  • loin d’être un subjectivisme étroit, c’est un droit objectivement tiré de la nature ;
  • loin de confondre le droit avec la morale, c’est la doctrine qui précise le mieux l’objet spécifique du droit et le situe à l’intérieur de la morale.

En bref, le droit naturel classique, correctement compris, représente un double dépassement du positivisme et de l’idéalisme, ces deux grandes erreurs dont les philosophies du droit modernes ne sont jamais parvenues à s’affranchir complètement. Et, par là, il demeure d’une singulière actualité.

Guy Augé

Source: Vive Le Roy