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lundi, 27 décembre 2010

Groupes réducteurs et noyaux dirigeants (X)

 

 Paroles de pape

Après l’annexe précédente, consacrée à un texte de Marc Sangnier, il est bon de citer ici quelques extraits de la lettre encyclique que le Pape, Saint Pie X, consacra aux doctrines sociales du Sillon, et à leur condamnation par l’Église.

Nous avons souligné certains passages, et porté des sous titres en marge, en vue de mieux faire ressortir les rapports avec le plan que nous avons adopté pour notre étude.

Extraits de la lettre encyclique sur le Sillon. Saint Pie X - Pape - 25 Août 1910

….. Le Sillon s’égarait. Pouvait-il en être autrement ?

Ses fondateurs, jeunes, enthousiastes et pleins de confiance en eux-mêmes, n’étaient pas suffisamment armés de science historique, de saine philosophie et de forte théologie pour affronter sans péril les difficiles problèmes sociaux vers lesquels ils étaient entraînés par leur activité et leur cœur, et pour se prémunir, sur le terrain de la doctrine et de l’obéissance, contre les infiltrations libérales et protestantes.

Non, la civilisation n’est plus à inventer ni la cité nouvelle à bâtir dans les nuées

Le Sillon a le noble souci de la dignité humaine. Mais cette dignité, il la comprend à la manière de certains philosophes dont l’Église est loin d’avoir à se louer.

Le premier élément de cette dignité est la liberté, entendue en ce sens que, sauf en matière de religion, chaque homme est autonome.

De ce principe fondamental il tire les conclusions suivantes :

  • Aujourd’hui, le peuple est en tutelle sous une autorité distincte de lui, il doit s’en affranchir : émancipation politique.
  • Il est sous la dépendance de patrons qui, détenant ses instruments de travail, l’exploitent, l’oppriment et l’abaissent ; il doit secouer leur joug : émancipation économique.
  • Il est dominé enfin par une caste appelée dirigeante, à qui son développement intellectuel assure une prépondérance indue dans la direction des affaires ; il doit se soustraire à sa domination : émancipation intellectuelle.

Le nivellement des conditions à ce triple point de vue établira parmi les hommes l’égalité, et cette égalité est la vraie justice humaine.

Une organisation politique et sociale fondée sur cette double base, la liberté et l’égalité (auxquelles viendra bientôt s’ajouter la fraternité), voilà ce qu’ils appellent démocratie.

… Et voilà la grandeur et la noblesse humaine idéale réalisée par la célèbre trilogie : Liberté, Égalité, Fraternité

Telle est, en résumé, la théorie, on pourrait dire le rêve, du Sillon, et c’est à cela que tend son enseignement et ce qu’il appelle l’éducation démocratique du peuple, c’est-à-dire à porter à son maximum la conscience et la responsabilité civiques de chacun, d’où découlera la démocratie économique et politique, et le règne de la justice, de l’égalité et de la fraternité.

Ce rapide exposé, vénérables Frères, vous montre déjà clairement combien Nous avions raison de dire

  • que le Sillon oppose doctrine à doctrine,
  • qu’il bâtit sa cité sur une théorie contraire à la vérité catholique et
  • qu’il fausse les notions essentielles et fondamentales qui règlent les rapports sociaux dans toute société humaine.

Cette opposition ressortira davantage encore des considérations suivantes.

  • … Au reste, si le peuple demeure le détenteur du pouvoir, que devient l’autorité ? Une ombre, un mythe ; il n’y a plus de loi proprement dite, il n’y a plus d’obéissance …
  • … Un ordre, un précepte, serait un attentat à la liberté ;
  • la subordination à une supériorité quelconque serait une diminution de l’homme, l’obéissance une déchéance.

Est-ce ainsi, Vénérables Frères, que la doctrine traditionnelle de l’Église nous représente les relations sociales dans la cité même la plus parfaite possible ?

Est-ce que toute société de créatures dépendantes et inégales par nature n’a pas besoin d’une autorité qui dirige leur activité vers le bien commun et qui impose sa loi ?

Le Sillon qui enseigne de pareilles doctrines et les met en pratique dans sa vie intérieure, sème donc parmi votre jeunesse catholique des notions erronées et funestes sur l’autorité, la liberté et l’obéissance.

Il n’en est pas autrement de la justice et de l’égalité. Il travaille, dit-il, à réaliser une ère d’égalité, qui serait par là même une ère de meilleure justice. Ainsi, pour lui, toute inégalité de condition est une injustice ou, au moins, une moindre justice ! Principe souverainement contraire à la nature des choses, générateur de jalousie et d’injustice et subversif de tout ordre social …

Il en est de même de la notion de fraternité, dont ils mettent la base dans l’amour des intérêts communs, ou, par delà toutes les philosophies et toutes les religions, dans la simple notion d’humanité, englobant ainsi dans le même amour et une égale tolérance tous les hommes avec toutes leurs misères, aussi bien intellectuelles et morales que physiques et temporelles.

Or, la doctrine catholique nous enseigne que le premier devoir de la charité n’est pas dans la tolérance des convictions erronées, quelques sincères qu’elles soient, ni dans l’indifférence théorique ou pratique pour l’erreur ou le vice où nous voyons plongés nos frères, mais dans le zèle pour leur amélioration intellectuelle et morale non moins que pour leur bien-être matériel…

… Non, Vénérables Frères, il n’y a pas de vraie fraternité en dehors de la charité chrétienne, qui, par amour pour Dieu et son Fils Jésus-Christ notre sauveur, embrasse tous les hommes pour les soulager tous et pour les amener à la même foi et au même bonheur du ciel. En séparant la fraternité de la charité chrétienne ainsi entendue, la démocratie, loin d’être un progrès, constituerait un recul désastreux pour la civilisation…

… Eh quoi ! on inspire à votre jeunesse catholique la défiance envers l’Église, leur mère ; on leur apprend

  • que depuis dix-neuf siècles, elle n’a pas encore réussi dans le monde à constituer la société sur ses vraies bases ;
  • qu’elle n’a pas compris les notions sociales de l’autorité, de la liberté, de l’égalité, de la fraternité et de la dignité humaine ;
  • que les grands évêques et les grands monarques, qui ont créé et si glorieusement gouverné la France, n’ont pas su donner à leur peuple ni la vraie justice, ni le vrai bonheur, parce qu’ils n’avaient pas l’idéal du Sillon !

Le souffle de la Révolution a passé par là, et nous pouvons conclure que si les doctrines sociales du Sillon sont erronées, son esprit est dangereux et son éducation funeste.

Adrien Loubier

Source: Vive le Roy

lundi, 22 novembre 2010

Groupes réducteurs et noyaux dirigeants (IX)

 Paroles de démocrate

Sous la plume d’un célèbre démocrate, Marc Sangnier, nous trouvons les lignes suivantes. Elles paraissent particulièrement propres à définir ce que nous avons appelé les noyaux dirigeants, et que Sangnier appelle « centre d’attraction », ou « majorité dynamique ».

À ceux qui croyaient encore que la démocratie était le règne de la majorité, ce texte enlèvera sans doute leurs illusions. C’est bien le règne d’une minorité, une « infime minorité » même, nous précise candidement Marc Sangnier.

Il peut être utile aussi de rappeler que le Sillon fut condamné par l’Église, et mérita l’accusation de prétendre « construire la cité chrétienne sur les nuées » (Saint Pie X - Lettre sur le Sillon).

C’est donc bien un “prince des nuées” qui nous parle : Les mots soulignés le sont par nous.

Non seulement notre démocratie n’exige pas pour se mettre en route une unanimité de saints, elle ne réclame même pas une MAJORITÉ NUMÉRIQUE ; UNE MINORITÉ, peut être une INFIME MINORITÉ suffit. Je m’explique :

Les forces sociales sont en général orientées vers des intérêts particuliers, dès lors, nécessairement contradictoires et tendant à se neutraliser. Ce n’est pas ici que j’aurais besoin de faire ressortir comment de la divergence même des intérêts particuliers on déduit logiquement la nécessité d’un organe propre à défendre l’intérêt général qu’il serait puéril de considérer comme la somme des intérêts particuliers.

Il suffit donc que quelques forces affranchies du déterminisme brutal de l’intérêt particulier soient orientées vers l’intérêt général, pour que la résultante de ces forces, bien que numériquement inférieure à la somme de toutes les autres forces, soit pourtant supérieure à leur résultante mécanique.

Dès lors, si l’on trouve un CENTRE D’ATTRACTION capable d’orienter dans le même sens quelques-unes de ces forces qui se contrariaient et se neutralisaient, celles-ci pourront l’emporter et le problème sera résolu.

La démocratie apparaîtra toujours, au contraire, comme l’expression d’une orientation, le sens d’un mouvement. Plus il y aura de citoyens pleinement conscients et responsables, mieux sera réalisé l’idéal démocratique ; mais, pour commencer, il n’est pas besoin d’une MAJORITÉ NUMÉRIQUE, il suffit d’une MAJORITÉ DYNAMIQUE…. Marc Sangnier

Notes

[1] St. Thomas De principiis Naturae, Des principes de la réalité naturelle.

Source: Vive Le Roy

lundi, 08 novembre 2010

Le Nouvel Ordre Mondial (N.O.M.) veut la disparition de l'Eglise

Le Nouvel Ordre Mondial veut la disparition de l'Eglise

 

Une interviewe d'un prêtre et médecin argentin, spécialiste de l'ONU, qui met au jour les objectifs du Nouvel Ordre Mondial. Traduction de Carlota (2/10/2011) pour Benoît-et-moi.fr

 

Carlota

« Le Nouvel Ordre Mondial veut la disparition de l’Église Catholique » dit un spécialiste de l’ONU

Le prêtre et médecin argentin Juan Claudio Sanahuja, est responsable du portail internet catholique www.noticiasglobales.org ; ce site, créé il y a une douzaine d’années apporte des éléments clairs et fiables pour comprendre les thèmes visant à la promotion des « nouveaux droits » et de la « nouvelle éthique », dans un contexte de contestation de l’Église catholique et du successeur de Pierre, pour l’instauration d’un nouvel ordre mondial (NOM). Ce prêtre est devenu un spécialiste de l’ONU (dans le sens d’observateur de l’ONU).


Il a évoqué récemment le sujet avec le journaliste Luis Losada Pescador de l’hebdomadaire catholique espagnol Alba. L'interviewe donne un éclairage sur les oppositions anecdotiques mais largement relayées par la presse espagnole contre la venue du Pape en Espagne.
Durant son très court prochain voyage en Espagne, Benoît XVI va rencontrer, comme c’est la coutume, les responsables politiques et le « leader » actuel du parti d’opposition (qui, alors qu’il était au pouvoir n’a pas vraiment montrer sa volonté de défendre certaines valeurs). Sauront-ils l’écouter un petit peu ?

Original de l’article
ici .

 

La traduction de Benoît-et-moi.fr :

 

« Le Nouvel Ordre Mondial recherche la disparition de l’Église Catholique » dit un spécialiste de l’ONU, qui étudie depuis des années ce qu’on appelle le Nouvel Ordre Mondial (NOM), et l’intention que poursuivent les agences de l’Organisation des Nations Unies de chambouler l’ordre naturel.
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- L’unique ennemi de l’idéologie du "genre " est l’Église qui affirme de façon catégorique des vérités en opposition totale avec la nouvelle idéologie, et la nouvelle éthique sans principes ni valeurs immanentes et immuables. L’éthique chrétienne est incompatible avec les nouveaux paradigmes de la NOM et la déclaration de Benoît XVI sur les principes non négociables est un défi pour les lobbies féministes, homosexuels et pro-avortements.

Question : Quel est le lobby le plus dangereux ?
Réponse : Le lobby gay, qui agit à l’intérieur de l’Église.

Q : Le gouvernement espagnol se présente lui-même comme le meilleur élève en ce qui concerne la promotion du mariage homosexuel (ndt: sans guillemet pour rester dans l’esprit du gouvernement espagnol qui a permis sa promotion), de l’avortement et de l’Alliance des Civilisations.
R : Il s’agit de thèmes géopolitiques qui étaient déjà dans le cadre international avant Zapatero (ndt: au pouvoir en Espagne depuis 2004). Mais il y a une différence entre une ONG ou une directive politique d’un organisme international, et une suggestion politique de l’Espagne, qu’on ne voit pas (ndt : en Argentine, plus largement pour les pays de l’ancien empire espagnol, et d’une manière générale toute l’Amérique latine) comme les centres du pouvoir anglo-saxon.

Q: On la voit comme la mère patrie.
R : Bon, c’est un concept un peu passé de mode, mais comme un pays ami, oui, et qui a beaucoup d’affinités avec nous. Et si l’Espagne le fait, pourquoi pas nous ?

Q: L’ONU a donné l’impulsion à des politiques pro-avortements, féministes et roses (ndt : dans le sens homosexualité). Pensez-vous qu’il soit préférable de les améliorer, ou bien de les annuler ?
R : Nous devons participer, parce qu’on ne peut pas abandonner des domaines entiers sans essayer d’y avoir une influence, même s’ils ont été créés par l’ennemi. Cela oui, mais en faisant attention à ne pas être des complices.

Q: Par exemple?

R : En donnant notre consentement à des choses qui paraissent inoffensives, mais qui ont un fond et un message pervers. Les fameux euphémismes (ndlr : la « novlangue »).

Q: Pourquoi cette pression pour faire sortir de le Saint Siège des Nations Unies? (ndlr : qui n’y est, il me semble, qu’à titre d’ « observateur »).
R : Parce qu’il complique la tâche des pays qui veulent imposer des politiques déterminées. Face à la contraception, à l’avortement, la perversion des droits humains, le Saint Siège est un obstacle.

Q : Venons-en à l’avortement. Il y en a qui considèrent que le terme « santé sexuelle et reproductive » est un terme qui peut être racheté, bien qu’il ait toujours été utilisé à la façon d’un euphémisme, comme synonyme d’avortement.
R : On n’a jamais pu donner un sens "bon" au terme santé reproductive. Il est né comme euphémisme pour "contraception" et même "avortement chimique". La santé sexuelle est venue après et au Canada non plus, on n’a pas dit clairement que la santé sexuelle et reproductive inclut l’avortement.
(..)
Q: Parlons des nouveaux droits, les droits dits de seconde ou troisième génération. C’est toujours cette tentative des tenants du progrès d’étendre leur idéologie, mais n’y a-t-il rien qui puisse être sauvé ?
R: Parmi les huit Objectifs du Millénaire pour le Développement, il y en a deux qui font référence au genre et à la santé sexuelle et reproductive, clairement anti-vie. Mais les autres aussi, parce qu’ils s’interprètent tous selon une explication féministe, abortive ou de culture de mort.

Q: Pourquoi tout le monde s'est-il rallié aux Objectifs du Millénaire?
R : Une minorité, par complicité; la majorité parce que c’est politiquement correct, c’est ce que commande la mode.

Q : Les théories du genre sont-elles la dernière rébellion contre Dieu?
R : Cela dépend de la part de qui. Dans le cadre des Nations Unies, c’est une rébellion ouverte contre Dieu. Mais pour la majorité c’est quelque chose qui est une marque de notre temps.

Q: Oui, mais ce ne sont pas ceux-là qui l’inscrivent sur leur agenda.
R : Non, pour ceux qui l’inscrivent sur leur agenda, la destruction de l’Église Catholique est un impératif parce qu’elle est l’unique frein.

Q: Changeons de façon d’aborder le sujet. Croyez-vous que la nouvelle religion mondiale prétende substituer au Décalogue un nouveau paradigme éthique ?

R : Oui. Une religion du subjectivisme, du relativisme qui combat tout type de vérité non négociable. Et ils infiltrent les religions. L’Église Catholique aussi. (ndt on peut supposer que cet homme nouveau, homme des mode et des suggestions variées, sera aussi un très malléable homo economicus, enfin tant qu’il existera sur terre, car cela n’aura qu’un temps, ne serait-ce que par l’extinction contraceptive de cette matière première, actuellement recherchée par ce nouvel ordre mondial émanation de la Supérieure Classe Sociale).

Q: Terminons avec l’avenir. Qu’est-ce qui va nous arriver?
R : Une persécution de l’Église Catholique ou des derniers de ceux qui resteront fidèles à la doctrine de l’Église. Pour le Nouvel Ordre, la disparition de l’Église Catholique est un impératif.

Q: Croyez –vous que l’Église est prête pour cette bataille?
R : Humainement je crois qu’une grande partie de l’Église n’est pas prête pour cette bataille. Mais l’Église est avant tout l’Épouse du Christ, et une réalité surnaturelle. C’est pourquoi le nombre de fidèles et de hautes autorités préparés pour la bataille importe peu. Ce que nous savons c’est que nous finirons par gagner, car le triomphe est promis.

 

Source: http://benoit-et-moi.fr/2010-III/0455009e0207c0b02/0455009e24080ba01.html

 

- "Nous sommes entrain d’assister à l’émergence d’un droit international tyrannique" (Mgr Schooyans)

- Mgr Lefebvre sur le gouvernement mondial (19 novembre 1989)

 

Source: Christ Roi

Groupes réducteurs et noyaux dirigeants (VIII)

 

 ANNEXES

 Introduction aux annexes

Nous avons essayé, dans les lignes qui ont précédé, d’analyser des mécanismes sociologiques qui président, dans tous les domaines, au fonctionnement de la plupart des groupes contemporains.

Cette démonstration est volontairement limitée à son essentiel ; elle n’est donc assortie que des exemples généraux indispensables à sa compréhension, un peu comme celle d’un théorème de géométrie.

Néanmoins, tout comme en mathématiques, il reste à faire les applications pratiques, les problèmes et exercices permettant de posséder et d’utiliser pleinement le théorème étudié.

Cet effort d’application, en général, ne peut être que personnel. Il sera d’autant plus facile que l’expérience sociale du lecteur sera plus grande. Les réactions de nombreux lecteurs nous l’ont déjà démontré.

  • Tel religieux, témoin de la dégradation de son ordre depuis quelques années, s’est écrié après avoir lu ces lignes : « l’auteur ne peut être qu’un de mes confrères… »
  • Tel membre de l’administration s’est écrié : « Ce texte est une analyse critique spécialement conçue par un haut fonctionnaire qui, comme moi, est écœuré par le fonctionnement occulte du Groupe d’Étude et de Recherche auquel je suis contraint de participer… »
  • Tel ingénieur conseil spécialisé dans les problèmes de formation a conclu : « Cet essai a pour but de critiquer les ravages sociaux de la Dynamique de Groupe que l’on m’oblige à employer ».
  • Etc. Etc.

Le Champ d’application des règles précédentes est en effet très vaste. C’est pourquoi il nous a paru utile de donner ci-après une liste de secteurs de recherches. Chaque lecteur pourra y trouver son compte.

Après quoi, quelques annexes nous ont paru utiles. Celles-ci comportent des textes, des citations, et quelques applications plus particulières ou pratiques.

Notre souhait le plus cher, est que cet effort soit prolongé, dans toutes les directions, par des hommes de bonne volonté que ce modeste travail aura pu intéresser. S’il plaît à Dieu …

Liste non exhaustive des secteurs possibles d’application des lois sociologiques des groupes réducteurs, pouvant donner lieu à des annexes.

  • Action Catholique
  • Forum de discussion sur le Web
  • Bureaux, Bureau - Paysage
  • Cellule de parti politique
  • Chambrée militaire
  • Classe non-directive
  • Club idéologique (Jean Moulin, Jacobins)
  • Club d’influence ( Rotary, Lyons)
  • Club de loisirs ( Club Méditerranée )
  • Comité d’entreprise
  • Concile
  • Conférences
  • Convents et loges
  • Coopératives
  • Couvent religieux
  • Délégués du personnel
  • Équipes sacerdotales
  • Famille égalitaire
  • Manifestations
  • Milieux sociologiques informels
  • Parlements
  • Pédagogie non-directive
  • Recyclages professionnels
  • Séminaires de prêtres
  • Syndicats
  • Synode, conciles, symposiums
  • Technique non-verbales
  • Technocratie
  • … etc.

 Les trois formes d’oppression

La clairvoyance sobre et concise de ce texte de Cochin, ainsi que sa reprise de la célèbre devise dont les mots clés ont été pris pour plan du début de notre étude, nous ont déterminé à le reproduire ici. Les mots soulignés le sont par nous.

Les trois formes d’oppression qui répondent aux trois états des sociétés de pensée ne sont pas un effet du tempérament des individus, un hasard, mais la condition de l’existence même de sociétés qui posent en principe la liberté absolue dans l’ordre intellectuel, moral et sensible.
  • Toute société de pensée est oppression intellectuelle par le fait même qu’elle dénonce en principe tout dogme comme une oppression. Car elle ne peut, sans cesser d’être, renoncer à toute unité d’opinion. Or une discipline intellectuelle sans objet qui lui réponde, sans idée, c’est la définition même de l’oppression intellectuelle.
  • Toute société d’égaux est privilège par le fait même qu’elle renonce en principe à toute distinction personnelle ; car elle ne peut se passer d’unité de direction. Or une direction sans responsabilité, le pouvoir sans autorité, c’est à dire l’obéissance sans respect, c’est la définition même de l’oppression morale.
  • Toute société de frères est lutte et haine par le fait qu’elle dénonce comme égoïste toute indépendance personnelle : car il faut bien qu’elle lie ses membres les uns aux autres, qu’elle maintienne une cohésion sociale. Et l’union sans amour c’est la définition même de la haine.

Augustin Cochin, Réflexion ( 1909 )

Notes

[1] St. Thomas De principiis Naturae, Des principes de la réalité naturelle.

Source: Vive Le Roy

mardi, 28 septembre 2010

Groupes réducteurs et noyaux dirigeants (VI)

 

 UN AUTRE GENRE DE GROUPE

Après l’analyse précédente, il peut être utile d’envisager au moins sommairement, les bases sur lesquelles un travail de groupe constructif peut s’établir. Nous supposons naturellement que la constitution de ce groupe est légitime et souhaitable.

Dès le départ, nous avons vu que le dyptique Liberté-Égalité semblait vouloir faire éclater le groupe. Pour lui maintenir son objectif de libéralisation maximale, pour en faire un groupe réducteur, il a fallu s’entêter.

Mais on peut aussi réagir plus sainement. Le simple bon sens y suffit. Quand on a remué des idées pendant un moment, que la structure du groupe rend difficile son fonctionnement, et tend à l’écarter de la réalité, il apparaît tout simplement nécessaire de réviser sa forme. C’est ce que nous allons faire ici.

La liberté du libéral

En premier lieu, faut-il accepter inconsidérément la liberté d’opinion comme un absolu en soi ? Que recouvre en fait l’attitude du “libre penseur” ? Un examen critique s’impose ici.

La liberté selon le dictionnaire Larousse, c’est l’absence de contrainte. Mais si l’on prend à la lettre cette définition, elle peut conduire aux absurdités les plus énormes.

Supposons par exemple que Pierre se trouve dans sa chambre au premier étage. Il a pleine liberté de se déplacer, en ce sens qu’il n’est pas contraint de rester en place, ou de se mouvoir dans telle direction plutôt que dans telle autre.

  • S’il veut maintenant sortir de la chambre où il se trouve, il sera libre de le faire, mais à condition de passer par la porte. S’il prétend traverser un mur au nom de sa liberté, il se cassera le nez.
  • Et si Pierre veut descendre au rez-de-chaussée, il est libre de le faire, mais à condition de passer par l’escalier.
  • S’il se jette par la fenêtre, il risque fort de se blesser.

Autrement dit, Pierre ne sera libre qu’à condition de soumettre sa volonté aux multiples contraintes de la réalité qui l’entoure.

Mais cet homme peut refuser cette soumission, et adorer stupidement sa prétendue liberté. Celle-ci devient alors pour lui la licence de faire n’importe quoi. Se jeter par la fenêtre, par exemple. Au besoin vous chercherez à l’en empêcher. Mais alors vous le contraindrez à se soumettre à la réalité. Cessera-t-il d’être libre ? Ce faisant, porterez-vous atteinte à sa liberté ? Évidemment non ; au contraire.

  • Car, si cet homme nie la pesanteur et se jette dans le vide, en fait, c’est qu’il n’est plus libre. Il est devenu fou, ce qui est une contrainte mentale.
  • Ou bien, s’il se trompe, sa liberté cesse lorsqu’il a posé son acte. Ensuite il devient le jouet d’une force qu’il ne peut plus maîtriser. Il tombe et il subit les conséquences de sa chute.

Sur le plan moral, intellectuel, pédagogique ou professionnel, le libéral, le libre penseur, nos égaux délibérants de tout à l’heure, refusent en fait les contraintes de la réalité. Ce sont des fous qui nient la pesanteur. Et comme eux, ils cessent d’être libres, et deviennent esclaves de leurs passions, de leurs désirs, de leurs ambitions, des rêves qu’ils construisent sur les nuées, puis des conséquences des actes que leur déraison leur aura fait poser.

La vraie liberté

Vous connaîtrez la vérité et la vérité vous rendra libres.

St. Jean 8-32.

Pour qu’il y ait liberté, il faut en effet reconnaître d’abord l’ordre des choses, les lois qui régissent la matière, celles qui gouvernent l’ordre moral, physiologique, social, professionnel, etc.

Pour cela il faut rechercher l’accord, l’identité entre sa pensée et la réalité. C’est l’acte même d’intelligence, de intelligere, connaître, lire dans les choses. Au terme de cet accord, il y a la vérité, qui sera d’autant plus complète qu’il sera parfait. C’est alors que l’on sera libre.

Libre par exemple de construire un escalier, un ascenseur, un avion ou une fusée, pour vaincre la force de pesanteur en se soumettant à son existence et à ses lois. « On ne commande à la nature qu’en lui obéissant », disait Francis Bacon.

Ainsi pour construire un pont, il faut d’abord étudier les lois de la mécanique, afin de les vaincre en s’y soumettant. Plus l’ingénieur les a comprises, mieux il pourra s’appuyer sur leur réalité, plus son pont sera réussi.

De même celui qui prétend construire une société, une pédagogie, une entreprise ou une profession, doit d’abord étudier les réalités objectives, les lois naturelles, l’ordre des choses, dans le domaine à l’amélioration duquel il prétend appliquer ses efforts. Plus il en aura l’intelligence, plus son œuvre sera réussie.

Ainsi, dans un groupe réaliste ( par opposition au groupe réducteur) ce n’est pas la liberté qui sera posée comme absolue au départ. Elle doit au contraire devenir le but à atteindre. Et pour atteindre à cette liberté, le moyen qui doit être affirmé tout d’abord, c’est la soumission au réel. Alors les intelligences pourront pénétrer cette réalité et trouver la vérité, qui seule peut rendre libre.

Égalité et Hiérarchie

Depuis plus de trente ans que je tiens la plume philosophique, j’ai toujours représenté la souveraineté du peuple comme une mystification oppressive, et l’égalité comme un ignoble mensonge.

Auguste Comte

« Si tu manges ce fruit tu seras l’égal de Dieu ». Le Serpent

Quant au problème de l’égalité, elle apparaît bien comme la première des nuées, celle qu’engendre directement le libéralisme. S’il est possible de défendre la vraie liberté en prenant le contre-pied de l’attitude libérale, ici, rien ne peut être tenté. L’égalité n’est pas récupérable. Elle n’est qu’une redoutable contradiction de la réalité.

Elle est tout d’abord une notion mathématique qui ne peut s’appliquer qu’à la quantité. L’employer en parlant des personnes est donc déjà au niveau des mots, une absurdité. Deux personnes sont en effet différentes. Elles peuvent à la rigueur peser aussi lourd l’une que l’autre, et l’on pourra dire que leurs poids sont égaux. Mais dire que « les hommes sont égaux entre eux » est aussi dépourvu de sens que de dire : « deux champs sont égaux », ou « deux villes sont égales. »

Quant au sens que l’on cherche à faire passer sous ce mot d’égalité, il n’est que le refus de la réalité. Et la réalité, c’est qu’une quelconque des qualités d’un individu n’est que très accidentellement l’égale de celle d’un autre ; c’est qu’il est impossible que toutes les qualités d’un individu soient égales à celles d’un autre ; c’est que de deux individus, l’un est toujours supérieur à l’autre, au moins dans un domaine particulier, sinon dans l’ensemble de ses dons.

La réalité c’est qu’il y a inégalité et diversité.

  • L’un est plus adroit, l’autre pèse plus lourd ;
  • l’un est plus travailleur, l’autre plus vertueux ;
  • l’un est plus intelligent, l’autre plus doué de mémoire, etc.

Et ce sont justement ces inégalités qui rendent possible la vie sociale. Car dans toute société, il faut

  • des mathématiciens pour calculer,
  • des chefs pour gouverner,
  • des hommes habiles pour travailler de leurs mains,
  • des hommes sages pour gérer,
  • des inventeurs pour inventer,
  • des entrepreneurs pour entreprendre,
  • des guerriers pour défendre la cité…

Rechercher l’égalité, c’est tuer la vie sociale. Un groupe d’égaux délibérants, tel que nous l’avons vu, n’est pas une société, c’est une dissociété. C’est pourquoi l’argument de la fraternité, de l’union nécessaire, est indispensable pour lui maintenir un semblant de cohésion, et le livrer aux mains des manipulateurs.

La mystification oppressive de la souveraineté du peuple conduira les égaux, par le chemin de la réduction, à la tyrannie des noyaux dirigeants. Devant eux ils ne seront plus un peuple, mais un troupeau de moutons, munis chacun d’un bulletin de vote.

Tant pis pour eux si leur jalousie les a rendus assez vils, pour ne pas accepter la réalité de leurs infériorités comme celles de leurs supériorités ; tant pis pour eux si leur orgueil les a rendus assez sots pour croire à l’ignoble mensonge social de l’égalité, ou confondre celle-ci avec la justice. Même au ciel, enseigne l’Église, il y a des hiérarchies.

À rebours de cette attitude, la soumission au réel doit reconnaître les inégalités, parce qu’elles sont un fait, et parce qu’elles sont un bienfait. Le groupe réaliste devra donc s’appuyer sur elles comme sur le fondement de toute vie sociale.

  • Il comportera une hiérarchie,
  • la reconnaissance des compétences de chacun,
  • la définition des rôles, des missions, des responsabilités.

Sous une direction clairement définie, chacun pourra alors apporter aux autres ce qu’il sait, donc accroître leur connaissance du réel. En bref

  • on apprendra quelque chose au lieu de désapprendre ;
  • on s’enrichira d’un peu plus de vérité, au lieu de s’appauvrir et de se réduire ;
  • enfin on pourra construire au lieu de détruire.

« La soumission est la base du perfectionnement », disait Auguste Comte.

La vraie Fraternité

Il faut distinguer entre l’Union “artificielle” fondée sur des théories et des principes, et l’Union “réelle” fondée sur des faits.

Augustin Cochin, La Révolution et la Libre Pensée.

Quant à la cohésion du groupe réaliste, il importe de bien voir que c’est autour de sa finalité qu’elle peut prendre une réelle consistance.

Le groupe n’est pas une nécessité en soi. Pour que son existence soit utile, il faut qu’il réunisse des personnes qui ont un bien commun à défendre ou à promouvoir. Un bien commun, c’est-à-dire un bien personnel commun à ceux qui se réunissent, un intérêt réel qui est propre à chacun d’eux. Alors, la finalité du groupe sera la réunion des efforts de plusieurs personnes pour défendre ou promouvoir le bien qui leur est commun.

Tandis que dans les groupes réducteurs, on ne rencontre généralement que des motifs de réunion vagues et lointains :

  • la Paix au Vietnam ;
  • l’apostolat de l’église ;
  • le bonheur de l’humanité.

Motifs de réunion qui ne sont que des finalités apparentes, impropres à créer le lien d’une vraie fraternité, mais propres à ouvrir la voie des nuées. Ces finalités apparentes cachent bien souvent la vraie finalité des groupes réducteurs, qui se trouve exprimée dans leur forme sociologique même, par la pratique de laquelle on veut réaliser la démocratie égalitaire.

Pour le groupe réaliste, au contraire, son existence n’est pas plus une fin en soi que sa forme. Celle-ci est organisée, dans ses principes essentiels, selon l’ordre des choses.

  • La soumission au réel en est la base.
  • Sa structure est hiérarchique.
  • Sa finalité est constituée autour d’un bien commun, base de la vraie fraternité entre ses membres.

Est-ce à dire que tous sont d’accord, qu’aucune divergence n’existe, qu’aucun problème ne se posera ? Certes non. Ce serait rêver que de le croire, même s’il peut être souhaitable de rechercher cette unité. Mais tous admettent au moins que la vérité n’est pas la moyenne de deux avis divergents, et que si deux personnes se contredisent, l’une au moins se trompe.

Dès lors, il ne sera pas demandé à l’un ou à l’autre de renoncer à tout ou partie de son avis pour adhérer à « l’opinion du groupe ». Mais on écoutera celui qui est le plus compétent, et le chef décidera sous sa responsabilité.

Dès lors l’action, non exempte d’erreur bien sûr, sera possible. Et cette action amènera l’épreuve du réel.

  • Si la décision a été sage, elle portera ses fruits.
  • Si l’on s’est trompé, on devra se soumettre à la réalité, réviser ses positions, acquérir un peu plus de vérité, donc de liberté.

Ainsi le perfectionnement sera le fruit de l’effort de soumission à l’ordre des choses, autant qu’à l’autorité de ceux qui sont supérieurs par les compétences ou par la charge.

La cohésion du groupe sera assurée par sa hiérarchie et par les différenciations des rôles de chacun, plutôt que par la volonté de créer une union illusoire autour d’un plus petit commun diviseur.

Notes

[1] St. Thomas De principiis Naturae, Des principes de la réalité naturelle.

Source: Vive Le Roy

mardi, 14 septembre 2010

Groupes réducteurs et noyaux dirigeants (V)

 

 LES NOYAUX DIRIGEANTS

La doctrine imaginée

Un véritable lavage sociologique des cerveaux peut donc s’opérer autour de la table ronde d’un recyclage ou d’un séminaire, comme au cours de la réunion d’une section syndicale, ou d’une commission de travail qui « cherche sa motivation ».

Mais il convient de bien remarquer que cette réduction du réel dans les esprits, s’accompagne d’une création. En effet, la libéralisation qui s’accentue “affranchit” les intelligences, élimine les contraintes du monde extérieur, met les opinions à l’abri des cruels impératifs de la réalité.

Le Travail Social passe de l’attaque à la défense : pour affranchir la pensée, il l’isole du monde et de la vie, au lieu de les lui soumettre. Il élimine le réel dans l’esprit au lieu de réduire l’inintelligible dans l’objet. (Augustin Cochin).

La pensée est enfin libre. La troupe raisonnante peut alors “créer” un monde imaginaire dont elle sera maîtresse. L’ère des « lumières », de la « raison souveraine », de la « libre pensée », est ouverte.

Que restera-t-il de ce travail après la réunion ?

  • Les motions qu’il produira fondront généralement comme du beurre au soleil des réalités.
  • Mais le mode de pensée des hommes aura été modifié. Détournée de son application à la réalité actuelle ou possible, leur intelligence n’évoluera plus que sur les nuées de l’idéalisme. Et cela peut aller fort loin ! Nous ne citerons qu’un exemple, celui de Carrier, le « bourreau de Nantes », qui s’écriait en massacrant les femmes et les enfants : «  Nous ferons périr la moitié de la France plutôt que d’abandonner notre idée  ». Entendez : Nous ferons périr la réalité d’un peuple, plutôt que d’abandonner la nuée de notre rêve. Tel était le fruit du travail social des clubs jacobins.
  • À la limite, le réel deviendra l’ennemi qu’il faut détruire, pour qu’il puisse faire place à la création du monde imaginaire que l’on a rêvé.

Nous sommes donc en présence d’un corollaire de la loi de réduction qui peut se résumer ainsi :

Corollaire 1 : LA DOCTRINE IMAGINÉE

La réduction du rapport des idées à la réalité au sein d’un groupe, entraîne la création d’une “doctrine imaginée” autour de l’opinion moyenne des personnes qui le constituent. Cette doctrine imaginée est d’autant plus haut placée sur les nuées que la réduction aura été plus intense.

Les princes des nuées

Mais si certains sont plus réfractaires que d’autres au processus de réduction, il en va de même pour le jeu de cette création. Ceux qui sont plus “légers” y sont plus doués et tendent à voler plus haut. Plus commodément entraînés par les courants d’air dominants de l’opinion moyenne, ils sont plus facilement “dans le vent”. Tandis que les personnalités les plus solides, les esprits les plus réalistes, sont incapables d’assimiler ce jeu qui contredit leur naturel, les “beaux parleurs” sont au contraire dans leur élément. Les voici enfin libres de satisfaire leur tendance à l’idéalisme, voire même de se venger de ce monde du réel, qui ne leur a accordé qu’un rôle médiocre, en rêvant un univers qui leur convient ! C’est tout de même plus commode que de se heurter à celui qui existe. C’est aussi plus exaltant pour l’orgueil de l’homme que de se soumettre humblement à l’ordre des choses. Nous retrouvons donc ici un corollaire de la loi de sélection que l’on peut résumer ainsi :

Corollaire 2 : LES PRINCES DES NUÉES

Les personnalités peu consistantes, mais parfois brillantes, que le groupe réducteur tend à sélectionner, sont tout naturellement les princes des nuées de la doctrine imaginée. Ils en sont les parlementaires.

Le gouvernement du Groupe

Mais le groupe pris en lui-même, n’est qu’une entité dépourvue de personnalité. Du point de vue de la pensée comme du point de vue de l’action, le groupe n’est rien de plus que le rassemblement d’un certain nombre d’individus. Il n’est donc pas plus capable de penser que d’agir. Parler de conscience ou de décision collective, c’est créer un mythe, c’est prendre une fiction pour une réalité. Ce à quoi porte tout naturellement ce petit “jeu de société”.

En effet sans aller bien loin, à l’issue de la réunion ou pendant celle-ci, il va bien falloir proposer une motion qui sera censée représenter la doctrine imaginée par la prétendue conscience collective. Un de nos lecteurs a-t-il déjà vu un groupe écrire une motion ? Bien sûr que non ! Pour écrire il faut un porte-plume. Pour tenir le porte-plume il faut une main. Et pour guider la main il faut une intelligence et une volonté personnelle.

La réalité la plus matérielle et la plus immédiate renvoie donc brutalement l’acte collectif dans les nuages. Il faut que quelqu’un écrive pour les autres. Et ce quelqu’un sera tout naturellement un prince des nuées sélectionné par le mécanisme ; généralement un “chic type” pas très doué, qui bravement acceptera la corvée. Mais dès les premiers mots, il va se sentir perdu. Comment présenter le papier ? Quels mots employer ? Depuis le temps qu’on parle, on a dit tant de choses diverses et contradictoires ! Comment les résumer ?

Alors un autre prince des nuées, ou plusieurs autres, vont l’aider. On lui suggérera la présentation. Telle phrase lui sera dictée, tel mot suggéré plutôt qu’un autre.

Et voici que le gouvernement du groupe s’organise, à l’insu du plus grand nombre, et parfois même, au début, de ceux qui en seront les tenants. Peu à peu, un petit noyau va se former, constitué généralement par des ratés ou des aigris, qui sont plus particulièrement portés à imaginer un monde fait pour eux, puisque celui du réel les a méconnus.

Ceux là ont souvent déjà quelques idées de la “nuée” sur laquelle ils voudraient s’installer. Non seulement leur horreur du réel les met particulièrement à l’aise dans la libéralisation maximale qui s’opère, mais voici que s’offre à eux un pouvoir très réel, bien qu’occulte.

D’un côté l’assemblée d’égaux délibérants se présente à eux comme une pâte molle, comme un troupeau sans chef.

  • Ils y discernent déjà les ennemis des nuées, les “moutons noirs”, ceux contre lesquels ils ont tant de rancœur à satisfaire, et dont ils sentent le malaise.
  • Ils y reconnaissent aussi les inconsistants faciles à manier, les “braves gens” qui n’y voient pas très clair, les vaniteux et les “beaux parleurs”. Et ils perçoivent aussi leurs semblables.

De l’autre côté, ils voient une ou deux “cloches” munies d’un porte-plume dont elles ne savent que faire, mais flattées de la confiance que leur a fait l’assemblée. Alors on se glisse. On suggère. On infléchit. Au besoin on dicte. On fait parler celui-ci, on isole celui-là…. Une difficulté s’élève ? On rappelle l’égalité. On égare la discussion. On renvoie la question au groupe …

Et celui, ou ceux, qui commencent à “tirer les ficelles” constatent que cela marche. Le mécanisme tourne. Mais il ne tourne plus seul. Maintenant, quelqu’un commande et gouverne son mouvement. Son noyau dirigeant est en place.

Alors des actes sont possibles. Naturellement, l’illusion de la décision collective sera maintenue à tout prix. Mais ce que l’on désignera ainsi, ne sera rien de plus que l’aval par oui ou par non d’une décision personnelle, adoptée par un nombre très restreint de dirigeants “de fait”, dont l’accord profond réside dans leur état de princes des nuées.

En définitive, le groupe ne sera plus qu’un troupeau manipulé, dont les individus ne pourront qu’approuver des motions écrites par une personne, et proposées par une autre. Le rêve égalitaire et libéral mènera donc à la dictature occulte d’une minorité irresponsable.

Phénomène que l’on peut retrouver à tous les niveaux de la vie sociale,

  • dans le conseil d’administration d’une société anonyme ou
  • dans un parlement,
  • dans un groupe d’action catholique ou
  • dans un synode d’évêques,
  • dans un syndicat ou dans une coopérative….

Ici encore la réalité quotidienne nous les met parfois sous les yeux : synarchie, Franc-Maçonnerie, technocratie, Assemblée permanente, Gouvernement du “parti”. Tous systèmes qui mettent en jeu des manipulations successives par des « cercles intérieurs » de plus en plus restreints.

Le fonctionnement reste toujours le même. Le plus souvent aucun pouvoir officiel n’appartient au noyau dirigeant, pas même la moindre présidence. Donc aucune responsabilité ne peut lui être infligée. Si cela tourne mal, c’est la potiche qui tient l’estrade que l’on casse ! Une autre la remplace. Mais le noyau dirigeant demeure.

Les Francs-Maçons du siècle dernier appelaient ce mode de gouvernement « l’art royal ». « Art royal », certes, mais d’un roi sans nom, sans responsabilité, et sans autre couronne que la satisfaction de sa volonté de puissance.

La technique de groupe méthodique

Nous avons mis en relief volontairement la constitution en quelque sorte spontanée du noyau dirigeant. Dans les débuts, en effet, l’amorçage du phénomène sociologique des groupes réducteurs peut en quelque sorte fonctionner tout seul.

Mais il n’en va pas ainsi longtemps.

Si le noyau dirigeant ne prend pas sa place aux commandes de l’appareil, l’existence même de celui-ci ne passera pas le cap de la première ou de la deuxième réunion. Livré à lui-même il se démantèlera tout seul.

Mais plus le consensus social est porté au vague des idées, au libéralisme et à l’égalitarisme, plus il y a de chances qu’un prince des nuées soit là pour prendre les choses en main. Aussi ne faut-il pas s’étonner si l’appareil semble parfois fonctionner tout seul.

Spontanéité qui peut faire illusion, et rendre même difficile le discernement des vraies causes du phénomène. « Comment ce groupe, animé semblait-il des meilleures intentions, a-t-il pu en arriver là ? » dira-t-on en lisant ses motions ou en constatant la réduction opérée dans ses membres. Et l’on se condamnera à ne pas voir les vraies racines du mal, si l’on se borne à chercher qui a pu organiser une telle corruption.

Car, si une organisation existe après un certain temps il pouvait fort bien ne pas y en avoir au début. Et pour comble, la partie apparente de cette organisation n’en est que la façade. Derrière le président potiche, rarement on aura discerné les vrais moteurs du noyau dirigeant, dont l’efficacité repose sur le fait qu’on les ignore.

Ainsi avons nous voulu insister sur les vraies racines de ce mécanisme sociologique, qui résident dans sa règle du jeu, ainsi que sur son fonctionnement le plus général. Mais il est évident que la courbe du milieu est encore plus accentuée, la libéralisation maximale plus rapide, la réduction plus efficace, la sélection plus intense, lorsque le jeu est méthodiquement organisé par une équipe d’animation. Plus les engrenages sont clairement définis au départ et fermement maintenus en place, plus on commande consciencieusement leur mise en rotation, plus les phénomènes que nous venons d’étudier sont rapides. Ils sont aussi plus évidents.

C’est par exemple la technique de groupe systématisée, avec ses diverses applications, telles que « pédagogie non directive », « libre expression », « recyclages », « séminaires », etc.. C’est encore la forme d’action des groupes de pression à structure des cercles intérieurs : PSU, franc-maçonnerie, Action catholique centralisée, clubs idéologiques, etc.. Ici la libéralisation maximale est préalablement recherchée. Point n’est besoin qu’un noyau prenne conscience du mode de fonctionnement de l’appareil. Sa forme est connue auparavant, au moins par certains, et sa fin méthodiquement poursuivie.

Mais toujours on retrouvera les mêmes principes de base, Liberté, Égalité, Fraternité, et le mécanisme social auquel ils aboutissent. Le fonctionnement sera lui aussi le même, et l’on y retrouvera les mêmes lois de réduction et de sélection.

Notes

[1] St. Thomas De principiis Naturae, Des principes de la réalité naturelle.

Source: Vive Le Roy

mardi, 07 septembre 2010

La grande manoeuvre : l'"union sacrée" des "européens"

 

Au sein de la communauté juive, beaucoup s’inquiètent des sombres perspectives qui s’offrent à elle. En Israël, où l’évolution démographique, compte-tenu des différences de taux de natalité chez les Juifs et chez les Arabes, va donner arithmétiquement à ces derniers, à plus ou moins long terme (en fait, dans quelques années), une position majoritaire.

Qu’adviendra-t-il le jour où cette masse se révoltera violemment ? La situation est tout aussi inquiétante en ce qui concerne la diaspora : en France et dans bien d’autres pays où l’immigration arabo-musulmane progresse sans cesse, les Juifs ressentent un sentiment d’insécurité. A juste titre car ils peuvent s’attendre à courir de graves dangers si l’impact du conflit du Proche-Orient met le feu aux poudres à l’échelle de la planète, la communauté juive devenant alors la cible de règlements de compte sanglants. Face à ces menaces, qui ne relèvent en rien de la science fiction, certains milieux juifs ont le souci, pour renforcer leur potentiel “militaire” d’autodéfense, de faire flèche de tout bois, y compris en essayant de trouver des alliés – ou plutôt des troupes supplétives, de style “harkis” – au sein de l’extrême droite européenne. En utilisant un argument simple mais efficace auprès des naïfs : tous ceux qui ont à faire face à la menace arabo-musulmane doivent s’unir à travers le monde, en oubliant d’éventuels griefs qui sont désormais d’importance secondaire.

 

La stratégie est ancienne. Ceux qui ont vécu l’époque de la guerre d’Algérie peuvent se souvenir de certains faits révélateurs : le soutien apporté par Jean-Marie Le Pen à l’expédition de Suez [Ndlr. 1956] à laquelle il participa et qui fut montée pour aider Israël contre l’Egypte ; le rôle, dans le camp “Algérie française”, de Jacques Soustelle, par ailleurs président de l’Alliance France-Israël ; la participation active (et efficace) à l’OAS de Juifs pieds-noirs.

Aujourd’hui, avec la présence massive d’immigrés d’Afrique du Nord et d’Afrique Noire, l’argument de “l’union sacrée” entre Juifs et Européens a pris un poids nouveau.

 

Cet argument est mis en avant par des gens dont certains sont déjà bien connus au sein de l’extrême droite européenne et dont d’autres méritent de l’être. Car leurs éventuelles dupes doivent être mises en garde. Passons rapidement sur les plumitifs. Après les ouvrages (par ailleurs bien documentés) d’Alexandre del Valle (pseudonyme), qui lui permirent d’être bien accueilli dans divers cercles d’extrême droite (jusqu’au jour où l’on apprit qu’il était invité à prendre la parole aux réunions du B’naï B’rith…), après La nouvelle question juive de Guillaume Faye (2007), qui sema la consternation chez ses plus vieux amis, après le soutien constant apporté à Israël par une presse dite “de droite” – dont le fleuron est sans doute Valeurs actuelles, sous la houlette d’un François d’Orcival qui cherche depuis si longtemps à faire oublier ses engagements de jeunesse – une offensive d’une tout autre ampleur est désormais engagée. Il s’agit de l’opération Zemmour. Ce journaliste, qui a participé le 13 février 2002, avec Michel Gurfinkiel (de Valeurs actuelles), à une réunion de la loge “France” du B’naï B’rith, est une plume vedette du Figaro et un chroniqueur quotidien très écouté de RTL. Il a le grand mérite d’énoncer sans complexe quelques vérités simples concernant l’immigrationinvasion. Par exemple, dans Petit frère (un roman axé sur l’assassinat d’un jeune juif par un jeune arabe, ami d’enfance), il décrit ainsi la France : “Un pays d’Arabes et de Noirs. Des millions et des millions. Ils tirent la France vers le bas. Avec eux, on devient un pays du tiers-monde. Les Français ont peur d’eux. Ils n’osent plus rien leur dire”. Ce qu’il résume par une formule-choc : “Nous vivons la fin de l’empire romain” (Actualité juive, 9 novembre 2006). Tout cela est évidemment bien vu et il est utile de le dire. Mais…


La bonne question est : pour qui, pour quoi roule Zemmour ?


Il rappelle volontiers ses origines : “Mes ancêtres étaient des Juifs berbères” (RMC, 7 janvier 2008). Sa famille séfarade installée en France lors de la guerre d’Algérie, il a vécu son enfance et sa jeunesse à Drancy au coeur de la communauté juive locale, en faisant toutes ses études dans des établissements confessionnels donnant une éducation juive traditionnelle.


Il a appliqué le principe d’endogamie, vital pour toute communauté, en épousant une séfarade, Mylène Chichportich. Il ne cache pas ses liens sentimentaux forts avec sa communauté d’origine (ce qui est bien normal). Lorsque a couru le bruit que ses déclarations fracassantes allaient provoquer sa déchéance professionnelle, on a vu se mobiliser beaucoup de gens, en particulier sur le net, pour signer des pétitions de soutien en sa faveur. Est-ce pour cette raison que Zemmour n’a subi finalement aucun ennui ? Nous n’aurons pas la naïveté de le croire. Nous pensons qu’il y a une “opération Zemmour destinée à susciter au sein de la droite de la droite une sympathie pour le message qu’incarne Zemmour : face à l’immigration-invasion, union sacrée des Européens, des Américains et des Juifs (Israël étant “le bastion de l’Occident” face à l’islam, qu’il faut donc soutenir inconditionnellement).


... Sur le plan purement politique, l’opération de séduction fonctionne bien. Assurée par des relais au sein de mouvements d’extrême droite. Ainsi Fernand Cortès, tête de liste dans l’Aude d’une Ligue cache sexe du Bloc Identitaire aux dernières élections régionales a signé la pétition “Raison
garder” lancée par des sionistes “de droite”. Il explique ainsi la position du Bloc Identitaire : “Ses
relations avec la communauté juive sont bonnes (je suis bien placé pour en parler car je suis à l’origine de leur développement) et elles deviennent excellentes car de très nombreux Juifs deviennent sympathisants du BI et le soutiennent résolument”. Interrogée par des militants au sujet de cette déclaration, la direction du Bloc est restée muette. Qui ne dit mot consent…


... Le plus important n’est sans doute pas là. Il est dans le travail d’influence mené par certains agents d’Israël dont le prototype est un certain Patrick Brinkmann. Celui-ci, officiellement citoyen germano-suédois, dispose de fonds très importants censés provenir de sa (grosse) fortune personnelle… Il a commencé par bien cacher son jeu. Après avoir assisté à la Table Ronde de Terre&Peuple en 2006 et s’être déclaré très favorablement impressionné par cette réunion, Brinkmann avait manifesté la volonté de créer une structure de liaison et de coordination entre le plus grand nombre possible de mouvements identitaires européens, baptisée Kontinent Europa Stiftung (“Fondation Continent Europe”), qui devait prendre l’initiative d’activités internationales axées sur l’identité européenne (voir Terre&Peuple Magazine, n° 32, été 2007). Cette initiative parut tout à fait sympathique et fut donc approuvée par Terre et Peuple, en France, le Thule-Seminar en Allemagne, TierrayPueblo en Espagne. Mais lorsque les dirigeants de ces mouvements proposèrent d’organiser une première rencontre européenne destinée à faire connaître la KES, Brinkmann tergiversa longuement. Tout en manifestant progressivement, en contradiction avec ses premières déclarations, des prises de position tellement ambiguës qu’on pouvait se poser des questions sur ses véritables motivations.


Si bien que Pierre Vial (Terre et Peuple) et Pierre Krebs (Thule-Seminar) décidèrent de rompre leurs relations avec lui. Tout s’éclaira récemment lorsque Brinkmann annonça son intention de financer largement, en Allemagne, certaines campagnes électorales de mouvements “de droite” très hostiles à l’islam, à condition que les organisations profitant de ses largesses affichent leur soutien à Israël. Il a explicité son point de vue en déclarant à une agence de presse : “Notre culture européenne est judéo-chrétienne (…) C’est une chance que le destin des juifs et des chrétiens soit entrelacé (…) J’ai visité Israël, je suis allé à Yad Vashem non comme un touriste mais pour pleurer. (…) Le judaïsme va de pair avec la culture européenne”.

Dans la foulée, il a annoncé qu’il organisait pour 2011 un “pèlerinage européen” à Jérusalem, car il faut “une entente entre l’Europe et Israël pour leur survie”. Brinkmann a noué des rapports suivis avec les animateurs de mouvements d’extrême droite dans divers pays (entre autres, en Autriche et en Espagne, comme cela vient d’être révélé dans ce pays par une revue à grand tirage qui est l’équivalent de Play-boy…), en annonçant vouloir financer leurs campagnes électorales (il a la réputation d’être riche, mais on peut se demander quelle est la véritable origine de ces fonds…). Quel sera, pour ces mouvements, le prix politique à payer ?


Car certains mouvements dits “populistes”, dont les succès électoraux révèlent – et c’est une très bonne chose en soi – une volonté populaire de résister à l’invasion immigrée, se révèlent par ailleurs très perméables à l’influence sioniste. Aux Pays-Bas, le Parti pour la Liberté est en constante progression aux élections. Son chef, Geert Wilders, est allé prêcher aux États-Unis en faveur d’une “alliance des patriotes face à la montée du péril islamiste”. Il a déclaré à New-York en novembre 2009 : “Je viens en Amérique avec une mission. (…) Je soutiens Israël (…) parce que c’est notre première ligne de défense (…) J’ai vécu dans ce pays et je l’ai visité des douzaines de fois (…) Israël est un phare, une lumière dans l’obscurité de l’Orient, la seule démocratie. La guerre contre Israël est une guerre contre l’Occident”.


Bien entendu ce message a été abondamment relayé en France, sur internet, par les sites sionistes, qui font le forcing pour convaincre les identitaires européens de faire “l’union sacrée”.


Parfois en des termes inouïs, qui devraient normalement tomber sous le coup de la loi (mais…). Ainsi, un fou furieux utilisant le pseudo (transparent pour un séfarade) de Charles Dalger appelle au massacre de ceux qu’il appelle les “nazislamiste” (un terme, repris par d’autres agitateurs, dont le caractère obsessionnel est révélateur).


Par ailleurs il y aurait beaucoup à dire sur les relations de chefs de mouvements d’extrême droite,
en Autriche, en Italie, au Danemark avec des agents d’influence sioniste.


Soyons bien clairs : est évidente, indiscutable, impérative la nécessité de lutter par tous les moyens contre l’invasion-immigration et nous mettons toute notre énergie dans ce combat pour l’identité et la survie des peuples européens. Mais en étant lucides. Et donc en refusant de nous laisser piéger et manipuler pour servir de troupes d’appoint pour la défense des intérêts juifs, c’est-à-dire une cause qui, légitimement, est celle des Juifs mais qui n’est donc pas la nôtre.

 

 

Source

 

- Zemmour et les théories du complot ou Zemmour démasqué

Publié sur le blog du Christ-Roi

mercredi, 11 août 2010

Groupes réducteurs et noyaux dirigeants (III)

 

 LES LOIS DE FONCTIONNEMENT DE CE GENRE DE GROUPE

Continuons maintenant par un examen de la vie du groupe. Mais soulignons au passage que la nature même d’une analyse comme celle-ci impose de décrire successivement des phénomènes qui sont généralement plus ou moins simultanés.

Loi de réduction

Autour de la table ronde, les délibérants vont donc se trouver “unis” par la nécessité fictive d’élaborer leur « motion commune ».

Mais si tous les avis sont libres de se former et de s’exprimer, ils sont toutefois plus ou moins vrais, c’est-à-dire que les jugements formulés par les uns et les autres seront plus ou moins en concordance avec la réalité actuelle ou possible. Autrement dit : l’intelligence, la formation ou l’expérience de certains participants est plus grande que celle des autres, quant au sujet étudié. Et ceux-là sont toujours les moins nombreux. Nous sommes ici en présence d’un phénomène statistique, couramment analysé par la distribution en cloche, dite « loi de Gauss ». Ce petit nombre de gens compétents a donc une valeur de connaissance positive à apporter au groupe. Dans un contexte de vie normale, on dira que leur « avis fait autorité ».

Mais ici, aucune autorité n’est admise. La fiction de l’égalité doit être préservée. Ceux dont l’opinion est différente, doivent avoir la liberté d’opiner. Et leur nécessaire fraternité n’a pas pour but la connaissance d’une réalité, mais l’élaboration d’une opinion.

Alors se produit un brassage d’idées, d’avis différents. Plus ils sont variés et nombreux, plus la connaissance de la réalité sera troublée. Peu à peu elle paraîtra incertaine. De cette confusion, alors, naîtront dans les esprits divers amendements, de nouvelles variantes, d’autres opinions. La confusion tend donc à croître.

Ceux qui y voyaient clair tout à l’heure, ont déjà l’esprit barbouillé. D’aucuns ont envie de s’en aller… Mais l’union commande… Il faut se mettre d’accord sur un fond qui soit susceptible de rassembler les suffrages. Pour cela, chacun doit faire un effort. Ceux qui ont plus d’expérience et d’intelligence du problème étudié sont donc sollicités d’abandonner une part de leur avis personnel, au moins dans le cadre du groupe.

On trouvera donc finalement une motion commune, mais celle-ci s’établira par une réduction de la correspondance entre les idées et la réalité. Il est évident en effet, qu’un accord entre des personnes de jugements différents, basés sur des compétences différentes, ne peut être trouvé que sur un minimum commun. D’autant qu’au nom de l’égalité, les opinions du grand nombre de ceux qui en savent le moins, tendent à l’emporter sur les avis du petit nombre de ceux qui en savent le plus. L’effet de masse jouant ainsi, le degré de connaissance moyen se trouve naturellement nivelé au plus bas.

Nous arrivons donc à la première loi que l’on peut énoncer ainsi :

Théorème 1 : LOI DE RÉDUCTION

Des égaux délibérants, groupés suivant le principe de la liberté de pensée, ne peuvent fraterniser autour d’une motion commune qu’en opérant une réduction dans leur connaissance de la réalité.

Ainsi, l’argument moteur de la fraternité conduira à abandonner plus ou moins aisément ce qu’on se sera habitué à ne plus considérer que comme son opinion.

Loi de sélection

Et le mécanisme continue à tourner. À la réunion suivante, les propositions seront encore plus confuses.

  • D’aucuns trouveront que certains points doivent être remis en cause.
  • Des difficultés d’application ont surgi, qui vont poser de nouvelles questions et compliquer le problème.
  • Ceux qui n’ont pas encore perdu de vue le réel actuel ou possible, sont excédés par tant de discours, ou deviennent moins sûrs d’eux-mêmes.
  • Ceux qui aiment bavarder, se plaisent au jeu.

Ainsi, tandis que de nouvelles réductions tendent à s’opérer, une sélection commence à se produire.

En effet, dans le jeu qui est en train de s’accélérer, tous ne brillent pas également.

En particulier les hommes d’œuvre, ceux qui sont le plus portés à l’effort, à la réalisation, au concret, sont mal à l’aise. Ils sont lourds de leur expérience, peu brillants en paroles, et plus naturellement portés à démontrer la vérité par l’efficacité, qu’à convaincre par des discours. Les « dynamiciens » diront qu’ils constituent un “poids mort”. Tôt ou tard, suivant leur degré de réduction ou leur tempérament, leur bon sens va se révolter. Ils voudront « faire entendre raison ». Mais cela n’est possible qu’en contrariant le sens de rotation des rouages d’un mécanisme qui est déjà en pleine vitesse et en pleine accélération. Dès lors, il y a choc.

  • Et dans ce choc, si la personnalité n’est pas assez solide, elle peut être broyée par les dents de l’engrenage, et “passée à la moulinette”. Telle personne reviendra alors de ces séries de tables rondes, désorientée, désabusée, l’esprit troublé, ayant perdu confiance en elle-même, et prête à toutes les réformes, révolutions ou remises en question, pourvu qu’un meneur lui fasse croire qu’elles sont l’expression de la volonté générale ; ou bien, écœurée, elle se réfugiera dans un relativisme absolu. En bref, on aura désappris quelque chose, on aura été réduit, recyclé, etc.
  • Ou bien le choc sera celui d’une personnalité solide, et alors elle rebondira sur les dents de l’engrenage, et elle sera rejetée. Rejet qui peut se manifester calmement par une absence volontaire à la prochaine réunion, ou par des altercations de plus en plus violentes assorties d’un départ fracassant, commenté avec mépris et moquerie par ceux qui restent. Rejet qui peut être encore une pure et simple expulsion de ce gêneur, de ce “poids mort”, qui ramène constamment sur le tapis son expérience, ou les contraintes du réel. Tel ingénieur peut être prié plus ou moins poliment de quitter le séminaire où son attitude le rend indésirable. Tel monsieur respectable fut conspué et expulsé entre deux “gorilles” dans une assemblée de la Sorbonne en 1968.

Et tandis que ceux qui pourraient apporter le plus de vérité au groupe sont peu à peu mis en retrait, c’est au contraire les moins solides qui vont se trouver “en vedette”. Plus “légers” de connaissances, dépourvus d’expérience, moins préoccupés de la réalité objective, ce sont les bavards, les plumitifs, les étudiants prolongés en professeurs, bref ceux que l’on qualifie couramment aujourd’hui “d’intellectuels”, qui vont briller. Peu enclins à l’effort des réalisations, et aux recoupements qu’elles imposent sans cesse, ceux-ci ont depuis longtemps trouvé plus commode les succès oratoires. Or dans le « travail social » en cours, l’essentiel est justement de savoir convaincre en parole. C’est l’ère du parlementarisme qui s’offre à eux, dans lequel ils vont se sentir particulièrement à l’aise.

En somme, il s’opère ici, un triage analogue à celui des minerais, qui met en jeu la flottaison par différence de densité des éléments moins lourds. Nous voyons donc apparaître la loi de sélection, que l’on peut résumer ainsi :

Théorème II : LOI DE SELECTION

Dans une assemblée d’égaux délibérants, groupés suivant le principe de la liberté de pensée, la réduction consentie au nom de la fraternité, s’accompagne d’une sélection parmi les individus présents. Cette sélection tend à éliminer les personnalités les plus riches, et à mettre en vedette celles qui sont “réduites” d’avance.

Ces deux lois, réduction de la pensée et éliminations des personnalités fortes, semblent condamner les groupes réducteurs à la disparition. Logiquement, ils devraient tendre à s’éliminer d’eux-mêmes, car ils fonctionnent à rebours de la réalité. Or nous assistons, depuis deux cents ans, à leur multiplication, devenue quasi exponentielle dans les dernières décades. Il faut donc en chercher la raison dans l’analyse d’autres phénomènes.

Notes

[1] St. Thomas De principiis Naturae, Des principes de la réalité naturelle.

Source: Vive Le Roy

mercredi, 04 août 2010

La querelle du droit naturel (V)

 

 Conclusions

Il est temps de conclure. Nous le ferons par quelques séries de remarques.

Tout d’abord, nous voudrions souligner que le droit naturel ne fut pas une simple construction de l’esprit. Aristote décrivait ce qu’il observait dans les Cités grecques de son temps ; ses idées inspirèrent durablement les juristes romains et continuèrent à guider la pratique médiévale. La méthode des juristes en fut marquée : pour les adeptes du droit naturel classique, le droit est une casuistique, une confrontation d’opinions et d’espèces, une recherche patiente. Ce système connut de longs siècles d’utilisation, alors que les déductions légalistes des modernes ne couvrent dans l’histoire qu’une période relativement brève.

Soulignons ensuite que les accusations portées contre le jusnaturalisme moderne ne concernent pas le droit aristotélicien-thomiste :

  • loin d’être un dogmatisme autoritaire immuable, c’est une méthode souple, réaliste, véritablement empirique ;
  • loin d’être une construction idéaliste rivalisant avec le droit positif, c’est une manière sérieuse de fonder l’autorité des lois positives humaines, sans pourtant les ériger en despotes ;
  • loin d’être un subjectivisme étroit, c’est un droit objectivement tiré de la nature ;
  • loin de confondre le droit avec la morale, c’est la doctrine qui précise le mieux l’objet spécifique du droit et le situe à l’intérieur de la morale.

En bref, le droit naturel classique, correctement compris, représente un double dépassement du positivisme et de l’idéalisme, ces deux grandes erreurs dont les philosophies du droit modernes ne sont jamais parvenues à s’affranchir complètement. Et, par là, il demeure d’une singulière actualité.

Guy Augé

Source: Vive Le Roy

lundi, 02 août 2010

La querelle du droit naturel (IV)

 

 Le droit naturel classique

Ces prémisses un peu longues, bien que très résumées, étaient indispensables pour tenter de présenter la doctrine de l’authentique droit naturel des classiques.

Un système juridique peut être caractérisé par l’objet, les sources et le contenu du droit qu’il propose. Voyons ce qu’il en est à cet égard du système aristotélicien-thomiste [10].

Le droit, c’est le juste

Pour Aristote (que saint Thomas reprendra très fidèlement), le droit, c’est le juste (Dikaion, Id quod justum est). Mais qu’est-ce que le juste ?

Dans un premier sens, très extensif, le « juste général » est synonyme de la loi naturelle et participe de la loi éternelle. Saint Thomas nous explique que c’est le plan de Dieu sur le choses, mais nous ne le connaissons point.

Il existe, dans un second sens, une signification spécifique, beaucoup plus intéressante pour le juriste : c’est le « juste particulier », dont l’objet est le bon partage, suum cuique tribuere («  rendre à chacun le sien  »). C’est là une définition très réaliste de l’office du juge et qui permet de bien délimiter le droit par rapport aux disciplines voisines.

Aristote ajoutait que l’essence de la justice était la recherche d’une égalité ou d’une proportionnalité dans le partage : il distinguait la justice distributive (avec une proportion géométrique), de la justice communative (où prévaut la proportion arithmétique), la seconde servant à rétablir les ruptures d’équilibre (notamment dues aux échanges) que la première s’efforçait de réaliser dans sa répartition.

Le juste naturel

Le juste naturel (dikaion phusikon), tire sa source, comme son nom l’indique, en premier lieu et principalement de la nature, de l’observation du monde extérieur. Nous avons déjà expliqué en quel sens cela était concevable : la raison humaine lit le droit dans l’observation de la nature, dans les modèles justes qu’elle offre.

Cependant, si la nature est une source objective et riche, elle n’est pas toujours suffisamment explicite, et elle reste très mouvante. Or, le juge a besoin de solutions fermes, précises, relativement durables. Autrement dit, il a besoin de lois (dikaion nomikon). Car ce serait une grossière erreur de supposer le droit positif (nous ne disons pas le positivisme juridique !) en opposition avec la doctrine du droit naturel : bien au contraire, cette doctrine est probablement la seule a pouvoir donner un fondement satisfaisant à l’autorité des lois humaines.

Les sociétés étant naturelles ont besoin de chefs ; et le rôle des chefs légitimes est précisément de faire des lois, de prescrire des solutions ou de les adapter.

La loi positive est donc dans un rapport de complémentarité plutôt que d’antagonisme avec le juste naturel. Elle s’inspire autant que possible et parfois directement de la nature ; mais très souvent la nature est vague ou indéterminée ; les déterminations du législateur seront donc forcément arbitraires.

C’est pourquoi la doctrine jus-naturaliste ne confère pas aux lois une autorité inconditionnelle : œuvre de la raison humaine, en grande partie, les lois ne sont pas infaillibles ; on ne leur obéit, on ne les applique que si elles sont et demeurent justes.

La loi est un instrument au service du droit qui reste au-dessus d’elle ; aussi est-il toujours possible d’atténuer ou de corriger la loi par l’équité.

On voit bien, par conséquent, que la caractéristique de ce système est son extrême souplesse plutôt que le dogmatisme autoritaire et l’immutabilité dont on lui fait généralement reproche. On pourrait assez exactement parler à son propos d’empirisme organisateur. Et il n’est pas surprenant qu’il ait heurté, par une certaine imprécision qui lui est propre, le besoin de certitude, le systématisme et le mathématisme des modernes.

L’essence et le contenu du droit

Les divergences se retrouvent aussi quant à l’essence du droit, quant à son contenu.

Le mot « droit », dans notre langue moderne, s’est substantivé ; pourtant, à l’origine, dikaion est un adjectif ; les Romains, de même, parlaient du justum, de l’id quod justum est, « cela qui est juste ». La grammaire ici est expressive, car pour les classiques le droit est une valeur à chercher plutôt qu’un ensemble de règles données par avance. Le juste, c’est la recherche de la bonne solution, appliquée à chaque cas concret, hic et nunc , accordée à l’espèce comme l’adjectif à son substantif [11].

Il n’existe donc pas, à proprement parler, de règles expresses de droit naturel, et le droit naturel ne se confond pas avec les lois, ni même, en son sens rigoureux, avec la loi naturelle : saint Thomas, dans la Somme théologique, consacre tout un traité aux lois ; mais ce n’est pas là qu’il nous parle du droit : il y consacre un autre traité, nettement distinct [12].

Le droit naturel classique ne prétendait nullement revêtir une forme déductive, une rigueur scientifique ; il restait l’art des prudents, il s’exerçait dans le contingent.

Notes

[10] Les deux sources essentielles de la doctrine classique sont L’Éthique nichomaquéenne d’Aristote, livre V, et le De Jure et justifia de saint Thomas, S. th. II a II ae, qu. 57 sq. On trouvera des références détaillées dans les ouvrages visés par la note (1).

[11] Cf. Michel VILLEY, « Une définition du droit », dans les Archives de philosophie du droit, 1959, p. 47-65.

[12] Le traité des lois prend place dans la Ia II ae (qu. 90 et suiv.), alors que le traité du droit et de la justice se situe dans la IIa II ae (qu. 57 sq.). C’est l’erreur de trop nombreux interprètes que de vouloir chercher la pensée de saint Thomas sur le droit en consultant ce qu’il écrit de la loi.

Source: Vive Le Roy

vendredi, 30 juillet 2010

La querelle du droit naturel (III)

 Les fondements du droit naturel classique.

Une philosophie classique soumise au réel mais avide de connaître son extraordinaire diversité

Si l’idée de droit naturel paraît tellement impensable à Kelsen et à la plupart de nos contemporains, c’est dans la mesure où ils raisonnent sur des postulats qui se sont dégagés précisément contre l’ontologie d’Aristote et de saint Thomas.

Ayant, arbitrairement, réduit la nature à la matière et au déterminisme des lois « physiques », les modernes se sont ensuite évidemment trouvés incapables d’en tirer du devoir-être, des normes et du juste.

La philosophie classique avait de la nature une perception très différente : au lieu de plier le réel aux exigences de la logique, aux catégories quantitatives d’une pensée mathématique, elle jetait sur le monde extérieur un regard plus naïf et plus réceptif.

La nature des classiques affecte des dimensions cosmiques, autrement plus amples que l’étroite nature humaine que certains modernes consentent encore plus ou moins à prendre en considération. Elle englobe tout ce qui existe, non pas simplement les aspects matériels, mais l’intégralité du complexe humain, corps et esprit, les institutions sociales, les familles, les groupements d’affaire, les Cités…

Pour Aristote, toutes ces choses sont “naturelles”, éclosent en quelque sorte comme des plantes, naturellement, alors qu’elles passent pour être artificielles et conventionnelles aux yeux des modernes adeptes du contrat politique ou social.

En outre, cette nature aristotélicienne-thomiste recèle de la beauté, de l’harmonie, de l’ordre, des valeurs, bref des causes finales.

La nature de l’homme : c’est sa fin

À côté des êtres singuliers qui sont la réalité première, apparaissent des formes, des essences générales, substances secondes dégagée par abstraction et qui constituent les universaux de la fameuse querelle ; viennent enfin les causes finales, car les mouvements des êtres ont une signification qui les valorisent.

Il existe donc bien, dans le cadre de cette nature cosmique globale, une « nature de l’homme », mais c’est sa fin, c’est son épanouissement ultime. De telle sorte que cette nature qui est un terme, un devenir, nous ne pouvons que l’ignorer dans sa perfection, dans son achèvement.

Une approche inductive et objective et non déductive et subjective

Pour chercher l’ordre naturel, c’est du monde visible que partent les classiques et ce qu’ils rencontrent, c’est l’homme social, concret, divers, changeant parce qu’il est libre. Saint Thomas nous dit explicitement [7] que la nature humaine est muable (natura hominis est mutabilis).

Cependant, la diversité du réel nous offre un terrain de recherche et d’expérimentation, elle permet de reconnaître des modèles justes, c’est-à-dire réussis, des exemples à poursuivre, des échecs à proscrire.

Et alors il devient possible de puiser un droit réellement objectif à travers l’observation de cette riche nature. Sans doute est-ce l’esprit de l’observateur qui aura à reconnaître les modèles justes ; mais l’esprit ne les tirera pas de lui-même, de quelque connaissance innée ; c’est tout de même à la nature extérieure qu’il empruntera, qu’il se référera.

Il reste que tout cela implique des postulats initiaux assez nets :, ce qui ne va pas sans l’idée de Dieu [8] et

  • la négation de l’absurdité du monde
  • une suffisante confiance dans la connaissance humaine pour qu’elle reste apte à connaître de ces valeurs naturelles [9].

Notes

[7] Somme théologique, II a II ae, qu. 57, art. 2.

[8] Le Dieu des philosophes, d’ailleurs, davantage que le Dieu de la Révélation : Aristote n’était pas chrétien, mais il était religieux.

[9] En dépit de la tache originelle. Selon l’augustinisme, la déchéance adamique était trop grande pour permettre autre chose qu’un positivisme divin.

Source: Vive le Roy

mardi, 27 juillet 2010

La querelle du droit naturel (II)

 

  La vision corrompue du droit naturel et sa critique.

Nous comprenons, aujourd’hui encore, le droit naturel, non pas à la manière d’Aristote et de saint Thomas, mais en héritiers du nominalisme et des doctrines modernes, ce qui implique une double déviation sur le sens de « droit » et sur celui de « nature ».

La conception nominaliste du droit naturel

Pour le nominalisme, en effet, seuls les individus sont réels et les concepts n’ont pas d’existence propre.

Le droit n’a donc plus de fin spécifique ; il n’est qu’un ensemble de règles ou de lois et se définit par cette forme légaliste plutôt que par son objet.

Quant à l’idée de nature, elle a subi une réduction un aplatissement, un appauvrissement redevables surtout, semble-t-il, à la conception dualiste de Descartes opposant la res cogitans à la res extensa, l’esprit à la matière, le corps à l’âme. De là cette vision d’une nature matérialiste, quantitative, mécaniste, d’où l’on serait bien en peine de tirer quelque droit.

Que va donc désigner, dans ces conditions, l’expression “droit naturel” ?

Un ensemble de règles idéales, immuables, tirées de la raison de l’homme exclusivement ou d’une définition a priori de l’essence de la nature humaine individuelle. Ces règles idéales s’opposeraient, plus ou moins selon les circonstances, au droit positif, autre corps de règles posées par le législateur, et pourvues, quant à elles, de la sanction étatique.

La conception moderne du droit naturel

Parfois aussi, on qualifie de naturel un droit sacral tiré des Écritures et de la Révélation : c’était là une vieille tentation de l’augustinisme du haut Moyen âge, contre laquelle est venue réagir, précisément, saint Thomas d’Aquin, mais qui n’a jamais totalement disparu ; contre le thomisme, elle devait alimenter, à partir des XIVe-XVe siècles, le courant nominaliste franciscain, la réaction luthérienne et même, dans une certaine mesure, la scolastique espagnole tardive de Suarez, Vitoria, Molina au XVIe siècle, et le néo-thomisme contemporain.

Le droit naturel sacral, définitivement laïcisé par Grotius, Pufendorf et Wolf, allait, en effet, rejaillir sur la renaissance thomiste de la fin du XIXe siècle : l’influence est très sensible, par exemple, chez un Taparelli d’Azeglio, auteur d’un code de droit naturel, finalement beaucoup plus wolfien et suarezien que véritablement thomiste.

Les faiblesses de la conception moderne du droit naturel

Or, à définir de la sorte le droit naturel, on l’expose à une série de critiques graves qui expliquent la désaffection dans laquelle il est tombé aux XIXe-XXe siècles, notamment sous l’effet du criticisme kantien et du sociologisme.

De deux choses l’une, en effet.

  • Ou bien, première hypothèse, le droit soi-disant naturel des modernes prend effectivement l’aspect d’un code idéal, immuable, axiomatique, et il installe un dualisme dans le droit, il rivalise dangereusement avec le droit positif. En ce cas, l’on a beau jeu de stigmatiser les faiblesses d’un jus-naturalisme artificiellement déduit de prémisses trop étroites (la nature individuelle), fragiles et subjectives (les apriorismes de la raison). Idéologiquement, le droit naturel ne fait que recouvrir d’un faux-semblant juridique des attitudes passionnelles ou des intérêts de classes ; techniquement, il est vain et dangereux, vain dans la mesure où il a besoin de se transformer en droit positif pour devenir effectif, dangereux en ce sens qu’il peut affaiblir l’efficacité de ce droit positif chaque fois qu’il n’est pas reçu et juridicisé par lui. Pratiquement, son individualisme le condamne à n’être qu’un catalogue de droits subjectifs de la personne, tirés d’un prétendu « état de nature » présocial ou sombre dans un dogmatisme autoritaire et rigide.
  • Ou bien, seconde hypothèse, on renonce à l’édification d’un système axiomatique pour s’en tenir à l’identification du droit naturel avec la loi naturelle immuable mais vague, ce qui a pour effet de réduire le droit naturel à quelques préceptes moraux, imprécis dans leur extrême originalité : que peut déduire le juge d’une maxime telle que celle suivant laquelle «  il faut faire le bien et éviter le mal » ? De ce point de vue, le droit naturel devient « une belle étiquette sur une bouteille vide », comme l’a dit, en particulier, des théories du néokantien Stammler, inventeur d’un “droit naturel” à contenu variable.

Par conséquent, qu’on lui accorde trop, ou trop peu, le droit naturel des modernes n’est pas satisfaisant pour le juriste : ses relations avec le droit positif et avec la morale sont mal délimitées. D’ailleurs, s’agit-il vraiment de droit naturel ?

  • Un droit tiré de la raison est un droit rationnel ;
  • un droit tiré de la Révélation est un droit surnaturel ;
  • les innombrables traités sur la loi naturelle sont des traités de Morale.

Les objections contemporaines contre le droit naturel

Le droit naturel authentique est un droit lu dans la nature extérieure. Mais est-ce possible ?

La pensée moderne et contemporaine ne le croit pas et ne peut pas même le concevoir, formée qu’elle a été dans le mépris d’Aristote, l’ignorance de saint Thomas, les présupposés du nominalisme, puis du dualisme cartésien, du criticisme kantien et du positivisme comtiste.

Le juriste-philosophe contemporain autrichien, Hans Kelsen, est très net sur ce point :

La nature constituant un système de faits, n’a pas de volonté et ne peut, par conséquent, prescrire un certain comportement humain… De ce qui est (Sein), on ne saurait tirer une conclusion sur ce qui doit être (Sollen). En cherchant à tirer de la nature des normes pour le comportement humain, la théorie rationnelle du droit naturel repose sur un paralogisme. Il en va de même de la tentative pour déduire de telles normes de la raison humaine. Des normes qui prescrivent un comportement humain ne peuvent provenir que de la volonté. Et cette volonté ne peut être qu’une volonté humaine si nous excluons des spéculations métaphysiques… La raison humaine peut comprendre et décrire ; elle ne peut pas prescrire. [5]

Ainsi donc, pour le positiviste néokantien Kelsen, il n’y a pas l’ombre d’une hésitation : on ne saurait extraire à partir de l’être (du Sein), un devoir-être (un Sollen).

Déjà Henri Poincaré, dans une formule analogue, non moins connue, excluait la possibilité logique d’arriver à un impératif en partant d’un indicatif [6]. Ces objections sont-elles aussi décisives que le croient les adversaires contemporains du droit naturel ?

À l’égard du droit naturel moderne, elles portent certainement, et nous les ferions nôtres, en en rajoutant au besoin. Il est bien vrai que la prétention de tirer un droit et, de surcroît, un droit immuable, intemporel, à partir de la seule nature humaine n’est pas sérieuse. Il n’en peut résulter qu’un positivisme masqué et toute la mauvaise métaphysique des droits subjectifs de la personne humaine.

Ces constructions ont débouché sur les théories de l’autonomie de la volonté et du consensualisme, dont notre droit privé traîne encore d’anachroniques conséquences justement dénoncées ; mais n’oublions pas qu’elles ont également engendré

  • le contrat social,
  • les droits de l’homme inaliénables et imprescriptibles,
  • la démocratie moderne,
  • bref, toute la charpente idéologique de l’individualisme libéral.

Mais condamner une mauvaise métaphysique ne devrait pas entraîner le rejet de toute métaphysique, comme dans la réaction sociologiste contemporaine qui se borne à substituer une erreur nouvelle (le « factualisme », la soumission aveugle aux « faits ») à une erreur ancienne (le légalisme juridique).

Un examen plus attentif de l’authentique droit naturel des fondateurs permet de constater que la plupart des critiques portées au droit naturel en soi, et qui valent en effet pour son acception moderne déformée, n’ont pas de prise sur la doctrine classique.

Guy Augé

Notes

[5] Hans KELSEN, Was ist Gerechtigkeit ?, Wien, 1953, p. 38.

[6] Henri POINCARE. Dernières pensées, Paris, 1913, p. 225.

Source: Vive Le Roy