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jeudi, 20 mai 2010

Origines du pouvoir royal

L’organisation originelle de la monarchie

Nous avons dit la reconstitution de la France aux IXe et Xe siècles dans l’anarchie produite par les invasions, autour de la cellule familiale : c’est le fait essentiel qui domine toute notre histoire jusqu’à la Révolution.

  • « Vous aurez en lui un père ; nul, jusqu’à présent, n’a invoqué en vain son patronage.  »
  • « Le clan patronal, dit Jacques Flach, est une famille étendue, issue de l’organisation familiale et du patronage ; sur cette double base aussi s’est constituée la royauté. »

Aussi, la reine devait-elle avoir, comme dans toute maison bien tenue, sa part dans l’administration. « Elle tient le ménage de la royauté », dit M. Flach, en ses Origines de l’ancienne France. Le trésor de l’État est sous sa surveillance et son contrôle directs. Le chambrier, qui s’appellerait de nos jours le ministre des Finances, est de ce fait son subordonné.

Et le pouvoir exécutif se trouve naturellement dans les mains des domestiques qui servent la famille régnante. Ceux-ci se groupent en six métiers (ministeria), en six ministères : la paneterie, l’échansonnerie, la cuisine, la fruiterie, l’écurie et la chambre ; le tout dirigé par les grands officiers : le panetier, le bouteiller, le sénéchal, le connétable et le chambrier, serviteurs personnels du monarque.

Le sénéchal est l’écuyer tranchant. C’est lui qui découpe la viande mise sur la table du roi. Après le repas, il reçoit du cuisinier un morceau de viande, auquel le panetier et le bouteiller ajoutent deux pains et trois chopines de vin. Quand on est en guerre, le sénéchal veille à l’arrangement de la tente royale ; il suit son maître dans les expéditions ; en son absence, il commande les armées.

Auprès du sénéchal, voici le connétable, cornes stabuli, le comte de l’étable. Il a la surveillance de l’écurie du roi, veille aux fourrages, achète les chevaux. Il tient la main à ce que les palefreniers nettoient les stalles. Il est autorisé à faire manger quatre de ses destriers aux râteliers de son maître ; le cuisinier royal lui remet en outre de la viande crue ou de la viande cuite, à son choix.

Le bouteiller commandait aux échansons. Il avait l’administration des vignobles royaux. On lui confia l’intendance du trésor royal : il eut la présidence de la Chambre des comptes. Semblables furent les carrières du chambrier et du grand panetier.

Vient enfin le grand chancelier, dont le caractère est un peu différent, parce que, tout en étant domestique, son origine est en même temps religieuse. Les rois mérovingiens conservaient parmi leurs reliques la petite chape (capa) de saint Martin. C’était le vêtement de dessous que le patron des Gaules portait sur lui le jour où il avait abandonné sa tunique à un pauvre. De là, le nom de « chapelle » donné au lieu où l’on gardait les reliques des rois et celui de chapelain réservé aux clercs qui y étaient attachés. Lesdits chapelains devaient tenir registre des serments qui étaient portés sur la chape. Ils vinrent ainsi à être chargés de la rédaction des actes, des diplômes munis de sceaux. Leur chef fut le chancelier. Celui-ci devait constamment porter le grand sceau suspendu à son cou, de crainte qu’il ne fût enlevé.

Tels furent les six grands officiers de la couronne. Ils assistaient le roi dans l’exercice de son autorité. Leur caractère, si étroitement domestique, s’affaiblit avec le temps ; moins rapidement qu’on serait tenté de le croire.

Ces grands ministres qui perpétuent les vieilles traditions

Les grands ministres du XVIIe siècle, les Sully, les Richelieu, les Colbert, les Louvois, continuent à s’occuper, auprès du prince, d’affaires de famille, conformément au caractère primitif de leur charge. Ils continuent d’être des « domestiques » à une époque où, selon la remarque de Montlosier, ceux-ci font encore partie de la famille.

Sur les états de logement, ils prennent place à côté du contrôleur de la bouche et des garçons du château ; ils ont droit à l’ordinaire qui comprend deux pains et un quart de vin ; de plus, les jours gras, une pièce de gibier et une livre de lard ; les jours maigres, six carpes et trois livres de beurre.

Colbert et Louvois, auprès de Louis XIV, sont gens de confiance. Le grand roi les charge des objets qui lui tiennent à cœur : de pourvoir au logement de Mlle de La Vallière et de Mme de Montespan. Louise de La Vallière se sauve-t-elle de la Cour, Colbert en personne, ce grave personnage, toujours sombre, silencieux, la tête encombrée des multiples intérêts du royaume, et que les dames les mieux chaussées et les plus haut huppées n’abordaient qu’en tremblant, Colbert doit courir sur les traces de la fugitive, la rejoindre au couvent de Chaillot, lui faire entendre raison, s’il est permis de parler ainsi, la ramener auprès du roi. Mme de Montespan donne le jour à MlIe de Blois. Louis XIV écrira à Colbert : « Ma fille de Blois m’a demandé la permission de quitter la bavette : j’y consens. »

Frantz FUNCK-BRENTANO

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mercredi, 19 mai 2010

La politique de Jeanne d'Arc (VI)

IX - CINQ CENTS ANS APRES JEANNE D'ARC

Bref, la politique d’abord, le roi net, un roi qui règne et qui gouverne, un roi véritablement maître de son commandement :

Les organisations religieuses ne suffisent pas à tout quand elle demande à Charles VII de lui abandonner ses droits et quand elle les lui rend au nom de Dieu, sainte Jeanne d'Arc elle-même constitue et reconnaît un Roi de la terre de France, quel que soi le bienfait qui descende du ciel à sa voix.

Il s'en suit que, dans tous les développements de sa mission temporelle, Jeanne d'Arc a pratiqué et enseigné une politique d'Action Française. Les conférences dont j'ai tiré les analyses qui précèdent s'achèvent sur la constatation de faits qui étaient alors flagrants

Les principes estimés les plus salutaires, ceux que les royalistes contemporains recommandent comme sûrement adaptés à la monarchie restaurée du XXe siècle, ont été connus, adoptés, pratiqués par la restauratrice du XVe siècle.

Est-ce la simple harmonie préétablie des intelligences ? Ou leur filiation morale ? Les hommes qui, entre 1904 et 1908, prirent l'initiative du grand retour au culte de l'héroïne en imposèrent la célébration dans les rues pavoisées et fleuries de toutes nos villes, ceux qui livrèrent de longues batailles et firent de longs jours de prison pour cet amour de la Sainte de la Patrie furent les hommes de l'Action française, conduits par Maurice Pujo et ses lieutenants : Plateau, Maxime Real del Sarte; Lucien Lacour. Le républicain Barrés sut charmer et dompter les parlementaires pour les dresser au culte de Jeanne : ces royalistes entraînèrent un peuple au pied de son autel

Mais cette conclusion partielle doit induire à la vue générale que voici

"Les mystiques hauteurs du noble sujet qui n'a été abordé ici qu'en tremblant nous feront-elles accuser d'une sorte d'irrévérence pour en avoir détaché, isolé, rafraîchi le détail par de fréquents recours à des images trop modernes ? On peut se consoler en disant que l’analyse ne sera pas inutile si elle contribue dans quelque mesure à montrer que, à cinq cents ans de distance, sentiments, méthodes, doctrines peuvent être les mêmes pour servir utilement le même pays.

" De fortes valeurs morales, durables et supérieures aux vivants éphémères, font les seules nations dignes de ce nom. Les grands peuples vivent par l’immortel Ainsi durent-ils par leurs dynasties. Inversement, ils ont aussi les dynasties qu'ils ont méritées.

" Le solide honneur de la France est de se prévaloir de la plus belle des races de rois.

" Face à l'éternité, dans une agonie imprégnée du sentiment religieux le plus pénétrant, comme il faisait son examen de conscience tout haut devant la cour, Louis XIV laissa tomber du lit de mort ces paroles :

" - Je m'en vais, mais l'État demeure. Continuez à le servir, Messieurs. "

" Ainsi peut s'exprimer l'espérance terrestre.

" Elle n'est pas simple. Il ne me semble pas qu'il puisse être interdit d'honorer en sainte Jeanne d'Arc la fidélité à ce qu'il y a de moins caduc dans cet ordre demi-divin de notre Patrie naturelle : le Roi,  l'État.

Charles Maurras

22:14 Publié dans Monarchie | Lien permanent | Commentaires (0)

mardi, 18 mai 2010

La politique de Jeanne d'Arc (V)

VIII - PARLEMENTARISME -ET PLéBICITE

Marc Sangnier, ainsi renvoyé à son Sillon, d'autres objecteurs pourraient argumenter encore :

Doucement! ou tout beau! répondaient alors les parlementaires et gens de loi.

Est-ce, Jeanne, que vous ne pensez pas qu'avant la chevauchée rémoise qui nous rende un chef droiturier, il serait utile de faire un bon appel à tous les prévôts, juges, maîtres et docteurs favorables à .notre seigneur-roi, en énonçant. sa Royauté et Souveraineté, nonobstant tous les actes nuls et de valeur nulle, passés à Paris ou à Troyes, avec l'ennemi? De la sorte, le Roi arriverait à Reims muni des parchemins scellés de bons sceaux qui établiraient' Sa justice et lui ouvriraient le parvis.

Que l'on ne croie pas que je fais parler quelque libéral du temps de M. Piou. Le moyen âge aura été l'époque la plus juridique de 1"histoire. Il ne faudrait pas croire que les formalités du constitutionalisme d'alors aient inspiré à Jeanne d'Arc autre chose que du respect. Mais, dans n'importe quelle affaire terrestre, Jeanne envisageait tout d'abord l’essentiel, qui était ici le prompt rétablissement de l'autorité centrale et sa reconnaissance rapide par le pays entier. Pour le surplus, on aurait le temps!

Cette restauration nécessaire à la France étant ainsi redevenue le but immédiat, Jeanne coupait court à tout' le reste avec la vivacité et l'audace qui l'apparentent aux types les plus nets de l'Homme français.

Sans. doute cet Homme-là n'a jamais dédaigné certificats, papiers, signés devant notaire, chevalier ès lois. Mais tout cela menace de bien des longueurs ! Jeanne se montrait déjà, impatiente ou jalouse des délibérations du Conseil du Roi : " Notre Dauphin, ne tenez pas davantage tous ces conseils si nombreux et si longs, venez vite prendre la couronne à laquelle vous avez droit " .Et cela bousculait un peu les bons serviteurs de la Forme.

Jeanne d'Arc, contre Bridoison, ô la belle constance de la Nature et de la Nation!

Mais l'objection suprême était faite par d'autres parlementaires qui seraient aujourd’hui agents électoraux. Dans. cette espèce, plus démocrate que libérale, on se faisait, comme on dit, un monstre de l’Opinion publique. On alléguait l'étendue des pays hostiles, le nombre des postes et forteresses des Anglais établis entre Orléans et Reims.

N'imaginons pas une simple occupation. ennemie. L'affaire s'était compliquée d'une guerre civile dans laquelle l'étranger était le fondé de pouvoir et le podestat du parti qui ne voulait à aucun prix du roi de Bourges.

Or cette prétendue volonté nationale ne causait à Jeanne d'Arc aucune intimidation. Elle en riait ouvertement avec ses capitaines. Elle eût rit davantage Si quelqu'un lui eût pro posé quelque beau Champ de Mai dans les vertes plaines de Loire, où l'on eût convié le peuple de France à voter !

Et peut-être, en effet, aux profondeurs de l'avenir, lisait-elle ce plébiscite de mai de 1870, qui donna des millions de voix à l'empereur des Français, avec la promenade populaire du Quatre Septembre suivant, qui le renversa sans difficulté. Ainsi vont l'amitié et l'inimité de la foule.

Notre fille des champs n'était pas démocrate. Je ne crois pas qu'elle ait perdu grand temps 'contre les scrupuleux et contre les couards qui auraient voulu commencer par s assurer l'assentiment du 'afin de frapper d'effroi le Régent d'Angleterre et le Duc de Bourgogne.

Ces Nuées n’arrêtèrent pas Jeanne d'Arc.

Elle dit : " Partons. " On partit.

Comme il le fallait bien, on. se heurta à la résistance de Troyes. Ces Troyens étaient, quoique Champenois, des Bourguignons terribles et des Anglomanes fieffés : vainement Jeanne d'Arc dicta-t-elle pour les seigneurs bourgeois de

Troyes une belle lettre où elle les nommait " très chiers et bons amis ", " loyaux Français " et leur garantissait sûreté corps et biens, s'ils venaient au-devant du gentil Roi pour faire bonne paix dans le " saint royaume ".

Les seigneurs bourgeois répondirent qu'ils résisteraient jus qu’a la mort, " l'ayant juré sur le sang de Notre-Seigneur ". Ils demandaient secours à Bedfort, aux Rémois, aux Châlonnais. L'eussent demandé à la Chine! Avant de se battre comme des lions, ils défiaient si âprement l'armée royale qu'il fut question pour celle-ci de lever le camp et de retourner sur la Loire.

Jeanne décida, . imposa presque de rester. Prêchant l'audace, elle multiplia si bien les, préparatifs d'un terrible assaut que tout d'un coup les portes s'ouvrirent, l'évêque et 'les bourgeois sortirent de la ville, apaisés et soumis.

Quelques jours auparavant, Jeanne avait été traitée par eux de " cocquarde ", autrement dit hâbleuse. Ils la saluèrent " envoyée de Dieu " dans la lettre où ils écrivaient aux Rémois qu'ils s'étaient rendus au légitime héritier de saint Louis, " attendu que son bon droit n'est pas douteux " et que " c'est un Prince de la plus grande discrétion, entendement et vaillance que issist de piéça (qui fût sorti depuis) de la noble Maison de France ".

On; peut' toucher ici la philosophie pratique de Jeanne d'Arc.

Ni. la vaillance, ni la force, ni l'épée, ni le canon ne créent le droit.

Il faut commencer par l'avoir.

Mais quand on l'a, surtout quand on l'a bien, quand on en est absolument sûr, et qu'on n’hésite plus à le servir de toutes ses forces, qu'on ose tout pour l'imposer, l'on peut compter 'sur l'adhésion rapide des docteurs et du peuple qu'ils traînent après eux. Un fameux Prussien, Frédéric Il, exagéra depuis 'cette vérité en l'étendant à ses faux droits sur la Silésie. Cette fraude n'est qu'une fraude, elle n'affaiblit point une leçon qui court l'histoire. Le peuple détrompé, le bon peuple tiré de son erreur possède alors ce don charmant et naïf de déborder d'enthousiasme pour couvrir, dorer, embellir ses justes revirements.

Les bourgeois de Châlons ne furent pas moins épris du Roi de Jeanne d'Arc que ,les bourgeois de Troyes : toujours, aux Rémois, ils écrivirent que c'est " un roi sans pareil, doux, gracieux, piteux et miséricordieux, de belle personne, de beau maintien et de haut entendement ".Tel est le prestige de la personne du Roi.

Jeanne y avait pensé. Joseph de Maistre ne l'avait pas oublié en écrivant la belle page où, du fond de l'Émigration, il prédisait le soudain courant d'allégresse qui restaura Louis XVIII. Ce podagre puissant et subtil fit grand effet.

Les scènes de l'histoire ne sont pas monotones, car le décor et l'accident les colorent sans cesse; mais quelques lois constantes cernent de lignes immuables leur paysage très varié.

Maistre, calculant l'avenir, se rappelait peut-être la vivante leçon de Jeanne qui va juste au rebours des prudences légalitaires.

Qu'aurait donné un appel au peuple lancé selon la règle, avant toute leçon efficace?

Travaillé par les suppôts et bénéficiers de l'ennemi, trompé par les sergents et les argentiers de l'Anglais, le bon peuple, à peu près' partout, eût été capable de marcher, comme l'avait fait d'abord le peuple de Troyes, au rebours du patriotisme et de la raison, et de donner une majorité écrasante au parti de Bedfort. Se prive-t-il de le faire aujourd'hui?

Mais voilà qu'une minorité énergique s'en mêle : elle est unie, menée et lancée au combat par une idée vraie, par une suprême résolution, la situation est retournée par les coups de l'audace: il n'est plus besoin de hache, ni de canon, pour ébranler les murs, ouvrir les portes, faire apparaître et briller, sous la vaine couleur étrangère, la vérité des sentiments et des intérêts nationaux. Que le Roi paraisse, il ne peut être que suivi !

Charles Maurras

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vendredi, 14 mai 2010

La politique de Jeanne d'Arc (IV)

VII - AIDE-TOI, LE CIEL T'AIDERA

Un dernier conflit, fort possible et même éventuel, devait être écarté de l'âme de Jeanne d'Arc. Fut-ce par sa foi ? Par sa raison ? Toutes les deux ont dû jouer d’accord.

Jusque dans les conseils royaux, à leur entour, pour peu que les sujets fidèles fussent éloignés ou endormis, manquait-il de voix religieuses, ou même sacristines, pour murmurer à Jeanne un Voyons, Jeanne ! un peu scandalisé?

Elle qui parlait sans cesse du Roi du Ciel, qu'avait-elle à faire de ce roitelet de la terre ? Évidemment, le royaume était malheureux. Mais de quoi? Des péchés de ses rois, sans compter ceux des régnicoles.

La reine-mère, abominable et traîtresse, avait perdu, avec le pays, tous ses droits.

Son fils menait une vie dissolue qui faisait vergogne à la chrétienté.

Et la légende ajouta même : " Cette dame de beauté ? Cette Agnès Sorel !... " Ce qui revient à anticiper au moins de dix ans.

Mais, reprenaient les malignes voix, ce dauphin n'était-il pas triste,, mou, fainéant ? Efféminé? Indolent? Sans valeur morale ? Quelle force avait-il? Et quelles ressources, dans la cour besogneuse où il déjeunait de deux petits poulet sans chair et, de la queue d'un maigre mouton I Non, non, des voix venues du ciel n'avaient pas pu rallier Jeanne d'Arc 'à cette cause perdue d'avance!

Au demeurant, si, pour régner' en France, le Seigneur et, Maître divin ne voulait ni de l'Anglais puissant ni de l'opulent Bourguignon, Si la Providence tenait à relever la couronne, de lys, il fallait commencer par une expiation des Princes et du Peuple, de tous les Princes et de tout le Peuple. Des processions, des pèlerinages, des grand'messes et, des messes basses chantées d'un bout à l'autre du royaume, comme vous nous le demandez, Jeanne, à la bonne heure! Nous ne nous séparons de vous que sur un point: non seulement cela est nécessaire, mais, en outre c'est suffisant. Rien d'autre n'importe. Absolument rien.

Qu'au surplus le Roi commence par devenir un digne fils de Louis IX, le saint Roi; que' ses soldats, un par un, que ses sujets, jusqu'au dernier, deviennent des héros et des saints; que, par leur œuvre de mortification et de charité, ils en arrivent à s’entrouvrir le cœur à toutes les grâces, et vous n'aurez plus le moindre combat à livrer, ô Pucelle sainte ! Qui sait même, ô très bonne Jeanne, si votre ,oriflamme ne suffira point à la Direction, à l'Administration, au Gouvernement?

Notre peuple d'anges et d'archanges sera tellement droit et pur' qu'il ne sera métier de gendarmes, ni de prévôts, 'ni de' sénéchaux, ni de juges. Dites un mot: un tel paradis sera sur la terre, que tigres d'Angleterre et lions de Bourgogne deviendront, les uns et les autres, agneaux. Voilà, Jeanne, votre mission, la seule juste I Dieu n'a pas besoin des tueries. Dieu n'a pas besoin de soldats! non plus que de princes! non plus que de rois I Arrière les baïonnettes! Et vive le Pape romain!

Doutez-vous que Jeanne ait pu entendre ce discours, ou le discours pareil, de quelque disciple un peu précoce de M. Sangnier? Je ne commets aucun anachronisme. Tels faux mystiques de son temps, qui avaient des rapports avec les hypocrites du même siècle, osèrent bien accuser la libératrice et pacificatrice d'avoir pris goût aux combats auxquels l'avait réduite l'envahisseur-agresseur : dans le texte de la. rétractation prétendue, l'évêque faussaire Cauchon avait introduit une phrase où Jeanne était censée s'accuser d’avoir désiré cruellement l’effusion du sang humain. Telle fut la pensée de bons amis de l'ennemi. Telle elle est sans grands changements. Car, fort ancienne, elle ne manque pas non plus de modernité.

Peut-être que Jeanne voyait cela d'avance. Qui sait!

Cependant elle répondait qu'une bataille sainte était nécessaire. Pour que Dieu donne la victoire, les gendarmes ont à batailler. C'est presque son mot textuel

Les œuvres pies sont nécessaires, mais - elles doivent être aidées par l’action des hommes.

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mercredi, 12 mai 2010

La politique de Jeanne d'Arc (III)

V - "EN CE TEMPS-LA....."?

On dit assez sottement que c'était la seule méthode possible de son temps?

- Ouais ! Et la Jacquerie du siècle précédent ? Et les Cabochiens presque contemporains ?

De son temps, le 'républicanisme et le démocratisme ne lui ont été interdits que par son bon sens naturel: au XVe siècle on pouvait fort bien être démocrate ou républicain, rien n’était plus courant.

On l'était en France ou hors de France. Ne croyons pas que nos erreurs ou que nos vérités soient nées de la pluie d'hier : il n'y a point d'idée qui n'ait déjà circulé et même un peu tramé dans la pensée de l'homme. Ceux qui pensent qu'il ne pouvait y avoir de parlementarisme vers l'an de grâce 1429 plaisantent. Le parlementarisme est' une institution médiévale, il naquit de l'anarchie médiévale, pour y remédier: c'est l'Angleterre qui l'a fait durer jusqu'à nos jours.

Il était très facile de réveiller cette anarchie dans la France de 1429. Entre les deux couronnes d'Angleterre et de France, le libre esprit de Jeanne pouvait même concevoir une situation radicale : pas de couronne du tout.

L'Europe regorgeait de républiques le long de la mer du Nord et des mers d'Italie.

De même en ces temps Si lointains et Si proches, il y avait en et il devait y avoir encore, comme aujourd'hui, comme demain1 des épidémies de politique mystique. Pour ne citer que le plus illustre de .nos anarchistes chrétiens, Savonarole, moins sage que Jeanne d'Arc, voulut, pour sa patrie florentine, une théocratie directe et ne fut brûlé que tout à la fin du XVe siècle : c'est à peine si deux générations d’hommes le séparent de notre héroïne.

Son monarchisme conscient et volontaire ne peut faire de doute.

VI. - La légitimité

Mais là se pose une question

Qu'y a-t-il de plus important dans l'ordre monarchique'?

Est-ce l'unité de commandement?

Ou l'origine du pouvoir?

Par l'unité est réalisé un bien immense, sans lequel tout va en pagaille et sacrifices inutiles : nous l'avons vu dans l'autre guerre, tant que le pouvoir militaire n'a pas été unifié entre les Alliés et tant que le pouvoir politique français n'a pas été séquestré en de fortes mains. Mais l'unité du pouvoir demeure encore quelque chose de divers et de plural, a" fond, tant qu'elle ne dure pas et tant qu'elle peut demeurer objet de contestation, de compétition régulière, périodique : Si toute notre victoire de 1918 s'en va en fumée, c'est que nos chefs civils se succèdent, se renversent et se remplacent, que pas un n'est certain de sa fonction, que chacun peut vouloir la lui enlever, et que la loi, la loi elle-même, LA LOI SURTOUT, s'est ralliée au parti des compétiteurs, reconnaît, recommande la compétition :

n'y avait que le choc des passions et des intérêts humains s'acharnant à disputer un fauteuil ou une couronne, il n'y aurait que demi-mal et l'on pourrait rêver de combat décisif au bout duquel il y aurait un vainqueur qui saurait établir un peu de calme et de tranquillité. Mais de nos jours, rien de pareil: par un fou paradoxe, c'est la constitution légale qui autorise et même ordonne ce mouvement perpétuel de remise en' question. Mal périodique de l'Élection, qu'elle nomme le Bien, et qui, sous prétexte de tout renouveler, gâche tout !

Nos aïeux, moins vains que nous,. étaient plus pratiques et plus sages.

Ils admettaient que tous les gouvernements ont des défauts et que la perfection n'est pas de ce monde : à la poursuivre par un ôte-toi de là que je m'y mette indéfini,

ils n'auraient abouti, vers l'an mille ou l'an quinze cent, qu'à notre. comble d'incohérence et d'incapacité. Nous ne serions pas là pour leur rendre grâce.

Cependant, on voyait, dans les pays voisins, des dynasties, sanglantes, lourdes de crimes, se muer peu à peu, d'âge en âge, en souverainetés paisibles, sérieuses et, finalement, compétentes, dont leurs peuples se contentaient. C'était le cas de l'Angleterre. A plus forte raison nos b9ns grands-pères devaient-ils s'attacher, quant à eux, à ces Capétiens, les plus purs et les plus honnêtes princes de l'univers, hommes sages, droits justiciers, souvent débonnaires, esprits modérés et sagaces, amis du petit peuple, quoique très grands seigneurs, le miroir et l'honneur de la chrétienté.

Non seulement nos aïeux s'étaient bien trouvés de tels rois, mais ils le savaient et s'en montraient singulièrement fiers, au témoignage de tous les étrangers. A cet orgueil secret, à ce respect affectueux, à cette véritable foi féodale s'ajoutait ce que Jaurès a appelé un " charme séculaire ", un sentiment presque religieux, noté par Renan, et dont la cérémonie du sacre était devenue le signe vivant.

En sorte que les républiques de l'époque pouvaient se déchirer d'année en année autour de leurs échevins et de leurs podestats; les trônes électifs, brigués par des princes rivaux, pouvaient interrompre à chaque génération les plus beaux desseins politiques : pendant ce temps, assez long temps pour enraciner la confiance des peuples, la loi de succession de la maison de France, par sa simplicité et par sa fermeté> avait permis à son chef, au Roi par excellence, de prolonger sur les hommes mourants son règne immortel. Non, le Roi de France ne mourait pas. La France grandissait. On sentait déjà s'éveiller dans les cœurs, mémoire ou prescience, une conscience> une reconnaissance confuse de la grande nation que, d'âge en âge, cette politique formait.

L'absence de compétition écarte autant de maux que l'unité de commandement provoque et assure de biens, mais la désignation préalable du chef héritier comporte en outre un bien positif qui lui est propre : il est ainsi promis à l'Homme de se survivre parce que l'État peut durer au-delà de l'homme.

La pensée d'un tel bien (si voisin, par analogie, de l'éternité) put éblouir de sa clarté et fasciner de sa vertu l'âme d'une Enfant raisonnable et sainte.

On dit : " Est-ce que Jeanne d'Arc savait ces choses ?... "

Peut-on en douter?

Les bonnes têtes doctrinaires n'étaient pas rares parmi les clercs ès des conseils royaux. Autour de Philippe-Auguste, on avait eu sur l'Allemagne des idées qui manquèrent à M. Briand, à M. Viviani (et à M. Bidault). Autour de Philippe le Bel on créait l'Administration civile. Pourquoi Jeanne n'eût-elle pas reçu, sinon conçu, les idées éternelles de la politique française qu’illumine son beau génie. Sa langue, nette et forte avec les soldats, prend toutes les hauteurs nécessaires quand il faut affirmer les droits sacrés de la couronne.

A Patay, elle s'écria : " Nous les aurons ", comme un simple bonhomme de 1914. Mais quand il s'agit d'écrire au duc de Bedfort qu'il ne tiendra jamais le royaume " de Dieu, le roi du ciel, fils de sainte Marie ", " mais le tiendra le roi Charles, vrai héritier ", c'est un Discours du Trône où la majesté le dispute à la poésie. On n'y trouve pas ombre de faute d'orthographe.

Charles Maurras

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mardi, 11 mai 2010

La Politique de Jeanne d'Arc (II)

IV - La GUERRE au SERVICE de la POLITIQUE;

Cependant la route de Reims ne s'ouvrit pas toute seule. La grande instigatrice de la guerre de l'indépendance se heurta à des difficultés, de quel genre ? avec' qui ? chez qui ? Du côté des guerriers, chez certains " stratèges " comme disait Maurice Pujo. Et' pourtant, celle que ses voix avaient initiée à l'art de Richelieu et de Louis XIV n'avait pas été tenue dans l'ignorance du noble métier de Turenne et de Condé.

Des militaires ont montré que, pour chasser l'Anglais de France, Jeanne d'Arc a été un beau capitaine : par exemple, l'un des premiers qui usèrent de l'artillerie en rase campagne. Ces spécialistes font aussi remarquer .qu'entre deux formes 'd'action militaire, entre deux opinions de techniciens, comme on dit aujourd'hui, entre deux partis de conseil de guerre, elle saisissait toujours, avec une impétuosité d’esprit merveilleuse, le pratique, le 'court, le prompt, le décisif.,

Devant les militaires eux-mêmes, elle savait dire que la guerre était commandée par la politique et devait la servir.

'Les républicains, qui sont des imbéciles, parlent à tout propos de subordonner le militaire au civil. C'est idiot. C'est régressif le cedant arma togae valait pour l'enfance de Rome où les divers services de' l'État, accomplis par les mêmes hommes, n'étaient pas encore différenciés. L'ancienne monarchie française était plus avancée. Le roi de France faisait la synthèse du civil et du militaire. Il était le juge et l& protecteur armé de la justice. Hunc militem, disait l'archevêque de Reims en présentant au peuple le Roi qu'il venait de sacrer. Tous les princes qui ont été destinés à régner sur la France ont reçu une éducation militaire, à la seule exception du malheureux Louis XVI, que le fénelonisme ambiant écarta de l'apprentissage des armes, et c'est sans doute ainsi qu'il ignora ou laissa sans emploi les méthodes éprouvées de ses prédécesseurs pour faire de l'armée l'instrument direct de leur esprit politique - tel que Jeanne d'Arc l'avait professé dans les conseils tenus au bord de. 1a Loire :

Après la délivrance d'Orléans, les militaires, tout à leur. art, qui est un bel art, s'indignaient' à l'idée de 'prendre ~ route que demandait Jeanne dans la direction de l'Est et du Nord. Ce qu'il leur fallait, tout de suite, c'était la conquête de la Normandie, la course à la mer. Ce n'était pas absurde en soi: la victoire normande eût arraché à l'ennemi son principal fief sur le continent, l'eût coupé de ses communications, et je ne suis pas sûr qu'une bonne tête de soldat français n’ait pas imaginé, pour couronner cette victoire, quelque capture de la flotte anglaise qui eût permis une pointe offensive chez messieurs les Godons.

Si tentant que fût le projet, Jeanne résista. Jeanne dit non. Pourquoi ?

Elle obéissait à ses voix. Mais ses voix allaient d'accord avec les vues saines de Politique sage qui eussent calculé qu'en définitive l'heureuse aventure du débloquement d'Orléans, accomplie comme elle l'avait été, représentait malgré tout, un beau risque et un beau miracle, mais que, pour le reste, il fallait se plier à la Nature des choses. Or dans cette Nature tout devait demeurer en l'air, tant qu'il n'y aurait pas un commandement politique affermi.

Avant de rien tenter de nouveau, il fallait donc qu'il n'y eût plus de Dauphin, si gentil put-il être, mais bel et bien un Roi, un Roi certain pour tous, un Roi reconnu, acclamé, enfin sacré, le Roi.

La base politique consolidée en premier lieu, les opérations militaires pourraient venir. Elles seraient rapides, ou elles seraient lentes, mais l'essentiel serait fait, le présent arrêté, l'avenir assuré.

Pas de grande entreprise militaire avant cette assurance politique de fond.

Aussi longtemps que le Roi hésiterait, délibérerait sur cette marche nécessaire, Si conforme à son intérêt capital, on pouvait guerroyer ou escarmoucher sur la Loire, ne serait-ce que pour tenir l'armée en haleine. Mais de par Dieu ! répétait Jeanne, point de campagne de Normandie avant que le royaume ait son Roi bien établi, bien reconnu, bien oint I

D'abord la monarchie en règle, devait dire Bismarck dans un autre sentiment, mais dans le même esprit que Jeanne d’Arc.

C'était l'évidence.

L'absurdité qui consistait à mettre la charrue avant les bœufs,. éclatait grâce à l'héroïne.

La politique patriote ne passait point par la Normandie : elle passait par le moyen ordinaire, par le moyen de l'ordre celui qui a déjà servi et qui servira, de tout temps en France: le Roi.

Au siècle précédent, c'est par le dauphin Charles, depuis nommé le Sage ou le Savant, que l'ordre et la victoire sont revenus au parti français. Au siècle qui suivit celui de Jeanne d'Arc, siècle des furieuses dissensions religieuses, c'est encore autour du Roi que "les politiques" du pays rallieront le peuple et les Grands afin de refaire unité, puissance et prospérité.

Bien avant Charles V, l'anarchie féodale a été débrouillée par la police et par la justice du Roi.

Bien après Charles VII, bien après Henri IV, et alors que vingt-trois ans de guerre terminés par deux invasions auront épuisé le pays, la " RESTAURATION " de la paix intérieure et extérieure, financière et militaire, maritime et diplomatique, sera possible par le Roi.

On pourrait remonter plus haut dans nos origines, et l'on y reverrait que la France, configurée comme elle l'est, languit dans la stagnation, ou s'agite - et se déchire entre les partis, au point d'ouvrir sa porte à l'étranger, tant qu'elle obéit à une gouvernement collectif, tant qu'elle n'est pas gouvernée par Un seul: cet Un qui succède à son père et qui fraie la voie - de son fils.

Aussi la personnalité politique de la France ne s'est-elle réalisée pleinement, avec ordre et progrès, capitalisant ses acquisitions, que sous la direction du Roi. Ainsi, en s'adressant au droit héritier des Capets, c'est au " moyen " classique et normal, essentiel qu'avait eu recours Jeanne d'Arc.

Moyen de l'ordre ou l'ordinaire.

L'ordre toujours. L'ordre qui a manqué et devait manquer au Résistentialisme séparatiste de M. de Gaulle, comme il avait manqué (nous l'avons déjà vu et dit) à la première Croisade de Pierre l'Ermite et de Gauthier sans Avoir. Celle-ci échoua, au lieu que la Croisade ordonnée des Princes aboutit, prit Jérusalem et y fonda de belles baronnies et principautés.

Jeanne d'Arc réussit à rétablir le ,< saint royaume> sans se fier le moins du monde à la révolution, ni a l'indiscipline populaire, ni à l'insurrection individuelle comme écrivait Pujo, l'autre jour, elle ne prit pas le maquis. Son œuvre, bien lue, est un modèle de dis cours sur la méthode politique, méthode qu'elle appliqua dans sa lettre et dans son esprit.

Charles Maurras

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lundi, 10 mai 2010

La Politique de Jeanne d'Arc

I - UNE JEUNE FILLE ROYALISTE

Cela était d'autant plus normal que Jeanne pourrait être appelée la première des Jeunes Filles Royalistes, ce vocable excluant, comme nous le disions alors, tous les aspects " d’ignorance ", " d’inculture ", " 'd'inéducation ", que, l'on sous-entend dans les mots, de bergère ou de fille du peuple. Les troupeaux que Jeanne d'Arc conduisait appartenaient à son père. Monsieur d'Arc ou Dare était le chef du village. L'historien. Siméon Luce a calculé que le revenu annuel de la famille Darc s'élevait à 5.000 francs. Combien de centaines de milliers, combien de millions peut-être, ces 5.000 francs de 1885-1890 feraient-ils aujourd'hui ?

La vérité de l'histoire n'est guère favorable à l’intérêt de classe et de faction qui ne peut qu'affadir la personne de Jeanne d’Arc. Sa vraie figure serait plutôt celle d'une petite bourgeoise française, de cette bourgeoisie rurale qui composait et qui forme encore le plus touffu, le plus vivace élément du paya; classe moyenne très étendue, tellement étendue qu'il n'y eut jamais beaucoup de " peuple " 'en France: classe surtout conservatrice, car rien n'a duré sans elle; classe révolutionnaire, car rien ne s'est fait d'un peu neuf, ni un peu vivement, sans qu'elle y ait mis du sien.

Jeanne en était si bien, elle adhérait si peu à ce que nos contresens habituels appelleraient un prolétariat flottant et sans racines, ou une paysannerie asservie, qu'ont lit distinctivement dans sa pensée et dans son cœur, les trois Idées directrices de l'ancien Tiers-Etat français : le 'Patrimoine' maintenu - et la Patrie sauvée - par la Royauté établie.

II - RELIGION, PATRIE, ROYAUTÉ,

Naturellement, beaucoup d’Autorités respectables s'efforcent de voiler, ces convergences du faisceau religieux, patriotique et royal. En quoi on peut leur dire, sans vouloir offenser en rien, qu'elles ont bien tort.

Contre toute justice, l'on s'ingénie à escamoter ce caractère politique de Jeanne d'Arc et l’on y réussit ,par des tours d'éloquence.

Ces accrocs à l’histoire, ces torts faits au passé ne sont peut-être pas aussi ,adroits qu'ils en ont l'air. En tout cas, ils offrent le grave inconvénient de pousser les orateurs et les littérateurs à d'autres tricheries frauduleuses, dont l'esprit monarchiste ne sera plus. seul à pâtir.

Au moment même où de hautes Autorités se donnent le mot pour exclure de la carrière de Jeanne d'Arc son pâle politique, il est des entreprises de cinéma pour éliminer du même récit tout l'élément religieux. il' ne sera que juste de protester contre cette dernière mutilation. Ne l'aura-t-on pas' introduite en consentant au premier de ces tronquages scandaleux ? Hodie mihi, cras tibi.

La jeune fille royaliste de Domrémy, qui allait, par monts et par vaux, avec les brebis de son père, disait à tout venant

- Faut-il que le roi soit chassé du royaume et que .nous devenions Anglais'?

Mais ce n'est pas sa pensée, sa passion, sa raison, toutes ' seules qu'elle écouta pour réaliser l'héroïque dessein personnel qu'elle avait pu concevoir. En catholique discipliné, elle attendit l'ordre d'En Haut. Elle obéit ses voix.

III - NI DEMAGOGIE, NI DEMOCRATIE

Non moins disciplinée, la Française ne suivit que les, grandes routes de l'Ordre :

La jeune fille en qui les historiens libéraux aiment à louer la préfiguration vivante de la Nation armée; n'a pas conçu un seul instant le réveil national comme une sorte de levée en masse, de jacquerie patriotique.

.Elle et " le Grand Ferré " sont deux!

Plus encore que guerrière, elle a la tête hiérarchique.

Elle n'a pas ameuté les paysans de son village: elle est allée' trouver le seigneur du pays. Encore s'est-elle gardée de le convier à lever la jeunesse du Bar et des provinces voisines : son sens de l'ordre est tel qu'elle, a volé droit au sommet! Point de chef, point de peuple ! Point de Roi, point de France ! Comme il n'y a point de roi, elle en fera un.

Mais elle ne le' créera pas de rien; elle ne rêvera ni de nouvelle dynastie, ni de dictature féodale ou cabochienne. Un très grand Français, un Lyautey se rêvait en Warwick,

il voulait " faire " un roi. Oui, de la semence de Parme !... Jeanne d'Arc ignore' ces songes. Elle prit, son prétendant là où il était, et n'eut de cesse que son Dauphin ne devint le Roi.

Jeanne ne croyait pas à la naissance 'spontanée de l'ordre. Elle pensait ce que devait nous enseigner notre maître La Tour du Pin: pour imposer un ordre, il faut une autorité et, en 'France, ce ne peut être que le sceptre, le glaive, la main de justice du Roi. Or, ce Roi se consacre et s'achève à Reims. Tout d'abord, donc, allons à Reims, comme les pâtres de Noël à Bethléem.

C'était en se pliant à l’ordre naturel du royaume de France quelle estimait remplir les volontés surnaturelles que ses voix faisaient descendre du ciel.

Dans le cachot de Rouen, elle a déclaré un jour que ses voix ne la quittaient pas mais, ajoutait-elle, je les entendrais mieux Si j'étais en quelque forêt

La puissante forêt de pierre qui élance et recourbe ses arcades fleuries au-dessus du berceau ecclésiastique de Reims était aussi propre que son Bois, chenu à la révélation distincte des vérités humaines qui ont orienté sa carrière mortelle. Sans doute ce grand cœur en a-t-il recueilli plus de lumière encore et de consolation que des rameaux bruissants de l'arbre des fées. Son cœur d'initiée à la loi éternelle a dû jouir à Reims, avec parfaite plénitude, du meilleur et du plus beau des spectacles accordés à l'ordre terrestre : une nation laborieuse, une armée bataillante et victorieuse, la paix publique retrouvée et rétablie par un bon conseil et, dans la fleur de la jeunesse, le Roi, le juste Roi par qui, tout bien devient possible; étant le bon seigneur habilité au gouvernement d'ici-bas.

(à suivre)

Charles Maurras

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samedi, 05 décembre 2009

Antigone, Vierge-Mère de l'Ordre

Une nouvelle adaptation d'Antigone remet à l'ordre du jour le drame de conscience posé par l'acte de désobéissance pieuse de la fille d'Œdipe à la tyrannie de Créon. Celui-ci, dernier roi de Thèbes, s'est permis d'interdire la sépulture de Polynice, frère d'Antigone, coupable d'avoir pris les armes contre la Cité. Mais la vierge thébaine méprise cette loi, affronte le tyran, ensevelit son frère, est condamnée à mort, bien qu'elle ait invoqué, contre un délit d'un jour, les lois sûres, les lois inécrites des dieux.

On s'accorde généralement à comprendre cette révolte comme la voix de la conscience humaine, universelle et éternelle, élevée au nom d'un impératif stoïcien et kantien. C'est la protestation moderne de l'Un contre toutes les formes de la Communauté. C'est l'énonciation du droit de la Personne contre la Cité, c'est le conflit de la politique et de la morale: on va même jusqu'à dire l'hostilité de l'Ame au corps de la Société, la sédition de l'Individu contre l'Espèce. Ainsi fait-on d'Antigone une Ennemie de la Loi sociale et comme l'incarnation sublime de l'Anarchie. Je n'ose compter tous les bons humanistes et tous les hommes d'ordre qui ont adopté et recommandé cette interprétation.

C'est un contresens complet.

J'en ai toujours eu l'impression. Elle me semblait déjà claire dès ma lointaine première lecture, lorsque, voilà près de soixante-dix ans, sous la direction de mon cher monseigneur Penon,  j'essayais de déchiffrer le texte et de

le comprendre, en osant même transporter un ou deux chœurs dans le pauvre bégaiement de mes rythmes français. Je viens de relire Antigone. Il n'y a pas de doute: l'anarchiste de la pièce n'est pas elle, c'est Créon. Créon a contre lui les dieux de la Religion, les lois fondamentales de la Cité, les sentiments de la Cité vivante. C'est l'esprit même de la pièce. C'est la leçon qui en ressort: Sophocle n'a pas voulu nous peindre seulement le sursaut de l'amour fraternel ni même dans le personnage de Hémon, fiancé d'Antigone, celui de l'Amour tout court. Ce qu'il veut montrer aussi c'est le châtiment du tyran qui a voulu s'affranchir des Lois divines et humaines.

Antigone en a bien le sentiment. Dès le début, parlant de son dessein à sa sœur, en se prévalant de la beauté de l'acte, elle déclare refuser de manquer à la Loi souveraine que respectent les dieux. Lorsque le tyran lui reproche de préférer ce qu'elle aime à la patrie, c'est lui qui parle, c'est lui qui nous est montré prenant sa folie pour de la sagesse, et qui veut identifier son jugement particulier aux nécessités de salut public: toute la suite du drame va démontrer le contraire par la conséquence même de la mauvaise action de Créon qui détruira la Cité au lieu de la maintenir, ruinera l'Autorité et la Royauté au lieu de les sauver.

Que Polynice fût coupable d'avoir combattu contre sa patrie, rien de plus assuré. Mais il y a injustice, car démesure et disproportion entre la faute et la peine: pourquoi? Parce que ce châtiment, la privation de sépulture, était le plus sévère, le plus violent qui pût être infligé dans la Cité thébaine. Imaginez dans la Cité

chrétienne un criminel que le pouvoir temporel voudrait punir par la privation du salut éternel, par la précipitation dans l'enfer éternel... C'est ainsi que Créon a condamné le mâne de Polynice à errer mille ans le long du Styx, faute de recevoir ces rites sacrés de la sépulture qui confèrent aussi aux survivants, à la famille antique, le droit de continuer dignement les ancêtres morts.

Créon aurait pu exercer sa puissance en outrageant le cadavre, en le couvrant d'opprobre, en multipliant contre lui les mémoriaux de l'exécration. Mais il passe son droit quand il prétend livrer la chair de son neveu coupable aux chiens et aux vautours. Il commet là un acte aussi inconstitutionnel que le serait celui d'un roi de France s'avisant de désigner son successeur au détriment de son fils aîné, ou léguant sa couronne à une fille! L'usurpation du Droit ainsi commise par le Souverain est si formelle qu'elle est d'abord sentie par les craintifs vieillards du Chœur quand ils lui concèdent, mais en tremblant, la faculté de se servir de toutes les lois à sa guise envers les morts et les vivants: ils se doutent de l'illégalité monstrueuse! Sous la menace, ils lui promettent de lui obéir, mais, disent-ils, de peur d'être mis à mort... Et quand la mauvaise nouvelle arrive, quand le garde vient dire que les rites interdits ont été mystérieusement décernés au corps de Polynice, les premiers mots du même Chœur sont pour demander au roi si cela ne vient pas des dieux, ainsi que les vieillards ne pouvaient s'empêcher de le penser d'abord en silence. Cela met Créon en fureur. Cet énergumène prétend qu'il est inadmissible de vouloir supposer que les dieux se soient mis  en  peine  de Polynice.  Il traite le Chœur de vieux  et

de fol, il l'accuse de rébellion contre son pouvoir, de jalousie, de perfidie... Ce n'est pas un Chef que fait parler Sophocle, ce n'est pas un homme d'Etat, c'est le tyran au sens moderne, le despote, égaré par le vertige du pouvoir. Sur quoi, le Chœur, demeuré seul, se plaint que l'homme soit sujet à toujours confondre les lois issues de frêles mains humaines avec les lois des dieux qui sont inébranlables. Il va jusqu'à conclure que le gouvernement d'un homme ainsi fait n'est pas bienfaisant pour la Ville, pour la Patrie. Ainsi ce personnage impersonnel manifeste l'esprit de l'ouvrage, et nous n'en sommes qu'au début.

Que répond Antigone au premier interrogatoire? Que l'arrêt de Créon n'était pas légal. Il n'avait pas été promulgué par Zeus, ni enregistré par Dité. Un simple édit, même royal, n'est pas assez fort pour infirmer les principes inécrits, ces données synthétiques de l'Ordre, ces hautes traditions des Autels, des Foyers, des Tombeaux, dont nul ne connaît l'origine et auxquels la simple décision «d'un homme» ne peut se comparer. S'il la prend pour une folle, il se trompe : c'est lui qui est fou. Elle le lui dit. Ce qui l'enrage encore. Le Chœur a peur, Antigone affirme cependant devant lui que tous, ici, l'approuveraient si la crainte ne fermait les bouches devant un arbitraire puissant. Créon veut invoquer l'opinion publique de ses Thébains : - Ils voient comme moi, répond-elle, ils ne parlent que pour te plaire...

Sophocle fait parler ses personnages selon leur caractère. Aussi Créon allègue-t-il le bien, le mal, les bons, les méchants, les amis, les ennemis. Cela ne peut toucher Antigone qui repousse de haut toutes ces excuses et

plaidoiries personnelles. Survient Ismène, sa sœur; elle revendique immédiatement une part dans l'acte dont elle reconnaît plus que la gloire: la légitimité. Elle regrette de n'avoir pas, elle aussi, honoré son frère mort. Là, le caractère tyrannique du rôle de Créon s'accuse et s'accentue encore. Le poète lui fait dire des paroles impies: d'un chef, il faut exécuter tous les ordres, petits ou grands, justes ou non! Après s'être déchaîné contre l'indiscipline et l'anarchie, ce possédé se retourne et s'insurge, en fait, contre la justice, qui est l'un des principes et l'une des fins de son autorité. Or cet argument de l'Autorité et de l'Etat n'est déjà point admis comme décisif par Sophocle, tel que Créon le fait valoir.

Prenons-y bien garde, lorsque son pauvre fils déchiré d'amour, le malheureux Hémon, veut fléchir son père, que fait-il? Il invoque aussi l'intérêt du règne, celui de l'Autorité, de l'Ordre, de l'Etat. Il rapporte que toute la Cité murmure, Thèbes juge Antigone la moins coupable des femmes, elle qui va mourir pour un acte si beau, quand on lui devrait plutôt une couronne d'or! Voilà le cri public. Hémon demande à son père de s'en rendre compte, de ne pas s'en tenir à sa propre pensée, sa pensée isolée, ni à son sentiment unique (celui que la critique moderne prête à Antigone). Hémon veut que son père écoute les gens qui pensent bien.

- Telle est la voix du peuple entier de Thèbes, insiste Hémon.

- Alors, reprend le père, c'est le peuple qui va commander?.. Sur quoi, le jeune homme ose se tourner vers le Chœur et le prend à témoin que son père parle comme  un  enfant !  Le  tyran  argue  de  son  droit sur  la

Cité. Le jeune homme répond qu'on ne peut pas régner sur un pays désert. - Tu discutes ton père! - Tu manques à la piété. - Je maintiens mon pouvoir. - Tu bafoues les dieux. - Tu es asservi par une femme. - Je ne suis pas, du moins, asservi par le Mal... Et, Créon accusant son fils de folie, peu s'en faut qu'il ne s'entende traiter de fou lui-même... Ce serait la seconde fois qu'il serait ainsi souffleté! Donc, Thèbes, Hémon, Antigone pratiquent la même religion, ils suivent la même loi qui fait l'ambiance morale de la pièce, la pensée de Sophocle et de toute la Grèce. Loin de tenir à la solitude stoïque, Antigone est une légitimiste héroïque et farouche; elle s'apparente à tous les rôles sympathiques de l'Odyssée et d'Athalie. Sophocle, Racine et Homère ont le cœur politique du même côté. C'est pourquoi, de tout temps, entre 1898 et 1944, l'Action française n'eut jamais cesse de rectifier, en ce sens, la définition d'Antigone.


. . .


Mais Antigone marche à la mort: O tombeau! O lit nuptial! Ses dernières paroles ont été pour protester qu'elle n'a violé aucune loi:

- On l'accuse d'impiété, elle, la Piété même!

C'est alors que surgit un personnage qui, s'il restait le moindre doute sur la question, en trancherait les derniers nœuds. Figurons-nous, un quart d'heure après le supplice de Jeanne d'Arc, quelqu'un comme le Pape de Rome venant dire aux Anglais: - Oui, c'est bien cela, vous avez brûlé une sainte! Le devin Tirésias remplit ici ce rôle théologique : il vient affirmer à Créon, conformément au

cri de la Ville, que le Ciel est contre lui, qu'il court à de nouveaux désastres, que les augures et les présages le condamnent, lui! Si les membres déchirés du corps sans sépulture ont soufflé leur peste sur ses autels, la faute en est au seul Créon: - Cède au mort, ne l'irrite plus, écoute une bonne parole... Ce qui ne manque pas de déchaîner, pour la dernière fois, les cris de fureur de Créon. Tirésias, qui fut son bon conseiller et son pontife dévoué, est traité de vendu, bravé, défié, bafoué, ce qui amène une sorte d'excommunication solennelle, dans laquelle le Pouvoir religieux fait connaître au Pouvoir civil, sorti de son cadre, tiré de son échelon, que l'expiation directe va commencer: un homme de la propre chair de Créon va périr parce qu'il a privé le mort des funérailles dues, parce que son impiété a volé les « dieux d'en bas » sur lesquels n'ont de pouvoir ni les hommes, ni même les dieux d'en haut: les Erinnyes déchaînées feront entendre des cris d'horreur et de fureur jusque dans le foyer de Créon.

Menaces effrayantes! Elles ébranlent Créon, elles le retournent, il est trop tard. Antigone s'est tuée dans son tombeau, Hémon manque de tuer son père, et se tue lui-même. Le messager qui fait le récit conclut que pareil manque de sagesse est pour les hommes le pire des maux. Rien de plus exact. Contre la religion, contre les dieux, contre les lois fondamentales de la Cité et de la race et, je répète, contre son propre pouvoir, contre la mesure de la raison et le bien de l'Etat, Créon est le type accompli de l'insurrection. Il s'accuse lui-même de son égarement, de l'isolement qu'il s'est infligé, et quand sa femme s'est immolée à son tour, il se confesse encore le seul coupable. Alors que le Chœur, désormais revenu à son mouvement spontané de la première scène, déclare le Bonheur fils de l'unique Sagesse et du Respect des dieux, tandis que l'orgueil du Moi humain est conduit à payer l'excès de ses prétentions. S'il y avait à célébrer quelque part les funérailles de quelque fameux Anarchiste couronné, je demande quel autre thrène pourraient jouer les grandes orgues, à cette occasion.

Non, l'image courante d'Antigone est à réviser. C'est elle qui incarne les lois très concordantes de l'Homme, des Dieux, de la Cité. Qui les viole et les défie toutes? Créon. L'anarchiste, c'est lui. Ce n'est que lui.

 

Charles Maurras

 



 



 



 

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mardi, 02 juin 2009

Sur une certaine idée de la tradition

(par Jacqueline BEAU de LOMENIE , Cahier de Chiré n°2, 1987)


Mgr le Comte de Paris, qui, passant superbement outre au droit régalien en vertu duquel la Couronne dispose des Princes, et non les Princes de la Couronne, se proclame le seul prétendant légitime au Trône des Lys, a récemment commis un essai au style irréprochablement radical-socialiste (1).

De ce parti on disait naguère qu’il était comme le radis, blanc à l’intérieur et rouge au-dehors. Il se trouve que ces deux couleurs caractérisent aussi l’image d’une certaine tradition; celle de la Maison d’Orléans.

A cette tradition son actuel héritier ne faillit nullement, quand, en père noble, il déshérite son «dauphin », tout en se livrant par ailleurs aux excès d’une démagogie digne de celle de l’ancêtre Philippe-Egalité à sa belle époque.

 En ce temps-là, l’héritier d’une des grosses fortunes du royaume briguait le pouvoir en usant de tous les artifices et maléfices de la Maçonnerie dont il était le Grand Maître, tirant profit de toutes les équivoques du libéralisme avancé: tout en contestant tout, il n’en faisait pas moins avancer ses affaires personnelles qu’il confondait libéralement avec celles de l’Etat. Et ce n’étaient que congratulations aux truands, filles publiques, échappés des galères, spéculations financières sur les fruits du travail d’autrui, trafics d’influence, achats de consciences, transferts de capitaux à l’étranger, pratique de toutes les variantes de la criminalité d’affaires, débauche de publicité par gens de lettres et de théâtre interposés.

A son souverain, Louis-Philippe-Joseph disait OUI.. Mais... pour se livrer en privé à la joyeuse critique contre l’exercice solitaire du pouvoir. Lui-même et ses fils participaient activement aux sociétés de pensée dont Augustin Cochin (redécouvert depuis peu après un long purgatoire dans l’histoire sorbonnique) a magistralement démontré qu’elles ont préparé la Révolution, jouant, à l’aide des Lumières le rôle que Gramsci devait, ultérieurement attribuer au « pouvoir culturel , indispensable prélude à la prise du pouvoir politique.
En ces cercles politico-philosophiques, se coagulait la crème de la noblesse d’épée et de robe, liée à la bourgeoisie janséniste, en vue de préserver leurs privilèges ou d’en conquérir d’autres.
Philippe y trônait, tout en oeuvrant, avec son gang du Palais- Royal, le Club des Enragés, à une révolution rien moins que populaire.

Les fils du prince félon, les jeunes (Chartres et Beaujolais, jouaient eux aussi à Autrement. Coiffés du bonnet rouge de la résistance au roi, ils retrouvaient au club des Jacobins, les ducs de Broglie, de Noailles, d’Aiguillon, La Fayette, le marquis de Montesquiou, l’évêque apostat et prince de Talleyrand-périgord, en compagnie des Cochon-Lapparent, Anacharsis Clootz, Choderlos de Laclos et autres notabilités de la gauche fraternelle et généreuse.
Hélas ! Comme l’a dit Chateaubriand, ce sont les patriciens qui ont consacré la Révolution. Et, la nuit du 4 août s’étant étendue sur la France, le prince de la décrispation nationale renonçait solennellement à ses droits dynastiques, a ses titres, à son nom, pour lui-même et pour sesdescendants... mais non à sa fortune...

A son patronyme, il substituait celui d’Egalité, se proclamant publiquement, sans le moindre égard pour les auteurs officiels de ses jours, le fils d’un palefrenier des écuries paternelles.
Avant de passer lui-même au fil du rasoir national, le ci-devant d’Orléans y avait envoyé son auguste souverain et cousin, grâce à l’obligeant concours des vingt-cinq voix dont disposait à l’Assemblée le camarade Le Pelletier de St-Fargeau dont aime à se réclamer l’éminent descendant d’icelui, M. Jean d’Ormesson de l’Académie française et du Figaro-Magazine, qui se fit aux obsèques d’Aragon le panégyriste de l’écrivain rouge faute d’avoir réussi à lui faire endosser l’habit vert.

Nonobstant les renonciations de l’aïeul régicide, l’actuel Monsieur d’Orléans-Egalité prétend aujourd’hui à son héritage, encore que la loi française frappe d’interdit celui d’un parricide.
Làs! L’infortuné semble durement payer le forfait ancestral, comme si La Justice, poursuivant inexorablement Le Crime, actualisait le terrible propos de Chateaubriand

« Si les Orléans venaient à régner au nom des vices et des crimes de leurs ancêtres, où donc serait la Providence ? Ils ont beau faire, ils ont beau dire, ils ne parviendront jamais à coller la tête de Philippe-Egalité sur le tronc sanglant de Louis XVI. »

Aux prises avec ses difficultés à régner sur sa propre famille, Mgr le Comte de Paris ne manque pas pour autant à la tradition des cadets bourbonniens. Ne confiait-il pas, à la veille de l’élection de 1981 à Paris-Match, que « le succès de M. Marchais ne lui ferait pas peur » et qu’il « n’avait jamais fait pour sa part d’anticommunisme ».

Aussi n’est-il nullement exclu de le voir, aux côtés de M. Edgar Faure, le remplaçant de M. Baroin, ex-Grand Maître du Grand Orient tombé en plein ciel des lumières (tropicales), concélébrer sous le patronage du président de la République les fêtes votives de 1789, à la gloire des égorgeurs.

Tant il est vrai que bon sang ne saurait mentir

Au fait, comment appelait-on le bourreau, sous l’Ancien Régime? Monsieur de Paris.

 

(I) - Comte de Paris : L’avenir dure longtemps




 

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mardi, 26 mai 2009

Manifeste légitimiste (V)

 

La légitimité contestée

INTRODUCTION

Au cours des différents chapitres de ce manifeste, nous avons rappelé que l’autorité possédait le caractère d’être paternelle, c’est-à-dire d’être exercée par un homme.

Nous avons montré que les lois fondamentales désignaient cette personne par un ensemble de règles fondées sur la nature, ayant le mérite d’être simples et claires, ce qui a mis la succession de France au-dessus des convoitises qui assaillent d’ordinaire l’autorité.

Cependant c’est un fait patent que la monarchie légitime, incarnée par le prince que désignent les principes que nous avons rappelés, ne gouverne plus le pays depuis 1830.

Il est donc impossible d’envisager une modification coutumière du droit royal depuis cette date. Aucun nouveau trait coutumier, impliquant répétition et constance, ne saurait être observé - et pour cause - depuis 1830.

Nous nous trouvons ainsi devant l’alternative suivante :

• soit la coutume est abrogée, et en ce cas c’est la royauté française qui est morte, non seulement en fait - ce qui est patent - mais aussi en droit.

• soit elle n’est qu’engourdie et l’héritier est nécessairement celui que saisissent les lois fondamentales du royaume.

Une telle affirmation ne devrait soulever aucune contestation :

• pour ceux qui croient à l’abrogation de la coutume, peu importe celui qu’elle aurait désigné.

• pour ceux qui croient à un simple sommeil, le prince qui remplit toutes les conditions ne peut être que Louis de Bourbon, né le 25 avril 1974.

Et pourtant, il y a contestation et cette contestation ne date pas d’aujourd’hui ! Elle date exactement de 1883 !

(Pour lire la suite, cliquez ici)

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mercredi, 20 mai 2009

On a retrouvé le testament politique de Louis XVI

Via le Salon Beige

Il avait disparu depuis la Révolution française. Il se cachait dans une collection américaine où il vient d'être acquis par un Français, collectionneur de manuscrits anciens. Le testament politique de Louis XVI est une œuvre politique majeure, datant de la fuite à Varennes, dans la nuit du 20 juin au 21 juin 1791. Avant de partir, Louis XVI ne veut pas quitter Paris sans laisser un document expliquant les raisons de sa fuite. Il entend s'adresser à son peuple. Aussi rédige-t-il cette Déclaration à tous les Français, un manuscrit de seize pages, qui deviendra son «testament politique» (à ne pas confondre avec le testament qu'il rédigera dans la prison du Temple avant de monter sur l'échafaud). Son contenu n'était pas ignoré, dans la mesure où le texte a été reproduit dans de nombreux documents, mais l'original avait disparu. Dans ce texte, il juge que les réformes de l'Assemblée et l'attitude des clubs, «calomniateurs et incendiaires», ont porté atteinte à «la dignité de la Couronne de France». Il s'en prend notamment au poids excessif des comités de la Constituante, notamment le Comité des recherches qui exerce «un véritable despotisme plus barbare et plus insupportable qu'aucun de ceux dont l'histoire ait jamais fait mention». En voici la conclusion :

"Français, et vous surtout Parisiens, vous habitants d'une ville que les ancêtres de Sa Majesté se plaisaient à appeler la bonne ville de Paris, méfiez-vous des suggestions et des mensonges de vos faux amis, revenez à votre Roi, il sera toujours votre père, votre meilleur ami. Quel plaisir n'aura-t-il pas d'oublier toutes ses injures personnelles, et de se revoir au milieu de vous lorsqu'une Constitution qu'il aura acceptée librement fera que notre sainte religion sera respectée, que le gouvernement sera établi sur un pied stable et utile par son action, que les biens et l'état de chacun ne seront plus troublés, que les lois ne seront plus enfreintes impunément, et qu'enfin la liberté sera posée sur des bases fermes et inébranlables. A Paris, le 20 juin 1791, Louis."

Michel Janva

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lundi, 18 mai 2009

Vidéo

Bien que créée par un groupe proche de l'Alliance royale et des Orléans, nous ne résistons pas au plaisir de vous recommander une vidéo bien sympathique (trouvée sur l'excellent blog du Christ Roi), sur les méfaits de la gueuse...

 

 

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