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mardi, 08 juin 2010

Henri Comte de Paris (1908-1999) ou la tradition orléaniste (I)

Ma personne est tout, mon principe n’est rien

Les Orléans ont toujours été dynastes, cependant les Lois Fondamentales du Royaume les placent très loin derrière la branche aînée d’Anjou. Un prince d’Orléans désirant malgré tout satisfaire une ambition royale doit donc renoncer au principe de légitimité pour ne mettre en avant que sa seule personne. Feu le Comte de Paris est l’exemple extrême de cette stratégie préconisée par son aïeul, l’usurpateur Louis-Philippe. L’abandon de la transcendance ― pourtant inhérente à la monarchiele condamna tantôt à faire une cour servile au pouvoir en place, tantôt à se prostituer à l’opinion du jour, abdiquant de fait tout courage et tout honneur.

Qui est donc le Comte de Paris ?

En avril 1956, dans un article paru aux Écrits de Paris, René Johannet, essayant de discerner « l’avenir du Comte de Paris », s’exprimait en ces termes :

La position du Comte de Paris est l’une des plus étranges que l’on puisse imaginer. De tous les prétendants au trône de France qui se sont succédé depuis un siècle, il est assurément le plus zélé, le plus actif, le plus ambitieux.

Il n’en a pas moins réussi à faire abroger la loi d’exil portée contre lui. Mieux : il cousine avec la gauche avancée, traite de pair à compagnon avec Mendès, Edgar Faure, collabore au Monde, se voit cité par un ministre en plein Chambre. Que la République vienne à disparaître, il en sera le dernier témoin, le témoin de ses affres les plus secrètes.

Pour retrouver semblable anomalie, force nous est de remonter aux beaux jours du parti radical, quand on expédiait d’office à Bruxelles les nouvelles recrues de marque pour être présentées au prince Victor [1]. Soit dit entre nous, ça n’a pas mené très loin le prince Victor.

Cela n’a pas, non plus, mené très loin le Comte de Paris, puisqu’au terme d’un demi siècle de vie politique il publie un livre désenchanté [ses Mémoires, note VLR], et donne quelques déclarations qui laissent mal augurer du devenir de sa Maison. Mais ce peut être grave pour le royalisme français, et il convient d’en prendre la mesure.

Notes

[1] Il s’agit, bien sûr, du prince Victor-Napoléon, prétendant bonapartiste, qui passait pour presque aussi « rouge » que le pittoresque Napoléon (Jérôme), dit “Plon-Plon”.

(Source: Vive Le Roy: http://www.viveleroy.fr/Henri-Comte-de-Paris-1908-1999-ou... )

18:22 Publié dans Monarchie | Lien permanent | Commentaires (0)

lundi, 07 juin 2010

La Légitimité (IV)

Des royalistes qui cèdent aux sirènes démocratiques

 

Or, voici que des monarchistes — il est vrai qu’ils s’intitulent simplement “royalistes” — dont on attendrait la ferme réfutation des lubies démocratiques contemporaines, sacrifient à l’idole du jour.

Tels d’entre eux donnent des leçons de démocratie au président de la République française, et même M. Pierre Boutang, habituellement peu conformiste, assure que « le mot ne le gêne plus ».

Si « le mot » exprimait le besoin d’un consensus populaire, ou si, tout simplement, l’on entendait par démocratie l’un des régimes légitimes décrits par les vieux penseurs grecs, nous en serions tous d’accord, et l’on pourrait non seulement s’accommoder du mot, mais se dire anti-démocrate sans choquer personne. Malheureusement, chacun sait que ce n’est pas le cas aujourd’hui, et que ce n’est pas d’un terme innocent qu’il s’agit. « L’ambiguïté de l’antidémocratisme » [10] est incontestable, mais provient de l’ambiguïté fondamentale de la démocratie moderne.

Aussi ne peut-on que redouter, pour l’avenir du royalisme français, l’effet des compromissions démocratiques du Comte de Paris, que suivent quelques néo-orléanistes. Ce prince, qui n’a pas la légitimité juridique — nous croyons l’avoir démontré —, n’est pas davantage capable de proposer une saine doctrine politique, dans laquelle pourrait se reconnaître la légitimité monarchique traditionnelle.

Notes

[10] Que souligne à juste titre Paul SERANT dans son essai. Où va la Droite ?, Paris. 1958. pp. 122 et suiv. L’auteur fait observer que, pour les Anglo-Saxons, « démocratie » vise esprit de liberté, respect des libertés concrètes, civilisation.

(Source: Vive le Roy: http://www.viveleroy.fr/La-legitimite-par-Guy-AUGE-1979,9... )

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samedi, 05 juin 2010

La Légitimité (III)

L’idée de légitimité aujourd’hui

Un trésor transmis par les milieux royalistes traditionalistes

Longtemps, l’idée de légitimité est restée confinée dans les milieux royalistes traditionalistes.

On fait généralement compliment à Talleyrand d’en avoir donné la théorie dans l’ambiance du Congrès de Vienne en 1814-1815 [5], afin de mieux défendre, au nom de la solidarité des princes européens, les droits d’une France vaincue militairement et ressuscitée politiquement.

On connaît surtout le légitimisme du XIXe siècle, la revendication de la branche aînée contre l’orléanisme usurpateur de 1830, et le parti qui incarna cette cause autour du Comte de Chambord.

Ainsi “contaminée”, la notion, décidément située, ne pouvait que faire horreur aux républicains et démocrates ; elle était presque aussi soigneusement évitée par les maurrassiens “fusionnistes” pour d’évidentes raisons, l’étiquette restant revendiquée par les Blancs d’Espagne.

Le retour du souci de la légitimité

Mais un phénomène curieux s’est produit depuis quelques décennies : on a « ressuscité cette belle morte », selon l’expression de Pierre Boutang.

Ce fut le cas, d’abord de façon toute théorique, autour de la sociologie allemande de Max Weber et de ceux qui le lisaient ; un peu plus tard, et cette fois de façon “existentielle”, dans le déchirement de la guerre franco-française, en 1940-44 et, par prolongement, au cours des années suivantes (affaire algérienne, gouvernement du général De Gaulle, succession du Général…).

Aujourd’hui, la notion de légitimité politique a repris droit de cité, on lui consacre des ouvrages philosophico-juridiques, on la désenclave et on la banalise.

C’est assurément un progrès, à certains égards, car on tient indiscutablement là une des clefs de la réflexion politique fondamentale.

C’est aussi une source de confusion, parce que le concept, s’étant relativisé, a perdu en consistance, et finit par connoter des idées antagonistes. Ce qui est spécialement le cas lorsque les royalistes, inventeurs du terme, se mêlent de reprendre leur bien !

L’équation impossible d’une légitimité démocratique

La légitimité, pour nos politologues contemporains, est volontiers subordonnée à une idée de droit dominante, elle procède de la mode électoraliste et démocratique [6].

Or, historiquement, on a rattaché de façon assez arbitraire la technique de représentation électorale et de votation majoritaire à la nouvelle légitimité démocratique. Ces rapprochements n’avaient rien de nécessaire : ils eussent certainement choqué les Athéniens du temps de Périclès, pour lesquels seul le tirage au sort exprimait vraiment l’égalitarisme démocratique, tandis que l’élection restait une technique aristocratique.

Quant au vote majoritaire, les clercs du Moyen Age le redécouvrirent à titre de simple expédient, pour échapper aux inconvénients graves de l’indécision à défaut d’unanimité. Personne ne prétendait encore que l’addition des voix désignât raisonnablement le meilleur ; le procédé n’avait rien de parfait ; on le savait empirique et grossier, et l’on entendait volontiers la major pars comme devant être une sanior pars, une majorité plus qualitative que quantitative [7].

De même, l’idée ancienne de représentation politique et sociale (qui a beaucoup évolué à travers l’histoire de notre Occident), n’était pas liée à un rite électoral [8]. Le Roi héréditaire, le curé ou le seigneur du lieu pouvaient aussi bien représenter le populus que le député élu du bailliage.

Le lien contemporain entre élection populaire et représentation légitime n’a pas de fondement rationnel ; quant à la sacralisation du principe majoritaire conférant à la moitié plus un des suffrages exprimés une valeur d’oracle, ce n’est pas du mysticisme, c’est de la mystification [9].

Et alors, de deux choses l’une :

  • ou bien l’on prend au sérieux cette mystification, et elle mène en droite ligne au plus abominable des despotismes, celui qui contraint les âmes et que l’époque où nous vivons a eu le privilège de tester ;
  • ou bien l’on retombe sur un expédient arithmétique dérisoire chaque fois qu’il s’agit de choisir une décision importante.

La prétendue “solution démocratique” dont se gargarisent à l’envie nos politiciens, ne sait qu’osciller entre cette difformité et cette infirmité.

Impossible, par conséquent, de ne pas ressentir l’échec, l’incomplétude, la vanité — et aussi le perpétuel danger — de la nouvelle légitimité populaire : chaque campagne électorale, si besoin était, nous le rappellerait par d’abondantes leçons de choses.

Notes

[5] Cf. G. FERRERO. Reconstruction, Talleyrand à Vienne . Paris. 1941 ; Pierre GAXOTTE en a tiré brillamment parti en retraçant les débuts de la Restauration dans son Histoire des Français .

[6] V. par ex., la Sociologie politique (P.U.F., diverses éditions) de M. Maurice DUVERGER, ou les travaux de M. Georges BURDEAU. Plus particulièrement. « L’idée de légitimité ». Annales de philosophie politique, n° 7, 1967 ; Natalio BOTANA. La légitimité, problème politique, thèse de l’université catholique de Louvain. Buenos Aires. 1968 : « Le Consensus ». Pouvoir, n° 5. 1978.

[7] Il existe une abondante littérature savante sur cette question. En particulier les articles de Léo MOULIN, parmi lesquels : « Les origines religieuses des techniques électorales et délibératives modernes ». Revue internationale d’histoire politique et constitutionnelle, avril-juin 1953 ; « Sanior et major pars . Note sur l’évolution des techniques électorales et délibératives dans les ordres religieux du Ve au XIIIe siècle », Revue historique de droit, 1958. n°3 et 4 (avec bibliographie) ; « Origines des techniques électorales ». Contrat social, 1960. vol. IV, n° 3. Consulter aussi Henri PIRENNE. « Les origines du vote à la majorité dans les assemblées publiques ». Revue belge de philologie et d’histoire, 1930, 9 (I), p. 686 ; Claude LECLERCQ. Le principe de la majorité , Paris, Colin, 1971.

[8] Bornons-nous à renvoyer aux travaux de Claude SOULE. « La notion historique de représentation politique ». Politique, 1963, n° 21, pp. 17-32. et sa thèse sur Les États généraux de France . 1302-1789, Étude historique . B.F.D. DZ/1967 (14). Ajouter Gouvernés et gouvernants . Anciens pays et assemblées d’États. Bruxelles, spécialement les volumes 35. 36. 37 et 45.

[9] Cf. René GILLOUIN. « Gouvernement et représentation ». Revue des travaux de l’Académie des sciences morales et politiques . 4e série, 1958, 2e semestre.

(Source: Vivze le Roy: http://www.viveleroy.fr/La-legitimite-par-Guy-AUGE-1979,9... )

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vendredi, 04 juin 2010

La Légitimité (II)

La Révolution contre la légitimité

Le principe d’autonomie de la modernité : la souveraineté trouve sa source en elle-même

Malheureusement, la synthèse thomiste, si réaliste, du XIIIe siècle, n’a pas tenu en doctrine ; elle a été battue en brèche très tôt par les courants nominalistes, qui sont à l’origine de la réflexion moderne et des concepts nouveaux de souveraineté, de monarchie pure [2], de contrat social, de positivisme légaliste.

Il appartenait à la Révolution française de porter cette tendance à son paroxysme sous le nom de souveraineté populaire, définie d’après Rousseau comme expression de la volonté générale.

Alors que la souveraineté royale, même aux plus beaux jours de l’absolutisme bourbonien, restait le moyen du bien commun, et n’avait jamais prétendu trouver en elle-même sa propre justification, la neuve souveraineté populaire fit triompher le positivisme juridique, assimilant le droit aux lois, et les lois à la seule volonté souveraine du législateur. Le peuple devenait un souverain qui n’avait plus besoin d’avoir raison pour valider ses actes.

La puissance autonome est une puissance sans limite, totalitaire

Bien sûr, on trouve des libéraux aux origines de la Révolution française, et le libéralisme, né dans les cercles aristocratiques de l’Ancien Régime, a voulu borner les prérogatives de l’exécutif, rogner l’État ; mais l’idéologie du contrat social, proprement moderne et nominaliste, issue de Hobbes autant que de Rousseau, ne laissait plus subsister aucun contrepoids à la souveraine puissance du Léviathan-législateur.

Conférer au “peuple” la souveraineté de Léviathan ne se ramenait pas, quoiqu’on en ait pu dire, à un simple changement de titulaire de la toute-puissance : c’était une mutation décisive du concept de souveraineté, la porte ouverte au totalitarisme. Car le tyran de naguère pouvait bien s’arroger de fait la toute-puissance : il trouvait toujours en face de lui quelque Antigone — « cette petite légitimiste », disait Maurras ! — pour lui rappeler l’existence de principes supérieurs ; et le roi absolu, d’ailleurs timidement législateur, savait que le droit naturel reposait sur l’observation d’une nature extérieure, et qu’il lui fallait gouverner « à grand conseil ».

Au contraire, le souverain du nouveau régime issu de la Révolution émet cette prétention formidable d’être, non point canal ou interprète du droit, mais source de tout droit, de toute justice. Selon la percutante formule de Jean Madiran, la loi expression de la volonté générale mettait au pluriel le péché originel [3].

Peu importe qu’ensuite le totalitarisme ait varié, s’incarnant tantôt dans une assemblée collective, tantôt dans un chef charismatique plébiscité, ou que la nature des choses et la force des traditions lui aient opposé quelques obstacles : l’exorbitante et subversive prétention révolutionnaire, expression de la démocratie moderne [4], subsistait avec la virtualité totalitaire.

Il suffit de jeter un coup d’œil sur les régimes du monde contemporain, tous démocratiques comme il se doit (et sans excessif illogisme !), pour apprécier le point d’aboutissement de notre « grande Révolution », comme l’appelle le Comte de Paris.

Guy AUGÉ

(Source: Vive Le Roy: http://www.viveleroy.fr/La-legitimite-par-Guy-AUGE-1979,9... )

Notes

[2] Avec, ici, en outre, une filiation platonicienne contre laquelle réagissait la doctrine du « gouvernement mixte » d’Aristote.

[3] Jean MADIRAN. On ne se moque pas de Dieu, Paris. 1957, p. 61.

[4] Sur la distinction entre démocratie antique (ou classique) et démocratie moderne, voir notamment Jean MADIRAN. Les deux démocraties, Paris. Nouvelles éditions latines. 1977. et aussi Cl. POLIN. op., cit., 2e partie, titre II. pp. 231 et suiv.

12:49 Publié dans Monarchie | Lien permanent | Commentaires (0)

mercredi, 02 juin 2010

Secrétariat de Monseigneur le Duc d'Anjou : Naissance du 1er Prince de Bourbon né Dauphin de France depuis Louis XVI

 

 

 

20:07 Publié dans Monarchie | Lien permanent | Commentaires (0)

La Légitimité (I)

Qu’est-ce que la légitimité ?

La Royauté très-chrétienne postule la légitimité, elle en fournit, vraisemblablement, la formule la plus achevée. Qu’est-ce, en effet, que la légitimité ?

— C’est la justification, tant du droit au commandement des gouvernants que du devoir d’obéissance des gouvernés, un « génie invisible de la Cité » expliquait joliment l’historien italien Guglielmo Ferrero, l’un de ceux qui ont le plus réfléchi sur ce sujet [1].

Exorcisant la peur réciproque du chef et des assujettis, la légitimité permet la convivence et la hiérarchisation du groupe.

La légitimité : sa genèse et son accomplissement

Un vieux problème : comment obtenir une obéissance non servile ?

L’Antiquité avait aspiré à la découverte de cette solution ; elle l’avait parfois pressentie, sans jamais l’atteindre de façon pleinement satisfaisante. L’État païen se confondait avec la force du chef, et, quand il était tyrannique, se profanait avec lui.

C’est le christianisme qui apporta au monde la solution de ce drame politique : il le fit en distinguant nettement la fonction de l’homme qui en était revêtu, et qui n’exerçait qu’un ministère, qu’un service pour le bien commun.

L’obéissance n’allait donc pas à l’individu mais au bien commun qu’il avait mission de poursuivre, autrement dit, en dernière analyse, à Dieu en qui ce bien s’enracine, d’où procède toute autorité, et qui peut obliger en conscience.

Cependant, l’apport chrétien à la théorie de la légitimité s’est manifesté selon des théologies et des philosophies variées — il y a loin de l’augustinisme politique au thomisme —, et dans un milieu culturel initialement mieux cimenté que le nôtre par la communauté de foi.

La légitimité augustinienne

La force admirable de la légitimité royale chrétienne telle que l’avaient conçue les doctrinaires de l’augustinisme du haut Moyen Age reposait non seulement sur une vision cléricale de l’univers, où le temporel se subordonnait au spirituel, où la raison blessée s’en remettait entièrement à la Révélation, où la Grâce soumettait la nature comme la Cité de Dieu intégrait la cité des hommes, mais encore sur la communication de l’intérieur que permettait la communion religieuse : on pouvait de la sorte escompter la loyauté confiante des sujets, et le sens de ses responsabilités de la part d’un prince chrétien, comptable sur son salut éternel du destin de ses peuples. La liturgie du sacre l’exprimait de façon grandiose.

La légitimité thomiste ou légitimité achevée

La résurgence de l’aristotélisme ancien, “baptisé” intelligemment par saint Thomas d’Aquin, inaugura un humanisme chrétien, une certaine réhabilitation de la raison (seulement blessée, mais non anéantie par le péché), une vision réaliste de la nature. Pour saint Thomas, disciple d’Aristote, il y a un droit naturel de l’État, un ordre social naturel, antérieur au christianisme, existant même à part de l’ordre religieux et du plan de la Révélation. Bref, une autonomie du temporel que ce grand clerc libérait du cléricalisme, tout en montrant l’apport transcendant de la religion, seule à fournir la clef de cette nature harmonieuse et ordonnée qu’Aristote avait contemplée avec le réalisme naïf du païen.

Pour saint Thomas, donc, si la grâce transcende la nature, la nature est autonome ; l’État ne se fond pas, comme chez les augustinistes du haut Moyen Age, dans l’Église. Les thomistes ne sont pas des théocrates, et certes tout pouvoir vient de Dieu, mais in abstracto. Quant au reste, place était faite à la doctrine, aux légistes du droit romain, aux compétences profanes nourries de pensée grecque.

La monarchie selon saint Louis, contemporain de l’Aquinate, est un type de « gouvernement mixte », aristotélicien-thomiste, ni sacerdotaliste, ni athée, ni despotique, mais tempéré, mesuré.

Guy Augé

(Source: Vive Le Roy: http://www.viveleroy.fr/La-legitimite-par-Guy-AUGE-1979,90)

19:59 Publié dans Monarchie | Lien permanent | Commentaires (0)

COMMUNIQUÉ



En ce vendredi 28 mai 2010, à 15h33 (heure française), Madame la princesse Marie Marguerite, duchesse d'Anjou,

a mis au monde

Monseigneur le prince Louis et Monseigneur le prince Alphonse

Longue vie à nos princes !

19:55 Publié dans Monarchie | Lien permanent | Commentaires (0)

mercredi, 26 mai 2010

Le roi, chef des familles

Un père de famille doit consentir aux mariages

Le maréchal de Tavannes disait : « Commander à son royaume ou à sa maison, il n’y a de différence que les limites. »

Louis XIV commande à son royaume comme à sa maison. En celle-ci nul mariage ne peut se faire sans son agrément. Le duc et la duchesse d’Orléans ont cru qu’ils pourraient marier leurs enfants à leur désir ; une union est projetée. Le roi les fait venir, leur fait une sévère réprimande et le projet est rompu. De même pour le prince et la princesse de Conti, Louis XIV décide du mariage de leurs enfants comme de ceux du duc d’Orléans. Le prince et la princesse croient pouvoir résister :

Le roi, écrit Saint-Simon, prit toutes sortes de ménagements puis, voyant qu’il n’avançait pas, il parla en roi et en maître et déclara à Mme la princesse de Conti qu’il voulait le double mariage de ses enfants et qu’il l’avait décidé et qu’il les ferait tous deux malgré elle.

Ce qui ne manqua pas.

Dans la noblesse, nulle union ne peut être contractée sans l’agrément du roi. Fréquemment, le prince signe au contrat, élève à cette occasion l’époux en dignité, érige une de ses terres en marquisat ou en duché ; parfois même il fait les frais de la noce et dote la fiancée.

De même pour les familles de robe. Olivier d’Ormesson écrit qu’il a dû solliciter l’agrément royal pour unir sa fille au futur président de Harlay. Généralement Louis XIV se borne à donner des conseils. A la duchesse de La Ferté il dit : — Madame, votre fille est bien jeune. — Il est vrai, Sire, mais cela presse ; parce que je veux M. de Mirepoix et que, dans dix ans, quand Votre Majesté connaîtra son mérite, et qu’elle l’aura récompense, il ne voudra plus de nous. . Au duc d’Elbeuf, au contraire, qui veut se remarier à l’âge de soixante-quatre ans, le roi objecte qu’il est trop vieux : — Sire, je suis amoureux.

C’était prendre Louis XIV par son faible ; nul, plus que lui, n’aima l’amour et les amoureux. Le duc d’Elbeuf eut permission de suivre la voix de son cœur et, le lendemain, il épousait Mlle de Navailles. Sollicitude qui s’étend jusque dans les provinces. Incessamment, par des gentilshommes qu’il ne connaît pas, de qui il n’a peut-être jamais entendu le nom, le roi est prié de contribuer à l’établissement d’une fille : le contrôleur général des finances a des fonds destinés à cet objet.

On sait d’autre part la fécondité de ces familles de gentilshommes campagnards. Ici encore, en vertu du caractère de ses fonctions, le roi doit intervenir. Que d’exemples à citer ! Bornons-nous à celui de ce gentilhomme breton, nommé d’ailleurs très bourgeoisement M. Denis, et que les bureaux du Contrôle général désignent familièrement comme « le gentilhomme qui fait trois enfants à la fois et attend avec impatience les bontés du roi. »

Un père de famille veille à la bonne entente dans les ménages

Une fois nos gens en ménage, le roi, père de famille, qui s’est occupé de leur union, doit continuer de s’occuper de leurs affaires. La maréchale de la Meilleraye, secrètement remariée à Saint-Ruth, vient conter ses malheurs à Louis XIV : son mari lui donne des coups de bâton. Le roi mande Saint-Ruth et lui fait une réprimande. Saint-Ruth promet d’être plus doux ; mais bientôt, — c’était plus fort que lui — il se remet à battre sa femme. Celle-ci de se plaindre de nouveau au roi, qui mande à nouveau Saint-Ruth, qui fait de nouvelles promesses, auxquelles il manque de nouveau. Louis XIV résolut d’aviser. Saint-Ruth était bon soldat. Il fut envoyé avec un commandement à l’armée d’Irlande où l’affaire s’arrangea. Saint-Ruth eut la tête enlevée d’un boulet de canon, ce qui le mit dans l’impossibilité de continuer à bâtonner sa femme.

Le jeune duc de Richelieu fut envoyé à la Bastille parce qu’il n’aimait pas la duchesse, son épouse. Le sémillant gentilhomme fut gardé sous les verrous, plusieurs semaines durant, dans « une solitude ténébreuse ». Ce sont ses expressions ; quand la porte s’ouvrit et Mme de Richelieu entra gracieuse et charmante, parée de ses plus brillants atours. « Le bel ange, écrit le duc, qui vola de ciel en terre pour délivrer Pierre, n’était pas aussi radieux. » Un bon moyen pour ranimer l’amour conjugal quand, par un mauvais coup de vent il est venu à s’éteindre, et qui doit nous faire pardonner à la Bastille un ou deux de ses inconvénients.

Tâche essentielle du roi. Il ouvre la porte des demeures, prend part à l’honneur, à la tranquillité et au bonheur domestiques, veille à ce que les affaires du mari prospèrent, à ce que les enfants soient bien soignés et obéissants.

Au fait, les dossiers des intendances provinciales sont remplis de querelles burlesques : gendres et belles-mères, femmes jalouses, belles-sœurs acariâtres, voisins querelleurs. Ce sont des bonnets déchirés, des souliers furtivement introduits dans des soupières, de l’eau de vaisselle répandue du haut d’un premier sur un passant qui la reçoit tout à propos ; et puis aussi des bottes de mousquetaire trouvées très inopinément dans la chambre de Madame.

Tout cela est scrupuleusement noté, décrit, examiné, pesé et soupesé, puis transmis à l’intendant qui le transmet au ministre, qui le transmet au roi, qui prononce paternellement sa sentence. On voit de ces romans comiques qui, pendant deux ans, tiennent l’attention du ministre en éveil ; encore, après deux ans, l’affaire n’est-elle pas terminée et la dernière pièce du dossier est-elle une note du subdélégué informant le gouvernement royal « qu’il ne manquera pas de lui donner avis de ce qui se passera dans ce ménage.  »

Frantz FUNCK-BRENTANO

(Source: Vive le Roy: http://www.viveleroy.fr/Le-roi-sous-l-Ancien-regime-par,3...)

20:17 Publié dans Monarchie | Lien permanent | Commentaires (0)

Sauvons la Nécropole des Rois de France

 

(…) La basilique Saint Denis abrite une nécropole où reposent 43 rois, 32 reines, des princes et des chevaliers, qui incarnent pareillement les mille cinq cents ans de l’histoire de France.

Dagobert, Pépin le Bref, Hugues Capet, Saint Louis, François Ier, Henri IV, Louis XIV, tous les rois qui ont fait France y sont inhumés, dans un commun témoignage de la vocation fondatrice de la monarchie française.

Plus que tout autre, ce lieu emblématique symbolise et récapitule, dans une continuité généalogique impressionnante, une histoire de France qui se confond puissamment avec la destinée de ses souverains, dont beaucoup ont marqué à jamais notre imaginaire national.

Dans un heureux reportage paru dans son édition du 7 mai 2010, sous le titre alarmiste « La seconde mort des Rois de France », le Figaro Magazine nous fait découvrir l’état de délabrement avancé de ce prodigieux lieu de mémoire, laissé aujourd’hui à l’abandon dans la parfaite indifférence des pouvoirs publics.

Sous l’effet des travaux de construction du RER B, qui ont profondément modifié le cours de rivières souterraines, le sanctuaire royal est miné par de redoutables infiltrations dont l’action irrésistible se conjugue aux désordres dramatiques nés autant de la dissémination sournoise des sels de salpêtre que de la pollution moderne.

Les conséquences en sont épouvantables.

La solidité des caveaux est gravement fragilisée et, atteints par une inexorable humidité, des cercueils, brisés, gisent éventrés, laissant sans protection leurs précieuses reliques…..

Signe de l’incurie patente du Ministère de la Culture, chargé de la conservation des lieux, aucun plan de sauvetage n’a été programmé pour préserver un site qui, par ailleurs, ne bénéfice plus, depuis vingt ans, des crédits budgétaires qui lui permettraient de financer la reprise d’un chantier de fouilles archéologiques, pourtant jugées prometteuses par tous les historiens.

Conséquence logique de ces innombrables inerties, opposées dans la plus grande opacité : le projet d’inscrire la basilique de Saint-Denis et sa nécropole royale au patrimoine mondial de l’UNESCO demeure plus que jamais en panne.

Que penser de tout ce gâchis ?

Tandis que nos amis russes redécouvrent lucidement la splendeur de l’histoire tsariste de leur pays, en mettant au cœur de leurs préoccupations contemporaines la protection d’un patrimoine historique monumental inséparable de sa dimension religieuse et que, outre-Rhin, nos voisins s’apprêtent à reconstruire à Berlin le Palais des Hohenzollern, en ne se dissimulant plus le rôle décisif de la dynastie impériale dans la construction de la nation allemande, la France tourne manifestement le dos à une période insigne de son histoire, celle que l’on désigne communément sous le vocable d’Ancien Régime.

En vérité, ce n’est pas tant la France que ses élites qui, malmenant à ce point son identité millénaire, entendent abolir, dans une rage amnésique, un passé jugé encombrant, au nom d’une vision idéologique de l’histoire.

Comment en l’espèce comprendre autrement la carence à agir dont, en effet, la rue de Valois fait preuve avec autant de constance, sinon par la volonté opiniâtre, qui anime inlassablement nos innombrables oligarchies, de détourner les Français d’une composante aussi essentielle de leur passé ?

Sur cette question, disons le tout net, une fois de plus : la France n’est pas née sous X en 1789 !!

Les Français se doivent de le rappeler résolument, encore et toujours, et affirmer partout, loin de toute conception hémiplégique de leur mémoire, que l’Histoire de France ne saurait débuter aux prémices de la Révolution française.

Défendons le caractère indivisible de notre histoire, en désavouant dans ce registre toute manipulation intellectuelle, et manifestons notre indéfectible attachement au souvenir de la monarchie française.

Dans l’effort incessant des peuples à préserver et à transmettre l’intégrité de leurs identités séculaires, il est des querelles à affronter qui honorent un peuple et qui attestent, en son sein, d’une vitalité en rien défaillante.

Le sauvetage de la nécropole des Rois de France est de ces combats valeureux.

LIRE TOUT L’ARTICLE : http://www.lesmanantsduroi.com/articles2/article53129.php

SIGNER LA PETITION : http://www.lesmanantsduroi.com/necropole-petition.php

(Source: Les Intransigeants: http://intransigeants.wordpress.com/2010/05/26/sauvons-la-necropole-des-rois-de-france/#comments)

11:06 Publié dans Monarchie | Lien permanent | Commentaires (0)

mardi, 25 mai 2010

Le front populaire de la monarchie

Un roi accessible à tous ses sujets

Le plus brillant théoricien de l’ancienne monarchie du XIXe siècle, Bonald, s’exprime ainsi : « Quelle haute idée nos pères ne devaient-ils pas avoir de la royauté, puisqu’ils respectaient des rois qui marchaient pour ainsi dire au milieu d’eux, dépouillés de tout l’éclat qui les environne aujourd’hui.  »

Dès la fin du XIe siècle, Guibert de Nogent oppose la bonhomie paternelle des rois de France à la hauteur des souverains étrangers. « Dans les rois de France, dit-il, brille une modestie toute naturelle.  » Il cite à leur sujet la parole de l’Écriturequ’ils font revivre : « Prince, ne t’exhausse pas, mais sois parmi tes sujets comme un des leurs.  »

Le palais de nos rois, ouvert à tout venant, avait la simplicité des demeures bourgeoises. L’Anglais Walter Map y entre, comme les autres, il aborde le roi. C’était Louis VII. La conversation s’engage.

A votre prince, disait Louis VII en parlant de la Cour d’Angleterre, il ne manque rien : chevaux de prix, or et argent, étoffes de soie, pierres précieuses, il a tout en abondance ; à la Cour de France, nous n’avons que du pain, du vin et de la gaieté.

L’Anglais voit dans ces paroles un grand éloge des monarques de son pays et admire la courtoisie dont fait preuve le roi de France.

Au XIIIe siècle, le roi se promenait à pied dans les rues de Paris où chacun l’abordait sans plus de façon. L’histoire a conservé un dialogue qui se serait établi entre un jongleur et Philippe-Auguste. L’histrion demande un secours au roi, parce qu’il est, assure-t-il, de sa famille. — Comment es-tu mon parent ? dit le roi. — Je suis votre frère, seigneur, par Adam le premier homme ; seulement son héritage a été mal partagé et je n’en ai pas eu ma part. — Viens demain et je te donnerai ta part.

Le lendemain, dans son palais, Philippe-Auguste aperçoit le jongleur parmi la foule qui y était entrée. Il le fait avancer et, lui remettant un denier : — Voilà la portion que je te dois. Quand j’en aurai donné autant à chacun de nos frères descendus d’Adam, c’est à peine si, de tout mon royaume, il me restera un denier. L’anecdote manquerait-elle d’authenticité, la transmission par un contemporain n’en serait pas moins caractéristique.

Louis XIV écrit :

S’il est un caractère singulier dans cette monarchie, c’est l’accès libre et facile des sujets au prince.

On entrait dans le palais du roi comme dans un moulin. Les étrangers ne cessent pas d’en exprimer leur surprise. J’allai au Louvre, écrit Locatelli en 1665,

je m’y promenai en toute liberté, et, traversant les divers corps de garde, je parvins enfin à cette porte qui est ouverte dès qu’on y touche, et le plus souvent par le roi lui-même. Il vous suffit d’y gratter et l’on vous introduit aussitôt. Ce roi veut que tous ses sujets entrent librement.

Le roi et la reine ne disposent que de peu d’intimité

Le prestolet Bolonais assiste à la toilette de la reine qui se faisait en public : Pendant qu’on la coiffait, écrit Locatelli, elle portait un léger corset de toile blanche, bien garni de baleines, serré à la taille, et une jupe si étroite qu’elle semblait enveloppée d’un sac de soie. La reine coiffée, les pages apportaient ses vêtements de dessus, d’une jolie étoffe, extrêmement riche, à fleurs alternativement bleues et or sur fond d’argent, et les ornements qui lui furent ajustés à la taille par des cavaliers. Ils la lacèrent même et achevèrent de l’habiller, mais les femmes placèrent les bijoux de la tête et du corsage. La toilette terminée, elle se tourna vers les étrangers, fit une belle révérence et vola pour ainsi dire à l’appartement de la reine-mère (Anne d’Autriche).  » Il y avait tant de monde dans la pièce que Locatelli ne put bien voir la reine qu’à ce moment « et seulement dans le grand miroir placé devant elle où se reflétait toute la chambre ».

Il en sera encore ainsi sous Louis XVI. En 1770 la dauphine Marie-Antoinette prend séjour au château de la Muette. Sa toilette se fait en public. Afin qu’un plus grand nombre de personnes puissent y assister, on dispose des banquettes sur des gradins en amphithéâtre. La Dauphine en écrit à sa mère :

Je mets mon rouge et me lave les mains devant tout le monde ; ensuite les hommes sortent, les dames restent et je m’habille devant elles.

La maison du roi est celle de tous

La maison du roi devenait une place publique. Le premier venu s’y comportait librement. Un chacun y était chez lui. On imagine la difficulté d’y maintenir l’ordre et la propreté. C’était, du matin au soir, une cohue turbulente et bruyante de gens de toutes sortes de conditions. Les dessous et les encoignures des escaliers, les couloirs, les balcons, les tambours des portes servaient à satisfaire toutes sortes de besoins. Par endroits, les châteaux du Louvre, de Vincennes ou de Fontainebleau devenaient des sentines. Pour entrer chez la reine, les dames relevaient leurs jupes. Jusqu’au troisième quart du XVIIe siècle, le Louvre est signalé pour ses ordures et ses puanteurs.

Nicolas de la Mare, intendant de la maison du comte de Vermandois, écrit à ce sujet :

En plusieurs endroits de la cour, dans les allées (couloirs) d’en haut, derrière les portes et presque partout, on y voit mille ordures, on y sent mille puanteurs insupportables, causées par les nécessités naturelles que chacun y va faire tous les jours, tant ceux qui sont logés dans le Louvre, que ceux qui y fréquentent ordinairement et qui le traversent. On y voit en plusieurs endroits des balcons et des avances chargés de ces mêmes ordures et des immondices, balayures et bassins des chambres que les valets et servantes y vont jeter tous les jours.

Certaines parties du château de Versailles, et jusqu’à la fin de l’Ancien Régime, dégageront pareillement toutes sortes de parfums. Viollet-le-Duc raconte qu’ayant visité, sous la Restauration, le palais de Versailles, en compagnie d’une vieille dame qui avait fréquenté l’ancienne Cour, on passa par un corridor où il sentait fort mauvais. Et la marquise de se boucher le nez avec cette réflexion : — Voilà qui me rappelle un bien beau temps.

Louis XIV avait essayé de réagir. Bussy-Rabutin l’admire d’être parvenu à mettre un peu d’ordre dans sa demeure et à lui donner «  la propreté du particulier.  »

On comprend que ces traditions anciennes, et que l’on ne pouvait pas modifier, aient inspiré au roi le désir de transférer à Versailles la demeure de la monarchie. A Paris, avec l’accroissement de la ville et la multiplication des rapports entre le roi et ses sujets, on en était venu à ne plus pouvoir respirer. Il en fut d’ailleurs au palais de Versailles comme à Paris. La demeure royale reste ouverte à tout venant.

Nous passâmes, écrit Arthur Young qui en est tout surpris, à travers une foule de peuple et il y en avait plusieurs qui n’étaient pas trop bien habillés.

Young vient une seconde fois à Versailles : le roi venait de quitter ses appartements où chacun entrait librement ; il y note « ces petites marques de désordre » laissées par la vie quotidienne dans les pièces qui n’ont pas encore été rangées.

Les repas en public

Le public était plus particulièrement admis au « grand couvert » qui avait lieu régulièrement tous les dimanches et — ce qui est à noter — les jours de fête dans la famille royale. Celle-ci se trouvait alors réunie tout entière, y compris les princes du sang. Louis XIV s’astreignit à dîner en public jusqu’aux derniers jours de sa vie, jusqu’au 24 août 1715 — il devait mourir le Ier septembre. Son état de fatigue ne lui avait pas permis de quitter sa robe de chambre. «  J’observai, note Saint-Simon, qu’il ne put avaler que du liquide et qu’il avait peine à être regardé. »

Sous Louis XV, les Parisiens, les provinciaux viendront assister au repas du roi pour admirer sa prestance, son élégance, mais plus encore son adresse à faire sauter le haut de la coque d’un œuf, prestement, du revers de sa fourchette. «  Attention ! le roi va manger son œuf !  » A ce moment, les dames assises auprès du souverain s’écartaient de lui pour que la foule le pût mieux voir. Louis XV savait le plaisir que ses sujets trouvaient à ce détail : aussi s’astreignait-il à manger régulièrement des œufs à son grand couvert. Louis XV est sans doute l’homme du monde qui a mangé le plus grand nombre d’œufs à la coque.

Les badauds, note Mme Campan, qui venaient le dimanche à Versailles, retournaient chez eux, moins enchantés de la belle figure du roi, que de l’adresse avec laquelle il ouvrait ses œufs.

Au dessert, le roi offrait à toutes les dames présentes des fruits et des glaces. En 1772, une jeune Genevoise, Rosalie de Constant, vient assister au grand couvert. « On offrit, écrit-elle, les glaces du dessert aux dames qui étaient là pour voir. Je les trouvai bien bonnes. »

Des voyages organisés pour Versailles

Pour transporter à Versailles les Parisiens qui désiraient aller voir le monarque, on avait organisé des manières d’omnibus, appelés, les uns, des « carabas » et les autres « des pots de chambre ». En voici la description :

Vingt voyageurs, moyennant dix sols chacun, s’entassaient dans l’énorme cage aux essieux grinçants, aux ferrailles rebondissant sur le pavé, au milieu d’un nuage de blanche poussière. Les autres s’asseyaient aux côtés de l’automédon, se perchaient sur la bâche, ou se pressaient dans les paniers suspendus aux côtés. Huit forts chevaux tiraient le coche, et quand, à la montée de Sèvres, sablonneuse et malaisée, l’attelage suait, soufflait, était rendu, toute la compagnie descendait pour le soulager un peu, et gravissait la côte en devisant.

Ceux qui prenaient place sur le devant de la voiture étaient appelés « les singes » et ceux dont le siège se trouvait à l’arrière étaient appelés «  les lapins ». L’expression voyager en singe et en lapin existe de nos jours encore en Bretagne. On y entend dire : « Je me suis placé « en singe »  », ce qui veut dire en avant, ou « en lapin », ce qui signifie à l’arrière de la voiture.

Le singe et le lapin, écrit Mercier, descendent à la grille dorée du château, ôtent la poudre de leurs souliers, mettent l’épée au côté, entrent dans la galerie et les voilà qui contemplent à leur aise la famille royale et qui jugent de la physionomie et de la bonne grâce des princesses. Ils font ensuite les courtisans tant qu’ils veulent. Ils se placent entre deux ducs, ils coudoient un prince trop empressé, qui retient son geste quand il l’a outrepassé, et rien n’empêche le lapin et le singe de figurer dans les appartements et au grand couvert de la Cour.

Le roi fait partie de la famille

Aussi, comme le note encore Mercier,

dans toute la France on s’entretient de la Cour de Versailles, et il est rare que, dans la ville la plus écartée, il n’y ait quelqu’un qui ne puisse dire de visu, pour y être venu en caraba ou en pot de chambre, comment le roi est fait, combien la reine aime les « pommes d’orange », si la Dauphine est jolie et si les princesses marchent d’un bon air.
Chacun, dit Rétif de la Bretonne,— ceux mêmes qui ne l’avaient jamais vu — considérait le roi comme une connaissance personnelle.

Les événements qui concernent le roi et la reine sont pour la France entière des événements de famille. La maison du roi est au propre la « maison de France ».

Au voyage d’Alsace à Paris, que fit Marie Leszczynska, fiancée à Louis XV, les populations accourent pour la saluer. Des paroisses entières arrivent, bannières en tête, chantant des cantiques, s’agenouillant devant leur nouvelle reine. Les routes sont semées d’herbes et de fleurs.

Le même esprit se retrouve dans le discours que les dames de la Halle viennent faire à leur jeune reine Marie Leszczynska le 14 novembre 1725, dès son arrivée à Fontainebleau. La femme Gellé porte la parole au nom de ses camarades :

Madame, j’apportons nos plus belles truffes à Votre Majesté. Je souhaiterions en avoir davantage. Mangez-en beaucoup et faites-en manger au roi, car cela est fort bon pour la génération. Nous vous la souhaitons bonne et heureuse et j’espérons que vous nous rendrez tous contents.

Invitation générale aux noces du Dauphin

Au bal donné pour le mariage de Marie-Josèphe de Saxe avec le Dauphin, fils de Louis XV, tout le monde est invité, je veux dire tous les Français : c’est une fête de famille. Quelques-uns de ces cousins du roi sont même assez mal élevés : ils sont montés sur les banquettes de soie pour mieux voir les danseuses et répondent par un mot aussi énergique que laconique aux huissiers qui veulent les faire descendre.

Au mariage de Marie-Antoinette avec le Dauphin qui, sur le trône, se nommera Louis XVI, l’esprit qui préside est le même. Tout le monde, indistinctement, entre dans la grande Galerie des Glaces où la famille royale est assemblée. Des tables de jeu ont été disposées. Les dames qui ne jouent pas ont pris place sur des gradins disposés tout au long de la galerie, contre le mur. En face, du côté des fenêtres qui donnent sur le « tapis vert », a été disposée une balustrade qui règne d’une extrémité à l’autre de la galerie. Par là passe le peuple. Tout le monde est admis sans autre formalité, pourvu qu’on ne soit pas malpropre, ni loqueteux et qu’on suive l’itinéraire fixé. Mme la Dauphine, future reine de France, est assise à côté du roi son beau-père, et, avec eux, la famille royale a pris place autour d’une grande table où le roi, la reine, les princes et princesses causent familièrement et jouent bourgeoisement aux cartes, tandis que le peuple défile en dévisageant la jeune mariée, la future reine, et tous les membres de la maison de France.

En parlant de la mise au lit de la future reine de France, le soir des noces, le maréchal de Saxe écrit de son côté :

Certes, il y a des moments où il faut toute l’assurance d’une personne formée pour soutenir avec dignité ce rôle. Il y en a un, entre autres, qui est celui du lit, où l’on ouvre les rideaux lorsque l’époux et l’épouse ont été mis au lit nuptial, qui est terrible, car toute la Cour est dans la chambre.

La Reine accouche en public

La reine, la Dauphine vont donner un héritier à la couronne. L’accouchement doit se faire en public, devant tout le monde, sous les yeux du peuple à qui l’enfant appartient. « C’est la grandeur de vous et de votre enfant », disait Henri IV à Marie de Médicis. La sage-femme a reconnu les douleurs. Aussitôt Henri IV prévient la reine des usages de la Cour. Marie lui répond qu’elle a toujours été résolue de faire tout ce qu’il jugerait bon :

— Je sais bien, ma mie, que vous voulez tout ce que je veux ; mais je connais votre naturel, qui est timide et honteux, et je crains que, si vous ne prenez une grande résolution, les voyant, cela vous empêche d’accoucher.

Le roi, écrit la sage-femme, alla ouvrir la porte de la chambre et fit entrer toutes les personnes qu’il trouva dans l’antichambre et grand cabinet. Je crois qu’il y avait deux cents personnes. De sorte qu’on ne pouvait se remuer pour porter la reine dans son lit. J’étais infiniment fâchée de la voir ainsi.

Mme Boursier proteste contre la présence de tant de gens :

Le roi m’entendit, qui vint me frapper sur l’épaule et me dit :

— Tais-toi, tais-toi, sage-femme ; ne te fâche point ; cet enfant est à tout le monde, il faut que chacun s’en réjouisse.

L’enfant paraît : c’est un Dauphin.

Par tout le bourg (Fontainebleau), écrit Mme Boursier, toute la nuit, ce ne furent que feux de joie, tambours et trompettes ; tonneaux de vin défoncés pour boire à la santé du roi, de la reine et de M. le Dauphin ; ce ne furent que personnes qui prirent la poste pour aller en divers pays en porter la nouvelle et par toutes les provinces et bonnes villes de France.

Voici l’accouchement de la dernière reine avant la Révolution. Le garde des Sceaux, les ministres et secrétaires d’État attendaient dans le grand cabinet avec la « maison du roi », la « maison de la reine » et les grandes entrées. Le reste de la Cour emplissait le salon de jeu et la galerie. Tout à coup une voix domine : « La reine va accoucher !  »

La Cour se précipite pêle-mêle avec la foule. L’usage veut que tous entrent en ce moment, que nul ne soit refusé. Le spectacle est public. On envahit la salle en une telle bousculade que les paravents autour du lit de la reine en sont renversés. La chambre se transforme en une place publique. Des Savoyards montent sur un meuble pour mieux voir. Une masse compacte emplit la pièce :

— De l’air ! crie l’accoucheur.

Le roi se précipite sur les fenêtres et les ouvre avec la violence d’un furieux. Les huissiers, les valets de chambre sont obligés de repousser les badauds qui se bousculent. L’eau chaude, que les praticiens ont demandée, n’arrivant pas, le premier chirurgien pique à sec le pied de la reine. Le sang jaillit. Les deux Savoyards, montés sur une commode, se sont pris de querelle et se disent des injures. Les voisins interviennent. C’est un vacarme. Enfin Marie-Antoinette ouvre les yeux : elle est sauvée.

Le roi meurt en public

Comme le roi est venu au monde, ainsi doit-il mourir, entouré des siens, c’est-à-dire de tout le monde. Louis XIII est à Saint-Germain, dans le château neuf, aujourd’hui presque entièrement détruit. Anne d’Autriche était demeurée au vieux château, celui qui se dresse, de nos jours encore, sur la jolie terrasse dominant la Seine. Dans les moments où le roi allait bien, il pouvait jouir de quelque repos, demeurer un peu tranquille, dans une retraite relative ; mais du moment où son état empirait, l’étiquette reprenait ses droits. Cette étiquette, nous la connaissons. Le flot des courtisans qui demeurent avec la reine dans le vieux château, augmenté d’un flot de Parisiens accourus de la capitale, envahissent la chambre où le roi agonise et se pressent en une masse remuante et compacte.

La nostalgie de la simplicité des vieux usages

Avec son profond sentiment social, Napoléon comprit bien la raison de ces coutumes héréditairement enracinées dans la maison de France. Il avait songé à rétablir le « grand couvert », c’est-à-dire le repas en public, de la famille régnante, puis il y avait renoncé : il y eût été gêné. Ni Louis XIII, ni Louis XIV, ni Louis XV, ni Louis XVI ne l’étaient. Et il ajoute ces paroles qui marquent bien le caractère de ces vieux usages :

Peut-être aurait-on dû borner cette cérémonie au Prince impérial et seulement au temps de sa jeunesse, car c’était l’enfant de la nation ; il devait dès lors appartenir à tous les sentiments, à tous les yeux.

 

Frantz FUNCK-BRENTANO

(Source: Vive le Roy: http://www.viveleroy.fr/Le-roi-sous-l-Ancien-regime-par,3...)

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lundi, 24 mai 2010

Le roi est une personne ecclésiastique

Du caractère sacerdotal de la royauté

Tel a donc été essentiellement le roi de France : un justicier et qui, non seulement rend la justice, mais est la source de toute justice dans son royaume comme un père dans sa famille.

Et les fonctions judiciaires avaient entre ses mains d’autant plus d’autorité, qu’elles y paraissaient surnaturelles et presque divines.

  • « La monarchie de Hugues Capet, écrit Achille Luchaire, est la royauté de caractère sacerdotal : le roi est un ministre de Dieu.  »
  • « La fonction royale, dit-il encore, est une mission divine. »
  • Suger représente Louis VI comme « le vicaire de Dieu dont il porte la vivante image en lui-même ».

Au XVe siècle encore, on regardait le roi comme la première personne ecclésiastique. Le peuple se précipitait sur le passage du roi pour toucher le bas de sa robe comme une relique.

Le roi thaumaturge

Louis XIV et Louis XV opérèrent des guérisons de scrofules et d’écrouelles dont nous avons de nombreux procès-verbaux.

Le Bolonais Locatelli, d’une part, et de l’autre un Allemand, le docteur Nemeitz, donnent la description de la cérémonie à Paris, à laquelle ils ont assisté. Elle se déroule dans les longues salles voûtées, au rez-de-chaussée du Louvre, où se trouve aujourd’hui le musée des Antiques. Les malades, atteints de scrofules ou d’écrouelles, sont rangés sur deux files. Louis XIV pose la main sur la tête de chacun et dit : « — Dieu le guérisse. » Puis il l’embrasse. Il y avait là des centaines de malheureux, on en compta jusqu’à huit cents un même jour, atteints de ces maladies de peau. On les avait assurément lavés au préalable ; pour arriver au bout, il n’en fallait pas moins au roi un bon estomac.

Après la cérémonie dans la cathédrale de Reims où il venait d’être sacré roi de France (octobre 1723), Louis XV, âgé de treize ans, conformément à l’usage traditionnel se rendit à l’église abbatiale de Saint-Rémi pour y entendre la messe.

Au long du parcours, où l’on avait tendu les tapisseries de la Couronne, les gardes suisses et françaises faisaient la haie. Les grenadiers à cheval, les mousquetaires blancs et les mousquetaires noirs, ainsi nommés de la robe de leurs montures, ouvraient la marche, suivis des chevau-légers ; puis la prévôté de l’hôtel marchant à pied. Les seigneurs de la Cour, couverts de soie et de dentelles, sur leurs chevaux richement harnachés précédaient les trois destriers du roi qui allaient sans cavalier, conduits par la bride, sous des caparaçons de velours bleu, brodés d’or et d’argent, puis douze pages à cheval, et les trompettes de la Chambre, les cent Suisses avec leurs fraises de toile à plusieurs rangs, hallebarde sur l’épaule. Immédiatement devant le roi, chevauchait le prince Charles de Lorraine, premier écuyer ; enfin, le jeune roi Louis XV, en habit de velours rubis, brodé d’or : il était charmant, avec sa jolie figure encadrée de boucles claires et ses grands yeux bleus. Les rênes de son cheval étaient tenues par deux écuyers ; six gardes écossais marchaient sur les côtés. Le cortège se fermait par les gendarmes de la Garde.

On avait hésité à imposer au jeune prince la cérémonie des écrouelles à cause de la fatigue extrême qu’elle lui devait occasionner ; après quoi l’on avait reconnu qu’il était impossible de la supprimer, la tradition l’imposait. Aussi bien les malades s’étaient fait transporter à Reims de tous les points de la France.

Le 29 octobre, après avoir entendu la messe en l’abbaye de Saint-Rémi, le jeune roi passa dans le grand parc qui l’avoisinait. Sur les deux côtés des longues avenues, au pied des ormes séculaires dont les feuilles jaunies couvraient déjà le sol d’un tapis troué, les malades, scrofuleux et paralytiques, étaient rangés en files, au nombre de deux mille environ.

Louis XV parut, sous un manteau de drap d’or où se détachait le cordon bleu clair de l’ordre du Saint-Esprit, et l’insigne, une colombe aux ailes éployées, étincelant de diamants. Les deux huissiers de la Chambre, en pourpoint de satin blanc, en mantelet de velours blanc noué de rubans d’argent, en toque de satin blanc empanachée de plumes blanches, leurs masses d’or sur l’épaule, marchaient devant lui. Les huiles du sacre venaient de le sanctifier.

Il s’arrêta devant chacun des malades et lui touchant doucement la joue du revers de la main, il dit : « Le roi te touche, Dieu te guérisse.  »

Le grand aumônier, qui suivait, mettait à chacun une piécette d’argent dans la main, cependant que les tambours des Suisses roulaient comme le tonnerre.

Peu après, les intendants des diverses provinces faisaient parvenir à la Cour des certificats attestant un certain nombre de guérisons.

Frantz FUNCK-BRENTANO

(Source: Vive le Roy: http://www.viveleroy.fr/Le-roi-sous-l-Ancien-regime-par,3...)

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vendredi, 21 mai 2010

Le roi justicier

Le roi est le juge suprême, l’apaiseur

Le vieux Bodin écrit en ses fameux Livres de la République : « Le roi traite ses sujets et leur distribue la justice, comme le père fait à ses enfants. »

Les premiers rois, Hugues Capet, Robert le Pieux, déclarent en termes précis que le roi n’a de raison d’être que s’il rend la justice. Le roi était dans le royaume la source de la justice, toute justice émanant de lui. Il ne pouvait en être autrement.

Parmi les mille et mille groupes locaux, familles, seigneuries, villes, qui se partageaient le royaume, et dont chacun avait une vie et une existence indépendantes, le roi était le seul lien, l’unique autorité supérieure ; la seule autorité capable d’intervenir dans les différends qui surgissaient entre eux.

Par le fait même que le roi est le juge suprême, il est le pacificateur, l’apaiseur, dit saint Louis.

De la justice à cheval aux cours de justice (les Parlements)

A vrai dire, dans les premiers temps, ce rôle de justicier ne fut pas celui d’une magistrature assise, on dirait plutôt d’une magistrature à cheval. La robe fourrée de vair est remplacée par la broigne de cuir ou par le baubergeon à mailles de fer. On voit le magistrat suprême sur les routes, heaume lacé en tête, avec cuissart, gorgerette et haubert.

Par un effort constant, les rois parviennent, au XIIIe siècle, à introduire dans le royaume un ordre relatif. Saint Louis peut alors faire le justicier, non plus sur les grands chemins, l’épée au poing, mais dans sa chambre assis au pied de son lit, ou bien à l’ombre des chênes de Vincennes, entouré de ses conseillers.

Une miniature du XVe siècle, conservée à la Bibliothèque de l’Arsenal, représente Charles V assis dans le péristyle de son palais, en face de la porte grande ouverte, tel que les chroniqueurs du XIIIe siècle représentent saint Louis. Il est entouré de trois ou quatre conseillers. Devant lui deux plaideurs discutent avec si grande véhémence que l’un d’eux en perd son chapeau. Cependant que s’éloignent par la porte, et sur la route qu’on voit se dérouler au loin, une théorie de plaideurs satisfaits, deux par deux, les adversaires réconciliés, bras dessus, bras dessous, et devisant amicalement de la manière dont le roi vient d’accommoder leur affaire.

Ces traditions, comme les précédentes, se maintinrent beaucoup plus longtemps et avec plus de force qu’on ne serait tenté de le croire au premier abord. Les transformations qui s’opérèrent avec le temps, la multiplication et la facilité plus grande des moyens de transport, le prodigieux développement d’une ville comme Paris, voisine de la résidence royale, firent qu’un souverain comme Louis XIV n’aurait plus, comme saint Louis, pu donner audience à ceux de ses sujets qui seraient venus débattre devant lui leurs différends.

Cependant Louis XIV encore recevait chaque semaine ceux qui se présentaient et les plus pauvres, les plus mal vêtus. Dans ce moment les princes du sang, de séjour à la Cour, se groupaient auprès du roi ; les bonnes gens passaient devant le prince, à la queue le leu, à la queue du loup, et lui remettaient en propres mains un placet où leur affaire était exposée. Ces placets étaient déposés par le roi sur une table, qui se trouvait près de lui, et ensuite examinés par lui en séance du conseil, comme en témoigne la mention « lu au roi » qui se trouve sur nombre d’entre eux. Nous avons ici l’origine et, comme on le verra par la suite, la raison d’être des lettres de cachet, dont la forme nous surprend, nous indigne même aujourd’hui. Elles étaient en harmonie avec les mœurs, avec les plus fortes traditions de l’ancien temps.

D’autre part, le nombre croissant et la complication de plus en plus grande des affaires obligèrent le roi de s’en remettre à ses conseillers. Ainsi furent créés les Parlements, qui exercèrent la justice par délégation immédiate du pouvoir royal et en représentants du roi.

Frantz FUNCK-BRENTANO

(Source: Vive Le Roy: http://www.viveleroy.fr/Le-roi-sous-l-Ancien-regime-par,3...)

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