Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

mardi, 20 juillet 2010

Les massacres de septembre (VIII)

Massacres en province

Sur le nombre des victimes

Quel fut le chiffre précis des victimes de septembre ? Les uns le fixent à huit mille ; les autres le font descendre au-dessous d’un millier. La vérité est que, pour les huit prisons de Paris, le nombre des morts, tel qu’il résulte des documents authentiques, oscille entre treize cent soixante-huit et quatorze cent cinquante-huit. Le premier de ces deux chiffres est donné par M. Mortimer-Ternaux, dont on connaît l’érudition scrupuleuse.

Mais les tueries ne s’arrêtèrent pas à l’enceinte de la capitale ; elles eurent leur contre-coup en province. On peut suivre la trace du sang de septembre depuis la cour de l’Abbaye, à travers toutes les prisons parisiennes, jusqu’à Meaux, à Reims, à Charleville, à Caen, à Lyon, à Orléans, à Versailles et ailleurs encore, jusqu’au fond même de petits villages affiliés à la société des Jacobins.

La Commune revendique les massacres et cherche à les généraliser au reste du pays

Dès le 3 septembre, les membres du Comité de surveillance adressèrent à toutes les municipalités une circulaire renfermant l’apologie officielle de l’épouvantable forfait.

Danton la fit partir sous le couvert du ministère de la justice. Cette circulaire, signée de Duplessis, Panis, Sergent, Lenfant, Jourdeuil, Marat, Deforgues, Duffort, Cally, fut emportée par les commissaires que la Commune expédiait pour activer l’enrôlement des volontaires et réchauffer l’esprit public. On y lisait :

La Commune de Paris se hâte d’informer ses frères de tous les départements qu’une partie des conspirateurs féroces, détenus dans les prisons, a été mise à mort par le peuple : actes de justice qui lui ont paru indispensables pour retenir par la terreur des légions de traîtres cachés dans ses murs, au moment où il allait marcher à l’ennemi ; et, sans doute, la nation entière, après la longue suite de trahisons qui l’ont conduite sur les bords de l’abîme, s’empressera d’adopter ce moyen si nécessaire de salut public.

Quelques municipalités suivent

Les “ frères ” de la Commune ne répondirent que trop bien à ce furieux appel.

  • À Meaux, il y eut treize victimes, dont sept prêtres insermentés ;
  • à Reims, on tua un officier supérieur, M. de Montrosier, cinq chanoines et plusieurs autres prêtres ;
  • à Caen, la rage démagogique se rua principalement sur le procureur général-syndic du département, Georges Bayeux, qui fut égorgé sur la place Saint-Sauveur.
  • Quatre prêtres furent massacrés à Conches, petit bourg situé près d’Autun.
  • Lyon eut aussi ses scènes d’horreur et de sang. Sept officiers démissionnaires succombèrent sous les coups d’une foule d’assassins, secrètement dirigés par Chalier, le futur terroriste de la cité.

Le duc de La Rochefoucault, ancien président du département de Paris, que la Révolution naissante avait entouré de popularité et qui était devenu odieux à la multitude pour sa courageuse conduite au 20 juin, se trouvait aux eaux de Forges. Un commissaire de la Commune reçoit la mission de le faire prisonnier et de le conduire sous bonne escorte à Paris, ainsi que sa mère la duchesse d’Anville, âgée de quatre-vingts ans, la duchesse de la Rochefoucault et Mme d’Astorg. Près de Gisors, le cortège est assailli par une multitude armée de sabres et de bâtons. Frappé d’un coup de pierre à la tempe, le prisonnier est renversé et achevé à coups de bâton sous les yeux de ses gardiens.

Le massacre des prisonniers d’Orléans et de Versailles

Les prisons d’Orléans regorgeaient de prisonniers destinés à être jugés par la haute cour. Parmi eux se trouvaient

  • le duc de Cossé-Brissac,
  • Mgr de Castellane, évêque de Mende ;
  • M. Delessart, ancien ministre de l’intérieur ;
  • M. d’Abancourt, dernier ministre de la guerre sous Louis XVI,
  • Étienne Larivière, juge de paix de la section Henri IV, etc.

Un ramassis de voleurs sous les ordres d’un homme atroce, Fournier l’Américain, se rendent à Orléans. Les prisonniers, entassés sur sept chariots, après avoir été dépouillés de leur or et de bijoux précieux, sont dirigés à petites journées sur Paris, malgré les ordres précis de l’Assemblée.

Ils arrivent le 9 septembre à Versailles. Les sicaires du comité de surveillance les y avaient devancés !

À deux heures de l’après-midi le convoi, s’engageant sur la route de Saint-Cyr, se trouvait à la hauteur de l’Orangerie, quand une troupe d’hommes armés de piques et de sabres se rua sur les prisonniers.

Malgré les efforts courageux jusqu’à l’héroïsme du maire de Versailles, Georges Richard, tous les chariots furent envahis à la fois, et, en moins d’une heure, quarante-quatre cadavres sanglants et défigurés jonchaient le pavé de la rue de l’Orangerie. Neuf prisonniers parvinrent à s’échapper à la faveur du tumulte.

La troupe de Fournier qui était composée de deux mille hommes armés jusqu’aux dents assista impassible aux massacres. Puis la bande des tueurs, portant comme des trophées les membres palpitants de leurs victimes, se rendit à la maison d’arrêt, où elle égorgea vingt-six détenus.

Le lendemain de cette journée, dont les Versaillais ont gardé longtemps l’effrayant souvenir, l’armée expéditionnaire, aux ordres de Fournier, entra dans Paris, tambours battant et drapeaux déployés. Elle se dirigea vers la place Vendôme et s’arrêta devant l’hôtel qu’occupe encore aujourd’hui le ministère de la justice.

Danton parut sur le seuil et adressa aux bandits une allocution qui se terminait par ces mots :

Celui qui vous remercie, ce n’est pas le ministre de la justice, c’est le ministre du peuple.

Georges de Cadoudal

Source: Vive Le Roy

Les commentaires sont fermés.