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dimanche, 27 juin 2010

Du gouvernement représentatif (IV)

À la recherche d’un nouveau modèle politique

Mais nos beaux esprits ne veulent pas de la monarchie parce qu’il y a trop d’ordre, que tout y est trop bien réglé et qu’avec ses institutions héréditaires, elle laisse moins de chances aux prétentions, à l’ambition, à l’impatience des passions.

La démocratie serait plus de leur goût, mais les plus habiles ne croyent pas possible de l’affermir comme gouvernement dans un grand État continental. Et il faut convenir que l’essai que nous en avons fait sous la Convention n’était pas propre à les faire changer de sentiment !

Le modèle des États-Unis d’Amérique

L’exemple des États-Unis d’Amérique ne pouvait être applicable à la France. Ces États divisés en un grand nombre de républiques indépendantes unies par un lien fédératif assez faible, et qui ont presque toutes des constitutions ou plutôt des institutions, moins politiques que municipales, différentes et isolées du reste du monde ; livrées entièrement au commerce et encore dans la crise de leur agrandissement, n’ont à combattre que des sauvages, en attendant que, parvenues au terme de leur accroissement, elles se combattent entre elles. Et déjà la guerre a commencé.

Le modèle des républiques anciennes avec leur esclavage

L’exemple des républiques anciennes ne pouvait pas non plus servir aux partisans de la démocratie, pas même celui de Rome, seule république dont on puisse comparer la puissance et l’étendue à celle de la France, car outre que nous ne voulons plus de cette aristocratie héréditaire qui a si longtemps défendu la république romaine contre la turbulence de la démocratie, comme elle en a défendu Venise et comme elle en défend encore la république d’Angleterre.

Une raison qui n’a pas été assez aperçue oppose un obstacle invincible à l’existence de la république dans un État tel que la France : c’est que le pouvoir public a trop d’hommes à gouverner et plus que n’en ont jamais eu les républiques anciennes et Rome elle-même qui n’était réellement république que dans sa capitale car, comme dit Montesquieu « la liberté était au centre et la tyrannie aux extrémités » et il en sera toujours ainsi dans un grand État républicain, et c’est cet État que nous appelons en France la centralisation.

Dans les républiques, il n’y avait à gouverner par la puissance publique que des citoyens, des bourgeois, le Tiers État si l’on veut, parce que les serviteurs, les artisans, les ouvriers, partie si nombreuse de nos populations et si turbulente, qui en est non le peuple mais la populace ; « non populus sed plebs » dit Cicéron, était toute esclave, toute entière gouvernée par le pouvoir despotique des maîtres et hors de l’action du pouvoir public qui ne s’occupait d’elle que pour la tuer quand elle se révoltait.

La république n’était possible chez les paysans qu’avec l’esclavage, et elle est incompatible chez les chrétiens avec la liberté. C’est pourquoi il a fallu dans les temps modernes la déguiser sous une apparence de monarchie, avec un doge, un président, même avec un roi, comme en Pologne et en Angleterre.

Bossuet avec sa haute raison, après avoir parlé des institutions démocratiques d’Athènes, ajoute « enfin la Grèce en était charmée » elles amusaient un peuple enfant [9].

L’essai de synthèse monarchie/république de la Monarchie de Juillet

Il a donc fallu chercher une autre combinaison de constitution politique, une constitution qui ne fût, au moins de nom, ni monarchie, ni république, et comme c’est une maladie épidémique particulière à ce siècle que la fureur de régner, ne pouvant guérir le mal, on a trompé le malade et on a décrété en principe la souveraineté du peuple ou de tout le monde.

C’est sur ce fondement que nos modernes publicistes ont élevé leur gouvernement représentatif, car lorsque la politique a perdu de vue les principes, elle fait des expériences et tente des découvertes.

Ils ont donc essayé leur gouvernement qui n’a, comme nous l’avons dit, aucune analogie avec l’Angleterre trop aristocratique, ni avec les États-Unis, trop démocratiques, et parce qu’ils avaient deux peuples à gouverner, le peuple de l’unité et celui de la pluralité, le peuple catholique et le peuple protestant, de naissance ou de système, de religion ou de politique ; ils ont donné à l’un incomparablement plus nombreux une fiction de monarchie, et à l’autre petite fraction du peuple mais la plus chérie, la réalité de la démocratie et depuis que la France est ainsi constituée, elle a pu apprécier les avantages de cette forme de gouvernement, démocratie royale, véritable république et même comme l’a appelée le plus entêté de ses partisans, la meilleure des républiques : et qui n’est au fond ni monarchie, ni république.

Notes

[9] Bonald emploie souvent le terme de « peuple enfant » parlant des Égyptiens ou des Grecs et se réfère à la notion de perfection d’une langue issue de la Grammaire générale et raisonnée rédigée à Port-Royal par Arnault et Lancelot (1660), reprise par le Traité des langues de Frain du Tremblay ( 1703) et l’article LANGUE de l’Encyclopédie.

Source: Vive Le Roy

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