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lundi, 14 juin 2010

Henri Comte de Paris (1908-1999) ou la tradition orléaniste (VI)

L’avis de ceux qu’il a courtisés

De surcroît, la navrante intrigue gaulliste du Comte de Paris a entraîné des appréciations à peine courtoises de la part de personnalités proches du Général : « Ces mémoires, écrit Pierre Lefranc dans Le Figaro du 20 avril 1979,constituent la description d’une grande illusion et d’une non moins grande désillusion ». Le Prince « connaissait bien mal, et pour tout dire n’avait pas compris son interlocuteur ».

Michel Debré, dans Le Point, pense que De Gaulle « ne voyait sûrement pas l’avenir prévisible comme le Comte de Paris paraît l’avoir envisagé ».

Maurice Couve de Murville, dans France-soir des 8-9 avril :

Il doit y avoir dans cette affaire une large part de malentendu, comme on dit en style diplomatique.

Et Jacques Soustelle, encore moins diplomatiquement, au même journal :

J’ai toujours eu la conviction que De Gaulle menait en bateau le Comte de Paris pour neutraliser les éléments d’une certaine droite traditionaliste et royaliste — et il y en avait beaucoup dans l’armée.

Dominique Jamet, dans L’Aurore du 16 avril :

L’affirmation tardive du Comte de Paris semble plus que sujette à caution pour ne pas dire totalement invraisemblable, bref mensongère… À soixante-dix ans, ce prince qui ne nous gouverne pas brûle toujours de faire don à la France de sa royale personne. Il peut se la garder, en réserve de la République, comme on dit.

En son style propre, Libération qu’affectionnent tant les jeunes orléanistes de la N.A.R., titre sur « un comte à dormir debout » et parle aimablement d’une « vieille ganache gâteuse, curieusement dotée d’un physique de rastaquouère » :

Monseigneur est prêt à brader toute sa légitimité pour un strapontin. Monseigneur est à vendre, il n’a même pas la grandeur des principes inutiles.

Insolente et blessante vérité !…

De l’échec de l’orléanisme

Avec le secours des média de la République (Marianne doit bien cela aux Orléans), les Mémoires du Comte de Paris connaitront certainement un honorable succès de librairie. Mais en dépit de toutes ses « braderies », le Comte de Paris vieillissant pourra-t-il jamais faire le « poids » démocratique qu’il ambitionne ? On en doute, et on déplore qu’il ait voulu soumettre l’héritage historique dont il se réclame au tribunal de l’opinion.

Le Comte de Paris et les princes d’Orléans sont français sans interruption, cela est entendu ; il n’empêche que ce prétendant, qui, d’ailleurs, ne prétend pas vraiment ou très confusément, connaît fort mal la vraie nature de la monarchie nationale. Il enregistre sans esprit critique la légende révolutionnaire, exalte « 89 et 93 », et déserte ostensiblement (comme l’y inclinaient les habitudes de sa famille) le combat contre-révolutionnaire. Pour finir, il avoue, avec une émotion mal contenue, son échec familial, l’indifférence politique et l’oisiveté de ses enfants. Mais cet échec personnel n’est pas celui de la tradition monarchique française. Il n’est, et ne peut être, que celui de l’orléanisme, au sens spécifique du terme.

La branche d’Orléans peut bien abandonner l’héritage de Louis-Philippe sans mettre à mal le royalisme. Elle est toujours partie intégrante de la Maison de France (ou de Bourbon) ; elle n’en est pas la tête, ni l’expression politique. Il faudra bien demain, s’en souvenir pour reconstruire et continuer. Les fidèles du Comte de Paris ne sont pas tous, loin s’en faut, des orléanistes, la plupart sont des « fusionnistes », persuadés d’accomplir un devoir de légitimistes en reconnaissant, avec répugnance celui qu’on leur a présenté comme « le chef de la Maison de France ».

Pareillement, déjà, en 1883, Joseph Du Bourg, l’homme lige d’Henri V, s’inclinait la mort dans l’âme devant Jean III de Bourbon-Anjou, libéral et franc-maçon dit-on, néanmoins « héritier nécessaire » des rois très-chrétiens. En 1940 — les Mémoires du Comte de Paris le confirment — Charles Maurras refusa de rencontrer le prince qui l’avait défié en faisant savoir qu’il « défendait l’héritage contre l’héritier ».

Guy Augé

(Source: Vive Le Roy)

 

11:23 Publié dans Monarchie | Lien permanent | Commentaires (0)

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