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samedi, 12 juin 2010

Henri Comte de Paris (1908-1999) ou la tradition orléaniste (IV)

Le Comte de Paris de l’après-guerre

Comment réécrire l’histoire

On ne peut donc se départir d’un malaise lorsque le Prince, récrivant l’histoire, se montre si perspicace prophète du lendemain, si enthousiaste thuriféraire du gaullisme, et si méprisant censeur du vichysme. Si discret, aussi, sur les heures sombres de l’épuration où tant de ses amis furent frappés.

Voici son jugement dans Ici France du 15 novembre 1947 :

L’État français du maréchal Pétain, autocratie de droit où l’autorité était en fait détenue par une oligarchie capitaliste, joignait la confusion à l’arbitraire …

Dans ses Mémoires, il parle du Maréchal avec commisération, et de son entourage maurrassien avec une rancune mal contenue :

Vichy non plus ne m’attirait guère. Sous les arbres du parc, près des sources thermales, c’étaient, pêle-mêle, les anciens d’ Action française et les hommes de droite, que la défaite avait encore davantage raidis, qui s’entassaient dans des palaces vieillots transformés en ministères, et qui exhortaient la France à la dignité, à l’acceptation du destin malheureux et au deuil de la démocratie exécrée. (p. 169)

Aller à Vichy à cette époque, c’était un peu me compromettre avec eux et rentrer dans les fourgons de l’étranger. ( ibid.)

Je donnai comme directive d’éviter de s’engager avec Vichy, et, le moment venu, de rallier les mouvements de résistance ou de les susciter" (p. 162).

Une grande fermeté dans l’affaire algérienne

L’épisode le plus récent reste l’affaire algérienne. Là, les mémoires du Comte de Paris sont prolixes. Le Prince assure ses lecteurs qu’il a compris très tôt la nécessité de décoloniser, et que, dès juillet 1954, lors de sa première entrevue avec le Général (p. 247), il partageait avec lui cette conviction, de même qu’il avait admiré la « grande qualité intellectuelle et morale » de Pierre Mendès-France sur le même sujet (p. 238) !

Pourtant, dans une déclaration à L’Express (n° 32 du 26 décembre 1953), il affirmait péremptoirement que

la condition de la grandeur et de la prospérité française est la conservation de nos territoires d’outremer.

Aujourd’hui, il fait l’éloge de la politique gaullienne de décolonisation qu’il certifie avoir été « dans la droite ligne de celle que les Capétiens avaient poursuivie pour la construction et la grandeur de la France » (p. 282). Et, plus loin, il tire ce jugement :

Avec sa ténacité, son sens de la grandeur française, son souci des réalités nationales et internationales, de Gaulle avait su trouver le sentier étroit qui dégageait la France d’une impasse où s’épuisait, jour après jour, son prestige. Il la libérait pour des tâches nouvelles (p. 288).

Les textes parlent d’eux-mêmes et dispensent du commentaire. Les machiavéliens diront que le Prétendant sacrifiait la cause de l’Algérie française à l’espoir d’une restauration. Mais, supposé qu’il en soit ainsi — ce qui serait cher payer la restauration pour un prince se présentant comme désintéressé et tellement soucieux de ne pas verser le sang français ! —, force serait de reconnaître que cette mauvaise action fut un marché de dupes.

Car si, à tort ou à raison, le Comte de Paris crut aux assurances, verbales ou écrites du Général (« Le Prince peut désormais compter que moi en tout et pour tout » !), les résultats sont là, et De Gaulle n’a pas joué les Monk. Le Comte de Paris s’est compromis, il a prostitué ses principes en admettant qu’il en ait [12], il a gravement entaché la crédibilité de la monarchie sans obtenir l’ombre d’un commencement de réussite.

Le républicain

Sa compromission est allée loin : n’a-t-il pas songé à une candidature à la présidence de la République « sans former le moindre espoir de restauration monarchique » (p. 306) ? Se présenter, c’était, dit-il, « renoncer de fait et d’esprit à toute autre forme d’accession au pouvoir. C’était affaire d’honneur » !

Suit un exposé d’allégeance à la souveraineté populaire et au suffrage universel oracle des temps nouveaux :

Un chef suprême, en cette fin du XXe siècle, en France, ne peut et ne doit être que l’élu du suffrage universel. — Ensuite, il convient que le lien ainsi établi entre citoyen et pouvoir soit, de façon permanente, confirmé à intervalles réguliers, raffermi … Du suffrage de millions de citoyens doit venir, plus que la légalité, la légitimité du mandataire (pp. 308-309).

Nul doute que Maurras ne se soit étranglé d’indignation dans sa tombe. Mais le Comte de Paris a autant d’allergie pour Maurras que pour Joseph de Maistre et le Comte de Chambord. Il avoue au contraire son inclination pour la démocratie chrétienne (p. 231), et pour un centre « étayé par les socialistes et les radicaux ». Et il étale son mépris des contre-révolutionnaires, qui, assurément, le lui rendent avec intérêts.

Notes

[12] BARBEY d’AUREVILLY disait : « Les Orléans, que sacrifieraient-ils de leurs principes, ils n’en ont pas ! » (“La fusion”, La Mode du 10 août 1850).

(Source: Vive Le Roy )

21:25 Publié dans Monarchie | Lien permanent | Commentaires (0)

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