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vendredi, 04 juin 2010

La Légitimité (II)

La Révolution contre la légitimité

Le principe d’autonomie de la modernité : la souveraineté trouve sa source en elle-même

Malheureusement, la synthèse thomiste, si réaliste, du XIIIe siècle, n’a pas tenu en doctrine ; elle a été battue en brèche très tôt par les courants nominalistes, qui sont à l’origine de la réflexion moderne et des concepts nouveaux de souveraineté, de monarchie pure [2], de contrat social, de positivisme légaliste.

Il appartenait à la Révolution française de porter cette tendance à son paroxysme sous le nom de souveraineté populaire, définie d’après Rousseau comme expression de la volonté générale.

Alors que la souveraineté royale, même aux plus beaux jours de l’absolutisme bourbonien, restait le moyen du bien commun, et n’avait jamais prétendu trouver en elle-même sa propre justification, la neuve souveraineté populaire fit triompher le positivisme juridique, assimilant le droit aux lois, et les lois à la seule volonté souveraine du législateur. Le peuple devenait un souverain qui n’avait plus besoin d’avoir raison pour valider ses actes.

La puissance autonome est une puissance sans limite, totalitaire

Bien sûr, on trouve des libéraux aux origines de la Révolution française, et le libéralisme, né dans les cercles aristocratiques de l’Ancien Régime, a voulu borner les prérogatives de l’exécutif, rogner l’État ; mais l’idéologie du contrat social, proprement moderne et nominaliste, issue de Hobbes autant que de Rousseau, ne laissait plus subsister aucun contrepoids à la souveraine puissance du Léviathan-législateur.

Conférer au “peuple” la souveraineté de Léviathan ne se ramenait pas, quoiqu’on en ait pu dire, à un simple changement de titulaire de la toute-puissance : c’était une mutation décisive du concept de souveraineté, la porte ouverte au totalitarisme. Car le tyran de naguère pouvait bien s’arroger de fait la toute-puissance : il trouvait toujours en face de lui quelque Antigone — « cette petite légitimiste », disait Maurras ! — pour lui rappeler l’existence de principes supérieurs ; et le roi absolu, d’ailleurs timidement législateur, savait que le droit naturel reposait sur l’observation d’une nature extérieure, et qu’il lui fallait gouverner « à grand conseil ».

Au contraire, le souverain du nouveau régime issu de la Révolution émet cette prétention formidable d’être, non point canal ou interprète du droit, mais source de tout droit, de toute justice. Selon la percutante formule de Jean Madiran, la loi expression de la volonté générale mettait au pluriel le péché originel [3].

Peu importe qu’ensuite le totalitarisme ait varié, s’incarnant tantôt dans une assemblée collective, tantôt dans un chef charismatique plébiscité, ou que la nature des choses et la force des traditions lui aient opposé quelques obstacles : l’exorbitante et subversive prétention révolutionnaire, expression de la démocratie moderne [4], subsistait avec la virtualité totalitaire.

Il suffit de jeter un coup d’œil sur les régimes du monde contemporain, tous démocratiques comme il se doit (et sans excessif illogisme !), pour apprécier le point d’aboutissement de notre « grande Révolution », comme l’appelle le Comte de Paris.

Guy AUGÉ

(Source: Vive Le Roy: http://www.viveleroy.fr/La-legitimite-par-Guy-AUGE-1979,9... )

Notes

[2] Avec, ici, en outre, une filiation platonicienne contre laquelle réagissait la doctrine du « gouvernement mixte » d’Aristote.

[3] Jean MADIRAN. On ne se moque pas de Dieu, Paris. 1957, p. 61.

[4] Sur la distinction entre démocratie antique (ou classique) et démocratie moderne, voir notamment Jean MADIRAN. Les deux démocraties, Paris. Nouvelles éditions latines. 1977. et aussi Cl. POLIN. op., cit., 2e partie, titre II. pp. 231 et suiv.

12:49 Publié dans Monarchie | Lien permanent | Commentaires (0)

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