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mercredi, 02 juin 2010

La Légitimité (I)

Qu’est-ce que la légitimité ?

La Royauté très-chrétienne postule la légitimité, elle en fournit, vraisemblablement, la formule la plus achevée. Qu’est-ce, en effet, que la légitimité ?

— C’est la justification, tant du droit au commandement des gouvernants que du devoir d’obéissance des gouvernés, un « génie invisible de la Cité » expliquait joliment l’historien italien Guglielmo Ferrero, l’un de ceux qui ont le plus réfléchi sur ce sujet [1].

Exorcisant la peur réciproque du chef et des assujettis, la légitimité permet la convivence et la hiérarchisation du groupe.

La légitimité : sa genèse et son accomplissement

Un vieux problème : comment obtenir une obéissance non servile ?

L’Antiquité avait aspiré à la découverte de cette solution ; elle l’avait parfois pressentie, sans jamais l’atteindre de façon pleinement satisfaisante. L’État païen se confondait avec la force du chef, et, quand il était tyrannique, se profanait avec lui.

C’est le christianisme qui apporta au monde la solution de ce drame politique : il le fit en distinguant nettement la fonction de l’homme qui en était revêtu, et qui n’exerçait qu’un ministère, qu’un service pour le bien commun.

L’obéissance n’allait donc pas à l’individu mais au bien commun qu’il avait mission de poursuivre, autrement dit, en dernière analyse, à Dieu en qui ce bien s’enracine, d’où procède toute autorité, et qui peut obliger en conscience.

Cependant, l’apport chrétien à la théorie de la légitimité s’est manifesté selon des théologies et des philosophies variées — il y a loin de l’augustinisme politique au thomisme —, et dans un milieu culturel initialement mieux cimenté que le nôtre par la communauté de foi.

La légitimité augustinienne

La force admirable de la légitimité royale chrétienne telle que l’avaient conçue les doctrinaires de l’augustinisme du haut Moyen Age reposait non seulement sur une vision cléricale de l’univers, où le temporel se subordonnait au spirituel, où la raison blessée s’en remettait entièrement à la Révélation, où la Grâce soumettait la nature comme la Cité de Dieu intégrait la cité des hommes, mais encore sur la communication de l’intérieur que permettait la communion religieuse : on pouvait de la sorte escompter la loyauté confiante des sujets, et le sens de ses responsabilités de la part d’un prince chrétien, comptable sur son salut éternel du destin de ses peuples. La liturgie du sacre l’exprimait de façon grandiose.

La légitimité thomiste ou légitimité achevée

La résurgence de l’aristotélisme ancien, “baptisé” intelligemment par saint Thomas d’Aquin, inaugura un humanisme chrétien, une certaine réhabilitation de la raison (seulement blessée, mais non anéantie par le péché), une vision réaliste de la nature. Pour saint Thomas, disciple d’Aristote, il y a un droit naturel de l’État, un ordre social naturel, antérieur au christianisme, existant même à part de l’ordre religieux et du plan de la Révélation. Bref, une autonomie du temporel que ce grand clerc libérait du cléricalisme, tout en montrant l’apport transcendant de la religion, seule à fournir la clef de cette nature harmonieuse et ordonnée qu’Aristote avait contemplée avec le réalisme naïf du païen.

Pour saint Thomas, donc, si la grâce transcende la nature, la nature est autonome ; l’État ne se fond pas, comme chez les augustinistes du haut Moyen Age, dans l’Église. Les thomistes ne sont pas des théocrates, et certes tout pouvoir vient de Dieu, mais in abstracto. Quant au reste, place était faite à la doctrine, aux légistes du droit romain, aux compétences profanes nourries de pensée grecque.

La monarchie selon saint Louis, contemporain de l’Aquinate, est un type de « gouvernement mixte », aristotélicien-thomiste, ni sacerdotaliste, ni athée, ni despotique, mais tempéré, mesuré.

Guy Augé

(Source: Vive Le Roy: http://www.viveleroy.fr/La-legitimite-par-Guy-AUGE-1979,90)

19:59 Publié dans Monarchie | Lien permanent | Commentaires (0)

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