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jeudi, 20 mai 2010

Origines du pouvoir royal

L’organisation originelle de la monarchie

Nous avons dit la reconstitution de la France aux IXe et Xe siècles dans l’anarchie produite par les invasions, autour de la cellule familiale : c’est le fait essentiel qui domine toute notre histoire jusqu’à la Révolution.

  • « Vous aurez en lui un père ; nul, jusqu’à présent, n’a invoqué en vain son patronage.  »
  • « Le clan patronal, dit Jacques Flach, est une famille étendue, issue de l’organisation familiale et du patronage ; sur cette double base aussi s’est constituée la royauté. »

Aussi, la reine devait-elle avoir, comme dans toute maison bien tenue, sa part dans l’administration. « Elle tient le ménage de la royauté », dit M. Flach, en ses Origines de l’ancienne France. Le trésor de l’État est sous sa surveillance et son contrôle directs. Le chambrier, qui s’appellerait de nos jours le ministre des Finances, est de ce fait son subordonné.

Et le pouvoir exécutif se trouve naturellement dans les mains des domestiques qui servent la famille régnante. Ceux-ci se groupent en six métiers (ministeria), en six ministères : la paneterie, l’échansonnerie, la cuisine, la fruiterie, l’écurie et la chambre ; le tout dirigé par les grands officiers : le panetier, le bouteiller, le sénéchal, le connétable et le chambrier, serviteurs personnels du monarque.

Le sénéchal est l’écuyer tranchant. C’est lui qui découpe la viande mise sur la table du roi. Après le repas, il reçoit du cuisinier un morceau de viande, auquel le panetier et le bouteiller ajoutent deux pains et trois chopines de vin. Quand on est en guerre, le sénéchal veille à l’arrangement de la tente royale ; il suit son maître dans les expéditions ; en son absence, il commande les armées.

Auprès du sénéchal, voici le connétable, cornes stabuli, le comte de l’étable. Il a la surveillance de l’écurie du roi, veille aux fourrages, achète les chevaux. Il tient la main à ce que les palefreniers nettoient les stalles. Il est autorisé à faire manger quatre de ses destriers aux râteliers de son maître ; le cuisinier royal lui remet en outre de la viande crue ou de la viande cuite, à son choix.

Le bouteiller commandait aux échansons. Il avait l’administration des vignobles royaux. On lui confia l’intendance du trésor royal : il eut la présidence de la Chambre des comptes. Semblables furent les carrières du chambrier et du grand panetier.

Vient enfin le grand chancelier, dont le caractère est un peu différent, parce que, tout en étant domestique, son origine est en même temps religieuse. Les rois mérovingiens conservaient parmi leurs reliques la petite chape (capa) de saint Martin. C’était le vêtement de dessous que le patron des Gaules portait sur lui le jour où il avait abandonné sa tunique à un pauvre. De là, le nom de « chapelle » donné au lieu où l’on gardait les reliques des rois et celui de chapelain réservé aux clercs qui y étaient attachés. Lesdits chapelains devaient tenir registre des serments qui étaient portés sur la chape. Ils vinrent ainsi à être chargés de la rédaction des actes, des diplômes munis de sceaux. Leur chef fut le chancelier. Celui-ci devait constamment porter le grand sceau suspendu à son cou, de crainte qu’il ne fût enlevé.

Tels furent les six grands officiers de la couronne. Ils assistaient le roi dans l’exercice de son autorité. Leur caractère, si étroitement domestique, s’affaiblit avec le temps ; moins rapidement qu’on serait tenté de le croire.

Ces grands ministres qui perpétuent les vieilles traditions

Les grands ministres du XVIIe siècle, les Sully, les Richelieu, les Colbert, les Louvois, continuent à s’occuper, auprès du prince, d’affaires de famille, conformément au caractère primitif de leur charge. Ils continuent d’être des « domestiques » à une époque où, selon la remarque de Montlosier, ceux-ci font encore partie de la famille.

Sur les états de logement, ils prennent place à côté du contrôleur de la bouche et des garçons du château ; ils ont droit à l’ordinaire qui comprend deux pains et un quart de vin ; de plus, les jours gras, une pièce de gibier et une livre de lard ; les jours maigres, six carpes et trois livres de beurre.

Colbert et Louvois, auprès de Louis XIV, sont gens de confiance. Le grand roi les charge des objets qui lui tiennent à cœur : de pourvoir au logement de Mlle de La Vallière et de Mme de Montespan. Louise de La Vallière se sauve-t-elle de la Cour, Colbert en personne, ce grave personnage, toujours sombre, silencieux, la tête encombrée des multiples intérêts du royaume, et que les dames les mieux chaussées et les plus haut huppées n’abordaient qu’en tremblant, Colbert doit courir sur les traces de la fugitive, la rejoindre au couvent de Chaillot, lui faire entendre raison, s’il est permis de parler ainsi, la ramener auprès du roi. Mme de Montespan donne le jour à MlIe de Blois. Louis XIV écrira à Colbert : « Ma fille de Blois m’a demandé la permission de quitter la bavette : j’y consens. »

Frantz FUNCK-BRENTANO

11:48 Publié dans Monarchie | Lien permanent | Commentaires (0)

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