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mardi, 17 novembre 2009

Le scrupule; cette maladie...

"Parmi les maladies morales, une des plus dignes de pitié, des plus difficiles à guérir et des plus dangereuses : c'est le scrupule.

Digne de pitié : Elle atteint les meilleures âmes, dont elle transforme la délicatesse de conscience, en craintes vaines et en pusillanimité. D'enfants du Calvaire, elle en fait des esclaves du Sinaï. Au lieu de trouver la joie et le repos dans le service du bon Maître, qui a dit : «Mon joug est doux et mon fardeau léger», la religion leur est à charge. Tous les devoirs qu'elle impose sont pour elles, autant de sources d'inquiétudes et de tourments.

Difficile à guérir : Le caractère propre de cette maladie, est de tromper ceux qui en sont victimes. S'ils se croyaient vraiment scrupuleux, ils seraient bientôt guéris. Mais le difficile est de les en convaincre. Toujours ils ont une porte de derrière pour s'échapper. «Je crains de ne m'être pas bien expliqué ; je crains qu'on ne m'ait pas compris ; je crains de n'avoir pas eu assez de contrition ; je crains de pécher en tout ce que je fais». Combien de saints et habiles confesseurs ont échoué dans cette cure, et échouent encore tous les jours.

Très dangereuse : Le scrupule conduit au dégoût du devoir ; le dégoût au relâchement ; le relâchement à l'indifférence ; l'indifférence à l'abandon final, non seulement des pratiques de surérogation, mais encore des obligations les plus importantes. Comme il arrive trop souvent, tout cela se termine par la perte de la foi ou la perte de la tête.

Un pareil malheur est d'autant plus à craindre que le scrupule, arrivé à un certain degré, envahit le passé, le présent et l'avenir. Le passé, par la crainte de n'avoir jamais fait de bonnes confessions ; le présent par la crainte de pécher dans tout ce qu'on fait, ce qu'on dit ou ce qu'on pense ; l'avenir, par la crainte exagérée de n'être pas sauvé.

Venir au secours de ces pauvres âmes et rappeler à leurs confesseurs la direction des maîtres les plus expérimentés dans la conduite des âmes : tel est l'objet de cet ouvrage (...)"

 

LE SCRUPULE

 

(PETIT MANUEL DE DIRECTION A L'USAGE DES AMES TIMORÉES ET DE LEURS CONFESSEURS)

d'après Saint François de Sales et Saint Alphonse de Liguori, Docteurs de l'Église

 

par Mgr GAUME

Protonotaire apostolique, docteur en théologie

 

 

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lundi, 16 novembre 2009

La doctrine de l’Eglise sur l’argent

 

 

 

Avertissement :

 

Cette étude est extraite d’un article d’Arnaud de Lassus paru dans l’AFS n°96, en 1991.

 

Introduction

 

En cette année du centenaire de Rerum novarum et du soixantième anniversaire de Quadragesimo anno,les prises de position des papes Léon XIII et Pie XI sur les formes modernes de l’usure et sur la domination de l’économie et de la politique par les maîtres de l’argent méritent d’être mises en relief.

 

Rappelons les textes :

« Une usure vorace est encore venue s’ajouter au mal (de la destruction des anciennes corporations). Condamnée à plusieurs reprises par le jugement de l’Eglise, elle n’a cessé d’être pratiquée, sous une autre forme, par des hommes avides de gain, d’une insatiable cupidité ».[1][2]

« Ce pouvoir (économique discrétionnaire) est surtout considérable chez ceux qui, détenteurs et maîtres absolus de l’argent, gouvernent le crédit et le dispensent selon leur bon plaisir. Par là, ils distribuent en quelque sorte le sang à l’organisme économique dont ils tiennent la vie entre leurs mains, si bien que sans leur consentement nul ne peut plus respirer ».[2][3]

 

Dans la suite du texte, Pie XI souligne deux conséquences du pouvoir discrétionnaire des maîtres de l’argent sur l’économie :

- la « déchéance du pouvoir politique (…) tombé au rang d’esclave et devenu le docile instrument (…) de toutes les ambitions de l’intérêt ».

- l’ « internationalisme ou impérialisme international de l’argent, funeste et exécrable, pour lequel là où est la fortune, là est la patrie ».

Cette double caractéristique des temps modernes : le développement de l’usure sous de nouvelles formes, la domination de l’économie et de la politique par les puissances d’argent a été reconnue aussi bien par des hommes de finance et des hommes politiques (trop peu nombreux hélas !) que par des doctrinaires de ces deux disciplines. Nous en citerons quelques-uns :

 

René de la Tour du Pin (1889) : « Le siècle actuel porte la marque de l’usure et mérite d’en conserver le nom ».[3][4]

Charles Maurras (1925) : « L’Etat moderne a vendu ou loué son être aux banquiers ».[4][5]

V. C. Vickers (1939) : « La démocratie est en danger parce que le gouvernement démocratique lui-même est asservi aux intérêts des groupes qui dominent la finance et qui ont le pouvoir d’infliger à la nation une crise financière s’ils prévoient que va être mise en place une législation défavorable à leurs intérêts particuliers ».[5][6]

Maurice Allais (1978) : « Alors que pendant des siècles l’Ancien Régime avait préservé jalousement le droit de l’Etat de battre monnaie et le privilège exclusif d’en garder le bénéfice, la République démocratique a abandonné pour une grande part ce droit et ce privilège à des intérêts privés. Ce n’est pas là le moindre paradoxe de notre époque ».[6][7]

 

Les considérations qui précèdent apportent une réponse partielle à l’une des questions-clefs de la politique : qui détient en définitive les pouvoirs de décision ?

On sait - ou l’on devrait savoir - que nos pouvoirs politiques ne sont en général que des paravents derrière lesquels se tiennent des tireurs de ficelles, eux-mêmes manipulés par d’autres personnages occupant des échelons supérieurs. « Il y a dans tout pouvoir démocratique (…) - explique l’historien François Furet - une oligarchie cachée, à la fois contraire à ses principes et indispensable à son fonctionnement ».[7][8]

Une oligarchie… nous dirions plutôt plusieurs oligarchies cachées. Parmi celles-ci, la plus importante ne serait-elle pas celle des dynasties financières dont les chefs, selon l’expression très heureuse de Jacques Attali, peuvent constituer un « pouvoir sur le pouvoir » ?[8][9]

 

 

1 – Division de la doctrine de l’Eglise sur l’argent

 

On peut la décomposer en trois parties :

- Principes généraux.

- Doctrine sur l’usage personnel de l’argent.

- Doctrine sur la place et la réglementation de l’argent dans la vie sociale et politique, sur les attributions de l’Etat à son égard.

 

 

2 – Principes généraux

 

Une mesure stable de la valeur des choses

L’argent, moyen d’échange de biens matériels et de services entre les hommes, mesure permettant d’estimer la valeur des choses, doit être stable, c’est-à-dire que son pouvoir d’achat doit être constant ou ne fluctuer que très lentement.

 

Par lui-même, l’argent n’est pas producteur

L’argent n’est que la cause instrumentale d’un gain éventuel dû à l’activité de celui qui le fait fructifier. « Celui qui a de l’argent n’a pas encore un gain en acte mais seulement en puissance ».[9][10]

C’est une « fausse conception (de penser) que l’argent doit rapporter quel que soit son placement, qu’il est de soi lucratif ; c’est ce qu’on appelle sa rentabilité, sa vertu propre de productivité. A quoi il faut opposer le principe aristotélicien toujours vrai : l’argent ne fait pas de petits, de soi il est improductif ».[10][11]

 

 

3 – L’usage personnel de l’argent

 

Il est contenu dans la doctrine plus générale sur l’usage des richesses qui, dans la Somme théologique de saint Thomas, figure dans le traité sur la vertu cardinale de justice (IIa IIae, questions 57 à 122).

Nous nous limiterons ici à la question de l’usure.[11][12]

L’usure est une faute commise à l’occasion d’un simple prêt ou prêt de consommation.

 

 

Le simple prêt

 

« Le simple prêt, ou prêt de consommation, est un contrat par lequel l’une des parties livre à l’autre une certaine quantité de choses qui se consomment par l’usage, à la charge pour celle-ci de lui en rendre l’équivalent en espèce et qualité, après un certain temps dont on convient ordinairement. Par l’effet de ce prêt, l’emprunteur devient le propriétaire de la chose prêtée ».[12][13]

Dans la pratique, la chose consommable prêtée est presque toujours de l’argent.

 

 

Le prêt à intérêt

 

« Le prêt à intérêt n’est autre chose que le simple prêt duquel on tire des intérêts. Si on perçoit l’intérêt à l’occasion du prêt, mais en vertu d’un titre légitime et extrinsèque au prêt, cet intérêt n est point illicite. Mais si on na pas d’autre titre que le simple prêt, si on exige l’intérêt précisément en vertu du prêt, sans aucun titre extrinsèque au prêt, c’est-à-dire, sans un titre qui soit distinct et séparable du prêt, cet intérêt devient illicite, injuste, usuraire ».[13][14]

 

 

Définition et condamnation de l’usure

 

« On définit l’usure proprement dite : tout intérêt, tout profit en sus du capital (…) exigé de l’emprunteur, précisément en vertu ou à raison du simple prêt, du « mutuum ». Les Pères, les conciles, les Souverains pontifes et les théologiens, s’appuyant sur les livres saints, s’accordent à nous donner la même notion de l’usure, en la condamnant expressément comme contraire au droit naturel et divin ».

 

Citons, comme expression de la doctrine de l’Église sur l’usure, deux textes l’un du pape Léon X, l’autre du pape saint Pie X :

« Voici le véritable sens du mot “usure” : quand on recherche un gain et un profit, sans travail, sans dépense ou sans risque, à partir d’un bien qui par lui-même ne produit pas de fruit ».[14][15]

« En quoi consiste l’usure ? L’usure consiste à exiger, sans titre légitime, un intérêt illicite pour une somme prêtée, en abusant du besoin et de l’ignorance d’autrui ».[15][16]

 

 

Les titres pouvant justifier l’intérêt tiré d’un prêt

 

Quels sont ces titres ? Il ne semble pas qu’il y ait accord entre moralistes à ce sujet. Voici les principaux titres invoqués :

a) Le préjudice causé (« damnum emergens »). Exemple : un prêteur accorde un prêt indexé sans intérêt ; la somme correspondant à l’indexation est considérée comme revenu par le fisc et taxée à ce titre ; le préjudice ainsi causé peut donner lieu à indemnité.

b) Le gain perdu (« lucrum cessans ») du fait du prêt.

c) Le risque de perte de la somme prêtée.

d) La « peine conventionnelle » :indemnité en cas de non-remboursement dans les délais prévus.

e) Les frais de gestion du prêt.

f) Le taux de prêt considéré comme non usuraire par la loi civile.

 

Les titres b) et f) soulèvent des difficultés. Sur le titre b) en particulier, voici une remarque de saint Thomas d’Aquin : « Mais on n’a pas le droit de stipuler dans le contrat une indemnité fondée sur cette considération : que l’on ne gagne plus rien avec l’argent prêté ; car on n’a pas le droit de vendre ce que l’on ne possède pas encore et dont l’acquisition pourrait être compromise de bien des manières ».[16][17]

Il semble bien qu’admettre ce titre (perte de profit éventuel, pendant la durée du prêt, du fait de la privation de la somme prêtée) reviendrait à affirmer la productivité de l’argent en lui-même.

 

 

L’usure et les confesseurs

 

Voici un résumé partiel de l’« instruction sur l’usure »de la Sacrée congrégation pour la propagation de la foi de 1873, figurant dans le livre du R.P. Denis Fahey The Mystical Body of Christ and the Reorganisation of Society édité en 1943.

I - Aucun profit, quel qu’il soit, ne peut être prélevé d’un prêt (mutuum) au seul titre du prêt.

II - S’il y a un autre titre qui n’est pas inhérent à la nature même de chaque prêt, un profit peut être prélevé.

III - Quand le seul titre visible sur lequel se fonde le prélèvement de profit ou d’intérêt sur un prêt est l’autorisation donnée par la loi du pays, ce titre peut être considéré comme suffisant en pratique ; et les confesseurs ne doivent pas inquiéter les pénitents là-dessus tant que cette question demeure « sub judice »(non tranchée) et que le Saint-Siège ne l’a pas définie de façon explicite.

IV - Une telle tolérance ne doit pas être invoquée pour couvrir la moindre usure exercée à l’égard des pauvres ; ni des taux excessifs d’intérêt au-delà des limites de la justice naturelle.

 

 

Justification de la doctrine traditionnelle telle qu’elle est exposée par saint Thomas

 

« Nous n’hésitons pas à affirmer que cette doctrine (la doctrine exposée dans la Somme Théologique, IIa IIae, qu. 78 sous le titre “Du péché de l’usure dans les prêts“) ainsi comprise est inattaquable »,écrit le père Spicq[17][18] ; puis il développe les arguments suivants :

 

- L’argent n’est que la cause instrumentale d’un gain éventuel de celui qui le fait fructifier ; il n’est pas par lui-même productif ; c’est le travail qui est le titre lucratif essentiel. Dans le contrat de prêt, pas de travail pour le prêteur, puisqu’il a cédé la propriété de la somme d’argent à l’emprunteur. Réclamer un intérêt de l’argent prêté, au titre du prêt lui-même, c’est réclamer une part du fruit d’une chose qu’on ne possède pas, c’est donc un vol.

 

- Saint Thomas se refuse à voir dans la perte du temps la source d’un droit à intérêt, car le temps n’appartient par au prêteur et ne peut se vendre (alors que les théories les plus modernes de l’intérêt définissent l’intérêt comme le prix du temps).

 

- « La monnaie est une valeur conventionnelle destinée à faciliter les échanges, c’est là sa fin.(…) Or l’usure va contre la nature de 1 argent, c’est un acte opposé à sa fin naturelle (…). Se proposer dans l’échange un accroissement des choses, c’est s’écarter de la nature de l’échange (…) ; c’est le fait de l’avare dont les désirs sont infinis. ».[18][19]

Le temps ne change en rien l’égalité requise dans le contrat ; il faut autre chose pour qu’il soit productif ; il faut que, pendant la durée du contrat, se présente un titre quelconque, juste fondement à une exigence nouvelle ou à une survalue.

 

 

4 - L’argent dans la vie sociale et politique

 

- Une doctrine méconnue

Elle est rarement abordée dans les textes récents du Magistère.

Elle n’est guère enseignée dans les traites de doctrine sociale. Le texte important de Pie XI sur l’impérialisme international de l’argent et la déchéance du pouvoir politique, devenu esclave des puissances d’argent, est rarement cité.

 

- Points essentiels de la doctrine

 

En économie et en politique, l’argent doit être serviteur et non maître.

« L’art de la gestion et des manipulations monétaires n’est qu’un art auxiliaire qui doit être au service de la famille et de l’Etat (…). »[19][20]

 

Tout régime ploutocratique (remettant l’ordre politique et économique à la discrétion des puissances d’argent) constitue un renversement de l’ordre des choses.

« Il y a une perversion anti-chrétienne aussi bien qu anti-naturelle dans le renversement de l’ordre que l’on constate aujourd’hui où la personne humaine est subordonnée à la production et où la production et la distribution sont subordonnées à la finance ».[20][21]

 

Le triple rôle de l’État

- Garder la maîtrise du système monétaire, fonction qui lui incombe ;

- Assurer la stabilité de la monnaie (la monnaie étant la « mesure des choses vendables », la stabilité est pour elle une qualité essentielle) ;

- Réprimer l’usure.

 

- Extraits de l’encyclique Quadragesimo anno

 

« Ce qui, à notre époque, frappe tout d’abord le regard, ce n’est pas seulement la concentration des richesses, mais encore l’accumulation d’une énorme puissance, d’un pouvoir économique discrétionnaire, aux mains d’un petit nombre d’hommes qui, d’ordinaire, ne sont pas les propriétaires, mais les simples dépositaires et gérants du capital qu’ils administrent à leur gré ».

 

- La domination de l’économie par les maîtres absolus de l’argent :

« Ce pouvoir est surtout considérable chez ceux qui, détenteurs et maîtres absolus de l’argent, gouvernent le crédit et le dispensent selon leur bon plaisir. Par là, ils distribuent en quelque sorte le sang à l’organisme économique dont ils tiennent la vie entre leurs mains, si bien que sans leur consentement nul ne peut plus respirer (…) ».

 

- C’est une conséquence du libéralisme économique

« Cette concentration du pouvoir et des ressources, qui est comme le trait distinctif de l’économie contemporaine, est le fruit naturel d’une concurrence dont la liberté ne connaît pas de limites ; ceux-là seuls restent debout, qui sont les plus forts, ce qui souvent revient à dire, qui luttent avec le plus de violence, qui sont le moins gênés par les scrupules de conscience (…) ».

- Les résultats : dictature économique, déchéance du pouvoir politique, impérialisme international de l’argent

« L’appât du gain a fait place à une ambition effrénée de dominer. Toute la vie économique est devenue horriblement dure, implacable, cruelle. A tout cela viennent s’ajouter les graves dommages qui résultent d’une fâcheuse confusion entre les fonctions et devoirs d’ordre politique et ceux d’ordre économique ; telle, pour n’en citer qu’un d’une extrême importance, la déchéance du pouvoir : lui qui devrait gouverner de haut, comme souverain et suprême arbitre, en toute impartialité et dans le seul intérêt du bien commun et de la justice, il est tombé au rang d’esclave et devenu le docile instrument de toutes les passions et de toutes les ambitions de l’intérêt. Dans l’ordre des relations internationales, de la même source sortent deux courants divers : c’est, d’une part, le nationalisme ou même l’impérialisme économique, de l’autre, non moins funeste et détestable, l’internationalisme ou impérialisme international de l’argent, pour lequel là où est l’avantage, là est la patrie ».

 

 

5 – Conclusion

 

Le libéralisme économique (système séparant l’économie de la morale) conduit à la généralisation de l’usure, à la souveraineté de l’argent, à l’impérialisme international de l’argent. C’est là que réside l’un des deux grands désordres économiques actuels (l’autre étant constitué par l’économie socialiste).

Il faut bien voir l’enchaînement des causes : c’est l’usure qui permet aux puissances d’argent de devenir souveraines à l’échelle nationale puis internationale. Le retour à l’ordre ne pourra s’opérer que par une restauration de l’Etat dans son rôle de défenseur du bien commun… Ce qui suppose un Etat indépendant des puissances d’argent, ayant repris la maîtrise du système monétaire de la nation et assez fort pour réprimer l’usure.

En attendant ce retour à l’ordre, en y travaillant dans toute la mesure de leurs moyens, les catholiques devraient appliquer plus strictement, dans leur conduite personnelle, la doctrine de l’Eglise sur l’argent… en particulier en développant l’usage de prêts indexés sans intérêt au profit de personnes et d’initiatives qui méritent d’être soutenues.

« Il demeure cependant que le prêt sous sa première forme, ou le prêt-assistance, qui n’est, comme tel, qu un des modes de subvenir à la nécessité d’autrui, devrait garder, dans la vie ordinaire des hommes, une plus grande place (…). Ceux qui, ayant plus que le nécessaire, ne savent point subvenir à la nécessité des petits, en leur prêtant gratuitement et sans autre charge que de rendre l’argent prêté quand ils pourront vraiment le rendre, mais se montrent en toute circonstance d’une absolue rigueur dans l’exigence de l’intérêt, s’agirait-il même du simple intérêt ordinaire ou légal, n’échapperont point, devant Dieu, à la responsabilité du péché de l’usure. Et l’on peut bien dire qu’une des grandes causes du malaise social aujourd’hui est dans la méconnaissance ou l’oubli de ce devoir sacré ».[21][22]



 



[1][2] Léon XIII, enyclique Rerum Novarum

[2][3] Pie XI, encyclique Quadragesimo Anno

[3][4] Vers un ordre social chrétien, p. 71

[4][5] Action Française, 12 octobe 1925.

[5][6] Economic Tribularion, p. 51. V.C. Vickers fut gouverneur de la banque d’Angleterre de 1910 à 1919.

[6][7] L’impôt sur le capital et la réforme monétaire,p. 187. Maurice Allais reçut le prix Nobel d’Économie en 1988.

 

[7][8] François Furet, Penser la Révolution Française,p.241. Dans les quarante dernières pages de ce livre, dont est tiré la citation ci-dessus, F. Furet a résumé la pensée sur la Revolution française de l’historien Augustin Cochin.

[8][9] Jacques Attali, Siegmund G. Warburg, un homme d’influence,p.13.

[9][10] Saint Thomas, Somme théologique, IIa,IIae, qu. 62 art. 4. Cause instrumentale : celle qui agit non par sa propre force mais par l’impulsion d’une autre.

[10][11] P. Spicq, Renseignements techniques, accompagnant la traduction de la Somme Théologique, la Justice,tome troisième, p. 437, édit. de la Revue des jeunes.

[11][12] Principales sources utilisées : Somme théologique ; encyclique Vix Pervenit de Benoît XIV ; commentaires du R.P. Spicq. Cardinal Grousset, Théologie morale,t. 1, p. 391, édit. Lecoffre.

[12][13] Cardinal Grousset, Théologie morale,t. 1, p. 391, édit. Lecoffre.

[13][14] Ibid. p. 393.

[14][15] Définition de I’usure par le pape Léon X et par le cinquième concile du Latran (1512-1517).

[15][16] Catéchisme de St Pie X.

[16][17] Saint Thomas, Somme théologique, IIa,IIae, qu. 78 art. 2.

[17][18] P. Spicq, Renseignements techniques, accompagnant la traduction de la Somme Théologique, la Justice,tome troisième, p. 462, édit. de la Revue des jeunes.

[18][19] R.P. Spicq, ibid, p. 466.

[19][20] R.P. Denis Fahey, the Mystical Body of Christ and the Reorganisation of Society, p. 64. Sur ce sujet, voir aussi René de La Tour du Pin, Vers un ordre social chrétien, chap. II, paragraphe « Du capitalisme ».

[20][21] R.P. Denis Fahey, ibid, p. 102.

[21][22] R.P. Thomas Pègues, Commentaire de la Somme théoologique, T. XI, p.600. C’est par ces remarques que le père Pègues conclut ses commentaires sur la question 78, « Du péché de l’usure dans les prêts » de la IIa IIae de la Somme théologique.

dimanche, 15 novembre 2009

« L’impiété et l’injustice ne sont pas une forme de gouvernement »

« L’impiété et l’injustice ne sont pas une forme de gouvernement »[1]

                                                                                                                                 Mgr Gay

 

« Le suffrage universel est un mensonge universel »[2]

                                                                                                                      Pie IX

 

 

Introduction

 

A la veille de la désignation d’un nouveau président, notre pays vie au rythme des sondages, des discours, et des meetings, il gaspille son potentiel dans une nouvelle manche de la guerre des partis. Chacun escompte de bons résultats pour son parti, on pronostique déjà le vainqueur et les vaincus. Le rythme des élections remplace le rythme des saisons.

Dans ces quelques lignes nous souhaiterions analyser un peu en profondeur la bataille électorale en cours, en nous basant sur une phrase de Mgr Gay résumant la pensée politique du Cardinal Pie.

 

Mgr Gay rapporte que « …par ses préférences personnelles, appuyées sur de longues études, une science profonde et de très graves raisons notre cher Cardinal [le Cardinal Pie] était légitimiste… »[3]. Cependant, l’illustre successeur des apôtres savait, bien entendu, qu’un évêque, à la suite de l’Eglise, ne doit pas préférer, publiquement, une forme de gouvernement plutôt qu’une autre. Aussi, résumant et, justifiant l’attitude du Cardinal vis-à-vis des différentes institutions qui se sont succédées en France à cette époque, Mgr Gay a ces mots lapidaires : « L’impiété et l’injustice ne sont pas une forme de gouvernement ». Prononcés à la fin du XIX ème siècle, en observant la marche des institutions, ces quelques mots vont nous aider à comprendre la vraie nature du suffrage universel.

 

Les mauvaises tendances que visaient le cardinal et son secrétaire, se sont accentuées, confirmées. Aujourd’hui, ils pourraient être plus précis encore. Ils nous diraient que les hommes au pouvoir ne gouvernent pas mais qu’ils manipulent. Ils nous diraient que nous ne sommes pas soumis à un gouvernement mais à une manipulation, et que cette manipulation se trouve constituée « d’impiété et d’injustice ».

 

 

A- Election et manipulation

 

Il y a toujours eu un lien étroit entre élection[4] et manipulation :

 

-                          L’historiographie officielle place la cause de la plupart des évènements politiques survenus depuis 1789 dans une espèce de spontanéité populaire. Ceci est bien évidemment une imposture. Ces événements ne peuvent s’expliquer sans la pré-existence de structures officieuses qui les organisent, ou les exploitent.[5] Depuis la Révolution, ces structures : loges, salons, et autres sociétés de pensée, sont le véritable laboratoire au sein duquel s’élabore l’essentiel de la vie publique du pays.

 

-                          Il est d’une évidence solaire que les médias ont un impact majeure sur les élections, la majorité de la population vit sous perfusion de la télévision et des grands quotidiens. Il est non moins patent que les dits médias relayent et vulgarisent servilement les orientations prises par les sociétés de pensée. Monseigneur de Ségur dit bien que « La presse est le grand levier de la Révolution »[6]. « Peu de cerveaux échappent… à ce gavage visant clairement à fixer d’étroite limites au choix des électeurs »[7]

 

-                          En plus des médias, toutes les structures de la société comme les écoles, les collectivités locales, les associations, les syndicats, et aujourd’hui les églises sont autant de relais du même pouvoir, chargés d’éduquer et de soumettre le peuple au joug des idées et comportements « corrects ». La population d’individus ainsi ‘formée’ -déformée- constitue la base énervée, inintelligente et disciplinée du système électoral : l’électorat.

 

-                          Le meilleur révélateur de l’asservissement total des esprits se trouve à notre avis dans les clivages et les oppositions qui en résultent sur le plan social.

Entre les victimes de la pensée unique et les défenseurs de la vérité, les discussions sur des sujets comme la Révolution, Pétain, la colonisation, Vatican II… font naître instantanément des inimitiés plus profondes que celles qui existaient entre français et allemands en 1914, même si ces inimitiés ne s’incarnent plus dans des territoires et ne se matérialisent plus par des luttes à mains armées.

 

-                          Même en temps normal ‘le peuple’ est facile à tromper, à manipuler, il s’agit la d’un fait historique dont ont déjà profité les pharisiens pour que les juifs préfèrent Barabbas à Jésus. C’est pour cela que sous l’ancien régime les menteurs et les financiers qui nous manipulent étaient envoyés à Montfaucon. Aujourd’hui l’élection est taillée sur mesure par ceux qui exploitent le vice et le mensonge. La grande majorité de la population, victime de la législation, étant complètement déchristianisée se trouve d’autant plus facile à manipuler.

 

 

B- La manipulation ne constitue pas seulement ‘un pouvoir’, mais ‘le pouvoir’.

 

Du fait de la conception élevée qu’ils ont des choses, les bons ont du mal à discerner un gouvernement et une autorité là où ils trouvent : finance, loges, médias… Mais c’est précisément par le bas que ces éléments agissent et constitue un pouvoir. La force de ce pouvoir là est proportionnée à l’obscurité dont il s’entoure. Obscurité dont l’élection fait partie. Pouvoir qui constitue de nos jours une tyrannie. Tyrannie de la pensée unique, de l’histoire faussée, de l’enseignement dévoyé, de la haine persistante contre Notre Seigneur Jésus Christ lumière du monde.

Que l’on ne s’imagine pas que le ‘travail’ de manipulation a lieu juste avant l’élection afin d’en obtenir le résultat souhaité. Non, car alors il s’agirait d’une simple magouille, d’un bidouillage électoral, or ce qui existe avant l’élection, est beaucoup plus qu’une magouille, c’est un pouvoir politique bien établi. Les structures qui manipulent, se maintiennent, orientent, décident, gouvernent, et constituent donc le pouvoir, bien avant, et bien au dessus de l’élection dont ils contrôlent tous les éléments. L’élection n’influe pas sur ce pouvoir, c’est ce pouvoir qui produit l’élection comme une partie ou une étape de sa manipulation, étape dont nous verrons l’intérêt plus loin.

Si l’on observe l’histoire, on peut même affirmer avec certitude que l’élection n’est aucunement la partie la plus importante de la manipulation. La plus bruyante, sans doute. La plus importante, non.

Pour les ennemis de l’Eglise, du bien commun, le plus important c’est le bon déroulement de ‘l’impiété et de l’injustice’, car c’est cela qui constitue leur pouvoir, le reste suit naturellement. L’élection, sa prétendue bataille, ses prétendus résultats, sont entre les mains de ceux qui pratiquent, qui répandent, qui exploitent et qui se soutiennent au moyen de l’impiété, du vice, du mensonge…

Autrefois un bon chef d’état faisait son devoir et fortifiait son gouvernement en rendant hommage à Dieu et en soutenant l’Eglise catholique, aujourd’hui les mauvais soutiennent leur manipulation en rendant un culte à l’impiété, à l’injustice et au vice. L’élection n’est qu’une partie de ce culte, rien de plus.

Ne peuvent gagner une élection que ceux qui gouvernent déjà, et qui gouvernent par l’impiété et l’injustice.

 

C- Remarques historiques attestant cet état de fait.

 

1- Ce qui a fait de la Révolution un pouvoir politique, c’est le coup d’état, et non l’élection ni le choix populaire. Pas un historien sérieux ne peut affirmer que les révolutionnaires se sont établis au pouvoir par élection, que ce soit les révolutionnaires de 1789, de 1799, de 1830, de 1848, de France, de Naples, de Parme ou d’ailleurs. Affirmer cela relève des nombreux livres de contes et légendes – plus connus sous le nom de ‘livres d’histoire’ - qui circulent dans les établissements scolaires.

 

2- Il est parfaitement admis, même dans les milieux universitaires les plus officiels, que les français de 1830 jusqu’à une époque récente étaient en grande majorité catholiques. Majorité même écrasante pour ce qui est de la période allant de 1871 à 1914, période qui a vu s’établir l’essentiel de la législation anti-catholique. « En 1871…La France compte alors 35 millions de catholiques, 600 000 protestants, 50 000 israélites et 80 000 libres penseurs. » [8]. Comment expliquer alors que les centaines d’élections ‘démocratiques’ qui ont eu lieu sur cette période aient produit de manière constante un gouvernement anti-catholique ? Comment expliquer qu’au suffrage universel, une démocratie comportant 95% de catholiques produise un gouvernement et une législation à 100% anti-catholiques ? Il y a la un problème politique que l’arithmétique électorale ne peut pas résoudre, et qui démontre que l’élection est une illusion sur le plan politique.

 

3- A une date récente, dans son livre l’indispensable Sénat le Sénateur Jean Cluzel reconnaît naïvement que le rôle fixé au Sénat, à une époque où les sénateurs étaient désigné par le gouvernement, était de se protéger contre les excès de la représentation populaire qui avait été établie. « …instituer une représentation tout en s’en protégeant »[9]. Dans le même ordre d’idée, on notera que sous la troisième république les maires étaient désignés par le président. Nous retrouvons différentes garanties posées par ce pouvoir qui n’a jamais entendu laisser un quelconque rôle politique réel aux élections

 

4- A bien des occasions ce sont les Francs-maçons et révolutionnaires eux-mêmes qui se sont opposés à ce qu’aient lieu des élections, à ce que soit instauré le suffrage universelle et même censitaire.

-                          En 1799 ce sont les révolutionnaires qui ont fait appel à Napoléon et qui ont abandonné la république pour l’empire.[10]

-                          En 1830 ce sont les Francs-maçons qui ont ‘doublé’ quelques braves républicains essayant d’instaurer la république à l’Hôtel de Ville de Paris. Ils ont préféré la monarchie d’un Louis Philippe.[11]

-                          En 1851 ce sont toujours les mêmes qui choisissent le carbonaro Louis Napoléon au détriment de la deuxième république.

-                          Contrairement à ce que l’on a tendance à croire, dans les décennies qui ont suivi 1830, ce sont les légitimistes qui militaient pour le suffrage universel et les révolutionnaires pour le suffrage censitaire.[12]

-                          - En 1871 on trouve les mots suivants sur les lèvres de Gambetta « Je persiste plus que jamais à considérer les élections générales comme étant néfastes à la République. Je me refuse à les accepter, à y faire procéder »[13]

 

Pourquoi ? Pourquoi les révolutionnaires eux-mêmes ont-ils à ces périodes choisi la monarchie plutôt que la république ? Le suffrage censitaire plutôt que le suffrage universel ?

Parce que la manipulation doit être établie, en temps que pouvoir, avant l’élection. Hors, à ces périodes, les conditions n’étant pas réunies pour que la manipulation puisse fonctionner, établir une institution reposant sur l’élection revenait pour ces révolutionnaires à établir un système qu’ils n’étaient pas encore en mesure de contrôler, et qui risquait même de leur faire perdre le gouvernement.[14]

Ils ne disposaient pas alors de la presse. Les structures administratives n’étaient pas encore bien établies. Ils n’avaient pas encore dans leurs rangs suffisamment de compétences pour administrer un pays. Le peuple était encore fermé au combat d’opinion. Les élites encore sur la lancée de l’opposition frontale à la république à l’exemple de leur pères morts pour Dieu et le Roi au milieu des bocages vendéens, bretons et autres. Les autorités religieuses étaient peut soucieuses de ralliement !

 

En 1871 ils ont du subir ce suffrage qu’ils craignaient car c’est Bismarck qui l’exigeait. Ce suffrage qui produisit une chambre comprenant 400 députés royalistes ! Ces députés se laissèrent manipuler par les belles promesses des éléments révolutionnaires de l’assemblée. Ces éléments trompant, corrompant tant et plus, réussirent dans les décennies qui suivirent 1871, à établir cette manipulation qui leur permit dans une France comptant 95 % de catholiques de prendre le gouvernement, de s’y maintenir, et d’y promulguer une législation à 100% anti-catholique !

Dans une France comptant 95 % de catholiques !

Dans un pays ou le gouvernement était censé être désigné au suffrage universelle, quelques milliers de Francs-Maçons ont imposé progressivement leur tyrannie à 35 000 000 de catholiques ! l’élection est bien une illusion politique !

 

En vérité, les révolutionnaires connaissent mieux que nous le rôle second de l’élection. Mis à part lors des fièvres débutantes et idéalistes de la première période révolutionnaires, ils n’ont jamais espéré ‘gagner’ une élection. Ils savent mieux que les catholiques ce que Mgr Delassus disait en 1904 « Toujours et partout la raison humaine a pensé et dit que l’autorité appartient à la cause….»[15], et le peuple ne peut pas être une cause politique. Ce n’est pas seulement mauvais, c’est impossible. Le peuple pris dans un sens électoral, dans le sens d’un corps supposé choisir un gouvernant, n’existe pas, ce n’est qu’un mot vide de réalité, une vue de l’esprit.

Les protestants, les philosophes, les démocrates, ont toujours le mot de peuple plein la bouche, mais il s’agit, sous des dehors séduisants, d’un mensonge. Ce souci du peuple est « encore un masque qu’il faut arracher à la Révolution »[16]. Le peuple est fait pour être gouverné et ils le manipulent avec mépris. La tyrannie de l’impiété et de l’injustice n’a jamais fait le bonheur du peuple dans ce monde, et encore moins dans l’autre.

 

La question qui se pose alors est la suivante : Si l’élection n’a pas le rôle politique que les gens de bien lui prête, celui de désigner une autorité politique, pourquoi les révolutionnaires l’ont-ils établis ?

 

 

D- Raisons de l’élection.

 

La vertu essentielle au suffrage universel qui l’a fait tant chérir par les franc maçons de tous les temps et de tous les lieux, est d’entretenir l’obscurité autour de leur manipulation, de tromper profondément les gens sur leur véritable action :

 

- Tromper les révolutionnaires ‘honnêtes’ de base, se trouvant dans ce camp pour des raisons parfois louables. « Si la Révolution se montrait telle qu’elle est, elle épouvanterait toutes les honnêtes gens. Elle se cache sous des noms respectés ». Mgr de Ségur.[17]

 

- Tromper ceux qui réagissent, pour une raison ou pour une autre, les catholiques surtout, mais aussi les simples mécontents… En leur faisant adopter un mode d’action qui est en fait une voie de garage.

Un des aspects fondamentaux de la subversion de nos adversaires consiste à prévoir et à noyauter les réactions qui se forment toujours contre les étapes de leur action subversive. On peut même constater que, bien souvent, cette prévision et ce noyautage interviennent avant que la dite étape ne soit entamée.

A ce niveau, l’élection est un chef d’œuvre. Avec ce système en place, le noyautage, la canalisation, ou contrôle des réactions, est automatique, instantané, en un mot institutionnalisé.

Et il faut reconnaître que le système a bien marché, et continue de le faire.

Quelle misère de voir tant de catholiques antimodernistes, antilibéraux, antirévolutionnaires, antirépublicains même, s’approvisionner aux arsenaux de la révolution pour tout ce qui est de l’action pratique !

Ces catholiques condamnent avec vigueur, courage et persévérance bien des erreurs modernes, mais, s’agit-il de poursuivre l’effort dans la pratique, alors ils adoptent et utilisent avec non moins d’énergie et de courage l’arme que leur suggèrent les Francs-maçons : ce suffrage universel, produit le plus certain des erreurs qu’ils ont farouchement combattues en théorie. Ils épuisent leurs forces et progressivement leurs idées en prenant comme réalité politique incontournable ce qui n’est qu’illusion masquant le vrai pouvoir : l’impiété et l’injustice.

 

Conclusion

 

Monstrueux, diront certains ? Et bien oui c’est monstrueux, autant que celui qui en a la paternité et que nous désigne Don Félix Sarda Y Salvany « Mais de toutes les raisons qui doivent tenir le catholique de notre temps en garde contre les gouvernements de forme populaire, la plus forte doit être l’empressement que la franc-maçonnerie a mis toujours et partout à les établir. Avec une intuition merveilleuse, l’enfer a reconnu que ces systèmes de gouvernement étaient les meilleurs conducteurs de son électricité, et qu’aucune autre ne pouvait mieux le servir à souhait ».[18]

 

Est-il possible que des choses quotidiennes, paraissant aussi réelles, soient en réalité aussi fausses ? Oui, aussi fausses que le père du mensonge. Pie IX ne disait-il pas que « le suffrage universel est un mensonge universel ». Monseigneur de Ségur ne disait-il pas que « Le principal caractère des attaques de la Révolution contre l’Eglise, c’est l’audace dans le mensonge » ![19]

 

Ce qu’il faut, c’est empêcher nos ennemis de manipuler en mettant en lumière leur fourberie, en dénonçant le mensonge que constitue l’élection. « La lumière lui enlève (à la Révolution) je ne dis pas tout ce qu’il y a de religieux, mais d’honnête parmi les hommes. »[20]

 

Ce qu’il faut c’est poursuivre en politique pratique l’effort contre-révolutionnaire fait dans le domaine théorique ou religieux, et il faut le faire, pour le moment, en retrouvant les vrais principes concernant l’action politique, l’autorité…

 

Cela participe à la bataille inférieure de Jean Vaquié. Cela nous permettra d’être formés et de pouvoir batailler de manière structurée le jour où Dieu nous en donnera l’occasion.[21]



[1] Mgr Gay in La Royauté Sociale de Notre Seigneur Jésus Christ d’après le Cardinal Pie, Théotime de Saint Just, éditions Sainte Jeanne d’Arc et de Chiré, Villegenon, 1988, page 146.

[2] Pie IX, ?????????????????????????

[3] Mgr Gay op. cit. page 146.

[4] Dans cet article nous désignons par élection celle qui se pratique dans le cadre du suffrage universelle.

[5] Se reporter sur ce sujet à des auteurs comme Barruel, Mgr Delassus, Crétineau Joly, Augustin Cochin, les encycliques des Papes sur la Franc Maçonnerie etc…

[6] Mgr de Ségur, La Révolution expliquée au jeunes gens, éditions du Trident, 2003, Paris, page 51.

[7] Pierre Romain, revue Lectures Française, N° 597, janvier 2007, page 1.

[8] Brigitte Basdevent-Gaudemet, Le jeu concordataire dans la France du XIXI siècle, P.U.F., 1988, in Légitimisme et Papauté, Adrien Loubier, éditions Sainte Jeanne d’Arc, Villegenon, 2006.

[9] Jean Cluzel, l’indispensable Sénat, Economica, Paris, 1998, page 241.

[10] A ce sujet lire Mgr Delassus, Beau de Loménie, Jacques Bainville, Jean Tulard…

[11] Michel Bernard Cartron, La deuxième révolution française, Artena, Clamecy, 2005.

[12] Stéphane Rials, agrégé des facultés de droit, Révolution et Contre-Révolution au XIX siècle, éditions D.U.C./Albatros, Paris 1987.

[13] Mgr Delassus, La conjuration antichrétienne, éditions pamphiliennes, Strasbourg, page 136.

[14] A ce niveau le traumatisme qui incitèrent les révolutionnaires à établir l’empire entre 1799 et 1804 est particulièrement révélateur.

[15] Mgr Delassus, Le problème de l’heure présente, Desclée, de Brouwer et Cie, Lille, 1904, page 151.

[16] Mgr de Ségur, op. cit. page 91.

[17] Mgr de Ségur, op. cit. page 49

[18] Don Felix Sarda y Salvany, Le libéralisme est un péché, éditions nouvelle aurore, Paris, 1975, page 56.

[19] Mgr de Ségur, op. cit. page 29. On remarquera la précision, la profondeur, l’actualité de ces paroles pontificales, épiscopales ou autres. En posant ou clarifiant les principes, elles dissipent le doute que suscitent bien des idées et des comportements, surtout actuels.

[20] Mgr de Ségur, op. cit. page 47

[21] A ce sujet il faut remarquer que nombreux sont les traumatismes qui ont secoué notre pays depuis 220 ans, plusieurs fois les Francs maçons ont perdu les ‘pédales’, plusieurs fois ils se sont même débarrassés du pouvoir comme en 1940 avec Weygand et Pétain. Les catholiques, largement majoritaires, auraient pu bousculer les choses bien des fois. Ils l’ont fait en 1814 car ils avaient la seule doctrine d’action capable de faire leur unité : la reconnaissance de l’aîné des Bourbons, car l’autorité s’incarne toujours dans une personne. Ils ne l’ont pas refait depuis 1814 car ils ont abandonné ces principes qui avaient fait leur histoire. Dieu les a privés des lumières nécessaires pour cela car ces catholiques n’ont pas accepté le moyen de les obtenir : la consécration de la France au Sacré Cœur : La pierre angulaire n’a pas été posée !

vendredi, 13 novembre 2009

Les devoirs des sujets envers le Prince, établis par la doctrine précédente

 

 

 

ARTICLE I : Du service qu’on doit au prince.

 

 

PREMIERE PROPOSITION. On doit au prince les mêmes services qu’à sa patrie.

 

Personne n’en peut douter, après que nous avons vu que tout l’Etat est en la personne du prince. En lui est la puissance, en lui est la volonté de tout le peuple ; à lui seul appartient de faire tout conspirer au bien public. Il faut faire concourir ensemble le service qu’on doit au prince et celui qu’on doit à l’Etat, comme choses inséparables.

 

 

DEUXIEME PROPOSITION. Il faut servir l’Etat comme le prince l’entend.

 

Car nous avons vu qu’en lui réside la raison qui conduit l’Etat.

Ceux qui pensent servir l’Etat autrement qu’en servant le prince, et en lui obéissant, s’attribuent une partie de l’autorité royale ; ils troublent la paix publique, et le concours de tous les membres avec le chef.

Tels étaient les enfants de Sarvia, qui, par un faux zèle, voulaient ceux à qui David avait pardonné. « Qu’y a-t-il entre vous et moi, enfants de Sarvia ? vous m’êtes aujourd’hui un satan102. »

Le prince voit de plus loin et de plus haut : on doit croire qu’il voit mieux ; et il faut obéir sans murmure, puisque le murmure est une disposition à la sédition.

Le prince sait tout le secret et toute la suite des affaires : manquer d’un moment à ses ordres, c’est mettre tout au hasard. « David dit à Amasa : Assemblez l’armée dans trois jours, et rendez-vous près de moi en même temps. Amasa alla donc assembler l’armée, et demeura plus que le roi n’avait ordonné. Et David dit à Abisaï : Séba nous fera plus de mal qu’Absalon ; allez vite, avec des gens qui sont près de ma personne, et poursuivez-le sans relâche103. »

Amasa n’avait pas compris que l’obéissance consiste dans la ponctualité. […]

 

 

ARTICLE II : De l’obéissance due au prince.

 

 

PREMIERE PROPOSITION. Les sujets doivent au prince une entière obéissance.

 

Si le prince n’est ponctuellement obéi, l’ordre public est renversé, et il n’y a plus d’unité, par conséquent plus de concours ni de paix dans un Etat.

C’est pourquoi nous avons vu que quiconque désobéit à la puissance publique est jugé digne de mort. « Qui sera orgueilleux et refusera d’obéir à la puissance du pontife, et à l’ordonnance du juge, il mourra, et vous ôterez le mal du milieu d’Israël104. »

C’est pour empêcher ce désordre que Dieu a ordonné les puissances ; et nous avons ouï saint Paul dire en son nom105 « que toute âme soit soumise aux puissances supérieures, car toute puissance est de Dieu : il n’y en a point que Dieu n’ait ordonnée. Ainsi, qui résiste à la puissance résiste à l’ordre de Dieu. »

« Avertissez-les d’être soumis aux princes et aux puissances, de leur obéir ponctuellement, d’être prêts à toute bonne oeuvre106. »

Dieu a fait les rois et les princes ses lieutenants sur la terre, afin de rendre leur autorité sacrée et inviolable. C’est ce qui fait dire au même saint Paul qu’ils sont « ministres de Dieu107 : » conformément à ce qui est dit dans le livre de la sagesse108, que « les princes sont ministres de son royaume. »

De là saint Paul conclut109 « qu’on leur doit obéir par nécessité, non seulement par la crainte de la colère, mais encore par l’obligation de la conscience. »

Saint Pierre a dit aussi110 : « Soyez soumis pour l’amour de Dieu à l’ordre qui est établi parmi les hommes. Soyez soumis au roi, comme à celui qui a la puissance suprême ; et aux gouverneurs, comme étant envoyés de lui, parce que c’est la volonté de Dieu. »

A cela se rapporte, comme nous avons déjà vu, ce que disent ces deux apôtres, « que les serviteurs doivent obéir à leurs maîtres, quand même ils seraient durs et fâcheux111. Non à l’œil et pour plaire aux hommes, mais comme si c’était à Dieu112. »

Tout ce que nous avons vu pour montrer que la puissance des rois est sacrée, confirme la vérité de ce nous disons ici ; et il n’y a rien de mieux fondé sur la parole de Dieu que l’obéissance qui est due, par principe de religion et de conscience, aux puissances légitimes.

Au reste, quand Jésus-Christ dit au Juifs : « Rendez à César ce qui est dû à César113, » il n’examina pas comment était établie la puissance des Césars : c’était assez qu’il les trouvât établis et régnants : il voulait qu’on respectât dans leur autorité l’ordre de Dieu et le fondement du repos public.

 

 

DEUXIEME PROPOSITION. Il n’y a qu’une exception à l’obéissance qu’on doit au prince, c’est quand il commande contre Dieu.

 

La subordination le demande ainsi : « Obéissez au roi, comme à celui à qui appartient l’autorité suprême : et au gouverneur comme à celui qu’il vous envoie114. » Et encore : « Il y a divers degrés : l’un au dessus de l’autre : le puissant a un plus puissant qui lui commande, et le roi commande à tous les sujets115. »

L’obéissance est due à chacun selon son degré, et il ne faut point obéir au gouverneur, au préjudice des ordres du prince.

Au-dessus de tous les empires est l’empire de Dieu. C’est à vrai dire le seul empire absolument souverain, dont tous les autres relèvent ; et c’est de lui que viennent toutes les puissances.

Comme on doit obéir au gouverneur, si, dans les ordres qu’il donne, il ne paraît rien de contraire aux ordres du roi, ainsi doit-on obéir aux ordres du roi, s’il n’y paraît rien de contraire aux ordres de Dieu.

Mais, par la même raison, comme on ne doit pas obéir aux ordres du gouverneur, contre les ordres du roi, on doit encore moins obéir au roi contre les ordres de Dieu.

C’est alors qu’a lieu seulement cette réponse que les apôtres font aux magistrats116 : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. » […]

 

 

CINQUIEME PROPOSITION. L’impiété déclarée, et même la persécution, n’exemptent pas les sujets de l’obéissance qu’ils doivent aux princes.

 

Le caractère royal est saint et sacré, même dans les princes infidèles ; et nous avons vu que Cyrus est appelé par Isaïe « l’oint du Seigneur117. »

Nabuchodonosor était impie et orgueilleux jusqu’à vouloir s’égaler à Dieu, et jusqu’à faire mourir ceux qui refusaient un culte sacrilège ; et néanmoins Daniel lui dit ces mots : « Vous êtes le roi des rois : et le Dieu du ciel vous a donné le royaume, et la puissance, et l’empire, et la gloire118. »

C’est pourquoi le peuple de Dieu priait pour la vie de Nabuchodonosor, de Balthazar119, et d’Assuérus120.

Achab et Jésabel avaient fait mourir tous les prophètes du Seigneur. Elie s’en plaint à Dieu121 ; mais il demeure toujours dans l’obéissance.

Les prophètes, durant ce temps, font des prodiges étonnants pour défendre le roi et le royaume122.

Elisée en fit autant sous Joram, fils d’Achab123, aussi impie que son père.

Rien n’a jamais égalé l’impiété de Manassès qui pécha et fit pécher Juda contre Dieu, dont il tâcha d’abolir le culte, persécutant les fidèles serviteurs de Dieu, et faisant regorger Jérusalem de leur sang124.

Et cependant Isaïe, et les saints prophètes qui le reprenaient de ses crimes, jamais n’ont excité contre lui le moindre tumulte.

Cette doctrine s’est continuée dans la religion chrétienne.

C’était sous Tibère, non seulement infidèle, mais encore méchant, que Notre-Seigneur dit aux Juifs : « Rendez à César ce qui est à César125. »

Saint Paul appelle à César126, et reconnaît sa puissance.

Il fait prier pour les empereurs127, quoique l’empereur qui régnait du temps de cette ordonnance fut Néron, le plus impie et le plus méchant de tous les hommes.

Il donne pour but à cette prière la tranquillité publique, parce qu’elle demande qu’on vive en paix, même sous les princes méchants et persécuteurs.

Saint Pierre et lui commandent aux fidèles d’être soumis aux puissances128. Nous avons vu leurs paroles, et nous avons vu alors quelles étaient les puissances dans lesquelles ces deux saints apôtres faisaient respecter aux fidèles l’ordre de Dieu.

En conséquence de cette doctrine apostolique, les premiers chrétiens, quoique persécutés durant trois cents ans, n’ont jamais causé le moindre mouvement dans l’empire. Nous avons appris leurs sentiments par Tertullien, et nous les voyons dans toute la suite de l’histoire ecclésiastique.

Ils continuaient à prier pour les empereurs, même au milieu des supplices auxquels ils les condamnaient injustement. « Courage, dit Tertullien129, arrachez, ô bons juges ! arrachez aux chrétiens une âme qui répand des vœux pour l’empereur. »

Constance, fils de Constantin le Grand, quoique protecteur des ariens, et persécuteur de la foi de Nicée, trouva dans l’Eglise une fidélité inviolable.

Julien l’Apostat, son successeur, qui rétablit le paganisme condamné par ses prédécesseurs, n’en trouva pas les chrétiens moins fidèles ni moins zélés pour son service : tant ils savaient distinguer l’impiété du prince d’avec le sacré caractère de la majesté souveraine.

Tant d’empereurs hérétiques qui vinrent depuis, un Valens, une Justine, un Zénon, un Basilisque, un Anastase, un Héraclius, un Constant ; quoiqu’ils chassassent de leur siège les évêques orthodoxes, et même les papes, et qu’ils remplissent l’Eglise de carnage et de sang, ne virent jamais leur autorité attaquée ou affaiblie par les catholiques. […]

 

Bossuet

 

 

 

REFERENCES

 

1Deut., VI, 4 , 5. - 2Marc., XII, 29, 30, 31. - 3Matth, XXII, 40. - 4I.Cor., VIII, 4, 5, 6. - 5Gen., I, 26, 27. - 6Gen, IX, 5, 6. - 7Deut., XVII, 15, 20. - 8Genes., VI. - 9Genes., IX, 5. - 10Luc., X, 31, 32, etc. - 11Luc, 36, 37. - 12Rom., XI, 4, 5, 6. - 13Cor., XIII, 14 et seq. - 14Eccli., XLII, 24, 25. - 15Gen., IV, 8. - 16Gen., VI, 2. - 17Gen., 4. - 18Gen., 5, 6, 8. - 19Is., V, 8. - 20Gen., IV, 9. - 21Eccli., XII, 16. - 22Eccli., V, 9. - 23Is., V, 8. - 24Gen., IV, 4, 5. - 25Genes., IV, 8. - 26Genes., XXXVII, 16, 17, etc. - 27Genes., 4. - 28Genes., 20, 26, 27, 28. - 29Mich., 5, 6. - 30Mich., 2. - 31Osée, IV, 2. - 32Aug., de Civit. Dei, lib.XII cap.XXVII, tom.VII, col.325. - 33Gen., X. - 34Gen., 5. - 35Gen., XI, 9. - 36Gen., 8. - 37I.Cor., XIV.11. – 38Aug., de Civit. Dei, lib.XIX cap.VII, tom.VI, col.551.- 39Gen., X, 5. – 40Gen., XII, 2, 7. – 41Exod, III, 8, et alibi. – 42Num., XIV, 36, 37. – 43Num., 30, 31, 32. – 44Gen., XIII, 6, 7, 9. – 45Eccles., V, 7, 8. - 46Jud., XVII, 6. – 47Deut., XII, 8, 9. – 48I.Reg., XI, 7, et alibi. – 49I.Esdr., II, 64. – 50Num., XXVII, 16, 17. – 51Gen., I, 28 ; IX, 7. – 52Gen., I, 29. – 53Gen., XXIII, 4. – 54Deut., XXXI, 3, 7. – 55Jos., XII, XIV, etc. – 56Deut., X, 18 ; Ps., LXXXI, 3 et alibi. – 57I. Tim. II, 1, 2. - 58Num., XXVIII, 16, 17. – 59Num., 22, 23. – 60Jos., I, 17. – 61Jos., 9, 10, 11, 13, 15, 16. – 62II. Reg., II, 7. - 63Rom. XI, 14, 15. – 64Matth., XII, 25. – 65Eccles., IV, 15. – 66III. Reg., I, 47. – 67I. Par., XXIX, 1, 2. - 68Par., XVII, 17, 18. – 69Matth., XX, 30, 31, etc., XXI, 9. – 70Deut., XVII, 15. – 71Rom., XIII, 1, 2. - 72Rom., XIII, 1, 2. – 73Rom., 4. – 74II, Paral., XIII, 8. – 75I. Par., XXVIII, 5. – 76Par., XXIX, 23. – 77Eccli., XVII, 14, 15. – 78I. Reg., IX, 16 ; XVI, 3, etc. – 79Is., XLV, 1. - 80Eccle., VIII, 2, 3, 4, 6. – 81Rom., XIII, 3. – 82Par., XIX, 6. – 83Eccli., VIII, 17. - 84Ps., LXXXI, 6. – 85Ps., LXXXI, 1. – 86Greg., Tur., lib. VI. Hist. – 87Deut., XVII, 12. – 88Jos., I, 18. – 89II. Par., XIX, 6,7. – 90Rom., XIII, 4. – 91Ps., I, 8. – 92Hier. In Psal., L. – 93Ps., II, 10. - 94Ps., LXXVII, 70, 71, 72. – 95Prov., 3, 4, 5, 6. – 96Prov., VI. I. 15. – 97Prov., XVII, 2. – 98Eccli., X, 28. – 99Jos., I, 7, 8. – 100Aug., in Psal., CXLVIII, num. 2, tom. IV. – 101Eciles., III, 2. - 102II. Reg., XIX, 22. – 103Reg., XX, 4, 5, 6. – 104Deut., XVII, 12. – 105Rom., XIII, 1, 2. - 106Tit., III, 1. – 107Rom., XIII, 4. – 108Sap., VI, 6. – 109Rom., XIII, 5. – 110I. Petr., II, 12, 14, 15. – 111I. Petr., II, 18. – 112Ephes., VI, 5 ; Colos., III, 22, 23. – 113Matt., XXII, 21. – 114I. Petr., 13, 14. – 115Eccle., V, 7, 8. – 116Act., V, 29. – 117Is., XLV, 1. – 118Dan., II, 37. – 119Baruch., 11. – 120I. Esdr., VI, 10. – 121III. Reg., XIX, 10, 14. – 122Reg., XX. – 123IV, Reg., III, VI, VII. - 124IV, Reg., XXI, 2, 3, 16. – 125Matth., XXII, 24. – 126Act., XXV, 10, 11, etc. – 127I, Tim., II, 1, 2. – 128Rom., XIII, 5 ; I, Pet., II, 13, 14, 17, 18. – 129Tert., Apolog., n.30.

 

jeudi, 12 novembre 2009

IVe et dernier caractère de l'autorité royale

ARTICLE I : Que l’autorité royale est soumise à la raison.

PREMIERE PROPOSITION. Le gouvernement est un ouvrage de raison et d’intelligence.

« Maintenant, ô rois ! entendez ; soyez instruits, juges de la terre93. »

Tous les hommes sont faits pour entendre ; mais vous principalement sur qui tout un grand peuple se repose, qui devait être l’âme et l’intelligence d’un Etat, en qui se doit trouver la raison première de tous ses mouvements ; moins vous avez à rendre de raison aux autres, plus vous devez avoir de raison et d’intelligence en vous-même.

Le contraire d’agir par raison, c’est d’agir par passion ou par humeur. Agir par humeur, ainsi qu’agissait Saül contre David, ou poussé par sa jalousie, ou possédé par sa mélancolie noire, entraîne toutes sortes d’irrégularité, d’inconstance, d’inégalité, de bizarrerie, d’injustice, d’étourdissement dans la conduite.

N’eût-on qu’un cheval à gouverner, et des troupeaux à conduire, on ne le peut faire sans raison : combien plus en a-t-on besoin pour mener les hommes, et un troupeau raisonnable !

« Le Seigneur a pris David comme il menait les brebis, pour lui donner à conduire Jacob son serviteur, et Israël son héritage, et il les a conduits dans l’innocence de son cœur, d’une main habile et intelligente94. »

Tout se fait parmi les hommes par l’intelligence, et par le conseil. « Les maisons se bâtissent par la sagesse, et s’affermissent par la prudence. L’habileté remplit les greniers, et amasse les richesses. L’homme sage et courageux : l’homme habile est robuste et fort, parce que la guerre se fait par conduite et par industrie : et le salut se trouve où il y a beaucoup de conseils95. »

La sagesse dit elle-même : « C’est par moi que les rois règnent : par moi les législateurs prescrivent ce qui est juste96. »

Elle est tellement née pour commander, qu’elle donne l’empire à qui est né dans la servitude. « Le sage serviteur commandera aux enfants de la maison qui ne sont pas sages, et il fera leurs partages97. » Et encore : « Les personnes libres s’assujettiront à un serviteur sensé98. »

Dieu, en installant Josué, lui ordonne d’étudier la loi de Moïse, qui était la loi du royaume,  « afin, dit-il99, que vous entendiez tout ce que vous faites. » Et encore : « Alors vous conduirez vos desseins, et vous entendrez ce que vous faites. » […]

ARTICLE IV : Conséquences de la doctrine précédente : de la majesté, et de ses accompagnements.

PREMIERE PROPOSITION. Ce que c’est que la majesté.

Je n’appelle pas majesté cette pompe qui environne les rois, ou cet éclat extérieur qui éblouit le vulgaire. C’est le rejaillissement de la majesté, et non pas la majesté elle-même.

La majesté est l’image de la grandeur de Dieu dans le prince.

Dieu est infini, Dieu est tout. Le prince, en tant que prince, n’est pas regardé comme un homme particulier : c’est un personnage public, tout l’Etat est en lui ; la volonté de tout le peuple est renfermée dans la sienne. Comme en Dieu est réunie toute perfection et toute vertu, ainsi la puissance des particuliers est réunie en la personne du prince.

La puissance de Dieu se fait sentir en un instant de l’extrémité du monde à l’autre : la puissance royale agit en même temps dans tout le royaume. Elle tient tout le royaume en état, comme Dieu y tient tout le monde.

Que Dieu retire sa main, le monde retombera dans le néant : que l’autorité cesse dans le royaume, tout sera en confusion.

Considérez le prince dans son cabinet. De là partent les ordres qui font aller de concert les magistrats et les capitaines, les citoyens et les soldats, les provinces et les armées par mer et par terre. C’est l’image de Dieu qui, assis dans son trône au milieu des cieux, fait aller toute la nature.

« Quel mouvement se fait, dit saint Augustin100, au seul commandement de l’empereur ! il ne fait que remuer les lèvres, il n’y a point de plus léger mouvement, et tout l’empire se remue. C’est, dit-il, l’image de Dieu, qui fait tout par sa parole. Il a dit, et les choses ont été faites ; il a commandé, et elles ont été créées. »

On admire ses œuvres ; la nature est une matière de discourir aux curieux. « Dieu leur donne le monde à méditer ; mais ils ne découvriront jamais le secret de son ouvrage depuis le commencement jusqu’à la fin101. » On en voit quelque parcelle ; mais le fond est impénétrable. Ainsi est le secret du prince.

Les desseins du prince ne sont bien connus que par l’exécution. ainsi se manifestent les conseils de Dieu : jusque là, personne n’y entre que ceux que Dieu y admet.

Si la puissance de Dieu s’étend partout, la magnificence l’accompagne. il n’y a endroit de l’univers où il ne paraisse des marques éclatantes de sa bonté. Voyez l’ordre, voyez la justice, voyez la tranquillité dans tout le royaume : c’est l’effet naturel de l’autorité du prince.

Il n’y a rien de plus majestueux que la bonté répandue, et il n’y a point de plus grand avilissement de la majesté, que la misère du peuple causée par le prince. […]

 

Bossuet

mercredi, 11 novembre 2009

Suite des caractères de la Royauté

ARTICLE PREMIER : L’autorité royale est absolue.

Pour rendre ce terme odieux et insupportable, plusieurs affectent de confondre le gouvernement absolu et le gouvernement arbitraire. Mais il n’y a rien de plus distingué, ainsi que nous le ferons voir lorsque nous parlerons de la justice.

PREMIERE PROPOSITION. Le prince ne doit rendre compte à personne de ce qu’il ordonne.

« Observez les commandements qui sortent de la bouche du roi, et gardez le serment que vous lui avez prêté. Ne songez pas à échapper de devant sa face, et ne demeurez pas dans de mauvaises œuvres, parce qu’il fera tout ce qu’il voudra. La parole du roi est puissante ; et personne ne lui peut dire : Pourquoi faites-vous ainsi ? Qui obéit n’aura point de mal80. »

Sans cette autorité absolue, il ne peut ni faire le bien ni réprimer le mal : il faut que sa puissance soit telle, que personne ne puisse espérer de lui échapper : et enfin la seule défense des particuliers, contre la puissance publique, doit être leur innocence.

Cette doctrine est conforme à ce que dit saint Paul : « Voulez-vous ne craindre point la puissance ? Faites le bien81. »

DEUXIEME PROPOSITION. Quand le prince a jugé, il n’y a point d’autre jugement.

Les jugements souverains sont attribués à Dieu même. Quand Josaphat établit des juges pour juger le peuple : « Ce n’est pas, disait-il, au nom des hommes que vous jugez, mais au nom de Dieu82. »

C’est ce qui fait dire à l’Ecclésiastique : « Ne jugez point contre le juge83. » A plus forte raison contre le souverain juge, qui est le roi. Et la raison qu’il en apporte, « c’est qu’il juge selon la justice. »

Ce n’est pas qu’il y juge toujours, mais c’est qu’il est réputé y juger, et que personne n’a droit de juger, ni de revoir après lui.

Il faut donc obéir aux princes comme à la justice même, sans quoi il n’y a point d’ordre ni de fin dans les affaires.

Ils sont des dieux, et participent en quelque façon à l’indépendance divine. « J’ai dit : Vous êtes des dieux, et vous êtes tous enfants du Très-Haut84. »

Il n’y a que Dieu qui puisse juger de leurs jugements et de leurs personnes. « Dieu a pris sa séance dans l’assemblée des dieux ; et, assis au milieu, il juge les dieux85. »

C’est pour cela que saint Grégoire, évêque de Tours, disait au roi Chilpéric, dans un concile : « Nous vous parlons, mais vous nous écoutez si vous voulez. Si vous ne voulez pas, qui vous condamnera, sinon celui qui a dit qu’il était la justice même86 ? »

De là vient que celui qui ne veut pas obéir au prince n’est pas renvoyé à un autre tribunal : mais il est condamné irrémissiblement à mort comme les ennemis du repos public et de la société humaine. « Qui sera orgueilleux et ne voudra pas obéir au commandement du pontife, et à l’ordonnance du juge, il mourra et vous ôterez le mal du milieu de vous87. » Et encore : « Qui refusera d’obéir à tous vos ordres, qu’il meure88 : » C’est le peuple qui parle ainsi à Josué.

Le prince se peut redresser lui-même, quand il connaît qu’il a mal fait, mais contre son autorité, il ne peut y avoir de remède que dans son autorité.

C’est pourquoi il doit bien prendre garde à ce qu’il ordonne. « Prenez garde à ce que vous faites ; tout ce que vous jugerez retombera sur vous : ayez la crainte de Dieu ; faites tout avec grand soin89. »

C’est ainsi que Josaphat instruisait les juges à qui il confiait son autorité : combien y pensait-il quand il avait à juger lui-même !

TROISIEME PROPOSITION. Il n’y a point de force coactive contre le prince.

On appelle force coactive, une puissance pour craindre et exécuter ce qui est ordonné légitimement. Au prince seul appartient le commandement légitime ; à lui seul appartient aussi la force coactive.

C’est aussi pour cela que saint Paul ne donne le glaive qu’à lui seul. « Si vous ne faites pas bien, craignez : car ce n’est pas en vain qu’il a le glaive90. »

Il n’y a dans un Etat que le prince qui soit armé : autrement tout est en confusion, et l’Etat retombe en anarchie. […]

« Voici le droit du roi qui régnera sur vous, dit le Seigneur : Il prendra vos enfants, et les mettra à son service ; il se saisira de vos terres, et de ce que vous aurez de meilleur, pour le donner à ses serviteurs, » et le reste.

Est-ce qu’ils auront droit de faire tout cela licitement ? à Dieu ne plaise ! Car Dieu ne donne point de tels pouvoirs : mais ils auront droit de le faire impunément à l’égard de la justice humaine. C’est pourquoi David disait91 : J’ai péché contre vous seul ; ô Seigneur, ayez pitié de moi ! » « Parce qu’il est roi, dit saint Jérôme sur ce passage92, et n’avait que Dieu seul à craindre. » […]

Bossuet

vendredi, 06 novembre 2009

Où l'on commence à expliquer la nature et les propriétés de l'autorité royale

ARTICLE I : On en remarque les caractères essentiels.

UNIQUE PROPOSITION. Il y a quatre caractères ou qualités essentielles à l’autorité royale.

Premièrement, l’autorité royale est sacrée ;

Secondement, elle est paternelle ;

Troisièmement, elle est absolue ;

Quatrièmement, elle est soumise à la raison.

C’est ce qu’il fait établir par ordre, dans les articles suivants.

ARTICLE II : L’autorité royale est sacrée.

PREMIERE PROPOSITION. Dieu établit les rois comme ses ministres, et règne par eux sur les peuples.

Nous avons déjà vu que toute puissance vient de Dieu72.

« Le prince, ajoute saint Paul73, est ministre de Dieu pour le bien. Si vous faites mal, tremblez ; car ce n’est pas en vain qu’il a le glaive, et il est ministre de Dieu, vengeur des mauvaises actions. »

Les princes agissent donc comme ministres de Dieu, et ses lieutenants sur la terre. C’est par eux qu’il exerce son empire. « Pensez-vous pouvoir résister au royaume du Seigneur, qu’il possède par les enfants de David74 ? »

C’est pour cela que nous avons vu que le trône royal n’est pas le trône d’un homme, mais le trône de Dieu même. « Dieu a choisi mon fils Salomon pour le placer dans le trône où règne le Seigneur sur Israël75. » Et encore : « Salomon s’assit sur le trône du Seigneur76. »

Et afin qu’on ne croie pas que cela soit particulier aux Israélites, d’avoir des rois établis de Dieu, voici ce que dit l’Ecclésiastique : « Dieu donne à chaque peuple son gouverneur ; et Israël lui est manifestement réservé77. »

Il gouverne donc tous les peuples, et leur donne à tous leurs rois, quoiqu’il gouverne Israël d’une manière plus particulière et plus déclarée.

DEUXIEME PROPOSITION. La personne des rois est sacrée.

Il paraît de tout cela que la personne des rois est sacrée, et qu’attenter sur eux c’est un sacrilège.

Dieu les fait oindre par ses prophètes d’une onction sacrée78, comme il fait oindre les pontifes et ses autels.

Mais même sans l’application extérieure de cette onction, ils sont sacrés par leur charge, comme étant les représentants de la majesté divine, députés par sa providence à l’exécution de ses desseins. C’est ainsi que Dieu même appelle Cyrus mon oint. « Voici ce que dit le Seigneur à Cyrus mon oint, que j’ai pris par la main pour lui assujettir tous les peuples.79 » […]

TROISIEME PROPOSITION. On doit obéir au prince par principe de religion et de conscience.

[…] Quand même ils ne s’acquitteraient pas de ce devoir, il faut respecter en eux leur charge et leur ministère. « Obéissez à vos maîtres, non-seulement à ceux qui sont bons et modérés mais encore à ceux qui sont fâcheux et injustes. »

Il y a donc quelque chose de religieux dans le respect qu’on rend au prince. Le service de Dieu et le respect pour les rois sont choses unies ; et saint Pierre met ensemble ces deux devoirs : « Craignez Dieu, honorez le roi. »

Aussi Dieu a-t-il mi dans les princes quelque chose de divin. « J’ai dit : Vous êtes des dieux, et vous êtes tous enfants du Très-Haut. » C’est Dieu même que David fait parler ainsi.

De là vient que les serviteurs de Dieu jurent par le salut et la vie du roi, comme par une chose divine et sacrée. Urie parlant à David : « par votre salut et par la conservation de votre vie, je ne ferai point cette chose. »

Encore même que le roi soit infidèle, par la vue qu’on doit avoir de l’ordre de Dieu : « Par le salut de Pharaon, je ne vous ferai point sortir d’ici. »

Il faut écouter ici les premiers chrétiens, et Tertullien qui parle ainsi au nom de tous : « Nous jurons, non par les génies des césars, mais par leur vie et par leur salut, qui est plus auguste que tous les génies. Ne savez-vous pas que les génies sont des démons ? Mais nous, qui regardons dans les empereurs le choix et le jugement de Dieu, qui leur a donné le commandement de tous les peuples, nous respectons en eux ce que Dieu y a mis, et nous tenons cela à grand serment. »

Il ajoute : « Que dirai-je davantage de notre religion et de notre piété pour l’empereur, que nous devons respecter comme celui que notre Dieu a choisi : en sorte que je puis dire que César est plus à nous qu’à vous, parce que c’est notre Dieu qui l’a établi ? »

C’est donc l’esprit du christianisme de faire respecter les rois avec une espèce de religion, que le même Tertullien appelle très-bien, « la religion de la seconde majesté. »

Cette seconde majesté n’est qu’un écoulement de la première, c'est-à-dire de la divine, qui, pour le bien des choses humaines, a voulu faire rejaillir quelque partie de son éclat sur les rois. […]

ARTICLE III : L’autorité royale est paternelle, et son propre caractère c’est la bonté.

Après les choses qui ont été dites, cette vérité n’a plus besoin de preuves.

Nous avons vu que les rois tiennent la place de Dieu, qui est le vrai père du genre humain. Nous avons vu aussi que la première idée de puissance qui ait été parmi les hommes est celle de la puissance paternelle, et que l’on a fait les rois sur le modèle des pères.

Aussi tout le monde est-il d’accord, que l’obéissance qui est due à la puissance publique, ne se trouve, dans le Décalogue, que dans le précepte qui oblige à honorer ses parents.

Il paraît, par tout cela, que le nom de roi est un nom de père, et que la bonté est le caractère le plus naturel des rois.

Faisons néanmoins ici une réflexion particulière sur une vérité si importante. […]

 

Bossuet

mercredi, 04 novembre 2009

De l'autorité: que la royale et l'héréditaire est la plus propre au gouvernement

ARTICLE I : Par qui l’autorité a été exercée dès l’origine du monde.

[…] VII PROPOSITION. La monarchie est la forme de gouvernement la plus commune, la plus ancienne, et aussi la plus naturelle.

[…] A présent il n’y a point de république qui n’ait été autrefois soumise à des monarques. Les Suisses étaient sujets des princes de la maison d’Autriche. Les Provinces-Unies ne font que sortir de la domination d’Espagne, et de celle de la maison de Bourgogne. Les villes libres d’Allemagne avaient leurs seigneurs particuliers, outre l’Empereur, qui était le chef commun de tout le corps germanique. Les villes d’Italie qui se sont mises en république du temps de l’empereur Rodolphe ont acheté de lui leur liberté. Venise même, qui se vente d’être république dès son origine, était encore sujette aux empereurs sous le règne de Charlemagne, et longtemps après elle se forma depuis en Etat populaire, d’où est venue assez tard à l’état où nous la voyons.

Tout le monde donc commence par des monarchies ; et presque tout le monde s’y est conservé comme dans l’état le plus naturel.

Aussi avons-nous vu qu’il a son fondement et son modèle dans l’empire naturel, c'est-à-dire dans la nature même.

Les hommes naissent tous sujets : et l’empire paternel qui les accoutume à obéir, les accoutume en même temps à n’avoir qu’un chef.

HUITIEME PROPOSITION. Le gouvernement monarchique est le meilleur.

S’il est le plus naturel, il est par conséquent le plus durable, et de là aussi le plus fort.

C’est aussi le plus opposé à la division, qui est le mal le plus essentiel des Etats, et la cause la plus certaine de leur ruine, conformément à cette parole déjà rapportée : « Tout royaume divisé en lui-même sera désolé : toute ville ou toute famille divisée en elle-même ne subsistera pas63. »

Nous avons vu que Notre-Seigneur a suivi en cette sentence le progrès naturel du gouvernement, et semble avoir voulu marquer aux royaumes et aux villes le même moyen de s’unir que la nature a établi dans les familles.

En effet, il est naturel que quand les familles avaient à s’unir pour former un corps d’Etat, elles se rangent comme d’elles-mêmes au gouvernement qui leur est propre.

Quand on forme les Etats, on cherche à s’unir, et jamais on n’est plus uni que sous un seul chef. Jamais aussi on n’est plus fort, parce que tout va en concours. […]

DIXIEME PROPOSITION. La monarchie héréditaire a trois principaux avantages.

Trois raisons font voir que ce gouvernement est le meilleur.

La première, c’est qu’il est le plus naturel, et qu’il se perpétue de lui-même. Rien n’est plus durable qu’un état qui dure et se perpétue par les mêmes causes qui font durer l’univers, et qui perpétuent le genre humain.

David touche cette raison quand il parle ainsi 64: « Ç’a été peu pour vous, ô Seigneur ! de m’élever à la royauté : vous avez encore établi ma maison à l’avenir : et c’est là la loi d’Adam, ô Seigneur Dieu ! » c’est-à-dire, que c’est l’ordre naturel que le fils succède au père.

Les peuples s’y accoutument d’eux-mêmes. « J’ai vu tous les vivants suivre le second, tout jeune qu’il est (c'est-à-dire le fils du roi), qui doit occuper sa place6. »

Point de brigues, point de cabales dans un Etat pour se faire un roi : la nature en a fait un ; la mort disons-nous, saisit le vif, et le roi ne meurt jamais.

Le gouvernement est le meilleur, qui est le plus éloigné à l’anarchie. A une chose aussi nécessaire que le gouvernement parmi les hommes, il faut donner les principes les plus aisés, et l’ordre qui roule le mieux tout seul.

La seconde raison qui favorise ce gouvernement, c’est que c’est celui qui intéresse le plus à la conservation de l’Etat les puissances qui le conduisent. Le prince qui travaille pour son Etat, travaille pour ses enfants ; et l’amour qu’il a pour son royaume, confondu avec celui qu’il a pour sa famille, lui devient naturel.

Il est naturel et doux de ne montrer au prince d’autre successeur que son fils ; c'est-à-dire un autre lui-même, ou ce qu’il a de plus proche. Alors il voit sans envie passer son royaume en d’autres mains : et David entend avec joie cette acclamation de son peuple : « Que le nom de Salomon soit au-dessus de votre nom, et son trône au-dessus de votre trône66. »

Il ne faut point craindre ici les désordres causés dans un Etat par le chagrin d’un prince ou d’un magistrat, qui se fâche de travailler pour son successeur. David, empêché de bâtir le temple, ouvrage si glorieux et si nécessaire autant à la monarchie qu’à la religion, se réjouit de voir ce grand ouvrage réservé à son fils Salomon ; et il en fait les préparatifs avec autant de soin, que si lui-même devait en avoir l’honneur. « Le Seigneur a choisi mon fils Salomon pour faire ce grand ouvrage, de bâtir une maison, non aux hommes, mais à Dieu lui-même : et moi j’ai préparé de toutes mes forces tout ce qui est nécessaire à bâtir le temple de mon Dieu67. »

Il reçoit ici double joie : l’une, de préparer du moins au Seigneur son Dieu, l’édifice qu’il ne lui est pas permis de bâtir ; l’autre, de donner à son fils les moyens de le construire bientôt.

La troisième raison est tirée de la dignité des maisons où les royaumes sont héréditaires.

« Ç’a été peu pour vous, ô Seigneur ! de me faire roi : vous avez établi ma maison à l’avenir, et vous m’avez rendu illustre au-dessus de tous les hommes. Que peut ajouter David à tant de choses, lui que vous avez glorifié si hautement, et envers qui vous vous êtes montré si magnifique68 ? »

Cette dignité de la maison de David s’augmente à mesure qu’on en voyait naître les rois ; le trône de David et les princes de la maison de David devinrent l’objet le plus naturel de la vénération publique. Les peuples s’attachaient à cette maison ; et un des moyens dont Dieu se servit pour faire respecter le Messie, fut de l’en faire naître. On le réclamait avec amour sous le nom de fils de David69.

C’est ainsi que les peuples s’attachent aux maisons royales. La jalousie qu’on a naturellement contre ceux qu’on voit au-dessus de soi, se tourne ici en amour et en respect ; les grands mêmes obéissent sans répugnance à une maison qu’on a toujours vu maîtresse, et à laquelle on sait que nul autre maison ne peut jamais être égalée.

Il n’y a rien de plus fort pour éteindre les partialités, et tenir dans le devoir les égaux, que l’ambition et la jalousie rendent incompatibles entre eux.

ONZIEME PROPOSITION. C’est un nouvel avantage d’exclure les femmes de la succession.

Par les trois raisons alléguées, il est visible que les royaumes héréditaires sont les plus fermes. Au reste, le peuple de Dieu n’admettait pas à la succession le sexe qui est né pour obéir ; et la dignité des maisons régnantes ne paraissait pas assez soutenue par la personne d’une femme, qui après tout était obligée de se faire un maître en se mariant.

Où les filles succèdent, les royaumes ne sortent pas seulement des maisons régnantes, mais de toute la nation : or, il est bien plus convenable que le chef d’un Etat ne lui soit pas étranger : et c’est pourquoi Moïse avait établi cette loi : « vous ne pourrez pas établir sur vous un roi d’une autre nation, mais il faut qu’il soit votre frère70. »

Ainsi la France, où la succession est réglée selon ces maximes, peut se glorifier d’avoir la meilleure constitution d’Etat qui soit possible, et la plus conforme à celle que Dieu même à établie. Ce qui montre tout ensemble, et la sagesse de nos ancêtres, et la protection particulière de Dieu sur ce royaume.

DOUZIEME PROPOSITION. On doit s’attacher à la forme du gouvernement qu’on trouve établie dans son pays.

« Que toute âme soit soumise aux puissances supérieures ; car il n’y a point de puissance qui ne soit de Dieu ; et toutes celles qui sont, c’est Dieu qui les a établies ; ainsi, qui résiste à la puissance, résiste à l’ordre de Dieu71. »

Il n’y a aucune forme de gouvernement, ni aucun établissement humain qui n’ait ses inconvénients : de sorte qu’il faut demeurer dans l’état auquel un long temps a accoutumé le peuple. C’est pourquoi Dieu prend en sa protection tous les gouvernements légitimes, en quelque forme qu’ils soient établis : qui entreprend de les renverser n’est pas seulement ennemi public, mais encore ennemi de Dieu. […]

 

Bossuet