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vendredi, 13 novembre 2009

Les devoirs des sujets envers le Prince, établis par la doctrine précédente

 

 

 

ARTICLE I : Du service qu’on doit au prince.

 

 

PREMIERE PROPOSITION. On doit au prince les mêmes services qu’à sa patrie.

 

Personne n’en peut douter, après que nous avons vu que tout l’Etat est en la personne du prince. En lui est la puissance, en lui est la volonté de tout le peuple ; à lui seul appartient de faire tout conspirer au bien public. Il faut faire concourir ensemble le service qu’on doit au prince et celui qu’on doit à l’Etat, comme choses inséparables.

 

 

DEUXIEME PROPOSITION. Il faut servir l’Etat comme le prince l’entend.

 

Car nous avons vu qu’en lui réside la raison qui conduit l’Etat.

Ceux qui pensent servir l’Etat autrement qu’en servant le prince, et en lui obéissant, s’attribuent une partie de l’autorité royale ; ils troublent la paix publique, et le concours de tous les membres avec le chef.

Tels étaient les enfants de Sarvia, qui, par un faux zèle, voulaient ceux à qui David avait pardonné. « Qu’y a-t-il entre vous et moi, enfants de Sarvia ? vous m’êtes aujourd’hui un satan102. »

Le prince voit de plus loin et de plus haut : on doit croire qu’il voit mieux ; et il faut obéir sans murmure, puisque le murmure est une disposition à la sédition.

Le prince sait tout le secret et toute la suite des affaires : manquer d’un moment à ses ordres, c’est mettre tout au hasard. « David dit à Amasa : Assemblez l’armée dans trois jours, et rendez-vous près de moi en même temps. Amasa alla donc assembler l’armée, et demeura plus que le roi n’avait ordonné. Et David dit à Abisaï : Séba nous fera plus de mal qu’Absalon ; allez vite, avec des gens qui sont près de ma personne, et poursuivez-le sans relâche103. »

Amasa n’avait pas compris que l’obéissance consiste dans la ponctualité. […]

 

 

ARTICLE II : De l’obéissance due au prince.

 

 

PREMIERE PROPOSITION. Les sujets doivent au prince une entière obéissance.

 

Si le prince n’est ponctuellement obéi, l’ordre public est renversé, et il n’y a plus d’unité, par conséquent plus de concours ni de paix dans un Etat.

C’est pourquoi nous avons vu que quiconque désobéit à la puissance publique est jugé digne de mort. « Qui sera orgueilleux et refusera d’obéir à la puissance du pontife, et à l’ordonnance du juge, il mourra, et vous ôterez le mal du milieu d’Israël104. »

C’est pour empêcher ce désordre que Dieu a ordonné les puissances ; et nous avons ouï saint Paul dire en son nom105 « que toute âme soit soumise aux puissances supérieures, car toute puissance est de Dieu : il n’y en a point que Dieu n’ait ordonnée. Ainsi, qui résiste à la puissance résiste à l’ordre de Dieu. »

« Avertissez-les d’être soumis aux princes et aux puissances, de leur obéir ponctuellement, d’être prêts à toute bonne oeuvre106. »

Dieu a fait les rois et les princes ses lieutenants sur la terre, afin de rendre leur autorité sacrée et inviolable. C’est ce qui fait dire au même saint Paul qu’ils sont « ministres de Dieu107 : » conformément à ce qui est dit dans le livre de la sagesse108, que « les princes sont ministres de son royaume. »

De là saint Paul conclut109 « qu’on leur doit obéir par nécessité, non seulement par la crainte de la colère, mais encore par l’obligation de la conscience. »

Saint Pierre a dit aussi110 : « Soyez soumis pour l’amour de Dieu à l’ordre qui est établi parmi les hommes. Soyez soumis au roi, comme à celui qui a la puissance suprême ; et aux gouverneurs, comme étant envoyés de lui, parce que c’est la volonté de Dieu. »

A cela se rapporte, comme nous avons déjà vu, ce que disent ces deux apôtres, « que les serviteurs doivent obéir à leurs maîtres, quand même ils seraient durs et fâcheux111. Non à l’œil et pour plaire aux hommes, mais comme si c’était à Dieu112. »

Tout ce que nous avons vu pour montrer que la puissance des rois est sacrée, confirme la vérité de ce nous disons ici ; et il n’y a rien de mieux fondé sur la parole de Dieu que l’obéissance qui est due, par principe de religion et de conscience, aux puissances légitimes.

Au reste, quand Jésus-Christ dit au Juifs : « Rendez à César ce qui est dû à César113, » il n’examina pas comment était établie la puissance des Césars : c’était assez qu’il les trouvât établis et régnants : il voulait qu’on respectât dans leur autorité l’ordre de Dieu et le fondement du repos public.

 

 

DEUXIEME PROPOSITION. Il n’y a qu’une exception à l’obéissance qu’on doit au prince, c’est quand il commande contre Dieu.

 

La subordination le demande ainsi : « Obéissez au roi, comme à celui à qui appartient l’autorité suprême : et au gouverneur comme à celui qu’il vous envoie114. » Et encore : « Il y a divers degrés : l’un au dessus de l’autre : le puissant a un plus puissant qui lui commande, et le roi commande à tous les sujets115. »

L’obéissance est due à chacun selon son degré, et il ne faut point obéir au gouverneur, au préjudice des ordres du prince.

Au-dessus de tous les empires est l’empire de Dieu. C’est à vrai dire le seul empire absolument souverain, dont tous les autres relèvent ; et c’est de lui que viennent toutes les puissances.

Comme on doit obéir au gouverneur, si, dans les ordres qu’il donne, il ne paraît rien de contraire aux ordres du roi, ainsi doit-on obéir aux ordres du roi, s’il n’y paraît rien de contraire aux ordres de Dieu.

Mais, par la même raison, comme on ne doit pas obéir aux ordres du gouverneur, contre les ordres du roi, on doit encore moins obéir au roi contre les ordres de Dieu.

C’est alors qu’a lieu seulement cette réponse que les apôtres font aux magistrats116 : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. » […]

 

 

CINQUIEME PROPOSITION. L’impiété déclarée, et même la persécution, n’exemptent pas les sujets de l’obéissance qu’ils doivent aux princes.

 

Le caractère royal est saint et sacré, même dans les princes infidèles ; et nous avons vu que Cyrus est appelé par Isaïe « l’oint du Seigneur117. »

Nabuchodonosor était impie et orgueilleux jusqu’à vouloir s’égaler à Dieu, et jusqu’à faire mourir ceux qui refusaient un culte sacrilège ; et néanmoins Daniel lui dit ces mots : « Vous êtes le roi des rois : et le Dieu du ciel vous a donné le royaume, et la puissance, et l’empire, et la gloire118. »

C’est pourquoi le peuple de Dieu priait pour la vie de Nabuchodonosor, de Balthazar119, et d’Assuérus120.

Achab et Jésabel avaient fait mourir tous les prophètes du Seigneur. Elie s’en plaint à Dieu121 ; mais il demeure toujours dans l’obéissance.

Les prophètes, durant ce temps, font des prodiges étonnants pour défendre le roi et le royaume122.

Elisée en fit autant sous Joram, fils d’Achab123, aussi impie que son père.

Rien n’a jamais égalé l’impiété de Manassès qui pécha et fit pécher Juda contre Dieu, dont il tâcha d’abolir le culte, persécutant les fidèles serviteurs de Dieu, et faisant regorger Jérusalem de leur sang124.

Et cependant Isaïe, et les saints prophètes qui le reprenaient de ses crimes, jamais n’ont excité contre lui le moindre tumulte.

Cette doctrine s’est continuée dans la religion chrétienne.

C’était sous Tibère, non seulement infidèle, mais encore méchant, que Notre-Seigneur dit aux Juifs : « Rendez à César ce qui est à César125. »

Saint Paul appelle à César126, et reconnaît sa puissance.

Il fait prier pour les empereurs127, quoique l’empereur qui régnait du temps de cette ordonnance fut Néron, le plus impie et le plus méchant de tous les hommes.

Il donne pour but à cette prière la tranquillité publique, parce qu’elle demande qu’on vive en paix, même sous les princes méchants et persécuteurs.

Saint Pierre et lui commandent aux fidèles d’être soumis aux puissances128. Nous avons vu leurs paroles, et nous avons vu alors quelles étaient les puissances dans lesquelles ces deux saints apôtres faisaient respecter aux fidèles l’ordre de Dieu.

En conséquence de cette doctrine apostolique, les premiers chrétiens, quoique persécutés durant trois cents ans, n’ont jamais causé le moindre mouvement dans l’empire. Nous avons appris leurs sentiments par Tertullien, et nous les voyons dans toute la suite de l’histoire ecclésiastique.

Ils continuaient à prier pour les empereurs, même au milieu des supplices auxquels ils les condamnaient injustement. « Courage, dit Tertullien129, arrachez, ô bons juges ! arrachez aux chrétiens une âme qui répand des vœux pour l’empereur. »

Constance, fils de Constantin le Grand, quoique protecteur des ariens, et persécuteur de la foi de Nicée, trouva dans l’Eglise une fidélité inviolable.

Julien l’Apostat, son successeur, qui rétablit le paganisme condamné par ses prédécesseurs, n’en trouva pas les chrétiens moins fidèles ni moins zélés pour son service : tant ils savaient distinguer l’impiété du prince d’avec le sacré caractère de la majesté souveraine.

Tant d’empereurs hérétiques qui vinrent depuis, un Valens, une Justine, un Zénon, un Basilisque, un Anastase, un Héraclius, un Constant ; quoiqu’ils chassassent de leur siège les évêques orthodoxes, et même les papes, et qu’ils remplissent l’Eglise de carnage et de sang, ne virent jamais leur autorité attaquée ou affaiblie par les catholiques. […]

 

Bossuet

 

 

 

REFERENCES

 

1Deut., VI, 4 , 5. - 2Marc., XII, 29, 30, 31. - 3Matth, XXII, 40. - 4I.Cor., VIII, 4, 5, 6. - 5Gen., I, 26, 27. - 6Gen, IX, 5, 6. - 7Deut., XVII, 15, 20. - 8Genes., VI. - 9Genes., IX, 5. - 10Luc., X, 31, 32, etc. - 11Luc, 36, 37. - 12Rom., XI, 4, 5, 6. - 13Cor., XIII, 14 et seq. - 14Eccli., XLII, 24, 25. - 15Gen., IV, 8. - 16Gen., VI, 2. - 17Gen., 4. - 18Gen., 5, 6, 8. - 19Is., V, 8. - 20Gen., IV, 9. - 21Eccli., XII, 16. - 22Eccli., V, 9. - 23Is., V, 8. - 24Gen., IV, 4, 5. - 25Genes., IV, 8. - 26Genes., XXXVII, 16, 17, etc. - 27Genes., 4. - 28Genes., 20, 26, 27, 28. - 29Mich., 5, 6. - 30Mich., 2. - 31Osée, IV, 2. - 32Aug., de Civit. Dei, lib.XII cap.XXVII, tom.VII, col.325. - 33Gen., X. - 34Gen., 5. - 35Gen., XI, 9. - 36Gen., 8. - 37I.Cor., XIV.11. – 38Aug., de Civit. Dei, lib.XIX cap.VII, tom.VI, col.551.- 39Gen., X, 5. – 40Gen., XII, 2, 7. – 41Exod, III, 8, et alibi. – 42Num., XIV, 36, 37. – 43Num., 30, 31, 32. – 44Gen., XIII, 6, 7, 9. – 45Eccles., V, 7, 8. - 46Jud., XVII, 6. – 47Deut., XII, 8, 9. – 48I.Reg., XI, 7, et alibi. – 49I.Esdr., II, 64. – 50Num., XXVII, 16, 17. – 51Gen., I, 28 ; IX, 7. – 52Gen., I, 29. – 53Gen., XXIII, 4. – 54Deut., XXXI, 3, 7. – 55Jos., XII, XIV, etc. – 56Deut., X, 18 ; Ps., LXXXI, 3 et alibi. – 57I. Tim. II, 1, 2. - 58Num., XXVIII, 16, 17. – 59Num., 22, 23. – 60Jos., I, 17. – 61Jos., 9, 10, 11, 13, 15, 16. – 62II. Reg., II, 7. - 63Rom. XI, 14, 15. – 64Matth., XII, 25. – 65Eccles., IV, 15. – 66III. Reg., I, 47. – 67I. Par., XXIX, 1, 2. - 68Par., XVII, 17, 18. – 69Matth., XX, 30, 31, etc., XXI, 9. – 70Deut., XVII, 15. – 71Rom., XIII, 1, 2. - 72Rom., XIII, 1, 2. – 73Rom., 4. – 74II, Paral., XIII, 8. – 75I. Par., XXVIII, 5. – 76Par., XXIX, 23. – 77Eccli., XVII, 14, 15. – 78I. Reg., IX, 16 ; XVI, 3, etc. – 79Is., XLV, 1. - 80Eccle., VIII, 2, 3, 4, 6. – 81Rom., XIII, 3. – 82Par., XIX, 6. – 83Eccli., VIII, 17. - 84Ps., LXXXI, 6. – 85Ps., LXXXI, 1. – 86Greg., Tur., lib. VI. Hist. – 87Deut., XVII, 12. – 88Jos., I, 18. – 89II. Par., XIX, 6,7. – 90Rom., XIII, 4. – 91Ps., I, 8. – 92Hier. In Psal., L. – 93Ps., II, 10. - 94Ps., LXXVII, 70, 71, 72. – 95Prov., 3, 4, 5, 6. – 96Prov., VI. I. 15. – 97Prov., XVII, 2. – 98Eccli., X, 28. – 99Jos., I, 7, 8. – 100Aug., in Psal., CXLVIII, num. 2, tom. IV. – 101Eciles., III, 2. - 102II. Reg., XIX, 22. – 103Reg., XX, 4, 5, 6. – 104Deut., XVII, 12. – 105Rom., XIII, 1, 2. - 106Tit., III, 1. – 107Rom., XIII, 4. – 108Sap., VI, 6. – 109Rom., XIII, 5. – 110I. Petr., II, 12, 14, 15. – 111I. Petr., II, 18. – 112Ephes., VI, 5 ; Colos., III, 22, 23. – 113Matt., XXII, 21. – 114I. Petr., 13, 14. – 115Eccle., V, 7, 8. – 116Act., V, 29. – 117Is., XLV, 1. – 118Dan., II, 37. – 119Baruch., 11. – 120I. Esdr., VI, 10. – 121III. Reg., XIX, 10, 14. – 122Reg., XX. – 123IV, Reg., III, VI, VII. - 124IV, Reg., XXI, 2, 3, 16. – 125Matth., XXII, 24. – 126Act., XXV, 10, 11, etc. – 127I, Tim., II, 1, 2. – 128Rom., XIII, 5 ; I, Pet., II, 13, 14, 17, 18. – 129Tert., Apolog., n.30.

 

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