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jeudi, 12 novembre 2009

IVe et dernier caractère de l'autorité royale

ARTICLE I : Que l’autorité royale est soumise à la raison.

PREMIERE PROPOSITION. Le gouvernement est un ouvrage de raison et d’intelligence.

« Maintenant, ô rois ! entendez ; soyez instruits, juges de la terre93. »

Tous les hommes sont faits pour entendre ; mais vous principalement sur qui tout un grand peuple se repose, qui devait être l’âme et l’intelligence d’un Etat, en qui se doit trouver la raison première de tous ses mouvements ; moins vous avez à rendre de raison aux autres, plus vous devez avoir de raison et d’intelligence en vous-même.

Le contraire d’agir par raison, c’est d’agir par passion ou par humeur. Agir par humeur, ainsi qu’agissait Saül contre David, ou poussé par sa jalousie, ou possédé par sa mélancolie noire, entraîne toutes sortes d’irrégularité, d’inconstance, d’inégalité, de bizarrerie, d’injustice, d’étourdissement dans la conduite.

N’eût-on qu’un cheval à gouverner, et des troupeaux à conduire, on ne le peut faire sans raison : combien plus en a-t-on besoin pour mener les hommes, et un troupeau raisonnable !

« Le Seigneur a pris David comme il menait les brebis, pour lui donner à conduire Jacob son serviteur, et Israël son héritage, et il les a conduits dans l’innocence de son cœur, d’une main habile et intelligente94. »

Tout se fait parmi les hommes par l’intelligence, et par le conseil. « Les maisons se bâtissent par la sagesse, et s’affermissent par la prudence. L’habileté remplit les greniers, et amasse les richesses. L’homme sage et courageux : l’homme habile est robuste et fort, parce que la guerre se fait par conduite et par industrie : et le salut se trouve où il y a beaucoup de conseils95. »

La sagesse dit elle-même : « C’est par moi que les rois règnent : par moi les législateurs prescrivent ce qui est juste96. »

Elle est tellement née pour commander, qu’elle donne l’empire à qui est né dans la servitude. « Le sage serviteur commandera aux enfants de la maison qui ne sont pas sages, et il fera leurs partages97. » Et encore : « Les personnes libres s’assujettiront à un serviteur sensé98. »

Dieu, en installant Josué, lui ordonne d’étudier la loi de Moïse, qui était la loi du royaume,  « afin, dit-il99, que vous entendiez tout ce que vous faites. » Et encore : « Alors vous conduirez vos desseins, et vous entendrez ce que vous faites. » […]

ARTICLE IV : Conséquences de la doctrine précédente : de la majesté, et de ses accompagnements.

PREMIERE PROPOSITION. Ce que c’est que la majesté.

Je n’appelle pas majesté cette pompe qui environne les rois, ou cet éclat extérieur qui éblouit le vulgaire. C’est le rejaillissement de la majesté, et non pas la majesté elle-même.

La majesté est l’image de la grandeur de Dieu dans le prince.

Dieu est infini, Dieu est tout. Le prince, en tant que prince, n’est pas regardé comme un homme particulier : c’est un personnage public, tout l’Etat est en lui ; la volonté de tout le peuple est renfermée dans la sienne. Comme en Dieu est réunie toute perfection et toute vertu, ainsi la puissance des particuliers est réunie en la personne du prince.

La puissance de Dieu se fait sentir en un instant de l’extrémité du monde à l’autre : la puissance royale agit en même temps dans tout le royaume. Elle tient tout le royaume en état, comme Dieu y tient tout le monde.

Que Dieu retire sa main, le monde retombera dans le néant : que l’autorité cesse dans le royaume, tout sera en confusion.

Considérez le prince dans son cabinet. De là partent les ordres qui font aller de concert les magistrats et les capitaines, les citoyens et les soldats, les provinces et les armées par mer et par terre. C’est l’image de Dieu qui, assis dans son trône au milieu des cieux, fait aller toute la nature.

« Quel mouvement se fait, dit saint Augustin100, au seul commandement de l’empereur ! il ne fait que remuer les lèvres, il n’y a point de plus léger mouvement, et tout l’empire se remue. C’est, dit-il, l’image de Dieu, qui fait tout par sa parole. Il a dit, et les choses ont été faites ; il a commandé, et elles ont été créées. »

On admire ses œuvres ; la nature est une matière de discourir aux curieux. « Dieu leur donne le monde à méditer ; mais ils ne découvriront jamais le secret de son ouvrage depuis le commencement jusqu’à la fin101. » On en voit quelque parcelle ; mais le fond est impénétrable. Ainsi est le secret du prince.

Les desseins du prince ne sont bien connus que par l’exécution. ainsi se manifestent les conseils de Dieu : jusque là, personne n’y entre que ceux que Dieu y admet.

Si la puissance de Dieu s’étend partout, la magnificence l’accompagne. il n’y a endroit de l’univers où il ne paraisse des marques éclatantes de sa bonté. Voyez l’ordre, voyez la justice, voyez la tranquillité dans tout le royaume : c’est l’effet naturel de l’autorité du prince.

Il n’y a rien de plus majestueux que la bonté répandue, et il n’y a point de plus grand avilissement de la majesté, que la misère du peuple causée par le prince. […]

 

Bossuet

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