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mercredi, 11 novembre 2009

Suite des caractères de la Royauté

ARTICLE PREMIER : L’autorité royale est absolue.

Pour rendre ce terme odieux et insupportable, plusieurs affectent de confondre le gouvernement absolu et le gouvernement arbitraire. Mais il n’y a rien de plus distingué, ainsi que nous le ferons voir lorsque nous parlerons de la justice.

PREMIERE PROPOSITION. Le prince ne doit rendre compte à personne de ce qu’il ordonne.

« Observez les commandements qui sortent de la bouche du roi, et gardez le serment que vous lui avez prêté. Ne songez pas à échapper de devant sa face, et ne demeurez pas dans de mauvaises œuvres, parce qu’il fera tout ce qu’il voudra. La parole du roi est puissante ; et personne ne lui peut dire : Pourquoi faites-vous ainsi ? Qui obéit n’aura point de mal80. »

Sans cette autorité absolue, il ne peut ni faire le bien ni réprimer le mal : il faut que sa puissance soit telle, que personne ne puisse espérer de lui échapper : et enfin la seule défense des particuliers, contre la puissance publique, doit être leur innocence.

Cette doctrine est conforme à ce que dit saint Paul : « Voulez-vous ne craindre point la puissance ? Faites le bien81. »

DEUXIEME PROPOSITION. Quand le prince a jugé, il n’y a point d’autre jugement.

Les jugements souverains sont attribués à Dieu même. Quand Josaphat établit des juges pour juger le peuple : « Ce n’est pas, disait-il, au nom des hommes que vous jugez, mais au nom de Dieu82. »

C’est ce qui fait dire à l’Ecclésiastique : « Ne jugez point contre le juge83. » A plus forte raison contre le souverain juge, qui est le roi. Et la raison qu’il en apporte, « c’est qu’il juge selon la justice. »

Ce n’est pas qu’il y juge toujours, mais c’est qu’il est réputé y juger, et que personne n’a droit de juger, ni de revoir après lui.

Il faut donc obéir aux princes comme à la justice même, sans quoi il n’y a point d’ordre ni de fin dans les affaires.

Ils sont des dieux, et participent en quelque façon à l’indépendance divine. « J’ai dit : Vous êtes des dieux, et vous êtes tous enfants du Très-Haut84. »

Il n’y a que Dieu qui puisse juger de leurs jugements et de leurs personnes. « Dieu a pris sa séance dans l’assemblée des dieux ; et, assis au milieu, il juge les dieux85. »

C’est pour cela que saint Grégoire, évêque de Tours, disait au roi Chilpéric, dans un concile : « Nous vous parlons, mais vous nous écoutez si vous voulez. Si vous ne voulez pas, qui vous condamnera, sinon celui qui a dit qu’il était la justice même86 ? »

De là vient que celui qui ne veut pas obéir au prince n’est pas renvoyé à un autre tribunal : mais il est condamné irrémissiblement à mort comme les ennemis du repos public et de la société humaine. « Qui sera orgueilleux et ne voudra pas obéir au commandement du pontife, et à l’ordonnance du juge, il mourra et vous ôterez le mal du milieu de vous87. » Et encore : « Qui refusera d’obéir à tous vos ordres, qu’il meure88 : » C’est le peuple qui parle ainsi à Josué.

Le prince se peut redresser lui-même, quand il connaît qu’il a mal fait, mais contre son autorité, il ne peut y avoir de remède que dans son autorité.

C’est pourquoi il doit bien prendre garde à ce qu’il ordonne. « Prenez garde à ce que vous faites ; tout ce que vous jugerez retombera sur vous : ayez la crainte de Dieu ; faites tout avec grand soin89. »

C’est ainsi que Josaphat instruisait les juges à qui il confiait son autorité : combien y pensait-il quand il avait à juger lui-même !

TROISIEME PROPOSITION. Il n’y a point de force coactive contre le prince.

On appelle force coactive, une puissance pour craindre et exécuter ce qui est ordonné légitimement. Au prince seul appartient le commandement légitime ; à lui seul appartient aussi la force coactive.

C’est aussi pour cela que saint Paul ne donne le glaive qu’à lui seul. « Si vous ne faites pas bien, craignez : car ce n’est pas en vain qu’il a le glaive90. »

Il n’y a dans un Etat que le prince qui soit armé : autrement tout est en confusion, et l’Etat retombe en anarchie. […]

« Voici le droit du roi qui régnera sur vous, dit le Seigneur : Il prendra vos enfants, et les mettra à son service ; il se saisira de vos terres, et de ce que vous aurez de meilleur, pour le donner à ses serviteurs, » et le reste.

Est-ce qu’ils auront droit de faire tout cela licitement ? à Dieu ne plaise ! Car Dieu ne donne point de tels pouvoirs : mais ils auront droit de le faire impunément à l’égard de la justice humaine. C’est pourquoi David disait91 : J’ai péché contre vous seul ; ô Seigneur, ayez pitié de moi ! » « Parce qu’il est roi, dit saint Jérôme sur ce passage92, et n’avait que Dieu seul à craindre. » […]

Bossuet

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