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vendredi, 06 novembre 2009

Où l'on commence à expliquer la nature et les propriétés de l'autorité royale

ARTICLE I : On en remarque les caractères essentiels.

UNIQUE PROPOSITION. Il y a quatre caractères ou qualités essentielles à l’autorité royale.

Premièrement, l’autorité royale est sacrée ;

Secondement, elle est paternelle ;

Troisièmement, elle est absolue ;

Quatrièmement, elle est soumise à la raison.

C’est ce qu’il fait établir par ordre, dans les articles suivants.

ARTICLE II : L’autorité royale est sacrée.

PREMIERE PROPOSITION. Dieu établit les rois comme ses ministres, et règne par eux sur les peuples.

Nous avons déjà vu que toute puissance vient de Dieu72.

« Le prince, ajoute saint Paul73, est ministre de Dieu pour le bien. Si vous faites mal, tremblez ; car ce n’est pas en vain qu’il a le glaive, et il est ministre de Dieu, vengeur des mauvaises actions. »

Les princes agissent donc comme ministres de Dieu, et ses lieutenants sur la terre. C’est par eux qu’il exerce son empire. « Pensez-vous pouvoir résister au royaume du Seigneur, qu’il possède par les enfants de David74 ? »

C’est pour cela que nous avons vu que le trône royal n’est pas le trône d’un homme, mais le trône de Dieu même. « Dieu a choisi mon fils Salomon pour le placer dans le trône où règne le Seigneur sur Israël75. » Et encore : « Salomon s’assit sur le trône du Seigneur76. »

Et afin qu’on ne croie pas que cela soit particulier aux Israélites, d’avoir des rois établis de Dieu, voici ce que dit l’Ecclésiastique : « Dieu donne à chaque peuple son gouverneur ; et Israël lui est manifestement réservé77. »

Il gouverne donc tous les peuples, et leur donne à tous leurs rois, quoiqu’il gouverne Israël d’une manière plus particulière et plus déclarée.

DEUXIEME PROPOSITION. La personne des rois est sacrée.

Il paraît de tout cela que la personne des rois est sacrée, et qu’attenter sur eux c’est un sacrilège.

Dieu les fait oindre par ses prophètes d’une onction sacrée78, comme il fait oindre les pontifes et ses autels.

Mais même sans l’application extérieure de cette onction, ils sont sacrés par leur charge, comme étant les représentants de la majesté divine, députés par sa providence à l’exécution de ses desseins. C’est ainsi que Dieu même appelle Cyrus mon oint. « Voici ce que dit le Seigneur à Cyrus mon oint, que j’ai pris par la main pour lui assujettir tous les peuples.79 » […]

TROISIEME PROPOSITION. On doit obéir au prince par principe de religion et de conscience.

[…] Quand même ils ne s’acquitteraient pas de ce devoir, il faut respecter en eux leur charge et leur ministère. « Obéissez à vos maîtres, non-seulement à ceux qui sont bons et modérés mais encore à ceux qui sont fâcheux et injustes. »

Il y a donc quelque chose de religieux dans le respect qu’on rend au prince. Le service de Dieu et le respect pour les rois sont choses unies ; et saint Pierre met ensemble ces deux devoirs : « Craignez Dieu, honorez le roi. »

Aussi Dieu a-t-il mi dans les princes quelque chose de divin. « J’ai dit : Vous êtes des dieux, et vous êtes tous enfants du Très-Haut. » C’est Dieu même que David fait parler ainsi.

De là vient que les serviteurs de Dieu jurent par le salut et la vie du roi, comme par une chose divine et sacrée. Urie parlant à David : « par votre salut et par la conservation de votre vie, je ne ferai point cette chose. »

Encore même que le roi soit infidèle, par la vue qu’on doit avoir de l’ordre de Dieu : « Par le salut de Pharaon, je ne vous ferai point sortir d’ici. »

Il faut écouter ici les premiers chrétiens, et Tertullien qui parle ainsi au nom de tous : « Nous jurons, non par les génies des césars, mais par leur vie et par leur salut, qui est plus auguste que tous les génies. Ne savez-vous pas que les génies sont des démons ? Mais nous, qui regardons dans les empereurs le choix et le jugement de Dieu, qui leur a donné le commandement de tous les peuples, nous respectons en eux ce que Dieu y a mis, et nous tenons cela à grand serment. »

Il ajoute : « Que dirai-je davantage de notre religion et de notre piété pour l’empereur, que nous devons respecter comme celui que notre Dieu a choisi : en sorte que je puis dire que César est plus à nous qu’à vous, parce que c’est notre Dieu qui l’a établi ? »

C’est donc l’esprit du christianisme de faire respecter les rois avec une espèce de religion, que le même Tertullien appelle très-bien, « la religion de la seconde majesté. »

Cette seconde majesté n’est qu’un écoulement de la première, c'est-à-dire de la divine, qui, pour le bien des choses humaines, a voulu faire rejaillir quelque partie de son éclat sur les rois. […]

ARTICLE III : L’autorité royale est paternelle, et son propre caractère c’est la bonté.

Après les choses qui ont été dites, cette vérité n’a plus besoin de preuves.

Nous avons vu que les rois tiennent la place de Dieu, qui est le vrai père du genre humain. Nous avons vu aussi que la première idée de puissance qui ait été parmi les hommes est celle de la puissance paternelle, et que l’on a fait les rois sur le modèle des pères.

Aussi tout le monde est-il d’accord, que l’obéissance qui est due à la puissance publique, ne se trouve, dans le Décalogue, que dans le précepte qui oblige à honorer ses parents.

Il paraît, par tout cela, que le nom de roi est un nom de père, et que la bonté est le caractère le plus naturel des rois.

Faisons néanmoins ici une réflexion particulière sur une vérité si importante. […]

 

Bossuet

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