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mardi, 27 octobre 2009

L’homme est fait pour vivre en société

 

PREMIERE PROPOSITION. Les hommes n’ont qu’une même fin, et un même objet qui est Dieu.

 

« Ecoute, Israël ! le Seigneur notre Dieu est le seul Dieu. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, et de toute ta force1. »

 

 

DEUXIEME PROPOSITION. L’amour de Dieu oblige les hommes à s’aimer les uns les autres.

 

Un docteur de la loi demanda à Jésus : « Maître, quel est le premier de tous les commandements ? Jésus lui répondit : Le premier de tous les commandements est celui-ci : Ecoute Israël ; le Seigneur ton Dieu est le seul Dieu, et tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta pensée, et de toute ta force : voilà le premier commandement. Et le second qui lui est semblable, est celui-ci : Tu aimeras ton prochain comme toi-même². »

« En ces deux préceptes consiste toute la loi et les prophètes33. »

Nous nous devons donc aimer les uns les autres, parce que nous devons aimer tous ensemble le même Dieu, qui est notre Père commun ; et son unité est notre lien. « Il n’y a qu’un seul Dieu, dit saint Paul; si les autres comptent plusieurs dieux, il n’y en a pour nous qu’un seul, qui est le père dont nous sortons tous, et nous sommes faits pour lui. »

S’il y a des peuples qui ne connaissent pas Dieu, il n’en est pas moins pour cela le créateur, et il ne les a pas moins faits à son image et ressemblance. Car il a dit en créant l’homme : « Faisons l’homme à notre image et ressemblance5 ; » et un peu après : « Et Dieu créa l’homme à son image ; il le créa à l’image de Dieu. »

Il le répète souvent, afin que nous entendions sur quel modèle nous sommes formés, et que  nous aimions les uns dans les autres l’image de Dieu. C’est ce qui fait dire à Notre- Seigneur, que le précepte d’aimer le prochain est semblable à celui d’aimer Dieu : parce qu’il est naturel que qui aime Dieu, aime aussi pour l’amour de Lui tout ce qui est fait à son image ; et ces deux obligations sont semblables.

Nous voyons aussi que quand Dieu défend d’attenter à la vie de l’homme, il en rend cette raison : « Je chercherai la vie de l’homme de la main de toutes les bêtes et de la main de l’homme. Quiconque  répandra le sang humain, son sang sera répandu : parce que l’homme est fait à l’image de Dieu6. » […]

 

 

TROISIEME PROPOSITION. Tous les hommes sont frères.

 

[…] Ainsi le caractère d’amitié est parfait dans le genre humain ; et les hommes, qui n’ont tous qu’un même père, doivent s’aimer comme frères. A Dieu ne plaise qu’on croie que les rois soient exempts de cette loi, ou qu’on craigne qu’elle ne diminue le respect qui leur est dû. Dieu marque distinctement que les rois qu’il donnera à son peuple, « seront tirés du milieu de leurs frères7 ; » un peu après : «  ils ne s’élèveront point au-dessus de leurs frères par un sentiment d’orgueil ; » et c’est à cette condition qu’il leur promet un long règne.

Les hommes ayant oublié leur fraternité, et les meurtres s’étant multipliés sur la terre, Dieu résolut de détruire tous les hommes8, à la réserve de Noé et de sa famille, par laquelle il répara tout le genre humain, et voulut que dans ce renouvellement du monde nous eussions encore tous un même père.

Aussitôt après, il défend les meurtres, et avertissant les hommes qu’ils sont tous frères, descendus premièrement du même Adam et ensuite du même Noé : « Je rechercherai, dit-il9, la vie de l’homme de la main de l’homme et de la main de son frère. »

 

 

QUATRIEME PROPOSITION. Nul homme n’est étranger à un autre homme.

 

Notre-Seigneur, après avoir établi le précepte d’aimer son prochain, interrogé par un docteur de la loi, qui était celui que nous devons tenir pour notre prochain, condamne l’erreur des Juifs, qui ne regardaient comme tels que ceux de leur nation. Il leur montre, par la parabole du samaritain qui assiste le voyageur méprisé par un prêtre et par un lévite, que ce n’est pas sur la nation, mais sur l’humanité en général, que l’union des hommes doit être fondée. « Un prêtre vit le voyageur blessé, et passa ; et un lévite passa près de lui et continua son chemin. Mais un Samaritain, le voyant fut touché de compassion10. » Il raconte avec quel soin il le secourut, et puis il dit au docteur11 : « Lequel de ces trois vous paraît être son prochain ? et le docteur répondit : Celui qui a eu pitié de lui ; et Jésus lui dit : Allez, et faites de même. » […]

 

 

SIXIEME PROPOSITION. L’intérêt même nous unit.

 

[…] C’est pourquoi il a donné aux hommes divers talents. L’un est propre à une chose, et l’autre à une autre, afin qu’ils puissent s’entre-secourir comme les membres du corps, et que l’union soit cimentée par ce besoin mutuel. « Comme nous avons plusieurs membres, qui tous ensemble ne font qu’un seul corps, et que les membres n’ont pas tous la même fonction ; ainsi nous ne sommes tous ensemble qu’un seul corps en Jésus-Christ, et nous sommes tous membres les uns des autres12. » Chacun de nous a son don et sa grâce différente.

« Le corps n’est pas un seul membre, mais plusieurs membres. Si le pied dit : Je ne suis pas la main, est-il pour cela retranché du corps ? Si tout le corps était œil, où en seraient l’ouïe et l’odorat ? Mais maintenant Dieu a formé les membres, et les a mis chacun où il lui a plu. Que si tous les membres n’étaient qu’un seul membre, que deviendrait le corps ? Mais dans l’ombre que Dieu a établie, s’il y a plusieurs membres, il n’y a qu’un corps. L’œil ne peut pas dire à la main : Je n’ai que faire de votre assistance ; ni la tête ne peut pas dire aux pieds : Vous ne m’êtes pas nécessaires. Mais au contraire, les membres qui paraissent les plus faibles sont ceux dont on a le plus besoin. Et Dieu a ainsi accordé le corps, en suppléant par un membre ce qui manque à l’autre, afin qu’il n’y ait point de dissension dans le corps, et que les membres aient soin les uns des autres13. »

Ainsi, par les talents différents, le fort à besoin du faible, le grand du petit, chacun de ce qui paraît le plus éloigné de lui ; parce que  le besoin mutuel rapproche tout, et rend tout nécessaire.

Jésus-Christ formant son Eglise, en établit l’unité sur ce fondement, et nous montre quels sont les principes de la société humaine.

Le monde même subsiste par cette loi. « Chaque partie a son usage et sa fonction ; et le tout s’entretient par le secours que s’entre-donnent toutes les parties14. »

Nous voyons donc la société humaine appuyée sur ces fondements inébranlables : un même Dieu, un même objet, une même fin, une origine commune, un même sang, un même intérêt, un besoin mutuel, tant pour les affaires que pour la douceur de la vie.

Bossuet

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