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lundi, 12 octobre 2009

Démocrates et démocrates

Un dogme faux et impie a été posé au commencement du siècle dernier : La souveraineté du peuple.

Une institution redoutable a bientôt accompagné ce dogme : Le suffrage universel.

Qu’est-il sorti de ce dogme et du fonctionnement de l’institution ?

Un spectacle sans précédent dans l’histoire des erreurs du genre humain ; de grandes masses de peuples qui viennent officiellement se ranger en bataille contre Dieu.

On appelle cet état de choses la démocratie[1].

C’est que, comme nous l’avons dit, la démocratie est fille de l’orgueil, d’un orgueil qui d’abord se refuse à reconnaître l’état de déchéance où nous nous trouvons par suite de la faute originelle ; puis d’un orgueil plus grand qui, ne pouvant méconnaître l’existence du mal, dont il nie le principe, a l’audace d’affirmer que la source en est en Dieu et que, de Lui et de ses lois, les flots du mal et du malheur se sont répandus dans les institutions humaines. C’est pourquoi, l’orgueil démocratique s’efforce d’insurger l’homme contre le souverain Maître, et de substituer aux institutions qui ont régi les sociétés depuis le commencement du monde, un régime de liberté, d’égalité, de partage des biens et de souveraineté du peuple, dont la malfaisance se fait déjà si cruellement sentir, aujourd’hui qu’on n’en est encore qu’aux premiers essais.

C’est ce régime que voudrait réaliser de nos jours, qu’institue, sous nos yeux, la démocratie des Gambetta et des Ferry, des Combes et des Jaurès ; c’est là qu’aboutissent tous les démocrates conséquents, fussent-ils partis des marches du sanctuaire, comme les Lamennais et les Charbonnel : lancés à la poursuite de cette liberté, de cette égalité et de cette souveraineté, que réclame l’orgueil démocratique, ils se heurtent à l’autorité de Dieu et, irrités de le trouver sur leur chemin, ils se soulèvent contre Lui.

Il en est à qui cet aboutissement fait horreur et qui s’arrêtent en chemin. Les points d’arrêt marquent les différentes classes de démocrates.

Elles sont nombreuses. C’est bien ici que l’on peut dire : Quot capita, tot sensus. Assurément, la distance est grande entre MM. Combes et Jaurès, d’une part, et MM. Harmel et Marc Sangnier, d’autre part. Et cependant, ceux-ci comme ceux-là ne perdent aucune occasion de se dire démocrates, apôtres et serviteurs de la démocratie.

Le grand inconvénient et aussi le grand danger de ces mots, est d’être assez peu définis ou assez détournés de leur signification première, pour pouvoir convenir aux personnes les plus étrangères les unes aux autres, et pour pouvoir signifier les choses les plus différentes, pour ne point dire les plus opposées.

Cependant, il faut croire qu’il y a bien entre tous les démocrates, des plus radicaux aux plus modérés, un point par lequel ils arrivent à se toucher, puisque, si différents qu’ils soient, lorsqu’ils s’examinent et veulent se définir, ils tombent sur le même mot, il ne leur répugne point de se parer du même titre, de se ranger sous une même dénomination, si ce n’est pas dans un même parti.

Où est ce point ? Où est le contact entre les démocrates socialistes et les démocrates chrétiens, pour prendre les extrêmes ?

C’est ce que nous devons chercher.

Mais, auparavant, il est juste de reconnaître qu’il y a démocrates chrétiens et démocrates chrétiens, et nous devons dire que nous n’entendons nous occuper ici que des uns et nullement des autres. Les premiers ne réclament que le nom, les seconds s’attachent à la close.

Il est des catholiques, hommes d’œuvres, à qui il plaît de se parer du titre de démocrate, parce qu’il leur semble que ce nom leur donnera plus facile accès auprès du peuple, au bien duquel ils veulent se dévouer. Et Léon XIII, qui a si puissamment encouragé ce dévouement aux classes populaires, n’a point voulu les contrister en leur enlevant la licence d’user de ce vocable qu’ils affectionnent. Cependant, en leur laissant cette faculté, il leur a fait entendre qu’il lui eût été plus agréable qu’ils n’en usassent point.

« Au commencement, a-t-il dit, cette sorte de bienfaisance populaire ne se distinguait ordinairement par aucune appellation spéciale. Le terme de socialisme chrétien, introduit par quelques-uns, et d’autres expressions dérivées de celle-là, sont justement tombés en désuétude. Il plut ensuite à plusieurs, et à bon droit, de l’appeler action chrétienne populaire. En certains endroits, ceux qui s’occupent de ces questions se sont dit : chrétiens sociaux. Ailleurs, la chose elle-même est appelée démocratie chrétienne, et ceux qui s’y adonnent, démocrates chrétiens ; tandis que le système défendu par les socialistes est désigné sous le nom de démocratie sociale.

« Or, des deux dernières expression énoncées ci-dessus, si la première : « chrétiens sociaux », ne soulève guère de réclamations, la seconde : « démocratie chrétienne », blesse beaucoup de gens bien pensants qui lui trouvent un sens équivoque et dangereux. Ils se défient de cette dénomination pour plus d’un motif. Ils craignent que ce mot ne déguise mal le gouvernement populaire, ou ne marque en sa faveur une préférence marquée sur les autres formes du gouvernement. Ils craignent que la vertu de la religion chrétienne ne semble comme restreinte aux intérêts du peuple, les autres classes de la société, étant, en quelque sorte, laissées de côté. Ils craignent enfin que, sous ce nom trompeur, ne se cache quelque dessein de décrier toute espèce de pouvoir légitime, soit civil, soit sacré. »

Il semble qu’après de telles paroles, il eût été déférent et sage d’abandonner ce titre « équivoque et dangereux » de démocrate chrétien. Et, de fait, les vrais hommes d’œuvres n’y tiennent plus guère.

Il n’en est point de même de ceux qui veulent former dans l’Eglise une école et un parti, et qui constituent la seconde clase des démocrates chrétiens, celle dont nous avons à nous occuper.

Elle existe : «  NOUS SOMMES UNE ÉCOLE SOCIALE NOUVELLE, disait La Démocratie chrétienne, dans son numéro de mars 1897, ET UN PARTI SOCIAL NOUVEAU. Dès lors, il nous fallait un nom, un drapeau ; nous avons pris celui de démocrates… Mais nous ne sommes pas des démocrates tout court, nous avons voulu et nous voulons nous appeler « démocrates chrétiens ».

Un parti social qui se caractérise par ce nom : « démocrate » ; une école qui se donne pour enseigne : « la démocratie » ne sont et ne peuvent être qu’une école qui enseigne que la souveraineté appartient au peuple ; qu’un parti qui veut travailler à lui conférer effectivement cette souveraineté. On se demande comment la qualification « chrétien » peut être attribuée à cette école et à ce parti.

C’est la question que Mgr Manacorda, évêque de Fossano et doyen de l’épiscopat Piémontais, posa dans une lettre pastorale publiée en 1897 : « Il est une chose que j’aimerais savoir, c’est si, en prenant le titre de chrétiens, ces démocrates comptent porter leur démocratie dans l’Eglise catholique ou dans l’Etat. Vouloir la démocratie dans l’Eglise, dont la constitution est divine et la forme hiérarchique immuable, serait une tentative sacrilège. La vouloir dans l’Etat, ce ne peut être un mouvement catholique soumis à l’autorité ecclésiastique inspiré de l’Evangile et de l’Eglise, mais une insurrection plébéienne, à laquelle un citoyen honnête ne peut prendre part. D’après Aristote, la définition du gouvernement démocratique est : Democratia est principatus populi – vel popularis status – et est quum ad commodum egenorum reipublica a pauperibus gubernatur. Est-il possible que ce soit la classe infime de la société humaine, la plèbe, comme s’exprime notre philosophe, qui doive être appelée à gouverner l’autre ? » Le prélat réfute cette utopie par le bon sens et par l’histoire ? Il montre que partout et toujours, toutes les fois que la plèbe a triomphé, elle a amené avec elle la désolation et la misère.

La lettre se termine par cette déclaration : « Nous sommes catholiques. Il ne nous faut rien de plus. La foi catholique nous suffit, nous ne voulons pas de la foi démocratique[2]. »

Le parti et l’école de la démocratie chrétienne, quoique se disant « nouveaux », ne datent pas d’aujourd’hui ; ils viennent de Lamennais, non du Lamennais de l’Essai sur l’Indifférence, mais de celui de l’orgueil blessé.

Dans une lettre adressée, en octobre 1848, à l’Ami de la Religion, M. de Montalembert, parlant des disciples de cette école et des adhérents à ce parti, exprimait, en ces termes, la peine qu’il éprouvait de la nécessité où il se voyait de les avertir et de les dénoncer :

« …J’arrive maintenant au point le plus délicat, le plus difficile du sujet que j’ai voulu examiner avec vous. Je ne l’aborde qu’avec hésitation, avec douleur même. Avec douleur, parce qu’il ne s’agit plus de combattre des adversaires, mais de critiquer des amis, des frères. Mais, après avoir longtemps réfléchi, longtemps examiné notre situation, je sens que j’obéis à la voix d’un devoir, et ce devoir, je viens l’accomplir, non pas certes dans un esprit de lutte et d’animosité, mais au contraire avec la ferme résolution de ne pas dépasser les bornes d’un avertissement fraternel. »

Ces paroles expriment bien notre propre sentiment et notre propre volonté, mais elles marquent en même temps notre devoir.

Mgr Delassus


[1] L’abbé Joseph Lémann, La Religion du Combat, p. 262.

[2] L’Italia Reale a publié en entier ce document épiscopal et consacré plusieurs articles à en faire le commentaire.

Commentaires

Bravo.
Juste bravo.
Vous êtes très drôles.

Écrit par : Jean | vendredi, 06 novembre 2009

Nous nous y efforçons en effet, car nous tendons à la Sainteté. Et Saint François de Sales avait bien raison de dire qu' "un Saint triste, est un triste Saint"!
Eh oui, il existe encore des jeunes Français qui ont la vingtaine, et qui loin d'être vieux avant l'âge, sont au contraire animés d'un bel idéal, la Sainteté; ce qui ne les empêche pas d'avoir des amis, de faire des études etc., et en même temps de se MARRER!!!
Il semble tout de même que les clichés ont la vie dure, surtout dans le camp des grands défenseurs de la tolérance et toute cette sorte de choses...

Écrit par : Camillo | lundi, 09 novembre 2009

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