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jeudi, 03 septembre 2009

Le principe de toutes nos erreurs


« Dans une société qui croule de toutes parts, disait déjà M. Le Play en 1865 (15 fév.),il y a d’abord à redresser les idées. Ce qu’il faut c’est changer le moral et l’intelligence des classes éclairées, c’est améliorer le fond des choses à la lumière des principes ». « C’est l’erreur encore plus que le vice qui perd les nations. » Et en 1871 : « L’erreur nous a plus dévorés que ne nous dévorent à cette heure les communistes et les Prussiens. » « Ce qui combat ma foi dans l’avenir de la France, c’est que l’erreur a envahi presque complètement les classes dirigeantes. »
Ailleurs, M. Le Play dit au pluriel «les faux dogmes » ; ici, il dit simplement « l’erreur » : c’est qu’en effet une observation, même superficielle, permet bientôt de reconnaître que les erreurs du jour, dans l’ordre économique et social, sont apparentées entre elles ; un examen plus approfondi les montre filles d’une idée-mère, issues d’un même et unique principe.

Quel est ce principe ? Il importe grandement de le savoir, car si certaines idées sont vraiment pour nous des agents de mort, saisir leur racine, l’arracher des esprits et des cœurs, c’est bien le moyen d’emporter avec elle toutes ces fausses idées qui en sont les tiges et les branches.

La Papauté a rendu ce service à notre société défaillante, il y a un demi-siècle. Elle a défini le dogme de l’Immaculée Conception de Marie. Par cet acte, elle a énoncé de nouveau la vérité sur laquelle repose tout l’état social, et frappé les erreurs qui, si elles avaient plus longtemps le champ libre, accéléreraient la fin du monde. Elle a rappelé aux hommes que nous naissons tous dans le péché. Non point que Dieu ait ainsi constitué la nature humaine , mais parce qu’elle a sombré dans l’orgueil et la sensualité où l’a entraînée son auteur, notre premier père. Une seule exception à la transmission de l’état de déchéance, dans lequel la faute d’Adam a plongé toute sa race, a été faite en faveur de Maire. La Mère du Rédempteur, du Fils de Dieu fait Homme pour nous relever de notre chute a été mise à l’abri du torrent dévastateur qui saisit et emporte, dans ses flots ténébreux et boueux, tous les hommes à mesure que l’appel à la vie les fait entrer en participation d’une nature déchue et corrompue à ses origines.
L’exception confirme la règle. La proclamation du privilège dont jouit Marie, en sa Conception, a affirmé l’existence en chacun de nous du vice originel.
La méconnaissance ou la négation de ce fait est l’erreur capitale de ce temps.

Elle fut lancée dan le monde, il y a un siècle et demi, par J. J. Rousseau. D’elle sont nées toutes les idées révolutionnaires et la Révolution elle-même…
L’homme naît bon, la société le déprave, a dit l’évangéliste des temps modernes.
L’homme naît bon ; il doit donc avoir ses libertés, qui ne peuvent produire que le bien.
Les hommes sont tous également bons : ils sont donc tous égaux en droits.
La société déprave l’homme ; il faut donc détruire la société, cause du mal dont l’homme souffre .
Rien ne préservera la civilisation d’une ruine finale, si l’Europe ne rejette ces erreurs, si elle ne revient à la vérité, dont le mépris l’a fiat courir après les libertés funestes, l’égalité niveleuse et le droit à toutes les insurrections ; en un mot, si elle ne prête l’oreille à la sentence prononcée aux premiers jours du monde et si opportunément rappelée en notre temps par le Vatican.
Pie IX n’ignorait pas que les idées révolutionnaires tirent leur filiation de ce faux dogme. Aussi, lorsqu’il voulut faire un Syllabus de toutes les fausses doctrines du temps présent, pour nous engager à les combattre sous sa direction, se mit-il sous les auspices de la Vierge immaculée et choisit-il pour les dénoncer au monde, l’anniversaire du jour où il avait proclamé l’Immaculée Conception de Marie. En rétablissant par ces deux grands actes la notion de la chute et de ses conséquences, Pie IX atteignit la Révolution au cœur, et il ne dépend que de nous que l’effet, c’est-à-dire la mort de l’erreur, la fin de l’ère révolutionnaire ne s’ensuive.
L’esprit révolutionnaire sentit l’atteinte qui lui était portée par la définition de l’Immaculée Conception. Les conseillers d’Etat, Bonjean, Boulay de la Meurthe et quelques autres firent difficulté pour accepter la bulle par laquelle le Souverain Pontife notifiait sa décision au monde chrétien. Une discussion assez vive s’engagea sur ce point. Finalement la bulle fut admise mais d’assez mauvais grâce et le gouvernement de Napoléon ne dissimula guère qu’au fond il la désapprouvait .
Dans le même esprit, le 5 janvier 1865, M. Baroche, ministre des cultes, fit promulguer par l’empereur le décret défendant aux évêques de publier le Syllabus.
La secte sait bien que la Révolution est sortie de l’erreur prêchée par J.-J. Rousseau. Aussi de tous les dogmes chrétiens, celui qu’elle attaque le plus obstinément, c’est celui du péché originel, pensant ainsi renverser la base du christianisme et de tout l’état social.
Le 24 février 1882, le F. Courdavaux, disait à Arrras, à la loge La Constante Amitié : « La cause libérale est intimement liée à la question religieuse. Au fond de presque tous nos débats politiques du jour, on trouve l’affirmation ou la négation de la vérité du catholicisme. Or, la base essentielle du catholicisme, c’est le péché originel, sans lequel le Christ n’aurait pas eu à venir. Renier ce dogme, c’est donc attaquer le catholicisme dans son fondement même . »
L’affirmation de la bonté native de l’homme fut non seulement la thèse de Rousseau dans le Contrat social, mais celle des Constituants en 1789 et des Conventionnels en 1793 ; c’est celle de tous les systèmes contemporains, et c’est pourquoi le Syllabus et l’Immaculée Conception sont l’objet des blasphèmes de la secte et de ses continuelles et plus instantes récriminations.
Par une disposition miséricordieuse de la divine Providence, en face de la secte et pour la contredire sur ce point, s’est levée une école qui, à son principe du moins, s’est donné pour l’une de ses principales tâches de ramener les esprits à la considération du fait de la déchéance humaine, de la prospérité des peuples qui la reconnaissent et basent sur cette donnée leurs institutions ; et aussi de cet autre fait, la décadence visible de ceux qui la nient. Je veux parler de la Société d’Economie sociale et des Unions de la Paix sociale, fondées par M. Le Play dans le temps même où fut définie l’Immaculée Conception de Marie, et alors que ce grand sociologue n’avait assurément aucune idée des rapports que cette définition pouvait avoir avec son œuvre.

Le général de Lamoricière, désabusé de la Révolution, a fait honneur à Le Play de sa conversion, en ces termes : « Les principes de 1789 sont la négation du péché originel. Le Play a tracé ainsi la genèse de ce faux dogme : La croyance la perfection originelle de l’homme est une erreur qui a été introduite en France au XVIIIe siècle par les Anglais (par les loges qu’ils établirent en France à cette époque). Elle a été alors professée par J.-J. Rousseau dans tous ses écrits : puis propagée par les salons ; et enfin adoptée comme principe par les novateurs de 1789, de 1830, de 1848 et de 1870 ».
Le Play raconte que, dès son arrivée à Paris, en 1824, au moment de son entrée à l’Ecole polytechnique, deux camarades l’entreprirent pour le faire entre dans ce qu’il a si bien appelé depuis « l’erreur FONDAMENTALE du dix-huitième siècle et du nôtre », la doctrine de Rousseau sur « la perfection originelle de l’homme. »
Elevé par une mère chrétienne, après avoir écouté tous les novateurs contemporains, il revint peu à peu à la vérité qu’il avait reçue d’elle, parce qu’il voyait inscrite partout, dans les faits, la condamnation des erreurs opposées à ce que sa mère, instruite par l’Eglise, lui avait enseigné.
De 1829 à 1853, il visita à trois reprises chaque partie de l’Europe et les régions contiguës de l’Asie demeurant plusieurs mois en un même lieu pour vérifier souvent les mêmes faits et soumettre à un contrôle incessant les conclusions à en tirer. L’Allemagne et l’Espagne, la Belgique et l’Angleterre, avec l’Ecosse et l’Irlande ; la Russie, le Danemark, la Suède et la Norvège ; la Suisse et l’Italie ; l’Autriche et la Turquie furent soumises tour à tour à ses investigations. En commençant ses voyages, M. Le Play n’avait d’autre but que de recueillir les observations qui pouvaient lui être utiles, comme ingénieur, au point de vue technique. Mais bientôt son esprit philosophique et son amour du bien le portèrent à diriger son attention sur l’état social des divers peuples qu’il visitait, et sur les causes de la situation bonne ou mauvaise où il les trouvait. Les idées qu’il avait acceptées de ses contemporains ne tardèrent pas à se modifier. « La réaction ne s’opéra pas sans résistance dans mon esprit, dit-il. Cependant, l’évidence des faits ne tarda pas à triompher de mes préjugés. Dès que j’eus constaté l’inexactitude de plusieurs opinions dans lesquelles j’avais été élevé (par ses maîtres), je m’habituai si bien à subir l’autorité de l’expérience, que j’éprouvais bientôt plus de satisfaction à découvrir mes erreurs que je n’en avais précédemment à me croire en possession de la vérité . »

Il arrivait peu à peu à reconnaître que les procédés techniques de chaque industrie, objet professionnel de ses études, étaient chose secondaire pour la prospérité à atteindre, que la première condition du succès est dans le ressort moral, que c’est au principe moral que les populations doivent leur bien-être. Il constatait qu’il n’y a pas de travail productif et fécond sans la vertu ; que le fondement de la vertu est dans la religion.
Les observations qu’il recueillit partout servirent à composer un grand ouvrage où il établit, par les faits, les conditions sans lesquelles une société ne peut prospérer et grandir. Il le publia, en 1855, après dix-huit ans d’un travail opiniâtre, sous ce titre : Les Ouvriers européens. L’apparition de ce livre fut un événement. Il donna naissance à l’Ecole que nous avons nommée. Elle poursuit ses recherches, dans le même but, en suivant la même méthode, quoique, peut-être, elle n’insiste plus autant que son fondateur sur ce que celui-ci considérait comme étant le point capital.

Après ce grand ouvrage, M. Le Play en publia d’autres en vue dela réforme à obtenir dans la société, dans la famille et dans l’organisation du travail. Il s’appliqua à décrire les maladies dont souffre notre pays, à en indiquer les remèdes, et surtout à faire appel aux gens de bien, à les grouper, à les unir dans la pensée et la volonté de travailler à la restauration ou à la défense des VERITES NECESSAIRES.

Au premier rang des vérités nécessaires à la prospérité des nations et des familles, il plaçait la croyance au dogme de la chute originelle, la connaissance des suites qu’elle eut pour toutes les générations humaines, l’éducation qu’elle impose, les institutions sociales qui doivent en tenir compte. Après avoir lu celui des ouvrages de M. Le Play qui est intitulé : La Réforme sociale, M. de Montalembert écrivait à M. Cochin : Ce que j’admire le plus en lui, c’est le courage qui lui a permis de lutter à visage découvert contre la plupart des préjugés dominants de son temps et de son pays, comme il l’a fait très spécialement dans son excellent chapitre sur l’enseignement, et partout où il confesse si nettement la chute originelle de l’homme, cette doctrine qui répugne si profondément à l’orgueil servile de nos contemporains. »

Mgr Delassus

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