mardi, 23 avril 2013

UNIVERSITE SAINT-LOUIS 2013 - CAMP CHOUAN



 
 
 
Dieu et le Roi
 
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Union des Cercles Légitimistes de France
 
 

UNIVERSITE SAINT-LOUIS 2013 - CAMP CHOUAN

pour  TOUS de 17 à 97 ans

connaissance de la  Légitimité. Formation permanente. Formation des cadres et des jeunes.
 
la VERITE existe en politique.
 
Du lundi 22 juillet (16h), au vendredi 26 (14h)
Rendez-vous au château de Couloutre en Nivernais (58220)
 
LES OBJECTIFS :
Pour acquérir une vraie formation politique et devenir des combattants efficaces, il s’agit de bien identifier :
ce pour quoi on se bat (connaissance de soi), la monarchie traditionnelle de droit divin,
ce contre quoi on se bat (connaissance de l’adversaire), les idéologies (libéralisme, nationalisme, socialisme), toutes filles de la Révolution et de la gnose.
 
LE TRACT A TELECHARGER ET A DIFFUSER LARGEMENT
 
LE PROGRAMME
Dans l’esprit de camaraderie qui a fait son renom, retrouvez Lulo, Faoudel, Gédéon, Savéan, Surville et bien d’autres au cours
- de conférences,
- d’exposés,
- d’ateliers.
RENSEIGNEMENTS ET INSCRIPTIONS
Pour le voyage, possibilité de covoiturage à partir de Bretagne, de l’Anjou, du Poitou, de la Vendée, se renseigner.
 
 
 
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Tribune libre de Jean de Rouen*
 
Est-ce une révolte ? Non, c’est une contre-révolution !
 
http://www.ndf.fr/files/2013/03/Capture-d%E2%80%99%C3%A9cran-2013-03-30-%C3%A0-11.11.41.pngCe qui est légal n’est pas toujours légitime
 
Frigide Barjot veut inscrire son opposition au projet de loi dans un cadre légal. Bien. Mais lorsque tous les moyens légaux auront été épuisés ? Lorsque le projet de loi aura été entériné par le Sénat ? Que proposera-t-elle alors ? La mobilisation va-t-elle se disperser et mourir afin de ne pas excéder les limites du cadre légal si cher à Frigide Barjot ?
 
Les interrogations suivantes permettront de mettre en lumière le véritable enjeu qui se trame, l’air de rien. Lorsque les dignitaires nazis ont été jugés à Nuremberg, n’ont-ils pas invoqué les ordres reçus pour justifier leurs crimes ? Hitler n’a-t-il pas effectivement été élevé sur le pavois par le suffrage des électeurs ? Le régime qu’il a mis en place n’a-t-il pas fait l’objet d’une législation ? Cela admis, une question s’impose : au nom de quoi ont donc été condamnés les criminels nazis ? Leur condamnation ne suppose-t-elle pas l’existence d’une norme supérieure à la loi, n’implique-t-elle pas une référence plus haute, un critère qui se situerait au delà de la loi, et à l’aune duquel la loi elle-même pourrait être jugée ?
 
À la vérité, si l’on nie l’existence de principes supérieurs à la loi, il faut accepter que celle-ci puisse être à elle-même sa propre justification. En un mot, il faut accepter l’arbitraire du législateur. Remettre en cause la loi, c’est admettre au contraire, fût-ce tacitement, l’existence d’un ciel métaphysique au dessus de nos têtes, mesure du bien et du mal, mesure du droit qui doit inscrire dans le temps l’expression d’une loi immuable dont l’homme n’est pas l’auteur. Mais dont il est tributaire dans toutes les dimensions de l’économie humaine. L’enjeu ? Le maintien d’une distinction fondamentale entre ce qui est légal et ce qui est légitime. Et c’est aux exigences de cette dernière et ultime référence que nous voulons suspendre le cours de notre action.
 
La volonté générale pourrait bien demain entériner le mariage homosexuel, ce serait égal bien que légal. Car ce n’est pas la volonté humaine, fût-elle générale, qui détermine le bien et le mal. Tentation bien connue depuis le péché originel : « Vous serez comme des dieux. Vous déciderez le bien et le mal ». La vérité ne procède pourtant pas de l’addition arithmétique des suffrages.
 
Point de rupture
 
Il est certain que lorsque le pouvoir est détourné du bien commun pour être ordonné à la satisfaction d’exigences catégorielles ou idéologiques, il perd sa raison d’être. Il n’est pas moins certain, à cette école, que lorsque le pouvoir, passant outre les limites et le cadre de son autorité, s’emploie à bousculer les fondements et les assises d’une civilisation, il sombre dans l’illégitimité et suscite un vent de révolte populaire dont il apparaît clairement que la France a ressenti les prémisses dimanche dernier… Une France traditionnelle, attachée aux valeurs sur lesquelles elle s’est construite, et qui ne veut plus négocier avec la Révolution ce qui n’est plus négociable. Un point de rupture, à l’évidence, auquel vont désormais devoir se heurter les autorités si elles persévèrent à prendre le masque des fossoyeurs de la Civilisation !
« La Révolution peut bien prendre le masque de la légalité, son entreprise destructrice la révèle au grand jour. »
 
La Révolution a passé par là
 
Car il faut être clair : nous assistons aujourd’hui à la réalisation des implications les plus ultimes de la Révolution. Celle-ci , fidèle à sa politique de la table rase, seule fidélité qu’elle n’ait d’ailleurs jamais cessé d’assumer, se veut une négation : négation du passé, certes ; mais plus encore, négation du réel. Car la Révolution voit dans l’émancipation un facteur de progrès humain. La pensée libérale, qui coule dans ses veines, veut donc affranchir l’individu de tous principes qui ne procèderait pas de son libre arbitre, le libérant ainsi de toute détermination naturelle, selon les vœux de l’existentialisme, pour l’établir alors dans un rapport de propriété avec lui-même – le slogan « mon corps m’appartient » suggère que le corps n’est plus ce que je suis, mais ce que je possède – et, ainsi que l’envisagent les théories du Contrat, avec les communautés d’appartenance que sont la famille et la nation – objets désormais de toutes les expérimentations possibles.
 
Ainsi, depuis la Révolution, l’individu est invité à se défaire de tous les liens de dépendance qui l’attacheraient à des réalités supérieures à lui-même : à occulter la dimension morale qui l’habite comme si celle-ci n’était que le fruit d’une représentation culturelle acquise par l’éducation, à se libérer des fidélités passées commandées par le devoir de reconnaissance envers ceux auxquels il est redevable et dont il est débiteur, à étouffer le sentiment d’ordre filial qui peut l’unir à sa famille ou à sa patrie… Cela afin d’assumer son absolue autonomie, comme un besoin d’indépendance jusqu’à l’absurde. Une invitation à congédier saint Paul, dont l’écho semble s’estomper avec le temps qui passe : « Qu’as-tu que tu n’ais reçu ? Mais alors, si tu l’as reçu, pourquoi t’en glorifies-tu ? »
 
Les révolutionnaires, Madame Barjot, ne sont pas les manifestants excédés !
 
Les révolutionnaires, Madame Barjot, car vous nous expliquez que vous ne voulez pas en être, ce ne sont pas les manifestants excédés qui ont accumulé les frustrations et les vexations d’un gouvernement devenu illégitime : les révolutionnaires, ce sont précisément ceux qui ont décidé de renverser l’ordre traditionnel de la société, ce sont ceux qui nient l’ordre naturel, ou qui déclarent vouloir s’en émanciper, sous le fallacieux prétexte d’une liberté mal comprise, qui recouvre en fait un nouvel esclavage, celui du consumérisme. Les opposants à leur funeste projet sont au contraire des contre-révolutionnaires, qui veulent reconstruire la société sur ses fondements traditionnels, au premier rang desquels la famille, principe objectif de l’ordre social, condition de sa pérennité.
 
 
http://ws.assoc-amazon.fr/widgets/q?_encoding=UTF8&ASIN=2841912647&Format=_SL160_&ID=AsinImage&MarketPlace=FR&ServiceVersion=20070822&WS=1&tag=httpwwwndffr-21La Révolution peut bien prendre le masque de la légalité, son entreprise destructrice la révèle au grand jour. Le sens populaire s’inquiète, les consciences s’agitent, les volontés frémissent, les âmes pieuses confient l’avenir au Ciel… car les Français ont jugé : ils réagiront avant que le point de non-retour ne soit atteint !
 
*Jean de Rouen est professeur de philosophie et ancien collaborateur de Bruno Gollnisch. Il est l’auteur de La droite parlementaire est-elle encore de droite ?
 
Source :  http://christroi.over-blog.com/article-est-ce-une-revolte-non-c-est-une-contre-revolution-j-de-rouen-116661372.html

mardi, 19 février 2013

NAISSANCE dans le champ politique, temporel, où doit (devrait) s'exercer la plus grande c harité du fidèle laïc, d'un nouveau blogue légitimiste.

NAISSANCE dans le champ politique, temporel, où doit (devrait) s'exercer la plus grande charité du fidèle laïc, d’un nouveau blogue légitimiste.
 
 
 
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Vœu de Louis XIII
 
 
Nous avons la joie de vous annoncer un nouveau blogue légitimiste pour servir Dieu et le Roi.
 
 
 
 
Merci à « LULO ».
 
Que son zèle au service de la Vérité soient contagieux !
 
 
 
COMMENT FONCTIONNERA LEGITIME DEFENSE  ?
En un mot, ce blogue ne fonctionnera pas comme la plupart des sites royalistes... ce qui est en toutes choses le signe distinctif des légitimistes !
Ainsi, le lecteur n’y trouvera pas ces navrants articles sur la politique intérieure ou les relations internationales, pompés sans vergogne dans la grande presse nationale... J’estime, à tort ou à raison, que celui qui veut consulter Le Figaro peut se le procurer autrement.
De même, on évitera ce fouillis d’articles et de liens sur n’importe quel sujet vaguement culturel... Légitime Défense n’a pas vocation à être un office de tourisme virtuel, ni la vitrine des goûts de son auteur, mais un blogue politique.
Les sujets proprement religieux seront exceptionnels, uniquement pour éclairer certains sujets. En effet, fidèles à la doctrine catholique, les légitimistes partent du principe que les laïcs n’ont pas à empiéter sur le domaine des clercs (et réciproquement, du reste !). Haro donc sur les bobards sédévacantistes et sur le vaticanisme, avec ses Louis Veuillot au petit pied, modeleurs autoproclamés de l’opinion catholique ! En un mot, pas de glose divinatoire sur les relations entre entre Rome et la Fraternité Saint-Pie X mais uniquement des interventions concernant les convergences, bonnes ou mauvaises, entre la politique et la religion.
Ici, on servira donc :
- en premier lieu, des analyses de première main, dûment référencées, sur les multiples sottises historiques, philosophiques, politiques et religieuses qui me parviennent presque quotidiennement... La fréquence de publication sera ainsi établie en fonction des arrivages !
- de loin en loin, des études doctrinales mais aussi des synthèses pédagogiques destinées aux "nouveaux arrivants" et plus généralement à tous ceux qui veulent connaître la Légitimité telle qu’elle est, loin des préjugés et des calomnies de ses détracteurs.
- des informations concernant les différents évènements légitimistes à travers la France.
Enfin, tous ceux qui le souhaitent peuvent m’écrire à l’adresse suivante :
admlegdef(at)hotmail.fr
Leur prose (ou leurs vers !) pouvant, pourquoi pas, faire l’objet d’un prochain article.
Ainsi, en résumé, ce blogue a pour vocation de servir Dieu et le Roi, d’une part par la promotion de l’ordre naturel et révélé et d’autre part, par le combat inlassable contre les mutilations que lui font subir toutes les formes de Révolution, théoriques et pratiques. Qu’on se le dise, les mouvements et les idées subiront ici une guerre acharnée, même si leurs promoteurs doivent bénéficier naturellement de la charité chrétienne. Malheureusement, je ne puis rien contre le fait que certains d’entre eux aient l’impression qu’on leur arrache un bras dès qu’on touche à leurs chères opinions, amoureusement couvées au sein de leur nombril...
 
 
 
 
René Essirard   0675265765

Virée de Galerne (Sam. 23) / Bx Noël Pinot (Dim. 24)


Association du Souvenir de la Chouannerie du Maine
Samedi 23 février 2013

A l'invitation de la Société d'Archéologie et d'Histoire de la Mayenne, v
ous êtes cordialement invité(s) à assister à la conférence animée par

 Pierre GRÉAU
"La marche sanglante des Vendéens"

à 14h30, amphithéâtre de l'Université Catholique de l'Ouest
14, rue du Mans à Laval
(Participation - non membre de la SAHM : 5 €)

Pierre Gréau est :
- Vice-président du Souvenir vendéen (www.souvenirvendeen.org)
- Secrétaire de l’Association Le Mans Virée de Galerne (www.le-mans-viree-de-galerne.com)
- Membre du Souvenir de la chouannerie du Maine
- Membre des Descendants de Chouans et Vendéens
- Président du Cercle d'histoire et d'études locales du Pays de la Châtaigneraie




Dimanche 24 février 2013 : avec le Souvenir Vendéen

Hommage au Bienheureux Noël Pinot



vendredi, 25 janvier 2013

Qui se souvient du 21 janvier 1793 ? Mort de Louis XVI et chronologie d’une journée emp reinte de stupeur populaire

« Maintenant que j’ai hélas ! le temps de méditer, je me demande si l’erreur initiale de la France ne remonte pas à l’exécution de Louis XVI », aurait dit Raymond Poincaré, ancien président de la République, à un visiteur dans les derniers jours de sa vie (cité dans La Revue de Paris du 15 décembre 1936). De cette « erreur initiale » du 21 janvier 1793, le journaliste et publiciste Simon Boubée nous livre le déroulement circonstancié, un siècle jour pour jour après une décapitation suscitant la stupeur d’un peuple dont on s’assura du calme en le contenant avec force soldats et gardes nationaux.


Qui se souvient du 21 janvier 1793 ? Mort de Louis XVI et chronologie d’une journée empreinte de stupeur populaire
C’est dans un article du 21 janvier 1893 paru pour le centenaire de la décapitation du roi dans le quotidien Le Gaulois – journal auquel participèrent nombre de plumes telles que Zola, Barbey d’Aurevilly, Maupassant ou encore Mirbeau, et qui fusionnera en 1929 avec Le Figaro –, que Simon Boubée (1846-1901) retrace une journée du 21 janvier 1793 marquée, selon lui, par un crime dont la France ne sortira pas indemne.

Aujourd’hui 21 janvier 1793, s’est commis un des plus grands crimes de l’histoire. Le plus lâche peut-être, et le plus gratuit. Le roi Louis le seizième a été décapité par la hideuse machine du citoyen docteur Guillotin, écrit Boubée.

Il fut, avec Henri IV celui de nos Rois qui eut le plus et le mieux le sens du progrès social et le désir du bonheur de son peuple. Henri IV est mort victime de la sanguinaire extravagance d’un fanatique, Louis XVI est mort victime de la cruelle, impitoyable et d’ailleurs absurde politique d’un groupe de sophistes et d’ambitieux agitateurs.

Bien que l’ensemble de la nation n’ait point participé, autrement que par son apathie, à l’assassinat juridique qui vient de se commettre place de la Révolution, elle doit, cependant, d’après la logique providentielle, porter la peine de ce forfait plus qu’elle n’a porté celle du crime de Ravaillac.

Sans doute, en expiation du crime du 21 janvier, toléré par elle et commis par ses prétendus représentants, elle va tomber d’anarchies en dictatures, ces deux grands fléaux des peuples ingrats.

Hier au Temple

La Convention avait permis que le « condamné Capet » fît ses adieux à sa famille, dont il était séparé depuis longtemps déjà, dans son odieuse prison... À huit heures du soir, hier, le Roi sortit de son cabinet et dit aux commissaires présents près de lui de le conduire vers les siens. Les municipaux répondirent que cela ne se pouvait point, mais qu’on allait faire descendre sa famille, s’il le désirait.

– A la bonne heure, dit le Roi, mais le pourrai au moins la voir seul dans ma chambre ?
– Non, répondit un des municipaux ; le ministre de la justice a décidé que ce serait dans la salle à manger.
– Mais, objecta le Roi, le décret de la Convention me permet de voir ma famille sans témoins.
– Cela est vrai, répondit un municipal, vous serez en particulier, on fermera la porte ; mais par le vitrage nous aurons les yeux sur vous.
– C’est bien, dit le Roi ; faites descendre ma famille.

Sa Majesté entra dans la salle à manger suivi du sieur Cléry, son valet de chambre. Ce dernier rangea la table de côté et plaça des chaises dans le fond de la salle, pour que la famille royale eut un peu d’espace. « Il faudrait, dit le Roi, une carafe d’eau et quelques verres. » II y avait là une carafe d’eau glacée ; le Roi ne voulut pas la conserver, de peur que la Reine n’en bût et qu’elle en fût incommodée. Cléry apporta donc une carafe d’eau simplement fraîche.

A huit heures et demie, la porte s’ouvrit. La Reine parut la première, tenant son fils par la main ; ensuite Madame Royale et Madame Elisabeth. Tous se précipitèrent dans les bras du Roi. Un morne silence régna pendant quelques minutes, interrompu seulement par des sanglots. Cependant, le Roi s’assit, la Reine à sa gauche. Madame Elisabeth à sa droite, Madame Royale presque en face et le jeune prince debout entre ses jambes. Tous étaient penchés vers lui, le tenant souvent embrassé. Cette scène de douleur dura plus d’une heure.

A dix heures un quart, le Roi, qui avait, par de douces paroles, essayé de consoler sa famille, se leva le premier et tous le suivirent. Cléry ouvrit la porte vitrée qu’il avait fermée sur eux. Les municipaux qui avaient espionné les infortunés se découvrirent sur leur passage.

– Je vous assure, dit le Roi, que je vous verrai demain matin, à huit heures. Vous nous le promettez, demandent-ils tous ensemble.
–Je vous le promets, répondit le Roi.
– Pourquoi pas à sept heures ? demande la Reine.
– Soit, à sept heures, reprit Louis XVI. Adieu.

Les sanglots redoublèrent. Madame Royale tomba évanouie aux pieds du Roi. Cléry la releva et aida Madame Elisabeth à la soutenir. Cependant, le Roi voulant mettre fin à cette scène déchirante, leur donna à tous les plus tendres baisers et parvint à s’arracher de leurs bras... Le Roi a soupé après cette cruelle séparation. Il a mangé peu, mais avec appétit.

Les dernières heures

Hier, comme nous l’avons dit, le Roi a fait ses adieux à sa famille. Navrants adieux, dont parlera l’histoire, dont le récit fera couler bien des larmes. Hélas ! combien elle était triste, la vie de l’auguste famille, dans cette prison du Temple, dont le séjour lui avait été rendu de moins en moins supportable. L’hypocrite et violente Révolution avait tout d abord feint de traiter en Roi le royal prisonnier. On lui avait laissé une apparence de maison : ses repas, aux frais de l’Etat, étaient, sinon somptueux, du moins convenables. Mais, peu à peu, la misère était venue. Misère du linge, misère des vêtements, misère des aliments, misère des remèdes pour la maladie !...

Puis ce furent des injures, des calomnies infâmes, dont l’écho arrivait jusqu’aux infortunés prisonniers du Temple. De toutes parts avaient surgi d’inqualifiables pamphlets : les Soirées amoureuses du général Mollier, par le petit épagneul de l’Autrichienne ; le Ménage royal en déroute ; Grande entrevue, dans la tour du Temple, entre Charles, libre patriote sans moustache, avec Louis Veto, l’esclave, et sa famille. Il est des titres que nous ne pouvons reproduire ; il est des imputations portées contre l’auguste Reine auxquelles nous ne pouvons même faire une allusion discrète. Jamais la vilenie populacière n’était allée plus loin, poursuit le chroniqueur du Gaulois.

Ces tortures physiques et morales vont cesser – du moins pour le Roi. Hier, il a su qu’il devait mourir. Et se couchant, il a dit à Cléry, son valet de chambre : « Demain, mon ami, vous me réveillerez à cinq heures. » A peine Louis XVI fut-il au lit, qu’il s’endormit du sommeil le plus calme... D’après les ordres qu’il avait reçus, Cléry, qui avait passé la nuit sur un fauteuil, dans la chambre même du Roi, vint tirer les rideaux du lit – le Roi dormait toujours les rideaux fermés – et lui dit : « Sire, cinq heures sonnent à plusieurs horloges. » Le Roi demanda alors son confesseur, M. Edgworth de Firmont, prêtre non assermenté, que ses bourreaux lui ont permis de choisir pour l’assister.

– M. l’abbé est sur mon lit », répond Cléry.
– Et vous, demande le Roi, où avez-vous donc passé la nuit ?
– Ici, sur une chaise.
– Ah ! je le regrette, reprend Louis, vous devez être bien fatigué, mon pauvre Cléry.
– Hélas Sire, puis-je penser à moi en un pareil moment.

Le Roi prend la main de son valet, qui fond en larmes : puis Cléry procède à la toilette du Roi. Quelques municipaux entrent ; le Roi leur fait un léger signe de tête et dépose sur la cheminée sa bourse, sa montre, sa boîte à tabac et plusieurs autres objets. Sa toilette est achevée. Il porte un habit gris, une veste blanche, des bas de soie bleuâtre, un chapeau à tricorne d’une grande dimension, bordé d’une ganse d’argent.

M. l’abbé Edgworth entre alors et passe avec le Roi dans un cabinet attenant à la chambre à coucher. Pendant ce temps, le sieur Cléry place au milieu de la chambre une commode qu’il arrange en forme d’autel pour dire la messe. Dès deux heures du matin, on avait apporté les ornements sacerdotaux et tout ce qui est nécessaire au saint sacrifice. Tout est prêt. Le Roi et son confesseur rentrent dans la chambre à coucher, transformée en chapelle.

Le prêtre revêt les habits sacerdotaux, Cléry se dispose à servir la messe, et le Roi prend place sur un coussin au pied de l’autel. La sainte communion – le viatique, hélas ! – est donnée au royal martyr, qui la reçoit avec la plus édifiante piété. La messe unie, le Roi se retire dans son cabinet où le sieur Cléry va le rejoindre.

– Cléry, dit le Roi, je vous remercie de vos soins.
– Ah ! sire, que ne puis-je donner ma vie pour sauver la vôtre ?...
– La mort ne m’effraie pas. Vous, mon cher Cléry, ne vous exposez pas, restez ici pour veiller sur mon fils. Un jour peut-être il pourra récompenser votre zèle.

Cléry tombe aux pieds du Roi. Ses sanglots l’empêchent de parler. « Adieu, lui dit le Roi, adieu mon cher Cléry, veillez sur mon fils !... »

A sept heures, le Roi sort de son cabinet et remet à Cléry quelques bijoux pour les membres de sa famille. Puis il demande des ciseaux pour que Cléry lui coupe les cheveux ; on lui refuse cette faveur. Cependant un des municipaux vient dire à Cléry : « Citoyen valet, disposez-vous pour aider votre maître à le déshabiller sur l’échafaud. » Le sieur Cléry devient d’une pâleur mortelle et est près de s’évanouir. « Du courage, Cléry, dit le Roi, je suis aise de vous avoir près de moi jusqu’au dernier moment. »

Cléry s’incline... Un autre municipal vient apporter un contre-ordre. « Le citoyen Cléry restera ici, dit-il ; le bourreau est assez bon pour Capet. » Neuf heures sonnent. La sinistre prison retentit sous des pas nombreux. Des voix se font entendre. Le bruit va toujours croissant. Santerre, accompagné de sept à huit municipaux, entre à la tête de dix gendarmes et les range sur deux lignes. A ce moment, le Roi sort de son cabinet, où il s’était recueilli quelques instants.

– Vous venez me chercher ? dit-il à Santerre.
– Oui.
– Je vous demande une minute.

De nouveau, le Roi rentre dans son cabinet. Il en sort au bout de quelques secondes, suivi de son confesseur. Le Roi tient à la main son testament, et, s’adressant à un municipal, nommé Jacques Roux, prêtre jureur, il lui dit :

– Je vous prie, monsieur, de remettre ce papier à la Reine, ma femme.
– Cela ne me regarde pas, répond brutalement Jacques Roux. Je suis ici pour vous conduire à l’échafaud.

Le Roi s’adresse alors à un autre municipal, le citoyen Gobeau : « Monsieur, dit-il, remettez, s’il vous plaît, ce papier à ma femme. Vous pouvez en prendre lecture ; il y a des dispositions que je désire que la Commune connaisse. » Cléry présente alors au Roi sa redingote. « Je n’en ai pas besoin, dit le Roi, je ne sens pas trop le froid aujourd’hui. » Et il ajoute, en souriant : « Ce n’est pas comme le jour de la mort de Charles Ier. »

On sait, en effet, que Charles Ier, dans la même circonstance, avait dit à son valet de chambre : « Mon cher Herbert, il me faut une chemise de plus que de coutume. La saison est froide, et je pourrais trembler. Quelques spectateurs l’attribueraient peut-être à la peur, et je ne veux pas qu’un tel reproche m’atteigne. Je suis préparé à la mort, et j’en bénis Dieu ! »

La main de Louis XVI rencontre celle de Cléry, qu’il sert pour la dernière fois.

– Messieurs, dit alors le Roi aux municipaux, je désirerais que Cléry restât près de mon fils, qui est accoutumé à ses soins. J’espère que la Commune accueillera cette demande.
– Partons, dit Santerre.
– Soit, partons, répond le Roi.
A l’entrée de l’escalier, le Roi rencontre Mathey, le concierge de la Tour. L’avant-veille, ce drôle était resté couvert devant le Roi, Louis XVI lui avait donné une leçon de politesse, d’ailleurs fort modérée. A sa vue, le Roi s’arrête. Ses yeux expriment une extrême bonté. « Monsieur, dit le Roi, j’ai eu, avant-hier, un peu de vivacité avec vous ; je vous prie de ne m’en pas vouloir et je vous en demande pardon. » Le croira-t-on ? Ce rustre reste insensible devant ce sublime exemple d’humilité chrétienne. Il feint de n’avoir rien entendu et tourne le dos au royal martyr.

Sur le passage du roi. Tentative de délivrance. La voie douloureuse.

Le Roi est monté dans la voiture du maire de Paris, entre le citoyen maire lui-même, l’abbé Edgeworth de Firmont et deux gendarmes. Le citoyen maire a gardé son chapeau. « Vous aviez oublié votre chapeau, la dernière fois que je vous vis au Temple, monsieur, lui dit le Roi ; vous avez été plus soigneux aujourd’hui. » Le citoyen ne répond pas. Il n’a peut-être pas compris.

Le Roi, parfaitement calme, presque souriant, regarde par les portières du carrosse municipal. Du Temple à la place de la Révolution, la voie publique est gardée par une haie de soldats ou de gardes nationaux. Ces derniers, coiffés d’un bonnet rouge et armés de piques. Quelques cris hostiles au Roi se font entendre. Louis XVI ne paraît pas ému et demande quelques renseignements sur les précautions militaires qui ont été prises.

Tous les établissements nationaux sont gardés par des détachements. Il y a des pièces de canon braquées sur toutes les places publiques et des corps de réserve nombreux dans chaque quartier. Douze cents citoyens bien armés, ayant chacun vingt-cinq cartouches, forment la garde qui, sous le commandement de Santerre, précède et suit la voiture du Roi. L’escorte se compose aussi de gendarmes à cheval.

On arrive boulevard Bonne-Nouvelle, un grand mouvement se produit dans la foule. Les cavaliers font cabrer leurs chevaux, les fantassins croisent la baïonnette. Un jeune homme s’est détaché de la foule, a fendu la haie d’hommes armé de piques. II tient d’une main une épée et de l’autre un pistolet. « Mes amis, dit-il, sauvons le Roi !... » Quelques jeunes gens le suivent, mais ils sont immédiatement saisis... plusieurs d’entre eux tombent frappés de coups de sabre.

Tout cela n’a, d’ailleurs, duré que quelques secondes. Le Roi ne s’est pas bien rendu compte, lui-même, de ce qui se passait. A partir de ce moment, la voiture accentue sa marche. Le Roi s’entretient sans cesse avec son confesseur. Dix heures sonnent... La voiture entre sur la place de la Révolution...

Le baron Jean de Batz

Nous avons parlé, tout à l’heure, écrit encore Simon Boubée, d’une tentative de délivrance du Roi, qui a eu lieu à la hauteur du boulevard Bonne-Nouvelle. L’auteur de cette tentative est M. le baron Jean de Batz, une des personnalités les plus originales et les plus sympathiques de ce temps-ci. Arrière-petit-fils de Manaud III, baron de Batz, compagnon d’armes et ami intime d’Henri IV, Jean de Batz est né à Goutz-les-Tartas, en 1760 [l’année avancée aujourd’hui est 1754].

Député de la noblesse aux Etats généraux de 1789, il siégea au côté droit, et montra de grandes connaissances en matière de finances. En vrai Gascon, il joint beaucoup d’habileté au plus indomptable courage, et il vient de faire preuve de l’un et de l’autre, depuis la captivité de l’auguste famille royale au Temple. Son but a été immédiatement de la sauver des mains de ses persécuteurs. A peine le procès du Roi avait-il été entamé qu’il a organisé une conjuration pour le sauver.

Les conjurés devaient enlever le royal martyr dans le trajet du Temple à la place de l’exécution. Malheureusement, le baron de Batz n’avait pu réunir un assez grand nombre d’hommes sûrs et aussi résolus que lui. Son noble projet eut réussi évidemment si la plupart des conjurés n’eussent manqué au rendez-vous. Jean de Batz est évidemment de ces hommes qui sont en avance sur leur temps.

Très différent des autres fidèles royalistes, poursuit Boubée, il a un esprit essentiellement pratique. Soyez convaincu que s’il n’a pu sauver le Roi, il fera son possible pour faire évader la Reine, Madame la Dauphine et Madame Elisabeth. Très habile manieur d’argent, et très au courant des caractères et des besoins des hommes qui sont au pouvoir, il emploiera, s’il le faut, le « nerf de l’intrigue ».

Nous savons qu’il s’est déjà mis en rapport avec des membres influents de la Convention, tels que Delaunay d’Angers, Julien, Chabot, Danton et autres hommes politiques moins insensibles à l’attrait de l’or qu’ils ne voudraient le paraître. Le baron de Batz arrivera-t-il à ses fins, et sera-t-il plus heureux plus tard qu’il ne le fut ce matin ? Oui, si Dieu le permet, estime-t-on alors.

La place de la Révolution dans la matinée

Par crainte de quelque coup de main royaliste, de grandes précautions ont été prises. Des les premières heures de la matinée, Paris est en armes. De nombreuses troupes sont groupées, place de la Révolution, autour de l’instrument de mort, dressé dans la nuit. Voici les gardes nationaux, habit bleu à étroits revers blancs. Les artilleurs, commandés par Santerre, habit bleu à revers et parements rouges. Les chasseurs, habit vert à revers et parements jaunes. On remarque le fameux bataillon des Marseillais, à droite, en venant des boulevards ; il a ses canons braqués sur l’échafaud.

La nuit qui a précédé l’exécution fut absolument calme. Ce n’est qu’au matin que la foule se masse derrière les troupes. A huit heures, arrivent Sanson l’aîné, exécuteur des hautes œuvres, et ses deux frères, Charlemagne Sanson et Martin Sanson. Ils sont assistés des aides Gros et Baris, qui ont dressé l’échafaud pendant la nuit. On remarque, dans la foule, l’air grave et en même temps ému des exécuteurs. Quelques-uns savent que la veille même, Sanson avait célébré en famille ses noces d’argent. Etrange contraste. « Hier du vin, aujourd’hui du sang », dit quelqu’un.

L’exécution

Dix heures viennent de sonner. La berline s’arrête devant la sinistre machine. La portière s’ouvre deux gendarmes descendent les premiers, puis le vénérable prêtre vêtu du costume proscrit. Le Roi descend à son tour. Quelques-uns font observer, avec une liberté de langage vraiment extraordinaire, qu’il est plus calme et plus majestueux qu’il ne s’est jamais montré aux Tuileries.

Nul cri ne se fait entendre. Bien que beaucoup d’énergumènes jacobins se trouvent sur la place, le plus profond silence règne aux alentours de l’échafaud. Le peuple, relégué derrière la soldatesque, semble frappé de stupeur. La stupeur !... voilà, semble-t-il, la caractéristique du spectacle de cet assassinat politique ! Les tambours ne cessent de battre. C’était convenu. C’est par ce procédé que l’on voulait étouffer les cris de la foule mais, nous le répétons, les échos restent muets.

Les frères Sanson semblent consternés et ne cherchent nullement à dissimuler leur pénible impression. Le Roi est arrivé au pied de l’échafaud. Son pas est ferme. Martin Sanson, plus jeune et moins troublé que les autres, s’avance et, se découvrant respectueusement, dit au Roi :

– Sire (et non Monsieur, comme d’aucuns le prétendent), il serait nécessaire que l’on vous ôtât votre habit.
– C’est inutile, répond le Roi, un peu brusquement peut-être, on peut fort bien en finir comme je suis.

Martin Sanson insiste. « C’est absolument nécessaire, dit-il, de plus en plus respectueux, il est même indispensable que l’on attache les mains du condamné. » Le Roi, pâle tout à l’heure, devient immédiatement d’un rouge ardent : « Vous n’oserez pas porter la main sur moi, dit-il. Tenez, voici mon habit, mais ne me touchez pas. » En disant cela, il ôte lui-même son habit. Sanson l’aîné se penche à l’oreille de l’abbé Edgeworth : « Monsieur l’abbé, dit-il, obtenez du Roi qu’on lui attache les mains. Pendant qu’on procédera à cette formalité, d’ailleurs nécessaire, nous gagnerons du temps, et il est impossible qu’un pareil spectacle ne finisse pas par émouvoir les entrailles de ce peuple. »

L’abbé regarde l’exécuteur avec un navrant sourire, puis se tournant vers le Roi : « Sire, dit-il, résignez-vous à un dernier sacrifice, par lequel vous ressemblerez davantage au Dieu, qui va vous en récompenser. » Le Roi se calme subitement. Son visage redevient pâle, ses yeux perdent leur expression fière et un peu dure. Il baise l’image du Christ que son confesseur lui présente et tend lui-même ses bras aux bourreaux. Deux aides lient ces mains qui avaient porté le sceptre.

Les frères Sanson paraissent plus émus que jamais. Ils sont plus pâles que la royale victime. Quelques-uns murmurent, dans la foule, qu’ils sont royalistes au fond du cœur, et que si une tentative pour sauver le Roi se produisait, loin de s’y opposer, ils y prendraient part. Les roulements des tambours ne cessent pas. Le Roi, soutenu par son confesseur, gravit lentement et majestueusement les degrés de l’échafaud. « Est-ce que ces tambours ne vont pas cesser ? » demande-t-il à Charlemagne Sanson. Charlemagne fait signe qu’il n’en sait rien.

Arrivé sur la plate-forme, le Roi s’avance du côté où il paraît y avoir le plus de peuple et fait de la tête un signe impératif aux tambours. Louis XVI a, en ce moment, un air si royal que les suppôts de la Révolution subissent son prestige. Les tambours, subjugués, cessent leur roulement sans attendre le signal des chefs militaires. Le Roi dit alors d’âne voix forte et sonore : « Français, vous voyez votre Roi prêt à mourir pour vous. Puisse mon sang cimenter votre bonheur. Je meurs innocent de tout ce dont on m’accuse ! »

Le Roi veut encore parler ; mais Santerre fait un signe aux tambours, qui reprennent leur tumultueux roulement. Les assassins du Roi craignent décidément que le peuple, indigné, ne proteste contre le crime qu’ils vont commettre, poursuit Simon Boubée. Mais c’est toujours le silence. La stupeur règne de plus en plus. Le Roi se livre alors aux exécuteurs. Il est attaché sur la planche.

Sa tête tombe, tandis que l’abbé Edgeworth fait entendre ces sublimes paroles qui, sans doute, traverseront les âges : « Fils de saint Louis, montez au Ciel ! » La tête du Roi est montrée au peuple par l’aide Gros. Les yeux sont clos – circonstance extraordinaire – et le royal visage, blanc comme de la cire, a maintenant une expression quasi divine. Quelques forcenés – très peu nombreux – poussent des cris de triomphe, mais le plus fort des spectateurs se détourne avec une profonde horreur et un douloureux frémissement. Il est, hélas ! évident que le moindre signal eût suffi à amener une réaction en faveur du royal martyr.

(...)


A la Convention

Aujourd’hui 21 janvier, le citoyen Vergniaud préside. La Convention ne s’occupe d’abord que du meurtre de Lepeletier Saint-Fargeau, poignardé, l’avant-veille, par l’ex-garde du corps Paris. Le conseil exécutif adresse à la Convention nationale le procès-verbal de l’exécution du Roi.

« LAMARQUE. Lorsque le tyran n’est plus, ses crimes sont expiés. Faisons la guerre à la tyrannie et oublions les tyrans. (Marques d’approbation.) » L’assemblée passe à l’ordre du jour.

Les journaux
Les journaux de Paris parlent tous de la « mort du Tyran ».

Le Père Duchesne. « Capet est enfin mort f... Je ne dirai pas comme certains badauds : n’en parlons plus. Parlons-en, au contraire, pour nous rappeler tous ses crimes et inspirer à tous les hommes l’horreur qu’ils doivent avoir pour les rois. »

La Gazette de France. « Le tyran n’est plus. Un exemple redoutable a été donné aux despotes du monde. La hache de la justice a frappé celui qui était déjà condamné dans la conscience du peuple français. Ce jugement mémorable ne pose de responsabilité que sur la nation elle-même. Elle s’en charge !... La nation connaît ses ennemis ; ce sont les rois, et s’ils prétendent demander compte à la république du jugement qui, par la mort d’un roi, réhabilite l’espèce humaine, chaque citoyen français se présentera, portant en lui le besoin de sa faire responsable. »

Paris dans la soirée

Après avoir lu les navrants détails de l’agonie et de la mort du Roi-Martyr, écrit notre journaliste, nos fils s’imagineront sans doute que pendant tout le cours de cette journée, que le lendemain même, Paris dut offrir l’aspect le plus agité... ou le plus morne. Il n’en est rien. A partir de midi, les rues reprennent peu a peu leur aspect habituel, et l’étranger qui est débarqué à Paris, dans la soirée, ne croirait jamais que cette grande capitale vient d’être le théâtre d’une des plus sinistres tragédies dont l’histoire des peuples ait fait mention.

Il y a des tempêtes de fureur et des abîmes de douleur dans le cœur des royalistes, mais c’est seulement chez eux ou chez leurs amis, à l’abri du foyer, qu’ils se livrent à leurs réflexions indignées ou désolées. Les rues, les places publiques, ont leur aspect habituel. Bien que la Convention ait fait fermer la plupart des maisons de jeu, bien que « l’autorité jacobine » mette quelque frein au débordement de la galanterie vénale, le Palais-Royal est plus animé, plus bruyant, plus grouillant que jamais.

Les cafés et les restaurants regorgent de monde. Sans-culottes, vêtus de carmagnoles et coiffés de bonnets rouges ou de bonnets à poil, muscadins en habit de soie, secouant leurs « oreilles de chien » et faisant tournoyer leurs cannes tordues, courtisanes décolletées au-delà de toute espérance, paisibles bourgeois, bourgeoises honnêtes, agioteurs au regard louche, se pressent dans les établissements, se heurtent devant les boutiques de joailliers, vont et viennent dans le jardin.

Le foyer du théâtre de la Montansier, ci-devant théâtre du Petit-Beaujolais, est particulièrement animé et l’on y parle très peu politique, bien que parmi ceux qui le hantent il y ait un grand nombre de royalistes avérés. Voici, entre autres, un tout jeune homme, trapu, grêlé, aux lèvres doubles, mais dont l’œil pétille d’esprit et de courage. C’est Alphonse Martainville, déjà condamné, à l’âge de seize ans, pour avoir osé taquiner le lion jacobin. Voici le journaliste Ange Pitou, un petit homme au nez démesuré, mais presque joli garçon malgré cela. On dit qu’aujourd’hui même, avant d’aller au spectacle, il a trouvé le moyen d’avoir un entretien avec le citoyen Sanson. Où s’arrêtera la curiosité des gazetiers ? Cette belle fille aux cheveux flamboyants, c’est Cydalise, une des plus célèbres sirènes de ces galants parages. Elle aussi est royaliste et amie très intime du jeune Martainville.

Ce dernier l’accoste en riant et, lui montrant un gros sans-culotte dont la tenue est négligée jusqu’à l’indécence, il murmure :
Renfoncez donc vot’ culotte,
Ce bout d’chemise qui vous pend
Qu’on n’ dise pas qu’un patriote
Arbore le drapeau blanc.

Dans la salle il y a foule. On joue une des pièces les plus gaies du répertoire, le Sourd ou l’Auberge pleine, du citoyen Desforges. Ce diable de débauché a vendu son manuscrit quatre cents francs à la citoyenne Montansier... qui, dit-on, a déjà gagné, avec cette pièce, quelque chose comme deux cent mille francs. Même affluence dans les autres théâtres. Chose digne de remarque, aucun théâtre de Paris ne joue, ce soir-là, un de ces à-propos patriotiques, si fort à la mode par ce temps de jacobinisme.

Et Simon Boubée de conclure : Le Roi est mort, vive le Roi ! Vive Louis XVII, qui gémit dans les fers ! Et si Louis XVII meurt à son tour, un autre « Capet » lui succédera, car la Maison capétienne, qui est bien française, puisqu’elle a fait la France, puisqu’elle a constitué notre unité nationale par ses héritages et ses conquêtes, vivra autant que notre pays vivra et, quoi qu’il arrive, sera toujours là pour le sauver de ses ennemis... et de lui-même.

Source

Qui se souvient du 21 janvier 1793 ? Mort de Louis XVI et chronologie d’une journée empreinte de stupeur populaire

mardi, 15 janvier 2013

Déclaration de Mgr le duc d'Anjou


Madame, Mademoiselle, Monsieur,
mes chers compatriotes.
Le monde politique s’est saisi d’un sujet remettant en cause l’institution universelle et intemporelle qu’est la Famille, ce qui constitue une menace aux fondements mêmes de notre société. L’humanité tout entière et, en particulier, notre histoire commune, celle de la France, s’est bâtie sur le seul socle familial. Mille ans de notre histoire reposent sur une famille dont je suis l’héritier, le fils aîné, et que j’ai l’immense charge de représenter auprès de vous.
Or, certains souhaitent que l’institution du mariage, sur laquelle repose toute la structure familiale, soit banalisée au point de l’étendre aux personnes du même sexe et, par voie de conséquence, de permettre l’adoption et donc la filiation d’enfants résultants de cette union.
De tout temps, l’homme et la femme se sont unis, naturellement, pour concevoir et élever des enfants. Que serions-nous si nos parents, nos aïeux n’avaient pas suivi ce processus naturel, institutionnalisé et sacralisé ensuite par le mariage chrétien ? Comment accepter d’établir un droit à l’enfant au risque d’aller à l’encontre des droits de l’enfant ?
Nos hommes politiques ne peuvent prendre la responsabilité de redéfinir les lois immémoriales de la nature humaine. Certes, nous devons nous adapter continuellement aux évolutions de notre société mais certains principes immuables tels que l’union d’un homme et d’une femme pour fonder une famille et éduquer des enfants ne peuvent être remis en cause.
Nous avons le devoir de nous manifester auprès des responsables politiques qui souhaitent traiter ces questions d’une extrême gravité pour leur faire part de nos réflexions et de nos craintes. Il n’est nullement question de stigmatiser la communauté homosexuelle, dont je sais qu’elle est loin d’être unanime sur la question du mariage pour des personnes de même sexe, de l’adoption des enfants par ces derniers et de leur filiation. Il faut, au contraire, l’écouter tout en s’assurant que la cellule familiale n’est pas menacée. Je refuse que cette discussion soit traitée sous un angle politicien ou idéologique. La défense de l’institution du mariage entre un homme et une femme est un sujet de civilisation que la France doit aborder sans passion.
La vision de mes aïeux, et notamment celle d’Hugues Capet, de Saint Louis, d’Henri IV ou encore de Louis XIV, était de construire, dans l’intérêt de tous, une Nation française qui rayonnerait pendant des siècles. Elle ne s’arrêtait pas aux intérêts particuliers susceptibles de compromettre ses valeurs fondatrices. Mon regretté père, le prince Alphonse, dans la lignée duquel je m’inscris, disait qu’il « ne saurait y avoir dans quelque société que ce soit de permanence et de continuité sans le respect des droits fondamentaux de la Famille qui est la cellule de base de toute société constituée selon l’ordre naturel et chrétien. Il appartient à chacun d’y réfléchir. Puisse la miséricorde divine pourvoir à cette utile méditation pour que chacun se reprenne à espérer. »
J’appelle donc aujourd’hui, hors de toute position politique partisane, tous les Français à défendre les valeurs si chèrement défendues pendant des siècles par nos aînés et à faire connaître leur soutien aux défenseurs de la Famille et des droits de l’enfant. Il en va de notre avenir. Les Français doivent montrer l’exemple aux autres nations.
Louis de Bourbon, 8 janvier 2012

lundi, 17 décembre 2012

" les casseroles", encore "des casseroles", toujours " des casseroles"... REPUBLICAINES !


 
 

parce que en REPUBLIQUE l’idéologie prime tout,
(idéologie = homme-dieu = conception autonome de l’homme et de la société, laïque, débarrassée de tout lien naturel et surnaturel, de toute subordination)
 
«  la France EN MOUVEMENT  » fait litière de ses avatars.
 
 
 
NE NOUS TROMPONS PAS, soyons réalistes, notre résistance politique efficace s’identifie non pas à la dénonciation mais à notre fidélité à l’Institution légitime, à la Royauté, à la monarchie de droit divin, conforme à l’Histoire capétienne qui a fait LA FRANCE, à l’alliance du trône et de l’autel, au droit naturel et divin.
 
 
 
12.2012
 
TAUBIRA ÉPINGLÉE
 
 
ELLE A OCCUPÉ PENDANT 13 ANS UN APPARTEMENT HLM A 986 € POUR UN SALAIRE DE 300 000 € !
 De 1998 à 2011, elle a occupé, alors qu'elle était députée, un appartement HLM de l'Opac de 80 m2 près de la gare de Lyon à Paris pour 986 € par mois  alors que ses revenus de députés étaient de 300 000 € par an.
Interrogée à ce sujet par Le Point cette semaine, elle a refusé de répondre à cette question.
 
 
 
 
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les  reconquêtes ne s’improvisent pas, ni ne dépendent des poussées de fièvre électorale de la République. 
Elles exigent un travail de compréhension, de formation, patient, méthodique et déterminé, qui permette à chacun d’exercer son autorité.
pour créer ou prendre contact avec un Cercle de formation : uclf@orange.fr
 
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Cette lettre est indépendante. « debonvouloiretloyaute » soutient la Légitimité en politique.

vendredi, 23 novembre 2012

La dénaturation du mariage nous concerne tous
Mgr Le Gall : j’encourage les catholiques à prendre leurs responsabilités
Novembre : le 17 en province, le 18 à Paris.
Le 20 janvier 2013, Grande marche nationale d'unité pour la Vie et la Famille
 

  jean-de-viguerie.jpgAu Président de Civitas

Cher Monsieur,
Vous voulez bien me demander un encouragement personnel pour votre action contre le faux mariage homo. Je vous le donne de tout cœur, ayant toujours admiré le courage et l'esprit chevaleresque dont vous faites preuve.
Avec mon respectueux souvenir.
Jean de Viguerie

Les cars se font de plus en plus nombreux pour rejoindre Paris le 18 novembre. A ce jour, il en partira des villes suivantes... En Alsace : Strasbourg. En Aquitaine : Lourdes – Pau –Domezain – Bordeaux – Bergerac – Périgueux. En Auvergne : Le Puy en Velay – Monestrol EnBretagne : Brest – Morlaix - Saint Brieuc – St Malo – Lanvallay - Guingamp – Rennes. En Bourgogne : Dijon – Mâcon. DuCentre : Tours - En Champagne : Reims - Vitry le François. En Languedoc Roussillon : Montpellier. En Limousin : Brive. En Lorraine : Nancy. En Midi Pyrénées : Montréal de l’Aude – Toulouse – Caussade. Dans le Nord : Lille. En Normandie : Caen – Rouen. En PACA : Saint Raphaël –En Pays de Loire : Angers - La Roche sur Yon – Nantes –Thouarcé. En Poitou-Charente : Poitiers – Chatellerault – En Picardie : Amiens. En Rhône Alpes : Lyon Saint Etienne. En Belgique : Bruxelles. Réservez au plus vite en lignehttp://www.civitas-institut.com/content/view/807/1/ - votre place dans l'un de ces cars.
 
 
http://www.christ-roi.net/images/1/1b/Libert%C3%A9_Egalit%C3%A9_%26_Fraternit%C3%A9_ou_la_mort.JPGJean de Viguerie est l'auteur du livre Les Deux Patries, dont voici un extrait au sujet de la Ière Guerre mondiale :
 
"La trouvaille de génie a été 'L'union sacrée'. ... Au nom de l'Union sacrée, il fut ordonné de consentir. Sous peine d'être un 'mauvais Français'. Ce fut une trouvaille ingénieuse et bien plus efficace que la 'Patrie en danger'. Ainsi le patriotisme révolutionnaire triomphait. ... Les orphelins de guerre - on les compte par millions - protestent dans leurs coeurs: 'C'est cela votre France, disent-ils, cette idole inhumaine, avide du sang de nos pères, et pouvons-nous l'aimer?' Ils se trompent: la déesse cruelle qu'ils accusent est la patrie révolutionnaire, non la France. Mais comment le sauraient-ils? Nul ne pourrait leur expliquer? La manipulation est parfaite."
 
(Jean de Viguerie, Les Deux Patries, Essai historique sur l'idée de patrie, Dominique Martin, Mayenne 2004, p. 185-212).
 
Sur le thème révolutionnaire de la "Liberté ou la mort" et de la tolérance philosophique, Jean de Viguerie précise : "Certains révolutionnaires en 1789 ont même dit : 'La liberté ET la mort'...". La mort à tous les points de vue, physique, spirituel, moral.
 
 
 
 

 

Commentaire :                               contre la dénaturation du mariage, pourquoi s'attaquer aux effets et jamais aux causes ?

Vouloir défendre la société contre la dénaturation du mariage est certes louable, mais en prend-on vraiment les moyens ? Pourquoi s'attaquer aux effets et jamais aux causes ? Je m'explique :
Deux cents ans de Révolution ont réduit les catholiques à l’état de réactionnaires. Chaque nouvelle loi inique les met en campagne pour alerter l
opinion et tenter de faire pression sur le gouvernement. Comme toujours la loi est votée, et la fièvre activiste retombée, ils replongent dans un attentisme providentialiste et défaitiste d’où ils ne sortent que pour voter pour le moindre mal (...) en attendant le prochain coup de l’ennemi. Plutôt que de s’acharner à combattre les symptômes (les mauvaises lois républicaines), pourquoi ne pas reconnaître enfin l’effet corrupteur de ces assemblées délibérantes qui font de l’opinion de la majorité, l’expression de la vérité ? Au lieu de subir les attaques, ne vaut-il pas mieux en reprendre l’initiative avec nos principes (la loi naturelle et l’autorité) et nos armes (la Grâce divine et la raison) pour restaurer des institutions traditionnelles ? La suite de cette réflexion sur : http://www.viveleroy.fr/Le-mythe-de-la-bonne-republique.h...
 
Au passage, voir des tradis manifester pour sauver le mariage civil ne manque pas de piquant.
Pourquoi ne manifestent-ils pas plutôt pour que le mariage religieux retrouve son indépendance ?
 
 
 
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mercredi, 31 octobre 2012

Le Drapeau Blanc

Source: De bon vouloir
 
 
De nos jours il peut sembler que le drapeau bleu blanc rouge a toujours été celui de la France, alors que même parmi des partis de droite dure comme le MPF, le MNR ou le FN, et autres, il est un symbole de patriotisme incontestable, au même titre que la Marseillaise. Pourtant , on ne peut d'un point de vue royaliste se satisfaire d'un patriotisme d'opérette non réfléchi, car il s'agit de servir la France et sa vraie tradition, et non pas une façade symbolique dont on n'interrogerait pas le sens profond. Et quel sens profond en effet si on y regarde d'un tout petit peu plus près ! Il est bien évident que ce drapeau, loin d'être celui de la France, est celui de la république et des valeurs qui ont présidé à sa création. Il est anti-traditionnel car il a été imposé par la force et la terreur à la monarchie, comme quand on a forcé Louis XVI à se coiffer du bonnet phrygien ; la cocarde tricolore est dès sa fondation le symbole de la haine de la tradition française - d'où le terrible contresens, malheureusement habituel, de la prétendue réaction républicaine des partis précités.
 
 
 

C’était un 30 octobre 1873

Dans le cadre de « la querelle du drapeau », le quotidien L’Union publie une lettre, datée du 27 octobre, du comte de Chambord (considéré par la plupart comme l’héritier du trône de France), dans laquelle il explique qu’il refuse le pouvoir qu’on lui propose, car il ne sera jamais le roi légitime « de la Révolution ».
« Les prétentions de la veille me donnent la mesure des exigences de demain, et ne peuvent consentir à inaugurer un règne réparateur et fort par un acte de faiblesse… Je veux rester tout entier ce que je suis. Amoindri aujourd’hui, je serais impuissant demain… »
En lisant ce texte, le duc d’Audiffret-Pasquier (président royaliste de l’Assemblée nationale qui était elle-même majoritairement royaliste à ce moment) déclare « nous sommes perdus ».
La royauté ne sera pas rétablie depuis.
Le comte de Chambord avait précisé sa pensée le 25 janvier 1872, par un manifeste dans lequel il proclamait :
« Je n’ai pas à justifier la voie que je me suis tracée. [...] Je ne laisserai pas porter atteinte, après l’avoir conservé intact pendant quarante années, au principe monarchique, patrimoine de la France, dernier espoir de sa grandeur et de ses libertés. [...] Je n’arbore pas un nouveau drapeau, je maintiens celui de la France [...]. En dehors du principe national de l’hérédité monarchique sans lequel je ne suis rien, avec lequel je puis tout, où seront nos alliances ? [...] Rien n’ébranlera mes résolutions, rien ne lassera ma patience, et personne, sous aucun prétexte, n’obtiendra de moi que je consente à devenir le roi légitime de la Révolution. »
 
Le drapeau blanc est de nouveau utilisé lors des deux Restauration de 1814 à 1830.
 
Étendard arboré en présence de membres de la famille royale.
En présence du roi, le drapeau blanc est utilisé.
 
Commentaires :
 
1.      une monarchie constitutionnelle est contraire au pacte de Reims et aurait viré comme dans les autres monarchies européennes plus ou moins inféodées au pouvoir de Mammon et à la maçonnerie.
 
2.      Comte de Chambord, une autre de ses déclarations :
«Dieu, en me faisant naître, m’a imposé de grands devoirs envers la France…   Pénétré des besoins de mon temps, toute mon ambition est de fonder avec vous (il s’adressait aux royalistes élus) un gouvernement national, ayant le droit pour base, l’honnêteté pour moyen, la grandeur nationale pour but…    L’idéal de la Révolution est la famille sans chef et l’Etat sans Dieu. Pour que la France soit sauvée, il faut que Dieu y rentre en Maître pour que je puisse régner en roi…   Fasse le Ciel que je puisse me sacrifier tout entier au triomphe du droit sur l’iniquité, de la vérité sur le mensonge, de l’ordre et de la liberté sur la licence et l’oppression, en un mot de la civilisation chrétienne sur la barbarie révolutionnaire ».

L’Histoire n’a retenu que « l’affaire du drapeau », or, le Comte de Chambord ne voulait pas d’une monarchie constitutionnelle. Il n’était pas soutenu par la majorité des royalistes élus et le savait.
En octobre 1873, dans une réunion des bureaux des quatre groupes de droite de l’Assemblée, « Extrême-droite, Droite modérée, Centre droit et Groupe Changarnier, Me d’Audiffret-Pasquier dit: 
« Nous sommes profondément convaincus, nos amis du Centre droit et moi, que la monarchie n’est possible qu’à la condition d’être une monarchie constitutionnelle et à être la monarchie du drapeau tricolore ».

en 1873, la Révolution perdurait dans les rangs royalistes à travers les loges maçonniques infiltrées
.
 
 
La Révolution pour combattre Dieu a abattu le trône.
pour permettre le règne de Dieu dans les cœurs et la cité, remettons le Roi sur le trône.
d’expérience multiséculaire en France, depuis le baptême de Clovis en 496,
 le surnaturel et l’essor civilisateur ont eu besoin d’un substrat naturel politique minimum et suffisant :
l’alliance du trône et de l’autel et la monarchie de droit divin
 
Avez-vous déjà créé ou rejoint un cercle d’amitié et de formation légitimiste ?
 
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mardi, 04 septembre 2012

De la fusion orléaniste/légitimiste à la mort d’Henri V

L’œcuménisme politique tue la tradition

1883 marquait la mort d’Henri V comte de Chambord, successeur direct de Charles X. Selon les Lois Fondamentales du Royaume, la Couronne passait à la branche aînée d’Anjou, mais la branche cadette d’Orléans, s’appuyant sur un très révolutionnaire principe des nationalités, réussit à rallier la majorité des légitimistes. Cet œcuménisme politique entre un légitimisme traditionnel et un orléanisme d’essence libérale ne devait échouer qu’à former le bloc conservateur de la IIIe République. Pire, "l’effacement du légitimisme intransigeant ne laissait plus subsister en France (y compris chez les monarchistes) que des traditions révolutionnaires." Nous commençons ici la publication d’une importante étude de l’historien du droit Guy Augé intitulée Succession de France et règle de nationalité.

Avant-propos de l’ouvrage de Guy Augé : Succession de France et règle de nationalité, Ed. La Légitimité, Diffusion DUC, Paris, 1979, pp.5-8.



Un prince calomnié : le Comte de Chambord

Le 24 août 1883 mourait à Frohsdorf en exil volontaire et digne, après un long "règne moral" de près de quarante ans, le Comte de Chambord, Henri V.

Prince calomnié, encore mal connu ou méconnu, il fut victime de la propagande républicaine, hostile à toute formule monarchique, et, plus encore peut-être, des orléanistes, ces monarchistes libéraux qui avaient usurpé le trône de son grand-père Charles X en 1830.

Prendre possession de la légitimité au moyen de M. le Comte de Chambord et s’assurer ainsi sa succession, imposer au petit-fils de Charles X des conditions qu’il ne pouvait accepter, ou, s’il les subissait, qui rendraient son maintien impossible sur le trône ; l’amener ainsi à une abdication avant ou après : tel avait été, dès le principe, le plan aussi astucieusement conçu qu’habilement suivi par les principaux chefs du groupe orléaniste libéral, et dont quantité d’honnêtes royalistes furent les coopérateurs, pour ne pas dire les complices inconscients.

Arthur LOTH, L’échec de la restauration monarchique en 1873, Paris, 1910, p. 525.

On a ainsi volé au Comte de Chambord non seulement ce règne "réparateur et fort" qu’il ambitionnait, mais l’intelligence de sa vie et une partie de sa mort, — en tout cas sa succession politique.
- Une légende tenace voudrait en effet qu’il ait lui-même compromis les chances d’une restauration en 1871-73 par son attachement borné à "un lambeau de draperie blanche", ainsi qu’ironisait le duc de Broglie.
- Une autre légende, non moins répandue, affirme qu’en 1873, par le biais de la "fusion", Henri V, qui n’avait pas d’enfant, reconnut comme son héritier Louis-Philippe-Albert d’Orléans, Comte de Paris, chef de la branche cadette et française.

Légendes, certes [1]. Mais c’est assurément en vertu de ces fables qu’au lendemain de la mort du Prince la grande majorité des royalistes français rallia sans trop de scrupules ni de discernement le camp des Orléans.

La fusion de 1883 entre orléanistes et légitimistes

La fusion, qui n’avait jamais vraiment existé avant 1883, devint réalité après cette date. Au vieux dualisme des orléanistes et des légitimistes fit place un étonnant monisme fusionniste où l’on vit étrangement cohabiter d’authentiques chouans, des zouaves pontificaux, des voltairiens libéraux, les ducs orléanistes, M. de Charette et M. de Broglie.

De cette façon se constitua, avec les brillants résultats que l’on sait, le gros des forces conservatrices de la IIIe République commençante.

Ce ralliement des royalistes de tradition aux descendants du régicide et de l’usurpateur a de quoi surprendre : il existait entre les deux familles monarchistes un fossé doctrinal et un océan de haines ; de surcroît, nul n’ignorait que la Couronne de France se transmettait par primogéniture.

Or, en 1883, l’aîné de la Maison de Bourbon n’était pas le Comte de Paris ; cet aîné, c’était le chef de la branche carliste des Bourbons d’Espagne, autrement dit des Bourbons-Anjou (issus du petit-fils de Louis XIV qui fut Duc d’Anjou avant de monter sur le trône espagnol).

Comment se fait-il que les Bourbons-Anjou aient été délibérément écartés dans l’opinion publique à cette époque — et depuis lors dans une large mesure ?

La question mériterait au moins qu’on s’y arrêtât. Elle intéresse l’histoire d’abord, le droit certainement, et les doctrines politiques de surcroît. Car on doit bien voir que l’effacement du légitimisme intransigeant ne laissait plus subsister en France (y compris chez les monarchistes) que des traditions révolutionnaires.

Les arguments du fusionnisme

Les motifs évoqués contre les princes de la branche aînée sont divers et d’inégale importance.
- On a fait valoir les renonciations de Philippe V au traité d’Utrecht pour lui et sa descendance : mais elles ont l’inconvénient majeur de violer la "théorie statutaire" et le principe de l’indisponibilité de la Couronne, dégagé par nos anciens légistes dès avant le "honteux traité de Troyes" de 1420.
- On s’est réclamé de l’opinion du Comte de Chambord : mais, en dehors du fait qu’elle est plus que douteuse en faveur des Orléans, elle ne serait finalement, elle aussi, qu’un abus de pouvoir si elle venait à contredire la loi fondamentale.
- C’est alors qu’on a songé, parmi les orléanistes et les fusionnistes, à une "règle de nationalité". Merveilleux argument, qui pourrait faire taire toute discussion... si, du moins, l’on parvenait à lui donner consistance. Les Bourbons-Anjou sont bien les aînés des Bourbons, mais la Maison de Bourbon ne serait qu’une fiction, une famille éclatée politiquement, dont les aînés, devenus Espagnols, se trouveraient ipso facto écartés de toute prétention au trône de France.

On aperçoit le contour de l’argument massue imaginé par les nouveaux habiles.
- Peu importe qu’il fasse bon marché du "pacte de Famille".
- Peu importe qu’il se heurte de plein fouet à ce laborieux appareil des renonciations, si péniblement arrachées en 1713 à Louis XIV, à Philippe V et à tous les autres successibles de France.
- Peu importe qu’il soit dérivé du révolutionnaire principe des nationalités. On trouvera bien quelque moyen de masquer son anachronisme en en rajoutant : il suffira, par exemple, de le faire remonter (pourquoi pas ? ) à Suger ou à Hugues Capet, d’y trouver le fondement ultime de la "loi salique", voire l’inspiration patriotique de Jeanne d’Arc !

Cette construction, ce faux-semblant juridique ressemble trop, depuis 1883, à une captation d’héritage politique pour ne pas mériter discussion et réfutation.

Contexte et objectif de cette étude

L’étude qu’on va lire n’a pas d’autre objet. Elle fut rédigée, sous sa forme initiale, en 1964, pour paraître en une série d’articles à suivre dans un périodique aujourd’hui disparu, Tradition française. Elle en conserve l’allure un peu répétitive, et aurait eu assurément besoin d’être davantage complétée et refondue.

Je comptais être en mesure de reprendre et de prolonger cette recherche. Hélas ! d’autres urgences ne m’ont pas permis d’y revenir aussi longuement et minutieusement qu’il aurait fallu. Si ces pages, qui ne sont pas exactement ce que j’aurais souhaité qu’elles fussent, paraissent néanmoins, c’est grâce à mon ami Alain Néry. Docteur es Lettres, familier lui-même de ces sujets dont nous nous sommes si souvent entretenus l’un l’autre au long d’un itinéraire spirituel commun, il a bien voulu m’aider dans la tâche ingrate de révision du manuscrit, et y intégrer quelques-unes de mes recherches postérieures — ou des siennes propres — sur le légitimisme post-chambordien [2]. Qu’il en soit vivement remercié. Mais il a mis tous ses scrupules à respecter dans leur forme les divers écrits ainsi rassemblés, que je n’aurais sans doute pas eu les mêmes égards à profondément remanier.

Du fait de cette composition, le texte que nous présentons ne se caractérise pas toujours par l’élégance de la forme et l’équilibre du plan. Tel quel, pourtant, nous espérons que ce petit livre, enrichi de quelques illustrations originales dues à la plume talentueuse de Pascal Beauvais, pourra éclairer un aspect somme toute assez mal connu, en tout cas controversé, du droit royal historique français.

Il n’était bien sûr pas question d’approfondir les règles de succession au trône de France, moins encore d’ébaucher une histoire du légitimisme (que l’on commence à mieux connaître au travers d’ouvrages récents ou en cours).

Plus circonscrit, notre but fut de soumettre à critique la thèse dite "orléaniste" — fort répandue dans le monde journalistique des idées reçues, et cependant bien médiocrement fondée en droit — selon laquelle la succession politique du Comte de Chambord devait revenir aux princes d’Orléans.

Plan de l’étude

Dans un premier chapitre, on trouvera exposé l’argument majeur de l’orléanisme (sujet propre de notre discussion) : la prétendue "règle de nationalité" qui écarterait du trône de France les "princes étrangers", rendant du même coup superflu l’autre argument, celui des renonciations d’Utrecht.

Un second chapitre s’efforce de réfuter les “preuves” habituellement alléguées à l’appui de la théorie orléaniste, en montrant qu’il ne faut pas confondre la "loi de sanguinité capétienne" (qui existe) avec une pseudo-“règle de nationalité” (parfaitement anachronique).

Enfin, un dernier chapitre, nourri d’une documentation pourtant très fragmentaire — la friche reste immense ! — montre l’évolution sentimentale et politique des rapports entre les princes de Bourbons-Anjou et la France depuis 1713 jusqu’à nos jours.
Si le vieux droit s’est estompé, il s’est toutefois survécu, alors que l’orléanisme, de son côté, n’a pas été exempt de contradictions.

La conclusion à laquelle nous aboutissons est claire et se lit, pour finir, sur un arbre généalogique : le légitime dépositaire de la tradition monarchique française est, à l’heure actuelle, Monseigneur le Prince Alphonse, Duc d’Anjou et de Cadix, chef de la Maison de Bourbon, aîné des Capétiens dynastes, et non pas le Comte de Paris, héritier de la contre-tradition orléaniste. 


(A suivre ...)

G. A.
Avril 1979

 

Notes

[1Nous nous permettons de renvoyer pour plus ample démonstration à notre mémoire, La légitimité monarchique en France au XIXe siècle (Bibliothèque de la Faculté de droit de Paris, (B.F.D.), cote 23332,1964/1), ainsi qu’au remarquable livre d’Emmanuel BEAU de LOMENIE, La Restauration manquée, l’affaire du drapeau blanc, Paris, 1932 (que la Librairie française vient de rééditer opportunément).

[2J’avais rédigé en 1967, pour la Faculté de droit de Paris, un mémoire de science politique intitulé "Les Blancs d’Espagne", contribution à l’étude d’une composante du royalisme français contemporain (B.F.D. 23 332, 1967/16). On trouvera l’indication de la thèse d’Alain NÉRY en bibliographie.

 

Source: Vive Le Roy

samedi, 09 juin 2012

LA SOUVERAINETE DU PEUPLE EST UNE HERESIE

 

 

Doctrine des théologiens sur l'origine de la société et du pouvoir civil

 

« Suffrage universel — Mensonge universel » Pie IX

 

Quelle est l'origine de la société civile ?

 

Avant de répondre à cette question, il est nécessaire d'en bien préciser le sens, car l'origine de la société peut être considérée au point de vue de l'histoire ou au point de vue de la doctrine.

 

C'est à la philosophie chrétienne, que nous demanderons d'abord de nous répondre et de nous dire pour quelles raisons il est nécessaire à l'homme de vivre en société.

 

L'homme, dit Saint-Thomas d'Aquin[1], ne peut se suffire à lui seul[2].

 

Comment un individu isolé pourrait-il se procurer tout ce qui est nécessaire à sa nourriture ? Comment se préparerait-il des vêtements, des remèdes, un abri ? Comment fabriquerait-il, en même temps, ses instruments de travail ?

 

Restant seul, il ne pourrait faire de son temps et de ses forces une part suffisante pour accorder à l'étude, au travail manuel et aux soins de sa nourriture ce qui est nécessaire, cependant, pour qu'un homme arrive au complet développement de ses forces physiques et de ses facultés morales.

 

Il est vrai que les philosophes du XVIII° siècle ont prétendu que cet état d'ignorance et d'isolement était l'état naturel de l'homme ; mais, par une con­tradiction singulière, ils avouaient que si l'humanitén'était sortie de cetétat de nature, pour se constituer en sociétés, elle eût infailliblement péri.

 

Singulier état de nature, assurément, qui eût mené la nature humaine à sa destruction !

 

Cet aveu seul peut suffire à prouver la vérité de la thèse catholique : car l'état naturel d'une créature doit être favorable à sa conservation et au perfectionnement de ses facultés.

 

Or, cet état, qui favorise la conservation et l'amélioration de l'espèce humaine, c'est l'état social.

 

Le véritable état de nature est donc celui de l'homme vivant en société avec ses semblables.

 

Mais il y a plusieurs sortes de sociétés parmi les hommes.

 

La première, la plus naturelle, la plus néces­saire de toutes, c'est la famille, qui fournit à l'homme les premiers secours, et les plus indispensables, à la conservation et au bien-être de la vie.

 

C'est elle qui,par le mariage, assure la mul­tiplication du genre humain sur la terre; c'est elle qui procure à l'enfance les soins multiples qu'exigent la délicatesse de son corps et l'ignoran­ce de son esprit ; c'est elle qui donne les affections pures et fidèles.

 

Mais elle n'est pas la seule société nécessaire. Ce que nous avons dit de l'individu isolé peut, dans une certaine proportion, s'appliquer à la famille, si elle ne trouve dans une société plus étendue et plus forte le complément dont elle a besoin.

 

Elle aussi ne peut se suffire entièrement à elle-même.

 

Pourra-t-elle, par ses seules ressources, exercer les industries multiples que suppose un degré con­venable d'aisance et de bien-être dans le vêtement, la nourriture et l'habitation ? Ses membres pour­ront-ils, à eux seuls, acquérir les connaissances nombreuses et difficiles que suppose l'exercice convenable de ces différentes industries ? Pou­rront-ils se livrer à l'étude des sciences, dans la mesure où elles sont nécessaires au dévelop­pement normal de l'intelligence ? Enfin seront-ils en mesure de résister à leurs ennemis et de se fairejustice eux-mêmes, sans blesser les droits d'autrui ?

 

Une famille isolée, placée en dehors de toute société, et n'ayant rien, qu'elle ne doive tirer de ses propres ressources, sera nécessairement dans une grande indigence des biens dont l'homme a besoin pour le développement de ses facultés.

 

Ainsi, les familles sont amenées par la néces­sité à s'unir en une société plus parfaite, comme les individus sont poussés par une nécessité encore plus impérieuse à se grouper autour d'un foyer.

 

Cette société, appelée à suppléer à l'insuffisan­ce de la société domestique et à assurer, en même temps, sa conservation et sa prospérité, dans l'ordre public, est désignée communément par les auteurs sous le nom de société civile ou société politique ; son origine, sa raison d'être, c'est la loi naturelle elle-même, c'est-à-dire Dieu, qui en est la règle et l'auteur.

 

C'est Dieu qui a fait l'homme, tel qu'il ne puisse vivre sans l'institution de la famille ; c'est donc Dieu qui est l'auteur de la famille. C'est Dieu, auteur de la famille qui a fait cette société première insuffisante par elle-même, en sorte que les familles aient une tendance naturelle à s'unir pour former la société civile ; Dieu est donc l'auteur de la société civile.

 

Ainsi, la cause première de la société civile, c'est Dieu ; sa cause prochaine, c'est la nature de l'homme, sa cause immédiate, c'est la nature de la famille.

 

Telle est, en quelques mots, la réponse de la philosophie catholique à notre question : Quelle est l'origine de la société civile ? [3]

 

Interrogeons maintenant l'histoire. Il ne s'agit pas ici de remonter à l'origine de chaque société civile, de chaque nation, mais seulement à l'origine de la première société, de celle avant laquelle il n'existait que des familles.

 

L'histoire des origines de notre race est tout entière contenue dans les premiers chapitres de la Genèse ; les faits qu'elle rapporte sont attestés par l'autorité même de Dieu : il n'y en a donc pas qui puissent présenter un plus grand caractère de certitude.

 

Nous trouvons, dans ces faits, une confirmation éclatante de la doctrine formulée plus haut.

 

Au commencement, Dieu crée un seul homme, mais il ajoute bientôt : « Il n'est pas bon que l'homme soit seul»[4]. Il lui donne une compagne, « adjutorium simile sibi »[5], et la famille est fondée.

 

L'homme pécha, avant que la famille eût pu donner naissance à une autre société ; faut-il en conclure que la société civile n'aurait pas existé si Adam eût persévéré dans l'état d'innocence ?

 

Ce serait trop se hâter de résoudre une question sur laquelle de grands théologiens ont des opinions contraires et qui, d'ailleurs, est indifférente.

 

En tout cas, il est de fait que la société civile, supposant la pluralité des familles, n'a pu se former et ne s'est formée, en réalité, qu'après une certaine propagation du genre humain sur la terre.

 

Toutefois, la formation de la société fut contemporaine des premiers hommes. La Genèse fait, pour la première fois, mention de la fondation d'une ville, après le meurtre d'Abel par son frère[6].

 

Caïn ne fut pas le seul fils d'Adam qui donnât naissance à une cité, et, avant la fin de sa longue carrière, le père de tous les hommes put voir des villes nombreuses et florissantes sortir de cette terre que Dieu lui avait donnée pour être fécondée par son travail.

 

Le fait primordial qui a déterminé la formation des anciennes sociétés politiques, c'est l'extension et la multiplication des familles issues d'une même souche, lui restant unies d'abord par des liens purement domestiques, puis, peu à peu, par des relations d'un caractère public et juridique.

 

Ensuite, la conquête, les traités ou le libre consentement de plusieurs, ont servi de point de départ à la formation d'un grand nombre d'États ; mais la communauté d'origine reste le fait naturel qui donne naissance aux cités. C'est ce que Cicéron exprimait ainsi : « Prima societas in ipso conjugio est, proxima in liberis, deinde una domus, communia omnia. Id autem est principium urbis et quasi seminarium reipublicae ». (De Officiis).

 

Ainsi, la philosophie et l'histoire s'accordent pour affirmer que la société est voulue et exigée par la nature, et que les théories du Contrat social ne sont pas moins en contradiction avec les faits qu'avec la raison.

 

Dans l'Encyclique « Immortale Dei » le Sou­verain Pontife a résumé la doctrine catholique : « L'homme, dit-il, est né pour vivre en société, car ne pouvant dans l'isolement ni se procurer ce qui est utile et nécessaire à la vie, ni acquérir la perfection de l'esprit et du coeur ;la Providence l'a fait pour s'unir à ses semblables en une société tant domestique que civile, seule capable de four­nir ce qu'il faut à la perfection de l'existence ». Déjà, dans l'Encyclique « Diuturnum illud », le Pape avait dit plus brièvement encore et avec plus de force : « Magnus est error non videre, id quod manifestum est, homines, quum non sint solivagum genus, citra liberam ipsorum voluntatem ad naturalem communitatem esse natos » ; et, parlant du Contrat social, il ajoutait : « Ac praeterea, pactum quod praedicant, est aperte commentitium et fictum. »

 

L'enseignement de l'Église est donc très net­tement formulé sur ce point, et les catholiques ne peuvent hésiter à le suivre.

 

II
Quelle est la nature et la fin de la société civile ou politique?

 

1° Nature de la société civile.

 

La société civile est une société naturelle, nécessaire, parfaite et organique. Elle est naturelle, ce qui ne veut pas seulement dire qu'elle est conforme à la nature de l'homme et que les principes de la raison naturelle suffisent, par eux-mêmes, à sa constitution et à son fonction­nement ; cela implique encore que ses lois fon­damentales, sa constitution essentielle, sont dictées et imposées par la nature et qu'il n'est pas loisible à l'homme d'en méconnaître les principes et d'en violer les prescriptions.

 

De même que, pour la société domestique, l'unité et l'indissolubilité du lien conjugal sont imposées aux hommes par une volonté supérieure, de même, pour la société civile, il est des lois qui s'imposent au législateur lui-même, qu'il n'a pas le pouvoir d'enfreindre, mais qu'il a le devoir de reconnaître et de sanctionner.

 

Tous les droits et tous les devoirs, même dans l'ordre civil, ne dérivent donc pas de la loi humaine ; l'État n'en est pas l'auteur et la source ; mais il est des droits imprescriptibles dont il a le devoir de se faire le protecteur et le gardien. C'est pourquoi, la proposition suivante a été condamnée dans le Syllabus :

 

39. L'État, comme étant l'origine et la source de tous les droits, jouit d'un droit qui n'est circonscrit par aucune limite.

 

La société civile est, en second lieu, une sociéténécessaire, c'est-à-dire qu'elle n'est pas seulement conforme et proportionnée à la nature de l'hom­me, mais que cette même nature exige qu'une telle société existe.

 

Ce qui a été dit précédemment sur l'origine de la société civile peut servir à prouver cette nécessité et à en expliquer la nature.

 

L'existence de la société civile est nécessaire au complet et parfait développement de l'espèce humaine ; elle n'est pas rigoureusement et direc­tement exigée pour la conservation de chaque individu et de chaque famille considérée séparément

 

Nous verrons combien cette remarque est importante quand nous traiterons du but de la société.

 

La société civile est encore une société parfaite. On désigne, dans l'Ecole, sous le nom de société parfaite ou complète celle qui possède, par elle-même, tous les moyens d'atteindre son but, en sorte qu'elle n'est pas destinée à trouver dans une société supérieure son complément et sa perfection.

 

C'est ce que le Souverain Pontife a plus brièvement exprimé dans l'encyclique Immortale Dei, en rappelant que l'Église est une société parfaite ; Elle possède, en soi et par elle-même, toutes les ressources qui sont nécessaires à son existence et à son action.

 

La société civile répond bien à cette définition de la société parfaite ; elle possède tous les moyens naturels de procurer à l'homme la félicité de cette vie, puisqu'elle supplée, en cela, tout ce qui manque à la société domestique ; et elle n'est pas destinée à faire partie d'une société supérieurede même ordre, puisque nous ne voyons pas, dans l'ordre naturel, de société à laquelle elle puisse être subordonnée.

 

Ainsi, la société civile est justement considérée comme une société parfaite, et le pouvoir suprêmelui appartient dans les choses purement temporelles.

 

C'est encore l'enseignement du Saint-Père, dans la même encyclique ; parlant des deux sociétés, l'Église et l'Etat, il dit : Chacune d'elles, en son genre, est souveraine.

 

Enfin, la société civile est une société organique, c'est-à-dire qu'à l'exemple des corps vivants dont les membres ne sont pas animés d'un mouvement purement mécanique, mais jouissent chacun d'une vie propre, bien que dépendante de la vie du corps tout entier, la société civile se compose d'organes dont la vie et la constitution sont distinctes de la sienne, tout en lui restant subordonnés. Ces organes vitaux de la société civile, ce sont ses membres, c'est-à-dire les familles, les communes, les provinces : car la société civile ne se compose pas d'individus, elle se compose de sociétés moindres, antérieures à elle par leur nature, plus strictement nécessaires et plus directement instituées de Dieu: Ces sociétés ont leurs droits et leur constitution propres, que la société civile n'a pas le droit d'altérer ou de méconnaître, mais qu'elle a le devoir de sauvegarder.

 

La société civile n'est donc pas une collection d'individus égaux, mais une hiérarchie de sociétés subordonnées, auxquelles les individus peuvent appartenir à différents titres et dans lesquelles ils exercent des magistratures et des fonctions en rapport avec leur condition.

 

La constitution des sociétés modernes est loin de présenter ce caractère ; c'est là son tort et son malheur. Fondée pour l'individu, ne connaissant d'autres droits que les droits individuels et les droits de l'État, cette constitution sociale est fatalement conduite à osciller entre le libéralisme et le socialisme, pour tomber enfin dans une complète dissolution.

 

Toute définition de la société civile qui ne la présente pas comme un corps moral naturel, nécessaire, complet et hiérarchiquement organisé, doit donc être rejetée.

 

Mais il n'est pas possible de connaître la véritable nature et les caractères essentiels de la société civile, si l'on n'en précise nettement le but, la fin.

 

2° Fin de la société civile.

 

Il résulte de la constitution organique de la société civile que sa fin propre et immédiate ne peut être ni le bien individuel de chaque homme, ni le bien privé de chaque famille, mais le bien commun des familles et des autres associations qui lui sont subordonnées.

 

Ce bien commun est un bien temporel : car le bien spirituel est la fin propre de l'Église, et on ne saurait l'assigner pour but immédiat à la société civile, sans amener entre les deux pouvoirs une inévitable et funeste confusion ; c'est, de plus, un bien extérieur : car le bien intérieur, même temporel, de chaque homme est d'ordre individuel et privé, nullement d'ordre social ; enfin, ce bien temporel que doit procurer l'union des familles en une société parfaite consiste dans l'ordre et la prospérité publiques.

 

Cet ordre et cette prospérité ne sauraient être limités aux seules conditions matérielles de la vie, et doivent s'étendre à l'ordre moral tout entier ; en effet, le bonheur de l'homme, même en cette vie, ne consiste pas uniquement, ni même prin­cipalement, dans la satisfaction des exigences du corps ; il dépend surtout des dispositions intellec­tuelles et morales de l'âme ; la société civile ne serait donc pas une société naturelle et parfaite dans son ordre, ni même une société vraiment hu­maine, si elle ne tendait à procurer la félicité temporelle conformément à la nature de l'homme dans ce qu'il y a en elle de plus élevé et de proprement humain. La société doit donc pourvoir, par des moyens proportionnés à sa nature, au perfectionnement intellectuel et moral de l'homme.

 

Si nous voulons embrasser dans une même définition toute l'étendue de la fin de la société civile, nous dirons donc : La société civile a pour but le bien commun temporel de l'homme tout entier, en tant que ce bien peut être obtenu par les actions extérieures.[7]

 

Ainsi, c'est donner une définition incomplète et tronquée du but de la société, que de lui assigner la protection des droits et de la liberté de chacun, ou le maintien de la paix et de la sécurité publiques ; elle doit tendre à procurer le bien temporel de l'homme dans toute sa plénitude et son extension, mais seulement dans l'ordre public et en dehors de la sphère d'action des individus, des familles ou des associations.

 

Ainsi, le rôle de la société est très étendu : il atteint tout ce qui intéresse le bonheur et le perfectionnement de l'homme en cette vie, mais les limites en sont très nettement définies, puisque sa raison d'être et sa mission cessent là où commencent celles de la famille et des autres organes du corps social.

 

Cette conception de la fin de la société civile permet seule de rester à égale distance entre les deux écueils les plus redoutables en ces matières : le libéralisme et le socialisme.

 

 

 

Charles Maignen

 

 

 

(Etude publiée sur le site des Juristes catholiques, que nous estimons utile de reproduire, en ces temps d’agitation électorale)

 



[1]De regimine Principum, lib. I, cap. I.

[2] Charles Maurras, Mes Idées politiques

[3] Taparelli : Essai théorique de Droit naturel ; cardinal Zigliara : Philosophia moralis ; Mgr Cavagnis : Notions de droit public naturel et ecclésiastique.

 

[4] Genèse : Chap. II, v.18.

[5] Ibidem.

[6] Genèse : Chap. IV, v. 17.

 

[7] Mgr Cavagnis : Notions de Droit public naturel et ecclésiastique

 

vendredi, 20 avril 2012

Raymond Aubrac, agent communiste

 

Lu sur Secret Défense :

 

A

 

"Directeur de recherches au CNRS, l'historien Stéphane Courtois est un spécialiste du communisme. Elève d'Annie Kriegel, il a été le maitre d'oeuvre du Livre noir du communisme. Son dernier livre, "le Bolchevisme à la française" (Fayard) est paru en 2010. Historien engagé, mais grand connaisseurs des archives, il nous décrit la face caché d'un personnage aujourd'hui encensé.

 

Qui était vraiment Raymond Aubrac ?
Un agent soviétique, mais pas au sens où il aurait travaillé pour le services d'espionnage de l'Union soviétique. Il était plutôt un membre important du réseau communiste international, un sous-marin communiste si l'on veut ; en tout cas, beaucoup plus qu'un agent d'influence. Un homme comme lui avait évidemment un agent traitant à Moscou. [...]

 

Mais Aubrac a toujours expliqué qu'il n'avait jamais été membre du PCF ?
(Rire). C'est exact, formellement, mais tout cela est cousu de fil rouge. Il faisait partie de ce qu'on appelle les "hors-cadres", des gens de haut niveau dont le PCF n'avait pas besoin qu'ils prennent leur carte. Ils leur étaient plus utile à l'extérieur. Aubrac était un ingénieur, sorti de l'Ecole des Ponts et Chaussées, et le PCF ne voulait pas le mettre en avant. Ce qui ne l'empêchait pas de participer à des réunions de cellules comme "observateur". Avant guerre, sa future épouse Lucie était elle-même communiste, proche d'André Marty - qui fut représentant du PCF au Komintern.

 

Ses biographes le présentent comme une sorte d'industriel à la tête d'une entreprise d'urbanisme. Qu'en est-il ?
La société qu'il dirigeait était le Berim - le Bureau d'études et de recherches pour l'industrie moderne. Placé sous la responsabilité de Jean Jérôme, l'und es hommes les plus importants et les plus secrets du PCF - cette société servait de pompe à finances au Parti. C'est, par elle, que passaient les financements en provenance de l'Est - sous la forme de contrats plus ou moins bidons. Même chose avec les maires communistes.

 

On apprend qu'il était à Saïgon lors de l'arrivée des chars du Nord-Vietnam en 1975. Qui faisait-il ?
Aubrac a joué un rôle très particulier dans l'affaire du Vietnam. Lorsque le dirigeant communiste Hô Chi Minh vint en France en 1946, il fut hébergé par les Aubrac à la demande de Jacques Duclos. Puis il servit de contact entre l'appareil communiste international et Henry Kissinger lui-même. Du sérieux, on le voit.

 

Son rôle durant la Résistance a fait l'objet de polémiques. On se souvient d'un procès contre l'historien Gérard Chauvy et d'une table ronde organisée en 1997 par Libération. Qu'en pensez-vous ?
Pendant longtemps, Aubrac et son épouse Lucie ont raconté qu'il s'était évadé à la suite d'une opération de la Résistance. Or , Arthur Kriegel - qui a participé à cette action commando - assurait qu'Aubrac n'était pas là quand elle eut lieu. Puis Aubrac a reconnu dans la biographie "autorisée" que Pascal Convert lui a récemment consacrée qu'il ne s'était pas évadé, mais qu'il avait été libéré.
Un autre épisode pose problème. A la Libération, il est commissaire régional de la République à Marseille. Or De Gaulle va le virer sans ménagement et sans explication. On sait aujourd'hui pourquoi : il avait couvert des lynchages politiques dans des prisons, notamment en Avignon ainsi que l'assasinat de militants trotskystes indochinois.  A Marseille, il créa des CRS (Compagnies républicaines de sécurité) dont on découvrit plus tard qu'elles étaient entièrement infiltrées par le PCF."
________________________

 

 

 

 

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Raymond_Aubrac

 

 

 

Distinctions

 

Source:

dimanche, 18 mars 2012

Le Testament politique de RICHELIEU (Extraits)

 

Consignes pour une société heureuse

 

 

 

Loin de l’image véhiculée par les romans, le Testament politique révèle un ministre soucieux du concours de chacun au bien commun selon un effort proportionnel à son rang. Ainsi il énonce au Roi ses devoirs et lui prodigue des conseils dans le gouvernement des ordres de son Royaume. Le Cardinal lui rappelle aussi que, devant le tribunal céleste, on est d’abord jugé à l’aune du zèle qu’on a manifesté à accomplir sa charge publique avec justice. Assurément, le droit divin constitue la clé de voûte de la société : «  Le règne de Dieu est le principe du gouvernement des États ; et en effet c’est une chose si absolument nécessaire, que sans ce fondement il n’y a point de Prince qui puisse bien régner, ni d’État qui puisse être heureux. »

 

 

 Introduction

Armand-Jean du Plessis de Richelieu, est né le 9 septembre 1585. Il est usuel de placer son action et sa doctrine sous le signe d’une promotion sans faille de ce qu’on appelle l’absolutisme monarchique.

De fait, l’histoire de son ministériat de presque deux décennies illustre une indomptable volonté au service dune grandeur royale qui ne semble souvent que le support précaire d’une puissance d’État, qui a sa « raison » que la raison commune ignore. Ne va-t-il pas, d’une formule terrible, jusqu’à poser dans sa maxime d’État 80 qu’ « en affaires d’État, il n’est pas comme des autres :
- aux unes, il faut commencer par l’éclaircissement du droit ;
- aux autres par exécution et possession
 » ?

Pourtant, la pensée comme l’action de Richelieu est souvent caricaturée. On le taxe un peu vite de machiavélisme ou de tacitisme même s’il est vrai qu’il affranchit la morale des gouvernants des règles ordinaires de la morale.

On admet à la légère la formule frappante de Siri dans ses Anecdotes du ministère du cardinal de Richelieu, le décrivant comme « le Tibère de notre siècle ». (On oublie d’ailleurs que Siri, ce disant, voulait louer la grandeur du cardinal.)

Le choix de textes qui suit, tiré du Testament politique [1], contribuera à affiner un jugement commun non pas tout à fait faux mais trop peu nuancé en présentant les traits plus traditionnels, ou en tous cas moins « modernistes », d’une réflexion complexe [2] [3].

Richelieu, politique réaliste et trop amant de l’État, demeure malgré tout le Premier ministre d’un roi très chrétien qui fait toute sa place au Roi des Rois et un noble français qui ne comprend sa société qu’en ordres organiquement hiérarchisés [4].

Stéphane RIALS.


 Rex christianissimus

Dieu étant le Principe de toutes choses, le souverain Maître des Rois, et celui seul qui les fait régner heureusement, si la dévotion de V.M. [Votre Majesté, note de VLR] n’était connue de tout le monde, je commencerais ce chapitre qui concerne sa personne, en lui représentant, que si elle ne suit les volontés de son Créateur, et ne se soumet à ses lois, elle ne doit point espérer de faire observer les siennes, et de voir ses sujets obéissants à ses ordres.

 Règne de dieu par le prince

Le règne de Dieu est le principe du gouvernement des États ; et en effet c’est une chose si absolument nécessaire, que sans ce fondement il n’y a point de Prince qui puisse bien régner, ni d’État qui puisse être heureux.

(…) c’est une chose si connue de chacun par sa propre raison, qu’il ne tire pas son être de lui-même, mais qu’il a un Dieu pour Créateur, et par conséquent pour Directeur, qu’il n’y a personne qui ne sente que la nature a imprimé cette vérité dans son cœur avec des caractères qui ne peuvent s’effacer.

Tant de Princes se sont perdus, eux et leurs États, pour fonder leur conduite sur un jugement contraire à leur propre connaissance ; et tant d’autres ont été comblés de bénédictions, pour avoir soumis leur autorité à celle dont elle dérivait, pour n’avoir cherché leur grandeur qu’en celle de leur Créateur ; et pour avoir un peu plus de soin de son règne que du leur propre, que je ne m’étendrai pas davantage sur une vérité trop évidente pour avoir besoin de preuve.

 La Couronne et la Tiare

L’ordre que Dieu veut être observé en toutes choses, me donne lieu de représenter à V.M. 
- qu’ainsi que les Princes sont obligés à reconnaître l’autorité de l’Église, à se soumettre à ses saints Décrets, et y rendre une entière obéissance en ce qui concerne la puissance spirituelle que Dieu lui a mise en main pour le salut des hommes, et
- qu’ainsi qu’il est de leur devoir de maintenir l’honneur des Papes comme successeurs de Saint Pierre, et Vicaires de Jésus-Christ,
- aussi ne doivent-ils pas céder à leurs entreprises, s’ils viennent à étendre leur puissance au-delà de ses limites.

Si les Rois sont obligés de respecter la Tiare des Souverains Pontifes, ils le sont aussi de conserver la puissance de leur Couronne.

Cette vérité est reconnue de tous les théologiens ; mais il n’y a pas peu de difficulté de bien distinguer l’étendue et la subordination de ces deux Puissances.

En telle matière il ne faut croire
- ni les gens du Palais, qui mesurent d’ordinaire celle du Roi par la forme de sa Couronne, qui étant ronde, n’a point de fin ;
- ni ceux qui par l’excès d’un zèle indiscret se rendent ouvertement partisans de Rome.

 Vouloir le raisonnable

La lumière naturelle fait connaître à un chacun, que l’homme ayant été fait raisonnable, il ne doit rien faire que par raison, puisqu’autrement il ferait contre sa nature, et par conséquent contre celui même qui en est l’Auteur (…)

(…) il s’ensuit clairement, que si l’homme est souverainement raisonnable, il doit souverainement faire régner la raison, ce qui ne requiert pas seulement qu’il ne fasse rien sans elle, mais l’oblige de plus à faire, que tous ceux qui sont sous son autorité la révèlent et la suivent religieusement.

 De la guerre juste

Au jugement des mieux sensés, la guerre est quelquefois un mal inévitable ; et en d’autres rencontres il est absolument nécessaire, et tel qu’on en put tirer du bien (…)

Je soutiens, et c’est chose véritable, qu’il n’y en peut avoir d’heureuse, qui ne soit juste ; parce que si elle ne l’était pas, quand l’événement en serait bon selon le monde, il en faudrait rendre compte au Tribunal de Dieu.

 Le Prince en son conseil

Ce n’est pas une petite question entre les Politiques, de savoir si un Prince qui se gouverne en son État par sa tête, est plus à désirer que celui qui ne se fiant pas tant à ses lumières, défère beaucoup à son Conseil, et ne fait rien sans son avis.

On ferait des volumes entiers des raisons qui se peuvent mettre en avant de part et d’autre : mais réservant cette question au fait particulier qui m’oblige à le rapporter en ce lieu, après avoir préféré le Prince qui agit plus par son Conseil que par le sien propre, à celui qui préfère sa tête à toutes celles des conseillers, je ne puis que je ne dise, qu’ainsi que
- le plus mauvais gouvernement est celui qui n’a autre ressort que la tête d’un Prince, qui étant incapable, est si présomptueux, qu’il ne fait état d’aucun Conseil :
- le meilleur de tous est celui dont le principal mouvement est en l’esprit du Souverain, qui bien que capable d’agir par soi-même, a tant de modestie et de jugement, qu’il ne fait rien sans bon avis, fondé sur ce principe, qu’un œil ne voit pas si clair que plusieurs (…)

Un Prince capable est un grand trésor en un État. Un Conseil habile et tel qu’il doit être n’en est pas un moindre ; mais le concert de tous les deux ensemble est inestimable, puisque c’est de là que dépend la félicité des États.

 Le conseiller du Prince

La capacité des Conseillers ne requiert pas une suffisance pédantesque ; il n’y a rien de plus dangereux pour l’État, que ceux qui veulent gouverner les Royaumes par les maximes qu’ils tirent de leurs livres : ils les ruinent souvent tout à fait, par ce moyen, parce que le passé ne se rapporte pas au présent, et que la constitution des temps, des lieux et des personnes est différente.

Elle requiert seulement
- bonté et fermeté d’esprit,
- solidité de jugement, vraie source de la prudence,
- teinture raisonnable des Lettres, connaissance générale de l’Histoire et de la constitution présente de tous les États du monde, et particulièrement de celui auquel on est.

Deux choses sont principalement à considérer à ce propos.
- La première, que les plus grands esprits sont plus dangereux qu’utiles au maniement des affaires ; s’ils n’ont beaucoup plus de plomb que de vif-argent, ils ne valent rien pour l’État (…)
- La seconde remarque (…) ( : ) La présomption est un des grands vices qu’un homme puisse avoir dans les charges publiques (…)

Le plus habile homme du monde doit souvent écouter les avis de ceux qu’il pense même être moins habiles que lui.

 La noblesse

Il faut considérer la Noblesse, comme un des principaux nerfs de l’État, capable de contribuer beaucoup à sa conservation et à son établissement.

Elle a été depuis quelque temps si rabaissée par le grand nombre des Officiers que le malheur du siècle a élevés à son préjudice, qu’elle a grand besoin d’être soutenue contre les entreprises de telles gens.

L’opulence et l’orgueil des uns accablent la nécessité des autres, qui ne sont riches qu’en courage, qui les porte à employer librement leur vie pour l’État, dont les Officiers tirent la subsistance.

Comme il les faut soutenir contre ceux qui les oppriment, il faut avoir un soin particulier d’empêcher qu’ils ne traitent ceux qui sont au-dessous d’eux, comme ils sont traités des autres.

C’est un défaut assez ordinaire à ceux qui sont nés dans cet Ordre, d’user de violence contre le peuple, à qui Dieu semble avoir plutôt donné des bras pour gagner sa vie, que pour la défendre. Il est très important d’arrêter le cours de tels désordres par une sévérité continue (…)

Ceux qui étant préjudiciables au public, ne lui sont pas utiles, il est certain que la Noblesse qui ne lui sert point à la guerre, n’est pas seulement inutile, mais à charge à l’État, qui peut en ce cas être comparé au corps qui supporte le bras paralytique comme un faix qui le charge, au lieu de le soulager.

Comme les Gentilshommes méritent d’être bien traités lorsqu’ils sont bien, il faut leur être sévère s’ils manquent à ce à quoi leur naissance les oblige ; et je ne fais aucune difficulté de dire, que ceux qui dégénérant de la vertu de leurs aïeuls, manquent de servir la Couronne de leurs épées et de leur vies avec la constance et la fermeté que les Lois de l‘État requièrent, mériteront d’être privés des avantages de leur naissance, et réduits à porter une partie du faix du peuple.

L’honneur leur devant être plus cher que la vie, il vaudrait beaucoup mieux les châtier par la privation de l’un que de l’autre.

Ôter la vie à des personnes qui l’exposent tous les jours pour une pure imagination d’honneur est beaucoup moins que leur ôter l’honneur, et leur laisser la vie, qui leur est en cet état un supplice perpétuel.

S’il ne faut rien oublier pour maintenir la Noblesse en la vraie vertu de ses pères, on ne doit aussi rien omettre pour la conserver en la possession des biens qu’ils lui ont laissés, et procurer qu’elle en puisse acquérir de nouveaux.

 La vénalité et l’hérédité des offices

Au jugement de la plus grande partie du monde, le plus souverain (« remède » aux « dérèglements de la Justice ») consiste à supprimer la vénalité, à éteindre l’hérédité des Offices, et à les donner gratuitement à des personnes d’une capacité et d’une probité si connue, que leur mérite ne puisse être contesté par l’envie même (… )

Cependant bien qu’il soit presque toujours dangereux d’être singulier dans son avis, je ne puis que je ne dise hardiment, qu’en l’état présent des affaires, et en celui qu’on peut prévoir pour l’avenir, il vaut mieux selon ma pensée, continuer la vénalité et l’hérédité des Offices, qu’en changer tout à fait l’établissement (…)

Aussi, bien que la suppression de la vénalité et de l’hérédité des Offices soit conforme à la raison, et à toutes les Constitutions du Droit ; si est-ce néanmoins que les abus inévitables, qui se commettraient en la distribution des charges dépendantes de la simple volonté des Rois, dépendraient par conséquent de la faveur et de l’artifice de ceux qui se trouveraient plus puissants auprès d’eux, rendant la façon par laquelle on y pourvoit maintenant, plus tolérable que celle dont on s’est servi par le passé, à cause des grands inconvénients qui l’ont toujours accompagnée (…)

Il faut en ce cas succomber à la faiblesse, et se contenter plutôt d’une règle modérée, que d’en établir une plus austère, et qui serait peut-être convenable, sa rigueur étant capable de causer quelque ébranlement à ce qu’on veut affermir (…)

Au lieu que la suppression de la vénalité et de l’hérédité des Offices devrait ouvrir la porte à la vertu, elle l’ouvrirait aux brigues et aux factions, et remplirait les charges d’Officiers de basse extraction, souvent plus chargés de Latin que de biens, dont il arriverait beaucoup d’inconvénients (…)

Une basse naissance produit rarement les parties nécessaires au Magistrat ; et il est certain que la vertu d’une personne de bon lieu a quelque chose de plus noble que celle qui se trouve en un homme de petite extraction. Les esprits de telles gens sont d’ordinaire difficiles à manier, et beaucoup ont une austérité si épineuse, qu’elle n’est pas seulement fâcheuse, mais préjudiciable.

 Le peuple en son état

Tous les Politiques sont d’accord, que si les peuples étaient trop à leur aise, il serait impossible de les contenir dans les règles de leur devoir.

Leur fondement est, qu’ayant moins de connaissance que les autres ordres de l’État beaucoup plus cultivés ou plus instruits, s’ils n’étaient retenus par quelque nécessité, difficilement demeureraient-ils dans les règles qui leur sont prescrites par la raison et par les Lois.

La raison ne permet pas de les exempter de toutes charges, parce qu’en perdant en tel cas la marque de leur sujétion, ils perdraient aussi la mémoire de leur condition ; et que s’ils étaient libres de tribut, ils penseraient l’être de l’obéissance.

Il les faut comparer aux mulets, qui étant accoutumés à la charge, se gâtent par un long repos plus que par le travail : mais ainsi que ce travail doit être modéré, et qu’il faut que la charge de ces animaux soit proportionnée à leur force ; il en est de même des subsides à l’égard des peuples, s’ils n’étaient modérés, lors même qu’ils seraient utiles au public, ils ne laisseraient pas d’être injustes (…)

Il y a un certain point qui ne peut être outrepassé sans injustice ; le sens commun apprenant à un chacun qu’il doit y avoir proportion entre le fardeau, et les forces de ceux qui le supportent.

 Abrégé des devoirs du prince

En un mot, si les Princes ne font tout ce qu’ils peuvent pour régler les divers Ordres de leur État :
- S’ils sont négligents au choix d’un bon conseil, s’ils en méprisent les avis salutaires.
- S’ils n’ont un soin particulier de se rendre tels, que leur exemple soit une voix parlante.
- S’ils sont paresseux a établir le règne de Dieu, celui de la raison, et celui de la justice tout ensemble.
- S’ils manquent à protéger les innocents, à récompenser les signalés services qui sont rendus au Public, et à châtier les désobéissances et les crimes qui troublent l’ordre de la discipline, et la sûreté des États.
- S’ils ne s’appliquent pas autant qu’ils doivent à prévoir et à prévenir les maux qui peuvent arriver, et à détourner par de soigneuses négociations les orages, que des nuées amènent aisément souvent de plus loin qu’on ne pense.
- Si la faveur les empêche de bien choisir ceux qu’ils honorent des grandes charges, et des principaux emplois du royaume.
- S’ils ne tiennent puissamment la main à établir l’État en la puissance qu’il doit être.
- Si en toutes occasions ils ne préfèrent les intérêts publics aux particuliers ; quoiqu’ils soient bien vivants d’ailleurs,

ils se trouveront beaucoup plus coupables que ceux qui transgressent actuellement les Commandements et les Lois de Dieu ; étant certain, qu’omettre ce à quoi on est obligé, et commettre ce qu’on ne doit pas faire, est une même chose.

Je dois encore représenter à V.M. que si les Princes, et ceux qui sont employés sous eux, aux premières dignités du Royaume, ont de grands avantages sur les particuliers, ils possèdent un tel bénéfice à titre bien onéreux, puisque, non seulement ils sont sujets par omission aux fautes que j’ai marquées, mais qu’il y en a même encore plusieurs autres de commission, qui leur sont particulières.

S’ils se servent de leur puissance pour commettre quelque injustice ou quelque violence, qu’ils ne peuvent faire comme personnes privées, ils font par commission un péché de Prince et de Magistrat, dont leur seule autorité est la source, et duquel le Roi des Rois leur demandera au jour du Jugement un compte très particulier (…)

Beaucoup se sauveraient comme personnes privées, qui se damnent en effet comme personnes publiques.

 

(Mémoire  n°3,Institut des Sciences Historiques)

 

Notes

[1] Reprod. de l’éd. d’Amsterdam, 1689, Bibliothèque de philosophie politique et juridique, Centre de philosophie politique et juridique de Caen, 1985.

[2] Nous avons modernisé l’orthographe mais non la ponctuation.

[3] Il est vrai que le ton du Testament est plus modéré dans l’ensemble que celui des Maximes d’État.

[4] Deux bonnes lectures sur les idées de Richelieu : la grande thèse d’Étienne Thuau, Raison d’État et pensée politique à l’époque de Richelieu, Armand Colin, 1966 ; et l’article de Jean Orcibal, « Richelieu, homme d’Église, homme d’État », Revue d’histoire de l’Église de France. 1948.

 

Source: Vive Le Roy